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Tunisie : depuis sa cellule, Mourad Zeghidi dénonce un «acharnement procédural»

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Mourad Zeghidi, journaliste incarcéré en Tunisie.
Mourad Zeghidi, journaliste incarcéré en Tunisie. Crédit photo : DR

Incarcéré à la prison de la Mornaguia, le journaliste tunisien Mourad Zeghidi a fait parvenir une lettre dans laquelle il réagit au jugement prononcé contre lui et aux poursuites dont il fait l’objet.

Le journaliste Mourad Zeghidi y dénonce une décision « injuste et illégale », rejette des accusations qu’il qualifie de fabriquées et affirme que son dossier aurait dû, selon lui, conduire à l’arrêt des poursuites conformément au droit tunisien.

Mais au-delà de sa défense judiciaire, le journaliste insiste surtout sur l’élan de solidarité qu’il dit avoir reçu de la société civile, de citoyens tunisiens et de nombreux professionnels des médias, en Tunisie comme à l’étranger.

Voici le texte intégral de sa lettre adressée depuis sa cellule.

Lettre de Mourad Zeghidi depuis la prison de la Mornaguia

Ce qui a été encore plus fort que le choc, la stupéfaction et l’indignation que j’ai ressentis face au jugement injuste et illégal prononcé à mon encontre, c’est l’élan de solidarité et de soutien que j’ai reçu de larges franges de Tunisiennes et de Tunisiens.

Je salue chacune et chacun d’entre vous, en particulier les collègues journalistes et camarades des médias, en Tunisie comme à l’étranger.

Je défendrai, avec toute l’énergie dont je dispose, ma dignité et mon honneur, et surtout mon droit en tant que citoyen, face à un acharnement procédural continu depuis le 11 mai 2024.

Tout ce que nous avons entrepris depuis le début de l’affaire fiscale aurait dû conduire à ma libération et à l’arrêt de toute poursuite à mon encontre, conformément aux lois en vigueur dans la République tunisienne.

Je rejette avec la plus grande clarté toute accusation fabriquée en lien avec le blanchiment d’argent, et le dossier est à la disposition de quiconque souhaite le consulter afin de comprendre ce qui s’est réellement passé dans cette affaire.

Comme souvent dit : dans cette vie éphémère, seules nos bonnes actions demeurent.

Et votre amour et votre solidarité resteront à jamais gravés dans mon cœur.« 

Mourad Benyahia

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Amendement constitutionnel : la sortie inhabituelle de la Présidence face aux spéculations sur l’opposition de l’ANP

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Boualem Boualem
Boualem Boualem.

Le directeur de cabinet de la Présidence de la République, Boualem Boualem, est sorti de sa réserve, samedi, pour démentir des rumeurs faisant état d’une prétendue opposition de l’institution militaire au projet de révision technique de la Constitution.

Une fois n’est pas coutume, Boualem Boualem, la voix de son maître est sorti de son silence pour s’expliquer sur des rumeurs d’une opposition de l’armée aux dernières décisions visant des réaménagements constitutionnels, qui agitent le landerneau algérois. Une intervention peu courante de la part d’un haut responsable de la Présidence, qui soulève en elle-même des interrogations sur la portée et la persistance des spéculations ayant circulé ces derniers jours.

À l’origine de ces rumeurs, des informations relayées par certains sites et réseaux sociaux affirmant que le report de l’examen du projet de révision constitutionnelle lors d’un récent Conseil des ministres serait lié à l’absence du ministre délégué auprès du ministre de la Défense nationale, chef d’état-major de l’Armée nationale populaire, le général d’armée Saïd Chanegriha. Ces mêmes sources y voyaient le signe d’un désaccord de l’institution militaire avec les aménagements techniques envisagés.

S’exprimant en marge de la rencontre consacrée à la présentation et à la discussion du projet de révision technique de la Constitution et du projet de loi organique relatif au régime électoral, organisée au Palais des nations, Boualem Boualem a catégoriquement rejeté ces interprétations. Il a précisé que les deux textes avaient été successivement examinés en Conseil du gouvernement, puis inscrits à l’ordre du jour du Conseil des ministres, avant que leur examen ne soit conjointement différé.

Selon lui, ce report n’a aucun lien avec l’absence du chef d’état-major, qu’il a attribuée à un congé de fin d’année, mais relève d’un choix délibéré visant à permettre un enrichissement des deux projets à travers des consultations plus larges avec les formations politiques.

« Il n’existe aucun rapport entre cette décision et une quelconque position de l’institution militaire », a-t-il insisté.

Reste que cette mise au point officielle, portée par le directeur de cabinet du président de la République lui-même, interroge.

Habituellement, ce type de rumeur est laissé sans réponse directe ou traité de manière indirecte par des canaux institutionnels plus classiques. Le fait que la Présidence juge nécessaire d’y répondre frontalement peut être interprété comme le signe d’une volonté de verrouiller le récit politique autour de cette révision, dans un contexte marqué par une forte sensibilité autour du rôle de l’armée dans les équilibres institutionnels.

En s’employant à dissiper toute ambiguïté sur l’attitude de l’ANP, l’exécutif cherche visiblement à prévenir toute lecture politique susceptible de fragiliser un processus présenté comme strictement technique et sans incidence sur les fondements du système politique.

Une démarche qui, paradoxalement, rappelle combien toute réforme constitutionnelle demeure indissociable, dans le débat public algérien, de la question sensible des rapports entre pouvoir civil et institution militaire.

En attendant, i reste à savoir si la grande muette interviendra dans le débat public pour démentir, elle aussi, ces « rumeurs » ?

La rédaction

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El Watan, lorsqu’on commande le déshonneur, il est livré

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El Watan

Devant un concert d’indignation à propos de l’avertissement infligé au journal El Watan, je vais porter une voix discordante dans sa tonalité. Je ne pleurerai pas ni ne m’indignerai plus qu’il n’est de raison. Mon soutien envers la liberté de la presse sera au rendez-vous pour ce quotidien, comme il l’a toujours été, mais il sera mesuré car si je n’ai pas de rancune, j’ai de la mémoire (ce n’est pas de moi).

Quels que soient les griefs, nous nous devons d’être solidaires avec un organe de presse confronté à une intimidation d’un régime autoritaire qui s’en prend à la libre pensée et à son expression. Il ne doit y avoir aucune ambigüité de la part d’un démocrate.

Mais il faut dans le même temps remettre les choses dans un juste contexte des années précédentes et rester vigilants lorsque la trahison nous a déjà frappés.

El Watan avait voulu rompre avec sa ligne éditoriale d’antan, il subit maintenant le résultat d’un tel revirement. Ce journal était l’une de nos voix nationales, il osait tout et publiait tout (enfin, n’exagérons pas tout de même) jusqu’au jour où il avait choisi le silence coupable. Le combat pour la démocratie est une chose, la survie économique en est une autre, El Watan avait choisi.

Bien entendu que je préfère dire que c’est un silence coupable ou un manque de courage car cela n’ira pas jusqu’à la qualification de compromission, elle serait injuste malgré tout. 

Il était l’un des porte-drapeaux de la voix de l’opposition, celle du début de notre croyance à l’aboutissement de notre combat. Certains appelaient cette nouvelle presse, la « presse indépendante », d’autres mesuraient leurs propos en la qualifiant de « presse privée ». Il n’était pas le seul, je ferais preuve d’indignité si je ne cite pas celui qui me donne la parole depuis de nombreuses années.

Avec cet événement, nous constatons la poursuite du rouleau compresseur du régime militaire contre la presse. Mais ce rouleau compresseur ne passe que sur le dos de ceux qui lui font face. Nous sommes pour notre part interdits de publication en Algérie par l’impossibilité d’accéder par Internet aux lecteurs algériens y résidant.

Aujourd’hui, El Watan ressent, non pas le glaive de la censure, mais un avertissement qui lui est réservé s’il ne continue pas son chemin docile. Nous aimerions qu’il prenne une part du lourd fardeau que nous portons sur les épaules. Il en a encore les compétences car le silence aveugle ne fait pas disparaître sa trace ancienne du combat auprès des démocrates. Je suis sûr qu’elle est certainement encore enfouie en lui-même s’il voulait bien la ressortir.

El Watan était dans ses premières années à nos côtés (enfin presque, ce qui était déjà une aide non négligeable). Nous sommes à ses côtés face à cette dure et injuste épreuve. 

Nous t’ouvrons les bras, reviens, les démocrates des années 90’ te doivent quelque chose de ton aide au départ de leur aventure, ils te les ouvriront de nouveau si tu tournes le dos aux errements coupables.

Nous ne demandons pas le suicide aux journaux de l’intérieur de l’Algérie car ils sont exposés à des risques bien supérieurs aux nôtres. Nous leur demandons au moins de ne pas encenser l’action du pouvoir.

Reviens, il y a encore une place pour toi mais cette fois-ci nous serons vigilants. 

Boumediene Sid Lakhdar

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Enquête de France 2 : l’Algérie convoque le représentant diplomatique français

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Tebboune Macron
Rien ne va plus entre l'Algérie de Tebboune et la France de Macron.

Le régime algérien ne supporte pas qu’un média étranger, à plus forte raison français, enquête sur ses pratiques. La preuve ? Le ministère des Affaires étrangères a convoqué, jeudi, le chargé d’affaires de l’ambassade de France à Alger à la suite de la diffusion, sur la chaîne publique française France 2, d’un programme présenté comme un documentaire et jugé offensant par les autorités algériennes.

Dans un communiqué rendu public, la diplomatie algérienne estime que cette production contient des accusations infondées et des représentations qu’elle considère comme attentatoires à l’image de l’État algérien, de ses institutions et de ses symboles. Le ministère souligne, à ce titre, la responsabilité d’un média relevant du service public français, estimant qu’une telle diffusion n’aurait pu avoir lieu sans, au minimum, l’aval de l’autorité de tutelle.

A défaut de l’ambassadeur rappelé par Emmanuel Macron suite à la crise qui secoue l’Algérie et la France depuis l’été 2024, les autorités algériennes se sont contentées du représentant diplomatique français pour entendre leurs récriminations concernant le magazine Complément d’enquêté diffusé jeudi dernier par France 2 sur les relations franco-algériennes. Ce document à charge revient, entre autres, des actes de barbouzeries algériennes en France.

pointent également la participation de l’ambassade de France à Alger, ainsi que l’implication personnelle de l’ambassadeur, dans la promotion du programme incriminé. Un comportement jugé contraire aux usages diplomatiques et de nature, selon Alger, à accréditer l’idée d’un soutien officiel français à cette initiative médiatique.

Le communiqué évoque par ailleurs une nouvelle étape dans ce que l’Algérie qualifie de pratiques hostiles à son encontre, inscrites, selon la même source, dans une logique de maintien des relations bilatérales dans un état de tension récurrente.

Tout en condamnant fermement le contenu du programme diffusé, le ministère des Affaires étrangères affirme rejeter toute implication du représentant diplomatique français dans des actions jugées incompatibles avec ses fonctions, telles que définies par le droit international et les conventions diplomatiques.

En conclusion, les autorités algériennes indiquent se réserver le droit de prendre les mesures qu’elles jugeront appropriées, au regard de la gravité des faits reprochés. Cette convocation intervient dans un contexte marqué par des relations algéro-françaises régulièrement traversées par des crispations mémorielles, politiques et médiatiques, malgré les discours officiels appelant à l’apaisement et à la relance du dialogue bilatéral.

Samia Naït Iqbal

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Situation socio-économique en Algérie : le RCD dénonce une «gestion improvisée»

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Atmane Mazouz
Atmane Mazouz, le président du RCD

Le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) a dressé, lors de la réunion de son Secrétariat national tenue ce vendredi 23 janvier 2026, un réquisitoire sévère contre la politique socio-économique du gouvernement.

Entre hausses brutales des prix des carburants et « incurie » dans la gestion des réformes sectorielles, le parti d’opposition alerte sur une dégradation préoccupante du niveau de vie des Algériens en ce début d’année.

Une inflation propulsée par la hausse des carburants

Le constat du RCD est sans appel : l’année 2026 s’ouvre sous le signe d’une pression inflationniste accrue. Le parti pointe du doigt les augmentations des prix des carburants — notamment le gasoil et le GPL-c — appliquées dès le 1er janvier sans « annonce préalable ni débat public ». Selon l’analyse du Secrétariat national, cette décision unilatérale provoque des « répercussions en chaîne » sur les coûts de transport et les services, pesant in fine sur le panier de la ménagère.

Pour la formation dirigée par Atmane Mazouz, ces mesures, couplées à la persistance des pénuries de produits de base, sont les symptômes d’une politique de restriction des importations « dépourvue de vision stratégique ».

Le parti estime que le verrouillage administratif de l’économie, loin de protéger la production nationale, étouffe la consommation et fragilise les équilibres sociaux.

Le nouveau Code de la route : symbole d’un manque de concertation
​Le communiqué revient largement sur la crise qui secoue le secteur des transports. Le RCD fustige la « gestion improvisée » du dossier du nouveau Code de la route, lequel a déclenché des mouvements de grève massifs à travers le pays depuis le début du mois.

« Cette situation illustre, une fois de plus, l’absence de concertation avec les acteurs concernés et l’inversion persistante des priorités gouvernementales », souligne le Secrétariat national.

Le parti exige le retrait pur et simple du projet actuel, plaidant pour un dialogue réel avec les professionnels afin d’élaborer un texte qui concilie sécurité routière et viabilité économique pour les usagers.

Pour une libération de l’initiative privée

Face à ce qu’il qualifie d’« impasse », le RCD propose une alternative fondée sur la rupture avec le modèle actuel. L’analyse du parti suggère que la sortie de crise ne pourra se faire sans :
​La libération de l’initiative privée pour stimuler l’investissement productif.

​Une véritable diversification des exportations pour réduire la dépendance aux hydrocarbures. Une vision intégrée du développement privilégiant la création de richesse réelle plutôt que les ajustements budgétaires aux dépens des citoyens.

Alors que le parti se prépare à célébrer son anniversaire le 7 février prochain à Tizi Ouzou, ce communiqué réaffirme sa volonté de porter une « alternative démocratique crédible » face à un climat social de plus en plus tendu.

La rédaction

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Révision technique de la Constitution : une dizaine d’aménagements proposés

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Présidence

Le gouvernement a officiellement engagé, samedi, une phase de consultation politique autour d’un projet de révision dite « technique » de la Constitution, à l’occasion d’une conférence nationale organisée au Palais des Nations. Présidée par le Premier ministre, Sïfi Ghrieb, la rencontre a réuni des membres du gouvernement, des responsables de partis politiques ainsi que le président par intérim de l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE).

Présenté comme un ensemble d’ajustements destinés à corriger certaines « insuffisances organisationnelles », le projet ne comporte toutefois aucun changement relatif au nombre ou à la durée des mandats présidentiels, une question pourtant centrale dans le débat politique depuis l’adoption de la Constitution de 2020. L’exécutif insiste ainsi sur le caractère limité et non structurel de la réforme envisagée.

Selon l’exposé présenté par Boualem Boualem, directeur de cabinet de la Présidence de la République, le projet s’articule autour d’une dizaine de propositions visant principalement le fonctionnement des institutions. Parmi celles-ci figure l’introduction d’un critère de niveau d’instruction pour la candidature à la présidence de la République, ainsi qu’une clarification des modalités de la prestation de serment présidentiel, notamment en ce qui concerne l’instance devant laquelle elle est accomplie.

Le texte prévoit également de conférer au président de la République la faculté de décider de l’organisation d’élections locales anticipées, en cas de nécessité. Une autre proposition concerne la suppression de l’obligation d’obtenir l’avis conforme du Conseil supérieur de la magistrature pour certaines nominations judiciaires, une mesure justifiée par le fait que le chef de l’État préside cette institution.

Au niveau parlementaire, le projet propose l’allongement du mandat du président du Conseil de la nation à six ans, au lieu de trois actuellement, dans l’objectif affiché de renforcer la continuité institutionnelle. Des ajustements sont également envisagés concernant l’organisation de la session parlementaire ordinaire, dont l’ouverture pourrait être rendue plus flexible au cours du mois de septembre.

La révision touche aussi à la composition du Conseil supérieur de la magistrature, avec la suppression de plusieurs catégories de membres, dont ceux désignés par les présidents des deux chambres du Parlement, les représentants syndicaux et le président du Conseil national des droits de l’homme. En contrepartie, le procureur général près la Cour suprême serait intégré à cette instance.

Concernant le processus électoral, les initiateurs du projet estiment que la Constitution de 2020 n’a pas défini avec suffisamment de précision le rôle de contrôle de l’Autorité nationale indépendante des élections. Il est ainsi proposé d’élargir ses prérogatives en matière de supervision, tout en confiant à l’administration la préparation matérielle et logistique des scrutins.

Enfin, le projet introduit une disposition transitoire destinée à prévenir d’éventuels vides constitutionnels, notamment en ce qui concerne le renouvellement partiel des membres élus du Conseil de la nation lors de la première mandature.

En excluant toute disposition relative aux mandats présidentiels, l’exécutif a dissipé les inquiétudes suscitées au sein de l’opinion, notamment de l’opposition politique,  à la suite de l’annonce, jugée laconique, faite par la Présidence de la République, il y a près d’un mois, de son intention d’engager une révision technique de la Constitution. La poursuite du processus dépendra désormais des consultations politiques annoncées et de leur traduction dans le cadre constitutionnel et législatif.

Samia Naït Iqbal

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« La femme qui inventa l’amour » d’Alexandre Jardin : naissance d’une insurrection douce

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"La femme qui inventa l’amour" d’Alexandre Jardin.
"La femme qui inventa l’amour" d’Alexandre Jardin. Crédit photo : DR

Il existe parfois, au détour d’une rentrée littéraire saturée de titres, un livre qui choisit une autre trajectoire : celle de la fable, de la ferveur, de la lumière. La femme qui inventa l’amour appartient à cette catégorie rare.

Alexandre Jardin y entreprend une opération singulière : il ne raconte pas l’amour, il raconte son irruption. Il ne scrute pas l’intimité d’un couple, il interroge la première secousse d’une civilisation face à l’apparition d’un sentiment nouveau. Le geste est audacieux, presque déraisonnable. Et c’est précisément dans cette déraison assumée que naît la force du livre.

Le roman s’ouvre sur un monde ancien, discipliné, réglé par des structures pragmatiques : l’alliance, l’ordre, la transmission. Rien n’y est sentimental, tout y est fonction. Dans cet univers où le désir n’est pas encore un langage, Alexandre Jardin introduit une voix féminine capable de transfigurer la matière humaine. La femme qu’il met en scène n’a rien d’une héroïne conventionnelle : elle n’est ni belle au sens décoratif, ni fragile au sens romanesque. Elle est dotée d’une qualité plus rare : elle possède la capacité d’apercevoir ce qui n’existe pas encore. Chez elle, l’amour n’est pas un instinct mais une invention — une découverte comparable à celle du feu ou de la musique, destinée à modifier l’ordonnancement du monde.

Chercher l’amour là où il n’a jamais été nommé, c’est déjà une prise de risque. Alexandre Jardin pousse le paradoxe plus loin : il montre comment l’éclosion d’un sentiment intime peut agir sur les mœurs, sur la manière de regarder autrui, sur les gestes les plus ordinaires. Peu d’auteurs osent encore écrire l’amour dans sa dimension politique — non pas comme drapeau mais comme sismographe. Alexandre Jardin le fait sans démonstration, par la seule puissance du récit. Ce qu’il invente, au fond, ce n’est pas un mythe de l’origine, c’est une hypothèse sur ce qui rend les êtres humains hantés par le rapport à l’autre.

La grande réussite du livre réside aussi dans son écriture. Alexandre Jardin retrouve ici une liberté de ton qui évoque les conteurs de jadis, ceux qui savaient que la beauté d’une phrase tient moins à sa pureté qu’à sa capacité d’ouvrir une image dedans la tête. On trouve chez lui des passages d’une douceur inattendue, où la phrase s’étire, se suspend avant de retomber avec grâce ; ailleurs, la syntaxe se resserre, le rythme claque comme un fanion dans le vent. Ce contraste donne au roman une respiration ample, presque orchestrale. On lit moins une intrigue qu’une partition.

Les personnages secondaires participent à cette polyphonie. Ils ne sont pas esquissés pour meubler le décor : ils incarnent chacun un état du monde avant la révélation émotionnelle. Il y a les incrédules, les moqueurs, les fascinés, les prudents. À travers eux, Jardin montre qu’une idée neuve ne s’impose jamais d’un coup. Elle circule d’abord comme un murmure, se heurte aux règles, se faufile dans les interstices. Lire ce roman, c’est assister à cette circulation invisible : la naissance du regard amoureux comme événement social, comme contagion silencieuse. On pense à ces instants de l’histoire où un mot, une pensée, une musique glisse d’un individu à l’autre sans qu’aucune autorité ne puisse l’arrêter.

L’un des charmes du livre tient aussi à sa manière de dialoguer avec le présent sans jamais le citer. Sous le voile des siècles, Alexandre Jardin interroge notre rapport contemporain au sentiment : ― avons-nous encore la capacité d’être bouleversés par quelqu’un ? ― Savons-nous encore reconnaître un frémissement rare ? Dans un monde saturé de paroles mécaniques, l’invention de l’amour devient dans le roman une manière de réapprendre l’attention. Ce n’est pas un plaidoyer, mais un rappel subtil. Certaines émotions ne s’épuisent pas avec le temps. Elles changent d’apparence, de vocabulaire, mais elles conservent leur pouvoir d’insurrection intime.

Enfin, ce livre offre un trésor que la littérature contemporaine délaisse trop souvent : la reconnaissance. Alexandre Jardin regarde son héroïne avec gratitude, comme s’il lui devait quelque chose. Et le lecteur, à son tour, se surprend à éprouver cette obligation étrange envers un personnage fictif qui lui redonne accès à une sensation enfouie. C’est peut-être la plus belle victoire du roman : nous laisser croire, le temps de ces pages, que l’amour n’est pas un acquis, mais une invention permanente dont nous sommes tous comptables.

La femme qui inventa l’amour n’est pas un roman qui divertit. C’est un roman qui agrandit. Il rappelle qu’une histoire bien menée peut encore modifier la texture de notre sensibilité, qu’un personnage bien construit peut encore déplacer nos certitudes intérieures, qu’une langue habitée peut encore éclairer un recoin du monde. À l’heure où tant d’ouvrages cherchent le choc ou l’ironie, celui-ci choisit la ferveur, la tendresse et la verticalité.

On referme le livre avec un léger vertige, comme si l’on revenait d’un voyage dont on ne pourra raconter que le contour. Et c’est tant mieux : les livres les plus précieux ne se résument pas, ils se laissent diffuser. Celui-ci le fait avec une noblesse rare.

Kamel Bencheikh

  • La femme qui inventa l’amour d’Alexandre Jardin
  • 08/01/2026, Éditeur Michel Lafon, 320 pages, 20,95 €

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Le jour où l’Afrique du foot a changé de mains !

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Public de la CAN 2025
Public de la CAN 2025 au Maroc. Crédit photo : DR

La dernière CAN n’est pas une histoire de ballon. Elle n’est même pas une histoire de défaite. C’est une histoire de bascule. Une de ces séquences rares où un événement sportif provoque un déplacement politique profond, presque silencieux, mais durable.

Le Maroc n’a pas seulement perdu des matchs. Il a perdu une position.

En choisissant de faire du football un instrument de démonstration politique, le royaume a déplacé l’enjeu hors du terrain. La victoire n’était plus sportive. Elle devait être symbolique. Le stade est devenu une vitrine de puissance. La CAN une mise en scène d’autorité régionale.

Tout avait été préparé dans ce sens. La victoire des filles d’abord, brandie comme gage moral et image d’un pays moderne. Puis l’équipe masculine annoncée comme l’aboutissement naturel du récit. Une continuité supposée. Une narration verrouillée à l’avance.

La chute a été nette. Deux défaites. À domicile. Sous les yeux du Royaume. Devant ce qui devait être une démonstration.

Mais le vrai basculement ne vient pas du score. Il vient de la réaction. Au lieu d’un retrait, d’un silence stratégique, d’une lecture froide de l’échec, le système a répondu par la nervosité. Déchaînement médiatique. Chasse aux responsables. Parole saturée de violence, de soupçons, parfois de relents raciaux. Le football a cessé d’être un jeu. Il est devenu un exutoire toxique.

C’est là que Fouzi Lakjaa cesse d’être un dirigeant sportif pour devenir un acteur politique. À force de confondre influence et pression, autorité et contrainte, le Maroc a fini par produire l’inverse de ce qu’il cherchait. Là où il voulait imposer le respect, il a semé la fatigue. Là où il voulait dominer, il a fabriqué le rejet.

Et c’est précisément à ce moment-là que le basculement s’opère.

Lakjaa vient, sans le vouloir, d’offrir l’Afrique sur un plateau d’argent à son rival régional l’Algérie.

Un cadeau géopolitique pur. Une fenêtre rare. Un espace continental qui se libère non par conquête mais par rejet. La question devient alors centrale.

L’Algérie est-elle encore capable de saisir ce qui lui tombe entre les mains?

Dans une autre époque, la réponse aurait été évidente. Dans les années soixante-dix, l’Algérie disposait d’une diplomatie africaine structurée, respectée, offensive. Une doctrine. Un récit. Une capacité à transformer une faille adverse en avantage durable.

Mais aujourd’hui l’Algérie de Tebboune n’a ni doctrine lisible, ni projection, ni souffle. Elle gère au jour le jour. Elle parle souveraineté mais pense survie. Face à ce cadeau inattendu, elle risque de faire ce qu’elle fait le mieux. Commenter l’opportunité au lieu de la convertir.

Voilà donc le tableau. Un Maroc qui se coupe d’une partie de l’Afrique par excès de méthode. Une Algérie qui pourrait bénéficier du vide sans avoir l’envergure pour l’habiter.

Lakjaa a offert l’Afrique sur un plateau. Encore faut-il en face une main politique, pas une main hésitante.

La CAN n’a pas sacré un vainqueur. Elle a mis à nu une vérité plus rude. L’Afrique se retrouve encore une fois entre une arrogance déchue et une occasion mal tenue.

Et ça, ce n’est plus du football.

Zaim Gharnati

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Taxlent (Batna) : l’école primaire Amari Aïssa face à douze ans d’abandon

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Ecole de Taxlent
Ecole de Taxlent. Crédit photo : DR

À Taxlent, commune située au centre de la wilaya de Batna, l’école primaire Amari Aïssa fonctionne depuis douze ans dans des conditions jugées inacceptables par les parents d’élèves et la communauté éducative.

Le manque de classes disponibles a imposé l’organisation des cours en doubles vacations, un système qui perturbe le déroulement normal de la scolarité et fragilise les enfants, leurs familles et le personnel enseignant.

Selon les dernières données officielles, la wilaya de Batna compte plus de 650 écoles primaires, accueillant des dizaines de milliers d’élèves. À l’échelle nationale, plus de 2 500 établissements sont recensés en 2025, soulignant l’importance du bon fonctionnement du système éducatif à travers le pays.

Pourtant, malgré ces ressources, l’école Amari Aïssa continue de souffrir d’un manque de solutions structurelles. Les doubles vacations fragmentent la journée scolaire, allongent les temps de transport et réduisent les heures effectives de cours, affectant directement la qualité de l’apprentissage.

Face à cette situation, les parents d’élèves ont adressé plusieurs courriers officiels aux autorités locales et au ministère de l’Éducation nationale, demandant notamment la création de deux nouvelles salles de classe et la fin du système de vacations. Ces demandes visent à garantir un environnement éducatif digne et conforme aux obligations constitutionnelles.

Pour la communauté éducative et les familles, il s’agit d’une urgence : douze ans d’attente ont pesé sur plusieurs générations d’élèves, compromettant leur parcours scolaire et leur épanouissement. Les responsables locaux et nationaux sont appelés à agir avant la rentrée scolaire 2026‑2027, afin de garantir que l’école primaire Amari Aïssa offre enfin des conditions normales et stables d’enseignement.

L’éducation n’est pas un privilège, mais un droit fondamental. Pour les enfants de Taxlent, comme pour tous les élèves du pays, il est temps que les promesses se traduisent par des résultats concrets sur le terrain.

Mourad Benyahia 

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Algérie–France : une visite de Ségolène Royal dans un contexte bilatéral sensible

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Segolène Royal
Ségolène Royal. Crédit photo : DR

Ségolène Royal, présidente de l’Association France-Algérie (AFA), entame, lundi 26 janvier 2026, une visite de travail en Algérie, à l’invitation de la Chambre de commerce et d’industrie algéro-française (CCIAF), selon des sources médiatiques à Alger.

Ce déplacement de l’ancienne ministre de la Transition écologique intervient dans un contexte de relations officielles marquées par une faible dynamique politique, mais où les échanges économiques et les initiatives issues de la société civile demeurent actifs.

Présentée comme une mission à caractère économique, la visite comprend des rencontres avec des acteurs institutionnels et des opérateurs des deux pays, notamment autour des questions de coopération industrielle et de transition énergétique. Toutefois, la portée du déplacement dépasse le cadre strictement consulaire, compte tenu du positionnement public de l’ancienne ministre française sur les dossiers mémoriels.

Ces derniers jours, Ségolène Royal a rappelé, dans plusieurs déclarations, la nécessité pour la France de reconnaître explicitement les crimes commis durant la période coloniale, évoquant l’hypothèse d’excuses officielles comme préalable à une relation bilatérale apaisée et durable. Cette ligne politique, assumée depuis sa prise de fonction à la tête de l’AFA, constitue l’arrière-plan de ses échanges à Alger.

Si la CCIAF met en avant la continuité du dialogue économique, la présence de Mme Royal s’inscrit également dans une logique de médiation civile, visant à maintenir des espaces de discussion alors que les canaux diplomatiques institutionnels peinent à produire des avancées significatives.

Selon les orientations affichées par l’Association France-Algérie, plusieurs dossiers à forte charge symbolique et technique devraient être abordés :

La coopération mémorielle, à travers les modalités concrètes de reconnaissance des violences coloniales ;

La restitution du patrimoine, notamment le suivi du dossier du canon « Baba Merzoug », conservé en France ;

Les conséquences des essais nucléaires français au Sahara, incluant la question de la dépollution des sites concernés et l’accès aux archives médicales et scientifiques.

Une initiative suivie avec attention

Pour la CCIAF, l’invitation adressée à Ségolène Royal s’inscrit dans une stratégie de préservation des échanges économiques, en misant sur des figures politiques capables d’articuler intérêts économiques et attentes politiques algériennes, notamment sur le terrain de la mémoire.

Cette visite sera observée avec attention, tant elle illustre le recours croissant à des formes de diplomatie non gouvernementale pour contourner les rigidités institutionnelles. Son impact dépendra de la capacité des discussions engagées à déboucher sur des engagements précis, au-delà des déclarations de principe.

La rédaction

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