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L’inculture célébrée par un joueur !

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Michel Kuka alias Lumumba moqué par Amoura.
Michel Kuka alias Lumumba moqué par Amoura.

On aurait dû finir sur la beauté du match. Mais le joueur Mohamed Amoura (*) en a décidé autrement. Lamentable.

Sur ce but libérateur, sur la tension tenue, sur une Algérie solide, mature, efficace. On aurait dû finir sur le public, ce mur vivant, ces milliers de voix qui portent une équipe comme on porte un frère dans une foule. On aurait dû finir sur cette image rare : Zidane et les siens en tribunes, joie brute, cadrée par les caméras comme un signe discret. Treizième homme. Pas un commentaire, pas un discours. Juste la présence. La transmission.

Et puis, à la fin, il y a eu le geste de trop. Petit. Mesquin. Inutile.

Un joueur algérien, Mohammed Amoura, s’est adressé à un supporter congolais devenu viral, l’a imité, puis s’est écroulé comme pour dire : “Va dormir”. Rires. Fierté facile. Et une tache sur la fin d’un match qui n’en avait pas besoin.

https://twitter.com/DZFOOTBALLDZ/status/2008623690930442358?s=20

Ce geste n’est pas “de la provoc”. Ce n’est pas “le football”. Ce n’est pas “l’ambiance”. C’est autre chose: un aveu. L’aveu d’une inculture qui confond victoire et humiliation, célébration et rabaissement.

Car cet homme congolais ne faisait pas le clown. Il performait un symbole. Une posture d’immobilité inspirée des figures mémorielles et politiques du Congo, où le corps debout, figé, silencieux, signifie dignité, résistance, histoire. Un langage. Un code. Un geste qui dit: “je suis là, je tiens, je témoigne.” On peut aimer ou non. Mais on ne peut pas ne pas comprendre qu’il y a derrière autre chose qu’une blague.

Sauf si l’on a appris à jouer sans apprendre à lire.

Le football moderne fabrique des athlètes parfaits et des têtes parfois vides de mémoire. On entraîne les jambes, on oublie le sens. Et dès qu’un symbole apparaît, dès qu’un geste dépasse la comédie habituelle, il devient une cible. On se moque de ce qu’on ne sait pas nommer.

Le contraste est cruel: l’histoire a connu des joueurs qui entraient dans la légende par leurs actes, pas par leurs grimaces. Sócrates, au Brésil, faisait du terrain une tribune. L’équipe du FLN a sacrifié des carrières pour donner un visage à une cause. Là, on n’a pas affaire à des “célébrations”. On a affaire à une conscience.

Ce soir-là, l’Algérie a gagné un match. Mais elle a perdu une occasion d’être grande jusqu’au bout.

Et l’inculture, dans le sport comme ailleurs, ne se voit jamais autant que lorsqu’elle applaudit.

Zaim Gharnati

(*) Le joueur a depuis présenté ses excuses.

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CAN 2025 : les quarts de finale les plus relevés de l’histoire ?

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CAN 2025

Mali-Sénégal, Égypte-Côte d’Ivoire, Cameroun-Maroc, Nigeria-Algérie, les quarts de finale de la CAN 2025 sont alléchants. Uniquement composées de nations du top 10 africain, ces affiches sont-elles les plus relevées de l’histoire du tournoi ?

Le Maroc a vendu la CAN du siècle. Avec la qualification de la Côte d’Ivoire, du Cameroun, du Maroc, de l’Algérie, de l’Égypte, du Nigeria, du Mali et du Sénégal, le tableau des quarts de finale de la compétition pourrait bien donner un coup de pouce au royaume pour en faire une édition mémorable. Habituellement, une ou deux sélections viennent jouer les trouble-fêtes à ce stade du tournoi. Cette année, la vraie surprise, c’est qu’il n’y en a pas : toutes les têtes d’affiche du continent sont au rendez-vous. Et les rares qui ne le sont pas (RDC, Tunisie) ont elles-mêmes été éliminées par d’autres grosses nations en huitièmes de finale. 

Les huit qualifiés figurent tous dans le top 10 des nations africaines au classement FIFA. Depuis que la CAN est passée à 24 équipes en 2019, impossible de trouver des quarts de finale aussi denses. Comment oublier les parcours du Cap-Vert et de l’Angola en 2023, de la Guinée équatoriale et de la Gambie en 2021, ou encore du Bénin et de Madagascar en 2019 ? Autant de sélections qui, faute de ramener la coupe à la maison, ont fait vibrer leurs supporters avec des résultats qui ont pris tout le monde de court.

Gabon 2017 et Ghana 2008

Pour essayer de retrouver un tableau aussi relevé qu’en 2025, il faut revenir à 2017, au Gabon. À l’époque, la CAN se disputait encore à 16, et présentait des quart de finalistes très solides sur le papier : Burkina Faso, Tunisie, Égypte, Maroc, Sénégal, Cameroun, RDC et Ghana. Aussi solides qu’en 2025 ? Pas certain, car à cette époque, les nations africaines étaient moins bien classées par la FIFA. Le Sénégal, meilleure nation africaine en 2017, était classée 33e, contre une belle 11e place pour le Maroc aujourd’hui.

En additionnant les classements FIFA des quart de finalistes de la CAN 2017, on obtient 381. Pour les quart de finalistes de 2025, le compteur affiche 289. Une sacrée différence qui illustre bien la progression globale du football africain, au moins au niveau de ses représentants les plus importants.

S’il est possible de retrouver des tableaux relevés en quarts en remontant encore plus loin dans le temps, comme en 2008 au Ghana par exemple, le constat est le même. Le niveau de la CAN est plus haut en 2025 qu’en 2008. On peut donc avancer sans risque que les quarts que nous offre cette édition marocaine sont probablement les plus costauds de l’histoire. Reste à voir si ces affiches nous offriront un grand spectacle ou des matchs fermés entre cadors qui se craignent. 

RFI

Le programme des quarts de finale

Vendredi 9 janvier, 17 heures à Tanger : Mali-Sénégal
Vendredi 9 janvier, 20 heures à Rabat : Cameroun-Maroc
Samedi 10 janvier, 17 heures à Marrakech : Algérie-Nigeria
Samedi 10 janvier, 20 heures à Agadir : Égypte-Côte d’Ivoire

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Doit-on supporter l’EN ? Moi, non !

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Les Verts
L'équipe nationale. Crédit photo : DR

Cette semaine je suis allé visiter un détenu d’opinion qui croupit dans les geôles algériennes. Pour le réconforter, je lui ai raconté que l’équipe de football fait un beau parcours dans la CAN. Et que cela devrait le réjouir que notre ambassadrice puisse porter haut en Afrique les couleurs de la fierté nationale.

C’est une très ancienne question posée en dilemme aux démocrates, doit-on faire la part des choses lorsqu’il s’agit d’un régime autoritaire qui condamne les opposants à une incarcération abominable ?

J’aurais l’impression de mépriser et d’insulter ce malheureux dans sa cellule avec ma position qui resterait ambivalente. Non, assurément non, il ne faut jamais célébrer ce qui fait la force et le prestige d’une dictature, directement ou indirectement.

C’est valable en toutes choses et le sport est l’un des domaines où ces régimes trouvent leur carburant populiste par l’adhésion des peuples. Mais c’est encore plus vrai lorsqu’il s’agit de compétitions internationales et surtout de football car il possède une force d’embrigadement encore plus puissante.

Au niveau interne les despotes disposent du levier de l’écriture mémorielle de l’histoire, de la terreur et de l’offre de compromission et de corruption. Sur le plan international, le football en est un qui n’est pas des moindres. 

Deux références au sport dont une au football me viennent spontanément à l’esprit.  Celle de la Grèce antique qui avait sublimé la compétition sportive comme image de la puissance d’Athènes dans la guerre, de la virilité masculine et de la doctrine racialiste.

Puis la célèbre organisation des jeux Olympiques (encore eux !) à Berlin par Hitler. Il voulait que ce fût le moment glorieux du nazisme pour prouver la supériorité de la race aryenne sur les athlètes noirs, notamment ceux des Etats-Unis (pour ce qui est des compétiteurs les plus dangereux).

Les athlètes américains noirs, appelés « les18 courageux », ont obtenu 10 médailles. L’histoire retiendra surtout l’écrasante supériorité de l’athlète Jesse Owens avec 4 médailles d’or. Un camouflet à Hitler qui voulait se servir des Jeux olympiques comme vitrine de son triomphe.

Puis cette fameuse « Main de Dieu » de Maradona dans une équipe argentine de football qui a obtenu la coupe du monde. Au même moment, le régime des colonels exécutait et incarcérait considérablement plus d’opposants que Maradona n’a pu marquer de buts dans toute sa longue carrière. 

(Au passage, c’est toujours utile aux jeunes lecteurs, rappelons que le terme de « régime des colonels », nommé par usage, est impropre car il est le qualificatif de la dictature militaire en Grèce. En Argentine il fait référence au colonel Juan Domingo Perón (devenu plus tard général), ancien homme fort du pays qui était arrivé au pouvoir en participant avec d’autres à un coup d’état, ce qui a donné le nom au mouvement péroniste lorsqu’il est devenu l’homme fort de l’Argentine, un féroce dictateur).

Les dictatures se sont ainsi toujours servies du sport pour montrer leur puissance au monde. Le football est tout désigné car il draine le plus de foules à son spectacle.

Une extraordinaire aubaine pour les régimes populistes de pouvoir se servir des « masses populaires » (au sens sociologique et non méprisant). Et que dire des compétitions internationales où trois attributs nationalistes sont présents, l’hymne national, le drapeau et l’inscription sur le maillot ? Le Jackpot pour ces régimes de pouvoir provoquer envers eux tant de dévotion mystique et irrationnelle.

J’ai bien entendu évité de mettre en avant dès le début de l’article deux citations qui paraissent tellement évidentes à rappeler. Cela aurait été peu téméraire car en général on les met instinctivement en avant lorsqu’on n’a pas beaucoup de choses à dire tant elles sont tellement générales et universelles.

La première est une dérivation classique de la pensée de Marx à propos de la religion, le football est donc aussi « L’opium du peuple ». Et comme nous avions commencé par l’Antiquité revenons à la période romaine et son célèbre « Panem et circenses » (du pain et des jeux) du poète satirique latin Juvénal. Jules César en avait repris le sens avec sa fameuse phrase « donne du vin et des jeux au peuple et tu pourras en faire des agneaux ». Je ne savais pas que César était Algérien.

Non, je n’insulterai pas ce pauvre opposant d’opinion jeté dans les geôles de notre César. L’équipe nationale, malgré ses grands talents et son parcours dans la CAN, n’est pas celle qui sert à glorifier mon pays. Mon enthousiasme de jeunesse pour le football algérien, car à cette époque la réflexion n’était encore pas assez mature pour faire le lien,  renaîtra lorsque mon pays natal sera représenté par des dirigeants légitimes et honorables.

Là, et seulement à ce moment, je soutiendrais ce qui construirait l’image internationale qui ferait notre fierté, y compris par le football.

Bon, il ne faudra pas compter sur moi pour sortir de ma tombe et devenir un Maradona national car je ne le vois pas venir, ce moment de fierté personnelle. 

Boumediene Sid Lakhdar

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Nouveau code de la route : Saïd Saayoud et la tentation répressive

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Saïd Sayoud
Saïd Sayoud. Crédit photo : DR

​Tel un praticien refusant de voir son patient succomber, mais s’obstinant à multiplier les traitements de choc, le ministre Saïd Sayoud semble avoir choisi la voie de l’acharnement punitif. Face au fléau du « terrorisme routier », la seule prescription gouvernementale tient désormais en une formule : la douleur financière et la privation de liberté.

​Devant les membres du Conseil de la nation, le ministre de l’Intérieur et des Transports, Saïd Sayoud, s’est présenté « droit dans ses bottes », tel un chirurgien insensible aux plaintes du corps social. Face aux critiques des transporteurs, qui voient dans ce nouveau Code de la route une condamnation à mort de leur profession, Saïd Saayoud a réitéré son diagnostic : si le mal persiste, c’est que la dose de répression n’était pas assez forte.

Un remède de cheval pour une pathologie complexe

​En durcissant les sanctions jusqu’à l’extrême — avec des peines pouvant atteindre 20 ans de réclusion et des amendes de 2 000 000 DA — le ministre ne se contente plus de soigner les comportements, il cherche à traumatiser pour dissuader. Cette approche, que d’aucuns qualifient d’« acharnement », pose une question éthique et pratique : peut-on guérir l’insécurité routière uniquement par la peur de la sanction ?

​« Celui qui respecte la loi n’aura rien à craindre », martèle le ministre, ignorant que dans ce climat de tension, la loi n’est plus perçue comme un cadre protecteur, mais comme un couperet prêt à tomber à la moindre défaillance.

​Les effets secondaires d’un traitement de choc

​L’élargissement de la responsabilité pénale à l’ensemble de la chaîne (agences de contrôle, écoles de conduite, maintenance routière) ressemble à une tentative désespérée de traiter tous les organes à la fois. Mais en frappant indistinctement dans le « porte-monnaie », l’État risque de provoquer une paralysie du secteur des transports, effet secondaire majeur d’une politique qui refuse d’intégrer la pédagogie ou l’amélioration des infrastructures dans son protocole de soin.

​Inflexible, Saïd Sayoud n’a pas changé d’un iota sa feuille de route. Pour le gouvernement, la survie du patient passe par une médication amère, quitte à frôler l’overdose législative.

Le verdict final appartient désormais aux sénateurs, qui se pencheront sur le texte le 15 janvier prochain. Reste à savoir s’ils valideront ce traitement de choc ou s’ils tenteront d’adoucir une prescription jugée par beaucoup comme une thérapie de l’extrême. 

Samia Naït Iqbal

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« Ne pas tronquer la vérité : colonisation, mémoire et transmission »

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Sandrine Malika Charlemagne et Jean Asselmeyer
Sandrine Malika Charlemagne et Jean Asselmeyer

Dans un contexte où la mémoire de la colonisation française en Algérie demeure un sujet de tensions, de silences et de controverses, Le Matin d’Algérie a réuni Sandrine Malika Charlemagne, réalisatrice et auteure franco-algérienne, et Jean Asselmeyer, réalisateur et documentariste, dans un entretien croisé. À partir de l’article publié dans La Croix et de leurs travaux respectifs, ils interrogent les violences coloniales, les mythes persistants, le rôle des témoignages, ainsi que la transmission de cette histoire aux jeunes générations.

Leur regard croisé offre une lecture plurielle d’un passé qui continue de peser sur les relations entre la France et l’Algérie.

À travers leurs expériences personnelles et artistiques, ils évoquent la manière dont la mémoire se construit, se transmet et se confronte aux silences institutionnels. Cet entretien met en lumière la nécessité d’un dialogue sincère et d’une réflexion approfondie pour comprendre et assumer l’histoire coloniale

Le Matin d’Algérie : Dans l’article de La Croix, vous insistez sur la nécessité de « ne pas tronquer la vérité » sur la colonisation. Quels événements ou pratiques restent, selon vous, encore trop méconnus du public français ?

Sandrine Malika Charlemagne : Une question assez méconnue est celle des essais nucléaires français qui ont eu lieu dans le Sahara dans les années 60 et de leurs conséquences néfastes encore aujourd’hui. La France pourrait par exemple envisager de nettoyer les zones contaminées par les radiations et les déchets nucléaires. En 2026, il serait temps.

Il y a aussi la question du trésor d’Alger en 1830. L’or découvert dans les caves de la Casbah. Cet or sera transféré à la Banque de France. Pierre Péan a consacré un ouvrage sur cette question, paru en 2004 chez Plon : Main basse sur Alger – conquête sur un pillage – Juillet 1830.

Et aussi, dans un autre registre, la figure d’Abd el-Kader. Il s’agit d’un personnage complexe, à cheval entre l’Orient et l’Occident. Il semblerait que le 18 juin 1864, Abd el-Kader al-Hassanî reçoit à Alexandrie l’initiation maçonnique par la Loge des Pyramides, pour le compte de la loge parisienne Henri IV. En outre, durant son exil en Syrie, il a protégé les chrétiens orientaux pendant une persécution.

Le Matin d’Algérie : Vous évoquez le silence de votre père sur son vécu en Algérie. Comment ce silence a-t-il influencé votre propre rapport à l’histoire coloniale ?

Sandrine Malika Charlemagne : Je n’avais jamais eu l’occasion d’aller en Algérie avec mon père, mort relativement jeune, à 49 ans. J’irai pour la première fois en 1999. J’étais à Sidi Bou Saïd, en Tunisie, chez une amie réalisatrice qui devait se rendre au Festival de Tébessa présenter son film. Elle me proposa de l’accompagner.

Là-bas, je me suis liée d’amitié avec Ahmed Benaïssa, qui, à cette période, dirigeait le Théâtre de Sidi-Bel-Abbès. Nous avons passé de longs moments à discuter, il me parla notamment de la façon dont il essayait de continuer à faire du théâtre malgré la situation très compliquée de l’époque. Mais aussi du passé colonial de l’Algérie. En 2000, je me rendais de nouveau en Algérie pour coordonner un festival lié aux écritures contemporaines, guidée dans mes recherches par Ahmed Benaïssa. Ce festival se déroula ensuite à Montpellier en partenariat avec le CDN des Treize Vents.

Suite à ces différents séjours, j’écrivis plus tard Mon pays étranger, publié aux Éditions de La Différence, où la narratrice part en quête de ses racines. Mais il s’agissait surtout d’une rencontre avec le peuple algérien, le monde du théâtre et celui du journalisme. Avant de rencontrer Ahmed Benaïssa, j’avais lu quelques ouvrages mais très peu en réalité et vu La Bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo et Avoir 20 ans dans les Aurès de René Vautier.

Je pense que le silence de mon père a déclenché quelque chose d’assez inexplicable, comme une part manquante, qu’on essaie ensuite de combler. C’est sans doute de cette recherche qu’est venu mon désir de mieux connaître le passé colonial en Algérie.

Le Matin d’Algérie : La mémoire des massacres, comme celui des Ouled Riah en 1845, est rarement évoquée. Pourquoi est-il crucial de rappeler ces épisodes aujourd’hui ?

Sandrine Malika Charlemagne : Parce que ces épisodes sont en réalité très méconnus en Occident et qu’il est nécessaire de les rappeler afin de mieux appréhender une certaine vérité.

Le Matin d’Algérie : Vous critiquez l’idée que la colonisation française en Algérie ait été un « projet de modernisation ». Quels sont, selon vous, les principaux mythes à déconstruire ?

Jean Asselmeyer : Tout d’abord il faut constater que ce projet est un projet imposé à un peuple qui n’a rien demandé. Concrètement, une force militaire met en place par la force une colonie de peuplement c’est-à-dire une démarche de remplacement d’un peuple par un autre.

Dans cette première phase qui va de 1830 au début du XXe siècle on peut affirmer, comme le font certains universitaires, tel Olivier Le Cour Grandmaison, que coloniser revient à exterminer. Ce que revendiquent fièrement eux-mêmes les auteurs de massacres, enfumades, viols et autres barbaries dans de nombreux écrits et mémoires comme ceux du maréchal Bugeaud, et autres Pélissier et Lamoricière.

Comment donc qualifier sinon de barbares ceux-là mêmes qui prétendaient apporter leur civilisation et ces prétendus bienfaits en l’imposant par la force brutale. Je me contenterai de cette remarque liminaire pour commencer à démystifier ce qui en découle que ce soit dans le domaine économique, des transports, de la santé, de la culture.

Le Matin d’Algérie : Dans votre expérience, que révèlent les témoignages de ceux qui ont vécu le colonialisme, comme Gilberte et William Sportisse, que les livres d’histoire ne transmettent pas ?

Jean Asselmeyer : Dans notre film, il y a des témoins directs qui relatent ce qu’ils ont vécu de l’intérieur, mais aussi des historiens dont la démarche s’appuie sur des sources écrites ou archives. Les deux démarches contribuent à la quête de la vérité.  Dans le cas de Gilberte et William Sportisse dans notre film, ils s’expriment avant tout comme témoins. C’est leur vécu qu’ils relatent et l’on peut affirmer que la petite histoire rejoint la grande Histoire.

Premièrement par la durée de leurs témoignages qui englobent une période de près de 80 ans de la fin des années 30 à 2020. Deuxièmement sur le plan factuel, leur récit nous permet de découvrir des aspects inédits de la lutte du parti communiste algérien en particulier sur sa participation à la lutte armée.

Les témoignages de William et Gilberte rejoignent ceux de Zoheir Bessah, directeur d’Alger républicain, et de Sadek Hadjeres, également cadre dirigeant du parti communiste algérien. Quasi inédit également, il faut noter le témoignage de William appelé aux armées en 1940 dans une unité spéciale réservée aux juifs et le caractère discriminatoire de ces unités.

Mise à part ces aspects factuels, il faut remarquer l’humanité des deux protagonistes qui contribue à la force de leurs témoignages, la colère de William quand il évoque le 8 mai 1945 et les massacres de Sétif, Guelma et Constantine, et le dépassement par l’humour de Gilberte lorsqu’elle relate les tortures qu’elle a subies après le coup d’État du colonel Boumediene.

Le Matin d’Algérie : Comment les traces de la colonisation se manifestent-elles encore dans la société algérienne contemporaine, sur le plan social ou économique ?

Jean Asselmeyer : Mon regard sera toujours un regard extérieur, susceptible d’erreur bien entendu. Je me contenterai donc de généralités mais je pense que tant que le peuple algérien ne sera pas libéré lui-même du capitalisme à l’époque impérialiste il souffrira toujours de ce système hérité du colonialisme. Pour cela le peuple algérien comme tous les peuples du monde devrait pouvoir se reposer sur la solidarité internationale. C’est pourquoi il est vital aujourd’hui plus que jamais de dénoncer fermement ceux qui, dans les métropoles impérialistes, nostalgiques de cette période coloniale, veulent dicter leur loi et imposer leurs intérêts à un peuple souverain.

Le Matin d’Algérie : La reconnaissance des crimes coloniaux est au centre de votre réflexion. Pensez-vous qu’elle soit possible sans un véritable travail de mémoire institutionnel en France ?

Sandrine Malika Charlemagne : Le travail de mémoire institutionnel en France est primordial mais n’est pas suffisant.

Il y a souvent de nombreux blocages, des commissions de réflexion qui commencent un travail puis qui s’interrompent et au bout du compte, ça n’avance guère. Aussi, je crois en une parole plus diversifiée, notamment provenant du monde artistique.

Le Matin d’Algérie : Votre identité franco-algérienne vous place entre deux perspectives historiques. Comment cette double appartenance nourrit-elle votre regard sur les relations bilatérales ?

Sandrine Malika Charlemagne : J’essaie de comprendre du mieux que je peux et de l’intérieur les positions de chacun. Cette double appartenance m’aide à identifier les non-dits, par exemple les massacres commis par les Français, tout en restant à l’écoute des avis divergents.

Le Matin d’Algérie : Vous soulignez l’exploitation économique et la spoliation des terres durant la colonisation. Selon vous, quels impacts sont encore visibles aujourd’hui ?

Jean Asselmeyer : Je peux difficilement répondre à cette question dont la réponse appartient aux Algériens d’Algérie.

Le Matin d’Algérie : Quel rôle peuvent jouer la littérature, le cinéma ou le documentaire pour transmettre cette mémoire à ceux qui ne l’ont pas vécue ?

Jean Asselmeyer : Pour tous les peuples du monde la priorité réside dans la liberté de création des artistes. Sans celle-ci il ne peut y avoir de transmission digne de ce nom.

Je dois hélas constater que notre film consacré à William et Gilberte Sportisse, coproduction franco-algérienne, n’a toujours pas reçu de réponse à sa demande de visa d’exploitation en Algérie, ceci un an après sa sortie en France. Ceci dit, il est évident que le cinéma de fiction et le documentaire sont de beaux instruments de rapprochement entre les êtres humains, au même titre que la poésie et la littérature.

Le Matin d’Algérie : Certains acteurs politiques ou intellectuels en France minimisent encore le passé colonial. Comment, selon vous, sensibiliser honnêtement l’opinion publique ?

Sandrine Malika Charlemagne : Peut-être avec des entretiens sur de grandes chaînes d’écoute réunissant des historiennes et historiens qui, même s’ils ont des points de vue différents, se retrouvent ensemble pour débattre. C’est dans le débat d’idées qu’aura des chances de naître une meilleure compréhension.

Le Matin d’Algérie : Enfin, quel message aimeriez-vous transmettre aux jeunes générations, en France et en Algérie, sur l’importance de connaître et d’assumer ce passé ?

Jean Asselmeyer : Paradoxalement je souhaiterais leur transmettre la force de cette jeunesse éternelle de Gilberte et William, force forgée dans la lutte pour un monde plus juste.Force porteuse d’un immense espoir malgré un monde qui semble aller à sa perte. Ce qui me paraît indispensable également, c’est l’idée exprimée par William et Gilberte que la lutte continue après l’indépendance, qui est une étape nécessaire mais pas suffisante.

Cette lutte pour une société plus juste ne peut se mener que de manière internationale, en liaison avec d’autres peuples, d’où le rappel par William de l’importance de la solidarité avec la lutte du peuple palestinien.

Entretien réalisé par Djamal Guettala 

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Le gouvernement décide l’importation d’un million de moutons

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Réunion de gouvernement.
Le gouvernement en réunion.

Réuni ce mercredi 7 janvier 2026 sous la présidence du Premier ministre, M. Sifi Ghrib, le gouvernement a examiné plusieurs dossiers à caractère économique et social. Parmi les points abordés, la décision d’importer un million de têtes de moutons à l’occasion de l’Aïd El-Adha s’est imposée comme l’annonce la plus structurante, tant par son impact économique que par sa portée sociale.

Selon le communiqué sanctionnant la réunion, cette mesure vise explicitement à soutenir le marché national de la viande et à contenir les tensions récurrentes observées à l’approche de la fête religieuse, marquée ces dernières années par une forte hausse des prix et des difficultés d’accès a ce produit pour de larges franges de la population. Le  ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche a été instruit  de prendre « immédiatement » les dispositions nécessaires à la mise en œuvre de cette décision.

Au-delà de la réponse conjoncturelle à une pression saisonnière sur les prix, l’importation d’un volume aussi important de moutons traduit une option assumée de régulation directe du marché. Elle pose, en filigrane, la question  de la réussite de l’opération.  Celle-ci dépendra étroitement des conditions de mise sur le marché, de la fluidité  des circuits de distribution et des mécanismes de régulation des prix, autant de paramètres qui devront être maîtrisés afin d’éviter les dysfonctionnements observés lors de l’opération menée l’an dernier.

La réunion du gouvernement a également permis d’aborder d’autres dossiers. Un projet de décret exécutif relatif à la prise en charge de l’hébergement des professionnels, notamment dans le cadre de la formation, a été examiné. Le texte ambitionne de réduire l’impact de l’éloignement géographique de certaines structures de formation ou des pôles économiques, en améliorant les conditions matérielles des bénéficiaires.

Par ailleurs, un exposé a été présenté sur l’état d’avancement des programmes complémentaires au profit des wilayas de Khenchela, Tissemsilt, Djelfa et Tindouf. Approuvés par le chef de l’Etat, ces programmes affichent, selon le communiqué, un taux de réalisation jugé « considérable », même si l’accent a été mis sur la nécessité de lever les contraintes pesant sur les projets en cours afin d’en assurer l’achèvement.

Enfin, le gouvernement a pris connaissance du rapport annuel 2024 sur les risques majeurs, qui dresse un bilan des dangers enregistrés et formule des recommandations pour renforcer le dispositif national de prévention et de gestion des catastrophes.

La rédaction

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Le racisme sans honte, même face à des nouveau-nés en France

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Reseaux sociaux

Le 1er janvier 2026, La Provence publiait ses traditionnels articles sur les premiers bébés de l’année, à Avignon et à Arles. Rien de spectaculaire : quelques photos, les prénoms des enfants, un geste symbolique pour célébrer la vie et la continuité. Quelques heures plus tard, ces articles étaient devenus le point de départ d’une vague de commentaires haineux sur les réseaux sociaux.

Le constat est brutal : des centaines de messages visaient les prénoms à consonance arabe des nouveau-nés. Très vite, la critique cède la place à la haine. Des insultes, du racisme assumé, des attaques décomplexées. Ce n’est pas un débat sur la culture ou la langue, ce n’est pas une critique journalistique : c’est de la violence verbale, gratuite, dirigée contre l’innocence même. Face à cela, la rédaction de La Provence n’a eu d’autre choix que de fermer les commentaires, après avoir tenté de les modérer.

Cette décision, expliquée par le directeur de la rédaction Olivier Biscaye dans un éditorial publié le 6 janvier, ne relève pas d’un simple réflexe technique. Elle traduit un dilemme qui se pose à tous les médias : céder au flux haineux, ou affirmer que certaines limites doivent être respectées. Supprimer l’article aurait été simple. Cela aurait mis fin à la polémique et réduit la visibilité des attaques. Mais c’aurait été aussi un aveu : l’extrémisme dicte ce qui peut exister ou non dans l’espace public. Maintenir l’article, en revanche, c’est envoyer un message clair : la haine ne décide pas du contenu éditorial.

Au-delà de la réaction d’un quotidien régional, ce phénomène révèle une réalité inquiétante : le racisme n’est plus marginal, il est décomplexé. Sur les réseaux sociaux, il s’affiche sans filtre, sans honte. Il ne se limite plus aux débats politiques ou aux sujets sensibles. Il s’attaque à ce qu’il y a de plus élémentaire : la naissance, l’innocence, l’avenir des enfants. Quand des bébés deviennent des cibles, ce n’est plus un simple dérapage : c’est un indicateur d’une société qui vacille, d’une population qui normalise l’intolérance et la violence verbale.

L’éditorial de La Provence ne se contente pas de relater les faits. Il affirme une ligne politique et morale. La liberté d’expression ne peut être instrumentalisée pour insulter ou déshumaniser. Refuser de supprimer les articles, c’est refuser que l’extrémisme impose ses règles. C’est rappeler que certains principes — respect, humanité, ouverture — sont non négociables, même quand le flux numérique devient incontrôlable.

Cette affaire est aussi un avertissement pour tous les médias, nationaux et régionaux. Les réseaux sociaux ne sont pas neutres. Ils peuvent devenir des chambres d’écho pour la haine. Les journalistes doivent choisir : céder, se taire, fermer, ou tenir fermement leur rôle. La Provence a choisi de tenir. C’est une position courageuse, mais nécessaire.

Quand des prénoms deviennent des cibles, ce n’est pas seulement la presse qui est attaquée. C’est toute la société qui est interpellée. Et face à cette banalisation de la haine, le silence, l’indifférence ou la complaisance ne sont plus des options.

Djamal Guettala 

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Quand la nationalité cesse d’être un droit en Algérie !

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CNI Passeport algérien

Présentée comme une mesure exceptionnelle et juridiquement encadrée, cette réforme incarne l’exception qui confirme encore une fois l’arbitraire qui ronge l’Algérie.

Le ministre de la Justice adonc parlé. Il a parlé comme on récite un mode d’emploi. Long, précis, rassurant en apparence. Il a expliqué pourquoi, comment, dans quels cas, avec quelles garanties, l’État algérien pourrait désormais retirer la nationalité à certains de ses citoyens. Le tout emballé dans un vocabulaire juridique soigneusement choisi, fait pour calmer, pour endormir, pour donner à la menace la forme d’une procédure.

Mais derrière le vernis, le message est limpide: l’appartenance nationale devient conditionnelle. Elle se marchande. 

Voilà donc ce que l’Algérie propose à l’ouverture de l’année 2026. Non pas une vision économique. Non pas un projet social. Non pas une promesse de justice ou de développement. Mais un avertissement. Une épée administrative suspendue au-dessus des têtes. La peur comme politique publique.

Ce qui est en jeu n’est pas un détail juridique. C’est un basculement symbolique majeur. La nationalité algérienne, jusqu’ici considérée comme un fait de naissance, un lien irréversible entre l’individu et le pays, devient un instrument disciplinaire.

Elle n’est plus ce que l’on est. Elle devient ce que l’on mérite.

Le texte parle d’atteinte aux intérêts de l’Algérie, de loyauté, de stabilité, de menaces contre l’unité nationale. Des mots larges, extensibles, interprétables. Des notions politiques, pas juridiques. Des catégories suffisamment floues pour englober bien plus que des crimes avérés.

Ce n’est plus l’acte qui est jugé, mais l’intention supposée. Ce n’est plus le fait qui est sanctionné, mais la position.

Il faut le dire clairement, sans détour, sans tremblement.

Même durant la guerre de libération nationale, dans un contexte de violence extrême, l’Algérie n’a jamais institutionnalisé la déchéance de nationalité comme arme politique. Même face aux collaborateurs armés. Même durant les années noires, lorsque des groupes terroristes ont pris les armes, massacré des villages entiers, plongé le pays dans l’horreur, l’État n’a pas effacé l’appartenance nationale. Il a jugé, condamné, emprisonné, combattu. Mais il n’a pas rayé des Algériens de l’Algérie.

Aujourd’hui, en temps de paix proclamée, on instaure ce que la guerre elle-même n’avait pas rendu nécessaire.

C’est cela, le scandale historique.

Le ministre insiste: la mesure serait exceptionnelle, strictement encadrée, entourée de garanties. C’est toujours ainsi que commencent les dérives. L’exception est le mensonge fondateur de toutes les pratiques durables.

Car la décision finale ne relève pas d’un juge indépendant. Elle relève d’un décret. D’un pouvoir administratif. D’un sommet politique. Autrement dit: d’un rapport de force.

Dans un pays où la loi est vécue non comme une règle mais comme une menace potentielle, chacun comprend ce que cela signifie: ce texte sera appliqué selon l’humeur, le contexte, la cible, et lors de ces jours de douleur institutionnelle aiguë, quand le droit se tord sous les spasmes de l’arbitraire.

Le droit devient un outil. Pas de justice, mais de gestion.

Ce projet entérine une fracture déjà ressentie par la société. Il y aurait désormais deux catégories d’Algériens: ceux dont la nationalité est intangible, et ceux dont elle est révocable.

Les premiers vivent souvent loin du pays, possèdent d’autres passeports, investissent ailleurs, envoient leurs enfants étudier et s’installer à l’étranger. Les seconds sont sommés de prouver leur loyauté, leur silence, leur alignement.

La nationalité devient un privilège distribué par ceux qui en ont déjà plusieurs.

Il faut avoir le courage des mots. Ce texte rappelle une logique que l’Algérie connaît trop bien. Non pas par ses formes, mais par son esprit. Celui d’une citoyenneté hiérarchisée. Conditionnelle. Révocable.

Hier, le colon décidait qui était assimilable. Aujourd’hui, le pouvoir décide qui est loyal. Les robes ont changé. Le réflexe demeure.

Pendant que l’État menace de retirer la nationalité, des milliers de jeunes risquent leur vie en mer pour en changer. Pendant que le ministre parle de loyauté, des citoyens posent une question simple: si vous me l’enlevez, où m’envoyez-vous? Pendant que le pouvoir agite le spectre de la trahison, le peuple répond par une phrase glaçante: prenez-la, elle ne vaut plus rien.

Ce n’est pas une insulte. C’est un constat d’effondrement du lien civique.

Un pouvoir qui a un projet n’a pas besoin de menacer. Un pouvoir sûr de lui n’a pas besoin de trier ses citoyens. Un État qui croit en son peuple n’efface pas l’appartenance.

Ce texte ne protège pas l’Algérie. Il révèle une inquiétude. Une absence d’horizon. Une incapacité à proposer autre chose que la peur.

Et c’est peut-être cela, le vrai ridicule tragique de ce début 2026: au lieu d’ouvrir des chemins, on dresse des listes. Au lieu de construire, on exclut. Au lieu de rassembler, on conditionne.

Quand un État commence à gouverner par la menace identitaire, ce n’est jamais la nation qu’il sauve.

C’est le pouvoir qu’il tente de retenir.

Zaim Gharnati

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Quand la rumeur devient un enjeu politique : le pouvoir face au spectre d’une grève des commerçants

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Grève en Algérie.
La colère couve et le pouvoir colmate les brèches à coups de menaces et de rumeurs. Crédit photo : DR

Plus qu’une simple rumeur, l’appel à une grève des commerçants a agi comme un révélateur des inquiétudes du pouvoir face à une possible extension de la contestation sociale, dans un contexte où chaque perturbation supplémentaire est perçue comme une source de déstabilisation aux effets difficiles à maîtriser.

La rapidité de la riposte institutionnelle traduit moins la crainte d’un arrêt effectif de l’activité commerciale que celle d’une convergence des colères sociales déjà à l’œuvre dans le secteur des transports et sur le terrain du pouvoir d’achat. Le feu de la dissidence couve…

Dès la diffusion, sur les réseaux sociaux, d’appels anonymes invitant les commerçants à fermer leurs boutiques ce jeudi 8 janvier, les organisations syndicales censées défendre leurs adhérents volent au secours du pouvoir.

Ni une ni deux, l’exécutif et l’Union générale des commerçants et artisans algériens (UGCAA) ont enclenché une stratégie de neutralisation fondée sur deux leviers : la délégitimation de l’initiative et l’occupation immédiate de l’espace médiatique. Il y a quelques jours c’était l’UGTA qui était appelé à intervenir…

Dans une conférence de presse, le secrétaire général de l’UGCAA a ainsi  rejeté catégoriquement toute idée de grève, qualifiant les appels diffusés sur des pages Facebook anonymes, basées à l’étranger, de « rumeurs malveillantes » sans lien avec les commerçants ni avec l’organisation syndicale. Le discours officiel s’inscrit dans une rhétorique désormais rodée, où les mobilisations non encadrées par les structures reconnues sont disqualifiées au nom de la stabilité nationale et de la lutte contre les tentatives de déstabilisation.

Le secrétaire général de l’UGCAA, Issam Bedrici, a franchi un pas supplémentaire en imputant ces appels à des « ennemis de l’Algérie », une accusation qui contribue à déplacer le débat du terrain socio-économique vers celui de la sécurité nationale. Ce glissement discursif, fréquent dans la gestion des tensions sociales, permet de marginaliser les revendications potentielles en les assimilant à des manœuvres extérieures, tout en appelant à la « responsabilité nationale » des acteurs économiques.

Au-delà du discours, cette mobilisation révèle une réelle appréhension du pouvoir face à un possible élargissement du front social. La grève des transporteurs — chauffeurs de bus, taxis et conducteurs de camions de marchandises — se poursuit en effet depuis plusieurs jours, affectant directement la mobilité des citoyens et le fonctionnement des marchés. Dans ce contexte, l’entrée en scène des commerçants, même à l’état de menace, constituerait un facteur de déséquilibre majeur.

Conscient de cette fragilité, l’exécutif a multiplié les signaux d’apaisement. Parmi les mesures annoncées figure la révision d’une instruction récente de la Banque d’Algérie relative au dépôt des liquidités dans les comptes bancaires, une revendication centrale des commerçants. S’y ajoutent l’assouplissement des procédures d’ouverture de comptes et la promotion des moyens de paiement électroniques, présentés comme des réponses pragmatiques aux contraintes du secteur.

Les craintes gouvernementales portent notamment sur l’approvisionnement des marchés. Des perturbations ont déjà été signalées dans la distribution des fruits et légumes, conséquence directe de la grève des transporteurs de marchandises. Une fermeture des commerces de proximité — boulangeries, épiceries, marchés de détail — risquerait d’alimenter une spirale de pénuries et de hausses de prix, dans un contexte marqué par l’érosion continue du pouvoir d’achat.

Sur le terrain des transports, la situation demeure tendue. Les appels syndicaux à la reprise du travail sont restés sans effet, plongeant des milliers de travailleurs, d’étudiants et de fonctionnaires dans des difficultés quotidiennes de déplacement.

La perspective d’une augmentation des tarifs du transport public est évoquée, au risque de provoquer de nouvelles tensions sociales dans une société déjà éprouvée par la baisse du niveau de vie.

Dans ce climat, la gestion du social apparaît de plus en plus comme un exercice d’équilibrisme, où la prévention des mouvements collectifs prime sur le traitement structurel des causes du malaise. 

La rapidité avec laquelle l’appel à une grève des commerçants a été étouffé traduit une préoccupation centrale des autorités : éviter toute jonction entre les différents foyers de contestation avant qu’ils ne deviennent politiquement ingérables.

La rédaction

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CAN 2025 : les Éléphants dominent le Burkina Faso et s’invitent en quarts

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Côte d'Ivoire
La sélection de Côte d'Ivoire s'est brillamment qualifiée en quart de finale. Drédit photo : DR

La Côte d’Ivoire a validé son billet pour les quarts de finale de la Coupe d’Afrique des nations avec autorité. Opposés au Burkina Faso, les Éléphants se sont imposés sans discussion (3-0), au terme d’un match parfaitement maîtrisé, aussi bien sur le plan tactique que mental.

Cette victoire nette de la Côte d’Ivoire, construite avec sérieux et efficacité, confirme le retour en confiance de cette sélection dont le football est particulièrement séduisant.

Dès les premières minutes, la Côte d’Ivoire affiche un visage conquérant. Le pressing est haut, les lignes sont resserrées et la circulation du ballon fluide. Le Burkina Faso tente d’opposer un bloc compact, misant sur l’engagement et la densité au milieu, mais se heurte rapidement à l’intensité ivoirienne. Les Éléphants monopolisent le ballon et s’installent durablement dans le camp adverse.

Cette domination trouve logiquement sa récompense à la 20e minute. Sur une action collective bien construite, A. Diallo ouvre le score, concluant une phase de jeu emblématique de la maîtrise ivoirienne. Ce but libère les partenaires de Franck Kessié, désormais plus sereins et plus précis dans leurs enchaînements. Le Burkina Faso, désorganisé, peine à réagir.

La pression ivoirienne ne retombe pas. Plus agressifs dans les duels et plus justes techniquement, les Éléphants accentuent leur emprise sur la rencontre. À la 32e minute, Y. Diomande double la mise, profitant d’une hésitation de la défense burkinabè pour inscrire un but plein de sang-froid. À la pause, la Côte d’Ivoire mène logiquement 2-0, tandis que les Étalons semblent déjà en difficulté.

En seconde période, les Ivoiriens adoptent une gestion intelligente du match. Sans se précipiter, ils contrôlent le tempo, alternant possession et transitions rapides. La défense, bien organisée, neutralise sans difficulté les rares tentatives offensives burkinabè. Le Burkina Faso, trop imprécis et manquant d’idées, ne parvient jamais à réellement inquiéter le gardien ivoirien.

Refusant tout relâchement, la Côte d’Ivoire continue de pousser. Cette volonté est récompensée en fin de match. À la 87e minute, Bazoumana Touré inscrit le troisième but, scellant définitivement le sort de la rencontre et donnant au score une ampleur à l’image de la domination ivoirienne.

Au-delà du résultat, cette prestation rassure. Longtemps critiquée pour son manque de constance, la Côte d’Ivoire a livré un match plein, sérieux du début à la fin. Le collectif a primé, la discipline a été respectée, et l’efficacité offensive a été au rendez-vous.

Pour le Burkina Faso, l’élimination est sans appel. Jamais réellement entrés dans leur match, les Étalons quittent la CAN avec des regrets et de nombreuses interrogations.

La Côte d’Ivoire, elle, avance. Qualifiés pour les quarts de finale, les Éléphants peuvent désormais regarder la suite avec ambition et détermination.

Djamal Guettala 

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