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Cherif Mellal arrête sa grève de la faim

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Cherif Mellal
Cherif Mellal. Crédit photo : DR

Après le détenu d’opinion Mohamed Tadjadit, c’est l’autre prisonnier d’opinion, Cherif Mellal, qui a mis un terme à sa grève de la faim. Il est détenu à la prison d’El Harrach.

Après 11 jours d’une énième grève de la faim pour dénoncer l’arbitraire dont il est victime, Cherif Mellal, ancien président de la JSK, placé en détention depuis le 19 janvier 2023, a pris la décision d’arrêter cette énième grève de la faim.

Dans un message rendu public sur les réseaux sociaux, Me Fetta Sadat qu’elle l’a « trouvé bien affaibli par dix jours de privation, le visage marqué mais l’esprit toujours clair et déterminé ». Puis, elle ajoute : « Il m’a informé qu’il accepte de suspendre la grève de la faim qu’il observait depuis dix jours, faisant ainsi droit aux demandes pressantes des médecins de la prison, de ses avocats et de sa famille.

Ce onzième jour clôt ainsi un mouvement qu’il avait engagé en date du 17 novembre 2025 pour alerter sur sa situation et faire entendre ses revendications.

Il adresse ses remerciements à toutes celles et tous ceux qui se sont solidarisés avec lui et est très touché par les nombreuses marques de sympathie qui lui sont parvenues. Il reste persuadé que malgré les embûches la vérité finira par éclater et que la justice finira par triompher. C’est là le combat d’un homme libre qui reste debout au milieu de la Tempête et des bourrasques. »

Quelque 250 prisonniers d’opinion croupissent dans les différentes prisons du pays.

La rédaction

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« L’amour dans la chanson kabyle » d’Arezki Khouas : entre pudeur et révolte

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Livre d'Arezki Khouas

Dans L’amour dans la chanson kabyle, Arezki Khouas explore un territoire où se croisent mémoire, pudeur et émancipation. À travers un siècle de création musicale, il montre comment la chanson kabyle a servi de refuge et de résistance pour dire l’amour interdit, contourner les silences imposés et affirmer une identité en quête de liberté. Entre analyse sociologique et geste de sauvegarde patrimoniale, son ouvrage révèle la profondeur d’un patrimoine affectif longtemps tenu dans l’ombre.

Arezki Khouas, originaire d’Agouni-Fourrou en haute Kabylie, sociologue de formation et docteur en psychologie sociale, appartient à cette génération d’intellectuels dont le parcours personnel est indissociable de l’histoire culturelle et politique de la Kabylie. Son ancrage dans un territoire marqué par l’exil, les luttes identitaires et la transmission orale donne à son travail une profondeur singulière. Habité par la volonté de comprendre comment un peuple dit ses peines, ses aspirations et surtout ses élans amoureux, il explore dans L’amour dans la chanson kabyle un domaine où s’entrelacent la langue, la mémoire, la pudeur et la transgression.

L’essai qu’il propose relève autant de la recherche sociologique que de l’acte de sauvegarde patrimoniale, tant il mêle analyse scientifique et volonté de préserver une mémoire collective menacée d’effacement. En s’appuyant sur un vaste corpus de chansons allant des premiers enregistrements du début du XXᵉ siècle aux créations les plus contemporaines, Arezki Khouas redonne vie à un matériau culturel souvent dispersé, parfois oublié, mais essentiel pour comprendre l’évolution intime de la société kabyle. Il montre comment la chanson, dans un contexte de domination politique, de surveillance morale et d’oralité prégnante, a longtemps tenu lieu de livre interdit.

Cette tradition chantée apparaît ainsi comme un refuge symbolique, un espace où l’indicible pouvait être formulé sans l’être vraiment, où les interdits sociaux étaient contournés par la métaphore, la suggestion, l’allusion poétique. Les artistes y disaient ce qu’ils ne pouvaient prononcer dans la vie quotidienne : les amours contrariées, les désirs interdits, les déchirements de l’exil, les frustrations d’une jeunesse empêchée. La chanson constituait un double langage, à la fois soumis aux règles de la pudeur collective et capable de les fissurer en douceur.

Khouas retrace avec une rigueur remarquable les étapes de cette évolution. Il interroge d’abord les formes anciennes, fortement codifiées, où l’amour se disait à travers des symboles empruntés à la nature, des images pastorales ou des détours poétiques obligés. Puis il montre comment, à partir de l’exil massif vers la France, de la modernisation progressive des mentalités et de l’engagement culturel des artistes des années 1970 à 2000, le discours amoureux s’émancipe peu à peu. Les chanteurs, hommes comme femmes, se risquent à dire l’intime plus directement, à questionner les normes patriarcales, à revendiquer une parole personnelle.

Ce faisant, l’auteur éclaire la transformation profonde d’un vocabulaire affectif. L’amour y passe de lhoub, mot chargé de pudeur et de secret, à tayri, terme plus affirmatif, plus assumé, révélateur d’une parole en quête de liberté. Ce glissement lexical, analysé avec finesse, symbolise la mutation d’une société qui, tout en restant attachée à ses codes, apprend à dire ce qu’elle ressent sans détours. Par son travail, Khouas met ainsi en lumière le rôle discret mais décisif de la chanson dans l’élargissement de l’espace d’expression intime en Kabylie, et montre comment cet art populaire a contribué à faire émerger une nouvelle manière d’aimer, de dire, et de se dire.

L’apport majeur de l’ouvrage réside dans sa capacité à replacer la chanson au cœur d’un système social où l’art n’a jamais été un simple divertissement, mais une véritable architecture de survie culturelle. En Kabylie, chanter n’a jamais signifié seulement « faire de la musique » : c’était dire ce que l’on ne pouvait écrire, transmettre ce que l’école et les institutions ne prenaient pas en charge, affirmer une identité dans un contexte politique où celle-ci n’avait pas droit de cité. Khouas montre avec clarté que la chanson kabyle constitue un espace vital de résistance, d’affirmation identitaire et de préservation linguistique, un lieu où s’articulent les mémoires, les luttes et les émotions d’un peuple.

Par une analyse minutieuse et extrêmement sensible des textes, l’auteur révèle comment les chanteurs et les chanteuses ont progressivement fissuré les carcans patriarcaux et les normes sociales qui régissaient l’expression de l’amour. Là où autrefois la pudeur imposait des métaphores, certains artistes ont osé une parole plus directe, plus assumée, faisant émerger une sensibilité nouvelle dans un univers longtemps régi par le silence et la retenue. La chanson devient alors un outil de transformation sociale, parfois discret, parfois frontal, mais toujours déterminant dans la manière de penser les relations affectives.

Khouas montre également le rôle décisif de l’immigration, qui a servi de laboratoire social où l’intime se disait avec moins de crainte. Loin du village et des contraintes communautaires, les artistes exilés trouvent la possibilité d’exprimer un amour débarrassé des injonctions sociales les plus strictes. Cette distance géographique produit un élargissement symbolique : l’exil devient un espace où la parole amoureuse peut se renouveler, s’affranchir, expérimenter.

Ainsi, chaque génération d’artistes, des pionniers anonymes des années 1930 aux figures marquantes de la diaspora en passant par les voix contemporaines, contribue à élargir la marge de liberté du sentiment amoureux. L’ouvrage met en lumière cette progression lente mais continue, montrant comment la chanson kabyle accompagne et parfois devance l’évolution des mentalités.

En redonnant une visibilité à des dizaines d’artistes, connus ou oubliés, Khouas rétablit la place réelle de la chanson kabyle : non pas un simple répertoire musical, mais un miroir sociologique, un thermomètre affectif et une archive sensible d’un peuple qui a appris à préserver son âme par la voix. Ce travail réunit ainsi mémoire, analyse et reconnaissance, rendant à la chanson kabyle la profondeur qui lui revient.

La couverture du livre, réalisée par l’artiste Azal Belkadi, ajoute une profondeur symbolique puissante à l’essai, au point qu’elle en devient presque une introduction silencieuse. Le tableau représente le visage d’une femme kabyle, orné de bijoux traditionnels qui rappellent les codes esthétiques et les ancrages identitaires d’une culture ancestrale. Mais ce visage apparaît fragmenté, comme morcelé, traversé par des lignes de rupture qui évoquent autant les fissures du temps que les fractures imposées par l’histoire. Loin d’être un simple effet esthétique, cette fragmentation exprime la vulnérabilité d’un monde intime longtemps contraint par les normes sociales, et la fragilité d’une parole amoureuse que la société kabyle, comme tant d’autres, a longtemps tenu en marge.

Cette figure féminine, à la fois forte et vulnérable, réunit en un seul regard tout l’enjeu du livre : la tension entre pudeur et désir, entre tradition et émancipation, entre héritage et modernité. On y lit le poids du silence imposé aux femmes, ces gardiennes de la mémoire affective, mais aussi leur résilience, leur force intérieure et leur rôle central dans la transmission émotionnelle et culturelle. Belkadi parvient ainsi à figurer, avec une sobriété puissante, le paradoxe d’un amour kabyle longtemps vécu dans la discrétion mais jamais absent, toujours vibrant même lorsqu’il ne pouvait s’exprimer qu’en métaphores.

Par son geste pictural qui mêle tradition et abstraction, Azal Belkadi offre une interprétation visuelle de ce que Khouas explore par l’analyse : l’amour kabyle n’est pas un bloc figé, mais un territoire en perpétuelle recomposition, marqué par les blessures historiques, les migrations, les interdits, mais aussi par les renaissances successives que permet la chanson. Les fragments du visage ne sont pas seulement les traces d’une fragilité : ils témoignent de la capacité à se reconstruire, à se réinventer, à maintenir vivante une identité affective face aux bouleversements du temps.

La couverture devient ainsi une véritable porte d’entrée symbolique vers l’ouvrage. Elle rappelle que derrière chaque chanson, derrière chaque mot d’amour, se cachent des existences traversées de joies et de peines, des récits intimes, des rêves contrariés ou accomplis. Elle dit que ce que l’on nomme “patrimoine” n’est pas seulement fait de langue et de mélodies, mais aussi de cicatrices, d’espérances et de fragiles éclats d’humanité. En cela, l’image de Belkadi dialogue étroitement avec le texte de Khouas et en prolonge la portée : elle donne un visage à cette mémoire affective que le livre met en lumière.

L’impact de l’ouvrage est d’autant plus important qu’il paraît à un moment où la mémoire kabyle se trouve prise dans une tension paradoxale : d’un côté, elle risque de s’effriter sous l’effet de la mondialisation, de la standardisation culturelle et de la disparition progressive des témoins d’une époque révolue ; de l’autre, elle connaît une revitalisation sans précédent grâce à l’engagement d’une nouvelle génération d’artistes, de chercheurs, de militants culturels et de membres de la diaspora qui s’emploient à réanimer une tradition souvent marginalisée. Dans ce contexte fragile mais fertile, l’essai de Khouas intervient comme un geste décisif de mise en lumière et de transmission.

En articulant avec finesse l’histoire, la langue, la sociologie et l’analyse littéraire, l’auteur propose une grille de lecture qui dépasse largement le cadre esthétique ou musical. Il montre que comprendre la chanson kabyle, c’est interroger un mode de pensée, une manière d’habiter le monde, une façon particulière de dire l’intime. Il replace les chants d’amour dans un ensemble de pratiques symboliques où s’entrelacent les rapports de genre, la mémoire de l’exil, les contraintes communautaires, les aspirations individuelles et les transformations sociales de la Kabylie contemporaine. L’essai devient dès lors un outil indispensable pour ceux qui souhaitent aborder cette tradition autrement que comme un simple patrimoine sonore : Khouas en dévoile la structure profonde, la logique interne, les zones de silence et les zones de résistance.

En retraçant la façon dont un peuple aime, dit son amour, le chante, le masque ou le revendique, l’auteur révèle une dimension fondamentale de l’identité amazighe. Les modalités d’expression de l’amour ne sont jamais neutres : elles traduisent une vision du monde, des valeurs, des rapports sociaux, et même des tensions politiques. Chanter l’amour, en Kabylie, a souvent signifié affirmer une présence, préserver une langue, contourner une domination, ou dire le refus d’être réduit au mutisme. Ainsi, Khouas montre que ce qui pourrait passer pour un simple répertoire sentimental constitue en réalité un terrain où se jouent des enjeux bien plus vastes : la survie culturelle, la liberté de dire, la construction de soi dans un environnement marqué par les luttes et les contraintes.

En ce sens, le livre participe à réaffirmer un pan essentiel de la culture amazighe : celui où la parole intime rencontre la résistance politique, où le sentiment amoureux devient un acte de mémoire, où les chansons, à travers leurs élans, leurs détours et leurs audaces, racontent les chemins d’un peuple vers sa propre affirmation. L’essai d’Arezki Khouas se présente alors comme un repère précieux dans ce moment de basculement : il aide à comprendre non seulement ce que la chanson kabyle a été, mais ce qu’elle continue de représenter pour ceux qui la portent, la créent, la transmettent et la réinventent.

L’amour dans la chanson kabyle est bien plus qu’un ouvrage analytique : c’est un véritable acte de transmission, un geste par lequel Arezki Khouas s’inscrit dans la longue chaîne des passeurs de mémoire. Loin d’une étude distanciée, son livre porte l’empreinte d’un chercheur qui parle depuis l’intérieur d’une culture, avec la rigueur de la science mais aussi avec la tendresse de celui qui reconnaît, dans chaque vers, une parcelle de son propre héritage. Il condense un savoir accumulé, une sensibilité forgée au contact des récits familiaux, et une fidélité profonde à une terre où la chanson a toujours été un refuge, un souffle vital, une manière de dire ce que les mots quotidiens ne pouvaient exprimer.

L’essai éclaire ainsi la trajectoire d’un peuple qui, face aux contraintes politiques, aux interdits sociaux ou aux blessures de l’exil, a appris à préserver son âme en chantant. Parfois en silence, dans l’intimité d’une maison, parfois à voix haute, lors des fêtes ou des rassemblements ; mais toujours avec sincérité, toujours avec cette volonté de faire vivre une émotion, une langue, une mémoire. Khouas montre que derrière les variations mélodiques et les images poétiques se cache un récit collectif, celui d’une communauté qui, même lorsqu’elle était privée d’espace d’expression officiel, a su maintenir son identité par la voix de ses poètes et de ses chanteurs.

Le livre se lit alors comme une traversée : celle d’un amour qui, malgré les interdits, les censures, les exils, n’a cessé de trouver de nouvelles formes d’expression ; un amour qui s’est réinventé au rythme des voix kabyles, de génération en génération, faisant de la chanson non seulement une œuvre d’art, mais un territoire vivant où une culture entière continue de respirer. Par cet ouvrage, Khouas contribue à préserver ce souffle fragile et puissant, et offre aux lecteurs une clé essentielle pour comprendre la profondeur humaine de la chanson kabyle.

Brahim Saci

Rencontre littéraire avec Arezki Khouas, autour de son ouvrage, L'amour dans la chanson kabyle, Jeudi 11 décembre 2025 à 19h, au Centre culturel algérien, 171, rue de la Croix-Nivert - 75015 Paris. 
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« Henchir Chaâl » : 9 prévenus libérés, dont l’ancien ministre Samir Beltaïeb

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Samir Beltaïeb
Samir Beltaïeb. Crédit photo : DR

En Tunisie, neuf prévenus arrêtés dans le cadre de l’affaire de Henchir Chaâl pour des soupçons de corruption financière et administrative ont été libérés ce jeudi par décision du juge d’instruction du pôle judiciaire financier. Cette décision concerne notamment l’ancien ministre de l’Agriculture, Samir Beltaïeb, et le directeur général des Terres internationales.

Selon les informations officielles, sept des prévenus ont été relâchés sous caution, avec des montants allant de 10 000 à 50 000 dinars, tandis que deux autres ont été libérés sans aucune garantie financière.

L’affaire de Henchir Chaâl, qui avait attiré l’attention ces derniers mois, concerne des irrégularités présumées dans la gestion de fonds publics et l’attribution de terres agricoles dans la région de Sfax. Cette libération marque une étape importante dans le déroulement de l’enquête, mais le dossier reste ouvert et les investigations se poursuivent.

Le juge d’instruction a précisé que la libération sous caution ne préjuge en rien de la responsabilité des personnes mises en cause. Les prochaines semaines seront déterminantes pour la suite judiciaire de cette affaire, très suivie par les médias et l’opinion publique.

Cette décision illustre le rôle central du pôle judiciaire financier dans le traitement des dossiers de corruption et l’équilibre entre respect des procédures et attentes d’une justice transparente.

Mourad Benyahia 

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Tunisie : Sonia Dahmani sort de prison, pas de la tourmente judiciaire

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Sonia Dahmani à sa sortie de prison
Sonia Dahmani à sa sortie de prison. Crédit photo : DR

Libérée conditionnellement, l’avocate Sonia Dahmani reste sous la menace de lourdes poursuites qui incarnent la répression de la parole critique en Tunisie. Le couperet d’une énième condamnation est maintenu au-dessus de la tête de cette avocate, comme pour la faire taire.

Après un an et demi derrière les barreaux, l’avocate et chroniqueuse tunisienne Sonia Dahmani a quitté jeudi la prison pour femmes de la Manouba. Une libération conditionnelle accordée par le ministère de la justice, annoncée par ses avocats et confirmée par plusieurs sources judiciaires. Mais cette sortie, loin d’être synonyme d’apaisement, s’inscrit dans un climat politique où la répression de la parole critique demeure intacte. Car si Sonia Dahmani retrouve aujourd’hui la liberté, ses procès, eux, restent ouverts.

La juriste, connue pour ses prises de position tranchées sur les dérives du pouvoir et les discriminations en Tunisie, a été emprisonnée en mai 2024 dans un contexte de durcissement autoritaire. Depuis plusieurs mois, elle est devenue l’un des symboles de la résistance aux atteintes croissantes à la liberté d’expression sous la présidence de Kaïs Saïed. Son arrestation, effectuée en direct dans les locaux d’une télévision privée, avait choqué l’opinion publique et provoqué une vague de solidarité, en Tunisie comme à l’étranger.

Mais cette libération conditionnelle ne clôture en rien les multiples affaires dans lesquelles elle est impliquée. Sonia Dahmani fait face à au moins cinq procédures distinctes. Trois d’entre elles ont déjà donné lieu à des condamnations, notamment pour « diffusion de fausses informations » ou pour des propos jugés offensants envers les institutions. Deux autres dossiers demeurent pendants, dont l’un pourrait théoriquement lui valoir jusqu’à dix ans de prison. Les dates d’audience ont été régulièrement repoussées, maintenant la pression judiciaire et l’incertitude.

La décision de la libérer intervient le jour même où le Parlement européen adoptait une résolution sévère sur la situation en Tunisie, dénonçant « la détérioration rapide de l’état de droit et des libertés fondamentales ». Le texte met en cause les poursuites visant journalistes, avocats, syndicalistes et opposants, rappelant que les arrestations pour délit d’opinion sont devenues courantes depuis 2021. Le nom de Sonia Dahmani y figure en filigrane, comme l’un des exemples les plus flagrants d’une justice utilisée comme instrument politique.

Pour les défenseurs des droits humains, cette libération conditionnelle ne doit pas masquer la réalité : la pression judiciaire contre voix critiques demeure un outil central du pouvoir tunisien. L’affaire Dahmani s’inscrit dans une longue série de cas similaires visant des journalistes, des leaders syndicaux, des activistes ou même des humoristes, poursuivis pour des positions jugées trop frontales. La société civile tunisienne, largement affaiblie depuis trois ans, peine à mobiliser durablement face à ce climat de peur.

La sortie de prison de Sonia Dahmani est donc à la fois un soulagement et un avertissement. Soulagement, car elle met fin à des conditions de détention difficiles, régulièrement dénoncées par son entourage et par plusieurs ONG. Avertissement, car elle ne signifie pas que la machine judiciaire se désarme. L’avocate reste surveillée, menacée, et garde plusieurs procès en suspens au-dessus de la tête.

Dans un pays où les libertés publiques sont placées sous éteignoir par le président autocrate Kaïs Saïed, la libération de Sonia Dahmani apparaît comme une respiration — brève, fragile, précaire. La bataille, elle, est encore loin d’être terminée.

Mourad Benyahia 

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Le génocide des Palestinien·ne·s commis par Israël à Gaza se poursuit sans relâche malgré le cessez-le-feu, dénonce A.I.

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La bande de Gaza rasée par les bombardements israéliens.

Amnesty International (AI) a rendu public le communiqué ci-dessous sur les massacres qui ont lieu à Gaza. Elle parle d’un génocide en cours.

Plus d’un mois après l’annonce d’un cessez-le-feu et la libération de tous les otages israéliens en vie, les autorités israéliennes continuent de commettre un génocide contre les Palestinien·ne·s dans la bande de Gaza occupée en continuant de soumettre délibérément ces personnes à des conditions de vie destinées à provoquer leur anéantissement physique, sans montrer aucun signe de changement dans leurs intentions, a déclaré Amnesty International le 27 novembre.

Dans un document publié le 27 novembre, l’organisation présente une analyse juridique du génocide en cours, ainsi que les témoignages de personnes vivant sur place et de membres du personnel médical et humanitaire soulignant les conditions toujours désastreuses dans lesquelles vivent les Palestinien·ne·s à Gaza.

Le génocide perpétré par Israël n’a pas pris finAgnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International.

« Le cessez-le-feu risque de créer l’illusion dangereuse d’un retour à la normale pour les gens qui vivent à Gaza. Si les autorités et les forces israéliennes ont réduit l’ampleur de leurs attaques et autorisé l’entrée d’une aide humanitaire limitée à Gaza, le monde ne doit toutefois pas se laisser berner. Le génocide perpétré par Israël n’a pas pris fin », a déclaré Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International.

En décembre 2024, Amnesty International a publié une étude approfondie concluant qu’Israël commettait un génocide à Gaza, expliquant qu’Israël avait perpétré trois actes interdits par la Convention sur le génocide, avec l’intention spécifique de détruire les Palestinien·ne·s à Gaza, notamment en les tuant, en leur causant des dommages physiques et mentaux graves et en leur infligeant délibérément des conditions de vie calculées pour provoquer leur destruction physique.

Actuellement, malgré une réduction de l’ampleur des attaques et quelques améliorations limitées, on ne constate aucun changement significatif dans les conditions infligées par Israël aux Palestinien·ne·s à Gaza, et rien n’indique que les intentions d’Israël aient changé.

« Israël a infligé de terribles dommages aux Palestinien·ne·s à Gaza en se livrant à ce génocide, notamment avec deux années de bombardements incessants et de famine systématique délibérée. À ce jour, rien n’indique qu’Israël prenne des mesures sérieuses pour remédier aux conséquences mortelles de ses crimes, ni que ses intentions aient changé. En réalité, les autorités israéliennes poursuivent leur politique impitoyable, restreignant l’accès à l’aide humanitaire vitale et aux services essentiels, et imposant délibérément des conditions calculées pour détruire physiquement les Palestinien·ne·s à Gaza », a déclaré Agnès Callamard.

Au moins 327 personnes, dont 136 enfants, ont été tués depuis l’annonce du cessez-le-feu

Au moins 327 personnes, dont 136 enfants, ont été tués lors d’attaques israéliennes depuis l’annonce du cessez-le-feu, le 9 octobre. Israël continue de restreindre l’accès à l’aide et aux fournitures de secours essentielles, notamment aux fournitures médicales et aux équipements nécessaires à la réparation des infrastructures vitales, violant ainsi de multiples décisions rendues par la Cour internationale de justice (CIJ), dans l’affaire intentée par l’Afrique du Sud pour empêcher le génocide perpétré par Israël, demandant à Israël de veiller à ce que les Palestinien·ne·s aient accès à l’aide humanitaire. En janvier 2024, la CIJ a estimé que les droits des Palestinien·ne·s au regard de la Convention sur le génocide, en ce qui concerne leur survie, étaient vraisemblablement menacés.

La probabilité objective que les conditions actuelles conduisent à l’anéantissement des Palestinien·ne·s à Gaza persiste, compte tenu en particulier de la vulnérabilité accrue de la population aux problèmes de santé et à la propagation de maladies après des mois de famine causée par des années de blocus illégal et plusieurs mois de siège total au cours de l’année.  Cela a créé des conditions pouvant entraîner la mort lente des Palestinien·ne·s en raison du manque de nourriture, d’eau, de logement, de vêtements et d’installations sanitaires. 

Malgré quelques améliorations très limitées, Israël continue de restreindre sévèrement l’entrée des fournitures et le rétablissement des services essentiels pour la survie de la population civile, notamment en bloquant l’entrée des équipements et des matériaux nécessaires à la réparation des infrastructures vitales et à l’enlèvement des munitions non explosées, des décombres contaminés et des eaux usées, qui présentent tous des risques graves et potentiellement irréversibles pour la santé publique et l’environnement.  Israël restreint également la distribution de l’aide, notamment en n’autorisant pas certaines organisations à fournir des secours dans la bande de Gaza. Il ne suffit pas d’augmenter le nombre de camions entrant à Gaza. Selon le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires, si les ménages peuvent maintenant faire deux repas par jour (contre un seul en juillet), la diversité alimentaire reste faible, l’accès à des aliments nutritifs tels que les légumes, les fruits et les protéines étant toujours hors de portée pour de nombreuses familles, et des produits comme les œufs et la viande étant rares et inabordables.

Le déplacement systématique des Palestinien·ne·s hors des terres fertiles par Israël se poursuit sans relâche, l’armée israélienne étant actuellement déployée sur environ 54 à 58 % de la bande de Gaza.  Israël n’a pas cessé de limiter sévèrement l’accès des Palestinien·ne·s à la mer. Israël n’a pris aucune mesure pour remédier aux conséquences de la destruction massive des terres agricoles et du bétail au cours des deux dernières années. Cela signifie au total que les Palestinien·ne·s sont pratiquement privés de tout accès indépendant à des moyens de subsistance.

« Les Palestinien·ne·s restent confinés dans moins de la moitié du territoire de Gaza, dans les zones les moins propices à la subsistance, et l’aide humanitaire reste fortement restreinte. Aujourd’hui encore, malgré les avertissements répétés d’organismes internationaux, trois séries de décisions juridiquement contraignantes de la CIJ et deux avis consultatifs de la CIJ, et malgré les obligations qui incombent à Israël au titre du droit international humanitaire et du droit international relatif aux droits humains, à la fois en tant que puissance occupante et en tant que partie à un conflit armé, Israël continue délibérément de ne pas fournir à la population civile de Gaza les fournitures nécessaires ou d’empêcher que ces fournitures lui parviennent », a déclaré Agnès Callamard.

De plus, les autorités israéliennes n’ont pas mené d’enquêtes ni engagé de poursuites contre les personnes soupçonnées d’être responsables d’actes de génocide, ni amené les responsables qui ont tenu des propos génocidaires à rendre des comptes. Le cessez-le-feu résulte lui-même de pressions internationales, notamment de la part des États-Unis, et non d’un changement explicite de position de la part d’Israël.

Israël doit lever le blocus inhumain qu’il impose

« Israël doit lever le blocus inhumain qu’il impose et doit garantir un accès sans entrave à la nourriture, aux produits médicaux, au carburant, et aux matériaux de reconstruction et de réparation. Israël doit également déployer des efforts concertés pour réparer les infrastructures cruciales, rétablir les services essentiels, fournir des abris adéquats aux personnes déplacées et veiller à ce qu’elles puissent retourner chez elles », a déclaré Agnès Callamard.

Ces dernières semaines, certains signes ont indiqué que la communauté internationale relâchait la pression exercée sur Israël pour qu’il cesse de commettre des violations. La résolution récemment adoptée par l’ONU sur l’avenir de Gaza ne contient pas d’engagements clairs visant au respect des droits humains ou à la reddition de comptes pour les atrocités commises. Récemment, le gouvernement allemand a invoqué le cessez-le-feu pour annoncer la levée, à compter du 24 novembre, de la suspension de la délivrance de certaines licences d’exportation d’armes vers Israël. Un vote prévu sur la suspension de l’accord commercial entre l’Union européenne et Israël a également été stoppé.

« Ce n’est pas le moment d’alléger les pressions exercées sur les autorités israéliennes. Les dirigeant·e·s mondiaux doivent démontrer qu’ils sont véritablement déterminés à respecter leur devoir d’empêcher le génocide et de mettre fin à l’impunité qui alimente depuis des décennies les crimes perpétrés par Israël sur l’ensemble du territoire palestinien occupé. Ils doivent suspendre tous les transferts d’armes vers Israël jusqu’à ce que ce pays cesse de commettre des crimes de droit international.  Ils doivent faire pression sur les autorités israéliennes pour qu’elles permettent aux observateurs·trices des droits humains et aux journalistes de se rendre à Gaza afin de garantir la transparence des informations sur les conséquences des actions d’Israël sur la situation dans la bande de Gaza », a déclaré Agnès Callamard.

« Les hauts responsables israéliens qui ont orchestré, supervisé et commis matériellement le génocide sont toujours au pouvoir.  Le fait de ne pas démontrer qu’eux-mêmes ou leur gouvernement devront rendre des comptes leur donne de fait toute latitude pour poursuivre le génocide et commettre d’autres violations des droits humains à Gaza et en Cisjordanie, notamment à Jérusalem-Est. »

 Le cessez-le-feu ne doit pas servir à masquer le génocide auquel Israël continue de se livrer.

« Le cessez-le-feu ne doit pas servir à masquer le génocide auquel Israël continue de se livrer. La ligne de conduite habituelle d’Israël à Gaza, notamment son refus délibéré et illégal d’apporter une aide vitale aux Palestinien·ne·s, dont beaucoup sont blessés, souffrent de malnutrition et risquent de contracter des maladies graves, continue de menacer leur survie. La communauté internationale ne peut pas se permettre la complaisance : les États doivent maintenir la pression sur Israël pour qu’il autorise un accès sans entrave à l’aide humanitaire, lève son blocus illégal et mette fin au génocide en cours. Les entreprises doivent immédiatement suspendre toute activité qui contribue ou qui est directement liée au génocide perpétré par Israël », a déclaré Agnès Callamard.

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Le littéraire et le politique

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Sansal
Boualem Sansal retrouve la liberté

« Comme tous les hommes de Babylone, j’ai été proconsul. Comme eux tous, esclave, j’ai connu comme eux tous l’omnipotence, l’opprobre, les prisons ». Frictions de Jorge Luis Borges.

Nous nous réjouissons de la libération de l’écrivain Boualem Sansal de la prison. Après sa libération pour des raisons humanitaires d’après les autorités algériennes, ses différentes déclarations d’ailleurs assez controversées sur l’Algérie posent au moins un problème différentiel entre la littérature et la politique.

Plus que toute chose, certaines de ses déclarations diffusées dans les réseaux sociaux marquent à tel point l’étrangeté de sa personnalité par ailleurs écartelée par les extrémités des personnages du proconsul et de l’esclave selon la fiction de Borges, mais des déboires d’une parole malheureuse. Certes, je n’ai pas lu tous ses romans pour juger de l’effet littéraire auquel est soumis tout lecteur, mais par contre, je retiens tout simplement la contradiction de ses propos.

Dans ses différents entretiens, on sent que l’écrivain Boualem Sansal est attiré d’une façon foudroyante par les mœurs de la société algérienne ou, pour ne pas dire, par la chaleur du peuple lorsqu’il raconte ses activités durant son séjour dans la prison de Koléa. On est loin des vindictes populaires contre des personnalités que l’État doit protéger lorsqu’il s’enthousiasme par ailleurs d’avoir été un éducateur sportif des jeunes et moins jeunes détenus islamistes, kabylistes, etc. Et, il s’est même vu octroyer le privilège, en tant que professeur de mathématiques et de physique, de préparer les candidats à l’examen du Bac algérien.

Dans cette longue litanie miséricordieuse, il reconnait avoir été très bien traité par les médecins algériens qui ont par ailleurs diagnostiqué un cancer de la prostate. Beaucoup mieux traité que beaucoup d’autres détenus qui rapportent autrement les conditions exécrables de leur détention, hélas !

L’écrivain se fourvoie dans des domaines qu’il ne maitrise pas du tout. Nous ne saurions lui faire la moindre ingratitude envers ses choix littéraires ou ses cercles d’amitié, mais toujours est-il qu’il est incompréhensible de parler de l’histoire algérienne en attribuant à la symbolique du Makhzen une grandeur injustifiée alors qu’il a de tout temps été soumis à la pression des tribus berbères.

Il faut bien rappeler que durant l’anarchie marocaine sous les Alaouites, l’État était réduit à un minuscule carré du bâti de Fès. Donc, il serait hasardeux de parler de frontières d’État ou de leur limite si on ne prend pas en compte la fluctuation des influences politiques et idéologiques.

Il serait même impardonnable de ne pas reconnaitre que les convoitises du Makhzen sur l’ouest algérien ont toujours provoqué l’hostilité des populations locales. On peut citer de multiples exemples des enchevêtrements tribaux qui ont pesé sur la destinée des régions nord-africaines et sahariennes.

Parmi ces exemples, on peut pour toujours rappeler l’imbroglio politico-parental de Bocchus et de Jugurtha dans l’Antiquité, les guerres incessantes entre Mérinides et Zianides, et même le grand Moulay Ismaïl a été défait en Oranie par le bey de Mascara Mustapha Bouchelagham. Et, d’est vers l’ouest et du nord au sud, il y a eu autant de secousses politiques et guerrières d’où il est impossible de fixer une centralité maghrébine.

Les aventures militaires de l’émir Abdelkader contre l’armée française, et en toute proportion gardée, ressemblent étrangement à celles de l’Antiquité numido-maure. Une fois rappelé cela, il convient de dire que la fiction littéraire qui nous fait rêver peut se saisir à la manière d’un Kafka, d’un Gabriel Marquez, etc., pour transposer la réalité cruelle du pouvoir absolu. Alors, lutter contre un régime autoritaire ne veut pas dire renoncer à sa patrie.

L’écrivain russe Soljenitsyne, qui a pourtant connu le goulag, est bien retourné vivre dans son pays natal après son exil américain. À la manière de Jack London dans « L’appel de la forêt », faute de l’exercice de la Raison pure (Le cabaret de la dernière chance), nous demandons aux autorités algériennes d’accorder un élargissement total à toute l’opposition algérienne et même d’ouvrir un dialogue avec les islamistes radicaux et les Makistes. Hélas! il en parle étrangement de la Kabylie et de la problématique berbère dont le grand punicologue, M’hamed Fanter s’est offusqué de l’exclusivité que se sont octroyée certains Berbéristes.

Sur ce plan, nous préférons l’encouragement adressé par Mouloud Mammeri au militant guanche Antonio Cubillo, un réfugié canarien non berbérophone.

Fatah Hamitouche

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« L’affaire Ben Barka » : un demi-siècle de mensonges mis à nu

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L'affaire Ben Barka

Dans L’Affaire Ben Barka : la fin des secrets, Stephen Smith et Ronen Bergman livrent une enquête monumentale qui retrace, archives inédites à l’appui, les coulisses d’un crime où se croisent espions, barbouzes et diplomaties parallèles. Une plongée saisissante dans la fabrique du mensonge d’État.

Soixante ans après la disparition de Mehdi Ben Barka, l’ancien leader de la Tricontinentale, ces deux écrivains lèvent le voile sur l’un des mystères les plus obscures de la politique franco-marocaine. Pas seulement, il met en lumière des interconnexions jamais révélées jusqu’à présent.

Secret-défense

« A 12h15, l’opposant marocain et l’étudiant Azemouri tournent au coin de la rue du Dragon et du boulevard Saint-Germain en direction de la brasserie Lipp. Lopez qui reconnaît Ben Barka malgré son accoutrement, le signale à Souchon. L’inspecteur s’avance pour aborder l’opposant marocain devant l’hôtel Taranne. Il exhibe sa carte de police et lui demande s’identifier à son tour – ce que Ben Barka fait- avant de l’inviter, d’un geste en direction du porche de l’hôtel, à sortir du flot des passants. Azemouri s’apprête à montrer également son passeport et à suivre le mouvement, mais l’inspecteur lui dit : « Non, pas vous. Voulez-vous nous laisser un instant ? »… C’était la dernière fois que l’étudiant allait voir Ben Barka.

En fait, Mehdi Ben Barka, figure charismatique de l’Istiqlal était attiré en ces lieux. On lui « vend » une participation centrale dans un film militant, intitulé Basta. Un piège en réalité. Deux policiers viennent à sa rencontre. Quelques minutes plus tard, il disparaît. Ben Barka espérait une monarchie constitutionnelle, voire renverser le roi Hassan II, mais celui-ci avait toujours un coup d’avance.

Depuis, l’affaire le secret-défense et la raison d’Etat ont prévalu depuis 60 ans. L’assassinat de Ben Barka aura été entouré toutes ces années de fantasmes d’espionnage, de silences officiels, de dénis politiques les plus cyniques et de mensonges. Chaque génération croit toucher au cœur du mystère… avant que les ombres ne se referment. Il nous apprend notamment que Ben Barka travaillait pour le StB, les services secrets de la Tchécoslovaquie. D’ailleurs l’exploitation des archives de ces services aura été capitale dans la découverte d’un pan entier du parcours du leader marocain.

Brillant, Mehdi Ben Barka était un électron libre. Il croyait à son étoile. Il volait de capitale en capitale dans cette époque des années 60 où les pays nouvellement indépendants entendaient s’organiser et s’affranchir des anciennes tutelles coloniales.

Raconter l’indicible

Avec L’Affaire Ben Barka : la fin des secrets, les deux journalistes Stephen Smith et Ronen Bergman relèvent un défi que d’autres ont jugé irréalisable : démêler soixante années d’intox, de manipulations et de secrets partagés entre Paris, Rabat, Tel-Aviv et… Prague. Leurs sources ? Des archives restées verrouillées des décennies, des témoignages confidentiels de première main, et des documents issus d’administrations qui, longtemps, n’avaient aucun intérêt à rouvrir le dossier. Ce livre est un travail de longue haleine. Ecrit à l’américaine, avec des histoires invraisemblables dans ce récit central haletant qu’est l’enlèvement puis l’assassinat de Ben Barka.

Le résultat ressemble à une fresque d’espionnage où chaque détail compte. Un récit où l’on voit apparaître, comme sur une carte secrète, les ramifications d’une opération bien plus structurée que ce que l’on imaginait jusqu’ici. L’Affaire Ben Barka : la fin des secrets, nous apprend beaucoup de choses sur les régimes qui se piquent d’être démocratiques, mais surtout qu’on ne fraye pas avec les services étrangers sans risquer d’en payer le prix le plus élevé.

Le rôle des services marocains… et l’ombre incoupçonnable du Mossad

Hassan II était prêt à tout pour faire taire son ancien enseignant de mathématiques. Il aurait même proposé à l’Algérie de l’échanger avec le colonel Sadek qui s’était réfugié au Maroc en 1964 pendant la guérilla que menait le FFS contre le régime de Ben Bella et Boumediene. Toutefois, si Ben Barka était soutenu sous Ben Bella ce ne sera plus le cas après le coup d’Etat du 19 juin, selon les auteurs de ce livre.

Si l’on savait que les services marocains étaient au cœur de l’affaire, Smith et Bergman mettent en lumière un acteur resté dans l’ombre : le Mossad, le service de renseignement israélien. Loin d’un simple rôle périphérique, l’agence israélienne aurait participé à la logistique de l’opération, offrant moyens, expertise et couverture. Une collaboration née d’intérêts géopolitiques précis, à une époque où le Maroc et Israël entretenaient déjà des liens secrets. En contrepartie de cette implication logistique du Mossad, selon les auteurs, le roi Hassan II a offert à Israël les enregistrements de la réunion de la Ligue arabe qui a eu lieu le 13 septembre 1965 à Casablanca.

Cette révélation dit toutes les compromissions de l’époque. Ce n’est plus seulement l’histoire d’une disparition orchestrée par un régime autoritaire, mais celle d’une alliance stratégique qui déplace les frontières du récit.

La France, collatérale ou complice ?

On s’en doutait. Le livre le démontre : la France ne pouvait pas ne rien savoir. Entre services intérieurs débordés, police embarrassée et sommets de l’État tétanisés par la situation, Smith et Bergman dessinent une France coincée entre prudence diplomatique et compromissions tacites. Le récit, précis, montre comment un enlèvement en plein Paris a pu être rendu possible par une accumulation de renoncements.

Au fil des pages, l’image de la Ve République se fissure. Le « mystère Ben Barka » cesse d’être un accident de l’histoire : il devient un révélateur brutal des zones grises du pouvoir gaullien. Le livre rappelle le parallèle avec l’enlèvement du colonel Argoud, un des chefs de la sinistre OAS, en Allemagne vers la France.

Un livre qui bouscule la mémoire

Plus qu’une enquête, L’Affaire Ben Barka : la fin des secrets agit comme un électrochoc mémoriel. Il rétablit le rôle d’acteurs longtemps relégués au second plan — comme les généraux Ahmed Dlimi, Oufkir ou Chtouki (pseudonyme) — et propose une relecture de l’affaire qui oblige à dépasser les récits officiels. On y découvre un réseau d’intérêt qui, jusqu’à aujourd’hui, a réussi à masquer ses responsabilités. Il nous rappelle les basses œuvres de Hassan II. Le roi était prêt à tout pour garder son royaume : tirer sur les manifestants comme à Casablanca, ouvrir les pires centres de tortures, comme Tazmamart…

Le livre de plus de 500 pages publié chez Grasset ressuscite des parties ignorées de Mehdi Ben Barka : un intellectuel brillant, un stratège politique redouté, un homme dont l’aura révolutionnaire dépassait largement les frontières du Maroc.

Un polar bien réel

Ce qui frappe dans le travail de Smith et Bergman, c’est sa puissance narrative. Les deux auteurs passent au scalpel les moindres faits et détails. Toute la galaxie de personnages aussi interlopes les uns que les autres est présentée avec force détails. L’ouvrage se lit comme un roman noir international : faux papiers, voitures banalisées, rendez-vous clandestins, filatures, rivalités de services secrets… Mais ici, tout est vrai. Ou plutôt : tout est documenté, recoupé, vérifié. Comme pour ne pas laisser le moindre doute, les deux auteurs donnent leurs sources dans une partie « Note » particulièrement copieuse.

Ce livre est un vrai pavé dans la marre des pratiques sombres des services de renseignement. Faut-il s’en étonner ? Bob. Mais il nous oblige à regarder avec plus d’acuité les rapports qui régissent les régimes. Il brise, peut-être pour la première fois, un mur de silence qui survivait à tous les pouvoirs.

Et surtout, parce qu’il rappelle que Ben Barka n’a jamais été seulement une victime : il fut une voix qui dérangeait d’abord Hassan II mais aussi certaines capitales. Avec sa disparition, il y a eu celle de la Tricontinentale mais aussi une certaine idée de l’opposition marocain au règne du roi du Maroc. Maintenant qu’un important coin du voile est levé sur cet assassinat, quelle suite donner ?

Le Comité pour la vérité dans l’enlèvement et la disparition de Mehdi Ben Barka a été réactivé par Bachir Ben Barka, le fils du leader marocain afin de connaître toute la vérité. « Les éléments d’information existent. Au Maroc, où des témoins et des acteurs directs de cet assassinat sont encore en vie et refusent de parler. Aux Etats-Unis, où les dossiers de la CIA sur l’affaire sont volumineux. En France enfin, où le secret défense a toujours empêché la divulgation des documents permettant d’analyser le degré d’implication de l’Etat et des services secrets », avait-il déclaré au journal Le Monde

Yacine K.

L’Affaire Ben Barka : la fin des secrets, Stephen Smith et Ronen Bergman, Grasset éditions

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Tunisie : Kaïs Saïed convoque l’ambassadeur de l’UE et durcit le ton diplomatique

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Le président tunisien Kais Saïd a convoqué l’ambassadeur de l’Union européenne (UE) à Tunis, Giuseppe Perrone
Le président tunisien Kais Saïd a convoqué l’ambassadeur de l’Union européenne (UE) à Tunis, Giuseppe Perrone.

Le torchon brûle-t-il entre la Tunisie et l’Union européenne ? 25 novembre 2025, le président tunisien Kaïs Saïed a convoqué l’ambassadeur de l’Union européenne (UE) à Tunis, Giuseppe Perrone, pour lui remettre une protestation sévère.

La présidence a dénoncé un non-respect des règles diplomatiques et des contacts menés hors des cadres officiels, en référence à la récente rencontre de l’ambassadeur avec Nour Eddine Taboubi, secrétaire général de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT). Cette centrale syndicale, forte d’un million de membres, est un acteur historique du dialogue social en Tunisie, ayant contribué au processus ayant valu à l’UGTT le prix Nobel de la Paix en 2015.

Le geste de Kaïs Saïed illustre une volonté claire de contrôler les interactions diplomatiques, de rappeler la primauté de la « souveraineté nationale », voire de couper tout contact entre les organisations tunisiennes avec l’étranger. Donc leur étouffement. Pour la présidence, toute initiative étrangère auprès d’acteurs civiques ou syndicaux sans autorisation constitue une ingérence inacceptable.

Cette décision s’inscrit dans un contexte de tensions internes et diplomatiques. Depuis son accession au pouvoir, Kais Saïd a concentré les pouvoirs exécutifs, dissous le Parlement et limogé des dizaines de juges, mesures qualifiées par ses détracteurs de « coup d’État complet ». Parallèlement, les autorités ont lancé une campagne de contrôle sur la société civile, accusant plusieurs ONG et associations d’avoir reçu des financements étrangers. Jusqu’ici, 14 organisations ont été suspendues, parmi elles “Femmes démocrates” et le “Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux”. Amnesty International a dénoncé des mesures jugées sévères, incluant arrestations arbitraires, gels d’avoirs et restrictions financières.

Malgré ce climat répressif et autoritaire, le peuple tunisien est sorti massivement dans la rue. Le 22 novembre, une marche a rassemblé plusieurs milliers de citoyens dénonçant la concentration des pouvoirs et la restriction des libertés. Les slogans portaient des messages clairs : « Libertés… libertés… l’État policier est terminé », « Asphyxiés ! », ou encore « Assez d’abus ! ». Selon les observateurs, la diversité des participants révèle une rare unité contre le président, malgré la crainte de répression.

La rencontre diplomatique reprochée entre l’ambassadeur de l’UE et l’UGTT illustre également un dilemme majeur pour l’Union européenne : maintenir son soutien à la société civile tunisienne tout en respectant la souveraineté proclamée par le pouvoir. Ce rappel marque un signal fort pour les relations UE–Tunisie, où les canaux traditionnels de dialogue et de coopération pourraient être remis en question ou fortement encadrés à l’avenir.

Pour les syndicats, les ONG et les acteurs civiques, l’incident souligne la fragilité de l’espace public tunisien : toute initiative externe ou interne jugée critique pourrait être perçue comme une ingérence, et les marges de manœuvre se réduisent face à une centralisation du pouvoir et à une répression croissante.

Cette affaire de crispation diplomatique met en lumière un double défi : pour le pouvoir tunisien, affirmer sa souveraineté et contrôler totalement le dialogue national ; pour la communauté internationale, notamment l’UE, préserver le soutien à la société civile sans provoquer de tensions diplomatiques majeures. Elle reflète également la crise politique, économique et sociale persistante en Tunisie, où les contestations populaires se multiplient malgré la pression exercée sur les institutions, les syndicats et les ONG.

Mourad Benyahia 

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Interpellation puis remise en liberté du journaliste Saad Bouakba 

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Saad Bouakba
Saad Bouakba. Crédit photo : El Hiwar.

Le journaliste Saad Bouakba, figure emblématique de la presse algérienne âgée de 79 ans, a été brièvement interpellé ce mercredi à son domicile, avant d’être relâché en fin de journée. L’information, d’abord annoncée par le journaliste Ali Boukhlef et relayée par l’universitaire et militant politique Fodil Boumala, a suscité de nombreuses réactions dans le milieu médiatique et sur les réseaux sociaux.

Selon les premiers éléments rapportés par Boumala, l’interpellation est survenue vers 17 h 45 au domicile de Bouakba, dans le quartier d’Ouled Fayet. La famille du journaliste a confirmé son arrestation sans fournir de détails supplémentaires dans l’immédiat.

La soirée a été marquée par de nouvelles clarifications. Abdelhak Lalegue,  responsable éditorial de Vision TV–chaîne privée auprès de laquelle Saad Bouakba a récemment accordé une série d’entretiens retraçant six décennies de carrière et de témoignages sur la vie politique algérien—a confirmé que Bouakba avait été convoqué dans la journée par la brigade de gendarmerie de Bir Mourad Raïs. Le journaliste s’est présenté aux enquêteurs, qui l’ont auditionné dans un cadre qualifié de « tout à fait normal ». Il se trouvait, au moment du dernier communiqué, chez lui entouré de ses proches. Lalegue a précisé que Bouakba devra néanmoins se présenter ce jeudi devant le procureur de la République près le tribunal de Bir Mourad Raïs.

Les raisons exactes de cette interpellation provisoire n’ont, pour l’heure, pas été rendues publiques. L’affaire intervient alors que les récentes interventions médiatiques de Saad Bouakba ont largement circulé, notamment ses propos revenant sur les coulisses de la scène politique et les pratiques du champ médiatique depuis les années 1960.

L’audition prévue demain devrait permettre de clarifier la nature de la procédure en cours. En attendant, la situation reste suivie de près par les milieux journalistiques et les observateurs de la liberté de la presse en Algérie.

Samia Naït Iqbal

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Le journaliste Saad Bouakba interpelé

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Saad Bouakba
Saad Bouakba embastillé. Crédit photo : DR

Le journaliste et écrivain Saad Bouakba a été interpellé chez lui aujourd’hui mercredi.

L’arbitraire et la répression ponctue le quotidien des Algériens qui s’expriment librement. Saad Bouakba (79 ans) accordé une série d’entretiens à Vision Tv où il a déroulé l’histoire du pays et les arrière-cours du pouvoir et de ses hommes depuis l’indépendance du pays. Dans un de ses enregistrement, le journaliste a dressé un portrait élogieux de Krim Belkacem, assassiné le 18 octobre à Francfort, en Allemagne, par des sicaires du pouvoir de Boumediene.

Le journaliste a été relâché en fin de journée et convoqué, demain, par la justice, rapporte Abdelhak Lalag, rédacteur en chef de la chaine VisionTV.

Il est utile de rappeler que l’Algérie vit sous une insupportable chape de plomb. Aucune expression libre n’est tolérée par le pouvoir d e la dyarchie Tebboune-Chanegriha. La presse a renoncé à son impertinence, préférant plier l’échine, voire louer le pouvoir au prix de quelques pages de publicité. La société civile est mise au pas. Près de 250 prisonniers d’opinion croupissent derrière les barreaux. L’un d’entre eux, Cherif Mellal, mène depuis 9 jours une grève de la faim contre l’arbitraire dont il est victime.

Sofiane Ayache

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