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CAN 2025 : Sénégal-Égypte, retrouvailles au sommet entre Mané et Salah

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Mané et Salah.
Mané et Salah. Crédit photo : DR

Anciens coéquipiers à Liverpool, Sadio Mané et Mohamed Salah se recroiseront une nouvelle fois en Coupe d’Afrique à l’occasion de la demi-finale entre le Sénégal et l’Égypte à Tanger le 14 janvier.

Sacré en 2022 pour l’un, toujours en quête d’un trophée continental pour l’autre, les deux joueurs partagent une histoire commune et un statut de cadres incontestables en sélection. Mercredi, le duel qui opposera le Sénégalais et l’Égyptien promet de consolider un peu plus leur légende sur la scène africaine.

Les retrouvailles approchent entre le Lion Sadio Mané et le Roi Mohamed Salah. Plus qu’un choc électrique sur le terrain, la première demi-finale de la CAN 2025 entre le Sénégal et l’Égypte, mercredi 14 janvier, prendra aussi des airs de réunion au sommet entre deux des plus grands ambassadeurs du football africain de ces dernières années.

Trois ans après leur ultime apparition commune sous les couleurs de Liverpool, en finale de la Ligue des champions 2022 face au Real Madrid sur la pelouse du Stade de France, la route du Lion recroisera celle du Pharaon à Tanger et promet un duel d’influence dans le jeu aussi bien que devant les buts. À 33 ans chacun, le Sénégalais et l’Égyptien ont cimenté leur statut de piliers en sélection depuis plusieurs années et réalisent au Maroc, malgré les années qui défilent, une Coupe d’Afrique réussie jusqu’à maintenant.

Les statistiques parlent d’elles-mêmes : l’attaquant sénégalais, auteur d’un but et 3 passes décisives, est au coude-à-coude avec son homologue égyptien (4 buts, une passe décisive) en termes d’efficacité globale dans la compétition. Mais ces chiffres démontrent surtout, malgré une influence semblable, une différence de dynamiques pour les deux hommes au sein de leur sélection.

Statuts similaires, parcours opposés

Sadio Mané a déjà atteint le sommet de l’Afrique avec son pays. Sacré champion d’Afrique en 2022 après une séance de tirs au but remportée face à l’Égypte de son coéquipier de l’époque, le Sénégalais permettait enfin aux Lions de la Téranga de mettre la main sur le trophée après une finale perdue deux ans auparavant. Il repartait en prime avec le titre de meilleur joueur de la compétition. Depuis, le vieux Lion s’est mué en figure tutélaire d’un groupe qui regorge de nouveaux talents (Ibrahim Mbaye, Lamine Camara, El Hadji Malick Diouf…) qui ne demandent qu’à être guidés vers les sommets. Et il remplit parfaitement son rôle : moins buteur mais toujours aussi précieux, Mané est devenu le meilleur passeur de l’histoire de la CAN (9) devant l’Ivoirien Yaya Touré et a conforté son statut de joueur le plus décisif de la compétition si l’on y ajoute ses buts inscrits (10). Le tout devant… Mohamed Salah (11 buts, 5 passes décisives), une nouvelle fois.

L’Égyptien a bien sûr aussi connu le succès au cours de sa carrière, mais il reste encore le « Roi sans couronne » en sélection nationale, symbole d’une génération de Pharaons à qui le titre échappe depuis 2010 et qui s’est inclinée deux fois en finale (2017 et 2022). Pour sa cinquième participation à la Coupe d’Afrique, il sait que son temps est compté et que la fin d’un cycle approche pour la sélection égyptienne, qui n’a pas vraiment assisté à l’éclosion de nouvelles pépites et doit donc toujours s’appuyer sur son capitaine et des cadres vieillissants. « Mo » a bien tenu son rang de guide offensif incontesté, occupant la troisième marche du podium des buteurs derrière Diaz et Osimhen avant les demi-finales, et n’a pas hésité à soulager les siens de la pression qui pèse forcément sur l’équipe la plus titrée du continent. « Personne, même en Égypte, ne veut remporter ce trophée plus que moi, confiait-il après la victoire contre la Côte d’Ivoire en quarts de finale. J’ai remporté presque toutes les distinctions. J’attends ce titre. »

Sur la scène africaine, les deux joueurs se retrouveront certainement pour la dernière fois ce mercredi. Avec la faim d’atteindre un nouveau sacre pour l’un, et la pression de conclure une quête qui s’éternise pour l’autre. Avant de disputer, l’été prochain, un probable dernier tour d’honneur sur la scène internationale lors de la Coupe du monde 2026.

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Emmanuel Macron mise sur la diaspora : une France plurielle comme levier stratégique

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El Qods
Macron.

Selon L’Opinion, Emmanuel Macron prépare un coup politique subtil mais ambitieux : la création d’un Haut‑Commissariat à la diversité et aux diasporas.

L’objectif officiel est clair : faire des Français d’origine étrangère, des binationaux et des ultramarins un atout stratégique pour la France, sur le plan diplomatique, économique et culturel.

Mais derrière le vernis institutionnel se dessine une lecture plus profonde : face au retour de Donald Trump et à son obsession d’une Europe barricadée, Macron cherche à mobiliser les diasporas comme outil de soft power, comme relais pour une France ouverte, inclusive et capable de rayonner au-delà de ses frontières.

L’Élysée veut réunir une trentaine de personnalités triées sur le volet : politique, sport, culture, économie, associatif. Parmi elles, Amel Bent, récemment dotée de la nationalité algérienne, symbolise ce lien fragile et puissant entre France et Algérie, entre reconnaissance populaire et rayonnement culturel. Teddy Riner, Leïla Slimani, Christiane Taubira, chacun à sa manière, représente la France plurielle, celle qui refuse de se réduire à un monolithe et qui affirme sa diversité comme capital stratégique. Selon L’Opinion, cette commission n’est pas un simple gadget : elle doit réfléchir, agir et proposer des projets concrets pour mobiliser la diaspora dans les domaines de l’économie, de l’innovation et de la diplomatie culturelle.

Ce qui frappe, c’est le contexte international. Trump est de retour, les expulsions massives reprennent, et l’Europe se durcit. La France, elle, choisit un chemin différent : transformer la diaspora en force d’action et de représentation. Le président Macron l’a rappelé devant les ambassadeurs : « Le partenariat africain est clé. Il faut qu’on aille au bout de ce travail en 2026, avec une politique beaucoup plus ambitieuse sur nos diasporas. » Cette ambition se traduira concrètement lors du sommet Africa Forward à Nairobi, les 11 et 12 mai 2026.

Mais il ne s’agit pas seulement de politique extérieure. C’est aussi une réflexion sur la société française elle-même. Mobiliser la diaspora, c’est reconnaître que la diversité n’est pas un problème à gérer mais une force à exploiter. C’est redéfinir la citoyenneté, dépasser la logique des droits et devoirs strictement territoriaux, pour inviter les Français d’origine étrangère à devenir acteurs à part entière du projet national, au sens large : social, économique et culturel.

Le projet, tel que rapporté par L’Opinion, inclura également un dispositif pilote : 200 participants, choisis moitié par tirage au sort, moitié représentant différentes communautés, travailleront pendant trois mois sur le vivre-ensemble, la diversité et le rôle concret de la diaspora dans la société française. Ce n’est pas qu’un symbole : c’est un pari audacieux sur l’avenir, un moyen de montrer que la France peut transformer sa pluralité en puissance.

Derrière les noms, derrière les institutions, se profile une vision de la France qui se réinvente. Une France capable de parler au monde par ses habitants, de se projeter à l’international en utilisant ses liens transnationaux. Une France qui reconnaît que sa force réside autant dans ses diplomates et ses soldats que dans ses artistes, ses entrepreneurs, ses intellectuels issus de la diversité.

En résumé, Emmanuel Macron ne se contente pas de réagir aux pressions extérieures. Selon L’Opinion, il construit une France qui veut s’appuyer sur sa diaspora comme levier stratégique, symbole et instrument à la fois. Amel Bent, Teddy Riner, Leïla Slimani : ce ne sont pas seulement des noms, ce sont des piliers d’une vision ambitieuse, où citoyenneté, diversité et influence se conjuguent pour définir le rôle de la France au XXIe siècle.

Mourad Benyahia 

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Procès du détenu d’opinion Mohamed Tadjadit au tribunal d’appel d’Alger

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Mohamed Tadjadit
Mohamed Tadjadit détenu d'opinion. Crédit photo : DR

Demain, 14 janvier 26 se tiendra devant le tribunal criminel d’appel d’Alger (cour d’Alger) le procès criminel concernant Tadjadit Mohamed, dit le poète du Hirak.

Pour rappel,

En date du 11 novembre 2025 le tribunal criminel de 1er degré d’Alger (sis au tribunal de Dar El Beida cour d’Alger) infligea à Mohamed Tadjadit une peine exemplaire de 5 ans de réclusion et 200 000 da d’amende ferme.

Tadjadit Mohamed est en outre condamné, au civil à faire valoir à l’agent judiciaire du trésor (AJT) la somme de 500 000 da à titre de réparation.

Il est poursuivi de pas moins de six chefs d’accusation, à savoir : crime d’apologie des actes terroristes et destructeurs, crime d’utilisation des technologies de la communication et de l’information pour soutenir les actes et activités d’entités terroristes, crime de propagation , de manière directe ou indirecte des idées des entités terroristes, délit d’outrage à corps constitué, délit d’exposition au regard du public de publications de nature à porter atteinte à l’intérêt national et délit d’incitation à attroupement non arm (Articles100 alinea01,146,87 bis 12, 87bis 04,96 du code pénal)

Par acte de protestation, Mohamed Tadjadit avait décidé de se mettre en grève de la faim le 16 novembre 2025, une grève de la faim qu’il a observé durant 10 longues journées mettant en péril sa santé.

Pour rappel aussi, ce procès en appel criminel initialement programmé pour l’ audience du 17 décembre 25 a été reporté à l’audience de demain, 14 janvier 2026.

Liberté pour Tadjadit Mohamed. Liberté pour tous les détenu-e-s d’opinion et politiques », écrit Me Fetta Sadat dans un post Facebook

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Mohamed Taleb, résistant effacé entre l’Algérie et la France

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A la recherche de Mohamed Taleb, chez les éditions Grasset.

En feuilletant À la recherche de Mohamed Taleb (Grasset, 14 janvier 2026), on découvre un nom absent des mémoires officielles : Mohamed Taleb. Ni les manuels scolaires algériens, ni les récits français de la Résistance ne le mentionnent. Et pourtant, le livre montre qu’il a combattu le nazisme sous l’uniforme français, au sein d’un système colonial qui ne reconnaissait ni sa citoyenneté, ni son courage.

Ce livre n’est pas une biographie classique. Il ne cherche ni à fabriquer un héros ni à solder un contentieux mémoriel. Jean-Christophe Notin, historien reconnu de la Seconde Guerre mondiale et de la France libre, mène ici une enquête patiente sur une disparition : celle d’un combattant algérien engagé dans la Résistance, puis effacé des deux côtés de la Méditerranée.

Mohamed Taleb appartient à cette génération d’Algériens happés par la guerre européenne, enrôlés dans l’armée française d’un empire qui leur refusait l’égalité. Des hommes appelés à mourir pour des valeurs universelles — liberté, dignité, lutte contre la barbarie — sans jamais être reconnus comme citoyens à part entière. Taleb ne se contente pas d’être soldat. Il entre dans des réseaux de Résistance, s’implique dans des activités jugées suffisamment importantes pour laisser des traces dans plusieurs fonds sensibles des archives françaises. Puis, après la guerre, son nom disparaît.

C’est ce silence qui est au cœur du livre.

Un nom qui résiste aux archives

Jean-Christophe Notin ne cherchait pas Mohamed Taleb. Il est tombé sur lui. En travaillant depuis des années sur la Résistance et la France libre, il croise d’abord une mention administrative, puis une autre dans un dossier judiciaire, puis une trace dans des archives liées aux réseaux clandestins. Le même nom revient, sans biographie, sans visage, sans récit. Mohamed Taleb apparaît dans des dossiers importants, puis s’évanouit.

Pourquoi ce soldat algérien figure-t-il dans plusieurs fichiers de la Résistance ? Pourquoi est-il associé à des affaires suivies par les services français ? Et pourquoi, après 1945, plus rien ?

À partir de cette anomalie, Notin engage une véritable enquête. Il confronte les archives militaires, les dossiers de police, les fichiers judiciaires, les documents de la France libre. Il recoupe, compare, mesure les silences. Peu à peu, une trajectoire se dessine : celle d’un Algérien engagé dans la lutte contre l’occupation nazie, mais enfermé dans la condition de sujet colonial.

Taleb agit dans un monde où l’Algérie est encore une colonie, intégrée juridiquement à la France mais exclue politiquement. Il combat dans l’armée française, mais n’est pas français au sens plein. Il lutte contre le nazisme, mais sans garantie que cette lutte lui vaudra un jour reconnaissance ou égalité.

Le livre ne tranche pas la question des loyautés. Taleb était-il « pour la France » ou « pour l’Algérie » ? Le piège serait de vouloir le récupérer. Le livre montre au contraire un homme pris dans une contradiction historique : engagé dans une guerre juste, à l’intérieur d’un système injuste.

Le moment Leïla Taleb

L’enquête aurait pu rester confinée aux archives. Elle bascule ailleurs. Lors d’une conférence publique consacrée aux combattants coloniaux de la Résistance, Jean-Christophe Notin évoque Mohamed Taleb, ce nom qui le poursuit. Dans la salle, une femme écoute. À la fin, elle s’avance et dit simplement : « Mohamed Taleb, c’est mon père. » Elle s’appelle Leïla Taleb.

À cet instant, le fantôme d’archives devient un homme réel.

Leïla n’apporte pas un récit glorieux, mais une mémoire blessée : un père engagé, des silences, des injustices, l’impression d’avoir été effacé de l’histoire. Elle confirme ce que les dossiers suggéraient : Mohamed Taleb a bien participé à la Résistance, mais il n’a jamais reçu la reconnaissance accordée aux combattants français.

À partir de là, le livre change de texture. Les documents de l’État sont confrontés à la parole d’une fille. Les dates, les matricules, les procédures sont relus à travers une vie humaine. L’histoire officielle rencontre une mémoire familiale longtemps tenue à l’écart.

C’est cette rencontre, dans une salle de conférence, qui donne au livre sa profondeur. Sans Leïla Taleb, Mohamed Taleb serait peut-être resté une note de bas de page. Avec elle, il redevient un acteur de l’histoire.

Un oubli révélateur

L’après-guerre est l’autre grande zone d’ombre. Comme des milliers d’anciens combattants algériens, Mohamed Taleb ne bénéficie ni d’une pleine reconnaissance ni d’une place durable dans la mémoire française. La Résistance est célébrée, mais ses combattants coloniaux sont relégués. Leurs droits, leurs pensions, leur statut restent inférieurs.

Du côté algérien, la guerre de Libération recompose le paysage mémoriel. Les engagements antérieurs, surtout lorsqu’ils s’inscrivent dans le cadre français, deviennent marginaux, parfois suspects. Taleb disparaît entre deux récits nationaux qui n’ont pas de place pour lui.

C’est là que le livre prend sa dimension politique. En racontant Mohamed Taleb, Notin interroge la manière dont les États fabriquent leurs mémoires. Qui est retenu ? Qui est effacé ? Et selon quels critères ?

L’histoire de Taleb ne préfigure pas directement la lutte indépendantiste, mais elle en éclaire le contexte : celui d’une population colonisée appelée à se battre pour la liberté des autres avant d’obtenir la sienne.

Jean-Christophe Notin, auteur de nombreux ouvrages sur la guerre, la Résistance et la France libre (Tallandier, Fayard, Calmann-Lévy), signe ici, avec À la recherche de Mohamed Taleb, un livre de réparation historique. Pas pour ériger un mythe, mais pour restituer une trajectoire que ni la France ni l’Algérie n’ont su accueillir.

Mohamed Taleb n’est pas un symbole commode. Il est un homme réel, pris dans les contradictions de l’histoire coloniale. C’est précisément pour cela qu’il mérite d’être lu, compris et transmis.

Djamal Guettala

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Importations de bétail : l’État parie sur l’abondance pour stabiliser le marché

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Viande

Le groupe public Agrolog a enclenché un dispositif d’importation d’envergure visant à anticiper les tensions saisonnières sur le marché des viandes rouges. Entre bétail sur pied et constitution de stocks stratégiques, les pouvoirs publics entendent agir sur l’offre pour contenir les hausses de prix et sécuriser l’approvisionnement national.

Dérogeant à la formule classique des importations de viandes réfrigérées ou congelées, Agrolog a fait le choix d’importer du bétail vivant, en partenariat avec des opérateurs privés. Le programme porte sur 72 000 têtes bovines et près de 140 000 têtes ovines, en provenance notamment d’Espagne, de Roumanie et du Brésil.

Les premières livraisons ont déjà débuté, avec 20 000 moutons et 5 000 bovins réceptionnés. Les volumes restants devraient être acheminés progressivement avant le début du mois de Ramadan, période traditionnellement marquée par une forte pression sur la demande.

En parallèle, les autorités misent sur un maillage commercial élargi afin de limiter les pratiques spéculatives. Un réseau de 400 points de vente a ainsi été mis en place à travers les 58 wilayas, en coordination avec l’Office national des aliments de bétail (ONAB) et la société Alviar.

Le kilogramme de viande ovine importée est fixé à 1 860 dinars, un niveau identique à celui de l’année précédente, dans l’objectif affiché de préserver le pouvoir d’achat et de contenir les anticipations inflationnistes.

La rédaction

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​France-Algérie : timide rétablissement des canaux diplomatiques sur fond de tensions

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France Algérie

Huit mois après avoir été rappelé à Paris, l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, reconnaît une reprise partielle des échanges entre Paris et Alger, sans pour autant parler de sortie de crise.

Dans un entretien accordé à RFI, il dresse le constat d’une relation bilatérale encore entravée par des blocages politiques, mémoriels et sécuritaires, malgré le rétablissement récent de certains canaux de communication.

« La crise n’est pas terminée, pas encore », tranche l’ambassadeur, alors même que des échanges diplomatiques et sécuritaires ont repris depuis deux à trois mois. Cette prudence reflète l’état actuel des relations entre les deux pays : une volonté affichée d’apaisement, mais fragilisée par une accumulation de signaux contradictoires.

La libération de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, intervenue le 12 novembre, a été perçue à Paris comme un geste susceptible d’ouvrir une phase de réengagement. Mais cet espoir a été rapidement tempéré par le maintien en détention du journaliste Christophe Gleizes, présenté par Stéphane Romatet comme un « contre-signal ». Pour la diplomatie française, ces dossiers individuels sont devenus des indicateurs politiques du climat bilatéral.

À ces tensions s’ajoute le vote récent par l’Assemblée populaire nationale algérienne d’un projet de loi criminalisant la colonisation française. Un texte qui, selon l’ambassadeur, intervient à un moment particulièrement sensible et complique la dynamique de rapprochement. Les autorités françaises y voient une marque d’hostilité, renforçant l’impression d’un durcissement mémoriel assumé par Alger.

Sur le plan politique interne français, Stéphane Romatet souligne également l’impact négatif de certaines prises de position. Les déclarations virulentes d’élus de droite et d’extrême droite à l’égard de l’Algérie, relayées dans l’espace médiatique, contribuent selon lui à tendre davantage la relation. L’ambassadeur met en garde contre toute stigmatisation dépassant les dirigeants pour viser un pays ou une population, rappelant la responsabilité des responsables politiques dans le choix des mots.

Interrogé sur la résolution portée par le Rassemblement national et soutenue par une partie de la droite et du centre à l’Assemblée nationale française, Stéphane Romatet se refuse à parler de « rapport de force ». Il estime que l’affichage public de telles logiques est contre-productif et défend, à l’inverse, une approche fondée sur la discrétion diplomatique et la restauration progressive des canaux de dialogue.

Sur le terrain sécuritaire, la crise a eu des effets concrets. La coopération antiterroriste entre les deux pays a été quasi suspendue pendant plusieurs mois. Ce n’est que récemment que des échanges ont repris, signe d’une prise de conscience partagée des enjeux régionaux, notamment au Sahel. La visite à Alger, le 20 novembre, de la secrétaire générale du Quai d’Orsay, Anne-Marie Descôtes, a marqué le rétablissement d’un canal diplomatique formel, le premier depuis juillet 2024.

La coopération migratoire constitue l’autre dossier sensible. Paris attend une reprise effective des procédures permettant l’éloignement des ressortissants algériens sous obligation de quitter le territoire français (OQTF), un sujet central pour le ministère français de l’Intérieur. C’est dans ce contexte qu’une visite de Laurent Nuñez à Alger est « à l’étude ». Invité dès novembre 2025, le ministre a exprimé son souhait de se rendre en Algérie, à condition que cette visite soit soigneusement préparée sur les volets sécuritaire et migratoire.

Quant au retour de Stéphane Romatet à son poste à Alger, aucune date n’est avancée. L’ambassadeur se dit toutefois prêt à « prendre toute sa part » dans une éventuelle sortie de crise, espérant que 2026 marque la fin d’une année 2025 qualifiée de « très difficile ».

Entre signaux d’ouverture et tensions persistantes, la relation franco-algérienne demeure dans un entre-deux, sans rupture formelle ni véritable normalisation. L’évolution du dialogue dépend désormais de la capacité des deux capitales à dépasser les postures politiques et à transformer la reprise des échanges en avancées concrètes.

Samia Naït Iqbal

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Quand le Sénat devient messagerie de la Présidence !

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Azzouz Nasri, président du conseil de la nation reçu par Tebboune
Azzouz Nasri, président du conseil de la nation reçu par Tebboune pour parler transporteurs. Crédit photo : DR

« Le Président de la République a reçu, dimanche, le président du Conseil de la nation, qui lui a remis un rapport sur le déroulement de la rencontre au cours de laquelle il a reçu les syndicats et les représentants du secteur des transports. » Pathétique entrée en la matière.

La phrase est propre. Polie. Administrative. Elle sent le papier fraîchement imprimé. Et pourtant, elle contient déjà toute la maladie du système, comme une radio qui montre la fracture avant même que le patient n’ouvre la bouche.

Parce qu’il faut entendre ce que ce communiqué dit, sans le dire. Il dit qu’un conflit social, celui des transporteurs, a été traité de telle manière qu’on a jugé utile d’y ajouter une scène institutionnelle: le Sénat vient remettre un rapport au Président, en présence du directeur de cabinet et d’un conseiller politique. Autrement dit, la crise ne se règle pas seulement sur le terrain social. Elle se règle sur le terrain du récit, de la mise en ordre, du “tout est sous contrôle”. On ne gouverne plus, on atteste.

Normalement, dans une démocratie qui tient debout, un conflit comme celui-là suit une ligne claire: les syndicats négocient avec le gouvernement, les ministres répondent, et le Parlement contrôle. Point. Ici, on assiste à une chorégraphie différente: le Parlement ne contrôle pas, il circule. La chambre haute n’arbitre pas, elle transmet. Et le sommet reçoit comme on reçoit un dossier à classer. La République devient une chaîne logistique.

Et c’est là que le communiqué devient délicieux, presque comique, à force d’être sérieux. Car que signifie “un rapport sur une rencontre au cours de laquelle il a reçu…”? Le président du Conseil de la nation reçoit les syndicats, puis rapporte au Président de la République. On découvre une institution nouvelle: le Sénat-facteur. La chambre haute ne légifère plus, elle fait la tournée. Elle recueille l’humeur sociale et la dépose au sommet, soigneusement, sans éclaboussures.

Ce mécanisme, à lui seul, raconte l’inversion. Dans un État normal, c’est le pouvoir exécutif qui rend des comptes au Parlement. Ici, c’est une chambre parlementaire qui vient rendre compte au Président. Le circuit est bouclé, l’inversion est parfaite. Le Parlement, au lieu de contrôler l’exécutif, devient un couloir. Le Sénat, au lieu de rester dans sa vocation, devient un service après-vente. Et la Présidence, au lieu d’être arbitre, devient guichet central.

À partir de là, l’origine du problème apparaît presque naturellement. On ne monte pas une telle scène pour un simple “désaccord technique”. Si le Sénat doit écouter, calmer, recevoir, puis “rapporter”, c’est que l’exécutif a laissé une crise naître là où elle ne devait pas naître: dans le ventre d’une décision précipitée. Une loi surgit, trop vite, trop haut, trop loin des routes. Elle traverse l’APN comme une formalité, sans friction, sans débat. Puis la route répond: blocages, paralysie, crispation. Et quand la réalité met le pays en travers, on tente la pirouette la plus spectaculaire: on retire, on adoucit, on recule, en expliquant que la loi “n’a pas été approuvée”. Votée, mais pas approuvée. Publiée, mais pas validée. Un texte légal traité comme une rumeur.

Voilà pourquoi on fabrique ensuite du “calme institutionnel”. Parce que la crise est embarrassante: elle ne révèle pas seulement une erreur de contenu, elle révèle une méthode. On fait passer une bêtise par la force, puis on nie l’avoir imposée. On confond autorité et compétence. Et quand le pays tousse, on ne recadre pas ceux qui ont provoqué la toux: on convoque une mise en scène de responsabilité, avec rapport, conseillers, et photo mentale de stabilité.

C’est exactement ce que dit le communiqué. Il ne parle ni de débat parlementaire, ni d’explication publique, ni de responsabilité politique. Il parle de “rapport”. Le mot est pratique: il transforme une crise en document. Il transforme une colère en procédure. Il transforme un dysfonctionnement en paperasse.

Et pendant que le Sénat apporte le papier, la question demeure, brutale: qui gouverne, qui contrôle, qui assume? Car si l’on doit mobiliser la chambre haute pour calmer un conflit social, c’est que l’État ne corrige plus ses erreurs, il les gère comme des fuites: un chiffon, un rapport, et on passe à la pièce suivante.

Le plus ironique, au fond, c’est que ce communiqué est censé prouver que l’État fonctionne. Il prouve surtout qu’il patine. Quand une République a besoin d’un “rapport” pour expliquer qu’elle a simplement reçu des transporteurs, c’est qu’elle ne traite plus les problèmes: elle traite leur trace.

Zaim Gharnati

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Serge Vial : « La haine de l’autre ne peut amener que des catastrophes »

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Serge Vial et des membres du bureau de Résister aujourd'hui
Serge Vial et des membres de Résister Aujourd'hui. Crédit photo : DR

À Marseille, ville de diversité et de vigilance civique, Résister Aujourd’hui poursuit son travail de transmission de l’héritage de la Résistance et de défense des valeurs républicaines. M. Serge Vial revient sur la genèse du collectif, les enjeux contemporains de la mémoire historique et la nécessité de sensibiliser les jeunes face aux idéologies extrémistes.

Entre rappel du passé et engagement concret, il explique comment Résister Aujourd’hui articule mémoire, action citoyenne et lutte contre l’intolérance.

Depuis sa création, le collectif se veut un observateur attentif des évolutions politiques et sociales en France. À travers des conférences, des projections et sa participation au Concours national de la Résistance et de la Déportation, il s’attache à transmettre aux jeunes l’importance de défendre les valeurs de liberté, d’égalité et de solidarité.

Matin d’Algérie : Monsieur Vial, pouvez-vous nous raconter la genèse du collectif Résister ? Qu’est-ce qui a motivé sa création et quel besoin spécifique voulait-il combler ?

Serge Vial : Devant la montée du Front National de Jean-Marie Le Pen (10,95 % aux élections européennes de 1984), des anciens résistants Edmond Leclanché (dit Tonio), Henri Thiodat (dit Ric) et Raymond Vial (dit Suffren), voyant les combattants du maquis disparaître, ont demandé à leurs enfants et aux enfants de leurs camarades de fonder une structure mémorielle, ‘’les Cadets de la Résistance d’Auvergne’’ avec l’objectif de transmettre la mémoire des résistants aux jeunes générations, de combattre l’oubli et d’insuffler l’esprit de la Résistance comme une mise en garde démocratique pour l’avenir. Raymond Vial a étendu cette dynamique en Corrèze en 1987 et en région Paca en 1994. L’association ayant des adhérents sur plus de 50 départements, elle devient structure nationale en 1998. L’essentiel est résumé dans le chapitre « Notre association » sur notre triptyque, rappelé en PJ.

Le Matin d’Algérie : Votre dernier communiqué évoque une “bataille idéologique” autour de la liberté et de l’égalité. Comment décririez-vous cette tension dans la société française actuelle ?

Serge Vial : Oui car on sait très bien que si l’extrême-droite arrive au pouvoir la liberté des associations comme les nôtres mais pas que, je pense à celles qui aident les migrants, est menacée. La tension dans la société française actuelle vient de l’augmentation de la différence entre les très riches et les très pauvres. Le parallèle avec la situation économique dramatique à partir du crash de 1929 jusqu’à l’arrivée au pouvoir d’Hitler en 1933 est plus qu’inquiétant.

Le Matin d’Algérie : Vous mentionnez Johann Chapoutot et Laurent Joly comme figures de résistance intellectuelle. En quoi leur travail reflète-t-il l’esprit du collectif ?

Serge Vial : Ils résistent à leur manière, le premier en insistant sur les risques du rapprochement entre la droite et l’extrême-droite, celui-ci ayant commencé avec Eric Ciotti, en dénonçant la complaisance de la droite et du centre envers l’extrême droite, « rappelant que Hitler a été nommé chancelier dans un contexte où les classes dirigeantes pensaient pouvoir le contrôler ». Le deuxième nous met en garde contre une instrumentalisation politique de la mémoire en rappelant que le travail des Mémoriaux (Rivesaltes et d’autres comme le Camp des Milles) repose sur une rigueur historique et un respect des faits, et non sur une quelconque idéologie militante. ‘’Résister Aujourd’hui’’ s’est opposée souvent aux récits révisionnistes ou négationnistes de l’Histoire de la période 1939-1945.

Le Matin d’Algérie : Le mot “résister” renvoie à l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, comment ce concept se traduit-il dans vos actions et vos engagements ?

Serge Vial : Comme nos ressources s’amenuisent depuis le départ des anciens résistants et déportés, avec d’autres, notamment des collectifs (comme celui d’Aix), nous sommes des lanceurs d’alerte et par nos communiqués et nos actions (projection-débat, conférences, participation au CNRD …) nous espérons toucher un maximum de jeunes pour qu’ils réfléchissent au moment du vote de ne pas se laisser entraîner par des discours haineux.

Au forum des associations de 2024 nous avions affiché : « Nous résistons aujourd’hui à la montée du fascisme par le devoir de mémoire, à celles et ceux qui veulent déshumaniser la planète par des guerres, à l’intolérance, à l’antisémitisme et au racisme, à la peur de l’étranger, à la discrimination, au négationnisme et au révisionnisme et à la bêtise humaine. En n’oubliant jamais ‘Les conquêtes sociales et culturelles du Programme du Conseil National de la Résistance’»

Le Matin d’Algérie : Vous insistez sur la nécessité de préserver la mémoire sans l’instrumentaliser. Quelles dérives vous semblent les plus préoccupantes aujourd’hui ?

Serge Vial : Les députés RN qui déposent les gerbes au pied des monuments mémoriaux oubliant l’origine du FN créé avec l’aide d’anciens Waffen SS. Le RN qui profite du conflit israélo-palestinien pour se gargariser d’être un des remparts de la défense des juifs et de s’opposer à l’antisémitisme.

Le Matin d’Algérie : Vous citez Churchill : “Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre.” Comment percevez-vous cet “oubli organisé” dans le discours public français ?

Serge Vial : Afin d’éviter que l’histoire se répète (comme le fait très bien la fondation du camp des Milles), il faut sans cesse rabâcher ce qui s’est passé dans les années 30 et qui a amené la 2ème guerre mondiale. Cet oubli n’est pas organisé : ce sont les jeunes, trop peu nombreux, qui font le parallèle entre le RN et cette terrible période de notre Histoire.

Le Matin d’Algérie : Marseille est le point d’ancrage de vos actions. Qu’apporte cette ville à votre démarche et à l’esprit de votre collectif ?

Serge Vial : Ses infrastructures et sa diversité de population mais Aix aussi où des groupuscules comme Tenesoun et Nemesis sont bien implantés malheureusement.

Le Matin d’Algérie : Marie-Jo Chombart de Lauwe est évoquée comme une figure exemplaire de courage et de vigilance. Quelle place occupe-t-elle dans l’inspiration du collectif ?

Serge Vial : Elle et d’autres, comme Chaban Delmas ou Geneviève de Gaulle ont parrainé l’association en 1994 (cf triptyque) et sa citation reportée sur la première page du site de RA : « Je ne veux pas établir de parallèle avec ce que j’ai connu dans les années trente, mais je vois tout de même des signaux d’alerte » nous obligent à nous opposer à la montée du RN et de ses alliés pour « modifier le cours des choses ».

Le Matin d’Algérie : Votre collectif compte plusieurs membres, dont Michel Vial, Alain Espinar, Danièle et Jean-Paul Roulant… Comment s’articule le travail collectif et la prise de décision au quotidien ?

Serge Vial : Le bureau prépare tous les 2 mois le Conseil d’Administration. Au quotidien, les déclarations, communiqués, bulletins sont discutés par messagerie internet, Facebook, WhatsApp…

Le Matin d’Algérie : En tant que président, quel rôle assumez-vous vis-à-vis de la mission initiée par votre cousin, Michel Vial, fondateur du collectif ? Y a-t-il une véritable transmission générationnelle ?

Serge Vial : La transmission familiale s’est faite via mon oncle Raymond (père de Michel) car mon père, ancien résistant lui aussi, est mort accidentellement trop jeune.

Quand Michel était président de RA (1994-2015) j’étais déjà au Conseil d’Administration. Je voudrais mentionné Catherine Piat qui fût présidente de 2015 à ? et qui continue aujourd’hui de nous conseiller.

Le Matin d’Algérie : Enfin, que diriez-vous à la jeunesse, parfois désabusée, pour lui donner envie de s’engager, de défendre la mémoire et de rejoindre votre démarche citoyenne ?

Serge Vial : Je veux leur faire comprendre que la haine de l’autre ne peut amener que des catastrophes, notamment au niveau des libertés individuelles et collectives. Dans cet esprit, nous allons le plus possible aller dans les écoles, collèges et lycées, les inciter à participer, chaque année, au CNRD (Concours National de la Résistance et de la Déportation)

Entretien réalisé par Djamal Guettala 

Plus d’informations 

https://www.resisteraujourdhui.fr

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Marseille : Rémy Bazzali, un ouvrier contre la ville des milliardaires

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Rémy Bazzali, candidat à Marseille.
Rémy Bazzali, candidat à Marseille. Crédit photo : DR

Dans une ville saturée de discours sécuritaires, de promesses managériales et de communication institutionnelle, la candidature de Rémy Bazzali fait figure de rupture. Ouvrier dans l’aéronautique, fils d’un docker et d’une femme de ménage, grandi dans les cités des quartiers nord, il a annoncé sa tête de liste aux municipales marseillaises avec un texte frontal, sans détour ni langue de bois.

Son point de départ est simple : Marseille est aujourd’hui l’une des villes les plus inégalitaires d’Europe. Et cette inégalité n’est pas un accident, mais le produit d’une « guerre sociale » menée, selon lui, par le capitalisme. Le symbole qu’il choisit n’est pas anodin : la tour CMA CGM, fleuron de la mondialisation logistique, propriété du milliardaire Rodolphe Saadé, dressée à quelques centaines de mètres de taudis, de logements insalubres et de campements de sans-abri.

Ce contraste, Bazzali en fait un acte d’accusation. La misère, dit-il, n’est pas une fatalité mais une construction politique. Elle irrigue tout : le chômage de masse, les boulots précaires, l’effondrement des services publics, la dégradation des écoles, l’explosion des loyers et l’abandon des quartiers populaires.

Sur la question des trafics, au cœur du débat marseillais, le candidat refuse la logique dominante. Pour lui, la violence et l’économie de la drogue ne sont pas d’abord un problème policier, mais un produit direct de l’abandon social. « Les dealers pourrissent la vie des habitants, mais leur vie est déjà pourrie », affirme-t-il, pointant l’absence d’emplois, de perspectives et de politiques publiques durables. Dans cette perspective, multiplier les caméras, les opérations coup de poing ou les places de prison ne règle rien : cela ne fait que déplacer le problème sans toucher à ses causes.

C’est ici que le discours de Bazzali devient radical au sens politique du terme. Il ne parle pas de rééquilibrage budgétaire ni de réformes à la marge, mais d’une remise en cause du pouvoir économique. « L’argent existe », martèle-t-il, « il est dans les profits des grandes entreprises ». La solution, selon lui, ne peut passer que par une mise en cause directe de la concentration des richesses, jusqu’à l’expropriation des grandes fortunes.

Dans un paysage politique où les municipales sont souvent réduites à la gestion urbaine, cette prise de position tranche nettement. Rémy Bazzali ne propose pas seulement une autre politique municipale, mais une autre lecture du monde. Il assume une perspective communiste, qu’il présente non comme une nostalgie, mais comme une réponse à la crise sociale, à la destruction des vies populaires et à l’absence d’horizon pour la jeunesse.

Sa conclusion est sans doute la plus politique. Face à une génération sommée de survivre, de se débrouiller, de rivaliser ou de sombrer — voire d’être enrôlée dans des guerres qui ne sont pas les siennes — il propose une autre perspective : celle de la transformation collective du monde.

Dans une Marseille fracturée entre ports mondialisés et quartiers relégués, la candidature de Rémy Bazzali n’est pas une candidature de plus. C’est un défi lancé à l’ordre social existant. Une voix ouvrière qui refuse de se taire dans la ville des milliardaires.

Djamal Guettala 

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Le retour des harragas ou l’art de perdre sans l’avouer

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Tebboune
Tebboune feint d'ignorer que lui et le système qui le soutient son la cause de l'exil de milliers d'Algériens. Crédit photo : DR

Il fallait oser. Après des mois de rodomontades, de posture souverainiste et de bras de fer viril avec la France, voilà que le pouvoir algérien découvre soudainement l’humanisme. Une illumination tardive. Une compassion de fin de mandat.

Les harragas, hier traîtres à la patrie, aujourd’hui enfants égarés qu’on rappelle à la maison, sans poursuites, sans prison, avec papiers régularisés au consulat et parfois même un billet retour sous le bras. Tout cela, bien sûr, sans jamais prononcer le mot qui fâche : échec.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Un échec présidentiel soigneusement maquillé. Le bras de fer avec la France, tant brandi, tant médiatisé, tant gonflé de discours virils, s’est évaporé. Pschiiit !

Pas de victoire diplomatique. Pas de ligne rouge tenue. Juste un discret pas de côté, une pirouette administrative, une “régularisation” qui permet de reprendre les harragas sans dire qu’on a cédé. On ne perd pas. On “tend la main”. Nuance sémantique, capitulation réelle.

Le plus savoureux reste le récit de la misère. Une misère de carte postale, racontée depuis les bureaux feutrés. Les harragas seraient aujourd’hui affamés, humiliés, réduits à des tâches indignes, manipulés par des réseaux obscurs. Quelle imagination. Quelle méconnaissance volontaire du réel. Car la vérité est moins commode: ces jeunes survivent, s’organisent, s’entraident. Ils mangent grâce aux maraudes, aux associations, aux réseaux communautaires. Ils travaillent au noir, oui, dans une économie française en pénurie de main-d’œuvre, qui ferme les yeux quand ça l’arrange. La misère absolue, celle sans filet, sans secours, sans horizon, elle est ailleurs. Elle est connue. Elle est locale.

Et surtout, le pouvoir feint d’oublier un détail embarrassant: partir coûte cher. Très cher. Ce n’est pas une fugue. Ce n’est pas un caprice. C’est un investissement lourd, souvent financé par les familles elles-mêmes. On ne met pas des dizaines de millions sur un bateau pour une manipulation idéologique. On le fait parce que rester coûte plus cher encore, en dignité, en avenir, en santé mentale.

Mais le communiqué insiste. Ce ne serait pas l’Algérie qui pousse dehors. Ce seraient des “individus”, des “milieux”, des “statistiques instrumentalisées”. L’État, lui, est innocent. Blessé seulement dans son image. Obsédé par sa crédibilité. Tout est là. Les harragas ne sont pas des citoyens en rupture, ce sont des variables diplomatiques. Des dossiers à solder. Des preuves à effacer.

Alors on les reprend. Doucement. En silence. Sans prison, sans procès, sans aveu. On referme le dossier comme on balaie sous le tapis. Et on espère que personne ne remarquera que derrière cette soudaine mansuétude se cache une vérité brutale: le pouvoir a perdu le bras de fer, et tente maintenant de gagner la narration.

Mais la mer, elle, n’a rien oublié. Les corps non plus. Et les raisons du départ encore moins.

Zaim Gharnati

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