26 février 2024
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Michael Gorbatchev, un silence qui a modifié le monde

Gorbatchev

C’est avec un service minimum que le Kremlin annonce la mort de l’ancien leader. Du bout des lèvres et avec un grand cynisme des mots qui ne cachent aucunement que ce nom est banni du projet de reconstruction de la grande Russie impériale voulue par Poutine.

Une remarque préliminaire, pour autant, Gorbatchv n’est vraiment pas porté en idolâtrie par l’auteur de cet article. J’ai vécu ma jeunesse et ma période estudiantine avec l’image d’un régime soviétique dans lequel le personnage fut l’une des pierres de la solide muraille du pouvoir soviétique.

Une muraille impénétrable dans ses secrets, inconciliable avec toute pensée contradictoire, intraitable avec quiconque bouge une oreille dans le sens opposé à celui imposé par le tout puissant parti communiste.

Mais l’histoire sait reconnaître un acte positif à ceux qui ont compris que leur régime était dans une impasse mortelle et qui ont su créer l’opportunité de lui donner un autre chemin. Elle sait oublier la faute en ne retenant que l’acte qui libère les peuples.

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Volontairement ou acculé à le faire, Gorbatchv l’a fait et les démocrates du monde ne peuvent que lui accorder le bénéfice de son action politique.

Prenons l’histoire à rebours et commençons par ce moment final, la destruction du mur de Berlin.

Du silence de la terreur au silence de la liberté

À bout de souffle et au bord du précipice économique, nous connaissons tous l’évènement symbolique qui, en quelques heures, a fracassé l’URSS et ne lui a donné aucune chance de se maintenir dans son régime de fermeture, de domination des pays de l’Est et de terreur.

Cet évènement est la chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989, qui n’est en réalité qu’un épilogue de tout un processus antérieur de contestation.

L’émeute grondait et se gonflait lorsque tous les regards et les oreilles se retournèrent vers Mikhaïl Gorbatchev, le chef du Kremlin. On s’attendait à un ordre d’intervention à l’armée.

Il tardait à venir et plus le temps passait plus nous entendions ce silence assourdissant. Il y avait deux hypothèses, vu le passé du régime fort de Moscou. Soit la répression sévère, voire sanglante, qui serait en équivalence avec la montée en puissance du mouvement, soit le silence définitif comme acceptation du fait et la réunification de l’Allemagne actée.

Le silence, ce mot en première page du dictionnaire du régime soviétique allait-il sonner la fin de l’impériale Union Soviétique ? Ce silence auquel la planète était suspendue.

Ce silence s’est confirmé et sera à jamais mis au crédit de Mikhaïl Gorbatchev. La géopolitique du monde s’en trouvera bouleversée. Il met fin à la guerre froide et à la division des deux blocs (ou la réduira beaucoup), contribuant ainsi à dégeler le monde.

Deux images pour l’histoire

À tout événement historique révolutionnaire est attachée une image symbolique. Et la particularité d’une image historique symbolique est qu’elle est souvent marginale, presque anecdotique, dans le contexte général pris dans son fond.

Pour exemple célèbre, la Révolution française gardera celle de la prise de la Bastille qui n’est en réalité que la volonté d’un groupe révolutionnaire d’aller rechercher des armes entreposées. Il y avait en tout cinq malheureux prisonniers dans cette citadelle-prison, le mythe les a multipliés en les convertissant dans la mémoire populaire en dizaines d’hommes armés pour sa défense.

Pour Berlin, la première image symbolique est la destruction physique du mur. Nous nous souvenons tous de ces manifestants brandissant des drapeaux, hurlant et chantant, et détruisant le mur avec, du simple marteau aux moyens les plus lourds.

Mais il y a eu une autre image, beaucoup plus significative pour moi. Il faut reconnaître qu’elle est souvent passée sous silence par la suite (encore ce mot !).

Mstislav Rostropovitch, violoncelliste et très célèbre chef d’orchestre d’origine russe, a interprété une musique de Bach au très mythique Checkpoint Charlie, porte d’entrée et de sortie des deux parties de Berlin.

Un apparatchik piégé par la démocratie ?

Mikhaïl Sergueïevitch Gorbatchev est né en 1931 à Privolnoïe, sur le territoire de Stavropol. Il devint Premier secrétaire de ce territoire, de 1970 à 1978, ce qui prouve que la carrière de l’homme d’Etat n’est pas du tout dans les rangs des démocrates réduits au silence, le plus souvent dans des goulags.

Dès 1980, il est au sommet de la hiérarchie puisqu’il est élu au Bureau politique du parti communiste et en 1985, il remplace Konstantine Tchernenko, décédé dans un état physique identique à son prédécesseur. Mais à la différence de notre Abdelaziz, les deux sont décédés à une distance de temps qui a été stupéfiante.

Mikhaïl Gorbatchev reprend un pays dévasté économiquement, aux dirigeants aussi vieux que Mathusalem et qui chancellent, balbutient et tremblent dans les rencontres internationales.

Le pays est épuisé par la guerre froide, miné par les oppositions dans les pays satellites et les étalages dans les magasins sont aussi vides que les passions de la jeunesse pour ce pays mourant.

Et c’est à ce moment que Mikhaïl Gorbatchev comprend qu’il est salutaire d’ouvrir un peu l’étau sur les citoyens, sur l’économie et sur les frontières. Apparaissent alors deux mots devenus aussi célèbres que les Beatles et les Rolling Stones, les fameux mots glasnost et perestroïka. Difficile à trouver des équivalents mais cela signifiait clairement que le pays se livrait à la politique de transparence, de liberté et de dynamisme.

Le Président de l’URSS, puisqu’il l’était devenu, devint une célébrité mondiale, reçu comme une star dans toutes les grandes démocraties et, chose impensable quelques années auparavant, par le très libéral Donald Reagan.

Il signa contrat après contrat de désarmement, de commerce et de bonne entente de toutes sortes. Tout à fait naturellement, il accéda au Prix Nobel de la paix en 1990.

En conclusion, que puis-je dire de plus que le début de cet article ? Le plus grand serviteur de la dictature qui a formé nos généraux à l’abominable a fait, par opportunisme ou par nécessité, un geste qui le porte aujourd’hui dans les tablettes historiques des démocraties.

Je décline très souvent cette phrase qu’on attribue à Pompidou (probablement reprise d’ailleurs) : « Partez en paix, monsieur Gorbatchev, on vous doit beaucoup mais si je n’ai plus de rancune pour cela, j’ai encore de la mémoire pour le reste ».

Boumédiene Sid Lakhdar, enseignant

 

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