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4 mars 2024
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Mémoire d’un Oranais (13) : une histoire nationale de bananes

Bananes
Image par StockSnap de Pixabay

La Grande Espagne rêvait de l’or attendu des conquistadors. Le Duché de Venise allait rechercher au bout du monde les précieuses épices qui firent sa fortune et les Français sont restés cent trente ans en Algérie pour faire des réserves de couscous, leur premier plat aujourd’hui.

Pour l’Algérie de ma jeunesse, c’était la banane. La banane, un fruit exotique pour tous les peuples du monde, pour les Algériens ce fut un fruit psychanalytique par sa disparition totale et soudaine.

Le pays ne manquait pourtant de rien et manquait de tout à la fois en cette époque. En fait, cela dépendait dans quelle partie de la précédente la phrase vous étiez. De la bonne qui s’échinait à instruire leurs enfants ou de celle qui en possédait un qui n’avait rien pu faire d’autre que d’entrer dans la carrière militaire.

Cancre, c’était un métier d’avenir, nous ne le savions pas encore.

La psychose s’était donc emparée du pays et la conversation démarrait dès que les oranges étaient posées sur la table. On pleurait l’absente.

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Tout le pays ne parlait que d’elle, la banane, on fantasmait son retour. Il paraît même que les instituteurs se servaient des images en couleurs du Larousse pour perpétuer la mémoire du fruit disparu que les jeunes enfants n’avaient jamais vu.

Il fallait les préparer à son retour, la réintroduire sans préparation de l’esprit, vous rendez-vous compte du choc traumatique ?

« Il paraît qu’un bateau va transporter une cargaison », « Le bateau va venir, il est annoncé, il a été vu », « C’est le président de la Côte d’Ivoire qui s’est disputé avec Boumediene », « Non, c’est un colonel qui a réquisitionné la cargaison avant son déchargement ».

Tout le monde sait que la banane est un fruit d’Afrique du Nord et que les Algériens ne pourraient vivre sans elle.

Le mandataire, un mot que nous ne comprenions pas, était celui qui permettait à la population de déverser sa colère, il était l’ennemi de la révolution, du peuple et de la nation. Et plus il était mis à l’index par le gouvernement, plus il s’enrichissait car la pénurie était le prix de sa souffrance. Car celui qui le désignait à la colère de la foule et le mandataire n’en faisaient qu’un.

Tout le monde le savait mais en Algérie de cette époque, celui qui voulait vivre tranquille devait apprendre le dictionnaire local. Lorsqu’on était en colère, on ne disait pas colonels, on disait mandataires.

Et lorsque la pénurie vient le génie humain se décuple pour trouver les moyens de la détourner. Certains ont eu alors la bonne idée d’être mandataires par l’appui de gens qui n’avaient pas besoin de se déplacer à l’étranger pour manger des bananes.

Et les autres ? Ils s’arrangeaient pour être les amis de ceux qui avaient des amis mandataires.

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Toute l’Algérie était-elle devenue mandataire ? Non, la plupart attendaient la fameuse cargaison du Felix Potin d’Orly par le malheureux qui avait eu la mauvaise idée de prendre commande de la tata, des cousins, des voisins et des collègues de bureau.

Ce n’était pas une commande c’était une licence d’importation. Et voilà que commençaient les « Il a pensé aux autres, pas à nous ». De toute façon, bananes ou nom, c’était toujours le sort de ceux qui ont eu la mauvaise idée de dire qu’ils allaient passer par le Félix Potin d’Orly.

Le dire c’était s’exposer aux ennuis, le taire c’était ne pas avoir le doux plaisir de le faire savoir.

Et le restant de la population ? Heureusement qu’ils étaient là car la pauvre orange aurait connu un déclin économique dont le pays ne s’en serait pas sorti.

Lorsque l’enseigne Félix Potin s’était éteinte, on se demandait où était passée la fortune faite avec les bananes des Algériens.

Colonel et mandataire, c’était donc également des professions françaises ?

Boumediene Sid Lakhdar

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