31 janvier 2023
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L’hypocrisie de la démocratie occidentale

L’indépendance de la Corse, de la Catalogne et du Sud d’Italie

L’hypocrisie de la démocratie occidentale

La victoire écrasante hier « des indépendantistes » catalans aux nouvelles élections du parlement convoquées par le pouvoir central est un camouflet pour le gouvernement espagnol et pour l’Europe. Ni le chantage économique ni la chasse aux leaders ni encore la dissolution du parlement et la mise sous-tutelle de la Catalogne n’ont eu droit de l’aspiration du peuple à l’émancipation. Il est manifeste que toutes les conceptions rationalistes et économistes libérales ne résistent plus devant la volonté des peuples à l’autodétermination et à l’affirmation démocratique. Et quelles que soient  les tentatives de minimisation ou de louvoiement, c’est le même vent qui souffle, que ce soit en Corse ou au sud d’Italie. Il est bien évident que chaque pays a ses particularités, mais c’est la même volonté de prendre son destin en main qui anime tous les peuples.

« Il faut prendre acte des résultats des élections. C’est une nouvelle ère qui s’ouvre », déclarait, il y a une semaine,  à partir d’un bureau de vote, juste à la fin de dépouillement, la tête de liste des nationalistes corses  en invitant le président Macron d’amorcer rapidement un dialogue. Victorieux avec une large majorité dans cette élection de collectivité territoriale « unique », le représentant des nationalistes n’a pas omis de rappeler, à celui qui veut l’entendre, que «le problème est éminemment politique» et de préciser qu’il n’est pas d’ordre économique.

Une déclaration qui sonne comme une réponse aux politiques qui se ont défilé sur les plateaux télés pour analyser la situation, en tentant hypocritement d’évacuer la question identitaire et la revendication politique, pour restreindre le problème corse à la sphère « économico-économique », comme contrainte à freiner les ardeurs « indépendantistes ». Une forme d’exorcisme collective, à laquelle les médias se sont adonné comme maîtres des lieux et organisateurs des cérémonies, en  se cantonnant dans une position d’autosuffisance, pour se consoler collectivement – politiques, journalistes et spécialistes – et ainsi arguer qu’il n’y a pas de similitude avec la Catalogne et aucun prolongement politique à craindre de la victoire des nationalistes corses. Et d’un air, presque de soulagement, ils se réjouissent de tenir économiquement la Corse. Une attitude qui s’apparente à un chantage qu’on exerce sur un otage et nullement une question politique à poser et à régler démocratiquement.  

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Invité à l’émission de David Pujadas, « Infos en questions » sur la chaîne LCI, le porte-parole du gouvernement Edouard Philippe a déclaré au lendemain du premier tour, en cachant difficilement son amertume, qu’il est confiant. «L’île de Beauté dépend économiquement de l’hexagone et par conséquent, les nationalistes n’ont pas les moyens de leur politique», ose-t-il avec assurance.  Mais il ne se réfère nulle part  aux principes démocratiques, d’autodétermination et d’affirmation de l’individu. Des idéaux qu’on brandissait tant qu’il s’agissait d’une tribu ethnique en Chine ou ailleurs, même dans certains pays européens, dits de l’Est à l’époque, comme l’ex-Tchécoslovaquie ou la Yougoslavie.

Le porte-parole du gouvernement omet de parler de l’aubaine que le Président Macron offrira, en toute vraisemblance par inadvertance ou par courte vue, aux nationalistes si sa révision constitutionnelle aura lieu comme prévue en introduisant des aménagements ayant trait aux collectivités locales, comme il l’a déclaré devant le congrès des maires de France. Il a explicité son idée visant à introduire des dispositions qui risqueront, et sans le dire, à rendre la Constitution applicable à géométrie variable. Des dispositions qui consistent, selon le discours du Président Macron, à permettre à des localités d’expérimenter des mesures qui peuvent marcher chez les unes et pas chez les autres.  Mais sérieux bémol, ce sont des dispositions touchant uniquement les domaines économiques et sociaux.   Jamais l’aspect politique, qui reste l’apanage du pouvoir central et l’otage d’une Constitution autrement très centralisatrice.

C’est au nom de cette sacro-sainte de constitution que le gouvernement espagnol a justifié son opposition au référendum d’autodétermination organisé par le gouvernement catalan et sa décision de dissoudre ce dernier,  le parlement et la mise sous-tutelle de la région tout en appelant à de nouvelles élections. Pour cet épisode politique, la réaction européenne a été unanime dans ce sens pour soutenir le gouvernement central en se référant au respect de la constitution espagnole.

Pourtant, la référence à la constitution du pouvoir central est erronée, voire intenable comme argument. Mais disons les choses telles qu’elles sont : dans quel pays a existé une constitution reconnaissant le principe de l’autodétermination d’un peuple affilié au même pays ? Si on adopte la même position, on ne peut soutenir la revendication à l’autodétermination du peuple sahraouie. Non seulement elle ne reconnaît pas ce principe, la constitution marocaine stipule l’unité de territoire et son indivisibilité.  Comme d’ailleurs la Constitution française sous la 4eme et la 5eme République ne stipule nulle part le droit à l’autodétermination du peuple algérien. Et au contraire, l’Algérie n’était même pas considérée comme colonie, mais annexée en tant que territoire français, comme le cas de la Corse aujourd’hui ! L’argument  de la suprématie de la constitution piège donc ses auteurs.

L’autre argument fallacieux est celui de « la République unie et indivisible » tout en vidant la République de ses principes et de son contenu. Elle est résumée géographiquement et dans quelques symboles.  Cette rhétorique était largement développée par la classe politique française et les grands médias le jour où le président de l’Assemblée corse a ouvert la première séance en langue corse et le retentissement  de l’hymne nationaliste et l’emblème accroché dans la salle. L’unité d’une République est-elle liée à ces trois symboles ? Alors qu’on élude l’essentiel, les principes inscrits sur le fronton des institutions : « Liberté, égalité et fraternité ». C’est comme une manière de vouloir opposer la République à la liberté et à la démocratie. Nombreux pays se sont disloqués alors que leurs peuples avaient le même emblème, la même langue, le même hymne et même la même religion.  La République  est d’abord la liberté et l’affirmation de l’individu et elle se construit avec des peuples qui peuvent  être différents  ayant un passé commun, un présent et un avenir commun autour, ce qui est fondamental, de valeurs communes et un projet de société.  Une République qui doit traiter tous les enfants de la nation sur un même pied d’égalité ne doit pas interdire à une partie du peuple de jouir de son identité et de sa particularité et même de sa liberté à l’autodétermination. Sinon, cela s’appelle de la discrimination.

Auteur
Youcef Rezzoug

 




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