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Crise algéro-française : Tebboune reçoit Ségolène Royal

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Le chef de l’Etat Abdelmadjid Tebboune, a reçu ce mardi 27 janvier à Alger Mme Ségolène Royal, présidente de l’Association France-Algérie (AFA), lors d’une rencontre en tête-à-tête, élargie par la suite à plusieurs responsables algériens.

Hormis Anne-Claire Legendre, Envoyée spéciale et conseillère du président Emmanuel Macron, C’est la première personnalité politique française à être reçue par les autorités algériennes. Et pour cause ? Elle est présidente de l’AFA.

Arrivée à Alger lundi soir, selon la télévision nationale, l’ancienne ministre socialiste et ex-candidate à l’élection présidentielle française effectue cette visite, a l’initiative de la Chambre de Commerce et d’Industrie algéro-francaise  (CCIAF), dans le cadre de discussions économiques et politiques visant à définir des perspectives plus lisibles en matière de coopération et de relations bilatérales. Cette démarche intervient dans un contexte marqué par une dégradation notable des relations diplomatiques entre Alger et Paris, mais aussi par une volonté affichée de renouer le dialogue.

Même si elle est de peu d’influence en France et sa voix inaudible, Ségolène Royal bénéficie, selon plusieurs observateurs, d’un préjugé favorable tant auprès de l’opinion publique algérienne que des autorités du pays. Un capital de confiance qu’elle entend mettre à profit pour contribuer, en marge des canaux officiels, à la reconstruction de liens mis à mal ces dernières années. Le quotidien Le Monde souligne à ce titre qu’elle ambitionne d’incarner une « ligne réconciliatrice » entre les deux pays, en s’appuyant sur son parcours politique et associatif.

La question mémorielle occupe une place centrale dans l’approche de Mme Royal depuis sa prise de fonctions à la tête de l’Association France-Algérie, en remplacement d’Arnaud Montebourg. « Certains crimes de la colonisation, certaines blessures, n’ont pas été nommés, ni réparés, ni excusés. Elles doivent l’être par la France comme l’ont fait d’autres pays». Par  cette déclaration rappelée par le journal parisien du soir, la présidente de l’AFA affirme sa volonté de placer cet enjeu au cœur de son action.

À travers cette visite et les échanges engagés à Alger, l’Algérie et la France semblent ainsi explorer des voies alternatives et complémentaires aux cadres institutionnels classiques, dans l’espoir d’apaiser les tensions, de démêler l’écheveau inextricable, de restaurer la confiance et de jeter les bases d’un partenariat plus équilibré et tourné vers l’avenir. Mais pour ce faire, il faut être deux.

La rédaction

L’Espagne va régulariser plus de 500 000 sans papiers

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Le gouvernement espagnol a validé mardi l’ouverture d’un vaste processus de régularisation destiné aux migrants en situation irrégulière déjà installés sur le territoire. Cette initiative pourrait permettre à plus de 500 000 sans papiers d’accéder à un statut légal.

A l’heure où dans le reste de l’Europe on parle d’expulsions et de politique anti-immigration, l’Espagne montre la voie. La ministre des Migrations, Elma Saiz, a salué une décision « historique », affirmant qu’elle s’inscrivait dans la volonté de l’exécutif de consolider « un modèle migratoire respectueux des droits humains et compatible avec le dynamisme économique du pays ».

Concrètement, le Conseil des ministres a donné son feu vert à l’élaboration d’un décret royal. Celui-ci ouvrira la voie à la régularisation des migrants arrivés en Espagne avant le 31 décembre 2025, à condition qu’ils puissent prouver au moins cinq mois de résidence ininterrompue et qu’ils ne présentent pas de condamnations judiciaires.

La réforme de la réglementation sur l’immigration prévoit également que les personnes concernées puissent exercer une activité professionnelle dès l’acceptation de leur dossier. Les demandeurs d’asile ayant introduit une demande avant la fin de l’année en cours pourront eux aussi bénéficier de ce dispositif.

Selon la ministre, le dépôt des demandes devrait débuter au mois d’avril et s’étendre jusqu’en juin.

Cette mesure est le fruit d’un accord avec le parti de gauche Podemos. Sa secrétaire générale, Ione Belarra, estime que la régularisation pourrait concerner entre 500 000 et 800 000 personnes.

Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, elle a souligné que ces migrants « vivent déjà en Espagne, mais travaillent sans protection ni droits », qualifiant la réforme de l’une des avancées les plus significatives pour les droits des travailleurs depuis plusieurs années.

L’initiative espagnole intervient dans un contexte européen marqué par un durcissement des politiques migratoires dans de nombreux États membres de l’Union européenne.

Sur le plan économique, l’Espagne affiche pourtant des indicateurs particulièrement favorables. Le pays a enregistré la croissance la plus soutenue parmi les grandes économies de la zone euro au cours des deux dernières années. Les chiffres publiés mardi montrent également que le taux de chômage est passé sous le seuil des 10 % pour la première fois depuis 17 ans.

Avec agences

Tunisie : Hamma Hammami appelle à une « nouvelle révolution» face à la dérive autoritaire

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Dans un entretien accordé au média tunisien Ultra Tunisie, le dirigeant de gauche Hamma Hammami livre une charge sévère contre le pouvoir de Kaïs Saïed, qu’il qualifie d’autoritaire. Il estime que la révolution de 2011 a été vidée de son contenu et plaide désormais pour une nouvelle rupture populaire.

La crise tunisienne ne serait pas une simple phase de turbulence politique. Pour Hamma Hammami, secrétaire général du Parti des Travailleurs, il s’agit d’un basculement historique. Dans un entretien publié le 26 janvier 2026 par Ultra Tunisie, le dirigeant de gauche dresse le portrait d’un pays qu’il juge entré dans une nouvelle ère autoritaire, marquée par l’effacement des contre-pouvoirs et l’érosion continue des libertés.

Selon lui, le système mis en place par le président Kaïs Saïed relève d’un pouvoir personnel concentré entre les mains d’un seul homme. Il y voit une rupture nette avec l’esprit de la révolution de 2011, qui avait ouvert un espace démocratique inédit dans l’histoire contemporaine du pays.

Un pouvoir de plus en plus verrouillé

Hammami décrit un paysage institutionnel profondément déséquilibré. Parlement affaibli, justice sous pression, opposition marginalisée : à ses yeux, les mécanismes de contrôle ont été progressivement neutralisés. Le discours officiel invoquant la souveraineté nationale et la volonté populaire masquerait, selon lui, une réalité plus brutale : la réduction de l’espace politique et la criminalisation croissante de la dissidence.

Il estime que la Tunisie vit aujourd’hui sous un régime qui gouverne davantage par la mise à l’écart et la peur que par le débat et la représentation. Dans cette lecture, les institutions issues de la nouvelle architecture constitutionnelle ne jouent plus leur rôle d’arbitres, mais celui de relais d’un pouvoir centralisé.

Une révolution inachevée, un pays en crise

Sur le terrain économique, le constat est tout aussi sévère. Hamma Hammami évoque un pays fragilisé, lourdement endetté et toujours dépendant de l’extérieur. Malgré les discours officiels sur l’autosuffisance et la souveraineté, il considère que les orientations économiques fondamentales n’ont pas changé.

Revenant sur la séquence ouverte par le soulèvement de 2011, il parle d’une révolution inachevée plutôt que d’un échec. Il rejette fermement la thèse d’une « décennie noire », souvent avancée pour discréditer la période post-révolutionnaire. Pour lui, cette lecture sert surtout à légitimer le retour à un pouvoir autoritaire présenté comme une nécessité.

Selon son analyse, la révolution n’a pas transformé en profondeur les structures économiques et sociales héritées de l’ancien régime. Faute de programme unifié et de direction capable d’imposer des changements radicaux, le système se serait recomposé jusqu’à refermer la parenthèse ouverte en 2011.

L’appel à une nouvelle rupture populaire

C’est dans cette logique qu’il avance l’idée d’une nouvelle révolution populaire. Une transformation qui, selon lui, ne pourrait venir ni de l’appareil militaire ni de pressions étrangères, mais d’une mobilisation large et organisée de la société tunisienne.

Il évoque la nécessité d’une refondation articulée autour de la justice sociale, du contrôle national des richesses, d’un renforcement des services publics et d’une véritable souveraineté économique. Dans ce cadre, il affirme ne rien attendre des prochaines échéances électorales si elles se tiennent dans les conditions actuelles, estimant que le cadre politique ne garantit pas un scrutin réellement libre et pluraliste.

Hammami reconnaît toutefois que le camp du changement traverse une phase de faiblesse. L’opposition, et particulièrement la gauche, est divisée et peine à structurer une alternative cohérente. Il se dit favorable à un front commun des forces progressistes, mais pose une ligne de démarcation claire : aucune alliance avec ceux qui soutiennent le pouvoir actuel.

Dans cette équation politique incertaine, la jeunesse occupe, selon lui, une place centrale. Mais pas une jeunesse réduite à la contestation ponctuelle : il plaide pour une génération formée politiquement, organisée et capable de porter un projet de transformation sur la durée.

À l’horizon qu’il dessine, la Tunisie qu’il appelle de ses vœux serait démocratique, sociale et souveraine, dotée d’institutions réellement représentatives et d’un espace de libertés garanti. Une Tunisie, en somme, où le citoyen ne vit plus sous la menace permanente de la répression ou de l’arbitraire.

Mourad Benyahia 

Davos : les milliardaires se battent sur le dos des pauvres

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Les combats entre les milliardaires américains et européens à Davos n’ont rien fait pour améliorer le sort des pauvres de la planète qui deviennent de plus en plus nombreux selon Oxfam.

Le 19 janvier, soit la journée de l’ouverture du forum économique mondial (FEM) à Davos, l’ONG Oxfam publiait un imposant rapport intitulé Résister au règne des plus riches : Défendre la liberté contre le pouvoir des milliardaires. Leur fortune aurait atteint un record en 2025. Au total, plus de 3 000 milliardaires auraient 18 300 milliards de dollars. En corrigeant ce montant pour tenir compte de l’inflation, ce serait une hausse de 82 % en cinq ans. Les 12 milliardaires les plus riches auraient plus d’actifs que quatre milliards de personnes, soit environ la moitié la plus pauvre de l’humanité.

À l’ouverture du sommet de Davos, Larry Fink, dirigeant de BlackRock, qui en assurait la présidence par intérim, faisait un aveu allant dans le sens des propos d’Oxfam. Les élites mondiales auraient perdu la confiance du public et se trouveraient désormais confrontées à une réalité inconfortable à l’ère du populisme et d’une profonde méfiance à l’égard des institutions. Selon lui, le monde ferait désormais beaucoup moins confiance aux participants de Davos pour façonner leur avenir. Pour être utile à l’avenir, le FEM devait regagner cette confiance.

Un tatami de pauvres

Ce qui s’est passé sur le terrain a donné un sens particulier aux propos de Larry Fink. La présence de la plèbe et la prise en compte des changements climatiques ont été encore moins visibles qu’à l’habitude à Davos. Comme pour faire un pied de nez à Oxfam, les actions et débats sur les inégalités, ou sur l’accumulation de fortunes entre les mains de ces 3000 milliardaires avaient été écartés. Toute référence aux problèmes environnementaux avait été effacée et les tables rondes sur les dérèglements climatiques avaient été supprimées. Les pavillons des ONG, ordinairement présents, avaient même été exclus.

Sans tenir compte de leurs effets sur les pauvres de la planète, les milliardaires des États-Unis et de l’Europe ont donc réglé leurs comptes en public.

L’administration américaine qui était venue en force, avec une délégation estimée à 800 participants, a copieusement insulté les Européens. Au dîner du mardi soir auquel participait 250 convives, les secrétaires d’État au commerce et au Trésor, Howard Lutnick, et Scott Bessent, ont étalés des faits alternatifs intentionnellement humiliants, à un point ou des tables entières de participants européens menés par la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, ont quitté pour marquer leurs désaccords et irritation.

Le lendemain, Donald Trump donnait un discours d’une heure et quinze minutes, décrivant un monde où il était pratiquement infaillible, dans un pays tout puissant demandant soumission et obéissance de tous les Européens. Magnanime, il affirma que les États-Unis ne prendraient pas le Groenland par les armes, mais qu’il s’en souviendrait si on ne le lui donnait pas. Insultant et menaçant à souhait comme ses partisans aiment, ce discours a cependant largement manqué sa cible face à ce public de milliardaires, dirigeants d’entreprises internationales et de docteurs de toutes industries qui tolèrent mal les faits alternatifs.

Un combat pour la démocratie ?

Oxfam affirme qu’avant ce combat de milliardaire, près de la moitié de la population mondiale vivait sous le seuil critique de la pauvreté et que les efforts planétaires pour la faire reculer piétinent depuis 2020. Selon le directeur général d’Oxfam International, Amitabh Behar, les inégalités économiques et politiques peuvent accélérer l’érosion des droits et de la sécurité des personnes.

Les milliardaires auraient 4 000 fois plus de chances d’occuper un poste politique que les gens ordinaires. Ils contrôleraient aussi plus de la moitié des plus grands médias de la planète et la totalité des réseaux sociaux. L’influence de ces milliardaires alimenterait aussi les inégalités et saperait la liberté politique. Il y a aurait jusqu’à sept fois plus de risques de voir la démocratie s’éroder dans un pays fortement inégalitaire que dans un qui l’est moins.

Les pays les plus démocratiques ont cependant gagné à Davos. Donald Trump ne s’attendait pas à la réponse des Européens qui l’a laissé les épaules rivées sur le tatami. Non seulement ils repoussaient le projet américain d’annexion, mais ils ont aussi affirmé leur solidarité au Danemark. Trois fonds suédois et danois ont annoncé se délester de 9 milliards de dollars de bons du Trésor américains. Le chef des devises de la Deutsche Bank a affirmé à ce sujet que l’Europe possédait non seulement le Groenland, mais aussi beaucoup de bons du Trésor américains. Face à la menace d’une surtaxe douanière de 10 % au 1er février pour les sept pays de l’Union européenne et la Grande-Bretagne qui avait chacun envoyé une poignée de soldats au Groenland, l’UE a ensuite menacé d’utiliser pour la première fois son outil anticoercition comparé par sa force à un bazooka.

Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, est venu par la suite sauver la face du président américain qui méritait encore une fois son surnom de TACO, soit de dégonflé (Trumps Always Chickens Out). Le résultat de ce FEM est qu’actuellement environ 51 % des Européens considèrent le président américain comme un ennemi. Les pauvres de la planète ont encore une fois été les grands oubliés de ce sommet annuel à Davos.

Michel Gourd

Révision de la Constitution, nos députés sur le mont Horeb !

Le projet de modification de la constitution prévoyait dix points dénommés « techniques » par le gouvernement. La métaphore utilisée par usage est que la (ou les) dispositions(s) seront ainsi  « gravés dans le marbre ». Je ne pouvais rater cette métaphore des dix commandements gravés sur la table des lois qu’avait brandi Moϊse sur le mont Horeb.

Nous savons que Moïse n’a pas rédigé les dix commandements mais qu’ils ont été révélés et « gravés sur une roche » par la volonté divine !!! Pour la noblesse et la solidité de l’inscription, le récit a transformé la roche en marbre. Dans cette mascarade théâtrale biblique, Tebboune représente le divin, un rôle à sa mesure. 

On nous présente les points de la révision comme étant «techniques » qui ne portent pas sur le fond du texte. Quelle est alors la différence entre le fond et la forme dans une constitution ? Aucune, si on considère que la constitution est la prescription juridique suprême. Toutes les dispositions inscrites dans la norme suprême d’un pays sont normatives dirait monsieur de La Palice. 

De plus, pourquoi un tel tintamarre puisqu’ils seraient  uniquement des outils, des ingrédients, et qu’ils pourraient bien être décidés par un texte réglementaire ? 

Il ne s’agit là que d’un usage sémantique mais pas de droit. Par cet usage, le fond du texte constitutionnel est considéré être la déclaration des valeurs fondamentales des droits humains ainsi que les institutions qui permettent de les mettre en œuvre par une armature opérationnelle d’une démocratie. 

Comme l’égalité entre les citoyens, le droit à se déplacer librement, la liberté syndicale, les fondements de la justice, la souveraineté des citoyens par leur libre choix de leurs représentants élus, la liberté d’opinion, de la presse ou confessionnelle et ainsi de suite sont des dispositions sur le fond selon cet usage. 

Le qualificatif dans l’expression « les droits fondamentaux » sème la confusion pour en arriver à une erreur d’interprétation.  Les dispositions techniques seraient donc seulement des « outils » pour mettre en œuvre des mécanismes afin de pouvoir appliquer les droits et libertés fondamentaux énoncés dans le fond du texte. Nous venons de le préciser, il n’y a en droit aucun mot qui n’ait une valeur inégale dans une constitution. Les outils sont aussi importants que l’œuvre globale.

Toutes les révisions constitutionnelles ont de ce fait une justification politique car qu’est-ce qu’une constitution sinon un texte qui est validé par référendum et modifié par un autre référendum ou par un vote des représentants élus par les citoyens ? Plus politique que cela, y compris dans les parties dites techniques, je ne sais pas ce que c’est.

Nous apprenions tous dans nos études de droit ou de sciences politiques une phrase très connue, « la forme influence le fond ». Et lorsque nous voulions paraître cultivés nous ressortions dans nos copies la célèbre phrase de Victor Hugo, « La forme, c’est le fond qui remonte à la surface». 

Les modifications dites d’ordre « technique » sont, si on n’y prend pas garde, des points qui font basculer une constitution d’un régime à un autre. De la démocratie à la dictature, du parlementarisme au présidentialisme (dans le sens du droit constitutionnel), de l’équilibre des pouvoirs à la constitution d’un exécutif sans contrepouvoir et ainsi de suite.

Un principe dit fondamental est matérialisé par des formulations très courtes. La liberté de ceci ou de cela, le pouvoir institutionnel de tel organe, la souveraineté exprimée par l’élection des représentants parlementaires, le pouvoir de la justice et ainsi de suite.

Les dispositions « techniques », puisque qualifiées comme tel par l’usage, nécessitent un développement très « décortiqué » avec des précisions pléthoriques en nombre. Et cela est un nid de possibilités de déviation du sens donné aux droits fondamentaux. Une autre expression s’invite alors, «  le diable est dans les détails ». 

Une procédure de nomination, une modification des règles de majorité requise, de la durée des mandats, de l’existence d’une motion de censure, de la maitrise de l’ordre du jour, des procédures de nomination, du nombre de représentants élus, de la compétence des institutions de contrôle et ainsi de suite. 

Prenons un exemple : Si la constitution évoque le grand principe de l’indépendance des juges, reste à savoir comment le mettre en œuvre. Quel est le mode de nomination ? Magistrats inamovibles ou non ? Qui a la compétence de la sanction, de la promotion ou de la mutation ? Et ainsi de suite. 

Du choix des réponses dans les questions dites techniques on peut basculer d’une séparation des pouvoirs à une mainmise de l’exécutif et cela même si le sacrosaint principe de la séparation des pouvoirs a été « gravé dans le marbre de la constitution ». Pour illustrer cet exemple, je reprendrai un passage d’un article de presse qui le résume bien à propos d’une disposition de modification du texte constitutionnel algérien :

« La révision touche aussi à la composition du Conseil supérieur de la magistrature, avec la suppression de plusieurs catégories de membres, dont ceux désignés par les présidents des deux chambres du Parlement, les représentants syndicaux et le président du Conseil national des droits de l’homme. En contrepartie, le procureur général près la Cour suprême serait intégré à cette instance.

Une autre proposition concerne la suppression de l’obligation d’obtenir l’avis conforme du Conseil supérieur de la magistrature pour certaines nominations judiciaires, une mesure justifiée par le fait que le chef de l’État préside cette institution ».

La constitution algérienne, photocopie de beaucoup d’autres constitutions, en retient pourtant ce qui fait l’habit démocratique en même temps qu’elle introduit des dispositions qui sont, soit inacceptables, soit truffées de points techniques qui enterrent la démocratie.  

Dans le cas de la modification du texte constitutionnel algérien, à cette remarque d’inutilité s’ajoute une disposition dramatiquement comique. Il existera une exigence d’un niveau d’instruction pour accéder à la fonction exécutive la plus haute du pays. C’est hilarant lorsqu’on pense que c’est Tebboune qui demande et valide cette proposition.

Cette disposition n’a rien à faire dans une constitution, elle est de nature subjective alors que le droit est uniquement d’essence objective. Heureusement !

L’âge requis pour une candidature est un critère objectif, la compétence de diriger un pays, fut-elle jugée par un diplôme est totalement subjective. Et pourquoi pas le critère de la beauté, de la capacité sportive ou artistique ?

Mais de plus, si on pouvait faire un effort pour essayer de comprendre l’utilité de ce genre de subjectivité (c’est dur !), elle ne peut être validée que par le peuple avec leur mandat donné au Président. Le peuple ne connait parfois même pas le diplôme que possède celui qui est leur champion. Ils jugent en fonction de son projet au mieux mais le plus souvent par le charisme de la personne et son origine politique partisane.

Pour exemple, personne ne peut nier la folie et l’inculture de Donald Trump mais personne ne peut également nier qu’il a été élu régulièrement. La constitution est un ensemble de droits objectifs mais le choix d’une personne relève d’un sentiment intérieur, parfois irrationnel.

Ah, j’allais oublier Moïse, celui du début de mon histoire qui représentait le Parlement algérien. Le voyez-vous contester les commandements du divin Tebboune ? Le voyez-vous discuter sur la pertinence de sa validation ou de son rejet ?

Et surtout, le voyez-vous dire sur le Mont Horab, « dis-donc, il y a une faute d’orthographe dans ton texte ! ».

Les représentants élus ont exécuté les ordres du divin Tebboune car ils ne sont pas suicidaires, ils savent que les dix commandements avaient été gravés par la foudre.

Boumediene Sid Lakhdar

​Rencontre sur la révision  de la Constitution : Jil Jadid s’insurge

​Le parti de Lakhdar Amokrane récemment installé à la place de Sofiane Djillali dénonce sa mise à l’écart injustifiée des consultations organisées au Palais des Nations. Jil Jadid y voit un signal négatif pour le pluralisme, au moment où s’engagent des réformes cruciales sur les textes fondamentaux de la République.

​Alors que le Palais des Nations accueillait douze formations politiques pour discuter des amendements techniques de la Constitution et de la refonte de la loi électorale, une absence a particulièrement fait réagir : celle de Jil Jadid. Dans un communiqué aux accents de protestation officielle, le parti fustige une démarche sélective qui semble, selon lui, viser directement ses positions critiques.

​L’argumentaire de Jil Jadid repose sur une réalité institutionnelle concrète. Le parti rappelle qu’il n’est pas une force extra-parlementaire, mais bien une entité représentée au Parlement et au sein de plusieurs collectivités locales. Cette légitimité électorale rend, aux yeux de sa direction, son éviction « étrange » et « injustifiée ».

​Le parti s’interroge ouvertement : cette mesure est-elle une sanction contre sa ligne politique ? En prônant un changement « pacifique et profond », Jil Jadid semble avoir payé le prix de sa clarté au sein de l’opposition nationale.

​Pour les observateurs, cet épisode souligne la fragilité du processus de concertation. 

Le communiqué de Jil Jadid est sans équivoque. Pour cette entité politique cette exclusion contredit l’idée d’un dialogue inclusif et  renforce le déficit de confiance entre le pouvoir exécutif et la classe politique.

​Malgré ce qu’il qualifie de manœuvre d’exclusion, le parti réaffirme son attachement à une « opposition constructive ». Jil Jadid prévient qu’il ne déviera pas de son autonomie de décision, se réservant le droit de dénoncer ou d’appuyer les mesures législatives à venir en fonction de la seule « utilité nationale ».

La rédaction

Massad Boulos à Alger, sur fond d’interrogations sur le dossier sahraoui

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Dans un communiqué diffusé dans la soirée,  l’ambassade des États-Unis en Algérie annonce  l’arrivée de Massad Boulos, conseiller spécial du président américain, sur le sol algérien.

« Nous nous réjouissons de renforcer notre partenariat et de poursuivre notre travail commun en faveur de la paix et de la prospérité dans la région », indique le communiqué de l’ambassade des États-Unis à Alger.

L’annonce de la représentation diplomatique américaine, bien que concise, met en avant deux piliers centraux de la relation algéro-américaine : la paix et la prospérité. Derrière cette formulation diplomatique se dessine une convergence d’intérêts autour d’intérêts communs. Pour Washington, la concertation avec Alger répond à la nécessité de coordonner les approches sécuritaires dans le Sahel et le Maghreb mais aussi d’identifier des opportunités de coopération économique durables. 

Une visite inscrite dans une tournée régionale dense

L’étape algérienne s’inscrit dans un contexte diplomatique plus large, marqué par une tournée intensive de Massad Boulos à travers le Maghreb et certaines zones stratégiques d’Afrique du Nord. Ce déplacement traduit la volonté de Washington de réengager ses partenaires régionaux autour des enjeux de sécurité, de souveraineté économique et de stabilité énergétique.

Quelques heures avant son arrivée à Alger, l’émissaire américain se trouvait à Tunis, où il a été reçu par le ministre tunisien des Affaires étrangères, Mohamed Ali Nafti. Selon des sources médiatiques tunisiennes, les échanges ont porté sur la relance des investissements américains et sur la facilitation des exportations tunisiennes vers le marché américain, dans un contexte économique marqué par la recherche de nouveaux débouchés.

La Libye, pivot énergétique et sécuritaire

En amont de ces étapes maghrébines, Massad Boulos a mené une série de consultations en Libye, alternant entre Tripoli et Benghazi dans ce qui est décrit par les observateurs comme une diplomatie de la navette. Cette séquence visait à maintenir le dialogue avec les deux pôles de pouvoir libyens et à contribuer à la sécurisation des flux énergétiques.

La dimension économique de cette mission a été soulignée par l’annonce d’un accord pétrolier d’envergure impliquant des opérateurs américains et la Compagnie nationale libyenne de pétrole, confirmant l’intérêt stratégique de Washington pour la stabilité du secteur énergétique libyen.

Le dossier du Sahara occidental en filigrane ?

​Alors que certaines sources indiquent que le conseiller diplomatique du président américain, Massad Boulos, pourrait poursuivre sa route vers Rabat — ou qu’il a déjà mené des consultations virtuelles de haut niveau pour préserver l’équilibre délicat sur le dossier du Sahara occidental — son escale algéroise prend une dimension stratégique particulière. Loin d’être isolée, cette visite coïncide de manière significative avec l’arrivée à Alger de Claver Gatete, Secrétaire général adjoint des Nations unies et Secrétaire exécutif de la CEA, reçu en audience le même jour par Abdelmadjid Tebboune.

​Cette concomitance entre les escales algéroises du diplomate onusien et de l’émissaire de Donald Trump ne semble pas fortuite ; elle apparaît comme le prolongement direct des manœuvres opérées en coulisses la semaine dernière à Washington. En effet, la diplomatie américaine y a orchestré des contacts indirects inédits entre le Polisario et des diplomates marocains, une « médiation de proximité » visant à imposer une solution politique pragmatique.

​Dès lors, le lien logique se dessine : après avoir testé la viabilité d’un dialogue à Washington, Massad Boulos se déplace à Alger pour soumettre les conclusions de cette phase exploratoire aux autorités algériennes, acteurs incontournables de l’équation régionale. La présence simultanée du haut responsable de l’ONU, Claver Gatete, viendrait ainsi parachever cette séquence, offrant une caution multilatérale à une initiative américaine qui cherche à lier, sous l’égide des Nations unies, la résolution du conflit sahraoui à la stabilité économique et sécuritaire de l’ensemble de la zone.

Petit rappel. Le 4 août dernier, dans un entretien à un journaliste d’El Watan, Massad Boulos répondait ainsi à une question sur le dossier du Sahara occidental : « Le secrétaire d’Etat Rubio a réitéré que les Etats-Unis reconnaissent la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental et soutiennent la proposition d’autonomie sérieuse, crédible et réaliste du Maroc comme unique base pour une solution juste et durable au conflit. Les Etats-Unis continuent de croire qu’une autonomie réelle sous souveraineté marocaine est la seule solution envisageable. Le secrétaire a réaffirmé l’appel du président Trump aux parties pour qu’elles s’engagent sans délai dans des discussions, en utilisant la proposition marocaine d’autonomie comme seul cadre, pour négocier une solution mutuellement acceptable. » C’est peu dire que le dossier du Sahara occidental est plié selon Washington.

Samia Naït Iqbal

Mohamed Boudia, l’art et la révolution : une mémoire vivante au cœur de Paris

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Le 25 janvier 2026, Rachid Boudia est venu au café littéraire de l’Impondérable évoquer la vie et l’œuvre de son père, Mohamed Boudia, dramaturge, écrivain et militant assassiné à Paris en 1973.

À travers la présentation du livre Mohamed Boudia – Œuvres. Écrits politiques, théâtre et poésie (1962-1973), c’est un hommage vibrant à une figure de la lutte pour l’indépendance algérienne et la cause palestinienne, mais aussi à un homme de culture dont la voix résonne encore aujourd’hui.

Rachid Boudia, fils de Mohamed Boudia, était l’invité de l’écrivain Youcef Zirem au café littéraire de l’Impondérable pour un moment de parole et de mémoire d’une rare intensité, où littérature, histoire et émotion se sont entrelacées. La salle, attentive et silencieuse, semblait suspendue à chaque mot, consciente de la portée d’un récit qui dépasse le simple hommage familial pour toucher à l’histoire collective et aux combats universels. Rachid est venu évoquer la vie de son père, né le 24 février 1932 dans la Casbah d’Alger, berceau de culture et d’effervescence intellectuelle, et assassiné le 28 juin 1973 à Paris, dans le 5ᵉ arrondissement, un acte de violence politique qui reste une cicatrice dans la mémoire de la ville lumière, habituellement symbole des arts, de la pensée et des libertés.

Mohamed Boudia fut à la fois dramaturge, poète, écrivain, journaliste et militant politique, engagé d’abord dans la lutte pour l’indépendance algérienne, puis dans la cause palestinienne, incarnant l’idéal d’un artiste dont l’œuvre et l’action militante sont inséparables. Homme de convictions radicales, il sut traverser des époques troublées en mariant la force de l’écriture à l’exigence de l’engagement. À travers ses pièces, ses articles et ses textes politiques, il a laissé une trace indélébile, mêlant créativité artistique et action militante concrète, au risque de sa vie.

Cette rencontre a également été l’occasion de présenter l’ouvrage Mohamed Boudia – Œuvres. Écrits politiques, théâtre et poésie (1962-1973), publié par les Éditions Premiers Matins de Novembre avec des préfaces de Nils Andersson, Djilali Bencheikh, Jean-Marie Boëglin et de Rachid Boudia. Cet ouvrage, attendu depuis longtemps, restitue enfin la profondeur et l’ampleur d’une œuvre longtemps fragmentée et dispersée, souvent réduite au silence, empêchant la compréhension globale de la pensée et de l’engagement de l’auteur. La réunion de ces textes permet de mesurer la singularité de Mohamed Boudia : un homme dont la création, qu’elle soit dramatique, poétique ou politique, n’a jamais été détachée de son idéal de liberté et de justice, et dont l’héritage continue aujourd’hui d’inspirer autant qu’il questionne.

Le jeudi 28 juin 1973, Mohamed Boudia fut assassiné à Paris, victime d’une opération menée par le Mossad, un acte qui mit brutalement fin à une trajectoire humaine et politique exceptionnelle. Ce meurtre ne fut pas seulement la disparition d’un homme, mais la tentative de faire taire une voix portée par l’art, la lutte et la solidarité internationale. Homme de théâtre et de culture, combattant infatigable de la guerre de libération nationale, il devint par la suite un militant internationaliste engagé aux côtés de la révolution palestinienne en Europe.

Mohamed Boudia traversa une époque brûlante, où les enjeux de la décolonisation, les espoirs de justice sociale et les luttes pour l’émancipation des peuples se croisaient dans des contextes souvent violents et complexes. Sa vie s’est ainsi construite à l’intersection de la culture populaire et de l’action militante, mêlant la force des mots à celle des idées et, parfois, à celle des armes. Entre les années de feu de l’Algérie en lutte et l’émergence d’une solidarité révolutionnaire transnationale, il sut faire de son existence un témoignage vivant de dignité retrouvée, de poésie tendue vers l’espoir et de combats assumés pour une liberté qu’il estimait indivisible.

L’ouvrage présenté permet de replacer la vie et l’œuvre de Mohamed Boudia dans le contexte précis des luttes de libération nationale et internationale. Il offre un accès inédit à ses écrits politiques, à ses pièces de théâtre et à sa poésie, révélant un parcours intellectuel et militant d’une densité remarquable. Mort à seulement 41 ans et longtemps contraint à la clandestinité, Boudia a pourtant produit une œuvre foisonnante, publiée entre 1962 et 1973, dont une large part était restée inédite ou dispersée, jamais réunie ni analysée dans sa globalité. Cet ouvrage comble ainsi un vide important dans la compréhension de sa pensée et de son engagement, restituant la cohérence d’une vie dédiée à la liberté, à l’art et à la justice, et rappelant que la parole de Mohamed Boudia continue de résonner avec force dans le présent.

Ce travail éditorial ne se limite pas à une simple hagiographie destinée à glorifier la figure de Mohamed Boudia. Il s’inscrit au contraire dans une démarche rigoureuse de biographie politique, fondée sur l’analyse de ses propres écrits et sur la mise en perspective de ses actions au sein de mouvements révolutionnaires majeurs. L’ouvrage montre comment Boudia a incarné, dans la vie publique et dans l’intimité de sa création, une cohérence rare entre ses idées, ses engagements et son art. Plus qu’un simple récit de faits, cette biographie à travers les textes permet de comprendre la complexité d’un homme à la fois intellectuel, dramaturge, poète et combattant politique, pour qui la lutte pour la liberté ne pouvait être dissociée de la création artistique. L’approche adoptée souligne la pluralité et la densité de sa pensée, mettant en lumière l’interaction constante entre son engagement militant et sa production littéraire, et offrant ainsi au lecteur une lecture renouvelée de son œuvre et de sa vie, à la croisée de l’histoire, de la poésie et de la politique.

L’échange entre Rachid Boudia et Youcef Zirem fut, comme toujours, d’une intensité remarquable, mêlant rigueur intellectuelle, profondeur historique et émotion palpable. Dès les premières minutes, la conversation a plongé l’auditoire dans un univers où mémoire personnelle et histoire collective se superposaient, offrant une expérience à la fois intime et universelle. Les questions de Youcef Zirem, toujours précises, incisives et exigeantes, ont permis de creuser non seulement les événements historiques mais aussi la dimension humaine et intime de la figure de Mohamed Boudia.

Rachid Boudia a su, avec une authenticité touchante, restituer le parcours de son père, mêlant le récit de l’homme public engagé dans les combats pour l’indépendance algérienne et la cause palestinienne à celui de l’homme privé, sensible et attentif à ses proches. Il racontait avec une sincérité émouvante l’histoire d’un père à la fois illustre par son courage et son engagement, mais aussi profondément humain dans ses affections, happé trop jeune par une barbarie d’autant plus insupportable qu’elle s’était exercée au cœur de Paris, ville symbole de liberté, d’art et d’universalisme. À travers ses mots, le public a pu percevoir la complexité d’un homme qui ne se limitait pas à sa lutte politique : derrière le militant se dessinait un père aimant, un homme sensible, poète, dramaturge et journaliste, profondément attaché à la vie, à ses proches et à ses idéaux. Les anecdotes, parfois drôles, parfois douloureuses, étaient autant de fragments d’une vie où engagement et humanité coexistaient, et chaque souvenir raconté semblait restituer la voix d’un homme dont la disparition prématurée n’a jamais diminué la force et la portée.

Lorsque la parole s’est ouverte aux questions du public, un souffle d’émotion a instantanément traversé la salle, comme si chaque mot prononcé réveillait la présence invisible de Mohamed Boudia. Les questions, parfois personnelles, parfois historiques, ont permis à Rachid Boudia de partager anecdotes et souvenirs avec une intensité touchante, donnant à entendre la voix d’un père disparu trop tôt mais dont l’héritage continue de résonner avec force. Chaque récit, chaque fragment de mémoire, redonnait vie à un homme dont l’existence, bien que tragiquement interrompue, continue de parler au présent, rappelant que certaines trajectoires exceptionnelles transcendent le temps et les lieux.

Parmi les spectateurs, l’écrivain Didier Aubourg avait fait le déplacement depuis la Côte d’Azur, fidèle à ce rendez-vous dominical devenu quasi légendaire, chaque dimanche à 18h, au café littéraire de l’Impondérable, où se rencontrent littérature, histoire et engagement. Cette constance des participants et des lecteurs témoignait de l’importance de ce lieu comme espace de partage, de réflexion et de transmission, où la mémoire des luttes et des créations artistiques trouve un écho vivant. Ce moment rare mettait en évidence que la mémoire de Mohamed Boudia, loin de s’éteindre avec sa disparition, demeure brûlante et stimulante : elle émeut, interpelle et pousse à la réflexion, rappelant à tous que la création artistique et l’engagement politique ne peuvent et ne doivent jamais être dissociés.

En écoutant Rachid Boudia, le public percevait combien l’œuvre et la vie de son père restent un exemple puissant de courage, de sensibilité et de liberté, un héritage à la fois intime et universel, capable de nourrir l’esprit critique tout en touchant profondément le cœur.

Brahim Saci

Mohamed Boudia – Œuvres. Écrits politiques, théâtre et poésie, Éditions Premiers Matins de Novembre

Marseille : Amine Kessaci, du militantisme contre le narcotrafic à l’arène politique

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Amine Kessaci, militant écologiste marseillais et fondateur de l’association Conscience, a annoncé son ralliement à la liste du Printemps marseillais, conduite par le maire sortant Benoît Payan, en vue des élections municipales des 15 et 22 mars 2026.

À 22 ans, Kessaci est devenu l’une des figures les plus médiatisées de la lutte contre les réseaux de drogue à Marseille. Son engagement est né d’un drame intime : le meurtre de ses deux frères, Brahim et Mehdi, tués dans des affaires liées au narcotrafic. Ces pertes ont transformé sa douleur personnelle en cause collective. Avec Conscience, il accompagne des familles victimes de la violence des quartiers populaires, faisant de chaque disparition un combat pour la reconnaissance et la justice.

Dans sa déclaration, Kessaci a expliqué que rejoindre le Printemps marseillais n’était pas un choix politique ordinaire : « Je veux m’assurer que mon combat ne reste pas symbolique. Aux côtés du maire, je peux transformer notre action sur le terrain en véritables réponses pour Marseille ».

Ce ralliement intervient dans une campagne municipale où la sécurité et le narcotrafic dominent le débat, notamment après l’assassinat de Mehdi Kessaci en novembre dernier, qui avait provoqué une mobilisation citoyenne massive. Pour le camp de Benoît Payan, l’arrivée d’Amine Kessaci est aussi une manière de répondre aux critiques d’inaction dans les quartiers les plus touchés, tout en élargissant leur base électorale.

Mais l’intégration d’une figure comme Kessaci ne va pas sans tensions : certains soulignent le défi de concilier promesses de fermeté et projets sociaux dans une ville où les réponses purement sécuritaires ont jusqu’ici montré leurs limites.

L’histoire personnelle de Kessaci, sa détermination et son ancrage dans les quartiers populaires font de ce ralliement un signal fort, un pont entre militantisme citoyen et action politique, qui pourrait peser dans le scrutin et influencer l’avenir de Marseille.

Mourad Benyahia 

Comores : la souveraineté en danger dans l’ombre des grandes puissances

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L’opposant comorien Saïd Larifou vient de lancer un appel solennel aux « forces vives de la nation ». Ce texte dépasse la dénonciation habituelle du pouvoir en place. Il pose une question autrement plus lourde : les Comores sont-elles en train d’être entraînées, sans débat national, dans les rivalités stratégiques qui redessinent aujourd’hui l’océan Indien ?

Depuis l’exil, Larifou parle d’un pays affaibli de l’intérieur. Pauvreté persistante, injustices sociales, institutions fragilisées, concentration du pouvoir : le tableau qu’il dresse n’a rien d’inédit. Mais son analyse ne s’arrête pas là. Selon lui, cette fragilité politique crée un terrain propice à des décisions engageant l’avenir du pays sans transparence ni contrôle citoyen.

C’est ici que son propos prend une dimension géopolitique. L’archipel des Comores, situé à un carrefour maritime stratégique entre l’Afrique orientale, le Moyen-Orient et les grandes routes commerciales de l’océan Indien, ne serait plus un simple État périphérique. Il deviendrait un espace convoité, observé, approché par des puissances militaires dont les rivalités s’intensifient.

Larifou évoque la présence récente d’acteurs liés à plusieurs grandes nations, qu’il interprète comme le signe d’un repositionnement stratégique discret. Ces éléments demandent à être vérifiés de manière indépendante. Mais leur simple évocation suffit à poser une question essentielle : un petit État peut-il préserver sa souveraineté lorsque son territoire acquiert une valeur stratégique nouvelle dans un monde en tension ?

L’opposant ne plaide pas pour l’isolement. Il reconnaît qu’un pays comme les Comores peut avoir besoin de coopérations sécuritaires. Ce qu’il dénonce, c’est l’opacité. L’idée que des engagements à portée militaire puissent être conclus sans information claire de la population, sans débat public, sans contrôle démocratique effectif.

Le risque, dans cette perspective, n’est pas seulement militaire. Il est politique et institutionnel. Un pouvoir fragilisé à l’intérieur peut être tenté de chercher à l’extérieur les appuis qui lui manquent à l’intérieur. À mesure que ces dépendances s’installent, la capacité de décision nationale se rétrécit. La souveraineté ne disparaît pas brutalement ; elle s’effrite, accord après accord, silence après silence.

Larifou met également en garde contre un autre danger : celui de voir les Comores devenir un terrain d’influence dans des conflits qui ne sont pas les leurs. Dans un environnement international marqué par la confrontation entre grandes puissances, certains territoires servent de points d’appui discrets, de relais logistiques, de symboles d’influence. L’archipel pourrait se retrouver intégré à des logiques stratégiques qui le dépassent, au moment même où sa population réclame avant tout développement, justice sociale et stabilité.

Son appel ne prend pourtant pas la forme d’une incitation à la confrontation directe. Il invite les acteurs politiques, la société civile et les élites comoriennes à exiger des explications claires sur la nature des engagements militaires du pays. Il établit un lien direct entre démocratie et souveraineté : un peuple tenu à l’écart des décisions majeures est un peuple dont l’indépendance devient fragile.

Sur le plan journalistique, ce texte relève de la tribune politique et comporte des affirmations qui nécessitent vérification. Mais il met en lumière un enjeu souvent relégué à l’arrière-plan du débat public comorien : la place de l’archipel dans un océan Indien redevenu un espace de compétition stratégique mondiale.

Au-delà des controverses partisanes, une interrogation demeure. Dans un monde où les rapports de force se durcissent, les petits États peuvent-ils encore définir librement leur trajectoire, ou sont-ils condamnés à devenir les pièces silencieuses d’un échiquier qui les dépasse ? C’est cette question, grave et dérangeante, que l’opposant comorien place désormais au centre du débat national.

Mourad Benyahia