9 février 2023
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Les Français d’Algérie : « Mon pays n’est pas la France mais l’Algérie »

Drapeau

La révolution algérienne qui a démarré avec la mort d’un instituteur français tué par le FLN dans les Aurès s’est terminée avec l’assassinat d’un instituteur algérien par l’OAS en Kabylie. C’est là tout un symbole.

Les régimes déclinants résistent à la critique verbale. « La force de l’histoire contre la force des armes ». L’enjeu des pouvoirs colonial et post colonial n’est en vérité que la soumission de l’homme à l’ordre établi c’est-à-dire l’acceptation de son statut de sujet par le « bâton » (la répression) et/ou la « carotte » (la corruption).

La colonisation française a débuté avec le pillage du Trésor d’Alger (La Régence), l’indépendance a commencé avec la disparition des fonds et des bijoux collectés au titre de la Caisse de solidarité nationale sous prétexte de renflouer le trésor public pour finir par la dilapidation et le détournement de mille milliards de revenus pétroliers et gaziers par les gouvernants condamnant leur propre peuple à une pauvreté certaine.

L’Algérie et la France vivent le passé au présent, elles en sont malades, d’une maladie qui semble incurable. Ni l’Algérie, ni la France ne veulent regarder ce passé ensemble. Elles regardent chacune de son côté le miroir qui leur renvoient leur propres images. La vision de l’Algérie par la France impériale. « L’impérialisme est un mauvais élève qui ne retient pas ses leçons » avait dit Ho Chi Min, il y a de cela plusieurs décennies. L’erreur se répète encore et encore. Comme en témoignent les guerres en Irak, en Afghanistan et aujourd’hui en Ukraine.

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Aucune force ne peut résister à un peuple déterminé.  La vision de la France par l’Algérie, du racisme, de de la discrimination, de l’humiliation, En traitant les « autochtones » de «bougnols », des « moins que rien », (fainéants-nés, des voleurs-nés, des criminels-nés, des menteurs-nés), la France a fait de l’humiliation et de la soumission des techniques de maintien de l’ordre colonial.

Le 08 mai 1945, la commémoration de la fête de la victoire sur les forces nazies n’a  pas été célébrée par la reconnaissance des français qui se sont rangés du côté de l’Allemagne nazie mais par le massacre de milliers de manifestants pacifique à Sétif et à Guelma par les balles de la France coloniale  L’histoire est pleine d’enseignements. Ce n’est pas une simple question de conciliation des mémoires mais une affaire de réparation de crimes contre l’humanité.

Les morts n’ont pas de mémoire, les vivants sont amnésiques Ils se voilent la face « Cachez moi ce sein que je ne saurai voir » disait un personnage de Molière. Il s’agit de sortir de la prison du passé et d’engager les relations sur la route de l’avenir. Un avenir hors de tous réseaux occultes dont les jeunes font les frais.

Les Algériens au milieu de la Méditerranée, les Français dans les rangs du terrorisme international produit des oligarchies financières qui avancent masquées dans un monde sans état d’âme où l’argent sale coule à flots.

En fait, il s’agissait pour la France d’imposer à l’Algérie indépendante un ordre politique et juridique qui garantisse la prééminence de ses intérêts stratégiques. C’est pourquoi, le rapport entre contestation et répression, domination et émancipation est récurrent en Algérie. Dans la tourmente qui enfante de nouvelles sociétés ou qui les étouffe dans l’œuf, les situations semblables créent des jugements semblables.

Entre la France et l’Algérie, il y a une histoire qui les sépare et une mer qui les rapproche la Méditerranée. « Je vais plus loin : je dis une patrie. Et je spécifie que pour les peuples de cette mer, il n’y a qu’une vraie patrie, cette mer elle-même, la Méditerranée » ; elle ne connaît pas de frontières, elle est le prolongement des côtes européennes et maghrébines. Elle est un pont entre les peuples et un mur entre les Etats. Elle représente l’espoir des uns et le désespoir des autres.

En surface des corps inanimés flottent, en profondeur des pipelines sont immergés. Au nord, des infrastructures touristiques et industrielles, au sud des rivages vierges à défricher et une jeunesse en jachère à mobiliser.

Tandis que les uns se noient, les autres se prélassent. La Méditerranée a une couleur mais personne ne sait laquelle. Elle change en fonction du soleil. Elle n’a pas de ligne, elle se confond avec le ciel. Un ciel à trois étages (la trinité) pour les uns et un seul étage pour les autres (l’unicité). Entre ciel et terre, il n’y a pas d’intermédiaire. Entre la mort et la vie, il n’y a pas de pont. Entre le vieux continent et la jeune Afrique, un cimetière à ciel ouvert.

Avec la colonisation, l’Algérie s’est trouvée défigurée urbanisée au nord sans industrie créatrice d’emplois, concentrée sur la bande côtière sans agriculture vivrière, centralisée dans la décision, ignorant la population autochtone, et tournée vers la métropole par l’exportation des hydrocarbures et ouverte à l’importation de produits de subsistance. Ce schéma d’aménagement du territoire initié par De Gaule dans sa politique de pacification sera poursuivi et amplifié par l’Algérie indépendante dans sa politique d’industrialisation et d’urbanisation à marche forcée.

La reprise du plan de Constantine en est la preuve évidente. Industrialiser la bande côtière cultivable relativement bien arrosée et se rapprocher de la métropole pour remplir son couffin. Le regroupement des populations dans les villes permettant de mieux les contrôler en est un autre exemple.

Le transfert du pouvoir perpétuait indirectement le système de dépendance économique et culturelle vis-à-vis de la métropole. Il s’agissait pour la France d’imposer à l’Algérie indépendante un ordre politique et juridique qui garantisse la prééminence de ses intérêts stratégiques.

On peut dire qu’elle a réussi admirablement son pari. En imposant des institutions dont la logique de fonctionnement était radicalement opposée à celle de la société algérienne, et en refoulant l’islam dans le domaine privé pour en faire une valeur refuge des déshérités, le colonisateur préparait en fait la société postcoloniale à l’échec de la modernisation.

Une modernisation menée par l’Etat postcolonial sans mobilisation de la nation dans la création de richesses et sans sa participation dans la prise de décision qui détermine son existence. Le nationalisme s’est révélé qu’un acte illusoire de souveraineté. Les idéologies nous font croire à la magie des mots (colonialisme, socialisme, libéralisme) pour « masquer » la réalité des maux (racisme, discrimination, inquisition).

Dr A. Boumezrag

(*) Le titre s’inspire d’une citation de Jacques Mesrine

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