Le peuple iranien se soulève contre le régime des mollahs. Crédit photo : DR
L’Iran est en pleine crise. Au douzième jour consécutif, des milliers de manifestants ont encore envahi les avenues de Téhéran et de nombreuses villes du pays, malgré une coupure totale d’Internet et des communications téléphoniques, imposée par les autorités pour étouffer l’information et isoler la contestation.
Depuis jeudi soir, le pays est quasiment déconnecté du monde. L’ONG de surveillance NetBlocks a confirmé que la connectivité nationale était tombée à environ 1 % de son niveau normal, signe d’un black‑out numérique généralisé destiné à perturber la coordination des protestataires et la couverture médiatique extérieure.
Les protestations, parties fin décembre d’une réaction contre l’inflation galopante, la chute du rial et la détérioration du pouvoir d’achat, ont rapidement gagné l’ampleur d’un rejet ouvert du système politique iranien. Des vidéos vérifiées montrent des foules scandant « Mort au dictateur » et « Mort à la République islamique », défiant les forces de sécurité même dans les zones où les communications sont coupées.
À la télévision d’État, le guide suprême Ali Khamenei a répondu par un discours sans concession. Il a qualifié les manifestations de « vandalisme » et accusé des influences étrangères, y compris des États‑Unis, de manipuler le mouvement pour servir leurs objectifs. Dans une tirade marquée par la défiance, il a déclaré que la République islamique ne « reculerait pas » face aux protestataires et qu’elle ne tolérerait pas ce qu’il considère comme des actes de “sabotages ».
La répression est aujourd’hui sans ambiguïté : les autorités promettent des peines sévères pour les manifestants impliqués dans des violences, tandis que des organisations de défense des droits humains rapportent des dizaines de morts et des milliers d’arrestations depuis le début des manifestations. Les chiffres exacts restent difficiles à vérifier du fait du blackout, mais les bilans compilés par des groupes indépendants évoquent plus de 50 victimes mortelles au moins.
Dans les rues, des scènes de tension se multiplient : incendies de véhicules publics, barrages improvisés, affrontements sporadiques avec les forces de sécurité et chants contre les dirigeants. Le mouvement s’est étendu à toutes les provinces, transformant un mécontentement économique initial en une vague de contestation politique qui met le régime face à son plus grave défi depuis plusieurs
À l’étranger, la communauté internationale observe et réagit. L’Union européenne a dénoncé l’usage excessif de la force contre les manifestants et condamné la suppression de l’accès à Internet, qualifiant cette mesure de signe d’un régime qui « craint son peuple ». Les appels à garantir le droit à l’information et au rassemblement pacifique se multiplient dans les capitales occidentales.
Ce vendredi noir pour les communications en Iran — Internet coupé, rues en feu, autorités et manifestants face à face — pourrait marquer un tournant. Les fissures politiques profondes, alimentées par la crise économique et la frustration sociale, risquent de devenir structurelles si le régime persiste dans la répression et la censure… ou si la rue refuse de s’éteindre.
Le 8 janvier 2026, un convoi maritime transportant 3 000 autobus produits par le constructeur chinois Higer a quitté la Chine à destination de l’Algérie. Cette livraison d’envergure s’inscrit dans le cadre des relations commerciales croissantes entre les deux pays, notamment dans le secteur des infrastructures et du transport public.
Selon le communiqué de l’entreprise, cette expédition constitue une étape significative dans la stratégie d’expansion internationale de Higer. Elle illustre également l’importance du marché algérien, considéré par le constructeur comme un débouché stratégique pour ses produits. L’Algérie figure depuis plusieurs années parmi les principaux partenaires africains de la Chine dans les domaines industriels et logistiques.
La commande de 3 000 autobus intervient dans un contexte où les autorités algériennes cherchent à moderniser et à renforcer les réseaux de transport collectif, en particulier dans les grandes agglomérations. Le recours à des fournisseurs chinois, déjà bien implantés dans le pays, s’explique à la fois par des considérations de coûts, de capacités de production et par des relations bilatérales consolidées.
De son côté, Higer met en avant son ambition de proposer des solutions adaptées au développement du transport public à l’échelle internationale. L’entreprise souligne son engagement à accompagner les politiques de mobilité dans différents pays, en s’appuyant sur l’expérience acquise sur les marchés asiatiques, africains et moyen-orientaux.
L’arrivée prochaine de cette flotte de bus en Algérie s’inscrit dans le prolongement des décisions prises par les autorités pour accélérer la modernisation du parc national de transport public de voyageurs. Cette orientation fait notamment suite à l’accident survenu durant l’été dernier, lorsqu’un autobus surchargé a chuté d’un pont longeant Oued El Harrach, causant la mort de plus d’une vingtaine de personnes. Ce drame a mis en lumière l’état de vétusté d’une partie du parc roulant et les défaillances structurelles du secteur. En réponse, les pouvoirs publics ont engagé une série de mesures, parmi lesquelles figure l’acquisition de nouveaux autobus, afin de renouveler les flottes existantes et de renforcer les conditions de sécurité dans le transport collectif. Restera la question de la pièce détachée : y a-t-il eu une prévision de la pièce de rechange pour ce parc de cars ?
Rabat vibrait vendredi soir. Le Stade Prince Moulay Abdellah était plein à craquer, porté par l’espoir de voir les Lions de l’Atlas aller plus loin dans cette CAN 2025. Et le Maroc n’a pas déçu. Face à un Cameroun courageux mais trop discret offensivement, les hommes de Walid Regragui ont imposé leur rythme et leur maîtrise technique pour s’imposer 2‑0 et se qualifier pour les demi‑finales.
Le premier but est venu à la 26ᵉ minute. Brahim Díaz, précis et opportuniste, a repris de la tête un corner parfaitement travaillé, envoyant le ballon au fond des filets et déclenchant l’explosion de joie dans les tribunes. Ce but a marqué le tournant de la rencontre : le Maroc s’installe, contrôle le jeu et étouffe peu à peu les velléités camerounaises.
Le Cameroun, fort de son expérience continentale, a tenté de répondre, mais ses rares offensives se sont heurtées à une défense marocaine solide et à un milieu de terrain discipliné. Chaque contre était neutralisé, chaque ballon récupéré avec intelligence. Le Maroc ne laissait rien au hasard.
Le second acte a scellé le sort du match. À la 74ᵉ minute, Ismaël Saibari a inscrit le deuxième but, concluant une action collective bien construite et une récupération haute du ballon. La route vers la victoire était désormais tracée. Le public marocain pouvait exulter : le pays hôte filait en demi‑finales, porté par l’efficacité et la cohésion de son équipe.
La performance du Maroc a été l’illustration parfaite d’une équipe à la fois solide défensivement et efficace offensivement. Chaque joueur semblait connaître sa mission, chaque mouvement était réfléchi. Cette victoire, construite sur la discipline, l’expérience et le talent, place le Maroc parmi les favoris pour le titre et confirme que la CAN 2025 n’a pas encore livré tous ses secrets.
Le Cameroun quitte le tournoi avec des regrets, incapable de trouver la faille dans une défense marocaine inspirée. Le Maroc, lui, poursuit sa route, galvanisé par son public et l’élan d’un pays qui rêve d’un sacre continental devant ses supporters. La demi‑finale s’annonce intense et promet d’être l’une des grandes affiches de cette CAN.
L’écrivain franco-algérien Boualem Sansal a officiellement déposé sa candidature à l’Académie française pour occuper le fauteuil laissé vacant par Jean-Denis Bredin, selon une information du quotidien Le Figaro.
L’élection, prévue le 29 janvier 2026, marquera une nouvelle tentative pour pourvoir le fauteuil numéro 3, après un précédent scrutin infructueux en décembre dernier, selon Le Figaro qui précise que la lettre de candidature a été adressée e jeudi 8 janvier, à 16 h30, date limite du dépôt des dossiers, au secrétaire perpétuel de l’Académie, Amin Maalouf. Récemment libéré après une année d’emprisonnement en Algérie, Boualem Sansal apparaît comme le favori naturel de ce scrutin. Il bénéficie d’une attention toute particulière de la part des médias français. Assia Djebar est la première Algérienne écrivaine à entrer à l’Académie française.
Une liste de candidats étoffée
Le quotidien français rapporte qu’outre Boualem Sansal, plusieurs autres postulants ont fait acte de candidature pour ce siège :
Dépôts de dernière minute : Yves-Denis Delaporte, Jean-Yves Gerlat, Philippe Leuckx et Olivier Mathieu.
Candidatures antérieures : Pascale Cossart, Isaline Remy et Eduardo Pisani. Le 11 décembre 2024, un premier scrutin n’avait pas permis d’élire de successeur, faute de majorité absolue pour les candidats en lice.
L’élection de Boualem Sansal, prix du roman de l’Académie française en 2015 pour 2084 : la fin du monde, marquerait une reconnaissance de son œuvre et de son engagement pour la liberté d’expression.
Le résultat du vote sera proclamé à l’issue de la séance du jeudi 29 janvier.
Le Forum social Maghreb suit avec une vive inquiétude l’escalade de la répression politique en Tunisie, caractérisée par l’emprisonnement de dirigeants politiques, de journalistes, d’avocats, de syndicalistes et de militants de la société civile. Il suit également la détérioration de l’état de santé de plusieurs prisonniers politiques et prisonniers d’opinion dans les prisons tunisiennes, notamment l’avocat et militant des droits humains Ayachi Hammami, l’ancien juge administratif Ahmed Souab et la journaliste Chadha Hadj Mbarek, leur détention prolongée constituant une menace directe pour leur droit à la vie et à la sécurité physique.
Le Forum Social Maghreb exprime sa profonde inquiétude concernant l’état de santé critique de l’avocat et prisonnier politique Ayachi Hammami, qui observe une grève de la faim depuis 37 jours dans sa cellule pour protester contre la décision injuste de son appel le condamnant à cinq ans de prison. Cette grève a entraîné une grave détérioration de son état de santé et met sa vie en danger.
Le Forum Social Maghreb suit avec une vive inquiétude la grave détérioration de l’état de santé de l’ancien juge administratif et prisonnier d’opinion, le professeur Ahmed Souab, détenu à la prison de Mornaguia. Souffrant d’une maladie cardiaque, son état de santé est devenu critique et nécessite des soins médicaux urgents hors de la prison. Malgré les risques sérieux pour sa sécurité et sa vie, son droit aux soins lui est refusé.
Le Forum social Maghreb exprime également sa profonde préoccupation concernant la situation de la journaliste Chadha Hadj Mbarek, condamnée à cinq ans de prison et qui souffre de deux tumeurs malignes détectées durant sa détention. Elle est victime de négligence médicale et d’un retard important dans le diagnostic et le suivi, elle a un besoin urgent de soins et d’examens médicaux spécialisés hors de la prison afin de garantir son droit à la vie et aux soins.
Le Forum social du Maghreb, tout en tirant la sonnette d’alarme, tient les autorités tunisiennes pleinement responsables de la protection de la vie et de la sécurité d’Ayachi Hammami, d’Ahmed Souab et de Shadha Haj Mbarek, de la garantie de leur bien-être physique et psychologique et du respect de leur droit à la santé et aux soins. Le maintien en détention de ces personnes dans un état de santé aussi critique constitue une violation grave du droit à la vie et à l’intégrité physique, ainsi qu’une infraction manifeste à la Constitution tunisienne et aux conventions et traités internationaux ratifiés, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques.
Par conséquent, le Forum Social Maghreb exige de toute urgence :
• La libération immédiate et inconditionnelle d’Ayachi Hammami, la garantie qu’il reçoive tous les soins médicaux nécessaires et la mise en cause pleine et entière des autorités quant à sa sécurité.
• La fourniture à Ahmed Souab de soins médicaux immédiats et urgents hors de la prison et mettre fin aux dangers qui pèsent sur son droit à la vie.
• La libération de Chadha Haj Mbarek ou, à tout le moins, l’accès inconditionnel à des soins médicaux et à un suivi médical hors de la prison.
• Le respect du droit à la santé, de la présomption d’innocence et des garanties d’un procès équitable, ainsi que la fin de la criminalisation des droits humains et du travail journalistique et la cessation des attaques contre les voix indépendantes.
• Le Forum affirme que ceux qui persistent à maintenir ces détenus en détention malgré leur état de santé critique portent l’entière responsabilité des préjudices qu’ils pourraient subir.
La liberté des détenus… et le droit à la vie sont non négociables.
Le Sénégal est le premier qualifié pour les demi-finales de la CAN 2025 après sa victoire 1‑0 contre le Mali, vendredi, au Grand Stade de Tanger. Le seul but de la rencontre a été inscrit par Iliman Ndiaye à la 27ᵉ minute, qui a profité d’une erreur du gardien malien Djigui Diarra pour ouvrir le score.
Le tournant du match est survenu juste avant la pause, lorsque Yves Bissouma a été expulsé à la 45+3ᵉ minute après un second carton jaune. Le Mali s’est retrouvé à dix pour toute la seconde période, ce qui a considérablement limité ses possibilités de revenir au score.
En infériorité numérique, les Aigles du Mali ont tenté de résister, mais la maîtrise du Sénégal et sa solidité défensive ont rendu toute réaction vaine. Cette victoire confirme la régularité des Lions de la Téranga dans les grandes phases finales de la CAN et leur capacité à profiter des moments clés.
Le Sénégal attend désormais son adversaire pour les demi-finales, issu du match Égypte – Côte d’Ivoire. Cette qualification renforce leur position parmi les favoris du tournoi et illustre une fois de plus que discipline et concentration sont déterminantes dans les grandes compétitions africaines.
La polémique ouverte par une chronique de Kamel Daoud sur Frantz Fanon continue de susciter de vives réactions. Dans une déclaration rendue publique le 6 janvier 2026, Olivier Fanon, fils du penseur anticolonialiste, livre une mise au point ferme, mêlant rappel historique et critique politique, révélatrice des tensions persistantes autour de l’héritage fanonien.
À l’orée de l’année 2026, qui marque la clôture du centenaire de la naissance du militant anticolonial, Frantz Fanon, la figure du psychiatre martiniquais engagé aux côtés de la révolution algérienne revient au cœur du débat intellectuel. En cause : une chronique récente de Kamel Daoud, perçue par Olivier Fanon comme une remise en question récurrente, voire obsessionnelle, des choix politiques et existentiels de son père.
Dans un texte au ton volontairement incisif, Olivier Fanon dénonce ce qu’il qualifie de « catharsis » intellectuelle, reprochant à l’écrivain de multiplier les interrogations sur l’engagement de Frantz Fanon auprès du Front de libération nationale (FLN), sa rupture avec le colonialisme français et son inhumation en Algérie indépendante. Des faits que le fils du penseur rappelle comme relevant de décisions personnelles, assumées jusqu’à la fin de sa vie.
Un rappel historique et symbolique
Olivier Fanon insiste sur un point précis : son père, connu sous le nom de guerre d’Omar Ibrahim Fanon, a vu son décès officiellement enregistré sous cette identité aux États-Unis, à Bethesda. Un détail qui, selon lui, n’est pas anecdotique mais témoigne de l’inscription pleine et entière de Frantz Fanon dans le combat anticolonial algérien.
Il rappelle également que la sépulture de Fanon se trouve à Aïn Kerma, en Algérie, dans un cimetière réservé aux moudjahidine. Un lieu hautement symbolique, qu’il oppose à ce qu’il perçoit comme une lecture détachée, voire décontextualisée, de l’œuvre et du parcours fanoniens. À travers cette précision, Olivier Fanon entend réaffirmer la centralité de l’Algérie dans l’itinéraire politique et intellectuel de son père.
La critique se fait plus sévère lorsque le fils de Frantz Fanon évoque le déplacement de Kamel Daoud en Martinique, sur les traces de son père. Selon lui, cette démarche relève davantage d’un parcours touristique que d’une véritable compréhension historique. Il rappelle que Martinique demeure un département français, estimant dès lors illusoire d’y attendre une reconnaissance officielle comparable à celle accordée à Fanon en Algérie.
À ses yeux, cette confusion illustre un malentendu plus profond : celui d’une lecture postcoloniale qui ferait abstraction des rapports de domination toujours à l’œuvre et des choix radicaux opérés par Fanon dans un contexte de lutte armée et de décolonisation.
Mémoire, respect et fractures contemporaines
Au-delà de la polémique personnelle, la déclaration d’Olivier Fanon soulève une question plus large : celle de la gestion contemporaine de la mémoire anticoloniale. En appelant au « respect » et à la « pudeur » envers les morts, il oppose une mémoire incarnée, vécue et familiale, à ce qu’il considère comme une instrumentalisation médiatique ou idéologique.
Cette prise de position met en lumière les fractures persistantes au sein du débat intellectuel algérien et franco-algérien : entre héritage révolutionnaire, relectures critiques et tensions identitaires. Frantz Fanon, figure mondiale de la pensée anticoloniale, continue ainsi, plusieurs décennies après sa mort, de cristalliser des visions irréconciliables de l’histoire, de la France et de l’Algérie.
Nicolas Maduro enlevé par l'armée américaine du Venezuela.
Imaginez un instant le fantôme de Simón Bolívar errant dans les rues de Caracas, témoin muet d’un renversement du sens de l’histoire, le libérateur de 1813 contemplant l’extraction du dirigeant qui se proclame son héritier, emporté par une puissance étrangère.
La scène dépasse la provocation symbolique. Elle dit la dissonance d’une époque où l’indépendance, conquise au nom de la souveraineté des peuples, se voit réinterprétée à l’aune d’une doctrine de domination qui se dispense des formes. Ce n’est plus seulement une transgression ; c’est le retour d’un impérialisme qui se drape dans les habits du droit pour mieux fragiliser l’architecture normative qu’il prétend défendre. Comme l’avait pressenti Hannah Arendt dans Les Origines du totalitarisme, la banalisation de l’exception finit par transformer la violence en routine administrative — et la routine en horizon politique.
L’extraction du président vénézuélien Nicolás Maduro décrite par Donald Trump, appartient à cette catégorie rare d’événements qui comptent moins par ce qu’ils font que par ce qu’ils autorisent à penser. En rebaptisant la force en droit, les grandes puissances ne se contentent pas d’agir, elles réécrivent la grammaire de l’ordre international. Ce texte interroge ainsi un monde qui apprend à vivre sans l’illusion de l’égalité souveraine, où les hiérarchies s’exercent à visage découvert, et où la puissance cesse de se contenir par les règles pour s’autoriser d’elles. Quand cette frontière se déplace, ce ne sont pas seulement des dirigeants qui tombent, ni des régimes qui changent, ce sont les cartes mentales du monde — et les limites du pensable — qui se redessinent.
Le basculement d’époque
Parler d’« arrestation » pour qualifier l’extraction de Nicolás Maduro hors du Venezuela par les États-Unis n’est pas une simple facilité de langage. Les mots tracent des frontières. Nommer « arrestation » une opération menée sans juridiction locale, sans coopération judiciaire, sans extradition, c’est brouiller la ligne entre police et armée, entre justice et stratégie, entre ordre public et ordre international. C’est ici que commence la gravité morale de l’époque, lorsque la puissance ne se contente plus d’agir, mais de requalifier son acte. Elle ne dit plus « nous avons frappé », elle affirme « nous avons fait respecter la loi ». Dans ce glissement, la force perd sa honte — et le précédent naît.
Si l’on accepte qu’une opération coercitive extraterritoriale puisse devenir une opération de « justice », alors le monde entre dans un âge où la guerre se rebaptise police et où l’exception cesse d’être une transgression pour devenir une méthode de gouvernement. Hier les « cas » Noriega, Saddam, Gbagbo ou Kadhafi ; aujourd’hui le « cas Maduro » ; demain un « cas X ». L’acte importe, mais le message est plus lourd encore, la souveraineté n’est plus un droit, elle devient une tolérance conditionnelle. Et lorsque Washington évoque la possibilité de « gérer » le Venezuela, le basculement est total, de la sanction d’un homme à la tutelle d’un pays de 27 millions d’habitants. Quand la frontière entre droit et puissance se déplace, les cartes du monde, elles aussi, finissent toujours par bouger.
Le retour silencieux de la tutelle comme horizon
L’enlèvement de Nicolás Maduro réactive une idée que l’ordre international contemporain croyait avoir reléguée à l’histoire, celle selon laquelle certains États peuvent, au nom d’un bien supérieur qu’ils définissent seuls, suspendre la souveraineté des autres. Le glissement est subtil mais décisif. On ne parle plus de conquête ni même d’intervention, mais de « gestion », de « stabilisation », de « remise en ordre ». Le vocabulaire est propre, technique, presque managérial ; il transforme l’État en problème à administrer. Dès lors, la violence cesse d’être tragique pour devenir instrumentale, et la morale se déplace, la responsabilité invoquée remplace la légitimité consentie.
Ainsi la tutelle devient acceptable. On affirme qu’un dirigeant ne représente plus son peuple, que le peuple doit être protégé, que l’économie doit être réparée, que l’État doit être réorganisé. Chaque étape paraît raisonnable ; ensemble, elles recomposent une hiérarchie où certains décident pour d’autres. Le message envoyé, surtout aux États vulnérables, est limpide, la souveraineté n’est plus un principe égalitaire, mais une permission conditionnelle. Cette « bienveillance » stratégique, comme l’avait averti Amartya Sen dans L’Idée de justice, risque moins de corriger les injustices que de les perpétuer, en parlant au nom des peuples tout en faisant taire leurs voix.
La doctrine Monroe : l’aveu d’un monde qui régresse
La doctrine Monroe appartient à un siècle prédateur (XIXe), celui où l’ordre international ne se fondait pas sur des règles communes, mais sur la capacité des puissants à réserver des espaces. Elle ne proclamait pas la liberté des peuples ; elle bornait un territoire d’influence. Ce n’était pas une doctrine de droit, mais un acte de possession : “ici, nous déciderons”.
Si elle a été abandonnée, ce n’est pas par vertu, mais par intelligence stratégique. Après 1945, les États-Unis ont compris qu’une hégémonie durable se dissimule dans les règles. Le droit, les institutions, l’universalisme imparfait étaient plus efficaces que la tutelle assumée. Gouverner par la norme stabilisait ; gouverner par l’exception exposait. La doctrine Monroe devenait alors un archaïsme nuisible, incompatible avec la crédibilité morale nécessaire pour contenir les autres empires.
Son retour aujourd’hui sonne comme un aveu de déclin. Les puissances véritablement assurées n’ont pas besoin de sanctuariser ; ce sont les puissances inquiètes qui bornent, administrent et prétendent « gérer ». La réactivation de la doctrine Monroe n’exprime pas une force retrouvée, mais une légitimité qui s’effrite. Lorsque les règles cessent de servir le plus fort, celui-ci revient à la géographie et à la contrainte. Le coût est immédiat, moralement, la souveraineté devient une permission conditionnelle ; géopolitiquement, la hiérarchie remplace l’ordre, et la stabilité cède la place à la domination assumée.
Le danger est systémique. Les sphères d’influence obéissent à une loi de conservation, ce qui est toléré ici est reproduit ailleurs. La logique qui s’affirme à Caracas trouve ses échos en mer de Chine méridionale comme en Ukraine. À force d’exceptions, l’universalisme se délite et l’ordre post-1945 se fragmente en un archipel de dominations. Le monde ne devient pas plus pacifique ; il devient plus pensable pour la force. Et dans un tel monde, la stabilité n’est plus garantie par les règles communes, mais par les rapports de puissance.
La tentation de l’urgence stratégique
Il faut pourtant accepter, ne serait-ce qu’un instant, de regarder l’épisode depuis la rationalité de la puissance. Du point de vue des États-Unis, la tentation de l’exception ne procède ni d’un cynisme gratuit ni d’un mépris abstrait du droit, mais d’un sentiment d’urgence stratégique : monde fragmenté, institutions multilatérales paralysées, adversaires qui testent les lignes rouges, alliés jugés hésitants, opinion publique fatiguée de l’impuissance. Dans cette lecture, agir vite, frapper fort et requalifier l’action en “justice” serait une manière de restaurer la dissuasion, de reprendre l’initiative, de montrer que la puissance sait encore décider quand les règles s’enlisent. Cette logique est intelligible — et c’est précisément ce qui la rend dangereuse. Car en substituant l’efficacité immédiate à la légitimité durable, elle confond capacité d’agir et capacité de structurer. L’histoire des grandes puissances est pourtant sans appel, celles qui gouvernent par l’exception finissent par multiplier les coups, mais perdent la maîtrise de l’époque. La rationalité de l’urgence est compréhensible ; son coût stratégique, lui, est systémique. À l’horizon 2030, des simulations du RAND Corporation prévoient une multiplication par trois des conflits hybrides si cette logique persiste.
Les risques s’ordonnent dans le temps
À court terme, la normalisation de l’exception abaisse le seuil d’acceptabilité de l’usage de la force, les crises deviennent plus fréquentes, moins encadrées. À moyen terme, elle fragilise les alliances, politise durablement l’économie mondiale et installe une méfiance structurelle entre partenaires qui ne savent plus si la règle protège encore. À long terme enfin, le risque est civilisationnel, un monde où la souveraineté est conditionnelle, où le droit est sélectif, devient un monde structurellement instable, condamné à gérer par la domination ce qu’il n’a plus la capacité de gouverner par des normes communes. Ce risque civilisationnel évoque la chute de Rome, non par invasion barbare, mais par érosion interne des normes. Dans un monde interconnecté, cette instabilité pourrait accélérer les migrations climatiques et les pandémies, transformant les exceptions en catastrophes globales.
La souveraineté redevient une variable du rapport de force
Pour le Sud global, l’enlèvement de Nicolás Maduro n’est pas un fait divers géopolitique. Il dit, sans détour, que la souveraineté n’est pas un droit inaliénable garanti par des normes universelles, mais une fonction conditionnelle, elle vaut tant qu’elle ne contrarie pas l’utilité stratégique des puissants.
Pendant des décennies, l’intégration économique, la conformité réglementaire, la reconnaissance diplomatique ont été présentées comme des assurances implicites. L’épisode vénézuélien fissure cette croyance. Il suggère que l’alignement ne protège pas nécessairement, que la vertu normative n’est pas un bouclier, et que l’ordre mondial n’est pas injuste par accident mais hiérarchique par construction. À partir de là, la rationalité dominante change, la question n’est plus “comment être conforme ?”, mais “comment survivre politiquement ?”.
Les États du Sud global doivent diversifier leurs alliances par calcul existentiel. Ils doivent réduire les dépendances réversibles demain en leviers de contrainte : monnaies, systèmes de paiement, infrastructures critiques, données, approvisionnements stratégiques. Ils doivent durcir leur appareil sécuritaire au nom de la stabilité préventive — non par goût de l’autoritarisme, mais parce qu’un monde où la tutelle est pensable rend la fragilité interne dangereuse. La mondialisation, autrefois promesse de convergence, se reconfigure en espace de vulnérabilité.
L’universalisme occidental cesse d’être une promesse crédible pour devenir un récit parmi d’autres. Cela peut produire deux trajectoires opposées. La première est défensive : repli, fragmentation, cynisme, où la politique devient une gestion permanente du risque d’ingérence. La seconde est celle de l’émergence d’un Sud global plus conscient de lui-même, moins demandeur de reconnaissance, plus soucieux de bâtir des équilibres autonomes — régionaux, financiers, technologiques. Des pays comme le Brésil ou l’Inde, via les BRICS+, accélèrent déjà leurs alliances alternatives, avec une augmentation de 25% des échanges intra-Sud en 2025 selon la Banque mondiale, signe d’une multipolarité émergente qui défie l’hégémonie occidentale.
Le premier effet de cet épisode vénézuélien est que les investisseurs ne se demandent plus seulement si un projet est rentable, mais s’il est exposable à une requalification juridique, à une sanction, à une tutelle soudaine, à une “gestion” externe. Les chaînes de valeur se régionalisent, la redondance remplace l’optimisation, et la liquidité se concentre dans les juridictions perçues comme “amies”. Ce mouvement n’est pas idéologique ; il est prudentiel. Mais la prudence, à l’échelle globale, renchérit le capital et ralentit la productivité.
La finance internationale, elle, réagit par rétrécissement de l’horizon. Le temps long — celui des infrastructures, de l’énergie, de l’éducation, de la transformation productive — devient plus difficile à financer quand la souveraineté peut être suspendue et les actifs requalifiés. Les flux se raccourcissent, les garanties se multiplient, les conditions se durcissent. Les pays perçus comme “exposés” paient plus cher leur dette, voient leurs IDE se raréfier ou se politiser, et apprennent que la discipline macroéconomique ne suffit plus à compenser le risque d’exception.
Le Venezuela devient alors un laboratoire involontaire. Non pas pour ses fondamentaux — déjà fragiles — mais pour ce qu’il autorise à penser ailleurs : que des actifs stratégiques puissent être administrés au nom de la stabilité, que des contrats soient relus à l’aune d’une tutelle, que la gouvernance d’un pays devienne une variable de valorisation. À partir de là, les marchés internalisent un principe simple qui est que la géopolitique n’est plus un choc exogène, c’est une hypothèse permanente.
Ainsi, l’enjeu économique de cette séquence dépasse le cas vénézuélien. Il tient en une phrase : plus la puissance politise l’ordre international, plus le monde devient coûteux. Coûteux en capital, en temps, en croissance potentielle. La stabilité obtenue par l’exception se paie d’une instabilité diffuse, intégrée dans les prix, les contrats et les anticipations. Et cette facture, comme toujours, est d’abord réglée par ceux qui vivent loin du centre de décision — là où la règle était censée compenser l’absence de puissance. Selon le FMI, cette géopolitisation pourrait réduire la croissance mondiale de 1,5% par an, avec les pays émergents supportant 60% du fardeau, exacerbant les inégalités et risquant des soulèvements comme ceux vus en 2024 au Sri Lanka et au Pakistan.
Le droit subsiste, mais il n’arbitre plus l’exception
Face à l’enlèvement de Maduro, l’ONU apparaît dans sa vérité contemporaine structurellement impuissante lorsque l’exception est assumée par les puissants. Les textes existent, les principes sont clairs, l’indignation est possible ; pourtant, quand la coercition est requalifiée en “police” et la tutelle en “gestion”, l’ONU ne tranche plus — elle consigne.
Le Conseil de sécurité devient un théâtre de récits concurrents où le veto fige le droit au moment précis où il devrait agir. Cette scène n’est pas singulière, elle se répète de Ukraine à Gaza, partout où les intérêts vitaux des grandes puissances se heurtent.
Là aussi, les résolutions s’empilent, les condamnations se répondent, mais l’arbitrage se dérobe. Ce n’est pas un effondrement spectaculaire ; c’est une neutralisation silencieuse du droit par saturation politique.
À horizon dix à quinze ans, le monde qui se dessine n’est ni celui du chaos pur, ni celui d’un ordre stabilisé. C’est un monde plus dur, plus cher, plus hiérarchique. Les conflits n’y seront pas nécessairement plus nombreux, mais plus localisés, plus ambigus, plus difficiles à contenir. Le droit continuera d’exister, mais comme ressource argumentative, non comme barrière. Les économies fonctionneront, mais sous prime géopolitique permanente. La paix, quand elle existera, sera moins le produit des règles que de la fatigue des puissants. Ce monde-là ne s’effondre pas, il s’use.
Pourtant, l’ONU pourrait renaître via une réforme élargissant son Conseil de Sécurité et supprimant le droit de véto au sein de celui-ci. Sans cela, elle risque de devenir un vestige, comme la Société des Nations post-1919.
Elections de mi-mandat, novembre 2026
Il faut enfin introduire une variable politique décisive, celle du temps électoral américain. La réactivation d’une doctrine Monroe opérationnelle repose sur une fenêtre politique étroite, fragile, et potentiellement réversible. À l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis, plus de deux cents sondages nationaux et locaux convergent vers un constat défavorable aux Parti républicain : perte de la Chambre, Sénat incertain, et surtout érosion du mandat politique nécessaire pour assumer une doctrine de puissance aussi coûteuse symboliquement. Or la doctrine Monroe n’est pas une politique de consensus ; c’est une doctrine clivante, qui exige continuité, crédibilité et acceptation durable des coûts normatifs. Une alternance — ou même une majorité divisée — suffirait à la fragiliser, car elle expose immédiatement ses contradictions : contradiction entre primauté régionale et alliances globales, entre discours de droit et pratiques d’exception, entre leadership moral revendiqué et tutelle assumée. À cela s’ajoutent d’autres forces de rappel, la fatigue stratégique de l’électorat, la priorité donnée aux enjeux domestiques (inflation, dette, immigration), et la pression des milieux économiques, peu enclins à soutenir une doctrine qui politise les marchés et renchérit durablement le coût du capital. Autrement dit, la doctrine Monroe réactivée pourrait bien être un pari de fin de cycle : spectaculaire à court terme, mais structurellement vulnérable à la sanction démocratique.
Dans l’histoire américaine, les doctrines durables sont celles qui survivent aux alternances ; celles qui disparaissent avec les majorités révèlent moins une stratégie qu’un moment politique.
Ces élections pourraient marquer un tournant, similaire à 1974 post-Watergate, où l’Amérique réaffirme son attachement aux normes, ou au contraire accélérer le déclin, comme en 1930 avant l’isolationnisme.
Au terme de cet article, les risques de guerres ne sont pas seulement ceux liés à des enchaînements de crises, mais d’un glissement de civilisation. Un monde où la force se rebaptise droit, est un monde qui abaisse le seuil de la guerre, multiplie les rapports de sujétion et prépare des conflits d’autant plus violents qu’ils auront été longtemps normalisés. L’enlèvement de Nicolás Maduro n’est pas en soi la cause de ces périls ; il en est le signal. Car lorsque la souveraineté devient conditionnelle, lorsque le droit cesse de contenir la puissance, lorsque les hiérarchies cessent d’être dissimulées, alors la rivalité stratégique se mue en lutte existentielle. Les guerres ne naissent pas seulement de l’agression, mais de l’échec collectif à maintenir des limites crédibles; les dominations ne durent qu’au prix d’un ressentiment accumulé ; et les civilisations échouent moins par faiblesse que par excès de certitude. En croyant sécuriser l’ordre international par l’exception, on fragilise ce qui rendait encore la coexistence possible. L’histoire nous enseigne qu’un monde qui accepte facilement la domination finit par découvrir que la paix sans règles n’est jamais qu’une guerre différée.
Sommes-nous prêts à vivre dans un monde où la paix dépend moins du droit que de la patience des puissants ?
Ould Amar Yahya, économiste, banquier et financier
La diplomatie mondiale a désormais des airs de meeting électoral. Donald Trump, fidèle à sa méthode du coup d’éclat permanent, a publiquement pris pour cibles le chef de l’Etat algérien Abdelmadjid Tebboune et le président français Emmanuel Macron, les inscrivant dans ce qu’il a lui-même appelé son « tableau de chasse ». Une formule brutale qui résume à elle seule la dérive spectaculaire du langage politique international et la transformation du débat diplomatique en démonstration de force.
Selon un article publié ce 9 janvier par le site tunisien Kapitalis, Trump, s’exprimant devant des élus de son camp, a mêlé railleries, menaces économiques et moqueries personnelles pour tourner en dérision les deux chefs d’État. L’Algérie et la France, pourtant liées à Washington par des partenariats stratégiques, se retrouvent ainsi publiquement exposées dans une mise en scène où l’humiliation tient lieu d’argument politique et la brutalité remplace la négociation.
Dans ce discours, Trump aurait notamment pris pour prétexte la polémique autour des athlètes transgenres pour s’en prendre indirectement à l’Algérie, en citant la boxeuse algérienne Imane Khelif, championne olympique. Selon Kapitalis, il aurait caricaturé un combat en insinuant que la victoire sportive ne relevait pas de la performance mais d’un supposé avantage physique lié au genre — un procédé qui mêle désinformation, stigmatisation et instrumentalisation politique. En visant une sportive, Trump ne cherche pas le débat : il cherche l’effet de foule et la polarisation.
Mais c’est surtout Emmanuel Macron qui a servi de figurant dans la démonstration de force trumpienne. Le président américain aurait raconté, toujours selon la même source, une scène où il menace la France d’une taxe de 25 % sur ses exportations si Paris refuse de s’aligner sur les exigences américaines, avant d’imiter Macron de façon moqueuse pour souligner ce qu’il présente comme une capitulation française. La caricature devient ici une arme diplomatique.
Au-delà du ton, c’est la logique qui inquiète. Trump ne parle pas comme un chef d’État mais comme un patron de cartel politique, pour qui la relation internationale se résume à la contrainte économique, au chantage commercial et à l’humiliation publique. En plaçant Tebboune et Macron dans le même registre, il envoie un message clair : aucune souveraineté, qu’elle soit européenne ou maghrébine, n’est respectée dès lors qu’elle ne se soumet pas aux priorités de Washington.
Pour l’Algérie, l’attaque n’est pas anodine. Elle intervient à un moment où Alger cherche à affirmer une diplomatie du compromis, notamment sur les dossiers énergétiques, africains et moyen-orientaux. L’Algérie a multiplié ces dernières années les partenariats hors du cadre occidental classique, en renforçant ses liens avec la Chine, la Russie, mais aussi plusieurs pays africains et arabes. Être ainsi pris pour cible par Trump revient à sanctionner une posture de non-alignement réel, qui échappe aux logiques de blocs. Ce qui ne plaît pas à Donald Trump. Ce qui pourrait pousser la diplomatie algérienne à vite infléchir ses choix pour éviter de s’attirer les foudres du locataire de la Maison Blanche.
Quant à la France, déjà fragilisée sur plusieurs fronts — guerre en Ukraine, crise européenne, recul de son influence en Afrique —, elle se voit ramenée à une position subalterne dans le récit américain. La relation transatlantique, que Paris prétendait rééquilibrer au nom de l’autonomie stratégique européenne, apparaît ici réduite à un rapport de dépendance que Trump revendique sans détour.
Cette séquence confirme une tendance lourde : la dégradation accélérée du langage diplomatique mondial. La politique étrangère devient spectacle, et la puissance se mesure à la capacité d’humilier l’autre en public. Les grandes puissances ne cherchent plus à convaincre, mais à dominer symboliquement. Et avec Donald Trump, oncest dans la diplomatie bulledozer.
Dans ce contexte, la question n’est plus seulement de savoir comment Paris et Alger répondront à Trump, mais comment ils défendront, chacun à leur manière, l’idée même qu’un ordre international fondé sur des règles, la souveraineté des États et le respect mutuel peut encore exister face à la brutalité assumée du nouveau trumpisme.
Au départ, on avait une intuition. Une gêne. Cette impression très algérienne qu’on venait de lire non pas une chronique, mais une consigne maquillée. Puis l’APS a récidivé, avec un communiqué destiné à “expliquer” sa chronique, à la justifier, à la sanctifier. Et là, ce n’était plus une impression: c’était une confirmation.
Une agence de presse qui se croit obligée de publier un communiqué pour défendre une chronique polémique vient d’avouer, sans le vouloir, qu’elle n’est plus dans son métier. Une agence est faite pour relater, pas pour s’auto-commenter. Elle est là pour produire de l’information, pas pour se transformer en avocat de ses propres emballements.
Qu’on ne triche pas avec les mots. Une agence de presse n’est pas un parti. Elle n’est pas une cellule de riposte. Elle n’est pas un comité de moralisation nationale. Elle n’a pas à distribuer des brevets de patriotisme, ni à fabriquer des ennemis intérieurs. Elle est censée faire une chose simple et difficile: donner des faits, vérifiables, datés, attribués, et laisser le débat politique aux acteurs politiques, l’opinion aux tribunes signées.
Or ici, on a le contraire: une charge longue, agressive, saturée de jugements, qui vise un parti sans le citer, en l’enveloppant d’allusions suffisamment transparentes pour que tout le monde comprenne, mais suffisamment lâches pour éviter le frontal. C’est l’art de frapper en se cachant derrière le rideau: on tire, on se retire, puis on appelle cela “chronique”.
Et comme si cela ne suffisait pas, on a vu surgir la défense la plus étrange: celle qui veut faire passer l’APS pour “la voix de l’État”. Gardons l’expression, puisqu’elle circule. Mettons-la entre guillemets pour qu’elle garde sa vraie nature: un slogan. Si l’APS est réellement cette “voix”, alors une question simple, humiliante, surgit: où est passé l’État? Où sont les institutions censées parler au nom de la République? Où sont les porte-parole, les responsables, le gouvernement, le Parlement?
Une souveraineté qui a besoin d’une chronique d’agence pour se manifester n’est pas souveraine: elle est sous assistance. Une institution solide ne délègue pas sa parole politique à un média public. Elle la porte elle-même, à visage découvert, avec signature, responsabilité et cadre légal. La souveraineté ne s’exerce ni par insinuation, ni par texte anonyme, ni par agence financée par l’argent public, censée être une base commune d’information.
Ici, le problème n’est même plus ce qui est dit. C’est ce que cela produit.
Quand un organe présenté comme “la voix” de l’État adopte un ton partisan, il ne critique pas un acteur politique: il redessine le champ du dicible. Il fixe une frontière implicite entre ce qui peut être exprimé et ce qui devient suspect. Il ne débat pas: il cadre. Il ne contredit pas: il classe. Et à force de classer, on finit par gouverner par le soupçon.
On pourra toujours prétendre que l’intention est noble: défendre la stabilité, prévenir la manipulation, protéger le processus électoral. Mais cet argument se retourne comme un gant mouillé. Un processus démocratique se protège par des règles, des garanties, de l’équité, des contre-pouvoirs. Il ne se protège pas par une rhétorique de riposte publiée par une agence publique. Quand on “protège” la politique par la plume institutionnelle, on n’est plus dans la protection: on est dans la mise au pas narrative.
Et cette mise au pas rétrécit le débat. Elle fabrique un climat où la nuance devient suspecte, où la critique est vite étiquetée, où l’opposition est traitée comme une anomalie nationale, et où le Parlement sert surtout de décor aux bilans. La démocratie devient une vitrine, et l’information une vitrine de la vitrine. On ne gouverne plus: on met en scène.
Le plus grave, dans tout cela, n’est pas l’existence d’une chronique, même médiocre. Le plus grave, c’est la logique qui suinte derrière: un pouvoir qui supporte de moins en moins l’idée qu’il existe encore, dans ce pays, des citoyens capables de penser hors du récit. Un pouvoir qui traite la contradiction comme une insolence. Un pouvoir qui se comporte, parfois, comme un enfant gâté: il veut tout, tout de suite, sans bruit, sans critique, sans gêne.
Or un chef d’État n’a pas à piétiner “les plus libres”. Il a à gouverner un peuple, avec ses contradictions, ses colères, ses fatigues, ses désaccords. Il a à protéger l’espace public, pas à le réduire.
Si nous en sommes arrivés à ce point de bascule où l’agence commente, accuse, puis se justifie, c’est qu’on a franchi un seuil: celui où la parole institutionnelle commence à sentir la propagande, et où la propagande se prend pour une vertu.
Et à ce stade, il faut le dire sans théâtre : ce système devient une plaie ouverte. Une plaie qui infecte l’économie, le social, le politique et le moral avec le mensonge, l’approximation, l’arrogance et la gestion par slogans. Une plaie qui refuse d’être soignée, et qu’on préfère parfumer à coups de communiqués.
À ceux qui tiennent réellement les rênes du pouvoir, ces cercles opaques, ces “cabinets noirs” ou quel que soit leur nom, il faut cesser de protéger l’irresponsabilité au nom de la stabilité. La stabilité ne se protège plus, elle est plus que jamais menacée.
Il ne s’agit plus d’aménager, ni de temporiser, ni de maquiller l’échec sous des communiqués. Il s’agit d’imposer une sortie politique nette, une mise à l’écart, une démission organisée, avant que 2026 ne devienne socialement explosive.
Car le danger n’est plus extérieur. Il n’est plus imaginaire. Il est intérieur, palpable, quotidien: ce sont des Algériens qui commencent à comprendre l’ampleur des dégâts économiques, sociaux, politiques et moraux causés par ce pouvoir, et qui n’accepteront pas indéfiniment d’être gouvernés par la peur, l’approximation et la propagande.
Continuer ainsi, ce n’est pas gouverner. C’est jeter le pays contre un mur et espérer que le mur cède avant la colère. Et un pays n’a pas à brûler pour sauver l’orgueil de quelques-uns.
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