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M. Tebboune, le sauveur de l’Algérie !

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Tebboune
Tebboune a servi un discours lunaire aux parlements. Crédit photo : APS

M. Abdelmadjid Tebboune aime s’écouter disserter sur ses immenses exploits économiques. En guise de cadeau de fin d’année, il nous a ainsi ressassé dans son dernier discours devant un parlement bien sage qu’il a encore « sauvé » l’économie algérienne.

Si l’on en croit la parole presidentielle, l’Algérie va très bien. Elle fait pâlir de jalousie les plus grandes économies mondiales : croissance insolente, inflation domptée, salaires revalorisés, leadership africain assuré et une diplomatie qui fait trembler les puissants. Pourtant, dans la vraie vie, l’économie algérienne est liée au prix du baril de pétrole comme un pendu accroché à sa corde. Tout le reste n’est qu’enfumage​ à la petite semaine.

Une prospérité en trompe-l’oeil

À écouter M. Abdelmadjid Tebboune, l’Algérie aurait enfin tourné la page de la dépendance aux hydrocarbures, bâtissant une économie « diversifiée et résiliente » qui n’a plus peur des tempêtes. Dans son discours, il enfile les mirages comme autant de vérités absolues. Las, les chiffres rappellent une vérité moins héroïque : l’essentiel des devises vient toujours du pétrole et du gaz, et la moindre secousse sur les cours internationaux suffit à faire trembler tout l’édifice. On maquille la rente en réussite industrielle, comme si repeindre un pipeline suffisait à en faire une usine.​ Mais il y a pire, la réussite de « la nouvelle Algérie » fait face à une conspiration mondiale qui lui envie ses exploits. Avec M. Tebboune, la paranoïa atteint son acmé.

Dans les déclarations officielles, on découvre que l’industrie nationale décolle. « Le secteur industriel contribue désormais à hauteur de 10% au produit intérieur brut (PIB) et nous ambitionnons de porter cette contribution à 13% », a-t-il soutenu sans trembler, précisant même que la couverture du marché national en médicaments produits localement a atteint 82%.

L’agriculture, elle, explose, l’export hors hydrocarbures s’envole donc, selon les chiffres avancés par le locataire d’El Mouradia. On se croit déjà dans le plein-emploi ! Piquez-nous qu’on se réveille ! Dans les faits, ces secteurs restent pourtant trop étroits pour absorber la main-d’œuvre, financer le budget et amortir un contre-choc pétrolier sérieux. Le chômage est toujours à deux chiffres, n’en déplaise à ceux qui arguent le contraire. On parle de milliers de projets, de zones industrielles, de start-up par centaines, mais le climat des affaires, les ukases contradictoires qui tombent d’en haut comme des missiles, la bureaucratie et l’instabilité des règles découragent encore nombre d’investisseurs.​ Pourquoi diable alors servir la Vérité à un parlement ébaubi et s’en encombrer ? Pour se donner une contenance sans doute et se convaincre de constructions imaginaires.

La générosité du tiroir-caisse

L’imprévisible M. Tebboune se vante de n’avoir imposé ni austérité ni cures d’amincissement budgétaire, tout en distribuant revalorisations de salaires, hausses de pensions et aides multiples. Politiquement habile, économiquement risqué comme équation pourtant. Cette fausse générosité repose sur la rente et non sur une productivité enfin réveillée. Elle est surfaite. À force d’acheter la paix sociale avec l’argent du sous-sol, on fabrique une société dépendante d’un trésor volatil dont personne ne maîtrise le prix.​

Dans les discours, le pouvoir d’achat grimpe, l’inflation recule, et tout va visiblement beaucoup mieux. Dans les foyers, la cherté de la vie, le chômage des jeunes et la précarité de l’informel racontent une tout autre histoire. Il y a pourtant bien loin entre l’Algérie décrite par le chef de l’Etat et l’Algérie réelle. Celle-là même que Tebboune ne connaît pas et n’a pas pour habitude de croiser puisque comme tout dirigeant imbu de ses pouvoirs inespérés, il se contente des avis de ses laudateurs patentés.

En réalité, quand M. Tebboune parle de transformation de l’Algérie, il faut y voir une fossilisation générale. Ses dernières déclarations relèvent moins du bilan que d’une propagande assumée : les chiffres sont favorables, les résultatsprometteurs. Ses conseillers relèguent les fragilités structurelles, voire les ignorent. Oui, certaines améliorations existent, mais elles tiennent davantage à un contexte énergétique porteur qu’à une révolution économique pilotée depuis le palais d’El Mouradia.

A la lumière de ses grandes réalisations donc, il lance : « Conformément à mes engagements, je continue à œuvrer avec la même détermination au service du vaillant peuple algérien et de la défense des intérêts du pays », a-t-il tonné devant les deux chambres du Parlement, au Palais des nations. Puis, il promet : « Ni les difficultés, ni les tentatives de perturbation de l’intérieur comme de l’extérieur, ne nous détourneront de nos objectifs ». Un hic parmi mille quand même : si tous les indicateurs sont au vert comme on nous rebat les oreilles, pourquoi les Algériens prennent d’incalculables risques pour fuir le pays, souvent en famille, dans des embarcations de fortune ?

Une observation tout de même. Aucune allusion bien entendu aux libertés souverainement bafouées, à la presse mise au pas, aux partis réduits à des faire-valoir. Les 250 détenus d’opinion qui croupissent dans les prisons ont dû suivre l’imbuvable discours de aamou Tebboune avec une colère rentrée. ​Il est vrai toutefois que le pouvoir, comme l’a expliqué Machiavel, n’est pas là pour plaire, mais pour se faire craindre. Et les droits ne s’octroie pas, ils s’arrachent. En l’espèce le renoncement est malheureusement manifeste.

Un dernier augure. Tout porte à croire que Tebboune va violer la Constitution en 2026 pour faire sauter le verrou des deux mandats et s’offrir, un 3e voire un 4e mandat, comme Fakhamatouhou Bouteflika, avant que celui-ci ne soit chassé comme un malpropre par une partie de l’armée suite à la pression populaire. Pour ne pas gâcher la bonne année à nos lecteurs, formulons le vœu que nous soyons démentis.

Hamid Arab

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Olivier Bleys : « Ecrire, c’est comme rouler à vélo : si l’on cesse de pédaler, on tombe ! »

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Olivier Bleys
Olivier Bleys. Photo DR

Olivier Bleys est un écrivain aux multiples talents : romancier, scénariste, essayiste et infatigable marcheur. Curieux et passionné d’écriture depuis l’enfance, il a suivi des études en lettres et en histoire, qui ont nourri son goût pour les récits ancrés dans le passé, tout en éveillant une réflexion continue sur le monde contemporain. Son œuvre, foisonnante et éclectique, explore des genres variés, du roman historique au récit de voyage, en passant par l’anticipation et la bande dessinée.

Dès son premier roman, Pastel (2000), couronné par le Prix François-Mauriac de l’Académie française, Olivier Bleys s’impose dans le paysage littéraire. Il y évoque le commerce du pastel au XVIe siècle, dans un récit où l’Histoire dialogue avec l’humain. Il enchaîne avec Le Fantôme de la tour Eiffel (2002), une intrigue parisienne dans les coulisses de la célèbre tour, et Semper Augustus (2007), qui plonge le lecteur dans la folie spéculative des tulipes aux Pays-Bas du XVIIe siècle. En 2013, Le Maître de café, récompensé par le Grand Prix du Roman de la SGDL, aborde les liens filiaux dans un décor africain vibrant. Avec Discours d’un arbre sur la fragilité des hommes (2015), finaliste du Prix Goncourt des lycéens, il livre une fable écologique et méditative sur la place de l’homme dans la nature. Enfin, Antarctique (2022) marque une incursion dans la fiction d’anticipation, imaginant un monde post-effondrement en quête de nouveaux équilibres.

Marcheur passionné, Olivier Bleys s’est lancé en 2010 dans un tour du monde à pied, réalisé par étapes. Cette aventure humaine et physique irrigue ses textes d’une profonde réflexion sur le temps, l’espace et les cultures traversées. Ses récits de voyage et ses essais traduisent cette expérience de l’altérité et cette volonté de voir le monde « à hauteur d’homme », avec humanité et patience.

Parallèlement à ses romans, il écrit pour la bande dessinée, notamment dans la collection La Petite Bédéthèque des Savoirs, où il aborde des sujets historiques et de société avec rigueur et inventivité. Son travail a été salué par de nombreuses distinctions, parmi lesquelles les titres de Chevalier (2014) puis Officier des Arts et des Lettres (2021).

Inspiré par des auteurs tels que Jules Verne, Albert Camus, Stefan Zweig ou Italo Calvino, Olivier Bleys mêle dans ses textes l’Histoire, la géographie vécue, et une sensibilité philosophique tournée vers les grandes questions humaines : la mémoire, le temps, la lenteur.

Plus qu’un auteur prolifique, il se positionne en passeur de savoirs. Il intervient régulièrement en milieu scolaire ou culturel pour transmettre sa passion de la littérature, défendre l’imaginaire, et promouvoir une approche vivante, accessible et ouverte de l’écriture. À travers ses livres comme à travers ses rencontres, il invite à ralentir, à regarder le monde autrement, et à renouer avec la richesse du récit comme outil de compréhension, de rêve et d’éveil.

Olivier Bleys est un écrivain aux multiples facettes, explorant avec talent le roman historique, l’anticipation, la bande dessinée et le récit de voyage. Son œuvre, nourrie par une profonde curiosité pour le monde et ses histoires, se distingue par une érudition accessible et une écriture en mouvement. Son engagement littéraire va bien au-delà des livres : marcheur au long cours, il poursuit depuis 2010 un tour du monde à pied, une expérience qui façonne sa vision du temps, de l’espace et des civilisations qu’il traverse. À travers cet entretien, il revient sur ses inspirations, ses explorations et sa manière de concilier voyage et écriture.

Le Matin d’Algérie : Votre œuvre couvre une grande diversité de genres, du roman historique au récit d’anticipation, en passant par la bande dessinée et le récit de voyage. Comment parvenez-vous à concilier ces univers si variés dans votre écriture ?

Olivier Bleys : Ce n’est pas une contrainte mais une diversion agréable, peut-être même nécessaire. Elle m’aide à combattre la routine, la répétition, qui nuisent sévèrement à mon travail et pourraient même l’empêcher. En abordant de nouveaux genres, même très éloignés de ma pratique ordinaire (j’ai écrit un livret d’opéra, par exemple), je m’aère l’esprit et stimule ma créativité. C’est particulièrement vrai des œuvres collectives ou de collaboration, qui brisent la redoutable solitude du créateur.

Le Matin d’Algérie : Vous avez été nommé Chevalier des Arts et des Lettres en 2014, puis Officier en 2021. Que représentent ces distinctions pour vous et quel impact ont-elles eu sur votre parcours littéraire ?

Olivier Bleys : J’ai grandi dans un immeuble social, au sein d’une famille assez défavorisée matériellement. Les distinctions et les prix qui ont émaillé ma carrière artistique possèdent donc une valeur particulière. Ils ont le goût de la revanche. En revanche, si elles sont un gage de sérieux dans certains milieux, ces décorations n’ont en rien aidé mon parcours littéraire. D’une part, peu de gens sont au courant. D’autre part, il est plus utile d’habiter Paris et de fréquenter les journalistes que d’avoir du talent. Même le prix Nobel n’a pas durablement sorti certains auteurs de l’anonymat.

Le Matin d’Algérie : Vous avez entrepris un tour du monde à pied depuis 2010, par étapes. En quoi cette expérience influence-t-elle votre vision du monde et votre manière de raconter des histoires ?

Olivier Bleys : Ce projet a été suspendu à Moscou, le 5 juillet 2019. La crise sanitaire, puis l’invasion de l’Ukraine que nous avions d’ailleurs traversée à pied en intégralité, n’ont pas permis de le poursuivre. Il s’agit donc d’un tour du monde à pied inachevé, devenu une traversée d’Europe achevée, de France jusqu’en Russie, à travers la Suisse, l’Italie, la Slovénie, la Croatie, la Hongrie et l’Ukraine.

Tout marcheur au long cours développe une vision du monde qui lui est propre, marquée à la fois par une certaine ouverture (réciproque du bon accueil qu’il reçoit, en général, des populations rencontrées en chemin) et une certaine vigilance (il faut garder les yeux ouverts et les sens aux aguets lorsqu’on progresse, seul et sans défense, sur les routes et les sentiers du monde). Je ne crois pas, en revanche, que j’écrive ou raconte différemment depuis que je marche. L’écriture du voyage, d’ailleurs, m’a déçu. Il est difficile d’échapper au tourisme et aux lieux communs qu’il nourrit. Trop d’images encombrent notre esprit, je crois, pour développer de nos jours un regard neuf sur le monde. Que dire d’inédit sur Venise, sur New-York, sur la Chine ?

Le Matin d’Algérie : L’Histoire occupe une place centrale dans vos romans, comme Pastel ou Semper Augustus. Qu’est-ce qui vous attire dans le passé et comment parvenez-vous à le rendre vivant pour vos lecteurs ?

Olivier Bleys : Ce n’est pas le passé qui m’importe, mais la distance au réel. Cette distance peut exister dans le temps ou dans l’espace. Voilà ce qui m’a porté vers le roman historique comme vers le récit de voyage. L’essentiel, c’était d’être loin ! Je ne sais pas parler de l’ici et maintenant. Je n’ai rien à dire sur notre époque. Elle est passionnante à certains égards, mais tragique de bien des façons. Pour qui aime lire et s’est construit à travers la lecture et la fréquentation des grands auteurs, notre siècle n’a pas beaucoup d’intérêt. Pourtant, je ne rejette pas tous les aspects de la modernité. J’ai travaillé pour le jeu vidéo et je suis assez à l’aise, par exemple, avec les technologies.

J’ignore pourquoi j’ai des affinités avec le passé. Peut-être grâce à mes vies antérieures ? Il m’est beaucoup plus naturel de raconter une chevauchée à cheval qu’un voyage en avion. L’expérience de la chevauchée est riche en odeurs, en couleurs, en sensations… Le voyage moderne, au contraire, revient principalement à zapper d’un écran à l’autre, de son téléphone au moniteur diffusant des films à bord. Ça n’a aucun intérêt.

Le Matin d’Algérie : Avec des œuvres comme Discours d’un arbre sur la fragilité des hommes et Antarctique, vous abordez des thématiques écologiques et philosophiques. Quelle est votre vision de la place de l’homme dans la nature et de son rôle face aux défis environnementaux ?

Olivier Bleys : Il faudrait plus que quelques lignes pour développer mon point de vue ! J’ai été attentif au témoignage du philosophe Francis Wolff, lu récemment dans Le Monde, qui contestait la vision horizontale et égalitaire de toutes les espèces vivantes, répandue sottement chez nombre de penseurs contemporains. Je crois comme lui que l’homme tient une place spéciale dans ce qu’on appelait autrefois la Création, que des responsabilités particulières lui incombent et que si le monde va en effet à sa destruction, c’est d’abord sa faute. Il a davantage de devoirs que le chien ou la libellule mais, pour pouvoir les remplir, il doit jouir aussi de davantage de droits. 

Pour les besoins de mon dernier livre paru, La Marche aux étoiles, j’ai randonné pendant des semaines dans les montagnes de Californie, où les ours sont nombreux (on en compterait plus de 30 000 dans cet État américain) et la probabilité de les rencontrer, assez élevée. On lit partout que l’ours est « chez lui » dans ces montagnes, sous-entendu que l’homme y serait intrus. Je n’aime pas cette vision des choses, qui réduit l’homme à un admirateur coupable et repentant de la beauté sauvage. Nous abdiquons notre dignité d’espèce objectivement dominante, qui a façonné le monde à son image. En la matière, je suis partisan d’un certain humanisme.

Le Matin d’Algérie : Vous êtes également scénariste et auteur de bandes dessinées. Qu’est-ce qui vous plaît dans ce format et comment diffère-t-il de votre travail romanesque ?

Olivier Bleys : C’est un hommage à mes propres influences, car je suis lecteur régulier d’albums de bandes dessinées. J’aurais aimé développer davantage ce rayon de ma bibliothèque, mais le temps me manque, et peut-être aussi une inspiration vraiment originale. Hélas, je ne sens pas en moi un univers d’auteur assez riche, assez dense pour bâtir une grande œuvre de scénariste BD. Cela reste marginal dans ma création.

Le Matin d’Algérie : Vous intervenez souvent auprès des jeunes publics dans les écoles et médiathèques. Quel rôle attribuez-vous à la transmission de la littérature et de l’imaginaire auprès des nouvelles générations ?

Olivier Bleys : Non, en réalité, j’interviens assez peu dans les établissements scolaires et ce n’est pas un exercice que je prise particulièrement. Certains ont la vocation de transmettre, pas moi. Je trouve difficile de s’adresser au jeune public qui, en majorité, ne lit plus, n’a qu’un accès et une fréquentation scolaire des ouvrages imprimés, et pour qui l’écrivain est une figure étrange et surannée, ce que pouvait être de mon temps un sabotier. C’est même assez humiliant d’être regardé comme une antiquité ! Les jeunes veulent rencontrer des footballeurs, des influenceuses, des chanteurs de rap… Pourquoi les contrarier ? Notre public, hélas, se compose en grande majorité de personnes d’un certain âge. Il vieillit comme vieillit le livre lui-même. Nous devons l’accepter.

Le Matin d’Algérie : Avez-vous des projets en cours ou à venir ?

Olivier Bleys : Fort heureusement, puisque je vis de cette activité. Pas de chômage pour les écrivains, ni congés payés, ni tickets-restaurants ! Ecrire, c’est comme rouler à vélo : si l’on cesse de pédaler, on tombe !

J’ai donc entrepris l’écriture d’un roman à thème scientifique. Comme La Marche aux étoiles, ce récit situé dans l’Amérique des années 1930 traite d’astronomie. Je travaille aussi sur des projets audiovisuels. J’ai pris beaucoup de plaisir à réaliser le film-documentaire de La Marche aux étoiles, et j’aimerais en tourner d’autres dans des conditions plus professionnelles.

Le Matin d’Algérie : Un dernier mot peut-être ?

Olivier Bleys : Visitez mon site, riche d’informations sur mes livres et mes autres activités ! https://olivierbleys.com/

Entretien réalisé par Brahim Saci

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L’affaire Amir DZ : les services algériens pointés du doigt

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Amir Dz
Amir Dz au coeur d'une affaire qui pourrait conduire à la rupture des relations entre Alger et Paris.

La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), le renseignement intérieur français, incrimine dans un rapport d’enquête un ex-haut responsable de l’ambassade algérienne à Paris dans l’enlèvement en 2024 de l’influenceur Amir Boukhors, dit « Amir DZ ».

Cette mise en cause suit la mise en examen, à la mi-avril, de trois personnes, dont un agent consulaire algérien, pour l’enlèvement et la séquestration de l’opposant au régime. Dans son édition de ce mardi, Le Parisien affirme que cinq nouveaux suspects ont été placés en garde à vue ce mardi matin par les services antiterroristes dans l’enquête sur le rapt de l’influenceur Amir DZ près de Paris. Décidément, l’affaire de l’enlèvement d’Amir DZ est une véritable grenade dégoupillée dont la déflagration à répétition emporte par pans entiers les relations algéro-françaises.

Ainsi, l’AFP a appris mardi de source proche du dossier que la DGSI met désormais en cause un quatrième protagoniste, non poursuivi à ce stade : un certain S. S., présenté comme un « sous-officier algérien de la DGDSE », un service de renseignement de ce pays, âgé de 36 ans. 

Il aurait été présent à Paris « sous la couverture diplomatique de Premier secrétaire » de l’ambassade d’Algérie, mais n’a pas été arrêté. Il n’est possiblement plus en France, et pourrait faire valoir une éventuelle immunité diplomatique. Pour Le Monde, l’implication d’un diplomate algérien rend cette affaire explosive. Evoquant une source proche du dossier, le quotidien du soir souligne que ce diplomate accrédité en qualité de premier secrétaire de l’ambassade algérienne, a été étroitement mêlé aux préparatifs et à la supervision de l’enlèvement d’Amir DZ.

Une mise en cause qui ne devrait pas améliorer le climat entre la France et l’Algérie. Le renseignement intérieur français incrimine dans un rapport d’enquête un ancien haut responsable de l’ambassade algérienne à Paris dans l’enlèvement fin avril 2024 près de la capitale d’Amir Boukhors, dit «Amir DZ», a appris l’AFP de source proche du dossier mardi.

Il s’agit du quatrième protagoniste mis en cause dans cette enquête, menée par un juge antiterroriste parisien. «S.S.», ainsi que le présente la direction générale de la sécurité intérieure, est un «sous-officier algérien de la DGDSE», un service de renseignement de ce pays, âgé de 36 ans. Il aurait été présent à Paris «sous la couverture diplomatique de Premier secrétaire» de l’ambassade d’Algérie, mais n’a pas été arrêté. Il n’est possiblement plus en France et pourrait faire valoir une éventuelle immunité diplomatique.

Trois autres personnes, dont un agent consulaire, ont été mises en examen mi-avril 2025 pour arrestation, enlèvement, séquestration, en relation avec «une entreprise terroriste». Dans son rapport du 11 avril, la DGSI affirme que S. S. aurait été appelé par l’un des mis en cause «alors que commençait la séquestration», ou aurait participé à un «débriefing» à quatre, «deux heures après l’enlèvement».

Téléphone qui borne

S. S. a aussi retiré cette nuit-là à la banque 2 000 euros, possiblement pour rémunérer les geôliers d’Amir Boukhors. Son téléphone a aussi borné plusieurs fois près du domicile de l’influenceur et d’un bar, où il avait ses habitudes, plus d’un mois avant l’enlèvement. Des médias évoquent une volonté des auteurs de l’enlèvement d’exfiltrer Amir DZ par l’Espagne vers l’Algérie.

Installé en France depuis 2016, Amir DZ, 41 ans et un million d’abonnés sur TikTok, fait l’objet de neuf mandats d’arrêt internationaux d’Alger qui veut le juger, notamment pour escroquerie ou infractions terroristes. En 2022, la justice française a refusé son extradition, et le pays lui a accordé l’asile politique en 2023. Amir Boukhors – dit « Amir DZ » – avait été enlevé le 29 avril 2024 dans le Val-de-Marne, puis relâché le 1er mai. L’enquête, d’abord menée à Créteil, a été reprise en février par le Parquet national antiterroriste (Pnat) et confiée à la DGSI et à la Brigade criminelle.

Sollicité par l’AFP, son avocat Eric Plouvier a dénoncé «une atteinte violente à l’intégrité physique d’un réfugié politique en France et une grave atteinte à la souveraineté française» et demande la «délivrance de mandats d’arrêt».

La rédaction avec AFP

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La fascination de Kamel Daoud pour l’extrême droite

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Kamel Daoud

Qualifié une fois pour toutes d’« écrivain progressiste », Kamel Daoud est assuré de voir son roman Houris occuper une place médiatique de choix en cette rentrée, quelle que soit sa qualité littéraire.

S’il est nécessaire de s’opposer aux courants conservateurs et intégristes algériens qui traitent l’écrivain de « harki » et de « collabo », il est tout aussi indispensable de souligner sa proximité politique avec les droites extrêmes et le Rassemblement national. Ses chroniques régulières dans Le Point sont édifiantes.

Que peut dire un écrivain des Suds, de surcroît arabe, dans le « monde libre », et plus particulièrement en France ? Il peut critiquer en toute liberté les dictatures arabes, l’intégrisme islamique et ses violences meurtrières, l’autoritarisme et les crimes de la Chine ou de la Russie — ce qui est à la fois légitime et salutaire, indispensable même.

En revanche, les critiques du chaos interventionniste des États-Unis et de leurs alliés au Proche-Orient, de l’emprisonnement arbitraire de Julien Assange durant plus d’une décennie, de l’idéologie fasciste des droites dures et extrêmes en France et en Europe ne sont guère souhaitables, certainement pas recevables, impossibles même dans la majorité des cas.

Pour qu’un écrivain des Suds puisse réellement parler, se faire entendre dans les médias mainstream, il faut faire comme Kamel Daoud : acclimater sa plume au sein de l’écosystème des médias Bolloré, participer activement à l’enrichissement d’un nouveau dictionnaire des idées reçues nommé l’« arc républicain », prêcher vaillamment à son lectorat que le Rassemblement national (RN) serait plus fréquentable, plus « républicain » et « patriote » que La France insoumise (LFI), le Nouveau front populaire (NFP) et un « Mélenchon auto-hamassisé »1.

Kamel Daoud reprend d’ailleurs ces idées dans deux de ses chroniques publiées par Le Point, aux titres évocateurs : « L’erreur du ‘‘cheikh’’ Mélenchon »2 et « Les musulmans de France sont-ils les idiots utiles des Insoumis »3 ; selon lui, il y aurait un « vote musulman » assis sur « l’antisémitisme, la volonté de détruire l’État d’Israël » et la prétendue « haine de la civilisation » française et occidentale.

Le RN plutôt que LFI

Parmi les nombreux textes illustrant son tournant réactionnaire, « Malika Sorel, Rima Hassan et le sujet caché » paru dans Le Point4 est sans nul doute la chronique qui révèle le plus la fascination de l’écrivain pour l’extrême droite.

Voulant expliquer en quoi consisterait une approche « lucide », non « victimaire et revendicative » de l’immigration et de la laïcité en France, Kamel Daoud délivre un certificat de « lucidité républicaine » à l’eurodéputée du RN, Malika Sorel-Sutter, au détriment de Rima Hassan, candidate en septième position sur la liste menée par Manon Aubry pour LFI et désormais également eurodéputée. En effet, explique-t-il, cette pamphlétaire d’extrême droite, représente « une immigration qui ose dire que l’immigration telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui, dans la ‘‘soumission’’ idéologique et religieuse, est un risque majeur pour tous » ; une immigration qui ose combattre le projet politique d’une religion — l’islam, pour ne pas le nommer —, qui envisagerait d’« avaler la république puis le reste du monde ».

Malika Sorel-Sutter serait, selon la « mesure républicaine » de Kamel Daoud, le parfait remède aux idées véhiculées par Rima Hassan, cette juriste franco-palestinienne qui incarnerait , selon Daoud« l’image de l’immigré décolonisé, figé dans une posture victimaire et revendicative », le cheval de Troie que « les Insoumis tentent de monopoliser » pour capter « l’émotion propalestinienne et l’électorat ‘‘musulman’’, sinon islamiste [pour] pouvoir culpabiliser sans se sentir coupable », le signe infaillible du « basculement de l’extrême gauche fantasmée vers la radicalité ».

Certes, l’autrice de Décomposition française5 émaille ses pamphlets d’imprécations sur « la malédiction du droit du sol », sur la progressive « mise en minorité du peuple autochtone » et appelle à mettre fin à la « préférence étrangère » ainsi qu’à l’intensification de « l’immigration extra-européenne »6.

Mais cela n’empêche pas Kamel Daoud de lui décerner son certificat de « lucidité profondément républicaine » parce qu’en effet la France risquerait « d’être ‘‘avalée’’ par un islam dont ‘‘nous ne savons que faire’’ », assure-t-il en citant une source anonyme « un fin observateur de la chose franco-maghrébine » ; face à ce risque, « la radicalité bien française » des Insoumis ne pourrait opposer que le blocage du débat « à la hauteur de la polémique stérile sur l’islamophobie, le rejet, l’immigration, la délinquance ou les extrêmes politiques ».

Loin de fournir une critique fondée et argumentée du programme et des idées politiques défendues par LFI, Jean-Luc Mélenchon et Rima Hassan (car la gauche et l’anticolonialisme ne sont pas vertueux en eux-mêmes), et sans avoir le moindre mot sur le racisme, sur le culturalisme biologisant ostensiblement revendiqué par Malika Sorel-Sutter et le RN, l’éditorialiste des Suds dit « progressiste » préfère sermonner ses lecteurs sur l’imminence de l’apocalypse qui terrasserait la France inéluctablement — une apocalypse qui ne saurait être que mélenchonnienne, musulmane, immigrée et ‘‘wokisée’’.

Dans un même mouvement, il les rassure en leur confirmant que s’engager dans les rangs du RN, comme Malika Sorel-Sutter, signifierait avoir le mérite de briser « la règle du silence et de la compromission au nom du communautarisme », exprimer catégoriquement « le refus de s’illusionner [sur] l’immigration et l’islamisme ». Il reprend ce que ne cesse de proclamer Malika Sorel-Sutter sur le « suicide » de la France qui « fabrique la sauvagerie des enfants issus de l’immigration, une sauvagerie qui finira par l’anéantir »7.

Dans l’émission de La Grande librairie qui rendait « Hommage à Salman Rushdie »8, il a une fois de plus sermonné sur l’urgence du combat pour la préservation des libertés artistiques et du droit de rêver contre « la culpabilisation rampante de l’Occident ». Une reprise d’une novlangue destinée à dédiaboliser le RN pour l’intégrer dans l’ « arc républicain » et à marquer LFI et le NFP du sceau du « terrorisme », de l’antisémitisme et de l’« immigrationnisme ».

Le sur-citoyen-naturalisé

On pourrait revenir sur ses tristes « ‘‘Colognisation’’ du monde » et « Cologne, lieu de fantasmes9 », quand Kamel Daoud reprenait sans vérification aucune les infox de l’extrême droite allemande sur les « migrants violeurs par fatalité culturelle et religieuse ». Ou encore son glissement, dans la presse algérienne, de la critique du régime à la critique du peuple dépeint comme intrinsèquement dysfonctionnel et indiscipliné par destination ; ou son incapacité épistémique à nommer le colonialisme et le régime d’apartheid israéliens en Palestine, dans les différents textes consacrés à cette question comme « ce pour quoi je ne suis pas ‘‘solidaire’’ de la Palestine »10 ou « Une défaite pour la ‘‘cause palestinienne’’ »11, ou plus récemment encore dans « Les islamistes, grands gagnants de la tragédie de Gaza »12 où il décrit le génocide en cours et le massacre des civils comme des « erreurs de frappes (…), des victimes collatérales », parce que « Gaza reste un bourbier en ‘‘y allant’’, et ne pas y aller demeure une solution désastreuse, sinon dangereuse, pour l’avenir d’Israël ».

Depuis l’année de sa naturalisation française, en 2020, Kamel Daoud a adopté ce que j’appellerais le style du pamphlétaire-républicain, c’est-à-dire celui du sur-citoyen-naturalisé, considéré comme « ultra méritant » par essence, vigilant et éveillé à toute « offense à la République » de la part de Français « très peu méritants », que le discours raciste de certains dirigeants politiques et « intellectuels » courtisans nomme communément les « immigrés musulmans biberonnés aux aides sociales », les « Français de papiers » et « leurs alliés objectifs », l’extrême gauche mélenchonisée et wokisée, « complice du terrorisme islamiste » et du « nouvel antisémitisme ».

Ce qui frappe d’emblée à la lecture des éditoriaux de Kamel Daoud, c’est d’abord l’absence de tout intérêt pour la littérature et les arts (alors que ses admirateurs et suiveurs le présentent comme l’épiphanie de « l’Écrivain » arabe), puis son indifférence totale aux faits historiques et au réel, au profit de la réaction courtisane aux différentes polémiques fabriquées par les chefferies éditoriales dans le dessein de noyer la vie sociale et intellectuelle dans le commentaire de faits divers et de fake news. Loin de refléter la « lucidité d’un homme qui a connu le terrorisme islamiste dans son pays », comme le martèle inlassablement ses admirateurs (souvent subjugués par la simple évocation du vocable « islamisme »), les écrits de ce « progressiste du monde musulman » ne portent que sur les sujets qui obsèdent les droites dures et extrêmes de France, l’inamovible quadriptyque culturaliste : islam-banlieue-immigration-insécurité. Autrement dit, la reprise aveugle des tropes du ressentiment des dominants envers les dominés, ce « nouvel intégrisme politique » d’« extrême centre », rigoureusement analysé par le philosophe Jean-Fabien Spitz dans La République, quelles valeurs ?13 et l’historien Pierre Serna dans L’extrême centre ou le poison français. 1789-201714.

Intégré, en raison de sa conversion réactionnaire, au très respectable « arc républicain » dans le champ politique et éditoriale français, Kamel Daoud fait désormais partie de ceux qu’Alain Policar avait justement qualifié, dans La haine de l’antiracisme [Alain Policar, La haine de l’antiracisme, Textuel, 2023.], de « militants qui luttent contre d’autres militants ».

Un futur prix Goncourt ?

Son nouveau roman Houris, qui vient de paraître chez Gallimard et que toute la presse mainstream encense, ne fait pas exception. Dans un précédent ouvrage Ô Pharaon15 qu’il ne cite plus dans sa bibliographie en France, Kamel Daoud défendait la thèse selon laquelle « seuls les militaires tuaient » durant la guerre civile algérienne (1990-2002). Dans Houris, au style grandiloquent, obscur et ampoulé, il développe l’idée totalement contraire à la précédente : « seuls les islamistes tuaient » et continuent de tuer. Pour preuve : ils abattent des moutons chaque année durant les festivités de l’Aïd el-Kébir… Laissant derrière lui des décennies de despotisme militaro-pétrolier en Algérie, de mesure antisociales et d’investissements massifs dans l’instrumentalisation du religieux afin d’en finir avec la gauche et le socialisme, les « vérités romanesques » de la nouvelle Contre-enquête de Kamel Daoud sombre dans le plus caricatural des essentialismes : le Coran et la tradition islamique seraient les inépuisables puits vénéneux du terrorisme et du crime aveugle.

Développant un orientalisme doublement inversé sur la culture arabe et islamique dont il se réclame, comme l’inénarrable « humouriste » sans humour de France Inter Sophia Aram16, Kamel Daoud s’est érigé en vaillant courtisan des idées promues et diffusées par l’ « extrême centre » et les extrêmes droites en France. Quand j’entends ou lis déjà que l’auteur de Houris serait pressenti pour le Goncourt 2024, je me demande toujours : pourquoi un écrivain, qui voyait dans les propos racistes et suprémacistes de Michel Houellebecq

Je crois que le souhait de la population française de souche, comme on dit, ce n’est pas que les musulmans s’assimilent, mais qu’ils cessent de les voler et de les agresser, en somme que leur violence diminue, qu’ils respectent la loi et les gens. Ou bien, autre bonne solution, qu’ils s’en aillent17

l’expression d’idées de l’écrivain français « le plus lucide » de son temps qui « a raison de jouir de son droit d’excès, de débordement et de provocation », dans une époque où la « lucidité est prétexte à la bêtise »18 de ceux qui verraient l’islamophobie partout, continue d’être présenté comme un « écrivain progressiste qui a connu le terrorisme islamiste en Algérie » ?

S’il est nécessaire de s’opposer aux courants conservateurs et intégristes algériens qui calomnient Kamel Daoud et le traitent de « harki » et de « collabo », le situer au sein de la formation politique dans laquelle il évolue présentement, celle qui prétend défendre la démocratie, l’émancipation sociale et citoyenne avec les outils idéologiques des droites dures et extrêmes, est salutaire pour en finir avec les récits légendaires des faux « démocrates » et « progressistes » du monde arabe et musulman.

Faris Lounis, journaliste

Source

Orient XXI, le 4 septembre 2024 :

https://orientxxi.info/magazine/la-fascination-de-kamel-daoud-pour-l-extreme-droite,7574

Notes

1Kamel Daoud, « Cœurs à prendre pour la présidentielle 2027 », Le Point, 24 mai 2024.

2Kamel Daoud, « L’erreur du ‘‘cheikh’’ Mélenchon », Le Point, 20 novembre 2023.

3Kamel Daoud, « Les musulmans de France sont-ils les idiots utiles des Insoumis », Le Point, 14 juin 2024.

4Kamel Daoud, « Malika Sorel, Rima Hassan et le sujet caché », Le Point, 8 avril 2024. Sauf mention contraire, les citations suivantes sont issues de cet article.

5Malika Sorel-Sutter, Décomposition française. Comment en est-on arrivé là ?, Fayard, 2015.

6Clément Guillou, Corentin Lesueur et Alexandre Pedro, « Les vies rêvées de Malika Sorel-Sutter, la dauphine identitaire de Jordan Bardella », Le Monde, 5 avril 2024.

7Propos cités dans « Élections européennes : qui est Malika Sorel-Sutter, numéro 2 sur la liste du RN ? », Libération , 24 mars 2023.

8Augustin Trapenard, La Grande librairie, France 5, 15 mai 2024

9Référence aux violences à l’encontre des femmes, qui ont eu lieu à Cologne en Allemagne dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier 2016 et dont les immigrés et les réfugiés ont été accusés. Kamel Daoud s’est emparé de l’affaire dans respectivement « ‘‘Colognisation’’ du monde », Le Quotidien d’Oran, 18 janvier 2016 et « Cologne, lieu de fantasmes », Le Monde, 29 janvier 2016, modifié le 11 février 2016.

10Kamel Daoud, « Ce pour quoi je ne suis pas ‘‘solidaire’’ de la Palestine », Le Quotidien d’Oran, 12 juillet 2014

11Kamel Daoud, « Une défaite pour la ‘‘cause palestinienne’’ », Le Point, 13 octobre 2023

12Kamel Daoud, « Les islamistes, grands gagnants de la tragédie de Gaza », Le Point,17 mai 2024.

13Jean-Fabien Spitz, La République, quelles valeurs ?, Gallimard, 2022

14Pierre Serna, L’extrême centre ou le poison français. 1789-2017, Champ Vallon, 2019.

15Kamel Daoud, Ô Pharaon, Dar El Gharb, 2005

16Dans son billet du 6 mars 2023, « La masculinité toxique des mollahs », Sophia Aram croyait faire rire les auditeurs de France Inter en assimilant, avec « art », prépuce et islam, trouvant absolument légitime et acceptable, au nom la culture arabe et islamique dont elle se réclame, le fait de s’attaquer à « l’Ayatollah Khamenei avec sa mine de peine à jouir, son prépuce en guise de turban, ses petits yeux en trou de pine et sa barbe en poils de couilles ». Cette année, elle n’a pas hésité une seule seconde, par ses saillies dans la presse, les médias et les réseaux sociaux, de s’ériger en docteur ès indignation contre son confrère Guillaume Meurice et sa blague (réitérée) quelque peu similaire à la sienne à propos du premier ministre génocidaire israélien : « Netanyahou ? Vous voyez qui c’est ? Une sorte de nazi mais sans prépuce ». Évidemment, Kamel Daoud, fidèle au panurgisme médiatique ambiant, lui a apporté son soutien dans son texte : « Si on veut défendre l’humour, il faut défendre Sophia Aram » (Le Point, 11 mai 2024).

17Michel Houellebecq, entretien avec Michel Onfray « Dieu vous entende, Michel », Front populaire, 29 novembre 2022

18Kamel Daoud, « La mosquée contre l’écrivain, le plus mauvais des castings », Le Point, 5 janvier 2023.

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La frontière, séparation ou espérance ?

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Barrière
Barrière. Image par Alberto Barco Figari de Pixabay

On dit « traverser la frontière algérienne », « faire reculer les frontières de la science » ou « ma patience a des limites ». Les mots ont la plupart du temps des acceptions différentes, c’est-à-dire plusieurs sens en fonction des situations dans lesquelles on les exprime.

Comme toujours dans ce cas, il y a une traduction qui serait positive et une autre qui serait négative.

Pour la notion de frontière, son sens s’exprime par deux définitions différentes, le territorial ou le symbolique, comme ceux qui ont ouvert cette chronique d’aujourd’hui. Ces deux états intégrant eux-mêmes deux caractères que sont l’optimisme et le pessimisme. L’humanité est ainsi sans cesse en recherche de l’équilibre à toujours trouver entre le bien d’une frontière et ses risques.

Dans son sens usuel la frontière est une limite territoriale. Cette première approche suscite immédiatement une position tranchée. La frontière est une fin, une séparation ou une rupture. On voit bien le caractère contradictoire avec l’universalisme nait récemment dans l’histoire humaine et la liberté qui en découle, celle de circuler et d’échanger.

Les territoires peuvent s’entendre par une délimitation géographique sans lien direct avec les états-nations tels que reconnus de nos jours par les conventions internationales. C’est le cas des séparations par des chaînes montagneuses, des cours d’eau, des mers et océans ainsi que des régions désertiques ou glacées.

Ces frontières géographiques ont eu paradoxalement dans l’histoire humaine des aspects positifs. Dans sa colonisation progressive de la planète, chaque communauté humaine s’installant sur des territoires a favorisé l’émergence de cultures, de langues ainsi que des économies par l’exploitation des ressources locales. Les frontières géographiques ont ainsi participé au développent des diverses civilisations.

Mais en même temps, ces frontières territoriales créent inévitablement des convoitises, des guerres et des annexions ainsi que des contradictions avec l’espoir de l’universalisme et des échanges. La notion territoriale de frontière devient fluctuante et les peuples ne cessent de vouloir la repousser à leur avantage ou de la renforcer, pour des raisons économiques, identitaires ou d’hégémonie.

Les communautés humaines ont souvent matérialisé la frontière par la construction de murs pour se protéger des agressions extérieures. La muraille de Chine, le mur de Berlin ou encore l’obsession du mur de Donald Trump censé repousser les immigrants en sont des exemples.

À l’inverse, on peut également trouver en l’installation des frontières des états-nations un certain équilibre avec les risques qu’on vient d’énoncer. Car les communautés humaines ont pu créer des rapprochements de destin et de projets humains sur des territoires limités qui permettent une gestion plus rationnelle.

Mais aussitôt qu’on vient de lister un aspect encourageant de la limite territoriale voilà qu’un autre nous ramène aux conflits. Les frontières peuvent entrainer des ruptures entre des communautés à l’histoire et cultures identiques qui se retrouvent scindées dans des états différents. Ainsi leurs délimitations ne sont pas exemptes des considérations coloniales ou guerrières.

Venons-en maintenant au second concept de la frontière, l’illustration symbolique. La première frontière qui fait face à l’humanité est l’inévitable temps limité de l’existence. Cependant, ce rempart inexorable entre la vie et la mort peut être pris dans un sens optimiste de l’espoir.

Les Grecs anciens considéraient philosophiquement toute frontière, non pas comme une fin mais comme un commencement. La religion est certainement dans la vision de l’espérance puisque la mort ne signifie que la disparition du corps qui libère l’âme vers une éternité. Dans une vision à peu près équivalente, le bouddhisme fait de la mort une promesse d’un nouveau début par la réincarnation.

Ainsi la notion de frontière de la vie lui donne un sens et un espoir. Elle n’est là que pour une préparation à l’au-delà et du mérite à y accéder, dans une félicité ou une condamnation éternelles.

Il y a d’autres frontières symboliques qui, elles également, peuvent induire une limite contraignante ou un grand espoir. C’est le cas  de l’expression « la ligne rouge » qui a un sens belliqueux. Ou les « frontières de la connaissance et de la science » qui a un sens d’entrainement qui a toujours suscité le combat de l’humanité à vouloir les franchir et les repousser. La frontière devient alors la stimulation de l’humanité à toujours aller dans un au-delà pour sa survie et son développement.

Enfin, la science nous a appris assez récemment dans l’histoire que le carburant chimique du soleil s’épuisera inéluctablement et la disparition de la terre en sera une conséquence fatale. C’est donc une ultime frontière qui fera face à l’humanité, entraînant la nécessité vitale de colonisation d’une autre planète.

En conclusion, c’est à l’homme à rechercher le bon côté de la notion de frontière. L’esprit humain a lui aussi les deux faces, la sombre et l’éclairée. Il doit continuellement faire le choix entre les deux côtés de la frontière, soit rester prisonnier de la plus détestable ou la surpasser pour accéder à l’autre.

Sid Lakhdar Boumediene

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Pub : six télévisions privées sanctionnées par l’Anira

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Anira
Legendarme des médias audiovisuels, Anira, a sévi

L’Autorité nationale indépendante de régulation de l’audiovisuel (Anira) a décidé de sanctionner six chaînes de télévision privées pour excès de publicité sur leurs antennes.

Le ramadhan est toujours un mois de consommation. Et en la matière les chaînes de télévision s’en gavent avec des spots publicitaires à rallonge. Le gendarme des médias audiovisuels vient de sanctionner six chaînes de télévision pour non conformité du volume horaire des spots publicitaires diffusés aux dispositions des cahiers des charges imposés aux services de communication audiovisuelle, a indiqué jeudi un communiqué de l’Autorité.

« Après avoir examiné le contenu diffusé sur les chaînes de télévision, l’Autorité nationale indépendante de régulation de l’audiovisuel a constaté la non conformité du volume horaire des messages et spots publicitaires aux dispositions des cahiers des charges imposés aux services de communication audiovisuelle. Après avoir écouté les représentants des chaînes de télévision concernées au sujet de ces infractions, l’Autorité a décidé de sanctionner Echourouk TV, El Hayat, El Bilad, Ennahar TV, Samira TV et El Heddaf », lit-on dans le communiqué.

« Les chaînes susmentionnées ont été officiellement mises en demeure, aujourd’hui, à l’effet de se conformer, dans un délai de 72 heures suivant la publication de la décision de l’Autorité, aux dispositions des articles 69 à 74 du décret exécutif 16-222 portant cahier des charges générales fixant les règles imposables à tout service de diffusion télévisuelle ou de diffusion sonore », selon la même source.

L’Anira prévient, dans son communiqué, que « si elles ne se conforment pas aux mises en demeure dans les délais impartis, les chaînes concernées se verront infliger des amendes », se réservant le droit d' »ordonner la suspension intégrale ou partielle des programmes faisant l’objet d’infraction, conformément aux articles 76 et 77 de la loi 23-20 relative à l’activité audiovisuelle ».

La manne publicitaire demeurée généralement aux mains de l’Etat est un redoutable moyen de pression que les autorités ne se privent pas d’actionner pour remercier ou sanctionner les médias. Notamment concernant les journaux. A preuve, plusieurs titres connus pour leur professionnalisme, comme La Tribune ont disparu.

Dans le cas présent, ces chaînes de télévision sont plutôt connues pour être de fidèles relais de la communication officielle. Le téléspectateur algérien aura sans doute remarqué l’explosion de publicité en ce mois, plus que d’habitude et les annonceurs, sachant les habitudes des consommateurs algériens ne lésinent pas pour les attirer. On se souvient que l’ancien ministre de la communication, Ammar Belhimer était parti en guerre contre les médias en plein séquence de mouvement de dissidence populaire.

Yacine K.

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Le président Macron a perçu 1,07 M euros de revenus depuis 2017

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Le président Macron a perçu 1,07 M euros de revenus depuis 2017

Le président français Emmanuel Macron a perçu 1,07 million d’euros de revenus entre le début de son mandat à l’Elysée et le 31 décembre 2021, selon la déclaration de situation patrimoniale du président, publiée jeudi au Journal officiel.

La majorité des revenus du chef de l’Etat provient des indemnités qu’il touche en tant qu’élu.

Autre source, plus modeste, de revenus: l’ancien ministre de l’Economie a perçu près de 35 000 euros de plus-values mobilières et immobilières (bien qu’il ne déclare posséder aucun bien immobilier) au cours de son mandat.

Le président possède également une assurance vie d’un montant de 113 412 euros, plusieurs comptes courants et de nombreux produits d’épargne (Livret développement durable, Plan épargne logement…).

En ce qui concerne son passif, Emmanuel Macron doit encore rembourser près de 127 000 euros d’un prêt souscrit en 2011 auprès du Crédit mutuel.

La dette a quasiment fondu de moitié depuis sa dernière déclaration de patrimoine (246 000 euros à rembourser en mars 2017).

Le Président est tenu d’adresser au Conseil constitutionnel cette déclaration de situation patrimoniale de fin de mandat « entre six et cinq mois avant l’expiration de son mandat, le 13 mai 2022 », a expliqué jeudi l’Elysée.

« Dans le cadre de l’élection présidentielle 2022, la Haute autorité (pour la transparence de la vie publique, HATVP) publiera d’ici janvier 2022 un avis relatif à la variation de patrimoine du Président de la République au cours de son mandat », a ajouté le Palais.

Dans une déclaration d’intérêts d’octobre 2014, Emmanuel Macron indiquait avoir perçu, comme membre de la banque Rothschild puis comme secrétaire général adjoint à la présidence de la République, « 3,3 millions d’euros de revenus avant impôts », de 2009 jusqu’à son entrée au gouvernement comme ministre de l’Économie en août 2014, selon l’association Anticor.

Auteur
Avec AFP

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17e journée de LaLiga Santander : le derby de Madrid pour conclure un grand dimanche

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17e journée de LaLiga Santander : le derby de Madrid pour conclure un grand dimanche

Il y a eu beaucoup d’événements et de retournements de situations le week-end dernier en LaLiga Santander et cela pourrait encore être le cas lors de la 17e journée, avec plusieurs confrontations entre des équipes de haut de tableau et des rencontres cruciales pour le maintien.

Cette journée débutera sur les Iles Baléares, le RC Celta effectuant le déplacement de 1000 kilomètres vers la pelouse du RCD Mallorca vendredi soir. Ces deux équipes sont en milieu de tableau mais doivent l’emporter pour voir plus haut. Mallorca voudra enchaîner après sa victoire de prestige à l’extérieur face à l’Atlético de Madrid, Takefusa Kubo ayant célébré son retour de blessure avec un but décisif.

Le RCD Espanyol accueillera ensuite le dernier Levante UD, lors du premier match prévu samedi. Ce sera un déplacement compliqué pour Levante, les Pericos ayant le quatrième meilleur bilan de l’élite espagnole à domicile. Le RCDE Stadium est en effet devenu une forteresse.

LaLiga Santander nous emmènera ensuite à Mendizorrotza pour D. Alavés vs Getafe CF, un défi entre deux candidats à la relégation. De la pluie continue étant prévue, cela devrait être une immense bataille au Pays Basque.

Samedi soir, un derby de la communauté de Valence sera au programme : Valencia CF contre Elche CF à Mestalla. Elche vient de remporter son premier match sous la coupe du nouvel entraîneur Francisco et sera donc en confiance mais Los Che sont invaincus depuis six matches avec 3 victoires et 3 nuls.

Athletic Club vs Sevilla FC sera le grand choc du samedi soir. Ces deux équipes se sont rencontrées 154 fois en championnat. Le bilan de leurs confrontations est très équilibré avec 63 victoires pour Sevilla, 61 pour l’Athletic et 30 nuls.

Dimanche offrira également quelques belles affiches, avec Villarreal CF vs Rayo Vallecano pour débuter. Un duel entre les entraîneurs basques Unai Emery et Andoni Iraola. Ces deux formations sont plaisantes à voir jouer, leurs matches étant souvent très animés. Le Rayo a mieux débuté cette saison 2021/22, le promu étant actuellement sixième au classement.

Foo

Le FC Barcelona est juste derrière le Rayo mais les Catalans veulent se qualifier pour la prochaine Ligue des champions et vont donc devoir enchaîner les victoires. Ce ne sera pas simple sur la pelouse du CA Osasuna, les supporters locaux sachant créer une ambiance hostile à El Sadar. Mais Xavi souhaitera que son équipe réussisse ce test difficile.

Ensuite le troisième, le Real Betis, affrontera le cinquième, la Real Sociedad. Uniquement un point sépare ces deux équipes au classement. Cette confrontation pourrait être très enlevée, ces deux équipes proposant généralement un football très offensif et agréable à regarder.

Dimanche soir, ce sera la grande affiche du week-end : le derby de Madrid entre le Real Madrid et l’Atlético de Madrid à 21h à Santiago Bernabéu. Ces deux équipes viennent de l’emporter en Ligue des champions et désormais la formation de Diego Simeone va tenter de revenir sur celle de Carlo Ancelotti. La dernière fois que ces deux entraîneurs se sont affrontés en LaLiga Santander, l’Atléti avait gagné 4-0. Mais c’était il y a bien longtemps, si longtemps que le match s’était disputé dans le vieux stade Vicente Calderón. Depuis, l’Atléti n’a remporté qu’un derby sur douze organisés.

Le dernier match de cette 17e journée sera également important. Cádiz CF et Granada CF sont englués dans la lutte pour le maintien et ce derby d’Andalousie sera donc autant crucial pour le classement que la fierté locale. Cela devrait être un beau match à regarder lundi soir.

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Des Algériennes et des Algériens interpellent le régime

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Des Algériennes et des Algériens interpellent le régime

Nous publions cette déclaration sur les violations des liberté à l’occasion de la journée mondiale des droits humains. en Algérie. Des responsables de partis, des avocats, des activistes, des universitaires, des citoyens et des journalistes interpellent les autorités sur la répression qui sévit dans le pays.

Cette année encore, nous célébrons la journée mondiale des droits humains coïncidant avec le 73e anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de L’ONU acceptée par l’Algérie au lendemain de son indépendance, dans un climat de répression et de restrictions des droits fondamentaux des Algériennes et des Algériens.

Encore une fois, ce 10 décembre marque une année sombre pour les Droits de l’Homme en Algérie. Après des mois d’une mobilisation populaire pacifique, d’un Hirak qui a suscité un grand espoir pour établir un Etat de droit démocratique garantissant les droits de l’Homme, l’action des autorités se caractérise par une volonté affichée d’étouffer tous les espaces civiques autonomes et de criminaliser l’action politique des voix critiques.

Tandis que l’ensemble de la société est confronté à une crise sociale , économique et sanitaire aigue, plus de 500 personne ont été mis en détention et plus de 7000 mille personnes été interpellés dans la seule année de 2021 juste pour le fait d’avoir exercé leurs droits fondamentaux d’opinion, d’expression . et de manifestations pacifiques Pourtant garantis par la loi, Le nombre de personnes qui sont en poursuites judiciaires dépasse les 2500 .

Des libertés fondamentales bafouées

Alors même que depuis la révision de la Constitution en novembre 2020, la liberté de manifestation pacifique est censée être garantie et s’exercer sur simple déclaration. Non seulement la loi applicable en la matière qui instaure un régime d’autorisation n’a pas été révisée pour la mettre en conformité avec la Constitution, mais l’interdiction de fait de toute manifestation publique continue d’être appliquée. Toute tentative d’exercer la liberté de manifestation pacifique mène aujourd’hui sûrement à des poursuites pénales pour attroupement. De même, la liberté d’association est réduite à sa plus simple expression dans le pays.

Au plan juridique, la loi actuellement en vigueur particulièrement restrictive n’a toujours pas été mise en conformité avec la Constitution révisée. Surtout, la récente dissolution judiciaire de l’association RAJ montre à quel point la liberté d’association est fragile.

Des partis politiques de l’opposition PST et UCP sont menacés de dissolution, des militants politiques sont l’objet d’harcèlement et de détentions arbitraires a l’image des responsables de SOS Bab El Oued et du MDS , ces mesures apparaissent comme un signal fort de dissuasion à destination des organisations gênantes pour le pouvoir. La liberté de la presse est encore plus fragile. L’interdiction constitutionnelle de la privation de liberté pour les délits de presse est contournée dans les faits.

Ce contournement s’ajoute aux divers moyens devenus classiques, comme les contrôles fiscaux et la sélectivité politique de l’accès à la publicité publique, pour instaurer le réflexe de l’autocensure dans la presse. Plus largement, ce sont les libertés d’opinion et d’expression qui sont menacées dans leur substance même par l’extension de la définition du terrorisme et le nouveau dispositif de désignation des personnes et entités terroristes.

L’arbitraire des dispositions pénales relatives au terrorisme

Depuis l’entrée en vigueur de l’ordonnance n° 21-08 du 8 juin 2021, en plus des actes qu’il énumère déjà, est terroriste en vertu de l’article 87 bis du Code pénal. Désormais, revendiquer un changement de régime par des moyens non prévus par la Constitution mais qui ne lui sont pas nécessairement contraires ou ne sont pas violents peut entrer dans la définition du crime de terrorisme.

L’accusation de terrorisme est largement instrumentalisée par les autorités à des fins politiques. Le simple soupçon d’appartenance à une organisation classée terroriste par les autorités selon des critères obscurs suffit pour l’engagement de poursuites pénales. Les arrestations pour terrorisme se multiplient à travers le pays dans le cadre d’opérations qui ressemblent fort à de l’intimidation par leur mise en scène, notamment dans plusieurs villages de Kabylie. Quant au décret exécutif n° 21-384 du 7 octobre 2021 qui fixe les modalités d’inscription et de radiation de la liste nationale des personnes et entités terroristes et des effets qui en découlent, il est tout simplement liberticide et ouvre la voie à l’arbitraire.

En effet, il permet l’inscription sur la liste terroriste – qui est publique – de personnes qui n’ont pas été condamnées judiciairement au mépris flagrant de la présomption d’innocence et du droit à l’honneur tous deux censés être protégés par la Constitution. Ce dispositif est d’autant plus attentatoire aux droits les plus fondamentaux que les personnes inscrites sur cette liste peuvent être privés de leurs biens et de toute activité et, par conséquent, de tout moyen de subsistance. Il s’agit là d’une technique de mise à mort sociale particulièrement dissuasive et d’autant plus dangereuse que la définition du terrorisme est extrêmement large.

73 ans après l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et 59 ans après l’accession de notre pays à l’indépendance, les libertés les plus élémentaires consacrées par la Déclaration sont vidées de leur substance par la législation et les pratiques.

A cette occasion,

Nous signataires , défenseurs des droits humains et organisations, interpellons le pouvoir au respect de ses engagements internationaux contenus dans les traités et conventions internationales des droits humains ratifiées.

Nous appelons le pouvoir a l’arrêt de la répression et la levée de toutes les restrictions à l’exercice des libertés et des droits fondamentaux.

Nous réitérons notre demande pressante pour la libération inconditionnelle de l’ensemble des détenus d’opinion , des journalistes, défenseurs des droits humains et avocats.

Fait a Alger le 08 décembre 2021

Les signataires :

Associations signataires

ACDA

Appel Egalité

Alternativ Media

Centre Justitia pour la protection légale des droits humains en Algérie

CGATA

Collectif Debout l’Algérie

Collectif des familles de disparus en Algérie (CFDA)

Collectif Groupe Algérie droit devant (CGADD)

Comité de soutien pour les droits humains en Algérie (Montréal)

Femmes plurielles

Ibtykar

LADDH

PUNA

Riposte internationale

SHOAA for Human Rights

SNAPAP

Personnes:

Abdelaziz Ould Ali, universitaire

Abdelhak Mechibeche, juriste

Abdelkrim Boudra, militant associatif

Abdelmoumene Khelil, défenseur des droits humains

Abdelouhab Fersaoui, militant associatif

Abdennour Abbas, professeur d’Université, chercheur en bio-nanotechnologie (Minnesota)

Abdou Bendjoudi, consultant

Adel Abderezak, universitaire

Afif Bouattou, militant pour les droits humains

Ahmed Benberkane, universitaire, Nacera, Brahimi Ali juriste et militant politique, Douici Noureddine journaliste,

Ahmed Dahmani, économiste

Ahmed Mahiou, ancien doyen de la Faculté de droit d’Alger, ancien président de la commission du droit international de l’ONU, membre de l’institut de droit international

Ahmed Manseri, militant LADDH (Tiaret)

Aïssa Kadri, sociologue

Aïssa Moussi, journaliste

Aïssa Rahmoune, avocat, LADDH

Akram Belkaïd, journaliste

Aldja Seghir, enseignante universitaire et militante

Ali Aït Djoudi, Riposte internationale

Ali Bensaad, géographe

Ali Laskri, militant politique FFS

Alima Boumediène, avocate

Amar Mohand Amer, historien

Amin Khan, écrivain

Arab Azzi, militant politique,

Arezki Aït Larbi, journaliste

Arezki Challal, militant

Arezki Krim, militant

Azize Ghadi, avocat, membre de la LADDH

Belkacem Benzenine, chercheur

Ben Mohamed, poète

Boualem Amoura, secrétaire général du syndicat SATEF

Boudjema Ghechir, avocat et ancien président de la LADH

Boukhalfa Ben Mamar, défenseur des droits de l’Homme

Bouzid Senane, responsable associatif France

Chafia Outerbah, militante de l’immigration

Chouicha Kaddour, syndicaliste, LADDH

Djafar Naït Amar, militant

Djaffar Lakhdari, consultant et militant associatif

Djamel-Eddine Benchenouf, journaliste

Djamel-Eddine Khan, militant LADDH

Djeloul Djoudi, dirigeant du PT

Essaïd Aknine, militant humaniste

Faïza Berber, présidente du Collectif debout l’Algérie

Farid Aïssani, ancien secrétaire national du FFS à l’Emigration

Fatima Benlarbi, journaliste

Fouad Ouicher, militant associatif

Hacene Hirèche, universitaire, consultant

Hakim Taïbi, journaliste

Hamid Arab, directeur du site d’information Le Matin d’Algerie

Hamid Challal Hamid, militant des droits de l’Homme

Hasni Abidi, chercheur,

Hicham Khiat, militant politique

Hmimi Bouider, militant du FFS et du HIRAK

Hocine Boumedjane, CDDH Bejaïa

Hocine Mezouar, retraité paramédical

Iddir Nadir, journaliste

Ihsane el-Kadi, journaliste

Ilyas Lahouazi , membre du conseil national du RCD immigration

Kamel Aïssat militant politique et syndicaliste

Kamel Ouhn journaliste

Kamel Tarwiht, journaliste

Karim Aïmeur, journaliste

Karim Azzoug, producteur

Karim Bellazoug, militant

Karim Kebir, journaliste

Karim Labchri, dirigeant du PT

Karima Aït Meziane, universitaire

Khaled Tazaghart, militant politique

Kouceïla Amer, consultant

Lahouari Addi, professeur émérite à Sciences-po Lyon

Lahouari Fellahi, militant et universitaire

Lalia Bedjaoui, militante

Lila Mansouri, militante FFS-France Nord

Louisa Aït Hamadouche, universitaire

Louisa Hanoune, secrétaire du PT

Louiza Hanoune, secrétaire générale du PT

Lyazid Benhami écrivain

Lyes Djebaïli, militant associatif

Lyès Touati, militant associatif

Lynda Abbou, journaliste

Madjid Benchikh, ancien doyen de la Faculté de droit d’Alger

Madjid Hachour, avocat

Madjid Medkhi, journaliste

Mahieddine Ouferhat, militant associatif, ancien président du FFS immigration

Mahmoud Rechidi, secrétaire général du PST

Malek Sebahi, militant politique et membre LADDH Bejaïa

Malika Bakhti, ingénieure d’études

Malika Baraka, médecin

Malika Benarab-Attou, militante politique, ancienne députée européenne (EELV)

Massensen Cherbi, constitutionaliste

Menad Amrouchi, défenseur des droits de l’homme

Menad Si Ahmed, Riposte Internationale (Autriche)

Metref Arezki, journaliste

Mhenna Abdesselem, universitaire

Mohamed Benaïssa, militant du PUNA

Mohamed Fellag, comédien

Mohamed Hennad, universitaire

Mohammed Bakour, enseignant-chercheur

Mohammed Idir Yacoub, architecte, militant FFS

Mohand Bakir, citoyen

Mohcine Belabbes, président du RCD

Mokrani militant associatif

Mostefa Bouchachi, avocat

Mouloud Boumghar, universitaire

Mourad Yefsah, militant politique

Moussa Ouyougoute, journaliste

Mohamed Iouanoughene journaliste

Nabila Bekhechi, chercheure

Nabila Smaïl, avocate et militante politique

Nacer Djabi, sociologue

Nacer Ouabbou, universitaire (Costa Rica)

Nacéra Hadouche, avocate

Nacima Ourahmoune, chercheure

Naoual Belakhdar, politologue

Nassera Dutour, présidente du Collectif des familles de disparus en Algérie (CFDA)

Nora Ouali, ex-députée et membre du SN RCD

Noureddine Benissad, avocat,

Noureddine Melikchi, physicien

Nouri Nesrouche, journaliste

Omar Bouraba, militant associatif

Omar Eddine Bentahar, militant LADDH

Ouaamar Saoudi, du SN à la coordination du RCD

Rabah Moulla, enseignant et militant

Rabah Rezgui, militant LADDH Bejaïa

Rachid Aïssaoui, universitaire

Rachid Aouine, SHOAA for Human Rights

Rachid Malaoui, syndicaliste

Rafika Gherbi, journaliste

Raouf Farah, géographe

Redjala, militante associative

Sadek Chouali, syndicaliste

Sadek Hajou, militant politique

Saïd Boudour, journaliste

Saïd Khelil, militant politiques pour les libertés

Saïd Salhi, LADDH

Salah Abderahmane, avocat

Salah Oudahar, poète, directeur de festival

Salah Taibi, responsable associatif (France)

Salim Mechri, LADDH

Samia Ammour, militante féministe

Samir Larabi, journaliste

Samir Yahiaoui, architecte analyste, militant politique

Sanhadja Akrouf, militante féministe

Sofiane Chouiter, avocat

Tahar Khalfoune, universitaire

Tayeb Kennouche, sociologue

Tewfik Allal, militant associatif de l’émigration

Wezna Cheikh Lounis, syndicaliste et militante démocrate

Yacine Bouzid, avocat

Yasmina-Karima Bennini, journaliste

Yazid Temim Yazid , Riposte Internationale (Beauvais)

Yidir Ounoughene, militant politique

Youcef Ammar-Khoudja, activiste du Hirak

Youcef Kacimi, défenseur des DH, enseignant universitaire

Youcef Rezoug journaliste

Youssef Tazibt, dirigeant du PT

Zahra Harfouche, avocate

Zaki Hannache, défenseur des droits humains

Zineb Ali-Benali, professeure des universités émérite

Zoheïr Aberkane, journaliste

Zohra Bouras journaliste

Zoubida Assoul, avocate et présidente de l’UCP

Zoubir Rouina, syndicaliste

#StandUp4HumanRights

#HumanRightsDay2021

***Pour info cette liste a été arrêté ce matin.

La collecte des signatures se poursuit, une deuxième liste suivra

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Jeux de pouvoir entre Alger et Paris : le bourreau, la victime, le sauveur ?

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L’Algérie devait devenir française par « l’épée, la charrue ou l’esprit ». La France a échoué par « l’épée » ; elle a admirablement réussi par « l’esprit ». Le nationalisme s’est révélé qu’un acte illusoire de souveraineté.

L’indépendance politique n’avait pas suffi à elle seule à briser les liens de dépendance tissés à travers 132 ans de colonisation. Le transfert du pouvoir perpétuait indirectement le système de dépendance économique et culturelle vis-à-vis de la métropole. Il s’agissait pour la France d’imposer à l’Algérie indépendante un ordre politique et juridique qui garantisse la prééminence de ses intérêts stratégiques. On peut dire qu’elle a réussi admirablement son pari.

En imposant des institutions dont la logique de fonctionnement était radicalement opposée à celle de la société algérienne, et en refoulant l’islam dans le domaine privé pour en faire une valeur refuge des déshérités, le colonisateur préparait en fait la société postcoloniale à l’échec de la modernisation.

L’Algérie est belle et naïve ; la France intelligente et fourbe. L’une est jeune et fougueuse, l’autre vieille et sournoise. L’une est européenne, une blonde aux yeux bleus, dévastée mais toujours pleine de charmes ; l’autre est africaine, une brune aux yeux noirs, vierge et chaude.

L’Algérie est cloitrée dans sa chambre, la France est libre dans ses mouvements. L’une est démocrate, elle choisit l’homme avec qui elle désire partager le lit, l’autre est soumise à l’autorité du père qui lui désigne son mari. Dans le premier cas, c’est un choix individuel qui s’impose à la société ; dans l’autre cas c’est le résultat d’une alliance entre deux familles.

Apparemment, deux pays que tout sépare : la race, la religion, la culture. Dans les faits, tous les rapproche : le pétrole, la voiture, le blé. La France est ménopausée, elle a plus d’orgasmes, l’Algérie est féconde, elle fait plus d’enfants.

Entre l’Algérie et la France, il y a une mer (e) qui les sépare. Une mer qui au fil des ans s’est transformée en un cimetière à ciel ouvert. L’Algérie est un bateau qui chavire. 

Elle navigue au gré des vents sans boussole et sans gilets de sauvetage sur une mer agitée à bord d’une embarcation de fortune dans laquelle se trouve de nombreux jeunes à la force de l’âge, serrés comme des sardines, à destination de l’Europe, ce miroir aux alouettes, pour finir soit dans le ventre des poissons soit avec un peu de chance chez mère Theresa implorant la charité chrétienne pour le gîte et la nourriture en attendant leur exploitation sélective par le capital usurier sur une terre qui n’est pas la leur et où ils ne sont pas les bienvenus, fuyant un beau pays arrosé du sang des martyrs béni de dieu, riche à millions et vaste comme quatre fois la France, qui sacrifie l’avenir de ses enfants et de ses petits-enfants pour un verre de whisky, une coupe de champagne, ou un thé à la menthe.

L’Algérie et la France vivent le passé au présent, elles en sont malades, d’une maladie qui semble incurable. Ni l’Algérie, ni la France ne veulent regarder ce passé ensemble. Il s’agit de sortir de la prison du passé et d’engager les relations sur la route de l’avenir.

Un avenir hors de tous réseaux occultes dont les jeunes font les frais. Les algériens au milieu de la méditerranée, les français dans les rangs du terrorisme international produit des oligarchies financières qui avancent masquées dans un monde sans état d’âme où l’argent sale coule à flots’. En fait, il s’agissait pour la France  d’imposer à l’Algérie indépendante un ordre politique et juridique qui garantisse la prééminence de ses intérêts stratégiques. C’est pourquoi, le rapport entre contestation et répression, domination et émancipation est récurrent en Algérie.

Dans la tourmente qui enfante de nouvelles sociétés ou qui les étouffe dans l’œuf, les situations semblables créent des jugements semblables. L’Algérie est à la France ce que le cheval est pour son cavalier, le cheval se cabre mais ne désarçonne pas son cavalier. Dans les bouleversements qu’a connus la société algérienne colonisée puis décolonisée, on insiste toujours sur les conséquences de la colonisation rarement sur la phase de décolonisation. Entre l’Algérie à la France et l’Algérie de la France, s’intercale la France de l’Algérie. L’Algérie des émigrés, des harkis, des dignitaires, des indignés, des fugitifs, des lobbies…

L’Algérie et la France se regardent sans se voir, se parlent sans s’écouter, se lamentent sans pleurer, se jouent la comédie pour récolter quelque voix. Si la recherche de l’indépendance fût un principe légitime, les pouvoirs mis en place n’ont pas toujours respecté les aspirations populaires qu’elles impliquaient. Ce n’est pas un hasard si tous les dignitaires du régime partent se soigner et envoient leur progéniture poursuivre leurs études en France. Et que des milliers de jeunes algériens, nés après l’indépendance, ne rêvent que de quitter le pays et rejoindre « la mère patrie la France » au péril de leur vie dans des embarcations de fortune en brûlant au passage leurs papiers d’identité pour lesquels leurs parents se sont sacrifiés. A quoi est due cette haine du pays, cette attirance vers l’ennemi d’hier et d’aujourd’hui ? Tire-t-elle ses racines de la guerre de libération nationale ou des conditions d’accession à l’indépendance ? Tenter une réponse à cette question est une opération bien périlleuse. L’histoire officielle nous apprend que le pouvoir colonial avait atrophié l’initiative privée, empêché le développement autonome, marginalisé les autochtones.

Le pouvoir algérien n’a-t-il pas poursuivi la même politique ? Il va être amené à reproduire les méthodes d’oppression du colonisateur et poursuivre la trajectoire  économique et sociale tracée (Plan de Constantine avec pour objectif la concentration des populations sur la bande côtière pour mieux les contrôler).

Ce schéma d’aménagement du territoire d’inspiration coloniale mis en œuvre au lendemain de l’indépendance a eu pour conséquences la concentration des populations dans les villes conduisant au bétonnage des terres agricoles fertiles  du pays sur le littoral et la pollution des côtes de la méditerranée. A contrario, les hauts plateaux seront abandonnés dans un état de sous-développement plus adaptés à recevoir des industries de transformation avec une répartition spatiale équilibrée de la population par la création de villes nouvelles.

Cette gestion autocratique, anarchique et irresponsable de la société et des ressources du pays n’est nous semble-t-il pas étrangère à l’influence et l’attraction de la France sur/par les « élites cooptées » du pays, aujourd’hui vieillissantes pour la plupart, maintenue en activité malgré leur âge avancée et finissent presque tous dans un lit parisien.

Elle s’insère parfaitement dans la stratégie de décolonisation du général De Gaulle, engagée dès 1958 à son retour au pouvoir et parachevée en 1962 par la signature des accords d’Evian dont la partie la plus secrète a été semble-t-il largement exécutée.

Elle a permis à la France d’accéder à la pleine reconnaissance internationale en tant que grande nation (indépendance énergétique), à l’unité nationale retrouvée (menace guerre civile évitée par le Général de Gaulle) et au rang de puissance nucléaire (premiers essais concluants au Sahara) et a miné l’Algérie post coloniale par la dépendance économique (viticulture, hydrocarbures, importations), par la division culturelle (langue, religion, ethnie). En imposant un schéma institutionnel dont la logique de fonctionnement était radicalement opposée à celle de la société indigène, et un modèle économique, étranger aux réalités locales, le colonisateur préparait en fait la société postcoloniale à l’échec de la modernisation politique et du développement économique. Cent trente ans d’occupation coloniale ont produit un « peuple vaillant » affrontant, les mains nues avec la foi en un dieu unique, les forces de l’OTAN. Un peuple fier qui ne quémandait pas sa nourriture au colon qui l’exploitait. « Il faut faire suer le burnous », rappelez-vous.

Il mangeait son propre pain à la sueur de son front. Un pain fait maison à partir des produits du terroir. Il buvait du lait de chèvre et se soignait avec des herbes. Il ne connaissait ni diabète, ni tension artérielle, ni maladies cardiaques.

Soixante ans de pseudo-souveraineté l’ont réduit en un « peuple nourrisson », ne parlant aucune langue, qui court derrière le sachet de lait importé. Le pétrole est pour le peuple algérien ce que le lait est pour le nourrisson.

Le lait maternel couvre les besoins du  nourrisson de la naissance à l’âge de six mois. Le geste d’allaiter renforce le lien entre la maman et le bébé.

Le pétrole est plus vital que le lait maternel, il satisfait l’ensemble des besoins de l’algérien du berceau jusqu’à la tombe, du biberon jusqu’au linceul, du pain quotidien jusqu’aux voitures de luxe. Les revenus pétroliers et gaziers donnent l’illusion aux algériens d’une mère nourricière éternelle les condamnant à la dépendance et à l’infantilisme. Comment faire pour sortir de ce triangle dramatique du bourreau, de la victime, du sauveur ?

Il suffirait, nous disent les psychanalystes, si on devait les croire, de cesser de jouer au « miroir ». Si votre interlocuteur joue le rôle de la victime, faîtes la victime ; s’il joue le rôle de bourreau, faîtes le bourreau ; s’il joue celui de sauveur, faîtes le sauveur. Car il est ce que vous êtes c’est-à-dire  son « miroir ». Faut-il briser le miroir ?

Dr A. Boumezrag
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Mohammed Harbi inhumé en France : d’un exil à l’autre 

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Mohammed Harbi
Mohammed Harbi, ou l'intransigeance de l'historien.

L’inhumation en France du militant indépendantiste et historien Mohammed Harbi a suscité une vague de réactions en Algérie.

Au-delà de l’émotion, la polémique relayée sur les réseaux sociaux relance un débat ancien sur le rapport de l’État algérien à ses figures historiques critiques et sur la place accordée à la pluralité des mémoires de la guerre de libération.

Comme d’autres personnalités majeures de l’histoire nationale, Mohamed Harbi a choisi d’être enterré hors de son pays. Une situation qui n’est ni nouvelle ni exceptionnelle, mais qui interroge par sa portée symbolique. Acteur de la Révolution, ancien cadre du FLN, puis historien rigoureux et critique du pouvoir issu de l’indépendance, Harbi a été progressivement marginalisé avant d’être poussé à l’exil.

Emprisonné après le coup d’Etat de juin 1965, placé sous surveillance, il quitte l’Algérie dans les années 1970. C’est depuis la France qu’il poursuit son travail historique, devenant une référence internationale sur l’histoire politique de l’Algérie contemporaine. Son éloignement n’a jamais signifié une rupture avec son pays, mais plutôt l’impossibilité d’y exercer librement sa pensée.

Son inhumation en France, dans la terre de « l’ancien colonisateur », apparaît ainsi comme le prolongement logique d’un exil imposé. Elle met en lumière une contradiction persistante : celle d’un État qui célèbre officiellement la Révolution tout en maintenant à distance les meilleurs de ses enfants et ceux qui en proposent une lecture critique, documentée et non conforme au récit officiel. Toute l’ambiguïté machiavélique est dans cet affichage cynique que le pouvoir cultive depuis l’indépendance.

La controverse actuelle révèle surtout une difficulté structurelle à intégrer les voix dissidentes dans le champ mémoriel national. Elle pose aussi une question simple et dérangeante : pourquoi des moudjahidine et intellectuels de premier plan finissent-ils, de leur vivant comme après leur mort, hors des frontières du pays qu’ils ont contribué à libérer ? Il est au moins manifeste que ce choix répond à une volonté de rupture avec le pouvoir en place, considéré comme ayant failli aux valeurs de la révolution.

Dans le cas de Mohammed Harbi, l’enterrement à l’étranger ne relève ni d’un choix idéologique ni d’un reniement. Il constitue sans doute le symptôme d’un rapport inachevé à l’histoire, où l’exil demeure, encore aujourd’hui, le prix de l’indépendance intellectuelle.

Samia Naït Iqbal

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Inhumation de Mohammed Harbi au cimetière de Père Lachaise à Paris

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Inhumation de Mohammed Harbi.

Ce mardi 13 janvier ont eu lieu les obsèques du moudjahid et historien Mohammed Harbi au crématorium du Père-Lachaise (Paris) en présence d’une foule nombreuse de citoyens, d’historiens, chercheurs, d’artistes.

L’immense historien Mohammed Harbi s’est éteint le 1er janvier dernier à l’âge de 93 ans. Mohammed Harbi faisait partie des conseillers de Ben Bella. Après le coup d’Etat mené par Houari Boumediene et le clan d’Oujda, Mohammed Harbi crée avec des militants de gauche l’Organisation de la résistance populaire (ORP). Arrêté, il sera emprisonné puis placé en résidence surveillée jusqu’à son évasion vers la France en 1973. Depuis, Mohammed Hardi s’est consacré en France à sa carrière universitaire et à l’écriture de l’histoire du mouvement national. Il ne retournera en Algérie qu’en 1991, bien après ce qu’il est appelé « l’ouverture démocratique ».

Ce natif d’El Harrouch, grand militant nationaliste et éminent historien aura dédié sa vie d’abord à la lutte pour l’indépendance de l’Algérie, puis à son travail d’historien. Il a écrit des œuvres majeures, comme Les Archives de la révolution algérienne, Le FLN, mirages et réalités, La guerre commence en Algérie, L’Algérie et son destin : citoyens ou croyants. Il a aussi publié le premier tome de ses mémoiresUne vie debout, traduit en tamazight depuis 2025.

La rédaction

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CAN 2025 : Sénégal-Égypte, retrouvailles au sommet entre Mané et Salah

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Mané et Salah.
Mané et Salah. Crédit photo : DR

Anciens coéquipiers à Liverpool, Sadio Mané et Mohamed Salah se recroiseront une nouvelle fois en Coupe d’Afrique à l’occasion de la demi-finale entre le Sénégal et l’Égypte à Tanger le 14 janvier.

Sacré en 2022 pour l’un, toujours en quête d’un trophée continental pour l’autre, les deux joueurs partagent une histoire commune et un statut de cadres incontestables en sélection. Mercredi, le duel qui opposera le Sénégalais et l’Égyptien promet de consolider un peu plus leur légende sur la scène africaine.

Les retrouvailles approchent entre le Lion Sadio Mané et le Roi Mohamed Salah. Plus qu’un choc électrique sur le terrain, la première demi-finale de la CAN 2025 entre le Sénégal et l’Égypte, mercredi 14 janvier, prendra aussi des airs de réunion au sommet entre deux des plus grands ambassadeurs du football africain de ces dernières années.

Trois ans après leur ultime apparition commune sous les couleurs de Liverpool, en finale de la Ligue des champions 2022 face au Real Madrid sur la pelouse du Stade de France, la route du Lion recroisera celle du Pharaon à Tanger et promet un duel d’influence dans le jeu aussi bien que devant les buts. À 33 ans chacun, le Sénégalais et l’Égyptien ont cimenté leur statut de piliers en sélection depuis plusieurs années et réalisent au Maroc, malgré les années qui défilent, une Coupe d’Afrique réussie jusqu’à maintenant.

Les statistiques parlent d’elles-mêmes : l’attaquant sénégalais, auteur d’un but et 3 passes décisives, est au coude-à-coude avec son homologue égyptien (4 buts, une passe décisive) en termes d’efficacité globale dans la compétition. Mais ces chiffres démontrent surtout, malgré une influence semblable, une différence de dynamiques pour les deux hommes au sein de leur sélection.

Statuts similaires, parcours opposés

Sadio Mané a déjà atteint le sommet de l’Afrique avec son pays. Sacré champion d’Afrique en 2022 après une séance de tirs au but remportée face à l’Égypte de son coéquipier de l’époque, le Sénégalais permettait enfin aux Lions de la Téranga de mettre la main sur le trophée après une finale perdue deux ans auparavant. Il repartait en prime avec le titre de meilleur joueur de la compétition. Depuis, le vieux Lion s’est mué en figure tutélaire d’un groupe qui regorge de nouveaux talents (Ibrahim Mbaye, Lamine Camara, El Hadji Malick Diouf…) qui ne demandent qu’à être guidés vers les sommets. Et il remplit parfaitement son rôle : moins buteur mais toujours aussi précieux, Mané est devenu le meilleur passeur de l’histoire de la CAN (9) devant l’Ivoirien Yaya Touré et a conforté son statut de joueur le plus décisif de la compétition si l’on y ajoute ses buts inscrits (10). Le tout devant… Mohamed Salah (11 buts, 5 passes décisives), une nouvelle fois.

L’Égyptien a bien sûr aussi connu le succès au cours de sa carrière, mais il reste encore le « Roi sans couronne » en sélection nationale, symbole d’une génération de Pharaons à qui le titre échappe depuis 2010 et qui s’est inclinée deux fois en finale (2017 et 2022). Pour sa cinquième participation à la Coupe d’Afrique, il sait que son temps est compté et que la fin d’un cycle approche pour la sélection égyptienne, qui n’a pas vraiment assisté à l’éclosion de nouvelles pépites et doit donc toujours s’appuyer sur son capitaine et des cadres vieillissants. « Mo » a bien tenu son rang de guide offensif incontesté, occupant la troisième marche du podium des buteurs derrière Diaz et Osimhen avant les demi-finales, et n’a pas hésité à soulager les siens de la pression qui pèse forcément sur l’équipe la plus titrée du continent. « Personne, même en Égypte, ne veut remporter ce trophée plus que moi, confiait-il après la victoire contre la Côte d’Ivoire en quarts de finale. J’ai remporté presque toutes les distinctions. J’attends ce titre. »

Sur la scène africaine, les deux joueurs se retrouveront certainement pour la dernière fois ce mercredi. Avec la faim d’atteindre un nouveau sacre pour l’un, et la pression de conclure une quête qui s’éternise pour l’autre. Avant de disputer, l’été prochain, un probable dernier tour d’honneur sur la scène internationale lors de la Coupe du monde 2026.

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Emmanuel Macron mise sur la diaspora : une France plurielle comme levier stratégique

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El Qods
Macron.

Selon L’Opinion, Emmanuel Macron prépare un coup politique subtil mais ambitieux : la création d’un Haut‑Commissariat à la diversité et aux diasporas.

L’objectif officiel est clair : faire des Français d’origine étrangère, des binationaux et des ultramarins un atout stratégique pour la France, sur le plan diplomatique, économique et culturel.

Mais derrière le vernis institutionnel se dessine une lecture plus profonde : face au retour de Donald Trump et à son obsession d’une Europe barricadée, Macron cherche à mobiliser les diasporas comme outil de soft power, comme relais pour une France ouverte, inclusive et capable de rayonner au-delà de ses frontières.

L’Élysée veut réunir une trentaine de personnalités triées sur le volet : politique, sport, culture, économie, associatif. Parmi elles, Amel Bent, récemment dotée de la nationalité algérienne, symbolise ce lien fragile et puissant entre France et Algérie, entre reconnaissance populaire et rayonnement culturel. Teddy Riner, Leïla Slimani, Christiane Taubira, chacun à sa manière, représente la France plurielle, celle qui refuse de se réduire à un monolithe et qui affirme sa diversité comme capital stratégique. Selon L’Opinion, cette commission n’est pas un simple gadget : elle doit réfléchir, agir et proposer des projets concrets pour mobiliser la diaspora dans les domaines de l’économie, de l’innovation et de la diplomatie culturelle.

Ce qui frappe, c’est le contexte international. Trump est de retour, les expulsions massives reprennent, et l’Europe se durcit. La France, elle, choisit un chemin différent : transformer la diaspora en force d’action et de représentation. Le président Macron l’a rappelé devant les ambassadeurs : « Le partenariat africain est clé. Il faut qu’on aille au bout de ce travail en 2026, avec une politique beaucoup plus ambitieuse sur nos diasporas. » Cette ambition se traduira concrètement lors du sommet Africa Forward à Nairobi, les 11 et 12 mai 2026.

Mais il ne s’agit pas seulement de politique extérieure. C’est aussi une réflexion sur la société française elle-même. Mobiliser la diaspora, c’est reconnaître que la diversité n’est pas un problème à gérer mais une force à exploiter. C’est redéfinir la citoyenneté, dépasser la logique des droits et devoirs strictement territoriaux, pour inviter les Français d’origine étrangère à devenir acteurs à part entière du projet national, au sens large : social, économique et culturel.

Le projet, tel que rapporté par L’Opinion, inclura également un dispositif pilote : 200 participants, choisis moitié par tirage au sort, moitié représentant différentes communautés, travailleront pendant trois mois sur le vivre-ensemble, la diversité et le rôle concret de la diaspora dans la société française. Ce n’est pas qu’un symbole : c’est un pari audacieux sur l’avenir, un moyen de montrer que la France peut transformer sa pluralité en puissance.

Derrière les noms, derrière les institutions, se profile une vision de la France qui se réinvente. Une France capable de parler au monde par ses habitants, de se projeter à l’international en utilisant ses liens transnationaux. Une France qui reconnaît que sa force réside autant dans ses diplomates et ses soldats que dans ses artistes, ses entrepreneurs, ses intellectuels issus de la diversité.

En résumé, Emmanuel Macron ne se contente pas de réagir aux pressions extérieures. Selon L’Opinion, il construit une France qui veut s’appuyer sur sa diaspora comme levier stratégique, symbole et instrument à la fois. Amel Bent, Teddy Riner, Leïla Slimani : ce ne sont pas seulement des noms, ce sont des piliers d’une vision ambitieuse, où citoyenneté, diversité et influence se conjuguent pour définir le rôle de la France au XXIe siècle.

Mourad Benyahia 

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Procès du détenu d’opinion Mohamed Tadjadit au tribunal d’appel d’Alger

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Mohamed Tadjadit
Mohamed Tadjadit détenu d'opinion. Crédit photo : DR

Demain, 14 janvier 26 se tiendra devant le tribunal criminel d’appel d’Alger (cour d’Alger) le procès criminel concernant Tadjadit Mohamed, dit le poète du Hirak.

Pour rappel,

En date du 11 novembre 2025 le tribunal criminel de 1er degré d’Alger (sis au tribunal de Dar El Beida cour d’Alger) infligea à Mohamed Tadjadit une peine exemplaire de 5 ans de réclusion et 200 000 da d’amende ferme.

Tadjadit Mohamed est en outre condamné, au civil à faire valoir à l’agent judiciaire du trésor (AJT) la somme de 500 000 da à titre de réparation.

Il est poursuivi de pas moins de six chefs d’accusation, à savoir : crime d’apologie des actes terroristes et destructeurs, crime d’utilisation des technologies de la communication et de l’information pour soutenir les actes et activités d’entités terroristes, crime de propagation , de manière directe ou indirecte des idées des entités terroristes, délit d’outrage à corps constitué, délit d’exposition au regard du public de publications de nature à porter atteinte à l’intérêt national et délit d’incitation à attroupement non arm (Articles100 alinea01,146,87 bis 12, 87bis 04,96 du code pénal)

Par acte de protestation, Mohamed Tadjadit avait décidé de se mettre en grève de la faim le 16 novembre 2025, une grève de la faim qu’il a observé durant 10 longues journées mettant en péril sa santé.

Pour rappel aussi, ce procès en appel criminel initialement programmé pour l’ audience du 17 décembre 25 a été reporté à l’audience de demain, 14 janvier 2026.

Liberté pour Tadjadit Mohamed. Liberté pour tous les détenu-e-s d’opinion et politiques », écrit Me Fetta Sadat dans un post Facebook

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Mohamed Taleb, résistant effacé entre l’Algérie et la France

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A la recherche de Mohamed Taleb, chez les éditions Grasset.

En feuilletant À la recherche de Mohamed Taleb (Grasset, 14 janvier 2026), on découvre un nom absent des mémoires officielles : Mohamed Taleb. Ni les manuels scolaires algériens, ni les récits français de la Résistance ne le mentionnent. Et pourtant, le livre montre qu’il a combattu le nazisme sous l’uniforme français, au sein d’un système colonial qui ne reconnaissait ni sa citoyenneté, ni son courage.

Ce livre n’est pas une biographie classique. Il ne cherche ni à fabriquer un héros ni à solder un contentieux mémoriel. Jean-Christophe Notin, historien reconnu de la Seconde Guerre mondiale et de la France libre, mène ici une enquête patiente sur une disparition : celle d’un combattant algérien engagé dans la Résistance, puis effacé des deux côtés de la Méditerranée.

Mohamed Taleb appartient à cette génération d’Algériens happés par la guerre européenne, enrôlés dans l’armée française d’un empire qui leur refusait l’égalité. Des hommes appelés à mourir pour des valeurs universelles — liberté, dignité, lutte contre la barbarie — sans jamais être reconnus comme citoyens à part entière. Taleb ne se contente pas d’être soldat. Il entre dans des réseaux de Résistance, s’implique dans des activités jugées suffisamment importantes pour laisser des traces dans plusieurs fonds sensibles des archives françaises. Puis, après la guerre, son nom disparaît.

C’est ce silence qui est au cœur du livre.

Un nom qui résiste aux archives

Jean-Christophe Notin ne cherchait pas Mohamed Taleb. Il est tombé sur lui. En travaillant depuis des années sur la Résistance et la France libre, il croise d’abord une mention administrative, puis une autre dans un dossier judiciaire, puis une trace dans des archives liées aux réseaux clandestins. Le même nom revient, sans biographie, sans visage, sans récit. Mohamed Taleb apparaît dans des dossiers importants, puis s’évanouit.

Pourquoi ce soldat algérien figure-t-il dans plusieurs fichiers de la Résistance ? Pourquoi est-il associé à des affaires suivies par les services français ? Et pourquoi, après 1945, plus rien ?

À partir de cette anomalie, Notin engage une véritable enquête. Il confronte les archives militaires, les dossiers de police, les fichiers judiciaires, les documents de la France libre. Il recoupe, compare, mesure les silences. Peu à peu, une trajectoire se dessine : celle d’un Algérien engagé dans la lutte contre l’occupation nazie, mais enfermé dans la condition de sujet colonial.

Taleb agit dans un monde où l’Algérie est encore une colonie, intégrée juridiquement à la France mais exclue politiquement. Il combat dans l’armée française, mais n’est pas français au sens plein. Il lutte contre le nazisme, mais sans garantie que cette lutte lui vaudra un jour reconnaissance ou égalité.

Le livre ne tranche pas la question des loyautés. Taleb était-il « pour la France » ou « pour l’Algérie » ? Le piège serait de vouloir le récupérer. Le livre montre au contraire un homme pris dans une contradiction historique : engagé dans une guerre juste, à l’intérieur d’un système injuste.

Le moment Leïla Taleb

L’enquête aurait pu rester confinée aux archives. Elle bascule ailleurs. Lors d’une conférence publique consacrée aux combattants coloniaux de la Résistance, Jean-Christophe Notin évoque Mohamed Taleb, ce nom qui le poursuit. Dans la salle, une femme écoute. À la fin, elle s’avance et dit simplement : « Mohamed Taleb, c’est mon père. » Elle s’appelle Leïla Taleb.

À cet instant, le fantôme d’archives devient un homme réel.

Leïla n’apporte pas un récit glorieux, mais une mémoire blessée : un père engagé, des silences, des injustices, l’impression d’avoir été effacé de l’histoire. Elle confirme ce que les dossiers suggéraient : Mohamed Taleb a bien participé à la Résistance, mais il n’a jamais reçu la reconnaissance accordée aux combattants français.

À partir de là, le livre change de texture. Les documents de l’État sont confrontés à la parole d’une fille. Les dates, les matricules, les procédures sont relus à travers une vie humaine. L’histoire officielle rencontre une mémoire familiale longtemps tenue à l’écart.

C’est cette rencontre, dans une salle de conférence, qui donne au livre sa profondeur. Sans Leïla Taleb, Mohamed Taleb serait peut-être resté une note de bas de page. Avec elle, il redevient un acteur de l’histoire.

Un oubli révélateur

L’après-guerre est l’autre grande zone d’ombre. Comme des milliers d’anciens combattants algériens, Mohamed Taleb ne bénéficie ni d’une pleine reconnaissance ni d’une place durable dans la mémoire française. La Résistance est célébrée, mais ses combattants coloniaux sont relégués. Leurs droits, leurs pensions, leur statut restent inférieurs.

Du côté algérien, la guerre de Libération recompose le paysage mémoriel. Les engagements antérieurs, surtout lorsqu’ils s’inscrivent dans le cadre français, deviennent marginaux, parfois suspects. Taleb disparaît entre deux récits nationaux qui n’ont pas de place pour lui.

C’est là que le livre prend sa dimension politique. En racontant Mohamed Taleb, Notin interroge la manière dont les États fabriquent leurs mémoires. Qui est retenu ? Qui est effacé ? Et selon quels critères ?

L’histoire de Taleb ne préfigure pas directement la lutte indépendantiste, mais elle en éclaire le contexte : celui d’une population colonisée appelée à se battre pour la liberté des autres avant d’obtenir la sienne.

Jean-Christophe Notin, auteur de nombreux ouvrages sur la guerre, la Résistance et la France libre (Tallandier, Fayard, Calmann-Lévy), signe ici, avec À la recherche de Mohamed Taleb, un livre de réparation historique. Pas pour ériger un mythe, mais pour restituer une trajectoire que ni la France ni l’Algérie n’ont su accueillir.

Mohamed Taleb n’est pas un symbole commode. Il est un homme réel, pris dans les contradictions de l’histoire coloniale. C’est précisément pour cela qu’il mérite d’être lu, compris et transmis.

Djamal Guettala

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Importations de bétail : l’État parie sur l’abondance pour stabiliser le marché

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Viande

Le groupe public Agrolog a enclenché un dispositif d’importation d’envergure visant à anticiper les tensions saisonnières sur le marché des viandes rouges. Entre bétail sur pied et constitution de stocks stratégiques, les pouvoirs publics entendent agir sur l’offre pour contenir les hausses de prix et sécuriser l’approvisionnement national.

Dérogeant à la formule classique des importations de viandes réfrigérées ou congelées, Agrolog a fait le choix d’importer du bétail vivant, en partenariat avec des opérateurs privés. Le programme porte sur 72 000 têtes bovines et près de 140 000 têtes ovines, en provenance notamment d’Espagne, de Roumanie et du Brésil.

Les premières livraisons ont déjà débuté, avec 20 000 moutons et 5 000 bovins réceptionnés. Les volumes restants devraient être acheminés progressivement avant le début du mois de Ramadan, période traditionnellement marquée par une forte pression sur la demande.

En parallèle, les autorités misent sur un maillage commercial élargi afin de limiter les pratiques spéculatives. Un réseau de 400 points de vente a ainsi été mis en place à travers les 58 wilayas, en coordination avec l’Office national des aliments de bétail (ONAB) et la société Alviar.

Le kilogramme de viande ovine importée est fixé à 1 860 dinars, un niveau identique à celui de l’année précédente, dans l’objectif affiché de préserver le pouvoir d’achat et de contenir les anticipations inflationnistes.

La rédaction

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​France-Algérie : timide rétablissement des canaux diplomatiques sur fond de tensions

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France Algérie

Huit mois après avoir été rappelé à Paris, l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, reconnaît une reprise partielle des échanges entre Paris et Alger, sans pour autant parler de sortie de crise.

Dans un entretien accordé à RFI, il dresse le constat d’une relation bilatérale encore entravée par des blocages politiques, mémoriels et sécuritaires, malgré le rétablissement récent de certains canaux de communication.

« La crise n’est pas terminée, pas encore », tranche l’ambassadeur, alors même que des échanges diplomatiques et sécuritaires ont repris depuis deux à trois mois. Cette prudence reflète l’état actuel des relations entre les deux pays : une volonté affichée d’apaisement, mais fragilisée par une accumulation de signaux contradictoires.

La libération de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, intervenue le 12 novembre, a été perçue à Paris comme un geste susceptible d’ouvrir une phase de réengagement. Mais cet espoir a été rapidement tempéré par le maintien en détention du journaliste Christophe Gleizes, présenté par Stéphane Romatet comme un « contre-signal ». Pour la diplomatie française, ces dossiers individuels sont devenus des indicateurs politiques du climat bilatéral.

À ces tensions s’ajoute le vote récent par l’Assemblée populaire nationale algérienne d’un projet de loi criminalisant la colonisation française. Un texte qui, selon l’ambassadeur, intervient à un moment particulièrement sensible et complique la dynamique de rapprochement. Les autorités françaises y voient une marque d’hostilité, renforçant l’impression d’un durcissement mémoriel assumé par Alger.

Sur le plan politique interne français, Stéphane Romatet souligne également l’impact négatif de certaines prises de position. Les déclarations virulentes d’élus de droite et d’extrême droite à l’égard de l’Algérie, relayées dans l’espace médiatique, contribuent selon lui à tendre davantage la relation. L’ambassadeur met en garde contre toute stigmatisation dépassant les dirigeants pour viser un pays ou une population, rappelant la responsabilité des responsables politiques dans le choix des mots.

Interrogé sur la résolution portée par le Rassemblement national et soutenue par une partie de la droite et du centre à l’Assemblée nationale française, Stéphane Romatet se refuse à parler de « rapport de force ». Il estime que l’affichage public de telles logiques est contre-productif et défend, à l’inverse, une approche fondée sur la discrétion diplomatique et la restauration progressive des canaux de dialogue.

Sur le terrain sécuritaire, la crise a eu des effets concrets. La coopération antiterroriste entre les deux pays a été quasi suspendue pendant plusieurs mois. Ce n’est que récemment que des échanges ont repris, signe d’une prise de conscience partagée des enjeux régionaux, notamment au Sahel. La visite à Alger, le 20 novembre, de la secrétaire générale du Quai d’Orsay, Anne-Marie Descôtes, a marqué le rétablissement d’un canal diplomatique formel, le premier depuis juillet 2024.

La coopération migratoire constitue l’autre dossier sensible. Paris attend une reprise effective des procédures permettant l’éloignement des ressortissants algériens sous obligation de quitter le territoire français (OQTF), un sujet central pour le ministère français de l’Intérieur. C’est dans ce contexte qu’une visite de Laurent Nuñez à Alger est « à l’étude ». Invité dès novembre 2025, le ministre a exprimé son souhait de se rendre en Algérie, à condition que cette visite soit soigneusement préparée sur les volets sécuritaire et migratoire.

Quant au retour de Stéphane Romatet à son poste à Alger, aucune date n’est avancée. L’ambassadeur se dit toutefois prêt à « prendre toute sa part » dans une éventuelle sortie de crise, espérant que 2026 marque la fin d’une année 2025 qualifiée de « très difficile ».

Entre signaux d’ouverture et tensions persistantes, la relation franco-algérienne demeure dans un entre-deux, sans rupture formelle ni véritable normalisation. L’évolution du dialogue dépend désormais de la capacité des deux capitales à dépasser les postures politiques et à transformer la reprise des échanges en avancées concrètes.

Samia Naït Iqbal

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Quand le Sénat devient messagerie de la Présidence !

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Azzouz Nasri, président du conseil de la nation reçu par Tebboune
Azzouz Nasri, président du conseil de la nation reçu par Tebboune pour parler transporteurs. Crédit photo : DR

« Le Président de la République a reçu, dimanche, le président du Conseil de la nation, qui lui a remis un rapport sur le déroulement de la rencontre au cours de laquelle il a reçu les syndicats et les représentants du secteur des transports. » Pathétique entrée en la matière.

La phrase est propre. Polie. Administrative. Elle sent le papier fraîchement imprimé. Et pourtant, elle contient déjà toute la maladie du système, comme une radio qui montre la fracture avant même que le patient n’ouvre la bouche.

Parce qu’il faut entendre ce que ce communiqué dit, sans le dire. Il dit qu’un conflit social, celui des transporteurs, a été traité de telle manière qu’on a jugé utile d’y ajouter une scène institutionnelle: le Sénat vient remettre un rapport au Président, en présence du directeur de cabinet et d’un conseiller politique. Autrement dit, la crise ne se règle pas seulement sur le terrain social. Elle se règle sur le terrain du récit, de la mise en ordre, du “tout est sous contrôle”. On ne gouverne plus, on atteste.

Normalement, dans une démocratie qui tient debout, un conflit comme celui-là suit une ligne claire: les syndicats négocient avec le gouvernement, les ministres répondent, et le Parlement contrôle. Point. Ici, on assiste à une chorégraphie différente: le Parlement ne contrôle pas, il circule. La chambre haute n’arbitre pas, elle transmet. Et le sommet reçoit comme on reçoit un dossier à classer. La République devient une chaîne logistique.

Et c’est là que le communiqué devient délicieux, presque comique, à force d’être sérieux. Car que signifie “un rapport sur une rencontre au cours de laquelle il a reçu…”? Le président du Conseil de la nation reçoit les syndicats, puis rapporte au Président de la République. On découvre une institution nouvelle: le Sénat-facteur. La chambre haute ne légifère plus, elle fait la tournée. Elle recueille l’humeur sociale et la dépose au sommet, soigneusement, sans éclaboussures.

Ce mécanisme, à lui seul, raconte l’inversion. Dans un État normal, c’est le pouvoir exécutif qui rend des comptes au Parlement. Ici, c’est une chambre parlementaire qui vient rendre compte au Président. Le circuit est bouclé, l’inversion est parfaite. Le Parlement, au lieu de contrôler l’exécutif, devient un couloir. Le Sénat, au lieu de rester dans sa vocation, devient un service après-vente. Et la Présidence, au lieu d’être arbitre, devient guichet central.

À partir de là, l’origine du problème apparaît presque naturellement. On ne monte pas une telle scène pour un simple “désaccord technique”. Si le Sénat doit écouter, calmer, recevoir, puis “rapporter”, c’est que l’exécutif a laissé une crise naître là où elle ne devait pas naître: dans le ventre d’une décision précipitée. Une loi surgit, trop vite, trop haut, trop loin des routes. Elle traverse l’APN comme une formalité, sans friction, sans débat. Puis la route répond: blocages, paralysie, crispation. Et quand la réalité met le pays en travers, on tente la pirouette la plus spectaculaire: on retire, on adoucit, on recule, en expliquant que la loi “n’a pas été approuvée”. Votée, mais pas approuvée. Publiée, mais pas validée. Un texte légal traité comme une rumeur.

Voilà pourquoi on fabrique ensuite du “calme institutionnel”. Parce que la crise est embarrassante: elle ne révèle pas seulement une erreur de contenu, elle révèle une méthode. On fait passer une bêtise par la force, puis on nie l’avoir imposée. On confond autorité et compétence. Et quand le pays tousse, on ne recadre pas ceux qui ont provoqué la toux: on convoque une mise en scène de responsabilité, avec rapport, conseillers, et photo mentale de stabilité.

C’est exactement ce que dit le communiqué. Il ne parle ni de débat parlementaire, ni d’explication publique, ni de responsabilité politique. Il parle de “rapport”. Le mot est pratique: il transforme une crise en document. Il transforme une colère en procédure. Il transforme un dysfonctionnement en paperasse.

Et pendant que le Sénat apporte le papier, la question demeure, brutale: qui gouverne, qui contrôle, qui assume? Car si l’on doit mobiliser la chambre haute pour calmer un conflit social, c’est que l’État ne corrige plus ses erreurs, il les gère comme des fuites: un chiffon, un rapport, et on passe à la pièce suivante.

Le plus ironique, au fond, c’est que ce communiqué est censé prouver que l’État fonctionne. Il prouve surtout qu’il patine. Quand une République a besoin d’un “rapport” pour expliquer qu’elle a simplement reçu des transporteurs, c’est qu’elle ne traite plus les problèmes: elle traite leur trace.

Zaim Gharnati

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Serge Vial : « La haine de l’autre ne peut amener que des catastrophes »

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Serge Vial et des membres du bureau de Résister aujourd'hui
Serge Vial et des membres de Résister Aujourd'hui. Crédit photo : DR

À Marseille, ville de diversité et de vigilance civique, Résister Aujourd’hui poursuit son travail de transmission de l’héritage de la Résistance et de défense des valeurs républicaines. M. Serge Vial revient sur la genèse du collectif, les enjeux contemporains de la mémoire historique et la nécessité de sensibiliser les jeunes face aux idéologies extrémistes.

Entre rappel du passé et engagement concret, il explique comment Résister Aujourd’hui articule mémoire, action citoyenne et lutte contre l’intolérance.

Depuis sa création, le collectif se veut un observateur attentif des évolutions politiques et sociales en France. À travers des conférences, des projections et sa participation au Concours national de la Résistance et de la Déportation, il s’attache à transmettre aux jeunes l’importance de défendre les valeurs de liberté, d’égalité et de solidarité.

Matin d’Algérie : Monsieur Vial, pouvez-vous nous raconter la genèse du collectif Résister ? Qu’est-ce qui a motivé sa création et quel besoin spécifique voulait-il combler ?

Serge Vial : Devant la montée du Front National de Jean-Marie Le Pen (10,95 % aux élections européennes de 1984), des anciens résistants Edmond Leclanché (dit Tonio), Henri Thiodat (dit Ric) et Raymond Vial (dit Suffren), voyant les combattants du maquis disparaître, ont demandé à leurs enfants et aux enfants de leurs camarades de fonder une structure mémorielle, ‘’les Cadets de la Résistance d’Auvergne’’ avec l’objectif de transmettre la mémoire des résistants aux jeunes générations, de combattre l’oubli et d’insuffler l’esprit de la Résistance comme une mise en garde démocratique pour l’avenir. Raymond Vial a étendu cette dynamique en Corrèze en 1987 et en région Paca en 1994. L’association ayant des adhérents sur plus de 50 départements, elle devient structure nationale en 1998. L’essentiel est résumé dans le chapitre « Notre association » sur notre triptyque, rappelé en PJ.

Le Matin d’Algérie : Votre dernier communiqué évoque une “bataille idéologique” autour de la liberté et de l’égalité. Comment décririez-vous cette tension dans la société française actuelle ?

Serge Vial : Oui car on sait très bien que si l’extrême-droite arrive au pouvoir la liberté des associations comme les nôtres mais pas que, je pense à celles qui aident les migrants, est menacée. La tension dans la société française actuelle vient de l’augmentation de la différence entre les très riches et les très pauvres. Le parallèle avec la situation économique dramatique à partir du crash de 1929 jusqu’à l’arrivée au pouvoir d’Hitler en 1933 est plus qu’inquiétant.

Le Matin d’Algérie : Vous mentionnez Johann Chapoutot et Laurent Joly comme figures de résistance intellectuelle. En quoi leur travail reflète-t-il l’esprit du collectif ?

Serge Vial : Ils résistent à leur manière, le premier en insistant sur les risques du rapprochement entre la droite et l’extrême-droite, celui-ci ayant commencé avec Eric Ciotti, en dénonçant la complaisance de la droite et du centre envers l’extrême droite, « rappelant que Hitler a été nommé chancelier dans un contexte où les classes dirigeantes pensaient pouvoir le contrôler ». Le deuxième nous met en garde contre une instrumentalisation politique de la mémoire en rappelant que le travail des Mémoriaux (Rivesaltes et d’autres comme le Camp des Milles) repose sur une rigueur historique et un respect des faits, et non sur une quelconque idéologie militante. ‘’Résister Aujourd’hui’’ s’est opposée souvent aux récits révisionnistes ou négationnistes de l’Histoire de la période 1939-1945.

Le Matin d’Algérie : Le mot “résister” renvoie à l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, comment ce concept se traduit-il dans vos actions et vos engagements ?

Serge Vial : Comme nos ressources s’amenuisent depuis le départ des anciens résistants et déportés, avec d’autres, notamment des collectifs (comme celui d’Aix), nous sommes des lanceurs d’alerte et par nos communiqués et nos actions (projection-débat, conférences, participation au CNRD …) nous espérons toucher un maximum de jeunes pour qu’ils réfléchissent au moment du vote de ne pas se laisser entraîner par des discours haineux.

Au forum des associations de 2024 nous avions affiché : « Nous résistons aujourd’hui à la montée du fascisme par le devoir de mémoire, à celles et ceux qui veulent déshumaniser la planète par des guerres, à l’intolérance, à l’antisémitisme et au racisme, à la peur de l’étranger, à la discrimination, au négationnisme et au révisionnisme et à la bêtise humaine. En n’oubliant jamais ‘Les conquêtes sociales et culturelles du Programme du Conseil National de la Résistance’»

Le Matin d’Algérie : Vous insistez sur la nécessité de préserver la mémoire sans l’instrumentaliser. Quelles dérives vous semblent les plus préoccupantes aujourd’hui ?

Serge Vial : Les députés RN qui déposent les gerbes au pied des monuments mémoriaux oubliant l’origine du FN créé avec l’aide d’anciens Waffen SS. Le RN qui profite du conflit israélo-palestinien pour se gargariser d’être un des remparts de la défense des juifs et de s’opposer à l’antisémitisme.

Le Matin d’Algérie : Vous citez Churchill : “Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre.” Comment percevez-vous cet “oubli organisé” dans le discours public français ?

Serge Vial : Afin d’éviter que l’histoire se répète (comme le fait très bien la fondation du camp des Milles), il faut sans cesse rabâcher ce qui s’est passé dans les années 30 et qui a amené la 2ème guerre mondiale. Cet oubli n’est pas organisé : ce sont les jeunes, trop peu nombreux, qui font le parallèle entre le RN et cette terrible période de notre Histoire.

Le Matin d’Algérie : Marseille est le point d’ancrage de vos actions. Qu’apporte cette ville à votre démarche et à l’esprit de votre collectif ?

Serge Vial : Ses infrastructures et sa diversité de population mais Aix aussi où des groupuscules comme Tenesoun et Nemesis sont bien implantés malheureusement.

Le Matin d’Algérie : Marie-Jo Chombart de Lauwe est évoquée comme une figure exemplaire de courage et de vigilance. Quelle place occupe-t-elle dans l’inspiration du collectif ?

Serge Vial : Elle et d’autres, comme Chaban Delmas ou Geneviève de Gaulle ont parrainé l’association en 1994 (cf triptyque) et sa citation reportée sur la première page du site de RA : « Je ne veux pas établir de parallèle avec ce que j’ai connu dans les années trente, mais je vois tout de même des signaux d’alerte » nous obligent à nous opposer à la montée du RN et de ses alliés pour « modifier le cours des choses ».

Le Matin d’Algérie : Votre collectif compte plusieurs membres, dont Michel Vial, Alain Espinar, Danièle et Jean-Paul Roulant… Comment s’articule le travail collectif et la prise de décision au quotidien ?

Serge Vial : Le bureau prépare tous les 2 mois le Conseil d’Administration. Au quotidien, les déclarations, communiqués, bulletins sont discutés par messagerie internet, Facebook, WhatsApp…

Le Matin d’Algérie : En tant que président, quel rôle assumez-vous vis-à-vis de la mission initiée par votre cousin, Michel Vial, fondateur du collectif ? Y a-t-il une véritable transmission générationnelle ?

Serge Vial : La transmission familiale s’est faite via mon oncle Raymond (père de Michel) car mon père, ancien résistant lui aussi, est mort accidentellement trop jeune.

Quand Michel était président de RA (1994-2015) j’étais déjà au Conseil d’Administration. Je voudrais mentionné Catherine Piat qui fût présidente de 2015 à ? et qui continue aujourd’hui de nous conseiller.

Le Matin d’Algérie : Enfin, que diriez-vous à la jeunesse, parfois désabusée, pour lui donner envie de s’engager, de défendre la mémoire et de rejoindre votre démarche citoyenne ?

Serge Vial : Je veux leur faire comprendre que la haine de l’autre ne peut amener que des catastrophes, notamment au niveau des libertés individuelles et collectives. Dans cet esprit, nous allons le plus possible aller dans les écoles, collèges et lycées, les inciter à participer, chaque année, au CNRD (Concours National de la Résistance et de la Déportation)

Entretien réalisé par Djamal Guettala 

Plus d’informations 

https://www.resisteraujourdhui.fr

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