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27 février 2024
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AccueilChronique« Monzami » : les années bonheur !

« Monzami » : les années bonheur !

Vache
Image par Wolfgang Claussen de Pixabay

Aujourd’hui sa vache est morte. Du jour au lendemain, « d’opulent », par les villageois encensé et respecté, il devient le nécessiteux fauché, de tous ignoré. Fini l’unique signe extérieur de richesse qui le distinguait de la plèbe du terroir.

Pour ces familles démunies, perdre un animal domestique est d’une telle violence qu’il plonge la totalité du foyer dans le trouble et le désarroi. C’est carrément la survie de tous qui est menacée. Une chèvre ou une brebis qui périt est déjà douloureux.

Perdre une vache qui assure le lait quotidien des enfants, et qui suscite l’espoir d’un futur veau qui viendrait enrichir le bétail, est bouleversant de cruauté. C’est une véritable tragédie familiale. Le deuil qui s’ensuit ressemble souvent à celui observé lors de la perte d’un proche, la veillée mortuaire et les dépenses cérémoniales en moins.

La vache de Hocine est malade depuis quelques jours. Elle broute très peu et reste allongée, la plupart du temps. En ces périodes de disette, il n’y avait pas de vétérinaire dans ces villages coupés du monde. On ne savait même pas que cela pouvait exister ailleurs, au-delà de ces collines ingrates. Soigner les hommes, les femmes et les enfants par un médecin est déjà hors de portée ; soigner un animal est carrément inimaginable. Pour toutes sortes de maux, on se rabat sur les Marabouts et leurs talismans pour éloigner le mauvais sort. Car selon la rhétorique immémoriale, posséder des animaux domestiques est un signe ostentatoire de richesse qui ne peut que provoquer jalousies et envies. Avec, pour corollaire, le sempiternel mauvais œil dont le pouvoir est attribué à la plupart des vieilles mégères qui refusent leur petit coin sous terre.

La visite du guérisseur doit nécessairement s’accompagner d’un repas digne de son rang. Un couscous accompagné des derniers morceaux de viande salée et conservée depuis le dernier sacrifice du mouton, lequel remonte à l’Aïd El-Kébir précédent, soit plus de six mois. Il est d’usage de garder ces morceaux pour le repas du soir qui précède l’Aïd suivant. Les consommer avant est de mauvais augure. Mais pour l’occasion, on fait confiance au mektoub et au Marabout du village.

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La rumeur court que ses h’rouz (talismans) sont infaillibles pour guérir toutes sortes de maladies dont sont atteints les hommes et les animaux. Il est hors de question de douter de ce don attribué uniquement à ces hommes pieux qu’Allah a doté de pouvoirs surnaturels. Leurs tenues immaculées portées avec fierté et une stature souveraine inspirent toutes sortes de pouvoirs magiques. Ils le savent. Ils étalent leurs atours religieux. Ils en profitent. La naïveté et l’ignorance font le reste… (à suivre)

Kacem Madani

 

4 Commentaires

  1. Tout compte fait Addi n’a rien inventé. En marabout des sociétés, et la nôtre en particulier, il n’a fait que diagnostiquer, sans les nommer, les maux qui la rongeaient dont le principal, le plus douloureux d’entre tous et le plus récalcitrant aux remèdes même les plus sophistiqués,…: sans nommer le mal en question. C’est au patient qu’incombe cette tâche. Le jour où patient arrive à prendre conscience de son mal, mettre des mots et le nommer, c’est la guérison ou du moins le début de la guérison. Pour ça Addi a préconisé une méthode de guérison collective, mais radicale , en guise de théorie, qui consiste à laisser faire le temps, accompagner, de loin sans intervenir, le patient à aller au bout de son délire.
    C’est la régression féconde. Une approche prometteuse. Mais sa théorie comporte un un défaut de conception. Il nous a pris pour des cachalots qui même s’ils plongent au plus profond des océans pour y rester des heures mais ils finissent toujours par remonter à la surface ne serait est ce que pour reprendre leur souffle, pour respirer. Or, il a oublié que nous ne sommes pas des cétacés mais juste des poissons. Et le lien qui nous lie à notre délire est le même qui lie le poisson à l’eau. Par conséquent, vouloir nous guérir de notre délire en nous en extirpant reviendrait à vouloir guérir un poisson de son « accoutumance » a l’eau, une accoutumance qui n’en est pas une…

    • Addi avec lequel vous nous rabattez les oreilles n’a rien diagnostiqué du tout. Prévoir ce que l’école allait donner quand les bambins seraient grand, n’a pas besoins d’être un douktour. Les les sorciers du FLN et du pouvoir réel l’ont prévu avant même de mettre le sinistre projet à exécution. D’autres avant Addi ont tiré la sonnette d’alarme dès les années 70 -80.
      N’importe quel bambins kabyle de ces années là, 20 ans avant Addi, a vécu l’arabisation comme une augure d’un retour à l’obscurantisme et une énorme perte de qualité de l’enseignement.
      La société n’a pas enfanté la régression comme cet accompagnateur de la régression a prétendu. Je vois plutôt le contraire : après 62, les gens ont naturellement penché vers le mode de vie occidental. Addi prend les décisions des cercles décideurs occultes ou flous par des tendances profondes de la société. Une sous-traitance digne d’un intellectuel organique au mieux.

      • Moi je ne parlais pas de cette époque ci, mais de l’autre époque. Celle d’avant celle de l’histoire de la vache morte et même de celle d’avant celle de la vache des orphelins. Je parlais de l’époque de nôtre âge d’or, celle d’avant l’âne d’or. Yakhi ni 3addi, ni l’FLN, ni lakoul’ni yahffan ( l’école usée) n’existaient encore?
        Que des époques ont changés, des croyances et des religions ont supplanté d’autres,…la seule chose qui demeure inchangée, immuable, contre vents et marées, c’est notre attachement indéfectible aux marabouts ( peut importe leurs dénominations ou leurs obédiences du moment), et notre allergie chronique a tout ce qui a attrait à la raison.

        • Vous faites bien de parler d’avant likoul et autres FLN, car les parrains qu’on aujourd’hui n’ont en fait rien inventé; ce serait leur prêter …
          Oui, mais que serait notre dit «attachement» aux marabouts sans l’éventail turc ? Et même, que resterait des rares rituels musulmans fortement dilués sans la présence turque dans les plaines ? Quand on y regarde bien, on est exactement dans la même configuration. D’ailleurs au plus haut de l’état algérien, nous avons exactement une copie conforme du collège de hauts officiers qui font et défont tout. Cette fois-ci ils mettent en avant non pas un des leurs (excepté Zeroual), l’époque ne s’y prête plus tout à fait, mais un civil comme président pour faire comme. Ce qui a changé et a augmenté la nuisance, c’est cette emprise sur la société grâce à l’appareil administratif et l’école hérités de l’époque coloniale française.
          Les turcs étaient là sous prétexte de l’islam et ils veillaient à ce que « on s’y attache » bla rebbi negh, comme aujourd’hui. Hier c’était avec les marabouts, aujourd’hui c’est avec likoul et la «spiritualité» obligatoire pour tous au frais de la princesse

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