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Yennayer 2976 à Marseille : la mémoire amazighe en partage à l’Espace Arena

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Trois chanteurs kabyles à Marseille.
Soirée Yennayer à Marseille le 16 janvier.

Alors que l’année grégorienne vient à peine de s’ouvrir, la communauté amazighe célèbre l’entrée dans l’an 2976 de son calendrier ancestral. Ce vendredi 16 janvier, l’Association Culturelle Amazigh Marseille (ACAM Amazigh) organise à l’Espace Arena (14ᵉ arrondissement) une grande soirée dédiée à Yennayer, le Nouvel An berbère.

Yennayer marque, dans la tradition amazighe, le début du cycle agricole et le renouveau de la terre. Le calendrier amazigh prend pour repère symbolique l’année –950, date associée à l’accession au trône d’Égypte du roi amazigh Sheshonq Ier (Chachnaq). Depuis, ce calendrier traverse les siècles comme une manière de dire la continuité d’un peuple, de sa mémoire et de son rapport à la terre.

À Marseille, ville façonnée par les migrations nord-africaines, Yennayer est devenu un moment de rassemblement collectif, bien au-delà du seul cercle familial. Kabyles, Chaouis et plus largement Amazighs de la diaspora y retrouvent un espace commun où la langue, la musique et les gestes anciens reprennent place dans le présent.

Trois artistes, une même filiation

La soirée réunira trois figures de la scène amazighe contemporaine :

Farid Houamed, voix majeure de la chanson chaouie, connu pour son répertoire festif et populaire ;

Alilou, artiste kabyle de la nouvelle génération, dont les titres fédérateurs font vibrer les scènes communautaires ;

Nesrine, chanteuse à la voix ample, qui navigue entre héritage traditionnel et écriture actuelle.

À travers eux, c’est une même filiation qui se donne à entendre : celle d’une culture transmise par le chant, la fête et la langue.

Une fête ouverte, ancrée dans la ville

La soirée débutera à 20 heures à l’Espace Arena, 32 boulevard Frédéric-Sauvage, Marseille 14ᵉ.

Tarifs : 21 € en prévente, 17 € pour les adhérents, 25 € sur place.

Café, thé, boissons et gâteaux seront proposés, dans l’esprit d’hospitalité qui accompagne traditionnellement Yennayer.

Réservations :

06 63 22 58 64 – 06 67 34 35 52 – 06 52 00 94 78.

Soutenue par plusieurs partenaires culturels et économiques locaux, la soirée s’inscrit dans une dynamique de transmission, mais aussi de visibilité. À Marseille, Yennayer n’est ni une survivance folklorique ni un rituel figé : c’est une mémoire vivante qui continue de s’inventer.

Aseggas amaynou — bonne année 2976.

Djamal Guettala 

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Taghit Sidi Belkheir : un village oublié au cœur des Aurès

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Taghit Sidi Belkheir
Taghit Sidi Belkheir, un village hors du temps. Crédit photo : DR

Perché entre les crêtes escarpées des Aurès, Taghit Sidi Belkheir semble suspendu hors du temps. La poussière des sentiers longeant les maisons de pierre sèche s’élève sous le vent, et le silence, interrompu seulement par le bêlement des chèvres et le cri lointain d’un muezzin, pèse sur ce village où la modernité arrive à pas comptés.

Arriver ici n’est pas une mince affaire. Les routes, quand elles existent, sont étroites et chaotiques, bordées de ravins abrupts qui témoignent de la rudesse du terrain. Les habitants parlent de longues heures pour atteindre Chir, le chef-lieu de la commune, et encore plus pour accéder à Batna, la ville la plus proche dotée d’infrastructures fiables. Chaque déplacement devient une épreuve, surtout pour les enfants et les personnes âgées.

Le village vit dans une sorte d’isolement choisi par la géographie mais imposé par le retard des services publics. Écoles, dispensaires, commerces : tout se compte sur les doigts d’une main. Pourtant, les habitants ne se laissent pas abattre. Les femmes préparent le pain dans des fours traditionnels, les hommes cultivent des parcelles d’orge et de blé, et les enfants courent entre les ruelles en pierre comme si le monde extérieur n’existait pas. Mais le poids de l’isolement se fait sentir. Beaucoup de jeunes rêvent d’un ailleurs plus clément, de déménager à Batna ou même à Alger, pour poursuivre leurs études et trouver un emploi, laissant derrière eux un village dont la population diminue lentement, année après année.

Lors d’une récente visite, plusieurs anciens m’ont raconté la même histoire : celle de leurs ancêtres, des familles qui ont bâti ce village pierre par pierre, et celle de la lente disparition de cette vie communautaire. « Si rien ne change, nos enfants ne verront jamais le Taghit que nous avons connu », confie un vieil homme assis sous l’ombre d’un figuier centenaire.

Les autorités locales, selon les habitants, ont promis des projets de développement, des routes améliorées, et des services publics. Mais les promesses s’égrènent au fil des années, laissant les habitants suspendus à l’espoir, entre résilience et résignation. Le village, malgré tout, garde son âme. Les paysages qui l’entourent — montagnes, vallons et rivières éphémères — témoignent d’une beauté brute et intacte, celle qui fascine tout visiteur qui ose franchir ces chemins oubliés.

Taghit Sidi Belkheir, avec ses maisons de pierre et ses ruelles étroites, n’est pas seulement un village en difficulté. Il est le miroir d’une Algérie rurale oubliée, où la mémoire, la tradition et le quotidien se confrontent aux défis de la modernité. Chaque pierre, chaque pas sur ces chemins de terre raconte l’histoire d’une communauté qui refuse de disparaître, même face à l’oubli.

Et quand le soleil décline derrière les crêtes, illuminant les sommets d’une lumière rougeoyante, le village semble se tenir encore debout, défiant le temps et l’isolement, comme un témoin silencieux des Aurès.

Djamal Guettala

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Baptiste Mollard : « La situation des Algériens en France n’a rien d’un privilège»

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Manifestation contre le racisme en France.
Manifestation contre le racisme en France.

L’extrême droite est parvenue, jeudi 30 octobre 2025, à faire adopter une résolution dénonçant l’accord franco-algérien de 1968. Un événement inédit dans l’histoire de la Ve République, qui actera sans doute – malgré sa valeur symbolique – l’officialisation de l’alliance des droites dites «républicaines» avec un parti dont les fondateurs comptaient notamment un ancien membre de la Waffen-SS et un cadre de l’OAS.

Officiellement, le Parlement consacre les fantasmes des droites extrêmes sur l’immigration algérienne « pour protéger concrètement les Français ».

Ici, la crise du langage apparaît avec une clarté frappante. La simple évocation du signifiant « Algérie » suffit à désinhiber et libérer une parole raciste, désormais exprimée dans une large partie du champ politique français. Du centre à l’extrême droite, en passant par une droite autrefois dite « gaulliste » et une frange de la gauche se réclamant de la « social-démocratie », s’exprime aujourd’hui un profond ressentiment colonial envers le principe d’autodétermination des peuples et envers l’héritage des luttes victorieuses de décolonisation.

Dans les discours ayant pour obsession ce signifiant d’ « Algérie », un accord migratoire largement défavorable aux ressortissants algériens vivant en France est fallacieusement présenté comme un « privilège » accordé à une « caste » d’immigrés qui, affirme-t-on, ne feraient pas suffisamment preuve d’ « amour » ou de « gratitude » envers leur pays d’accueil. La présence d’une Algérienne ou d’un Algérien en France y est dépeinte comme illégitime par principe, presque « criminelle » par nature, et ce en dépit de leur participation active à l’enrichissement de la vie de la cité. Au-delà des Algériens durablement installés en France, ce vote au racisme décomplexé s’accompagne également d’une rhétorique quasi maurassienne qui désigne des millions de binationaux comme de potentiels « ennemis de l’intérieur ».

Pour répondre à ce déluge de « vérités alternatives », le journaliste indépendant Faris Lounis s’est entretenu, pourle Matin d’Algérie, avec Baptiste Mollard, docteur en science politique, chercheur associé au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (Université Versailles–Saint-Quentin, CNRS) et membre de l’Institut Convergence Migrations. Il a rédigé sa thèse à l’émigration algérienne de travail au tournant de l’indépendance.

Le Matin d’Algérie : Pour commencer, pouvez-vous nous présenter brièvement l’accord franco-algérien de 1968 et nous rappeler les circonstances particulières de sa signature ?

Baptiste Mollard : L’accord de main-d’œuvre de 1968 ne peut pas se comprendre en dehors du contexte des décolonisations. Une clause des accords d’Évian (19 mars 1962) garantit une liberté totale de circulation vers la France des Algériens en possession d’une simple carte d’identité. Ce qu’on oublie souvent, c’est que cette clause s’applique aussi aux Français se rendant en Algérie. Peu discutée par les négociateurs, elle prolonge des logiques observées dans d’autres sorties d’empire, comme au Sénégal, au Mali et en Mauritanie (ex-empire français), ou en Inde, au Pakistan, au Nigeria ou au Ghana (Commonwealth britannique). L’Algérie s’en distingue toutefois par ce que plus de 250 000 Algériens vivent déjà en France avant l’indépendance, malgré un accès limité aux seuls détenteurs de cartes d’identité et un contrôle policier et militaire renforcé des mobilités pendant la guerre.  

Cette liberté de circulation issue d’Évian est très vite remise en cause. Dès avril 1963, l’État français impose unilatéralement des contrôles sanitaires censés écarter les hommes inaptes au travail, mais en réalité pilotés par le ministère de l’intérieur, qui s’estime seul habilité à réguler une immigration qui devient sa bête noire. Un « bureau des étrangers à statuts spéciaux » est mis sur pied pour limiter l’immigration d’anciens sujets coloniaux, en parfaite continuité avec des pratiques de l’entre-deux-guerres, quand leur présence était principalement régulée par le « rapatriement », comme l’ont montré les travaux de Vincent Bollenot, Aliénor Cadiot et Hugo Mulonnières. Ce service prolonge aussi la priorité donnée à « l’ordre public » pendant la guerre d’Algérie.

Après un an de mesures unilatérales dérogatoires, un premier accord de main-d’œuvre franco-algérien est signé en avril 1964, rapidement critiqué par Paris en 1965 et dénoncé dès 1966 par Alger. L’État français fixe seul les contingents de travailleurs autorisés à entrer en France, systématiquement en-deçà des besoins économiques réels, algériens ou français. Fatalement, de nombreux Algériens viennent se présenter comme touristes. En réaction, le ministère de l’Intérieur prend de nombreuses mesures unilatérales discriminatoire.

En mars 1965, il distribue une « notice individuelle pour touriste étranger » (Algériens, Maliens, Mauritaniens et Sénégalais). Alors qu’aucun étranger ou presque ne séjourne en France avec un visa, ce document fonctionne comme tel, quinze ans avant la lettre. Il permet de constituer un fichier des « oisifs », expulsables après trois mois passés en France.

Des files d’attente sont également réservées aux Algériens dans les ports et aéroports français, où l’arrivée de touristes est plafonnée à 250 puis 200 par semaine à partir de 1966.

Ce n’est qu’en 1968 qu’un véritable cadre bilatéral est établi, mettant fin au règne des circulaires du ministère de l’intérieur, alors seul maître de la régulation de l’immigration algérienne, par voie d’expulsions et de refoulements à la frontière. De ce point de vue, l’accord de 1968 est venu mettre un terme à un pouvoir arbitraire des forces de police qui nous paraîtrait aujourd’hui totalement exorbitant.

Le Matin d’Algérie : Vous avez soutenu récemment votre thèse de doctorat sur l’encadrement de l’émigration algérienne vers la France entre 1950 et 1970. De quelle manière avez-vous traité cet accord dans le cadre de votre travail de recherche ?

Baptiste Mollard : J’ai documenté les mécanismes de sélection instaurés par l’État algérien pour organiser, sur son propre sol, les départs vers la France. Contrairement à l’idée d’une pleine liberté de circulation après 1962, des responsables algériens réclament une limitation de l’émigration dès l’automne. Les premières mesures datent de mai 1963, avant même l’accord bilatéral de 1964 : délivrance de cartes de travailleurs par un office dédié (l’Office national algérien de la main-d’œuvre, ONAMO), restrictions des départs sous statut touristique (qui doivent présenter une attestation d’emploi en Algérie et déposer un pécule de 100 francs), encadrement accru des proches de travailleurs émigrés… Les contrôles policiers sont également renforcés.

Vis-à-vis de l’ensemble des trois statuts reconnus d’émigrant (travailleurs, touristes, membre de la famille de travailleurs), l’État algérien joue donc un rôle très actif, souvent sous-estimé par les autorités françaises, qui suspectent constamment ses services d’incompétence ou d’opportunisme. Les diplomates algériens doivent alors lier la question migratoire à d’autres dossiers et ne plus participer à certaines rencontres afin de peser dans la négociation. L’accord de 1968 consacre ce travail en autorisant une émigration importante d’Algériens sous un statut de travailleurs, jusque-là minoritaires.

Ce texte entérine un compromis entre le ministère du travail algérien – favorable à une émigration de travail importante et qui pourrait être planifiée – et le ministère de l’intérieur français – qui dès 1962, veut encadrer le séjour des Algériens par un « certificat de résidence ». Ces dispositions sur le séjour restent en vigueur, tandis que celles relatives à l’émigration de travail cessent en 1973.

Depuis, les Algériens sont restés durablement exclus de l’immigration pour motifs professionnels. En 2023, seuls 9% des titres qui leurs ont été délivrés concernaient le travail, contre 30% et 35% pour les Marocains et Tunisiens.

Le Matin d’Algérie : Comment situer l’accord de 1968 par rapport aux politiques françaises encadrant les immigrations européennes à la même époque ?

Baptiste Mollard : Depuis 1945, l’immigration algérienne est considérée comme la moins désirable, loin derrière les immigrations italienne, espagnole et portugaise. Dans les années 1960, les politiques migratoires divergent. Les travailleurs espagnols, qui représentent alors la première communauté étrangère, doivent présenter un contrat signé par un employeur.

Malgré ces conditions restrictives, leurs entrées dépassent régulièrement le chiffre de 70 000 par an, dont deux tiers de travailleurs agricoles saisonniers, c’est-à-dire le double du contingent prévu pour les travailleurs algériens par l’accord de 1968.

Pour les travailleurs portugais, un accord bilatéral qui instaure une immigration de travail sous contrat similaire, signé en 1963, n’a pas été appliqué. Les pouvoirs publics français tolèrent une immigration clandestine très importante, atteignant 900 000 personnes entre 1957 et 1974, dont 140 000 en 1969, comme l’ont montré les travaux de Victor Pereira. Ces chiffres sont, là encore, très nettement supérieurs aux 35 000 travailleurs annuels prévus par de l’accord de 1968.

Le recensement INSEE de 1982 révèle pourtant que les Algériens occupent la première place des communautés étrangères en France, avec plus de 800 000 ressortissants malgré l’arrêt de l’immigration de travail en 1973. Loin de se résumer au seul regroupement familial, cette croissance révèle la dépendance durable du patronat français à cette main-d’œuvre, notamment dans plusieurs secteurs clés (bâtiment, industrie, agriculture).

Typique d’un discours mythique des trente glorieuses, l’idée d’un ajustement harmonieux entre « besoins » français et « excédents » algériens de main-d’œuvre est trompeuse. L’immigration algérienne est régulée sur un plan strictement étatique, par des négociations d’Etat à Etat. Contrairement aux immigrations marocaines et tunisiennes, directement organisées par des entreprises françaises de l’autre côté de la Méditerranée, l’immigration algérienne peut s’autonomiser du marché de l’emploi. Cette situation, voulue par l’Etat français, permet d’utiliser l’immigration comme levier politique dans sa relation avec Alger.

Le Matin d’Algérie : Aujourd’hui, le discours des centristes et des droites dures et extrêmes présente les Algériennes et Algériens comme une caste migratoire au-dessus de tout. Factuellement, existe-t-il un « privilège » migratoire algérien ?

Baptiste Mollard : Des députés comme Éric Ciotti (LR) font comme si l’accord de 1968 s’était appliqué jusqu’à aujourd’hui, or, il est vidé de sa substance dès 1973, lorsque le président Houari Boumediène renonce à l’émigration de travail. Trois avenants sont ensuite signés en 1985, 1994 et 2001, alignant le séjour des Algériens sur le droit commun, souvent plus avantageux. Quelques dispositions dérogatoires subsistent aujourd’hui, plus favorables à une partie des Algériens, mais c’est surtout en raison du durcissement du droit des étrangers ces 25 dernières années.

En dehors des questions liées au séjour, les Algériens subissent de plein fouet les politiques migratoires restrictives : obligation de visa pour les ressortissants hors Schengen (1986), procédures Dublin limitant à une seule demande d’asile dans l’espace Schengen (1990, 2003 et 2013)… Ils sont également les premiers concernés par la baisse des visas délivrés par les consulats français (dès les années 1990), par l’allongement de l’enfermement dans les centres de rétention administratifs (dès 1998), ou encore l’introduction des Obligations de Quitter le Territoire Français (OQTF, 2006).

Le débat actuel a pris des dimensions trop abstraites. L’existence d’un droit au séjour dérogatoire ne suppose rien de son application ! 

L’étude des politiques migratoires montre que les préfectures conservent une marge de manœuvre considérable : plus que toute autre instance en France, elles « font » le droit au séjour. L’idée d’un accès automatique des Algériens à des titres de séjour est illusoire. Beaucoup en obtiennent un à l’issue de recours. Certes, ils sont les seuls étrangers à bénéficier d’un titre – en théorie de plein droit – après dix ans de présence en France. Mais prouver cette présence devant un tribunal, alors même qu’ils sont, de fait, exclus du marché du travail, n’a rien d’un privilège.

Le Matin d’Algérie : L’accord de 1968 relève du droit international et prime sur le droit français. Qu’il s’agisse de Bruno Retailleau, lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, ou encore des forces politiques désormais menées par le Rassemblement national à l’Assemblée nationale, quels effets y aura-t-il à s’emparer unilatéralement d’un tel sujet ?

Baptiste Mollard : Cet accord n’est pas une entrave à notre souveraineté. Il n’est qu’un outil bilatéral de gestion des migrations parmi les 140 recensés en France en 2025, par un rapport d’information déposé le 5 février par les sénateurs Muriel Jourda et Olivier Britz. Il est reconnu par la jurisprudence du Conseil d’Etat. Sa dénonciation unilatérale peut faire l’objet d’un recours devant un tribunal international.

Cette tentation autoritaire dit beaucoup de nos institutions.

Depuis les années 1970, le ministère de l’Intérieur pèse de manière décisive sur les politiques migratoires, au détriment de ministères tels que ceux du travail et des affaires étrangères. Cette dynamique, plus précoce pour l’Algérie, s’est poursuivie jusqu’à ce que Bruno Retailleau s’autorise à lancer un ultimatum à une diplomatie étrangère !

Cette stratégie de la terre brûlée n’est pas à la hauteur des liens commerciaux et humains entre nos deux pays.

Les 18 consulats algériens en France (sur 42 dans le monde) administrent près de 900 0000 Algériens et interviennent dans l’exécution des OQTF. Les conditions institutionnelles sont donc déjà réunies pour la collaboration plus active que souhaite le ministère de l’Intérieur français. Même si l’on accepte de se placer du point de vue de ses services (ce qui n’est pas une mince affaire !), le plus urgent est donc la reprise de la relation diplomatique et la réinstallation des ambassadeurs français et algérien dont les absences, depuis juillet 2024, impactent durablement la coopération, et donc l’exécution des OQTF.

La crise tient aussi à des facteurs plus structurels, liés au poids de l’extrême droite sur le débat public français. 

En Algérie, de nombreuses personnes souhaitant rendre visite à leurs proches en France se voient refuser des visas, malgré de bonnes garanties financières. Pendant ce temps, en France, les responsables qui cèdent à une xénophobie populiste parlent d’un « privilège » ou d’un « droit presque automatique à l’immigration ». L’impasse ne sera pas surmontée sans que l’on adopte un langage commun.

Le Matin d’Algérie : L’extrême droite est parvenue, le jeudi 30 octobre 2025, à faire voter une résolution dénonçant l’accord franco-algérien de 1968. Cet événement inédit de la 5e République a-t-il officialisé l’alliance des droites dites « républicaines » avec le parti cofondé par un ancien Waffen-SS et un cadre d’une organisation criminelle, l’OAS ?


Baptiste Mollard : Cette résolution est très inquiétante. Selon l’exposé des motifs qui la présente, 650 000 Algériens auraient reçu un titre de séjour en 2023… un chiffre aberrant, vingt fois inférieur à la réalité. Il ne faut pas non plus croire les différents responsables du parti Les Républicains sur la nécessité d’une alliance de circonstance et sans conséquence avec l’extrême-droite. Les 63 députés de droite extérieurs au RN qui ont voté ce texte ont aussi adoubé le projet politique du RN. Ils approuvent la notion d’« immigration illégale », plusieurs fois mentionnée et également au cœur de la proposition de loi instaurant un délit de séjour, présentée ce même 30 octobre. Le texte cite aussi le Danemark en exemple, un pays connu pour ses politiques d’accueil restrictives et liberticides (durcissement grave de l’accès à la nationalité, confiscation des biens des immigrés, tentative d’externalisation des demandes d’asile au Rwanda). Ce soutien pousse à l’escalade quelqu’un comme Guillaume Bigot, rapporteur de la résolution, qui envisage, dans une question écrite du 11 février 2025, de bloquer l’aide au développement ou les transferts d’épargne privés pour mettre Alger sous pression.

Cette percée parlementaire reçoit aussi le soutien du centre de l’hémicycle. Le député Charles Rodwell (REN) a en effet publié un rapport, largement repris par le RN, chiffrant le « coût » de l’immigration algérienne à deux milliards d’euros de prestations sociales. Le document ne précise nulle part les calculs qui permettraient d’arriver à une telle estimation. Il ne mentionne pas non plus la contribution des Algériens à la sécurité sociale ou au budget de l’Etat, par les cotisations, les impôts ou les frais de visa. Ses analyses sur l’immigration algérienne ne prennent pas non plus en compte l’exclusion durable du marché du travail qu’a amené l’application de l’accord de 1968 ces dernières décennies. Le plus grave réside sans doute dans l’adhésion implicite de ce texte à une idéologie qui interprète la présence étrangère comme « parasite » : une xénophobie d’Etat qui menace autant l’Etat de droit et l’Etat social que le droit des étrangers dans son ensemble. Il paraît urgent d’accorder un droit de vote aux étrangers résidant en France. Même limité aux élections locales, c’est une manière d’enrayer cette surenchère identitaire, populiste et électoraliste, menée par la droite et l’extrême droite et à laquelle le centre se rallie de fait.

Propos recueillis par Faris Lounis, journaliste indépendant

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Les œufs en France : une pénurie qui dure !

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Plateau d'oeufs
Image par Irina de Pixabay

On ne sait pas trop si l’absence d’œufs sur les étals des supermarchés est liée au mouvement des agriculteurs ou pas.  Toujours est-il que le manque de cet aliment crucial n’est pas sans rappeler la décennie 1980 en Algérie.

Période pendant laquelle, il fallait se lever tôt pour avoir le privilège d’une plaquette de trente œufs et sortir heureux (clin d’œil à Slim et son célèbre croquis montrant un client sortant d’un Souk  El fellah, le graal dans les bras, sourire béant. La légende suit sous la forme d’un personnage truculent : un Algérien heureux. Sacré Slim !) Qui a dit que la France n’avait pas quarante années de retard sur nous ?

Voilà amis Français où mène la politique de l’arrogance et des politiciens qui ne se soucient que de leur propre confort. Gageons que nos députés et ministres ont le privilège d’un petit déjeuner bien achalandé d’œufs au plat et de bon bacon (Mmm). Ce fut le cas chez nous aussi. Chaque fois qu’une pénurie se profilait á l’horizon de nos petites courses, nos officiers furent bien servis, et leurs magasins regorgeaient de produits dont le citoyen ne fait que rêver. 

Si cela continue ainsi, il est à parier que d’autres pénuries de produits de première nécessité ne tarderont pas suivre : beurre, fromages, huile, etc. (ah mon pauvre frenchie ! Non seulement tu n’auras plus d’œufs mais il te manquera l’ingrédient nécessaire pour leur cuisson.) C’est terrible, n’est-ce pas ? C’est ce genre de pénuries qui nous avait éreinté dans la décennie 1980 pour aboutir, en 1988 à la révolte des jeunes.

Je vais vous raconter une anecdote. Un matin, nous avions réunion de laboratoire á 10h. Comme j’habitais à quelques centaines de mètres de mon lieu de travail, à 9h 45, je dodelinais encore dans ma cité avec femme et enfant quand j’aperçois un monsieur avec une plaquette d’oeufs dans les bras. Pas la peine de sortir de Saint Cyr pour deviner qu’il sortait du Souk El fellah du coin.

Malgré les protestations de ma femme, je courre dans l’espoir de sortir “heureux” moi aussi. L’œil rivé sur ma montre, je pénètre rapidement dans cette caverne d’Ali baba, ma femme derrière moi pour me mettre en garde de ne pas rater ma réunion. J’avoue que j’ai eu un moment de flottement, quand devant moi se dessinait le profil de mon chef de Labo. Regarde qui est là, dis-je à mon épouse pour la rassurer et qu’elle arrête de gesticuler. C’est ainsi que pendant quelques jours, nous formions une famille “heureuse”. D’ailleurs qui sait. C’est peut-être le moyen qu’ont trouvé vos gouvernants : celui de vous faire goûter au bonheur simple pour oublier vos malheurs…hehehe ! Pourvu qu’il n’y ai pas de rupture d’huile ou de margarine pendant le ramadan. Les musulmans vont tous peter un câble, Mélenchon avec eux, accusant Macron de vouloir affamer les croyants.

À y regarder de près, il ne serait pas étonnant que ce système de gouvernance par pénuries ait été soufflé à l’oreille de Macron par Tebboune himself. Cela doit faire partie d’un package visant une bonne réconciliation ! Allez savoir !

Ceci dit, il faut savoir utiliser le téléphone arabe chers amis. Unique moyen de repérer les magasins qui offrent encore des œufs sur leurs rayons. Pour rappel, le téléphone arabe est une sorte de bouche à oreille qui se propage au rythme des pénuries ! 

En tous cas si d’aucuns repèrent une chaîne de supermarchés qui n’est pas touchée par ce manque d’œufs, prière de nous le faire savoir. En Algérie, pendant les années Chadli, nous faisions souvent des dizaines de kms pour une trentaine d’œufs ! Quel bonheur de rentrer chez soi, un peu de pitance assurée pour quelques jours !

Kacem Madani

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Tunisie, 14 janvier 2011 – 14 janvier 2025 : 14 ans de fractures et de résistances

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Tunisie, place du 14 janvier.
Tunisie, place du 14 janvier.

Le 14 janvier 2011, la Tunisie renversait Ben Ali. Quatorze ans plus tard, le pays oscille entre espoir démocratique et difficultés quotidiennes. Entre chômage, tensions sociales et centralisation du pouvoir, la jeunesse réclame des réponses.

Les prisons surchargées et les arrestations documentées rappellent que la démocratie reste fragile. Elle est même pour le moment compromise par Kaïs Saied.

1. Bouazizi et le souffle de la révolution

Le 17 décembre 2010, Mohamed Bouazizi, un jeune vendeur ambulant de Sidi Bouzid, s’immole par le feu après que les forces de l’ordre lui ont confisqué sa marchandise et humilié sa dignité. Ce geste désespéré devient l’étincelle qui embrase la Tunisie. Quelques jours plus tard, des manifestations éclatent dans le centre et le sud du pays, rapidement rejointes par la jeunesse des grandes villes. La colère populaire trouve un visage et un nom : Bouazizi.

« Bouazizi n’était pas seulement un symbole, c’était un cri que nous portions tous », se souvient Hichem, jeune informaticien à Tunis, dans la foule du 14 janvier 2011. Son geste traverse les frontières tunisiennes et inspire les révolutions du printemps arabe dans toute la région.

Le 14 janvier 2011, Tunis se réveille sous un mélange d’euphorie et de tension. Les klaxons, les cris et les drapeaux rouges et blancs emplissent l’avenue Habib Bourguiba. À Sfax et Sousse, les scènes sont similaires : joie mêlée d’incertitude et de vigilance. Les semaines suivantes voient l’émergence d’un espace public inédit. Les cafés, les places et les forums en ligne deviennent des lieux de débats permanents. Les partis politiques se multiplient, et la société civile, avec l’UGTT et de nombreux collectifs citoyens, structure le dialogue national.

La nouvelle constitution adoptée en janvier 2014 garantit libertés fondamentales, égalité hommes-femmes et indépendance de la justice. Mais la transition se heurte rapidement à la réalité économique et sociale. Le chômage touche surtout les jeunes diplômés. Youssef, diplômé en droit à Kairouan, résume : « J’ai un diplôme, mais je n’ai pas de travail depuis trois ans. Chaque jour, je me demande si rester ici vaut la peine. »

2. Crises, polarisation et le tournant Kaïs Saïed

Entre 2015 et 2019, la Tunisie est confrontée à des crises multiples. Les attentats du musée du Bardo et de l’hôtel à Sousse font plusieurs dizaines de victimes et révèlent les faiblesses sécuritaires du pays. La polarisation politique s’intensifie : islamistes et laïques s’affrontent sur la scène parlementaire et médiatique. La mise en œuvre de réformes économiques et sociales est lente, et la population commence à douter de l’efficacité des institutions. « On a gagné nos libertés, mais pas notre stabilité », résume Sami, chauffeur de taxi à Tunis.

Les prisons restent un sujet sensible. Selon les statistiques officielles et la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l’homme, le nombre de détenus atteint près de 30 000 en 2018, avec de nombreux cas documentés d’arrestations arbitraires ou préventives. Les conditions restent préoccupantes : surpopulation, hygiène défaillante, soins médicaux insuffisants. Dans la banlieue de Tunis, une mère témoigne : « Mon fils a été arrêté pendant une semaine pour avoir participé à une manifestation pacifique. Nous ne savons même pas de quoi il est accusé. »

L’économie fragile alimente le mécontentement. L’inflation et le chômage persistent, surtout chez les jeunes diplômés. Les secteurs touristiques et d’exportation restent vulnérables. Dans les marchés de Sousse et Sfax, les commerçants racontent leurs pertes et leur incertitude. « Chaque année, on espère que les touristes reviendront, mais rien n’est sûr », explique Walid, propriétaire d’une petite agence de voyage.

En 2019, Kaïs Saïed est élu président. Il symbolise l’espoir d’une rupture avec le blocage politique traditionnel. Mais ce mandat rencontre rapidement des difficultés. Le 25 juillet 2021, il suspend le parlement et concentre les pouvoirs, créant un débat sur l’avenir institutionnel. À Tunis, Amina, étudiante en économie, explique : « On a besoin d’action plus que de débats. Mais je crains que trop de pouvoir concentré ne crée plus de problèmes qu’il n’en résout. »

Depuis ce tournant, les arrestations pour motifs politiques ou contestation continuent d’être documentées. Selon Human Rights Watch et Amnesty International, plusieurs dizaines de manifestants, journalistes et militants ont été détenus pour leur expression ou leur participation à des actions civiques.

3. Prisons, surpopulation et tensions sociales

Depuis la révolution, les prisons tunisiennes restent un symbole des limites de l’État de droit. Selon les données du World Prison Brief et des rapports de la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l’homme, la population carcérale tunisienne atteint environ 33 000 détenus pour une capacité officielle de 17 000 places, soit un taux d’occupation dépassant souvent 150 % à 200 % dans certains établissements.

Cette surcharge entraîne des conditions de vie difficiles : promiscuité extrême, accès limité aux soins médicaux et infrastructures sanitaires insuffisantes. L’Instance nationale pour la prévention de la torture (INPT) et les ONG locales soulignent que la lenteur des procédures judiciaires et l’usage prolongé de la détention provisoire aggravent encore la situation. « Trop de jeunes finissent derrière les barreaux pour des motifs administratifs ou pour avoir exprimé leur opinion pacifiquement », témoigne Amira, juriste à Tunis.

Les arrestations documentées pour des motifs politiques ou civiques ont augmenté depuis le 25 juillet 2021, quand le président Kaïs Saïed a concentré les pouvoirs exécutifs. Human Rights Watch et Amnesty International confirment que plusieurs dizaines de journalistes, avocats, militants et manifestants ont été détenus pour leur engagement ou leurs critiques du pouvoir. Ces arrestations, bien que limitées en nombre, représentent un signal préoccupant sur l’état des libertés fondamentales.

Parmi les groupes les plus vulnérables figurent aussi les personnes LGBTI. Amnesty International rapporte plus de 80 arrestations entre septembre 2024 et janvier 2025 en lien avec l’orientation sexuelle ou l’identité de genre, souvent sur la base de motifs flous. Ces cas soulignent l’importance de la vigilance citoyenne et de l’action des associations pour protéger les droits humains.

Malgré ces tensions, la société civile reste active et mobilisée. Associations, ONG et collectifs citoyens organisent des campagnes de sensibilisation, assurent un suivi juridique et documentent les violations. Ces efforts de résistance à l’oppression en place permettent de maintenir un espace public, malgré la surpopulation carcérale et les arrestations ciblées, garantissant que les voix critiques ne disparaissent pas dans l’ombre des prisons.

En janvier 2025, quatorze ans après la révolution, la Tunisie reste un pays sérieusement ébranlé par le système répressif mis en place par le président Kaïs Saied. Les acquis de 2011 – constitution, libertés, engagement citoyen – sont compromis. Remis en cause. La jeunesse dissidence réclame des réponses concrètes. L’autoritarisme du pouvoir soulève des interrogations institutionnelles, et les prisons restent un symbole des limites de l’État de droit. Les voix de la rue, des étudiants aux commerçants, témoignent d’une population exigeante, consciente des enjeux et attachée à ses droits.

La révolution de 2011 n’est pas un souvenir : elle demeure un fil conducteur, un repère et un avertissement. Mohamed Bouazizi reste le symbole d’une Tunisie qui s’est levée pour sa dignité, et dont les combats pour la justice sociale, la liberté et les droits humains se poursuivent. Entre progrès et défis, mémoire et urgence, liberté et contraintes économiques et judiciaires, la Tunisie de 2025 illustre la complexité d’une transition démocratique. Mais incarne aussi un avenir de tous les possibles.

Mourad Benyahia 

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Épicène, le victorieux ?

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Alger dans les années 1970
Alger dans les années 1970

Il y a des souhaits tant attendus qui font peur lorsqu’on nous annonce leur réalisation imminente. Cela d’autant qu’ils créent une rupture, un bouleversement et la fin d’un passé. 

On nous avait annoncé que les lycées (qui commençaient en 6ème à l’époque) allaient être mixtes. C’est étonnant que cette appréhension qui nous avait envahis alors que le rêve d’enfant existe déjà depuis l’éveil à la vie.

Cela est arrivé au milieu des années 1960, la décision était prise, il y avait une certitude que nous allions passer dans un autre monde. La peur (que nous appellerons plus tard l’appréhension lorsque le temps relativise les choses) était bizarrement dans nos pensées sans qu’il ait été la peine de l’exprimer.

Vous rendez-vous compte, avoir peur de l’arrivée des jeunes filles, avec nous, dans la même classe, nous n’aurions jamais imaginé que cela puisse se produire un jour. Nous allions nous fréquenter dans la même cour de récréation, avoir les mêmes professeurs et les mêmes défis que nous lançait la scolarité.

Cette appréhension marquait bien toute l’ambiguïté de l’époque dans laquelle nous vivions et qui faisait suite aux premières années postindépendance. Il y avait deux mondes parallèles et nous les vivions sans trop nous poser de questions. L’une des définitions de l’enfance est  justement d’être le moment où on ne se pose pas de questions sur la vie. Elle se vit, elle ne se pense pas.

La plupart vivaient d’une manière tout à fait naturelle dans deux mondes parallèles qui étaient séparés d’une ligne de démarcation. L’intérieur était celui du cercle familial, des traditions et même des règles ancestrales, l’extérieur était celui de la vie insouciante de la modernité et sans barrières (ou presque). J’ai eu personnellement la chance que les deux soient à peu près identiques.

Dans le monde extérieur, nous sortions amicalement avec des filles. Nos tentatives de séduction étaient réciproques. Nous rigolions, dansions, allions au cinéma dans ce même esprit qui nous était propre, celui de la sensation d’une normalité.

Pourtant, en ce milieu des années 60’, nous allions nous rendre compte qu’il y avait un territoire qui n’était ni dans un coté ni dans l’autre, c’était un territoire que nous ne connaissions pas, la mixité à l’école (pris dans son sens générique). Voilà pourquoi cette annonce de la mixité en classe nous avait troublés car c’était nouveau alors que nous la connaissions si bien à l’extérieur pour certains et aux deux pour d’autres. 

Et savez-vous par quelle procédure cela s’est passé pour moi au lycée Pasteur (suivant l’internat de bouisseville puis le précédent) ? Ce sont les élèves du lycée Pascal, un lycée de fille, qui sont venues étudier avec nous.

Un génial professeur de français nous avait expliqué, à l’annonce de la venue des élèves du lycée Pascal, ce qu’était un nom « épicène », c’est-à-dire qui se prononce et s’écrit de la même manière, avec parfois une terminaison différente, pour les garçons comme pour les filles. 

Pascal était de ceux-là puisqu’il avait une dérivation féminine en Pascale nous avait-il expliqué en rajoutant « Quel extraordinaire clin d’œil à la mixité naissante ! »

Ce jour-là il avait certainement des absents. Ils n’avaient jamais franchi la barrière et nous allions plus tard comprendre ce qu’est une terrible frustration qui mène vers la rage liberticide.

Épicène avait gagné une bataille, pas la guerre !

Boumediene Sid Lakhdar

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CAN 2025–2026 : le Maroc se qualifie vaillamment en finale face au Nigeria

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Le Maroc qualifié en finale de la CAN face au Nigeria.
El Kaabi et le Maroc qualifiés en finale de la CAN face au Nigeria.

Le Maroc est au rendez-vous de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations. Hôte du tournoi, le pays a arraché sa qualification dans une demi-finale tendue et haletante face au Nigeria. 0‑0 après 120 minutes, et les Lions de l’Atlas se sont imposés 4‑2 aux tirs au but, grâce au penalty décisif de Youssef En‑Nesyri.

Longue, très longue a été cette nuit de victoire pour les Lions de l’Atlas qui ont montré des qualités techniques indéniables malgré de nombreux ratés au finish.

Dès l’entame, la rencontre a été un vrai bras de fer. Le Nigeria, réputé pour sa puissance offensive, a buté sur une défense marocaine solide et parfaitement organisée. Les Super Eagles ont multiplié les frappes imprécises, incapables de trouver la faille. Le Maroc, patient et méthodique, a fait preuve de maîtrise collective et d’une solidité mentale remarquable, attendant le moment clé pour faire la différence… aux tirs au but.

La séance de penalties a tourné à l’avantage des Lions de l’Atlas. Yassine Bounou s’est illustré par plusieurs arrêts décisifs, tandis qu’En‑Nesyri a transformé le tir victorieux. L’explosion de joie dans les tribunes de Rabat a été instantanée : chants, cris et drapeaux flottant dans la nuit pour célébrer cette qualification historique.

Dimanche, le Maroc affrontera le Sénégal en finale. Deux équipes ambitieuses, prêtes à en découdre pour le titre continental. Pour le Maroc, c’est la chance d’écrire une nouvelle page de son histoire footballistique et de décrocher un sacre à domicile. Pour le Nigeria, c’est la frustration : une équipe talentueuse qui s’incline face à la discipline tactique et à la détermination de l’adversaire.

Cette victoire confirme la force collective du Maroc, sa maîtrise sous pression et la capacité de ses joueurs à se transcender dans les moments cruciaux. Les Lions de l’Atlas sont prêts à rugir une dernière fois, dimanche, pour offrir à leur public un triomphe attendu depuis plus de vingt ans.

Djamal Guettala 

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Tunisie : la journaliste Shadha El Hadj Mbarek libérée

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La journaliste Shadha El Hadj Mbarek
La journaliste Shadha El Hadj Mbarek retrouve la liberté. Crédit photo : DR

Après trois années de détention, la journaliste tunisienne Shadha El Hadj Mbarek a retrouvé sa liberté ce mercredi 14 janvier 2026. La cour d’appel a révisé son jugement initial et suspendu le reste de la peine, lui permettant de sortir de prison et de bénéficier des soins médicaux dont elle avait besoin.

Shadha El Hadj Mbarek était détenue dans le cadre de l’affaire Instalingo, une procédure judiciaire concernant une société tunisienne de production numérique. Plusieurs journalistes et collaborateurs de cette entreprise avaient été poursuivis dans ce dossier depuis 2021. Sa peine initiale de cinq ans, prononcée en février 2025, a été confirmée par différents médias tunisiens et internationaux, dont Shorouk News, Arabesque et Al Jazeera.

Cette libération met fin à une longue période de détention, qui avait retenu l’attention des confrères et des médias. Depuis l’annonce du verdict en première instance, Shadha El Hadj Mbarek était au centre de l’actualité tunisienne. Les articles soulignent aujourd’hui que sa sortie ouvre la possibilité de soins médicaux et de suivi, après des années passées derrière les barreaux.

L’affaire Instalingo a largement marqué le paysage médiatique du pays. Elle a impliqué plusieurs journalistes et professionnels du numérique, et a donné lieu à des procédures judiciaires suivies de près par les médias et les observateurs internationaux. La libération de Shadha El Hadj Mbarek est donc un moment factuel important : elle sort libre, selon les décisions confirmées par les tribunaux, tout en retrouvant la possibilité de prendre soin de sa santé.

Shadha El Hadj Mbarek retrouve ainsi sa liberté après trois ans de prison, mais l’affaire Instalingo reste suivie de près par la presse et les institutions. La sortie de prison de la journaliste rappelle qu’au cœur des dossiers judiciaires se trouvent des personnes dont les droits et la santé doivent être respectés. Mais dans la Tunisie de Kaïs Saied, les libertés sont mises entre parenthèses pour les besoins de l’autoritarisme .

Shadha El Hadj Mbarek pourra désormais se soigner, reprendre contact avec son entourage et retrouver progressivement une vie normale. Si l’affaire Instalingo continue de nourrir les débats dans le pays, ce mercredi reste avant tout le jour où une journaliste a retrouvé sa liberté et la possibilité de se soigner après trois ans derrière les barreaux.

Mourad Benyahia 

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CAN 2025 : le Sénégal écarte l’Égypte et s’ouvre la porte de la finale

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L'équipe du Sénégal
Le Sénégal en finale de la CAN 2025

Le Sénégal a écrit, ce mercredi soir, une page de plus dans sa quête continentale. Face à l’Égypte, géant historique de la Coupe d’Afrique, les Lions de la Teranga se sont imposés 1-0 au terme d’une demi-finale fermée, tendue, presque étouffante. Un but de Sadio Mané a suffi. Un but, mais un but qui pèse une finale.

Ce n’était pas un match pour les esthètes. C’était un duel de nerfs, d’organisation, de patience. Deux équipes qui se connaissent trop, deux nations marquées par leurs affrontements récents, leurs blessures, leurs désirs de revanche. L’Égypte a verrouillé, le Sénégal a insisté. Longtemps, rien n’a voulu céder. Peu d’espaces, peu de risques, beaucoup de calculs.

Les Pharaons, emmenés par un Mohamed Salah étroitement surveillé, ont joué la prudence. Bloc bas, lignes compactes, transitions rares. Leur ambition semblait claire : survivre, user l’adversaire, attendre l’erreur. Le Sénégal, lui, a porté le jeu. Il a tenu le ballon, tenté de déplacer le rideau égyptien, mais sans se découvrir. Comme si chaque passe savait que le moindre faux pas pouvait être fatal.

Puis il y a eu cette minute, la 78e. Celle où un match fermé bascule parfois sur un détail. Un ballon mal repoussé, une hésitation, et Sadio Mané, dans ce rôle qu’il connaît trop bien, surgit. Une frappe sèche, sans emphase, mais imparable. Le genre de geste qui ne demande pas d’explication. Le Sénégal venait de faire ce que l’Égypte n’avait pas réussi : frapper au bon moment.

Derrière, il a fallu tenir. Résister aux dernières poussées égyptiennes, même timides. Gérer la tension, le temps, les corps fatigués. Les Lions l’ont fait avec cette maturité qui distingue les équipes qui savent où elles vont. Sans panique. Sans tricher.

Pour l’Égypte, l’élimination a un goût amer. Le palmarès, l’histoire, les sept titres, tout cela ne pèse rien quand le présent vous échappe. Salah a lutté, mais seul, ou presque. Les Pharaons quittent la scène sans avoir réellement imposé leur loi.

Le Sénégal, lui, avance. Après avoir écarté le Mali en quart, il élimine l’Égypte en demi-finale. Deux victoires, deux fois 1-0. Deux matchs de maîtrise plus que de démonstration. C’est peut-être cela, aujourd’hui, la marque des équipes qui vont loin : savoir gagner sans briller.

Une finale attend désormais les Lions de la Teranga. Qu’elle soit contre le Maroc ou le Nigeria, elle portera une promesse : celle d’un football africain qui se joue autant dans la tête que dans les jambes. À Tanger, le Sénégal n’a pas seulement gagné un match. Il a gagné le droit de rêver encore.

Djamal Guettala 

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Le FFS annonce un colloque sur Hocine Aït Ahmed

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Hocine Aït Ahmed.
L'ère de Hocine Aït Ahmed et de cette opposition populaire est révolue.

Le Front des forces socialistes (FFS) a annoncé l’organisation d’un colloque international consacré à Hocine Aït Ahmed, figure majeure du mouvement national et fondateur du parti. La rencontre se tiendra les 17 et 18 janvier à l’École supérieure d’hôtellerie et restauration d’Alger (ESHRA), située à Aïn Benian, selon un programme articulé autour de plusieurs axes historiques, politiques et intellectuels.

Dans son communiqué, le Front des forces socialistes indique que ce colloque vise à proposer une analyse approfondie du parcours de Hocine Aït Ahmed, depuis son engagement précoce dans le mouvement national jusqu’à son combat politique et intellectuel après l’indépendance. Les travaux réuniront des historiens, universitaires, chercheurs et acteurs politiques algériens et étrangers.

Un programme structuré sur deux journées

La première journée, samedi 17 janvier, débutera par une session d’ouverture marquée par une conférence inaugurale de Mustapha Ben Jaâfar, président d’honneur de l’Internationale socialiste, intitulée « Hocine Aït Ahmed : Résistant, diplomate et promoteur de la démocratie ».

Les débats se poursuivront avec une première session consacrée à l’émergence de Hocine Aït Ahmed comme leader du mouvement national. Plusieurs communications aborderont son enfance et sa formation politique, son rôle après les événements du 8 mai 1945, sa pensée révolutionnaire au sein de l’Organisation spéciale, ainsi que ses positions lors de la crise de 1949. D’autres interventions porteront sur sa place dans le récit national, son engagement en faveur des droits humains et son parcours militant.

La journée de samedi sera également marquée par une cérémonie de baptisation du siège national du FFS, à El Mouradia, qui portera désormais le nom de Hocine Aït Ahmed.

La deuxième journée, dimanche 18 janvier, sera consacrée à deux autres axes majeurs. La session du matin portera sur le passage de la lutte anticoloniale au combat démocratique, avec des communications sur l’action diplomatique de Hocine Aït Ahmed, son ancrage maghrébin, ses positions durant son emprisonnement et son rôle dans la création du FFS et la vie politique postcoloniale.

L’après-midi sera dédiée à la dimension intellectuelle de son engagement. Les interventions traiteront notamment de la question de l’identité, du pluralisme culturel, de la construction de la personnalité algérienne et de la réflexion de Hocine Aït Ahmed sur les libertés et les droits des peuples, en particulier en Afrique.

Le colloque s’achèvera par une conférence de clôture animée par Mustafa Barghouthi, secrétaire général de l’Initiative nationale palestinienne, consacrée à la portée internationale du parcours de Hocine Aït Ahmed et à son éclairage sur les luttes des peuples pour l’autodétermination.

À travers ce programme dense, le FFS entend proposer un cadre d’analyse et de mise en perspective historique autour d’une figure dont le parcours continue de susciter réflexions et analyses dans l’Algérie contemporaine.

En marge de cette rencontre académique, le FFS procédera, le samedi 17 janvier en fin d’après-midi, à la baptisation de son siège national, situé à El Mouradia, au nom de Hocine Aït Ahmed. Ce geste symbolique vise, selon le parti, à inscrire durablement la mémoire de son fondateur dans l’histoire politique nationale.

La rédaction

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