4 décembre 2022
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Mohcine Bellabas : « Le pouvoir convoque la haine et la division entre Algériens »

DECLARATION

Mohcine Bellabas : « Le pouvoir convoque la haine et la division entre Algériens »

Mohcine Bellabas, président du RCD, a dressé un constat cinglant de la situation globale du pays. Panne économique, arrestations massives, incompétence, mépris des revendications populaires…

« … La crise multidimensionnelle politique, sécuritaire, sanitaire, économique, sociale et financière que traverse le pays s’aggrave de jour en jour. Les dommages qui en résultent n’ont jamais été aussi visibles, nuisibles et désespérant pour les acteurs économiques, les travailleurs et les citoyens en général. Après les pénuries, en oxygène dans les hôpitaux, en liquidités dans les banques et en eau dans les robinets, les risques de tension et de pénurie sur des produits alimentaires de large consommation synonyme de flambée des prix sont hélas une réalité durement ressentie par de larges pans de la société qui risque de s’aggraver.

A titre d’exemple, ces derniers jours, les prix des féculents, des légumes, des œufs, de la viande blanche, du lait, de la semoule et des pattes sont hors de portée pour une grande partie des Algériens.

La baisse significative de la production locale en céréales, déjà très réduite, et surtout mondiale de blé alors que notre pays importe près de 90 % de ses besoins en matière de blé tendre augure de réelles difficultés d’approvisionnement extérieur et des risques de spéculations dans les circuits de distribution internes. L’inquiétude est grande, d’autant plus que le gouvernement ne semble pas prendre la mesure de l’ampleur du problème et se complait dans l’inaction et les incantations.

Les répercussions sur la vie des populations ne peuvent que compliquer une situation politique et sociale à la base intenable. Ce ne sont pas les discours chimériques sur la souveraineté et l’indépendance politique nationales qui changeraient le cours des choses. Tout le monde sait que la souveraineté nationale et l’indépendance politique d’un pays se mesurent par la capacité de l’Etat à assurer un maximum de biens et de moyens, en toute circonstance, pour les populations. Le défi est dans la conquête de la prospérité économique, principalement dans les domaines agricole et alimentaire.

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Le plan d’action du gouvernement, sans échéances précises et aux rares données chiffrées souvent approximatives, est une pâle copie des plans d’action des gouvernements précédents, avec le recours à la planche à billets qui n’est plus assumé. Les mesures d’austérité annoncées en vue de la réduction des importations affaiblissent encore plus notre économie qu’elles ne la servent. Le recours à l’importation est indispensable pour disposer des intrants essentiels à une relance et à l’impulsion d’une économie de production concurrentielle. Ceci est d’autant plus vrai après les ravages induits par les contraintes drastiques dues à la pandémie. Une telle perspective exige des fonds en devises désormais non disponibles et un environnement économique assainie et lisible ce qui est loin d’être le cas. Le gouvernement ne dit pas comment acquérir de tels fonds. Il ne dit pas non plus comment rassurer et inciter d’éventuels investisseurs pour sortir leur argent, qui plus est dans un environnement caractérisé par une justice aux ordres et des institutions bureaucratiques gangrénées par la corruption.

Le tableau économique et social est des plus sombres : les réserves de changes s’amenuisent et suivent une courbe qui tend vers 30 milliards de dollars fin 2021, la valeur du dinar ne cesse de dégringoler, la raréfaction des liquidités dans les banques est un secret de polichinelle, le chômage est, au bas mot, à 15% et la dégringolade du pouvoir d’achat est à un niveau qui menace même la paix sociale.

Sur un autre registre, le programme du gouvernement se prononce sur la nécessité de procéder à la réorganisation administrative de l’Etat par la transformation de l’architecture territoriale du pays et la mise en place d’une organisation administrative appropriée pour la capitale et les grandes métropoles. C’est, sous une forme ou une autre, la proposition de débat sur la régionalisation enclenché depuis longtemps par des acteurs de l’opposition dont notamment le RCD. Il est inconcevable et inadmissible que le combat pour rendre visible une telle proposition puisse coûter à certains de ses promoteurs déjà des mois d’emprisonnement. Pour notre part, la refondation de l’Etat est plus que jamais une urgence nationale mais elle implique avant tout un débat et de la transparence.

Chers amis ;

Au plan politique, l’action pacifique de l’opposition, l’expression libre et la divergence d’opinion sont stigmatisées, réprimées et dans certains cas criminalisés. Les espaces de débats sont totalement fermés. Les conditions de l’exercice politique sont désormais inexistantes. Des acteurs politiques et responsables de partis sont jetés dans les prisons pour des accusations fallacieuses et sans aucune forme de procès. Ils purgent des mois voire des années pour certains d’entre eux.

Depuis quelques semaines, c’est carrément des arrestations massives, notamment dans les localités de Kherrata et d’Ath Ourtilane. Toute critique donne lieu à des menaces et autres représailles attentatoires au droit et aux libertés fondamentales. Pour justifier ou camoufler ses échecs, le pouvoir convoque les haines, les divisions et les discriminations qu’il a lui-même instillé dans la société. Dans le même temps, les officiels ne cessent de rabâcher un discours infantile et usé d’une Algérie menacée de toute part pour légitimer la mainmise des appareils sécuritaires sur l’ensemble de l’Etat et de la société. C’est désormais, le Haut conseil de sécurité, pourtant organe consultatif, qui est assumé comme centre officiel de la décision politique.

Au lieu de tracer une voie différente et un nouveau départ pour l’Algérie, comme l’ont scandé les citoyens au cours des marches populaires pacifiques entamées en février 2019, réclamant une Algérie libre et démocratique, le régime a délibérément emprunté le même chemin suivi depuis l’indépendance, mais cette fois à rebours puisque tous les acquis de l’après parti unique sont en train d’être remis en cause.

Les théories complotistes fabriquant des ennemis intérieurs et extérieurs sont passé du stade d’éléments de langage à une mise en œuvre d’une politique répressive, tous azimut, d’un pouvoir dont l’illégitimité inhibe la réflexion et paralyse l’action positive.

Une paralysie qui s’est propagé à toutes les structures de l’État comme en témoigne la gestion catastrophique de la situation induite par les feux de forêts et la crise du manque d’oxygène dans les hôpitaux provoquant une multiplication des victimes et des dégâts très importants.

Pour s’en défendre de leur faillite, les dirigeants officiels accusent à tord et à travers des parties et demandent à être cru sur parole, eux qui n’ont aucun respect pour la parole donnée, puis recourent aux mêmes promesses et engagements populistes jamais tenus. Plus grave, des populations entières sont montrées du doigt, stigmatisées et culpabilisées pour faire payer à une région entière son engagement politique et pacifique sans faille en faveur d’une Algérie réconciliée avec son histoire, souveraine et de progrès.

Llum yellan ɣef w-uccen, Rant-idd ɣef u-yaziḍḍ

M-is d-ufan sebba ar teččen, Qaṛṛen-as bezzaf igttɛggiḍ

Mettant à profit des déclarations et actes pour le moins belliqueux du makhzen, les officiels algériens surenchérissent. Ils décident, tambour battant, voulant faire croire à un prestige retrouvé de notre diplomatie voire un acte révolutionnaire, de la rupture des relations diplomatiques avec le Maroc, lesquelles relations étaient en réalité déjà quasi insignifiantes. La régression vertigineuse de notre poids, rôle et influence sur notre propre continent n’est pas nouvelle. Elle est le résultat d’une désertion assumée depuis des années par un pouvoir qui avait fait le choix de tourner le dos à l’Afrique. Depuis quelques années déjà qu’Israël, considéré comme un ennemi historique de notre pays, gagne en influence dans le continent africain pour désormais rivaliser avec la France et d’autres grandes puissances. Elle entretient des relations diplomatiques avec plus de 40 pays sur les 54 que compte le continent, intensifie ses échanges dans les domaines économiques et sécuritaires avec eux et réussit à arracher un accord pour siéger en tant qu’observateur au sein de l’UA sans que notre pays n’y soit consulté ou même informé à temps.

Au plan nord-africain, l’échec de l’UMA est largement consommé depuis des années. La dernière réunion des chefs des cinq Etats qui la composent remonte à 1994 et celle des ministres des affaires étrangères à 2012. Maintenir l’illusion d’une nouvelle relance de cette structure, telle qu’elle a été pensée, n’est que perte de temps et d’énergie. De tous les pays membres de l’UMA, réputée comme la communauté économique régionale la moins performante de l’Afrique pour n’avoir réalisé́ aucune étape du calendrier d’intégration adopté en 1990, seule l’Algérie n’est membre d’aucune autre communauté économique régionale. En réalité, les quatre autres pays de l’UMA sont membres de la Communauté des États sahélo-sahariens (CEN-SAD) qui en compte 29 Etats. Notre pays a tout intérêt à y adhérer dans un premier temps et à agir pour la création d’une communauté économique des États de l’Afrique du Nord et du Sahel, d’autant plus que les atouts naturels ne manquent pas.

Chers amis ;

Depuis décembre 2019, les farces électorales se suivent et se ressemblent. Les institutions et lois qui en sont issues sont, à ce jour, inopérantes. L’exécutif, le législatif et le judiciaire sont délestés de leurs prérogatives et pouvoirs. La constitution qu’ils ont pourtant imposée de façon unilatérale est foulée aux pieds chaque jour. La politique et les dirigeants qui l’inspirent sont d’une médiocrité telle que le fossé qui les sépare des citoyens se creuse chaque jour davantage. Le rejet par ces derniers de toute initiative ou discours venant du pouvoir est une réponse cinglante significative d’une rupture totale et de l’aspiration populaire à un changement démocratique profond.

La convocation par le chef de l’Etat du corps électoral pour des élections locales anticipées en plein pandémie du covid-19 et surtout avec une quatrième vague annoncée dans une conjoncture où le taux de vaccination est l’un des plus faible au monde renseigne sur la préoccupation des dirigeants officiels quant à la santé des populations. D’aucuns diront que c’est la troisième fois que le pouvoir joue la santé des Algériens à la roulette russe en moins d’une année.

Au-delà de l’absence des conditions d’une compétition électorale libre et transparente, le régime électoral promulgué par ordonnance du chef de l’Etat est devenu caduque en vertu de l’article 142 de la constitution qui stipule que « le Président de la République soumet les ordonnances qu’il a prises à l’approbation de chacune des chambres du Parlement au début de sa prochaine session. Sont caduques les ordonnances non adoptées par le Parlement ».

Il s’agit là d’un abus de position et d’une atteinte caractérisée à une règle fondamentale édictée par la constitution du pays et qui ainsi détruit le fondement de l’autorité de l’Etat. Ce qui rend l’organisation d’élections locales anticipées et la convocation du corps électoral illégales. La même illégalité caractérise le mandat de l’assemblée nationale actuelle et risque de s’étendre au mandat des futurs assemblées communales et de wilaya si une décision n’est pas prise pour laisser le mandat en cours aller à son terme d’autant plus qu’aucune urgence déclarée n’est à signaler pour ce scrutin.

Ces éléments d’informations pourront enrichir les débats qui ont été déjà entamés à l’occasion des réunions des conseils régionaux tenues le week-end dernier afin de permettre au conseil national de prendre ses décisions en connaissance de cause et en toute souveraineté.

Enfin, les préparatifs du sixième congrès ordinaire de notre Rassemblement doivent franchir une nouvelle étape par l’installation aujourd’hui de la commission nationale en vertu de l’article 47 de nos statuts et 56 du règlement intérieur. Le congrès sera convoqué pour le premier semestre de l’année 2022, soit le mois de juin au plus tard.

Vive le RCD

Vive l’Algérie libre et démocratique

Vive l’Algérie démocratique et sociale

Liberté pour tous les détenus politiques et d’opinion

 




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