15 avril 2024
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Lire  » les contrebandiers de l’Histoire  » autrement

Rachid Boudjedra

Lire  » les contrebandiers de l’Histoire  » autrement

Sur la forme, le livre est très bien écrit, on est  même subjugué par la  fluidité du verbe de l’auteur. Un livre de 91 pages qui vous prend une après-midi pour le finir. Le livre est très bien documenté avec des citations d’auteurs et des références historiques, ce qui témoigne de la grande culture de l’écrivain et sa connaissance profonde de l’Histoire de l’Algérie, ancienne et contemporaine.  

Sur le fond, on retrouve un nationaliste communiste nostalgique de l’armée rouge, où il rappelle que c’est grâce à celle-ci que Berlin fut libérée de l’armée nazie, pas à l’Occident, et c’est en ce sens qu’il fustige Boualem Sansal, et lui rappelle que les transfuges nazis qui avaient rejoint l’ALN furent d’abord engagés dans la Légion étrangère de l’armée française, suite à ce qu’il a développé comme théorie dans son livre « Le village de l’Allemand ».

Puis, il fait parler le maquisard qu’il était et charge Feriel Furon, arrière-petite-fille du bachagha Bouaziz Bengana, que Boudjedra décrit comme un collaborateur de l’armée française et un tortionnaire sans pitié: « Feriel Furon l’arrière petite-fille de Bengana qui a ravagé, réprimé et sévi cruellement dans la région de Ziban, a fait son entrée en scène d’une façon grandiloquente et grotesque ». Plus loin encore, il ajoute : « Sadique, il marqua son règne d’une façon inhumaine et implacable. Grand tortionnaire et grand violeur devant dieu. » Il reproche à la télévision algérienne et au ministère de la Culture d’avoir fait la promotion de son livre « Si Bouaziz Bengana, dernier roi des Ziban » à travers lequel elle a tenté de réhabiliter un traître selon Boudjedra.

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Plus loin, il décrit sa déception de son ami Yasmina Khadra qu’il reconnaît comme étant un grand écrivain mais qui est tombé dans le complexe du colonisé, après la publication de son livre « Ce que le jour doit à la nuit ». Il écrit :  « Le colonisé est souvent orphelin de son colon, et de ce fait il va le sublimer et lui trouver toutes les qualités humaines et extra-humaines. L’autre ! Le colon dominateur, raciste, arrogant et répressif… réprime «l’arabe», le bougnoule, devenant ainsi le père (sublimé et sublimatoire), le prêtre, le sauveur. »

Puis, il revient à Kamel Daoud à qui il reproche ses position contre la Palestine et sa façon de glorifier Camus dans son livre « Meursault contre-enquête », alors qu’il était raciste vis-à vis des arabes, soutient Boudjedra. A preuve selon l’auteur de « L’escargot entêté », ce même camus avait affiché clairement ses positions contre le FLN et contre la guerre de libération nationale et rappelle la déclaration de celui-ci quand il reçut le prix Nobel pour son livre « L’étranger » ; « En ce moment, on lance des bombes dans les tramways d’Alger. Ma mère peut se retrouver dans l’un de ces tramways. Si cela est la justice, je préfère ma mère », avait déclaré Albert Camus en 1957.

Dans le chapitre VI, c’est au tour de Wassyla Tamzali, de faire les frais, son amie du temps de l’université qui a soutenu l’hypothèse perfide du « qui tue qui ? », qui tendait à blanchir les islamistes de la tragédie nationale, alors que lui, avait été victime d’une tentative d’assassinat et qu’il était obligé de se réfugier à Moretti et faire pousser une barbe, porter une perruque pour échapper aux intégristes islamistes qui cherchait à lui faire la peau parce qu’il est athée, explique Rachid Boudjedra.

Au-delà de ce sa critique acerbe de ces écrivains qu’il traite de « contrebandiers de l’Histoire », on retrouve cet homme révolté de la déliquescence sociale et politique qui a rongé le pays et de ce désert culturel, il se fait le contempteur de toutes ces chaînes islamistes qui émettent de l’étranger et tous ces incultes qui les dirigent soutenus par des « gros bonnets » comme il les appelle qui répandent la clownerie de bas étage et qui enfoncent le pays dans le chaos.

On retrouve aussi le démocrate invétéré qui dénonce la corruption et l’absence du débat politique constructif, il reconnaît clairement que sans tamazight le pays sera toujours handicapé. Il écrit à ce propos : « La langue Tamazight et la langue arabe sont toutes les deux constituantes de la personnalité algérienne. Sans cette évidence, il n’y a rien, à peine un néant teinté de torpeur. En effet c’est de la langue que découle l’histoire ». Pour appuyer sa conviction, il reprend Heidegger qui dit « la langue est la maison de l’être ».

Puis, en philosophe, il psychanalyse la problématique des écrivains algériens, il écrivait : « Ce qui nous manque à nous intellectuels et artistes, pour être efficaces, c’est l’enracinement dans la propre conscience de l’individu, écrivant, ou peignant, ou réalisant. C’est l’enracinement dans la douleur, la nôtre et celle de notre peuple, que nous ne connaissons pas vraiment et que nous côtoyons superficiellement. »

A la fin, il s’insurge contre cette société archaïque, sclérosée et réactionnaire et parle de la condition de la femme : « Il m’arrive de donner des conférences dans des salles remplies d’hommes et vides de femmes. La femme est donc toujours un tabou, malgré des avancées faites par des personnes courageuses. Mais fondamentalement, elles sont absentes du lieu nodal et public où se macère la vie vraie. Le réel tonitruant la vie féconde. »

Dans le dernier chapitre, il parle des méfaits de la mondialisation et du libéralisme économique qui a appauvri les Algériens et dénonce cette classe politique qui a échoué, car selon lui, la forte abstention des dernières législatives, c’est plus un chiffre, c’est un CRI, écrit-il.

Il n’a pas manqué de remercier tous ceux qui lui ont apporté soutien suite à la torture morale qu’il a subi de la part de la chaine TV Ennahar.

Toutefois, nous regrettons ses accusations sur Daoud le qualifiant d’ancien membre du GIA, et ce, même si la maison d’édition a décidé de supprimer ce passage comminatoire.

Autre chose, comment lancer des remerciements à Said bouteflika pour sa venue au rassemblement de soutien devant l’ARAV après ce qu’il a subi de la part de la chaine TV Ennahar, alors que cette chaîne est l’organe de propagande du régime créée et financée par celui-ci ? Il y a là une inconséquence difficile à expliquer.

Auteur
Salim Chait

 




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