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« Harraga 2033 », de Kacem Madani : quand la frontière efface l’humain

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Madani Kacem

Alors que les politiques de gestion des flux migratoires oscillent entre répression et déshumanisation, le dernier roman de Kacem Madani, Harraga 2033, propose une immersion nécessaire dans la mécanique implacable de l’exil et de l’injustice systémique.

Ce roman s’inscrit dans une réflexion profonde sur l’exil, l’injustice et la perte d’espoir qui poussent des milliers de personnes à risquer leur vie pour franchir les frontières. Harraga 2033 met en scène des destins ordinaires pris au piège de mécanismes politiques, sociaux et sécuritaires qui les dépassent, et interroge la responsabilité des États comme celle des individus face à la souffrance humaine. À travers une fiction ancrée dans le réel, Kacem Madani invite le lecteur à regarder autrement le phénomène de la migration clandestine, non comme une menace, mais comme le symptôme d’un monde profondément inégal.

Le roman met en scène des destins en apparence ordinaires, mais pris dans l’engrenage de mécanismes politiques, sociaux et sécuritaires qui les dépassent largement. Les personnages se retrouvent broyés par des décisions étatiques, des lois impersonnelles et des dispositifs de contrôle qui transforment l’individu en suspect permanent. La bureaucratie, la répression et la peur remplacent l’écoute et la justice, révélant ainsi un monde où l’humain s’efface derrière la logique de la frontière et de la sécurité. En exposant ces engrenages, l’auteur souligne l’asymétrie des pouvoirs entre ceux qui décident et ceux qui subissent.

À travers cette fiction solidement ancrée dans le réel, Kacem Madani interroge la responsabilité collective face à la souffrance humaine. Il met en cause aussi bien les États d’origine, qui contraignent leurs citoyens à l’exil par la hogra et l’absence de libertés, que les États d’accueil, qui ferment leurs portes et criminalisent la misère. Mais le roman questionne également la responsabilité individuelle, en confrontant les personnages à leurs choix, à leurs silences et à leurs préjugés. Le lecteur est ainsi invité à dépasser les discours simplistes et sécuritaires pour porter un regard plus juste et plus humain sur la migration clandestine.

En invitant à considérer le harraga non comme une menace, mais comme le symptôme visible d’un monde profondément inégal, Harraga 2033 renverse les représentations dominantes. La migration apparaît alors comme la conséquence directe des déséquilibres économiques, politiques et historiques qui structurent les relations entre le Nord et le Sud. Le roman devient ainsi un espace de réflexion critique, appelant à reconnaître l’exilé non comme un intrus, mais comme le miroir dérangeant des injustices globales et de l’échec collectif à construire un monde plus équitable.

Harraga 2033 est un roman profondément enraciné dans les réalités contemporaines de la migration clandestine, de l’injustice sociale et des déséquilibres persistants entre le Nord et le Sud. L’œuvre s’inscrit dans un contexte mondial marqué par le durcissement des politiques migratoires, la montée des discours sécuritaires et la fermeture progressive des frontières, qui transforment les migrants en figures suspectes avant même qu’ils ne soient reconnus comme des êtres humains. Kacem Madani ne se contente pas de décrire un phénomène social : il en explore les causes profondes et les conséquences humaines, mettant en lumière la violence structurelle qui contraint des milliers de personnes à l’exil.

À travers une narration dense, dramatique et fortement incarnée, l’auteur met en scène le destin d’Arezki, ingénieur algérien formé, cultivé et conscient, devenu harraga non par misère intellectuelle ou naïveté, mais par étouffement politique et moral. Son parcours illustre l’impasse dans laquelle se trouve enfermée une grande partie de la jeunesse algérienne, prise entre un système autoritaire qui confisque les libertés, une économie verrouillée et l’absence de perspectives d’avenir. Arezki incarne ainsi une génération sacrifiée, lucide sur sa condition, mais privée de toute possibilité d’émancipation dans son propre pays, au point de risquer la mer, l’illégalité et l’humiliation pour tenter de reprendre en main son destin.

L’intrigue du roman repose sur un élément en apparence banal : une valise confiée par hasard dans une gare. Ce simple malentendu, impliquant un bagage piégé par un réseau criminel, devient le déclencheur d’une mécanique implacable. À partir de cet événement minuscule, le récit dévoile la brutalité des systèmes sécuritaires et administratifs contemporains, où la présomption de culpabilité supplante la recherche de la vérité. Arezki, innocent et de bonne foi, se retrouve piégé par des procédures aveugles qui ne laissent aucune place à l’explication, à l’écoute ou à la compassion. La machine institutionnelle, obsédée par la sécurité et le contrôle, écrase l’individu sans lui offrir la possibilité de se défendre réellement.

À travers ce dispositif narratif, Kacem Madani montre comment les États, au nom de la lutte contre le crime, le terrorisme ou l’immigration illégale, en viennent à nier les droits fondamentaux et à sacrifier des vies humaines. Le roman met en évidence l’extrême fragilité de l’étranger, en particulier du sans-papiers, face à des structures de pouvoir déshumanisées. Harraga 2033 apparaît ainsi comme une dénonciation puissante d’un ordre mondial où l’injustice n’est pas accidentelle, mais systémique, et où un simple hasard peut suffire à faire basculer une existence entière.

Le personnage d’Arezki est construit par l’auteur comme une figure complexe et profondément humaine, à rebours des stéréotypes habituellement associés au harraga. Il est présenté comme un homme instruit, plurilingue et cultivé, capable de s’exprimer avec aisance et de réfléchir de manière lucide à sa propre condition. Loin d’ignorer les dangers de l’exil clandestin, il en mesure pleinement les risques, qu’il s’agisse de la traversée maritime, de la précarité administrative ou de la répression policière. Son départ n’est donc ni le fruit de l’inconscience ni d’un élan irréfléchi, mais le résultat d’une décision mûrement réfléchie, née d’un sentiment d’étouffement devenu insupportable.

Le choix de l’exil d’Arezki ne répond en rien à l’appât du gain ou à la recherche d’un confort matériel illusoire. Il est avant tout motivé par une asphyxie morale et politique profonde, dans une Algérie décrite comme un espace verrouillé, où la hogra structure les rapports entre le pouvoir et les citoyens. La confiscation du pouvoir, l’absence de libertés réelles et le mépris institutionnalisé finissent par priver l’individu de toute projection vers l’avenir. Malgré son niveau d’études et ses compétences, Arezki se heurte à un système qui nie la valeur de l’effort, étouffe les ambitions et condamne une jeunesse entière à l’immobilisme. Son départ apparaît alors comme un acte de rupture, presque de survie, face à une existence vidée de sens et de reconnaissance.

À travers ce parcours, le roman déconstruit avec force l’image réductrice du harraga présenté comme un misérable sans formation, mû par la seule pauvreté ou par l’illusion de l’Eldorado européen. Arezki incarne au contraire une migration contrainte, celle d’individus conscients, formés et dignes, poussés vers l’exil par le refus de l’humiliation quotidienne et du déni de leur dignité humaine. La migration devient ainsi un symptôme politique et moral bien plus qu’un simple déplacement géographique. Elle révèle l’échec des États à offrir à leurs citoyens les conditions minimales de liberté, de justice et d’épanouissement.

En contrepoint de ce personnage, Elke occupe une place essentielle dans la dynamique du récit. Jeune Européenne libre de circuler sans entraves, elle incarne d’abord l’insouciance du privilège, celui de ceux pour qui les frontières sont presque invisibles. Son rapport au monde est marqué par la légèreté et la confiance, jusqu’au moment où elle prend conscience, brutalement, des conséquences de ses actes sur la vie d’Arezki. Cette prise de conscience déclenche chez elle un éveil moral progressif, la confrontant à l’injustice du système et à sa propre responsabilité, même involontaire. À travers l’évolution d’Elke, le roman souligne le fossé entre ceux qui subissent les frontières et ceux qui les traversent sans y penser, tout en ouvrant la possibilité d’une solidarité fondée sur la reconnaissance de l’autre et sur l’éthique individuelle.

L’apport majeur du roman réside dans sa capacité à articuler avec finesse des trajectoires individuelles singulières à des mécanismes globaux qui structurent le monde contemporain. À travers le destin d’Arezki et des personnages qui gravitent autour de lui, Kacem Madani montre que la migration clandestine ne peut être comprise comme une succession de choix isolés ou de décisions personnelles déconnectées du contexte. Elle apparaît au contraire comme le résultat direct de politiques autoritaires, de systèmes de gouvernance oppressifs et de frontières de plus en plus fermées, érigées en réponse sécuritaire à des déséquilibres économiques et historiques profonds. Le roman met ainsi en évidence un ordre mondial inégal, où la liberté de circuler est un privilège réservé à certains, tandis que d’autres sont condamnés à l’illégalité dès lors qu’ils tentent simplement de survivre ou de préserver leur dignité.

Dans ce cadre, Harraga 2033 montre également comment la criminalité transnationale prospère précisément sur ces failles. Les réseaux mafieux exploitent la détresse des candidats à l’exil, la rigidité des politiques migratoires et la fermeture des voies légales pour imposer leurs règles, faire circuler drogues, marchandises ou êtres humains, et engranger des profits considérables. Le roman révèle ainsi un paradoxe fondamental : en prétendant lutter contre l’immigration clandestine par la répression et le contrôle, les États contribuent indirectement à renforcer les circuits illégaux qu’ils disent combattre. La valise piégée devient alors le symbole de cette collusion involontaire entre politiques sécuritaires et économie criminelle.

L’œuvre dénonce avec une grande force la déshumanisation des migrants, réduits à de simples dossiers administratifs, à des statistiques anonymes ou à des menaces potentielles pour l’ordre public. Qu’ils soient en Europe ou dans leur pays d’origine, les migrants sont privés de leur singularité, de leur histoire et de leur voix. L’individu disparaît derrière des procédures, des lois impersonnelles et des discours anxiogènes qui justifient l’exclusion et la violence institutionnelle. Arezki, malgré son innocence et son parcours exemplaire, est traité comme un suspect par défaut, illustrant la fragilité extrême de ceux qui n’entrent pas dans les catégories légales reconnues.

En exposant sans détour la violence administrative, le racisme ordinaire et l’hypocrisie politique, Kacem Madani propose une lecture critique et sans complaisance des discours officiels sur l’immigration. Il met en lumière l’écart entre les valeurs humanistes revendiquées par les États et les pratiques réelles mises en œuvre sur le terrain. Le roman invite ainsi le lecteur à dépasser les slogans sécuritaires et les représentations simplistes pour interroger les responsabilités collectives dans la production de ces drames humains. En ce sens, Harraga 2033 ne se contente pas de raconter une histoire : il agit comme un miroir dérangeant tendu aux sociétés contemporaines, les obligeant à regarder en face les conséquences humaines de leurs choix politiques.

L’impact de Harraga 2033 se déploie sur plusieurs niveaux complémentaires, à la fois littéraire, social et émotionnel, ce qui confère à l’œuvre une portée durable. Sur le plan littéraire, le roman s’inscrit clairement dans la continuité des grands récits maghrébins de l’exil et de la désillusion, qui ont longtemps interrogé les rapports entre l’individu, la nation et l’Occident. Toutefois, Kacem Madani renouvelle cette tradition en y introduisant une dimension prospective et presque dystopique, projetant dans un avenir proche les tendances déjà perceptibles du présent. Ce choix narratif donne au texte une tonalité inquiétante, où l’avenir apparaît comme un prolongement durci des injustices actuelles, renforçant ainsi la portée critique du récit et son ancrage dans les préoccupations contemporaines.

Sur le plan social, Harraga 2033 agit comme un puissant outil de remise en question des représentations dominantes liées à la migration clandestine. En donnant chair et voix à un personnage instruit, lucide et profondément humain, le roman contraint le lecteur à dépasser les clichés du migrant réduit à une figure menaçante ou assistée. Il met en lumière les causes structurelles de l’exil et invite à reconnaître la part de responsabilité collective, politique, historique et morale, dans ces tragédies humaines. Le lecteur est ainsi amené à interroger non seulement les politiques migratoires, mais aussi les discours médiatiques, les préjugés sociaux et les attitudes individuelles qui contribuent à la stigmatisation des migrants.

Sur le plan émotionnel enfin, le roman touche par la force tragique du destin d’Arezki. Son parcours, marqué par l’injustice, l’absurdité administrative et l’échec d’un rêve pourtant légitime, suscite un profond sentiment d’amertume et de révolte. L’absence de véritable réparation ou de résolution heureuse empêche toute lecture confortable et laisse le lecteur face à une frustration volontairement entretenue par l’auteur. Cette émotion persistante prolonge la réflexion bien au-delà de la dernière page et transforme la lecture en expérience durable, invitant à une prise de conscience plus large sur la condition des exilés et sur les violences silencieuses exercées par les systèmes contemporains.

Harraga 2033 est un roman engagé qui dépasse le simple récit d’aventure ou de migration pour devenir une dénonciation puissante de l’injustice systémique. Il met en évidence l’absurdité d’un monde où la liberté de circuler dépend du hasard de la naissance et où l’innocence peut être écrasée par des logiques sécuritaires aveugles. À travers Arezki, Kacem Madani donne une voix à ceux que l’on n’écoute pas et rappelle que derrière chaque harraga se cache une histoire, une dignité et un droit fondamental à l’espoir. 

Harraga 2033 n’est pas seulement le récit d’un destin brisé ; c’est un plaidoyer vibrant pour la dignité humaine. Kacem Madani nous livre une œuvre nécessaire qui, au-delà de la tragédie d’Arezki, nous force à choisir entre l’indifférence des murs et l’exigence de la solidarité. 

Brahim Saci

Kacem Madani, Harraga 2033, Éditions Edilivre, 2025.

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Les concessions sans contrepartie de Ségolène Royal au pouvoir algérien

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Ségolène Royal
Ségolène Royal, ancienne candidate à la présidentielle. Photo : DR

Opposée aux dérégulations arbitraires du capitalisme financier, l’ex-candidate socialiste à l’élection présidentielle française formulait le 23 mars 2007 à Marseille des règles du jeu axées sur la valeur du travail et le dialogue social, soumettait à son auditoire le pacte donnant-donnant ou gagnant-gagnant à faire prévaloir « dans tous les domaines de l’intervention publique ».

Presque deux décennies plus tard, la désormais présidente de l’Association France- Algérie (nommée à ce poste le 18 décembre 2025) ne reconduit pas ce même principe ou mantra synonyme de compromis modéré et raisonné. Elle le délaisse sous couvert d’une urgence l’incitant à colmater les brèches du schisme né entre les deux pays depuis qu’Emmanuel Macron ait décidé d’entériner, en octobre 2024, la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental. Seulement, vouloir à tout prix réduire le faussé existant, planter les balises de la réconciliation, acclimater des points de vue contraires, ce n’est pas d’une part outrepasser des prérogatives lui attribuant uniquement le soin de « renforcer le développement des relations amicales et de coopération », d’autre part conforter le régime autocratique en place de l’autre côté de la Méditerranée.

Pour déminer les tensions franco-algériennes, renouer les fils rompus du dialogue ou de l’entente cordiale, rétablir les canaux de la normalisation, atténuer la présente et durable crise diplomatique, l’ancienne ministre de l’Environnement dévoila le 17 janvier 2026, lors de la rencontre « Demain, la France et l’Algérie » (organisée à l’İnstitut des relations internationales et stratégiques, la réunion était consacrée au patrimoine culturel et aux enjeux économiques) un plan d’action, non plus donc fondé sur l’équilibre des échanges et transactions, c’est-à-dire le donnant-donnant ou gagnant-gagnant, mais la loi criminalisant le colonialisme français.

En arguant d’emblée que « La mémoire des violences coloniales n’est ni un calcul ni un intérêt politique, mais un droit fondamental de reconnaissance » ou que « La première réparation, la première excuse, c’est la restitution des biens culturels et des archives », Ségolène Royal répliquait la matrice d’une ordonnance votée le 24 décembre 2025 à l’Assemblée populaire nationale (APN).

Ce jour-là, les députés algériens adoptaient un texte dénombrant une trentaine de crimes contre l’humanité (massacres de masse, exécutions sommaires, déplacements forcés, pillages des terres et ressources, tentatives de détournement identitaire et d’aliénation culturelle, privatisation et viole des droits humains élémentaires etc…), imputant à la France sa complète responsabilité juridique et exigeant aveux moraux, contritions, indemnisations ou réparations. Agissant au nom de la justice historique, les parlementaires algériens réclament la fin d’une impunité de près de deux siècles, la stricte application de conventions devant aboutir à responsabiliser l’État français. Or, mis au pied du mur, celui-ci n’est aucunement disposé à endosser les forfaits ou méfaits du passé colonial, surtout quand le Rassemblement national (RN), déjà crédité, en prévision du premier tour du scrutin présidentiel de 2027, de plus de 36% des voix, se trouve aux portes de l’Élysée. Avec lui, pas question de confesser les exactions commises aux cours des 132 ans de domination, de prononcer une quelconque repentance, de confier les biens culturels spoliés, de remettre les cartes susceptibles d’identifier le déploiement des mines ou les essais nucléaires du Sahara, de faciliter l’accession aux documents permettant d’informer les Algériens sur les menaces sécuritaires, le coût des dépollutions, les conséquences des dépravations environnementales ou les rétroactives séquelles psychologiques.

Puisque le parti de Marine Le Pen ne transigera jamais, mettra toujours en exergue les bienfaits de la colonisation, entre autres les infrastructures et industries léguées à l’Algérie, ne faudra-t-il pas un jour, si il arrive à fortiori à se hisser au plus haut niveau décisionnel, admettre que « la prégnante présence gauloise en zone barbaresque » ne fut pas totalement négative ? Lui accorder cette réalité factuelle, n’est-ce pas là le premier pas de la véritable concorde via laquelle les descendants des colons pieds-noirs concéderont que les dépréciations sociales et déculturations propres à l’indigénat structurel, les tueries collectives et déstabilisations géographiques ou la privatisation des terres par la violence induisaient la négation de l’autre musulman, de son être-là ? Ce type de donnant-donnant demeure à notre sens le prolégomènes de l’arrangement acceptable. Plutôt que de l’envisager sereinement et équitablement, la nouvelle responsable protocolaire estime que « c’est à la France que revient le devoir de faire un effort », de se précipiter en somme chez de pseudos-interlocuteurs dont l’objectif stratégique est de capitaliser à outrance la légitimité historique, de surcroît la rente mémorielle. La promulgation de la loi incriminant l’impérialisme français alimente les braises d’un dossier brûlant, ouvre la boîte de pandore, intensifie et focalise les reproches en direction de l’adversaire symbolique, ennemi sans lequel la récipiendaire « Famille révolutionnaire » n’a plus de retour identificatoire, l’opportunité d’engranger les mécanismes repoussoirs de la sociologie des conflits, d’exploiter avantageusement les relents archétypaux de la victimisation. De nature anti-démocratique, le régime militaire a trop à perdre pour délaisser la source hagiographique de ses immuables constantes et la démarche minorative de Ségolène mènera assurément au cul de sac de la compromission tant elle consiste à « tout rendre », à tout céder sans retour compensatoire, sans par exemple de garanties sur la pérennité du français en Algérie alors que la langue de Shakespeare y gagne du terrain.

C’est le cas dans le champ économique mais également artistique où les espaces de l’expression du sensible ont tendance a adopté les dénominations anglophiles de Seen Art Gallery, Ayn Gallery, Art Weka Gallery, Ahlem Gallery, Aida Gallery et Landon Gallery, où s’est substitué à l’acronyme FİAC (Foire internationale d’art contemporain) celui d’İFCA (İnternational festival of contemporary art), où son curateur principal, Hamza Bounoua, le gérant épisodique de « Diwaniya art Gallery », proroge ou parodie les éléments de langage des donneurs d’ordre, penche, par pur zèle et mimétisme, du côté d’une économie culturelle incubatrice de start-up, et, eu égard à ce vocable, évidemment de l’anglais.

Or, l’historiographie artistique se bonifiera en Algérie grâce à l’impulsion cognitive du français, idiome-viatique devenu le bréviaire privilégié de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts d’Alger (ENSBA) L’institution du parc Ziryab (ex-Gatlif) souffre aujourd’hui d’incohérences pédagogiques que pourraient d’ailleurs combler des plasticiens franco-algériens à inviter par intermittences.

Leurs séjours répétés ou cumulés au sein de la capitale algérienne garantiraient une plus-value technico-didactique tout autant profitable au Musée d’art moderne (MAMA), à condition bien sûr que, fermé en octobre 2019, il reprenne au plus tôt du service.

À ce sujet, l’un des accommodements à convenir avec les autorités algériennes (dans le cadre du processus de rapprochement objectif) est l’obtention d’une concession de longue durée. Assurant la scénographie de monstrations contemporaines libérées des injonctions ou coercitions des ministères des Moudjahidine et Affaires religieuses, le contrat culturel deviendrait par là-même le donnant-donnant et gagnant-gagnant d’une expérimentation transversale, la « projection vers des projets communs joyeux et enthousiasmants », pour reprendre ici l’ultime perspective opérante de Ségolène Royal (1).

Saâdi-Leray Farid, sociologue de l’Art et de la Culture

(1) L’intervention du 17 janvier de la présidente de l’association France-Algérie n’a eu aucune incidence sur les modifications apportées six jours après (vote en plénière du 22 janvier) à la loi sur la criminalisation du colonialisme français. Chargés d’examiner la cohérence et validité de ses articles, les membres du Conseil de la nation (le Sénat algérien) en rejetteront treize, parmi lesquels ceux relatifs aux réparations financières et excuses officielles, ces dispositions ne correspondant pas à la ligne politique jusque-là déterminée par le président Abdelmadjid Tebboune. Les réserves et contestations de la chambre haute du Parlement sur la mouture initiale obligent à revoir lesdites dispositions, à modifier ou améliorer leur formulation afin de « renforcer la cohérence et la précision du texte et d’assurer sa conformité avec les objectifs souverains pour lesquels il a été élaboré », prévenait déjà le 19 janvier Fayçal Bousdaria, le rapporteur de la commission de la défense nationale.

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Etats-Unis : le fardeau de l’ordre international devient une semence du déclin

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Trump
On assiste à la "trumpisation" du monde. Crédit : Pixabay.

En 1945, le Plan Marshall pose les bases d’un ordre international où l’Amérique échange sécurité et prospérité contre une centralité durable ; aujourd’hui, avec une dette proche de 39 000 milliards de dollars, cet investissement fondateur s’est mué en contrainte structurelle, révélant le dilemme d’une puissance dont le rôle de garant du système devient lui-même un facteur de vulnérabilité voire de déclin.

Derrière ce chiffre de la dette se cache une histoire humaine, celle de régions désindustrialisées, de classes moyennes fragilisées et de sociétés sommées de financer, génération après génération, le coût d’un rôle mondial dont les bénéfices se diffusent au-delà de leurs propres frontières.

Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, l’ordre international s’est présenté comme une promesse de stabilité, de prospérité et de règles partagées, mais il s’est en réalité construit comme une architecture portée par un pays, les États-Unis fournissant au monde des biens publics qu’aucune autre puissance ne pouvait assumer seule — monnaie de référence le dollar, sécurité des routes maritimes, liquidité des marchés, crédibilité des institutions multilatérales. Ce système a permis l’essor des échanges, l’intégration des économies émergentes et l’expansion sans précédent des chaînes de valeur, mais il a aussi concentré sur les Etats-Unis les coûts de la stabilité globale, transformant le leadership en charge budgétaire, sociale et politique. À mesure que la dette s’accumule – aujourd’hui près de 39 000 milliards de dollars – que les fractures intérieures se creusent et que la concurrence stratégique s’intensifie, la question n’est plus de savoir si l’ordre international est juste ou injuste, mais s’il demeure soutenable pour ceux qui en ont été les principaux garants — et ce que signifie, pour le reste du monde, une Amérique qui ne cherche plus à préserver l’architecture entière, mais à en sauver la part qu’elle peut encore porter.

La charge de la stabilité

Dans la mondialisation actuelle, les États-Unis constituent un pilier structurel du système avec leur monnaie, leurs marchés et leur capacité de projection stratégique formant une infrastructure invisible sur laquelle repose une part décisive de la circulation mondiale des biens, des capitaux et de la confiance. Le dollar est devenu l’ossature monétaire d’un ordre international où la liquidité, le refuge et la prévisibilité sont fournis comme des biens publics informels à l’ensemble des économies, des centres financiers aux périphéries émergentes. Cette centralité confère à Washington une influence qui dépasse la logique classique de la puissance, mais elle l’enchaîne aussi à une responsabilité systémique d’absorber les excédents du monde, recycler ses déséquilibres en dette souveraine et garantir, souvent au-delà de ses intérêts immédiats, la continuité d’un espace économique global dont la stabilité conditionne l’accès au financement, la trajectoire de développement et la sécurité monétaire de la majorité des nations. 

Concrètement, ce rôle de garant s’est traduit dans une chaîne continue de coûts visibles et différés — budgets de défense pour entretenir un maillage mondial de bases militaires et d’alliances, guerres lointaines de la péninsule coréenne aux déserts du Moyen-Orient, soins et pensions versés à des générations de vétérans, intérêts d’une dette contractée pour financer la stabilité globale. À cela s’ajoute une diplomatie de l’aide et des institutions, destinée à contenir les crises avant qu’elles ne deviennent systémiques. Additionnée et corrigée de l’inflation, cette facture à plus de 60 000 milliards de dollars, oscillant, selon les époques, entre 3% et 10% (guerre froide) de la richesse produite chaque année par les États-Unis.

L’ordre international peut se lire comme un contrat d’assurance implicite dont les États-Unis sont devenus l’assureur de dernier ressort. En temps de crise, le monde se tourne vers leur liquidité, leur sécurité et leurs marchés, tandis que les primes se transforment en dettes, déficits et engagements supportés par ce même pays au bénéfice de l’ensemble du système.

Ainsi, ce qui apparaît comme un privilège hégémonique se révèle être une charge structurelle, où la capacité de tenir le centre devient la condition même de la survie de l’ordre international qu’il soutient. Giovanni Arrighi, théoricien des cycles hégémoniques, nous avertit que les puissances déclinantes s’effondrent non par des menaces extérieures, mais par une résistance interne à l’adaptation – un avertissement qui s’applique à l’Amérique, enchaînée à son rôle systémique.

La facture du leadership mondial

La centralité américaine a inscrit la stabilité du monde dans le bilan de sa propre société, où la liquidité, la sécurité et l’ouverture se sont progressivement traduites en dettes, en déficits et en lignes de fracture. Le privilège du dollar a longtemps différé les choix entre puissance extérieure et investissement intérieur, faisant de l’endettement le régulateur silencieux d’un ordre international aux bénéfices mondialisés mais aux coûts largement supportés par les Etats-Unis. À cette pression financière s’est ajoutée une géographie des gagnants et des perdants, où certaines régions se sont intégrées aux flux globaux tandis que d’autres – comme l’Amérique – se sont désindustrialisées. Dès lors, la soutenabilité n’est plus un débat comptable, mais une épreuve politique, jusqu’où une démocratie peut-elle porter la stabilité du monde sans entamer la cohésion qui fonde sa propre légitimité ?

La mondialisation asymétrique 

L’ordre économique mondial s’est construit comme un mécanisme d’expansion collective reposant sur une dissymétrie structurelle, où les gains de la croissance ont été largement diffusés tandis que les coûts de la stabilité se sont progressivement concentrés sur le pays capable d’absorber les déséquilibres du reste du système. Les excédents industriels et commerciaux de l’Asie, les stratégies d’accumulation de réserves des économies émergentes et la recherche globale d’actifs sûrs ont trouvé dans la dette américaine un réceptacle naturel, transformant les déficits des Etats-Unis en contrepartie financière de la prospérité mondiale. Ce schéma a offert aux pays du Sud un accès inédit aux marchés, au capital et aux chaînes de valeur, mais il les a aussi arrimés aux cycles monétaires et budgétaires des Etats-Unis, faisant de chaque inflexion de la politique américaine une onde de choc transmise aux monnaies, aux investissements et aux équilibres sociaux des pays du Sud. Ainsi, la mondialisation apparaît comme une architecture hiérarchisée de dépendances – et non un espace neutre d’échanges – où la promesse d’intégration s’accompagne d’une vulnérabilité systémique, et où la soutenabilité de la croissance de tous demeure étroitement liée à la capacité des Etats-Unis à continuer de porter le poids financier et politique de l’ensemble.

L’histoire offre un miroir troublant. Athènes finançait la sécurité de la mer Égée au prix de son trésor, Venise garantissait les routes du Levant en échange de sa prospérité, l’Empire britannique garantissait les mers au prix d’un endettement croissant. 

Toutes ont découvert que le centre du monde devient aussi son principal point de fatigue. L’Amérique s’inscrit aujourd’hui dans cette lignée, où la stabilité globale fut à la fois la source de la grandeur et la semence du déclin.

Droit international et survie stratégique 

À mesure que l’ordre international se complexifie et empile les règles, les traités et les institutions, une tension s’exacerbe entre l’universalité proclamée du droit international et la réalité des intérêts vitaux des grandes puissances, pour lesquelles la sécurité nationale, la continuité économique et la stabilité intérieure demeurent des lignes de survie non négociables. En Ukraine, à Gaza ou au Venezuela, le droit international se heurte aux impératifs de sécurité, de dissuasion et d’accès aux ressources stratégiques, révélant les limites d’un ordre international fondé sur des règles, oubliées lorsque celles-ci entrent en conflit avec les intérêts des grandes puissances. Cette fracture interroge sur la soutenabilité de l’ordre international lorsque ses garants – Etats Unis – considèrent que le respect strict du droit international affaiblit leur capacité à maintenir l’équilibre global.

La géopolitique des nœuds vitaux 

Le Moyen-Orient – avec 30 % du pétrole mondial et 17 % du gaz naturel – demeure le cœur énergétique du monde, dont la stabilité conditionne l’inflation mondiale et les équilibres budgétaires des États importateurs. La mer de Chine méridionale – où transite plus de 20% du commerce mondial dont 45 % de pétrole brut – concentre les chaînes technologiques et industrielles dont dépendent les industries numériques et de défense.

Enfin, l’Arctique avec une superficie de 14 millions de kilomètres carrés, s’ouvre comme une frontière d’un avenir proche en raison de la fonte accélérée de la calotte glaciaire, où l’émergence de routes transpolaires, l’accès à des ressources critiques et le déploiement de capacités de dissuasion modifient la cartographie des corridors de navigation maritimes et aériens. Dans cette configuration des espaces stratégiques, le Groenland s’impose comme un point de jonction entre la sécurité nord-américaine, la gouvernance des nouvelles routes et la définition des règles des espaces émergents. L’intérêt américain pour le Groenland s’inscrit dans une logique ancienne de prévention stratégique, dès 1940, après l’invasion du Danemark par l’Allemagne, les Etats-Unis s’y sont positionnés pour empêcher que cette dernière ne fasse de l’Atlantique Nord et de l’Arctique une zone de projection contre le continent nord-américain.

Pour l’Administration de Trump, sécuriser ces différents points d’appui revient à protéger l’infrastructure physique de l’ordre international ; pour les pays du Sud, dont près de quatre cinquièmes du commerce transitent par ces corridors maritimes et numériques, chaque tension dans ces espaces se traduit par des coûts immédiats sur les prix, les devises et l’accès aux marchés.

L’ «affaire» du Groenland 

Le Groenland dépasse la seule question des territoires et des ressources, il révèle une mutation de la puissance au XXIᵉ siècle, où l’influence se mesure autant à la capacité de définir les règles des espaces émergents qu’à la maîtrise des zones déjà intégrées à l’économie mondiale. Tandis que le réchauffement climatique ouvre des routes transarctiques, rapproche l’Asie, l’Europe et l’Amérique du Nord et rend accessibles des minerais critiques pour la transition énergétique et les technologies avancées, l’enjeu central devient la maîtrise stratégique de ces nouveaux espaces.

Les corridors transarctiques offrent des trajets jusqu’à trois fois plus rapides entre l’Asie, l’Europe et l’Amérique du Nord, tout en réduisant l’exposition aux goulets d’étranglement et aux vulnérabilités sécuritaires qui caractérisent aujourd’hui des passages comme le canal de Suez ou Bab El Mendeb (mer rouge).

Pour les États-Unis, investir le Groenland, c’est projeter la sécurité nord-américaine dans le futur, sécuriser les corridors de demain et éviter que des puissances concurrentes ne définissent seules les standards d’accès, d’exploitation et de navigation. 

Pour les pays émergents, cette reconfiguration annonce un monde où les centres de gravité du commerce et de l’influence peuvent se déplacer brutalement, reconfigurant les avantages comparatifs et les dépendances. 

À mesure que ces recompositions se dessinent, une question s’impose, un ordre international peut-il durer lorsque la charge de sa stabilité devient plus lourde que les bénéfices qu’en retirent ses garants, et lorsque ceux qui en dépendent le plus n’en participent que marginalement à sa gouvernance ? La soutenabilité devient une épreuve morale et institutionnelle, où se confrontent la promesse d’un monde régi par des règles communes et la réalité d’un système structuré par des rapports de force. Préserver l’ordre international implique d’en redistribuer les coûts, d’en élargir la légitimité et d’en pluraliser les centres de décision ; assumer la rupture, c’est accepter une fragmentation où la stabilité cède la place à des équilibres régionaux concurrents, plus flexibles mais aussi plus instables. Entre ces deux voies se joue le destin des décennies à venir. L’histoire ne jugera pas l’Amérique sur la puissance qu’elle a exercée, mais sur la capacité du monde à rester stable le jour où elle cessera d’en porter seule le poids.

Ould Amar Yahya

Economiste, banquier et financier

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Ce matin, un Canadien dans mon miroir !

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Passeport canadien.
Passeport canadien. Crédit photo : DR

Que fait le miroir sinon renvoyer l’image de vous-même ? Ce matin il m’a de nouveau parlé comme une sorte de miroir de l’âme, une connaissance de soi-même. Oh là, quittons vite ce chemin philosophique et reprenons une autre évocation de « l’effet miroir », beaucoup plus prosaïque, c’est-à-dire en conformité avec la banalité de la vie.

La veille au soir je suis tombé par hasard sur un document repris dans la  presse concernant les préconisations du ministère des affaires étrangères canadien pour avertir des risques avant de se rendre dans un pays étranger. 

Ce matin le miroir m’a projeté l’image d’un canadien voulant se rendre en Algérie puisque c’était de cela qu’il s’agissait dans le document que j’avais lu. Alors ce canadien, puisque c’est le reflet de moi-même, me raconte sa lecture aux fins de se rendre dans ce pays qui lui était étranger.

La longueur de ma chronique ne peut passer en revue toutes les recommandations, j’ai sélectionné certaines des plus effrayantes.

Tout d’abord, 

« Évitez tout voyage dans les régions frontalières suivantes en raison de la menace élevée de terrorisme, de banditisme et d’enlèvement: à moins de 200 km de la frontière avec le Mali, la Mauritanie et le Niger; à moins de 50 km de la frontière avec la Libye;  à moins de 50 km de la frontière avec la Tunisie, sauf pour les déplacements terrestres vers/depuis la Tunisie par l’autoroute N44 et le poste frontalier d’Oum Tboul, où vous devriez faire preuve d’une grande prudence ».

Le Canadien avait continué sa lecture : 

« Si vous envisagez de vous rendre dans des zones reculées malgré les risques : restez vigilant en tout temps; emportez toujours un téléphone portable et un chargeur avec vous; empruntez uniquement les routes et autoroutes principales; variez vos itinéraires et vos horaires ; envisagez d’engager un guide réputé qui connaît bien la région; séjournez dans des hôtels disposant de mesures de sécurité robustes ».

De façon téméraire mais aussi suicidaire, il s’était accroché au texte,

 « Au cours de la dernière année, le gouvernement algérien a multiplié les arrestations de militants, y compris certains associés au mouvement de protestation populaire du Hirak, qui a émergé en Algérie en février 2019. Les autorités algériennes ont également retenu des citoyens canado-algériens en Algérie, après les avoir identifiés comme étant politiquement engagés au Canada. On pourrait vous empêcher de quitter le pays si les autorités locales jugent que vous avez pris part à des manifestations ou à des activités politiques, y compris sur les médias sociaux. Faites preuve d’une grande prudence lorsque vous interagissez en ligne, même lorsque vous êtes à l’extérieur de l’Algérie ». 

Enfin un point rassurant puisqu’on lui dit que « Le taux de criminalité est modéré en Algérie ». Mais faudra prendre toutes les précautions en raison des crimes mineurs, particulièrement dans les grandes villes à la tombée de la nuit » (sont-elles éclairées à ce moment ? le document officiel manque de précision).

Plus loin :

« Soyez conscient de votre environnement; Soyez discret; Ne marchez jamais seul et évitez de vous déplacer après la tombée de la nuit; évitez de faire étalage de richesse; ne transportez que de petites quantités d’argent comptant ; évitez d’utiliser votre téléphone ou votre appareil photo en public; ne résistez pas si des voleurs vous menacent ».

Et ce n’est pas terminé

« Si vous voyagez en voiture : gardez les fenêtres fermées et les portes verrouillées en tout temps; voyagez en convoi si possible; garez votre véhicule dans un stationnement sûr; ne laissez jamais vos effets personnels dans un véhicule sans surveillance, même dans le coffre arrière ».

Ce Canadien n’est pas un accro aux sites de rencontres mais il découvre que : 

« Si vous vous rendez en Algérie pour rencontrer une personne dont vous avez fait la connaissance en ligne : gardez à l’esprit que vous pourriez être victime d’une arnaque;  méfiez-vous des personnes qui manifestent une amitié ou un intérêt amoureux sur Internet ».

Là également, cela ne le concerne pas mais seulement les Canadiennes : 

« Les femmes qui voyagent seules peuvent faire l’objet de certaines formes de harcèlement et de violence verbale. Du harcèlement sexuel et des agressions ont eu lieu. Pour éviter d’être la cible de harcèlement, les femmes devraient s’habiller de manière conservatrice; éviter de marcher seule ; se déplacer en groupe; se déplacer uniquement le jour; s’asseoir sur la banquette arrière des taxis ».

Pour la précaution suivante, il avait béni le ciel que cela ne le concernait pas également puisqu’il s’agissait de ceux qui avaient des orientations sexuelles harams (non qu’il en exprime un jugement défavorable mais de pouvoir échapper au risque) : 

« La loi algérienne criminalise les actes sexuels et les relations entre personnes du même sexe. Les personnes 2ELGBTQI+ peuvent également être accusées de grossière indécence ou de délits similaires ». 

Ils pourraient également faire l’objet de discrimination ou être détenus en raison de leur « orientation sexuelle, de leur identité de genre, de leur expression de genre ou de leurs caractéristiques sexuelles…/… Les personnes 2ELGBTQI+ doivent bien peser les risques que comporte un voyage en Algérie ».

Les coutumes, lois et règlements algériens sont rigoureusement conformes aux pratiques et croyances de l’islam. Les démonstrations d’affection en public, y compris le fait de se tenir par la main ou de s’embrasser, ne sont pas acceptables socialement. En général, on ne s’attend pas à ce que les voyageuses étrangères se couvrent la tête avec un voile. Toutefois, les vêtements suggestifs sont considérés comme inappropriés.

Pour éviter de froisser les populations locales : habillez-vous sobrement; comportez-vous avec discrétion; respectez les traditions sociales et religieuses; demandez la permission aux gens du pays avant de les prendre en photo ».

Il me raconte que le ministère canadien prévient dans le document qu’en 2026, le mois lunaire du ramadan devrait commencer autour du 17 février. « En public, entre le lever et le coucher du soleil, soyez discret au moment de boire; manger; fumer ». 

Jusque-là ce pauvre Canadien n’avait pas fermé le site du ministère car il était tétanisé de terreur d’avoir voulu prendre un risque si fou. Il avait pris seulement le temps encore de lire les titres des autres paragraphes, vaccinations, drogue, prosélytisme, peine de mort, double nationalité, droit de la famille, précaution contre les animaux, l’enlèvement international d’enfants (je vous jure qu’il y est), exportation d’antiquités (lesquelles ? les islamistes ont tout détruit), les catastrophes naturelles et les tremblements de terre.

Le Canadien s’était juré de ne plus avoir un désir de voyage si macabre. Après avoir éteint  la lumière de ma salle de bain, redevenant moi-même, je m’étais aperçu que je n’avais pas eu l’esprit de lui dire que ce pays était merveilleux et que la seule précaution à prendre était de ne jamais parler inconsciemment dans la rue à un képi ou à un turban.

Il faut prendre des distances sur l’image que peut véhiculer un pays occidental à l’égard de pays comme le nôtre, qu’elle soit vraie, comme je l’affirme par sa réalité objective, ou exagérée, comme me suggère mon amour pour ce pays. 

L’amour est aveugle pour certains, il est vigilent pour d’autres tout en étant passionné. J’ai choisi le second.

Boumediene Sid Lakhdar

PS : j’ai dû m’informer sur la signification de l’expression 2ELGBTQI+ que je ne connaissais pas. Cela ressemble étrangement au nom d’une molécule virale (cela se dit ?). La police des frontières aurait peur d’une contagion ? Pourtant, elle devrait le savoir, beaucoup dans notre beau pays sont déjà vaccinés par ce même virus. 

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Iran : un témoin direct de la répression meurtrière raconte

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Téhéran
En Iran, les différents corps de sécurité ont tiré sur le peuple. Crédit photo : DR

Des messages nous sont envoyés depuis l’intérieur de l’Iran. Ils offrent un témoignage direct sur la violence exercée par les forces de sécurité contre les manifestants. Nos contacts décrivent un contexte de répression intense, ciblant notamment les jeunes et les femmes, et révèlent une dimension humaine souvent absente des chiffres officiels.

Le témoin commence par des mots simples, prudents, mais porteurs de signification : « Bonjour. Je vais bien. » Dans un environnement où les sirènes hurlent, où les tirs éclatent, et où chaque communication peut être surveillée, même ces quelques mots sont un acte de résistance. Peu après, le message suivant souligne la tension : « Je ne sais pas si je peux rester en ligne ou pas… »

Les messages suivants détaillent l’ampleur de la violence : « Ici, c’était un bain de sang. Les corps étaient entassés les uns sur les autres. Ils ont tué toutes les familles qui étaient venues avec leurs enfants. Le sang coulait dans la rue. » Des victimes encore en vie auraient été achevées, et la majorité des tirs visaient les personnes en fuite.

On fait payer les balles meurtrières

Selon notre témoin, les familles ont dû attendre plusieurs jours pour récupérer les dépouilles de leurs proches. « Quand elles les retrouvaient, on leur réclamait l'équivalent de cinq et dix mille euros et on les obligeait à déclarer que ce sont des terroristes étrangers qui avaient tué leur enfant. » 

Les corps étaient enterrés sans rites religieux, avec leurs vêtements, et sans autorisation de cérémonies. Malgré ces intimidations, la population continue de se rassembler pour honorer les victimes.

Le témoignage que nous avons recueilli précise également que la majorité des victimes sont des jeunes et des enfants, mais de nombreuses femmes figurent parmi les personnes tuées. « Moi-même, j’ai vu le sang mousser sur le sol et s’écouler. Le fils de l’un de mes amis avait 16 ans lorsqu’il a été tué. Ils ont exigé 6 000 euros de sa famille, en expliquant que c’était le prix des balles utilisées pour l’exécuter. »

Au-delà de la description des massacres, le témoin interpelle directement la conscience politique internationale. Après la lecture de son propre récit, il a adressé un message clair aux partisans de gauche :

« Dis-leur que ce témoin a consacré vingt ans de sa vie à soutenir et promouvoir les idées de gauche, et que maintenant sa question est la suivante : “Israël a tué le peuple de Gaza en deux ans, et vous avez crié ‘Gaza !’. Le gouvernement iranien a tué, selon des statistiques non officielles, plus de vingt mille personnes en deux jours, pourquoi ne criez-vous pas ‘Iran !’ ? Quelle est la différence entre un enfant iranien et un enfant palestinien ? Où se trouve l’éthique politique dans votre pensée politique ?” »

Ces mots interpellent par leur intensité et leur urgence. Ils posent une question simple mais cruciale : pourquoi certaines violences attirent-elles l’attention internationale tandis que d’autres restent silencieuses ? Le témoignage rappelle que la solidarité et la défense des droits humains ne doivent pas être sélectives.

Les messages reçus depuis Téhéran offrent une perspective rare : celle de ceux qui vivent la répression au quotidien et qui, malgré la peur, refusent de se taire.

Le contexte décrit par le témoin confirme des informations partielles relayées par des organisations internationales sur l’usage disproportionné de la force par les autorités iraniennes. Mais il apporte également une dimension humaine cruciale : la peur, la douleur, et le courage d’une population qui continue de résister malgré la menace permanente.

Ce témoignage met en lumière l’urgence humanitaire, les violations systématiques des droits de l’homme et le sort fait au peuple iranien. Derrière chaque chiffre, il y a des vies humaines, des familles endeuillées, et des jeunes dont l’avenir a été brisé. Alors que le monde observe souvent à distance, ces messages rappellent que le silence est complice et que la voix des témoins est essentielle.

Mourad Benyahia 

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Les Mollahs iraniens labellisés terroristes ?

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Drapeau iranien
L'Iran des mollahs réprime dans le sang le peuple.

On ne sait plus discerner l’information des fake-news ! Les unes défilant à la suite des autres pour brouiller les derniers neurones encore lucides. À première vue, l’on se précipiterait à postuler que qualifier les Mollahs iraniens de terroristes serait une avancée sublime pour l’humanité ! Car cela signifierait que tous les dictateurs du monde, présent ou passés, basculeraient dans tel qualificatif, car quel dictateur n’a pas terrorisé son peuple et tué des contestataires, se chiffrant souvent par milliers ?

Nul besoin de disséquer la chose à l’échelle mondiale ! Contentons-nous de faire un petit rappel des présidents qui se sont succédés au pouvoir en Algérie. De Boumediene à Tebboune, tous rentrent dans la définition du qualificatif tant leurs services se sont donnés à cœur joie pour tuer de l’Algérien. 

Quand Boumediene avait envahi l’Algérie avec ses chars et ses mitraillettes, ses soldats se sont adonnés à une véritable boucherie en tuant quelques centaines de maquisards qui avaient osé se mettre en travers de son chemin. Les assassinats attribués au patibulaire moustachu sont impossibles à comptabiliser !

Une année, à peine, après l’arrivée au pouvoir de Chadli Bendjedid, la jeunesse kabyle se soulève pour réclamer un peu de liberté et la reconnaissance de son identité d’origine. Le 20 avril 1980, c’est le printemps berbère. Des manifestations grandioses pour exiger la reconnaissance de revendications légitimes ! Le pouvoir de Chadli ne tarde pas à réagir. Ordre est donné aux forces de l’ordre de tirer à balle réelles. Résultat : des dizaines de jeunes tués ou handicapés à vie.

Cette dictature érigée en mode de gouvernance a enfanté des terroristes encore plus féroces. Avec leurs géniteurs ces derniers se sont livrés à des massacres à grande échelle qui se sont soldés par plus de 200.000 morts. Victimes du terrorisme d’état et d’un islam aveugle semé au pays par des gouvernants incultes. 

Deux ans après l’arrivée de Bouteflika, quasiment jour pour jour, c’est le printemps noir, toujours en Kabylie, en avril 2001. Comme en 1980, les forces de l’ordre avaient reçu la consigne de tirer sur les manifestants. On décompte des dizaines de morts et des dizaines de blessés. Il faut dire que dans son discours à Tizi-Ouzou, Bouteflika avait averti avec une terminologie menaçante « si vous êtes venus faire du grabuge, je peux en faire plus que vous !» avait-il éructé face à des dizaines de kabyles venus l’écouter et qui avaient osé scander des slogans hostiles.

Que dire de Tebboune ? Il n’y a pas eu massacre de masses mais des masses de prisonniers d’opinions et une fermeture hermétique du champ politique. Si des manifs à l’image des printemps kabyles venaient à avoir lieu, aâmhoum Tebboune hésiterait-il à tuer de l’Algérien ? Je vous laisse avec vos réponses.

L’Histoire du monde regorge d’exemples de génocides. Les répertorier tous nécessiteraient un bottin.

Il ne faut pas se leurrer, le monde a toujours été dominé et malmené par des dictateurs assoiffés de sang. 

D’ailleurs, inutile de remonter l’histoire pour démontrer le caractère inhumain des dirigeant du monde. Contentons-nous des dirigeants vivants les plus puissants. En haut du podium, à eux deux, Trump et Putin sont responsables de tant de morts qu’il est impossible d’en faire le décompte exact. Et c’est loin d’être terminé. C’est à se demander si c’est un cœur d’humain qui bat dans leur poitrine. Le plus drôle c’est que le président américain n’est pas considéré comme responsable des génocides qu’il a lui-même provoqué. 

On voit donc que si le qualificatif terroriste est attribué aux dirigeants responsables de tueries à grande ou petite échelle, il n’y aurait grand monde qui échapperait à telle label.

L’on ne voit pas comment le fait de désigner de terroristes les Mollahs iraniens l’on continuerait à ignorer que Trump et Putin sont responsables de génocides à grande échelle dont le nombre de victimes est bien supérieur aux victimes Iraniennes, dont il faut reconnaître le courage d’avoir défié leurs dictateurs.

Mais qui osera décréter que tout responsable de mort à grande ou à petite échelle doit être désigné terroriste ? Cela entraînerait fatalement un chamboulement rapide du monde.  Au vu de l’imprédictibilité du comportement des hommes, il n’est pas sûr, il est même fortement improbable, que la paix et la sérénité s’installent partout suite à la chute des dictateurs ! C’est une race coriace qui se régénère d’une génération à la suivante. 

Mon dieu, dans quel monde vivons-nous !

Kacem Madani

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Fouzi Lakjaa, un boulet !

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Fouzi Lakjaa
Fouzi Lakjaa. Crédit photo : DR

Un boulet, ce n’est pas une erreur passagère. Ce n’est pas une polémique de plus. C’est une masse que l’on traîne, qui ralentit tout, qui use les structures, qui finit par faire couler ce qui devait avancer. Fouzi Lakjaa est devenu cela pour le football.

Un poids mort accroché à une discipline qui a besoin d’air, de règles et de confiance. Un boulet pour le Maroc, un boulet pour l’Afrique, un boulet pour un football mondial déjà en crise de crédibilité.

Boulet pour le football marocain d’abord.

Parce qu’à force de confondre autorité et intimidation, influence et contrainte, Lakjaa a transformé un capital sportif réel en passif durable. Le Maroc disposait d’une équipe compétitive, de joueurs respectés, d’une crédibilité acquise sur le terrain. Tout cela a été recouvert par une méthode brutale, nerveuse, autoritaire. Résultat immédiat. Soupçon généralisé, hostilité latente, image contaminée. Les clubs marocains entrent désormais sur les terrains africains avec une cible dans le dos. Les joueurs portent un maillot devenu politique malgré eux. Les supporters héritent d’une tension qu’ils n’ont pas choisie.

Boulet financier aussi.

Car cette aventure n’est pas gratuite. Organisation hypertrophiée, dépenses sécuritaires, gestion sous tension permanente, bénéfices symboliques annulés par une image dégradée jusque dans la bassesse des détails, comme ces ramasseurs de balles transformés en gardiens de serviettes, révélant une obsession du contrôle qui coûte plus qu’elle ne rapporte.

Dans un contexte économique contraint, transformer le football en démonstration autoritaire n’est pas une audace stratégique. C’est une charge future.

Boulet pour l’Afrique ensuite.

Parce que la méthode Lakjaa déborde largement le cadre marocain. Elle installe un précédent toxique. Elle diffuse l’idée que le football africain se gouverne par pressions, par réseaux, par rapports de force. Elle transforme les compétitions en arènes politiques. Chaque décision arbitrale devient suspecte. Chaque match devient inflammable. Chaque tournoi devient ingouvernable. Or l’Afrique n’a pas besoin d’hommes qui écrasent. Elle a besoin d’institutions qui tiennent. Quand un dirigeant concentre autant de tensions et de ressentiments, il ne renforce pas le football africain. Il l’empoisonne.

Boulet pour les instances continentales.

Lakjaa a cru pouvoir s’abriter derrière une CAF affaiblie et une FIFA obsédée par la stabilité du produit. Mauvais calcul. La CAF de Patrice Motsepe est contestée de toutes parts. La FIFA de Gianni Infantino a perdu sa boussole morale. En s’adossant à ces structures déjà fragiles, Lakjaa n’a pas protégé le système. Il l’a alourdi. Il a accéléré son discrédit. Et quand les institutions prennent l’eau, elles cherchent toujours la même chose. Un corps à larguer pour rester à flot.

Boulet pour le football mondial enfin.

Car rien de ce qui se joue en Afrique ne reste confiné. Chaque dérive locale devient un argument global. Chaque soupçon nourrit la défiance planétaire. Le football africain est déjà traité comme un réservoir de talents et d’audience. La méthode Lakjaa renforce cette réduction. Elle affaiblit la capacité du continent à exiger l’équité qu’on lui refuse depuis trop longtemps.

Le plus grave est là.

Par son obsession du contrôle et sa confusion permanente entre football et rapport de force, Lakjaa a transformé le football marocain en champ de revanche. Les prochaines compétitions ne seront plus seulement des matchs. Elles risquent de devenir des règlements de comptes. Les clubs en paieront le prix. Les joueurs aussi. Les supporters surtout. Ce n’est pas seulement injuste. C’est absurde. En voulant imposer une domination, il a fabriqué un ennemi commun. Et quand un football national devient une vengeance collective, le jeu meurt avant le coup d’envoi.

Les faits ont fini par parler plus fort que les discours. Fouzi Lakjaa est devenu un poids. Un poids pour le royaume et pour le football marocain, exposés malgré leurs qualités sportives réelles. Un poids pour le football africain, pris en otage par des méthodes de domination et de soupçon. Un poids commode, enfin, pour des instances internationales qui préfèrent canaliser la colère vers un visage plutôt que d’assumer leurs propres dérives.

Le sortir du jeu ne serait pas un règlement de comptes. Ce serait un acte d’hygiène. Une respiration nécessaire. Non pas pour tout réparer, mais pour desserrer l’étau. Pour redonner au football marocain une chance d’être jugé sur le terrain. Pour permettre au football africain de retrouver un minimum de confiance. Dans un système asphyxié par la défiance, se débarrasser d’un poids inutile n’est pas une humiliation. C’est une bouffée d’oxygène.

Zaim Gharnati

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Marseille : affrontements lors d’un rassemblement pro‑kurde

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Marche de soutien au peuple kurde réprimé en Syrie et en Turquie.
Marche de soutien au peuple kurde réprimé en Syrie et en Turquie. Crédit photo : DR

Jeudi 22 janvier 2026, Marseille a connu un après-midi électrique. Dans le centre-ville, un rassemblement en soutien au peuple kurde, initialement annoncé comme pacifique, a rapidement dégénéré. Environ 2 500 manifestants avaient répondu à l’appel. Mais ce qui devait être un acte de solidarité s’est transformé en scènes de chaos et de confrontation avec les forces de l’ordre.

Tout a commencé calmement. Des banderoles déployées, quelques drapeaux kurdes flottant dans le vent, des slogans scandés avec conviction. Puis, le ton a changé. Certains manifestants ont commencé à lancer des pierres, tandis que des mortiers d’artifice explosaient au-dessus de la foule, frappant parfois la police. Qui avait intérêt à voir dégénérer une manifestation pacifique ?

Le bruit des sirènes et les éclats lumineux des projectiles ont plongé les rues de Marseille dans une atmosphère tendue, presque irréelle. Les passants se sont réfugiés, certains films amateurs circulant déjà sur les réseaux sociaux, montrant des conteneurs à déchets en feu et des deux-roues incendiés sur les trottoirs. Le mobilier urbain n’a pas été épargné.

Face à cette escalade, les forces de l’ordre ont réagi. Les grenades lacrymogènes ont été utilisées pour disperser les manifestants et reprendre le contrôle de la situation. Le nuage blanc et épais s’est rapidement répandu dans les ruelles, obligeant la foule à reculer. La préfecture a confirmé que dix policiers avaient été légèrement blessés et que deux interpellations avaient eu lieu. La réaction des autorités fut rapide mais mesurée : protéger ceux qui souhaitent manifester pacifiquement, tout en réprimant toute atteinte à l’ordre public.

La scène observée ce jour-là rappelle combien ces rassemblements sont à la fois nécessaires et fragiles. La cause kurde, qui suscite une forte empathie, attire une mobilisation diverse et parfois radicalisée. Et Marseille, ville portuaire et cosmopolite, se retrouve souvent au cœur de cette tension entre engagement citoyen et violences urbaines. Ce mélange d’enthousiasme militant et de défiance envers l’autorité a créé un cocktail explosif, où le moindre incident peut dégénérer.

Alors que le soleil tombait sur le Vieux-Port, les forces de l’ordre ont progressivement repris le contrôle. La majorité des manifestants s’est dispersée, laissant derrière elle des traces visibles de la confrontation : poubelles calcinées, rues encombrées de débris, odeur de gaz lacrymogène persistante. Les images, déjà relayées par les médias et les réseaux sociaux, ont montré un visage de la ville que peu souhaitent voir, mais qui reflète une réalité de plus en plus fréquente dans les grandes villes françaises.

Ce rassemblement rappelle que la solidarité ne se limite pas aux intentions, mais se heurte souvent à la réalité du terrain. À Marseille, le soutien au peuple kurde continue d’être exprimé, mais chaque manifestation pose la question : comment conjuguer engagement et sécurité, empathie et ordre public ? Les réponses restent complexes, entre émotion, mémoire collective et nécessité d’éviter l’escalade.

Mourad Benyahia 

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El Watan sommé de se taire : quand la vérité doit demander une autorisation

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El Watan
El Watan cible du pouvoir.

El Watan est averti : se taire définitivement, devenir une courroie de propagande ou subir les foudres du ministre de la Communication, bras répressif du pouvoir.

Il existe une figure littéraire que le régime algérien manie avec une dextérité remarquable : l’oxymore. On la retrouve, éclatante, dans ce communiqué du ministère de la Communication qui, tout en brandissant l’arsenal répressif de la loi, jure la main sur le cœur son « ferme engagement » envers la liberté de la presse. Pathétique position auquelle personne ne croit en Algérie.

Pourquoi s’en cacher ? Une liberté si louée et revendiquée ne peut raisonnablement s’adjoindre d’avertissements, menaces à peine voilées et rappels disciplinaires à la moindre velléité d’indépendance. Mais on n’est plus dans un Etat qui respecte la presse. Pour lui il n’y a de presse que laudatrice, cireuse de pompes. Ce qui veut clairement dire que l’Algérie est dirigée par un système totalitaire qui ne souffre aucune critique.

Répétons-le aux oublieux. C’est nécessaire pour ceux qui sont enclins à prêter quelque vertu à Tebboune, Chanegriha et leurs télégraphistes. Le quotidien El Watan est donc sommé de rentrer dans le rang pour avoir osé publier une information jugée « trompeuse ». Pourtant une information vraie et vérifiable par tout un chacun. Mais à Alger, les dirigeants ne supportent aucune nuance.

Car qui juge, instruit, condamne ? Les mêmes. Le ministère se fait procureur, le Parlement témoin à charge, la loi instrument, et le journal… accusé avant même d’avoir pu débattre. La procédure est limpide : l’État parle, la presse se tait.

Obéir

Ce qui frappe, ce n’est pas tant l’accusation que la mise en scène. Les références juridiques pleuvent — articles 3, 20, 35, 68, 71 — comme autant de projectiles destinés à rappeler aux journalistes que chaque ligne publiée peut devenir un délit. Le message est clair : l’information n’est tolérée que lorsqu’elle épouse fidèlement la version officielle. La presse doit être la voix de son maitre. On ne lui demande pas de rapporter les faits mais d’obéir. Toute dissonance est une infraction. Toute divergence, une atteinte à « l’intérêt général » — cet intérêt mystérieux que seul le pouvoir semble capable d’interpréter.

Le plus savoureux, ou le plus glaçant, reste ce passage où le ministère condamne un « manquement manifeste à la déontologie ». Voilà donc un régime qui muselle, suspend, ferme et intimide, donnant des leçons d’éthique professionnelle. Un régime qui confond critique et trahison, information et subversion, se pose soudain en gardien de la morale journalistique. Il détient le magistère de la vérité. L’ironie serait délicieuse si elle n’était pas tragique.

Car derrière le vernis administratif se cache une réalité bien connue : la criminalisation progressive du travail de presse. Depuis la loi organique de 2023, le journalisme en Algérie n’est plus un contre-pouvoir, mais une activité sous condition, sous surveillance, sous menace permanente. On ne corrige plus une information par le débat ou le droit de réponse, on la corrige par l’avertissement et la peur.

Et toujours cette rhétorique paternaliste suintant l’hypocrisie et le mensonge : « nous vous faisons confiance », « nous respectons la liberté », « nous n’hésiterons pas à sanctionner ». Traduction : obéissez, ou assumez les conséquences. C’est le langage classique des régimes autoritaires, qui n’interdisent jamais frontalement, mais encadrent si étroitement qu’il ne reste plus d’espace pour respirer.

Le communiqué se conclut par un appel vibrant à « l’intérêt national ». Là encore, une vieille ficelle. L’intérêt national n’est plus ce qui sert les citoyens, mais ce qui protège le récit officiel. Informer devient dangereux dès lors que l’information dérange. Questionner devient suspect. Décrire devient subversif.

En réalité, ce n’est pas seulement El Watan qui est jugé ici. C’est l’idée même qu’un journal puisse encore raconter le pays autrement que par les communiqués ministériels et la propagande éhonté d’un pouvoir qui passe son temps à mentir. Combien de médias disparus sous Tebboune ? Combien de journalistes embastillés ? Combien de citoyens embarqués et condamnés pour leurs opinions ? Assez pour nous rendre à la triste évidence, l’Etat de droit a vécu.

Instrument de propagande

Quand un pouvoir commence à parler de liberté de la presse pour mieux la mâter, c’est qu’il ne la considère déjà plus comme un droit, mais comme une concession révocable. Et quand l’État exige de la presse qu’elle « fasse honneur à ses propriétaires », il avoue sans le vouloir sa vision réelle du journalisme : non pas un service rendu au public, mais une propriété à discipliner. Un médiocre instrument de propagande au seul service des dirigeants.

Enfin, au-delà, disons-le aussi, un clan arabiste diablement autoritaire cultive l’espoir de tuer la presse francophone.

Ce communiqué n’est pas un simple avertissement, c’est une énième condamnation du journalisme à se taire. C’est un aveu. Celui d’un régime qui a peur des mots, des journaux, comme les voleurs de la justice.

Sofiane Ayache

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Persistance des intempéries vendredi sur plusieurs wilayas du pays

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Intervention de la protection civile
La protection civile en intervention. Crédit photo : Protection civile.

Des pluies orageuses, accompagnées de chutes de neige et de vents continueront d’affecter, vendredi, plusieurs wilayas du pays, indique un bulletin météorologique spécial (BMS), émis par l’Office national de météorologie. 

Selon le BMS de niveau de vigilance «jaune», les pluies orageuses concernent les wilayas d’Aïn Temouchent, Sidi Bel-Abbès, Béjaïa, Jijel, Skikda, Annaba, El Tarf, Souk Ahras, Guelma, Constantine, Mila, Sétif, Bordj Bou Arreridj, Batna, Biskra, M’Sila, Djelfa et Laghouat, tandis que les chutes de neige affecteront la wilaya de Batna.

Des vents de sable sont, par ailleurs, prévus sur El Meghaier, El Oued, Touggourt, Ouargla, Ghardaïa, El-Meniâa et In Salah.   

Pour la journée de vendredi, le BMS prévoit des pluies orageuses à Tlemcen, Aïn Temouchent, Sidi Bel-Abbès, Oran, Mascara, Saïda, Mostaganem, Relizane, Tiaret, Chlef, Tissemsilt, Aïn Defla, Médéa, Laghouat, Djelfa, M’Sila, Ouled Djellal, Bouira, Bordj Bou Arreridj, Sétif, Biskra et Batna.

Par ailleurs, des vents souffleront sur Oran, Mostaganem Chlef et Tipasa, note la même source.

Plusieurs interventions de la protection civile

Plusieurs interventions ont été menées dans les wilayas de Relizane, El-Bayadh, Tissemsilt et Tindouf pour porter secours à des personnes, faciliter la circulation routière et procéder au pompage des eaux, suite aux perturbations météorologiques enregistrées, a-t-on appris, mercredi, auprès des services concernés.

A Relizane, un communiqué de la direction de wilaya de la Protection civile a indiqué que les équipes de l’unité principale sont intervenues vers 11h00, mercredi, pour secourir cinq personnes qui étaient encerclées par les eaux à l’intérieur de leur domicile au village d’El-Merainia, relevant de la commune de Belassel- Bouzegza, en raison de la montée du niveau de l’oued Mina.

Les secouristes ont également pris en charge une femme âgée de 75 ans parmi les personnes secourues et l’ont évacuée vers le centre de santé de la même commune.

Les mêmes unités sont intervenues dans la commune de Relizane pour extraire sept personnes bloquées à l’intérieur d’un immeuble au quartier «Résidence Djaâfar»,  suite à l’élévation du niveau des eaux pluviales.

Les services de la Protection civile de la wilaya ont également découvert, au cours des dernières heures, le corps sans vie d’un homme âgé de 60 ans à proximité de l’oued Sfa, dans la commune de Relizane. Ils ont aussi procédé à l’extraction d’un véhicule immobilisé au quartier El Ziraîa- El Kantara El-Hamra, à bord duquel se trouvaient deux personnes.

La montée du niveau de l’oued Sfa a provoqué l’infiltration des eaux dans 50 habitations au quartier Setal, ainsi que dans deux logements au centre-ville, en plus de l’accumulation des eaux et de boue dans plusieurs quartiers, précise le communiqué.

A la commune de Belassel-Bouzegza, un camion avec une personne à bord a également été dégagé après avoir été coincé par les eaux.

Une montée du niveau d’oued Benfahd, dans la commune d’Oued-Djemâa, a engendré l’infiltration des eaux dans une habitation au village agricole.

De même, la montée des eaux de l’oued Mina dans la commune d’El-Matmar a causé des infiltrations dans une maison au village Ouled Zekri, dans la commune de Beni-Zentis, ajoute la même source.

La cellule de crise installée au niveau de la wilaya a mobilisé les moyens de l’ensemble des secteurs, y compris ceux provenant des wilayas limitrophes, afin d’absorber les eaux, évacuer la boue, rouvrir les routes et assister les citoyens, est-il indiqué.

Le wali de Relizane, Kamel Berkane, a effectué, mardi, une sortie de terrain pour s’enquérir de la situation des quartiers ayant connu une élévation du niveau des eaux à la suite des dernières précipitations, selon les services de la wilaya.

A El-Bayadh, les services des travaux publics ont poursuivi leurs interventions sur la route nationale RN 47, au niveau des zones de « Thenia» et du «col de Lagrimi», à la sortie est du chef-lieu de la wilaya, suite aux chutes de neige enregistrées au cours des dernières heures, a indiqué le directeur de wilaya du secteur, Kamel Medahi.

Les moyens humain et matériels nécessaires ont été mobilisés, notamment des chasse-neige, des camions d’épandage de sel et des engins de nivellement, ce qui a permis le rétablissement de la circulation routière dans les deux zones concernées, en plus de l’assistance apportée à de nombreux automobilistes bloqués.

Les services concernés demeurent toutefois en état de vigilance et de disponibilité permanente en cas de nouvelles perturbations météorologiques.

Par ailleurs, les services de la Protection civile, en coordination avec la Gendarmerie nationale, poursuivent leur présence et leur vigilance entre les zones de Thenia et de Lagrimi afin de sécuriser la circulation routière et de garantir la sécurité des citoyens.

A Tissemsilt, les agents de la Protection civile ont effectué, au cours des 48 dernières heures, 18 opérations de pompage des eaux dans plusieurs communes, notamment Lardjem, Sidi-Slimane, Theniet El-Had, Bordj-Bounâama et au chef-lieu de la wilaya, suite aux fortes pluies qui ont touché la région, a indiqué le chargé de communication de la direction de wilaya de ce corps d’intervention, le lieutenant Sid-Ali Benomar.

Il a ajouté que les mêmes services ont procédé à l’ouverture des avaloirs dans plusieurs quartiers et zones d’habitation de la commune de Tissemsilt et à l’évacuation des arbres déracinés par les vents, soulignant que la Protection civile a mobilisé l’ensemble de ses effectifs et de ses moyens matériels pour intervenir et assister les citoyens en cas de besoin.

De son côté, le chef de la cellule de l’information et de la communication de la direction de la Protection civile de la wilaya de Tindouf, le capitaine Abdenacer Moussaoui, a indiqué que ses services ont enregistré, depuis le début du mois de janvier en cours, plusieurs interventions de terrain suite aux précipitations, notamment des opérations de pompage des eaux dans un bureau de poste et deux écoles primaires de la commune d’Oum El-Assel, ainsi que la chute de poteaux et de câbles électriques à la suite de vents violents.

Avec APS

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