7 décembre 2022
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Lla Yamina : la doyenne de la chanson kabyle du XXe siècle

Impérieuse culture du terroir 

Lla Yamina : la doyenne de la chanson kabyle du XXe siècle

Lla Yamina, c’est 102 ans de vie dont 2/3 consacrés à la chanson, et une lucidité qui ne la quitta point, jusqu’à sa dernière expiration.

Son succès le plus populaire est sans doute « A ṭṭiṛ n lhawa », mais son répertoire compte deux cents chansons environ, les plus connues sont « Ssut Wartilan », ce titre devenu un classique du genre « Urar », et repris par de nombreux artistes, notamment par le jeune Samy et sa troupe, « Ayema zahriw », « Yezha wul », « ad-saliɣ fellak a nebi », « Zwadj ur nesliḥ », etc.

Biographie

La Yamina, de son vrai nom Arab Ferroudja, est née présumée en 1906 à Akbou. Elle est morte centenaire, au mois de janvier 2008, à El Madania.

Elle intègre la radio en 1924 par l’intermédiaire de Mme Lafarge dite Lla Tassadit. Elle y trouve Lla Ounissa, Lla Zina les rejoint par la suite. À trois, elles animent des émissions de chants kabyles.

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D’autres femmes ont intégré le trio mais pour une courte durée. Par la suite, Lla Yamina a fait connaitre d’autres femmes, comme Chérifa, Ourida et El Djida Tamectuht, lesquelles finissent par chanter accompagnées d’un orchestre. Lla Yamina voit sa carrière s’achever malgré elle au début des années 1990 à la suite de la suppression de l’émission « Urar El khalat ». À plus de 85 ans, elle avait gardé tout son tonus.

Lla Yamina fut la première à avoir brisé les murs invisibles que constituent les traditions et les conventions établies. Non seulement elle fut la pionnière mais elle constitue un véritable symbole pour la chanson féminine.

Elle avait bravé les carcans des traditions en vigueur qui étaient strictes envers la femme. Nombreuses sont celles qui ont chanté en son temps et fini par être marginalisées par la société. D’autres ont été contraintes au divorce. D’autres encore ont subi des sorts analogues des années plus tard.

Ci-après la transcription et la piste audio du titre « A ṭṭiṛ n lhawa ». Le premier quatrain dit à peu près ceci :

Oh Oiseau dans les airs

Je m’ennuie du manque de mon frère

Il n’y a personne qui dépêcher

À part l’oiseau là-haut pour messager

L’absence est un sujet récurrent dans la chanson kabyle conjuguée au féminin. Comment peut-il en être autrement quand, pour subvenir aux besoins de la petite famille, les mâles sont souvent -pour ne pas dire toujours- contraints à l’éloignement, l’unique synonyme de bien-être sur ces collines improductives ?

Il me revient en mémoire un rituel auquel s’adonnaient les épouses et les mères quand un adulte partait en exil. Au moment de son départ, on lui faisait franchir plusieurs fois de suite le pas de porte de la pièce commune du logis, pendant que les femmes prononçaient la formule « aḥiwal aɣiwal ! ». Ce qui signifie : de capital chargé, puisse-tu vite rentrer ! 

Et quand le partant s’éloignait, les sanglots reprenaient leur droit. C’est triste, mais c’était comme ça !

A ṭṭiṛ n lhawa

A ṭṭiṛ n lhawa

Xaqeɣ a win yeẓṛan gma

Ula win cegεeɣ iṛuḥ 

Bexlafa ṭṭiṛ n lεali

 

Abrid-ik ṛuḥ ma ttṛuḥeḍ

Anida i yettɣimi

 

Teɣlid deg rebbi-s tinḍas 

S iceffan yeεdawen-aggi

 

A ṭṭiṛ n lhawa

Xaqeɣ a win yeẓṛan gma

 

Ula win cegεeɣ iṛuḥ 

D ṭṭiṛ awṛaɣ n lejnaḥ

 

Abrid-ik ṛuḥ ma a ttṛuḥeḍ

Xuya d lsass ɣef Mṛaḥ

 

Teɣliḍ deg rebbi tinḍas

Mi k-t-enna yemma-k aṛwaḥ

 

A ṭṭiṛ n lhawa

Xaqeɣ a win yeẓṛan gma

 

A win yesεun lejnaḥ n ṭṭiṛ

Degw tegnaw ar d-iṣafeṛ

 

Tebbwḍ-ed lεid ameẓyan

Gher xuya a t-id-nɣafeṛ

 

A ṭṭiṛ n lhawa

Xaqeɣ a win yeẓṛan gma

 

A yemma xaqeɣ ḍaqeɣ

Lebḥeṛ yekka-d garaneɣ

 

Wagi d lweεd n Ṛebbi

Mači d ṭṭiṛ ad afgweɣ

 

A ṭṭiṛ n lhawa

Xaqeɣ a win yeẓṛan gma

Auteur
Kacem Madani

 




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