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Olivier Bleys : « Ecrire, c’est comme rouler à vélo : si l’on cesse de pédaler, on tombe ! »

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Olivier Bleys
Olivier Bleys. Photo DR

Olivier Bleys est un écrivain aux multiples talents : romancier, scénariste, essayiste et infatigable marcheur. Curieux et passionné d’écriture depuis l’enfance, il a suivi des études en lettres et en histoire, qui ont nourri son goût pour les récits ancrés dans le passé, tout en éveillant une réflexion continue sur le monde contemporain. Son œuvre, foisonnante et éclectique, explore des genres variés, du roman historique au récit de voyage, en passant par l’anticipation et la bande dessinée.

Dès son premier roman, Pastel (2000), couronné par le Prix François-Mauriac de l’Académie française, Olivier Bleys s’impose dans le paysage littéraire. Il y évoque le commerce du pastel au XVIe siècle, dans un récit où l’Histoire dialogue avec l’humain. Il enchaîne avec Le Fantôme de la tour Eiffel (2002), une intrigue parisienne dans les coulisses de la célèbre tour, et Semper Augustus (2007), qui plonge le lecteur dans la folie spéculative des tulipes aux Pays-Bas du XVIIe siècle. En 2013, Le Maître de café, récompensé par le Grand Prix du Roman de la SGDL, aborde les liens filiaux dans un décor africain vibrant. Avec Discours d’un arbre sur la fragilité des hommes (2015), finaliste du Prix Goncourt des lycéens, il livre une fable écologique et méditative sur la place de l’homme dans la nature. Enfin, Antarctique (2022) marque une incursion dans la fiction d’anticipation, imaginant un monde post-effondrement en quête de nouveaux équilibres.

Marcheur passionné, Olivier Bleys s’est lancé en 2010 dans un tour du monde à pied, réalisé par étapes. Cette aventure humaine et physique irrigue ses textes d’une profonde réflexion sur le temps, l’espace et les cultures traversées. Ses récits de voyage et ses essais traduisent cette expérience de l’altérité et cette volonté de voir le monde « à hauteur d’homme », avec humanité et patience.

Parallèlement à ses romans, il écrit pour la bande dessinée, notamment dans la collection La Petite Bédéthèque des Savoirs, où il aborde des sujets historiques et de société avec rigueur et inventivité. Son travail a été salué par de nombreuses distinctions, parmi lesquelles les titres de Chevalier (2014) puis Officier des Arts et des Lettres (2021).

Inspiré par des auteurs tels que Jules Verne, Albert Camus, Stefan Zweig ou Italo Calvino, Olivier Bleys mêle dans ses textes l’Histoire, la géographie vécue, et une sensibilité philosophique tournée vers les grandes questions humaines : la mémoire, le temps, la lenteur.

Plus qu’un auteur prolifique, il se positionne en passeur de savoirs. Il intervient régulièrement en milieu scolaire ou culturel pour transmettre sa passion de la littérature, défendre l’imaginaire, et promouvoir une approche vivante, accessible et ouverte de l’écriture. À travers ses livres comme à travers ses rencontres, il invite à ralentir, à regarder le monde autrement, et à renouer avec la richesse du récit comme outil de compréhension, de rêve et d’éveil.

Olivier Bleys est un écrivain aux multiples facettes, explorant avec talent le roman historique, l’anticipation, la bande dessinée et le récit de voyage. Son œuvre, nourrie par une profonde curiosité pour le monde et ses histoires, se distingue par une érudition accessible et une écriture en mouvement. Son engagement littéraire va bien au-delà des livres : marcheur au long cours, il poursuit depuis 2010 un tour du monde à pied, une expérience qui façonne sa vision du temps, de l’espace et des civilisations qu’il traverse. À travers cet entretien, il revient sur ses inspirations, ses explorations et sa manière de concilier voyage et écriture.

Le Matin d’Algérie : Votre œuvre couvre une grande diversité de genres, du roman historique au récit d’anticipation, en passant par la bande dessinée et le récit de voyage. Comment parvenez-vous à concilier ces univers si variés dans votre écriture ?

Olivier Bleys : Ce n’est pas une contrainte mais une diversion agréable, peut-être même nécessaire. Elle m’aide à combattre la routine, la répétition, qui nuisent sévèrement à mon travail et pourraient même l’empêcher. En abordant de nouveaux genres, même très éloignés de ma pratique ordinaire (j’ai écrit un livret d’opéra, par exemple), je m’aère l’esprit et stimule ma créativité. C’est particulièrement vrai des œuvres collectives ou de collaboration, qui brisent la redoutable solitude du créateur.

Le Matin d’Algérie : Vous avez été nommé Chevalier des Arts et des Lettres en 2014, puis Officier en 2021. Que représentent ces distinctions pour vous et quel impact ont-elles eu sur votre parcours littéraire ?

Olivier Bleys : J’ai grandi dans un immeuble social, au sein d’une famille assez défavorisée matériellement. Les distinctions et les prix qui ont émaillé ma carrière artistique possèdent donc une valeur particulière. Ils ont le goût de la revanche. En revanche, si elles sont un gage de sérieux dans certains milieux, ces décorations n’ont en rien aidé mon parcours littéraire. D’une part, peu de gens sont au courant. D’autre part, il est plus utile d’habiter Paris et de fréquenter les journalistes que d’avoir du talent. Même le prix Nobel n’a pas durablement sorti certains auteurs de l’anonymat.

Le Matin d’Algérie : Vous avez entrepris un tour du monde à pied depuis 2010, par étapes. En quoi cette expérience influence-t-elle votre vision du monde et votre manière de raconter des histoires ?

Olivier Bleys : Ce projet a été suspendu à Moscou, le 5 juillet 2019. La crise sanitaire, puis l’invasion de l’Ukraine que nous avions d’ailleurs traversée à pied en intégralité, n’ont pas permis de le poursuivre. Il s’agit donc d’un tour du monde à pied inachevé, devenu une traversée d’Europe achevée, de France jusqu’en Russie, à travers la Suisse, l’Italie, la Slovénie, la Croatie, la Hongrie et l’Ukraine.

Tout marcheur au long cours développe une vision du monde qui lui est propre, marquée à la fois par une certaine ouverture (réciproque du bon accueil qu’il reçoit, en général, des populations rencontrées en chemin) et une certaine vigilance (il faut garder les yeux ouverts et les sens aux aguets lorsqu’on progresse, seul et sans défense, sur les routes et les sentiers du monde). Je ne crois pas, en revanche, que j’écrive ou raconte différemment depuis que je marche. L’écriture du voyage, d’ailleurs, m’a déçu. Il est difficile d’échapper au tourisme et aux lieux communs qu’il nourrit. Trop d’images encombrent notre esprit, je crois, pour développer de nos jours un regard neuf sur le monde. Que dire d’inédit sur Venise, sur New-York, sur la Chine ?

Le Matin d’Algérie : L’Histoire occupe une place centrale dans vos romans, comme Pastel ou Semper Augustus. Qu’est-ce qui vous attire dans le passé et comment parvenez-vous à le rendre vivant pour vos lecteurs ?

Olivier Bleys : Ce n’est pas le passé qui m’importe, mais la distance au réel. Cette distance peut exister dans le temps ou dans l’espace. Voilà ce qui m’a porté vers le roman historique comme vers le récit de voyage. L’essentiel, c’était d’être loin ! Je ne sais pas parler de l’ici et maintenant. Je n’ai rien à dire sur notre époque. Elle est passionnante à certains égards, mais tragique de bien des façons. Pour qui aime lire et s’est construit à travers la lecture et la fréquentation des grands auteurs, notre siècle n’a pas beaucoup d’intérêt. Pourtant, je ne rejette pas tous les aspects de la modernité. J’ai travaillé pour le jeu vidéo et je suis assez à l’aise, par exemple, avec les technologies.

J’ignore pourquoi j’ai des affinités avec le passé. Peut-être grâce à mes vies antérieures ? Il m’est beaucoup plus naturel de raconter une chevauchée à cheval qu’un voyage en avion. L’expérience de la chevauchée est riche en odeurs, en couleurs, en sensations… Le voyage moderne, au contraire, revient principalement à zapper d’un écran à l’autre, de son téléphone au moniteur diffusant des films à bord. Ça n’a aucun intérêt.

Le Matin d’Algérie : Avec des œuvres comme Discours d’un arbre sur la fragilité des hommes et Antarctique, vous abordez des thématiques écologiques et philosophiques. Quelle est votre vision de la place de l’homme dans la nature et de son rôle face aux défis environnementaux ?

Olivier Bleys : Il faudrait plus que quelques lignes pour développer mon point de vue ! J’ai été attentif au témoignage du philosophe Francis Wolff, lu récemment dans Le Monde, qui contestait la vision horizontale et égalitaire de toutes les espèces vivantes, répandue sottement chez nombre de penseurs contemporains. Je crois comme lui que l’homme tient une place spéciale dans ce qu’on appelait autrefois la Création, que des responsabilités particulières lui incombent et que si le monde va en effet à sa destruction, c’est d’abord sa faute. Il a davantage de devoirs que le chien ou la libellule mais, pour pouvoir les remplir, il doit jouir aussi de davantage de droits. 

Pour les besoins de mon dernier livre paru, La Marche aux étoiles, j’ai randonné pendant des semaines dans les montagnes de Californie, où les ours sont nombreux (on en compterait plus de 30 000 dans cet État américain) et la probabilité de les rencontrer, assez élevée. On lit partout que l’ours est « chez lui » dans ces montagnes, sous-entendu que l’homme y serait intrus. Je n’aime pas cette vision des choses, qui réduit l’homme à un admirateur coupable et repentant de la beauté sauvage. Nous abdiquons notre dignité d’espèce objectivement dominante, qui a façonné le monde à son image. En la matière, je suis partisan d’un certain humanisme.

Le Matin d’Algérie : Vous êtes également scénariste et auteur de bandes dessinées. Qu’est-ce qui vous plaît dans ce format et comment diffère-t-il de votre travail romanesque ?

Olivier Bleys : C’est un hommage à mes propres influences, car je suis lecteur régulier d’albums de bandes dessinées. J’aurais aimé développer davantage ce rayon de ma bibliothèque, mais le temps me manque, et peut-être aussi une inspiration vraiment originale. Hélas, je ne sens pas en moi un univers d’auteur assez riche, assez dense pour bâtir une grande œuvre de scénariste BD. Cela reste marginal dans ma création.

Le Matin d’Algérie : Vous intervenez souvent auprès des jeunes publics dans les écoles et médiathèques. Quel rôle attribuez-vous à la transmission de la littérature et de l’imaginaire auprès des nouvelles générations ?

Olivier Bleys : Non, en réalité, j’interviens assez peu dans les établissements scolaires et ce n’est pas un exercice que je prise particulièrement. Certains ont la vocation de transmettre, pas moi. Je trouve difficile de s’adresser au jeune public qui, en majorité, ne lit plus, n’a qu’un accès et une fréquentation scolaire des ouvrages imprimés, et pour qui l’écrivain est une figure étrange et surannée, ce que pouvait être de mon temps un sabotier. C’est même assez humiliant d’être regardé comme une antiquité ! Les jeunes veulent rencontrer des footballeurs, des influenceuses, des chanteurs de rap… Pourquoi les contrarier ? Notre public, hélas, se compose en grande majorité de personnes d’un certain âge. Il vieillit comme vieillit le livre lui-même. Nous devons l’accepter.

Le Matin d’Algérie : Avez-vous des projets en cours ou à venir ?

Olivier Bleys : Fort heureusement, puisque je vis de cette activité. Pas de chômage pour les écrivains, ni congés payés, ni tickets-restaurants ! Ecrire, c’est comme rouler à vélo : si l’on cesse de pédaler, on tombe !

J’ai donc entrepris l’écriture d’un roman à thème scientifique. Comme La Marche aux étoiles, ce récit situé dans l’Amérique des années 1930 traite d’astronomie. Je travaille aussi sur des projets audiovisuels. J’ai pris beaucoup de plaisir à réaliser le film-documentaire de La Marche aux étoiles, et j’aimerais en tourner d’autres dans des conditions plus professionnelles.

Le Matin d’Algérie : Un dernier mot peut-être ?

Olivier Bleys : Visitez mon site, riche d’informations sur mes livres et mes autres activités ! https://olivierbleys.com/

Entretien réalisé par Brahim Saci

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L’affaire Amir DZ : les services algériens pointés du doigt

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Amir Dz
Amir Dz au coeur d'une affaire qui pourrait conduire à la rupture des relations entre Alger et Paris.

La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), le renseignement intérieur français, incrimine dans un rapport d’enquête un ex-haut responsable de l’ambassade algérienne à Paris dans l’enlèvement en 2024 de l’influenceur Amir Boukhors, dit « Amir DZ ».

Cette mise en cause suit la mise en examen, à la mi-avril, de trois personnes, dont un agent consulaire algérien, pour l’enlèvement et la séquestration de l’opposant au régime. Dans son édition de ce mardi, Le Parisien affirme que cinq nouveaux suspects ont été placés en garde à vue ce mardi matin par les services antiterroristes dans l’enquête sur le rapt de l’influenceur Amir DZ près de Paris. Décidément, l’affaire de l’enlèvement d’Amir DZ est une véritable grenade dégoupillée dont la déflagration à répétition emporte par pans entiers les relations algéro-françaises.

Ainsi, l’AFP a appris mardi de source proche du dossier que la DGSI met désormais en cause un quatrième protagoniste, non poursuivi à ce stade : un certain S. S., présenté comme un « sous-officier algérien de la DGDSE », un service de renseignement de ce pays, âgé de 36 ans. 

Il aurait été présent à Paris « sous la couverture diplomatique de Premier secrétaire » de l’ambassade d’Algérie, mais n’a pas été arrêté. Il n’est possiblement plus en France, et pourrait faire valoir une éventuelle immunité diplomatique. Pour Le Monde, l’implication d’un diplomate algérien rend cette affaire explosive. Evoquant une source proche du dossier, le quotidien du soir souligne que ce diplomate accrédité en qualité de premier secrétaire de l’ambassade algérienne, a été étroitement mêlé aux préparatifs et à la supervision de l’enlèvement d’Amir DZ.

Une mise en cause qui ne devrait pas améliorer le climat entre la France et l’Algérie. Le renseignement intérieur français incrimine dans un rapport d’enquête un ancien haut responsable de l’ambassade algérienne à Paris dans l’enlèvement fin avril 2024 près de la capitale d’Amir Boukhors, dit «Amir DZ», a appris l’AFP de source proche du dossier mardi.

Il s’agit du quatrième protagoniste mis en cause dans cette enquête, menée par un juge antiterroriste parisien. «S.S.», ainsi que le présente la direction générale de la sécurité intérieure, est un «sous-officier algérien de la DGDSE», un service de renseignement de ce pays, âgé de 36 ans. Il aurait été présent à Paris «sous la couverture diplomatique de Premier secrétaire» de l’ambassade d’Algérie, mais n’a pas été arrêté. Il n’est possiblement plus en France et pourrait faire valoir une éventuelle immunité diplomatique.

Trois autres personnes, dont un agent consulaire, ont été mises en examen mi-avril 2025 pour arrestation, enlèvement, séquestration, en relation avec «une entreprise terroriste». Dans son rapport du 11 avril, la DGSI affirme que S. S. aurait été appelé par l’un des mis en cause «alors que commençait la séquestration», ou aurait participé à un «débriefing» à quatre, «deux heures après l’enlèvement».

Téléphone qui borne

S. S. a aussi retiré cette nuit-là à la banque 2 000 euros, possiblement pour rémunérer les geôliers d’Amir Boukhors. Son téléphone a aussi borné plusieurs fois près du domicile de l’influenceur et d’un bar, où il avait ses habitudes, plus d’un mois avant l’enlèvement. Des médias évoquent une volonté des auteurs de l’enlèvement d’exfiltrer Amir DZ par l’Espagne vers l’Algérie.

Installé en France depuis 2016, Amir DZ, 41 ans et un million d’abonnés sur TikTok, fait l’objet de neuf mandats d’arrêt internationaux d’Alger qui veut le juger, notamment pour escroquerie ou infractions terroristes. En 2022, la justice française a refusé son extradition, et le pays lui a accordé l’asile politique en 2023. Amir Boukhors – dit « Amir DZ » – avait été enlevé le 29 avril 2024 dans le Val-de-Marne, puis relâché le 1er mai. L’enquête, d’abord menée à Créteil, a été reprise en février par le Parquet national antiterroriste (Pnat) et confiée à la DGSI et à la Brigade criminelle.

Sollicité par l’AFP, son avocat Eric Plouvier a dénoncé «une atteinte violente à l’intégrité physique d’un réfugié politique en France et une grave atteinte à la souveraineté française» et demande la «délivrance de mandats d’arrêt».

La rédaction avec AFP

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La fascination de Kamel Daoud pour l’extrême droite

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Kamel Daoud

Qualifié une fois pour toutes d’« écrivain progressiste », Kamel Daoud est assuré de voir son roman Houris occuper une place médiatique de choix en cette rentrée, quelle que soit sa qualité littéraire.

S’il est nécessaire de s’opposer aux courants conservateurs et intégristes algériens qui traitent l’écrivain de « harki » et de « collabo », il est tout aussi indispensable de souligner sa proximité politique avec les droites extrêmes et le Rassemblement national. Ses chroniques régulières dans Le Point sont édifiantes.

Que peut dire un écrivain des Suds, de surcroît arabe, dans le « monde libre », et plus particulièrement en France ? Il peut critiquer en toute liberté les dictatures arabes, l’intégrisme islamique et ses violences meurtrières, l’autoritarisme et les crimes de la Chine ou de la Russie — ce qui est à la fois légitime et salutaire, indispensable même.

En revanche, les critiques du chaos interventionniste des États-Unis et de leurs alliés au Proche-Orient, de l’emprisonnement arbitraire de Julien Assange durant plus d’une décennie, de l’idéologie fasciste des droites dures et extrêmes en France et en Europe ne sont guère souhaitables, certainement pas recevables, impossibles même dans la majorité des cas.

Pour qu’un écrivain des Suds puisse réellement parler, se faire entendre dans les médias mainstream, il faut faire comme Kamel Daoud : acclimater sa plume au sein de l’écosystème des médias Bolloré, participer activement à l’enrichissement d’un nouveau dictionnaire des idées reçues nommé l’« arc républicain », prêcher vaillamment à son lectorat que le Rassemblement national (RN) serait plus fréquentable, plus « républicain » et « patriote » que La France insoumise (LFI), le Nouveau front populaire (NFP) et un « Mélenchon auto-hamassisé »1.

Kamel Daoud reprend d’ailleurs ces idées dans deux de ses chroniques publiées par Le Point, aux titres évocateurs : « L’erreur du ‘‘cheikh’’ Mélenchon »2 et « Les musulmans de France sont-ils les idiots utiles des Insoumis »3 ; selon lui, il y aurait un « vote musulman » assis sur « l’antisémitisme, la volonté de détruire l’État d’Israël » et la prétendue « haine de la civilisation » française et occidentale.

Le RN plutôt que LFI

Parmi les nombreux textes illustrant son tournant réactionnaire, « Malika Sorel, Rima Hassan et le sujet caché » paru dans Le Point4 est sans nul doute la chronique qui révèle le plus la fascination de l’écrivain pour l’extrême droite.

Voulant expliquer en quoi consisterait une approche « lucide », non « victimaire et revendicative » de l’immigration et de la laïcité en France, Kamel Daoud délivre un certificat de « lucidité républicaine » à l’eurodéputée du RN, Malika Sorel-Sutter, au détriment de Rima Hassan, candidate en septième position sur la liste menée par Manon Aubry pour LFI et désormais également eurodéputée. En effet, explique-t-il, cette pamphlétaire d’extrême droite, représente « une immigration qui ose dire que l’immigration telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui, dans la ‘‘soumission’’ idéologique et religieuse, est un risque majeur pour tous » ; une immigration qui ose combattre le projet politique d’une religion — l’islam, pour ne pas le nommer —, qui envisagerait d’« avaler la république puis le reste du monde ».

Malika Sorel-Sutter serait, selon la « mesure républicaine » de Kamel Daoud, le parfait remède aux idées véhiculées par Rima Hassan, cette juriste franco-palestinienne qui incarnerait , selon Daoud« l’image de l’immigré décolonisé, figé dans une posture victimaire et revendicative », le cheval de Troie que « les Insoumis tentent de monopoliser » pour capter « l’émotion propalestinienne et l’électorat ‘‘musulman’’, sinon islamiste [pour] pouvoir culpabiliser sans se sentir coupable », le signe infaillible du « basculement de l’extrême gauche fantasmée vers la radicalité ».

Certes, l’autrice de Décomposition française5 émaille ses pamphlets d’imprécations sur « la malédiction du droit du sol », sur la progressive « mise en minorité du peuple autochtone » et appelle à mettre fin à la « préférence étrangère » ainsi qu’à l’intensification de « l’immigration extra-européenne »6.

Mais cela n’empêche pas Kamel Daoud de lui décerner son certificat de « lucidité profondément républicaine » parce qu’en effet la France risquerait « d’être ‘‘avalée’’ par un islam dont ‘‘nous ne savons que faire’’ », assure-t-il en citant une source anonyme « un fin observateur de la chose franco-maghrébine » ; face à ce risque, « la radicalité bien française » des Insoumis ne pourrait opposer que le blocage du débat « à la hauteur de la polémique stérile sur l’islamophobie, le rejet, l’immigration, la délinquance ou les extrêmes politiques ».

Loin de fournir une critique fondée et argumentée du programme et des idées politiques défendues par LFI, Jean-Luc Mélenchon et Rima Hassan (car la gauche et l’anticolonialisme ne sont pas vertueux en eux-mêmes), et sans avoir le moindre mot sur le racisme, sur le culturalisme biologisant ostensiblement revendiqué par Malika Sorel-Sutter et le RN, l’éditorialiste des Suds dit « progressiste » préfère sermonner ses lecteurs sur l’imminence de l’apocalypse qui terrasserait la France inéluctablement — une apocalypse qui ne saurait être que mélenchonnienne, musulmane, immigrée et ‘‘wokisée’’.

Dans un même mouvement, il les rassure en leur confirmant que s’engager dans les rangs du RN, comme Malika Sorel-Sutter, signifierait avoir le mérite de briser « la règle du silence et de la compromission au nom du communautarisme », exprimer catégoriquement « le refus de s’illusionner [sur] l’immigration et l’islamisme ». Il reprend ce que ne cesse de proclamer Malika Sorel-Sutter sur le « suicide » de la France qui « fabrique la sauvagerie des enfants issus de l’immigration, une sauvagerie qui finira par l’anéantir »7.

Dans l’émission de La Grande librairie qui rendait « Hommage à Salman Rushdie »8, il a une fois de plus sermonné sur l’urgence du combat pour la préservation des libertés artistiques et du droit de rêver contre « la culpabilisation rampante de l’Occident ». Une reprise d’une novlangue destinée à dédiaboliser le RN pour l’intégrer dans l’ « arc républicain » et à marquer LFI et le NFP du sceau du « terrorisme », de l’antisémitisme et de l’« immigrationnisme ».

Le sur-citoyen-naturalisé

On pourrait revenir sur ses tristes « ‘‘Colognisation’’ du monde » et « Cologne, lieu de fantasmes9 », quand Kamel Daoud reprenait sans vérification aucune les infox de l’extrême droite allemande sur les « migrants violeurs par fatalité culturelle et religieuse ». Ou encore son glissement, dans la presse algérienne, de la critique du régime à la critique du peuple dépeint comme intrinsèquement dysfonctionnel et indiscipliné par destination ; ou son incapacité épistémique à nommer le colonialisme et le régime d’apartheid israéliens en Palestine, dans les différents textes consacrés à cette question comme « ce pour quoi je ne suis pas ‘‘solidaire’’ de la Palestine »10 ou « Une défaite pour la ‘‘cause palestinienne’’ »11, ou plus récemment encore dans « Les islamistes, grands gagnants de la tragédie de Gaza »12 où il décrit le génocide en cours et le massacre des civils comme des « erreurs de frappes (…), des victimes collatérales », parce que « Gaza reste un bourbier en ‘‘y allant’’, et ne pas y aller demeure une solution désastreuse, sinon dangereuse, pour l’avenir d’Israël ».

Depuis l’année de sa naturalisation française, en 2020, Kamel Daoud a adopté ce que j’appellerais le style du pamphlétaire-républicain, c’est-à-dire celui du sur-citoyen-naturalisé, considéré comme « ultra méritant » par essence, vigilant et éveillé à toute « offense à la République » de la part de Français « très peu méritants », que le discours raciste de certains dirigeants politiques et « intellectuels » courtisans nomme communément les « immigrés musulmans biberonnés aux aides sociales », les « Français de papiers » et « leurs alliés objectifs », l’extrême gauche mélenchonisée et wokisée, « complice du terrorisme islamiste » et du « nouvel antisémitisme ».

Ce qui frappe d’emblée à la lecture des éditoriaux de Kamel Daoud, c’est d’abord l’absence de tout intérêt pour la littérature et les arts (alors que ses admirateurs et suiveurs le présentent comme l’épiphanie de « l’Écrivain » arabe), puis son indifférence totale aux faits historiques et au réel, au profit de la réaction courtisane aux différentes polémiques fabriquées par les chefferies éditoriales dans le dessein de noyer la vie sociale et intellectuelle dans le commentaire de faits divers et de fake news. Loin de refléter la « lucidité d’un homme qui a connu le terrorisme islamiste dans son pays », comme le martèle inlassablement ses admirateurs (souvent subjugués par la simple évocation du vocable « islamisme »), les écrits de ce « progressiste du monde musulman » ne portent que sur les sujets qui obsèdent les droites dures et extrêmes de France, l’inamovible quadriptyque culturaliste : islam-banlieue-immigration-insécurité. Autrement dit, la reprise aveugle des tropes du ressentiment des dominants envers les dominés, ce « nouvel intégrisme politique » d’« extrême centre », rigoureusement analysé par le philosophe Jean-Fabien Spitz dans La République, quelles valeurs ?13 et l’historien Pierre Serna dans L’extrême centre ou le poison français. 1789-201714.

Intégré, en raison de sa conversion réactionnaire, au très respectable « arc républicain » dans le champ politique et éditoriale français, Kamel Daoud fait désormais partie de ceux qu’Alain Policar avait justement qualifié, dans La haine de l’antiracisme [Alain Policar, La haine de l’antiracisme, Textuel, 2023.], de « militants qui luttent contre d’autres militants ».

Un futur prix Goncourt ?

Son nouveau roman Houris, qui vient de paraître chez Gallimard et que toute la presse mainstream encense, ne fait pas exception. Dans un précédent ouvrage Ô Pharaon15 qu’il ne cite plus dans sa bibliographie en France, Kamel Daoud défendait la thèse selon laquelle « seuls les militaires tuaient » durant la guerre civile algérienne (1990-2002). Dans Houris, au style grandiloquent, obscur et ampoulé, il développe l’idée totalement contraire à la précédente : « seuls les islamistes tuaient » et continuent de tuer. Pour preuve : ils abattent des moutons chaque année durant les festivités de l’Aïd el-Kébir… Laissant derrière lui des décennies de despotisme militaro-pétrolier en Algérie, de mesure antisociales et d’investissements massifs dans l’instrumentalisation du religieux afin d’en finir avec la gauche et le socialisme, les « vérités romanesques » de la nouvelle Contre-enquête de Kamel Daoud sombre dans le plus caricatural des essentialismes : le Coran et la tradition islamique seraient les inépuisables puits vénéneux du terrorisme et du crime aveugle.

Développant un orientalisme doublement inversé sur la culture arabe et islamique dont il se réclame, comme l’inénarrable « humouriste » sans humour de France Inter Sophia Aram16, Kamel Daoud s’est érigé en vaillant courtisan des idées promues et diffusées par l’ « extrême centre » et les extrêmes droites en France. Quand j’entends ou lis déjà que l’auteur de Houris serait pressenti pour le Goncourt 2024, je me demande toujours : pourquoi un écrivain, qui voyait dans les propos racistes et suprémacistes de Michel Houellebecq

Je crois que le souhait de la population française de souche, comme on dit, ce n’est pas que les musulmans s’assimilent, mais qu’ils cessent de les voler et de les agresser, en somme que leur violence diminue, qu’ils respectent la loi et les gens. Ou bien, autre bonne solution, qu’ils s’en aillent17

l’expression d’idées de l’écrivain français « le plus lucide » de son temps qui « a raison de jouir de son droit d’excès, de débordement et de provocation », dans une époque où la « lucidité est prétexte à la bêtise »18 de ceux qui verraient l’islamophobie partout, continue d’être présenté comme un « écrivain progressiste qui a connu le terrorisme islamiste en Algérie » ?

S’il est nécessaire de s’opposer aux courants conservateurs et intégristes algériens qui calomnient Kamel Daoud et le traitent de « harki » et de « collabo », le situer au sein de la formation politique dans laquelle il évolue présentement, celle qui prétend défendre la démocratie, l’émancipation sociale et citoyenne avec les outils idéologiques des droites dures et extrêmes, est salutaire pour en finir avec les récits légendaires des faux « démocrates » et « progressistes » du monde arabe et musulman.

Faris Lounis, journaliste

Source

Orient XXI, le 4 septembre 2024 :

https://orientxxi.info/magazine/la-fascination-de-kamel-daoud-pour-l-extreme-droite,7574

Notes

1Kamel Daoud, « Cœurs à prendre pour la présidentielle 2027 », Le Point, 24 mai 2024.

2Kamel Daoud, « L’erreur du ‘‘cheikh’’ Mélenchon », Le Point, 20 novembre 2023.

3Kamel Daoud, « Les musulmans de France sont-ils les idiots utiles des Insoumis », Le Point, 14 juin 2024.

4Kamel Daoud, « Malika Sorel, Rima Hassan et le sujet caché », Le Point, 8 avril 2024. Sauf mention contraire, les citations suivantes sont issues de cet article.

5Malika Sorel-Sutter, Décomposition française. Comment en est-on arrivé là ?, Fayard, 2015.

6Clément Guillou, Corentin Lesueur et Alexandre Pedro, « Les vies rêvées de Malika Sorel-Sutter, la dauphine identitaire de Jordan Bardella », Le Monde, 5 avril 2024.

7Propos cités dans « Élections européennes : qui est Malika Sorel-Sutter, numéro 2 sur la liste du RN ? », Libération , 24 mars 2023.

8Augustin Trapenard, La Grande librairie, France 5, 15 mai 2024

9Référence aux violences à l’encontre des femmes, qui ont eu lieu à Cologne en Allemagne dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier 2016 et dont les immigrés et les réfugiés ont été accusés. Kamel Daoud s’est emparé de l’affaire dans respectivement « ‘‘Colognisation’’ du monde », Le Quotidien d’Oran, 18 janvier 2016 et « Cologne, lieu de fantasmes », Le Monde, 29 janvier 2016, modifié le 11 février 2016.

10Kamel Daoud, « Ce pour quoi je ne suis pas ‘‘solidaire’’ de la Palestine », Le Quotidien d’Oran, 12 juillet 2014

11Kamel Daoud, « Une défaite pour la ‘‘cause palestinienne’’ », Le Point, 13 octobre 2023

12Kamel Daoud, « Les islamistes, grands gagnants de la tragédie de Gaza », Le Point,17 mai 2024.

13Jean-Fabien Spitz, La République, quelles valeurs ?, Gallimard, 2022

14Pierre Serna, L’extrême centre ou le poison français. 1789-2017, Champ Vallon, 2019.

15Kamel Daoud, Ô Pharaon, Dar El Gharb, 2005

16Dans son billet du 6 mars 2023, « La masculinité toxique des mollahs », Sophia Aram croyait faire rire les auditeurs de France Inter en assimilant, avec « art », prépuce et islam, trouvant absolument légitime et acceptable, au nom la culture arabe et islamique dont elle se réclame, le fait de s’attaquer à « l’Ayatollah Khamenei avec sa mine de peine à jouir, son prépuce en guise de turban, ses petits yeux en trou de pine et sa barbe en poils de couilles ». Cette année, elle n’a pas hésité une seule seconde, par ses saillies dans la presse, les médias et les réseaux sociaux, de s’ériger en docteur ès indignation contre son confrère Guillaume Meurice et sa blague (réitérée) quelque peu similaire à la sienne à propos du premier ministre génocidaire israélien : « Netanyahou ? Vous voyez qui c’est ? Une sorte de nazi mais sans prépuce ». Évidemment, Kamel Daoud, fidèle au panurgisme médiatique ambiant, lui a apporté son soutien dans son texte : « Si on veut défendre l’humour, il faut défendre Sophia Aram » (Le Point, 11 mai 2024).

17Michel Houellebecq, entretien avec Michel Onfray « Dieu vous entende, Michel », Front populaire, 29 novembre 2022

18Kamel Daoud, « La mosquée contre l’écrivain, le plus mauvais des castings », Le Point, 5 janvier 2023.

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La frontière, séparation ou espérance ?

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Barrière
Barrière. Image par Alberto Barco Figari de Pixabay

On dit « traverser la frontière algérienne », « faire reculer les frontières de la science » ou « ma patience a des limites ». Les mots ont la plupart du temps des acceptions différentes, c’est-à-dire plusieurs sens en fonction des situations dans lesquelles on les exprime.

Comme toujours dans ce cas, il y a une traduction qui serait positive et une autre qui serait négative.

Pour la notion de frontière, son sens s’exprime par deux définitions différentes, le territorial ou le symbolique, comme ceux qui ont ouvert cette chronique d’aujourd’hui. Ces deux états intégrant eux-mêmes deux caractères que sont l’optimisme et le pessimisme. L’humanité est ainsi sans cesse en recherche de l’équilibre à toujours trouver entre le bien d’une frontière et ses risques.

Dans son sens usuel la frontière est une limite territoriale. Cette première approche suscite immédiatement une position tranchée. La frontière est une fin, une séparation ou une rupture. On voit bien le caractère contradictoire avec l’universalisme nait récemment dans l’histoire humaine et la liberté qui en découle, celle de circuler et d’échanger.

Les territoires peuvent s’entendre par une délimitation géographique sans lien direct avec les états-nations tels que reconnus de nos jours par les conventions internationales. C’est le cas des séparations par des chaînes montagneuses, des cours d’eau, des mers et océans ainsi que des régions désertiques ou glacées.

Ces frontières géographiques ont eu paradoxalement dans l’histoire humaine des aspects positifs. Dans sa colonisation progressive de la planète, chaque communauté humaine s’installant sur des territoires a favorisé l’émergence de cultures, de langues ainsi que des économies par l’exploitation des ressources locales. Les frontières géographiques ont ainsi participé au développent des diverses civilisations.

Mais en même temps, ces frontières territoriales créent inévitablement des convoitises, des guerres et des annexions ainsi que des contradictions avec l’espoir de l’universalisme et des échanges. La notion territoriale de frontière devient fluctuante et les peuples ne cessent de vouloir la repousser à leur avantage ou de la renforcer, pour des raisons économiques, identitaires ou d’hégémonie.

Les communautés humaines ont souvent matérialisé la frontière par la construction de murs pour se protéger des agressions extérieures. La muraille de Chine, le mur de Berlin ou encore l’obsession du mur de Donald Trump censé repousser les immigrants en sont des exemples.

À l’inverse, on peut également trouver en l’installation des frontières des états-nations un certain équilibre avec les risques qu’on vient d’énoncer. Car les communautés humaines ont pu créer des rapprochements de destin et de projets humains sur des territoires limités qui permettent une gestion plus rationnelle.

Mais aussitôt qu’on vient de lister un aspect encourageant de la limite territoriale voilà qu’un autre nous ramène aux conflits. Les frontières peuvent entrainer des ruptures entre des communautés à l’histoire et cultures identiques qui se retrouvent scindées dans des états différents. Ainsi leurs délimitations ne sont pas exemptes des considérations coloniales ou guerrières.

Venons-en maintenant au second concept de la frontière, l’illustration symbolique. La première frontière qui fait face à l’humanité est l’inévitable temps limité de l’existence. Cependant, ce rempart inexorable entre la vie et la mort peut être pris dans un sens optimiste de l’espoir.

Les Grecs anciens considéraient philosophiquement toute frontière, non pas comme une fin mais comme un commencement. La religion est certainement dans la vision de l’espérance puisque la mort ne signifie que la disparition du corps qui libère l’âme vers une éternité. Dans une vision à peu près équivalente, le bouddhisme fait de la mort une promesse d’un nouveau début par la réincarnation.

Ainsi la notion de frontière de la vie lui donne un sens et un espoir. Elle n’est là que pour une préparation à l’au-delà et du mérite à y accéder, dans une félicité ou une condamnation éternelles.

Il y a d’autres frontières symboliques qui, elles également, peuvent induire une limite contraignante ou un grand espoir. C’est le cas  de l’expression « la ligne rouge » qui a un sens belliqueux. Ou les « frontières de la connaissance et de la science » qui a un sens d’entrainement qui a toujours suscité le combat de l’humanité à vouloir les franchir et les repousser. La frontière devient alors la stimulation de l’humanité à toujours aller dans un au-delà pour sa survie et son développement.

Enfin, la science nous a appris assez récemment dans l’histoire que le carburant chimique du soleil s’épuisera inéluctablement et la disparition de la terre en sera une conséquence fatale. C’est donc une ultime frontière qui fera face à l’humanité, entraînant la nécessité vitale de colonisation d’une autre planète.

En conclusion, c’est à l’homme à rechercher le bon côté de la notion de frontière. L’esprit humain a lui aussi les deux faces, la sombre et l’éclairée. Il doit continuellement faire le choix entre les deux côtés de la frontière, soit rester prisonnier de la plus détestable ou la surpasser pour accéder à l’autre.

Sid Lakhdar Boumediene

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Pub : six télévisions privées sanctionnées par l’Anira

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Anira
Legendarme des médias audiovisuels, Anira, a sévi

L’Autorité nationale indépendante de régulation de l’audiovisuel (Anira) a décidé de sanctionner six chaînes de télévision privées pour excès de publicité sur leurs antennes.

Le ramadhan est toujours un mois de consommation. Et en la matière les chaînes de télévision s’en gavent avec des spots publicitaires à rallonge. Le gendarme des médias audiovisuels vient de sanctionner six chaînes de télévision pour non conformité du volume horaire des spots publicitaires diffusés aux dispositions des cahiers des charges imposés aux services de communication audiovisuelle, a indiqué jeudi un communiqué de l’Autorité.

« Après avoir examiné le contenu diffusé sur les chaînes de télévision, l’Autorité nationale indépendante de régulation de l’audiovisuel a constaté la non conformité du volume horaire des messages et spots publicitaires aux dispositions des cahiers des charges imposés aux services de communication audiovisuelle. Après avoir écouté les représentants des chaînes de télévision concernées au sujet de ces infractions, l’Autorité a décidé de sanctionner Echourouk TV, El Hayat, El Bilad, Ennahar TV, Samira TV et El Heddaf », lit-on dans le communiqué.

« Les chaînes susmentionnées ont été officiellement mises en demeure, aujourd’hui, à l’effet de se conformer, dans un délai de 72 heures suivant la publication de la décision de l’Autorité, aux dispositions des articles 69 à 74 du décret exécutif 16-222 portant cahier des charges générales fixant les règles imposables à tout service de diffusion télévisuelle ou de diffusion sonore », selon la même source.

L’Anira prévient, dans son communiqué, que « si elles ne se conforment pas aux mises en demeure dans les délais impartis, les chaînes concernées se verront infliger des amendes », se réservant le droit d' »ordonner la suspension intégrale ou partielle des programmes faisant l’objet d’infraction, conformément aux articles 76 et 77 de la loi 23-20 relative à l’activité audiovisuelle ».

La manne publicitaire demeurée généralement aux mains de l’Etat est un redoutable moyen de pression que les autorités ne se privent pas d’actionner pour remercier ou sanctionner les médias. Notamment concernant les journaux. A preuve, plusieurs titres connus pour leur professionnalisme, comme La Tribune ont disparu.

Dans le cas présent, ces chaînes de télévision sont plutôt connues pour être de fidèles relais de la communication officielle. Le téléspectateur algérien aura sans doute remarqué l’explosion de publicité en ce mois, plus que d’habitude et les annonceurs, sachant les habitudes des consommateurs algériens ne lésinent pas pour les attirer. On se souvient que l’ancien ministre de la communication, Ammar Belhimer était parti en guerre contre les médias en plein séquence de mouvement de dissidence populaire.

Yacine K.

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Le président Macron a perçu 1,07 M euros de revenus depuis 2017

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Le président Macron a perçu 1,07 M euros de revenus depuis 2017

Le président français Emmanuel Macron a perçu 1,07 million d’euros de revenus entre le début de son mandat à l’Elysée et le 31 décembre 2021, selon la déclaration de situation patrimoniale du président, publiée jeudi au Journal officiel.

La majorité des revenus du chef de l’Etat provient des indemnités qu’il touche en tant qu’élu.

Autre source, plus modeste, de revenus: l’ancien ministre de l’Economie a perçu près de 35 000 euros de plus-values mobilières et immobilières (bien qu’il ne déclare posséder aucun bien immobilier) au cours de son mandat.

Le président possède également une assurance vie d’un montant de 113 412 euros, plusieurs comptes courants et de nombreux produits d’épargne (Livret développement durable, Plan épargne logement…).

En ce qui concerne son passif, Emmanuel Macron doit encore rembourser près de 127 000 euros d’un prêt souscrit en 2011 auprès du Crédit mutuel.

La dette a quasiment fondu de moitié depuis sa dernière déclaration de patrimoine (246 000 euros à rembourser en mars 2017).

Le Président est tenu d’adresser au Conseil constitutionnel cette déclaration de situation patrimoniale de fin de mandat « entre six et cinq mois avant l’expiration de son mandat, le 13 mai 2022 », a expliqué jeudi l’Elysée.

« Dans le cadre de l’élection présidentielle 2022, la Haute autorité (pour la transparence de la vie publique, HATVP) publiera d’ici janvier 2022 un avis relatif à la variation de patrimoine du Président de la République au cours de son mandat », a ajouté le Palais.

Dans une déclaration d’intérêts d’octobre 2014, Emmanuel Macron indiquait avoir perçu, comme membre de la banque Rothschild puis comme secrétaire général adjoint à la présidence de la République, « 3,3 millions d’euros de revenus avant impôts », de 2009 jusqu’à son entrée au gouvernement comme ministre de l’Économie en août 2014, selon l’association Anticor.

Auteur
Avec AFP

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17e journée de LaLiga Santander : le derby de Madrid pour conclure un grand dimanche

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17e journée de LaLiga Santander : le derby de Madrid pour conclure un grand dimanche

Il y a eu beaucoup d’événements et de retournements de situations le week-end dernier en LaLiga Santander et cela pourrait encore être le cas lors de la 17e journée, avec plusieurs confrontations entre des équipes de haut de tableau et des rencontres cruciales pour le maintien.

Cette journée débutera sur les Iles Baléares, le RC Celta effectuant le déplacement de 1000 kilomètres vers la pelouse du RCD Mallorca vendredi soir. Ces deux équipes sont en milieu de tableau mais doivent l’emporter pour voir plus haut. Mallorca voudra enchaîner après sa victoire de prestige à l’extérieur face à l’Atlético de Madrid, Takefusa Kubo ayant célébré son retour de blessure avec un but décisif.

Le RCD Espanyol accueillera ensuite le dernier Levante UD, lors du premier match prévu samedi. Ce sera un déplacement compliqué pour Levante, les Pericos ayant le quatrième meilleur bilan de l’élite espagnole à domicile. Le RCDE Stadium est en effet devenu une forteresse.

LaLiga Santander nous emmènera ensuite à Mendizorrotza pour D. Alavés vs Getafe CF, un défi entre deux candidats à la relégation. De la pluie continue étant prévue, cela devrait être une immense bataille au Pays Basque.

Samedi soir, un derby de la communauté de Valence sera au programme : Valencia CF contre Elche CF à Mestalla. Elche vient de remporter son premier match sous la coupe du nouvel entraîneur Francisco et sera donc en confiance mais Los Che sont invaincus depuis six matches avec 3 victoires et 3 nuls.

Athletic Club vs Sevilla FC sera le grand choc du samedi soir. Ces deux équipes se sont rencontrées 154 fois en championnat. Le bilan de leurs confrontations est très équilibré avec 63 victoires pour Sevilla, 61 pour l’Athletic et 30 nuls.

Dimanche offrira également quelques belles affiches, avec Villarreal CF vs Rayo Vallecano pour débuter. Un duel entre les entraîneurs basques Unai Emery et Andoni Iraola. Ces deux formations sont plaisantes à voir jouer, leurs matches étant souvent très animés. Le Rayo a mieux débuté cette saison 2021/22, le promu étant actuellement sixième au classement.

Foo

Le FC Barcelona est juste derrière le Rayo mais les Catalans veulent se qualifier pour la prochaine Ligue des champions et vont donc devoir enchaîner les victoires. Ce ne sera pas simple sur la pelouse du CA Osasuna, les supporters locaux sachant créer une ambiance hostile à El Sadar. Mais Xavi souhaitera que son équipe réussisse ce test difficile.

Ensuite le troisième, le Real Betis, affrontera le cinquième, la Real Sociedad. Uniquement un point sépare ces deux équipes au classement. Cette confrontation pourrait être très enlevée, ces deux équipes proposant généralement un football très offensif et agréable à regarder.

Dimanche soir, ce sera la grande affiche du week-end : le derby de Madrid entre le Real Madrid et l’Atlético de Madrid à 21h à Santiago Bernabéu. Ces deux équipes viennent de l’emporter en Ligue des champions et désormais la formation de Diego Simeone va tenter de revenir sur celle de Carlo Ancelotti. La dernière fois que ces deux entraîneurs se sont affrontés en LaLiga Santander, l’Atléti avait gagné 4-0. Mais c’était il y a bien longtemps, si longtemps que le match s’était disputé dans le vieux stade Vicente Calderón. Depuis, l’Atléti n’a remporté qu’un derby sur douze organisés.

Le dernier match de cette 17e journée sera également important. Cádiz CF et Granada CF sont englués dans la lutte pour le maintien et ce derby d’Andalousie sera donc autant crucial pour le classement que la fierté locale. Cela devrait être un beau match à regarder lundi soir.

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Des Algériennes et des Algériens interpellent le régime

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Des Algériennes et des Algériens interpellent le régime

Nous publions cette déclaration sur les violations des liberté à l’occasion de la journée mondiale des droits humains. en Algérie. Des responsables de partis, des avocats, des activistes, des universitaires, des citoyens et des journalistes interpellent les autorités sur la répression qui sévit dans le pays.

Cette année encore, nous célébrons la journée mondiale des droits humains coïncidant avec le 73e anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de L’ONU acceptée par l’Algérie au lendemain de son indépendance, dans un climat de répression et de restrictions des droits fondamentaux des Algériennes et des Algériens.

Encore une fois, ce 10 décembre marque une année sombre pour les Droits de l’Homme en Algérie. Après des mois d’une mobilisation populaire pacifique, d’un Hirak qui a suscité un grand espoir pour établir un Etat de droit démocratique garantissant les droits de l’Homme, l’action des autorités se caractérise par une volonté affichée d’étouffer tous les espaces civiques autonomes et de criminaliser l’action politique des voix critiques.

Tandis que l’ensemble de la société est confronté à une crise sociale , économique et sanitaire aigue, plus de 500 personne ont été mis en détention et plus de 7000 mille personnes été interpellés dans la seule année de 2021 juste pour le fait d’avoir exercé leurs droits fondamentaux d’opinion, d’expression . et de manifestations pacifiques Pourtant garantis par la loi, Le nombre de personnes qui sont en poursuites judiciaires dépasse les 2500 .

Des libertés fondamentales bafouées

Alors même que depuis la révision de la Constitution en novembre 2020, la liberté de manifestation pacifique est censée être garantie et s’exercer sur simple déclaration. Non seulement la loi applicable en la matière qui instaure un régime d’autorisation n’a pas été révisée pour la mettre en conformité avec la Constitution, mais l’interdiction de fait de toute manifestation publique continue d’être appliquée. Toute tentative d’exercer la liberté de manifestation pacifique mène aujourd’hui sûrement à des poursuites pénales pour attroupement. De même, la liberté d’association est réduite à sa plus simple expression dans le pays.

Au plan juridique, la loi actuellement en vigueur particulièrement restrictive n’a toujours pas été mise en conformité avec la Constitution révisée. Surtout, la récente dissolution judiciaire de l’association RAJ montre à quel point la liberté d’association est fragile.

Des partis politiques de l’opposition PST et UCP sont menacés de dissolution, des militants politiques sont l’objet d’harcèlement et de détentions arbitraires a l’image des responsables de SOS Bab El Oued et du MDS , ces mesures apparaissent comme un signal fort de dissuasion à destination des organisations gênantes pour le pouvoir. La liberté de la presse est encore plus fragile. L’interdiction constitutionnelle de la privation de liberté pour les délits de presse est contournée dans les faits.

Ce contournement s’ajoute aux divers moyens devenus classiques, comme les contrôles fiscaux et la sélectivité politique de l’accès à la publicité publique, pour instaurer le réflexe de l’autocensure dans la presse. Plus largement, ce sont les libertés d’opinion et d’expression qui sont menacées dans leur substance même par l’extension de la définition du terrorisme et le nouveau dispositif de désignation des personnes et entités terroristes.

L’arbitraire des dispositions pénales relatives au terrorisme

Depuis l’entrée en vigueur de l’ordonnance n° 21-08 du 8 juin 2021, en plus des actes qu’il énumère déjà, est terroriste en vertu de l’article 87 bis du Code pénal. Désormais, revendiquer un changement de régime par des moyens non prévus par la Constitution mais qui ne lui sont pas nécessairement contraires ou ne sont pas violents peut entrer dans la définition du crime de terrorisme.

L’accusation de terrorisme est largement instrumentalisée par les autorités à des fins politiques. Le simple soupçon d’appartenance à une organisation classée terroriste par les autorités selon des critères obscurs suffit pour l’engagement de poursuites pénales. Les arrestations pour terrorisme se multiplient à travers le pays dans le cadre d’opérations qui ressemblent fort à de l’intimidation par leur mise en scène, notamment dans plusieurs villages de Kabylie. Quant au décret exécutif n° 21-384 du 7 octobre 2021 qui fixe les modalités d’inscription et de radiation de la liste nationale des personnes et entités terroristes et des effets qui en découlent, il est tout simplement liberticide et ouvre la voie à l’arbitraire.

En effet, il permet l’inscription sur la liste terroriste – qui est publique – de personnes qui n’ont pas été condamnées judiciairement au mépris flagrant de la présomption d’innocence et du droit à l’honneur tous deux censés être protégés par la Constitution. Ce dispositif est d’autant plus attentatoire aux droits les plus fondamentaux que les personnes inscrites sur cette liste peuvent être privés de leurs biens et de toute activité et, par conséquent, de tout moyen de subsistance. Il s’agit là d’une technique de mise à mort sociale particulièrement dissuasive et d’autant plus dangereuse que la définition du terrorisme est extrêmement large.

73 ans après l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et 59 ans après l’accession de notre pays à l’indépendance, les libertés les plus élémentaires consacrées par la Déclaration sont vidées de leur substance par la législation et les pratiques.

A cette occasion,

Nous signataires , défenseurs des droits humains et organisations, interpellons le pouvoir au respect de ses engagements internationaux contenus dans les traités et conventions internationales des droits humains ratifiées.

Nous appelons le pouvoir a l’arrêt de la répression et la levée de toutes les restrictions à l’exercice des libertés et des droits fondamentaux.

Nous réitérons notre demande pressante pour la libération inconditionnelle de l’ensemble des détenus d’opinion , des journalistes, défenseurs des droits humains et avocats.

Fait a Alger le 08 décembre 2021

Les signataires :

Associations signataires

ACDA

Appel Egalité

Alternativ Media

Centre Justitia pour la protection légale des droits humains en Algérie

CGATA

Collectif Debout l’Algérie

Collectif des familles de disparus en Algérie (CFDA)

Collectif Groupe Algérie droit devant (CGADD)

Comité de soutien pour les droits humains en Algérie (Montréal)

Femmes plurielles

Ibtykar

LADDH

PUNA

Riposte internationale

SHOAA for Human Rights

SNAPAP

Personnes:

Abdelaziz Ould Ali, universitaire

Abdelhak Mechibeche, juriste

Abdelkrim Boudra, militant associatif

Abdelmoumene Khelil, défenseur des droits humains

Abdelouhab Fersaoui, militant associatif

Abdennour Abbas, professeur d’Université, chercheur en bio-nanotechnologie (Minnesota)

Abdou Bendjoudi, consultant

Adel Abderezak, universitaire

Afif Bouattou, militant pour les droits humains

Ahmed Benberkane, universitaire, Nacera, Brahimi Ali juriste et militant politique, Douici Noureddine journaliste,

Ahmed Dahmani, économiste

Ahmed Mahiou, ancien doyen de la Faculté de droit d’Alger, ancien président de la commission du droit international de l’ONU, membre de l’institut de droit international

Ahmed Manseri, militant LADDH (Tiaret)

Aïssa Kadri, sociologue

Aïssa Moussi, journaliste

Aïssa Rahmoune, avocat, LADDH

Akram Belkaïd, journaliste

Aldja Seghir, enseignante universitaire et militante

Ali Aït Djoudi, Riposte internationale

Ali Bensaad, géographe

Ali Laskri, militant politique FFS

Alima Boumediène, avocate

Amar Mohand Amer, historien

Amin Khan, écrivain

Arab Azzi, militant politique,

Arezki Aït Larbi, journaliste

Arezki Challal, militant

Arezki Krim, militant

Azize Ghadi, avocat, membre de la LADDH

Belkacem Benzenine, chercheur

Ben Mohamed, poète

Boualem Amoura, secrétaire général du syndicat SATEF

Boudjema Ghechir, avocat et ancien président de la LADH

Boukhalfa Ben Mamar, défenseur des droits de l’Homme

Bouzid Senane, responsable associatif France

Chafia Outerbah, militante de l’immigration

Chouicha Kaddour, syndicaliste, LADDH

Djafar Naït Amar, militant

Djaffar Lakhdari, consultant et militant associatif

Djamel-Eddine Benchenouf, journaliste

Djamel-Eddine Khan, militant LADDH

Djeloul Djoudi, dirigeant du PT

Essaïd Aknine, militant humaniste

Faïza Berber, présidente du Collectif debout l’Algérie

Farid Aïssani, ancien secrétaire national du FFS à l’Emigration

Fatima Benlarbi, journaliste

Fouad Ouicher, militant associatif

Hacene Hirèche, universitaire, consultant

Hakim Taïbi, journaliste

Hamid Arab, directeur du site d’information Le Matin d’Algerie

Hamid Challal Hamid, militant des droits de l’Homme

Hasni Abidi, chercheur,

Hicham Khiat, militant politique

Hmimi Bouider, militant du FFS et du HIRAK

Hocine Boumedjane, CDDH Bejaïa

Hocine Mezouar, retraité paramédical

Iddir Nadir, journaliste

Ihsane el-Kadi, journaliste

Ilyas Lahouazi , membre du conseil national du RCD immigration

Kamel Aïssat militant politique et syndicaliste

Kamel Ouhn journaliste

Kamel Tarwiht, journaliste

Karim Aïmeur, journaliste

Karim Azzoug, producteur

Karim Bellazoug, militant

Karim Kebir, journaliste

Karim Labchri, dirigeant du PT

Karima Aït Meziane, universitaire

Khaled Tazaghart, militant politique

Kouceïla Amer, consultant

Lahouari Addi, professeur émérite à Sciences-po Lyon

Lahouari Fellahi, militant et universitaire

Lalia Bedjaoui, militante

Lila Mansouri, militante FFS-France Nord

Louisa Aït Hamadouche, universitaire

Louisa Hanoune, secrétaire du PT

Louiza Hanoune, secrétaire générale du PT

Lyazid Benhami écrivain

Lyes Djebaïli, militant associatif

Lyès Touati, militant associatif

Lynda Abbou, journaliste

Madjid Benchikh, ancien doyen de la Faculté de droit d’Alger

Madjid Hachour, avocat

Madjid Medkhi, journaliste

Mahieddine Ouferhat, militant associatif, ancien président du FFS immigration

Mahmoud Rechidi, secrétaire général du PST

Malek Sebahi, militant politique et membre LADDH Bejaïa

Malika Bakhti, ingénieure d’études

Malika Baraka, médecin

Malika Benarab-Attou, militante politique, ancienne députée européenne (EELV)

Massensen Cherbi, constitutionaliste

Menad Amrouchi, défenseur des droits de l’homme

Menad Si Ahmed, Riposte Internationale (Autriche)

Metref Arezki, journaliste

Mhenna Abdesselem, universitaire

Mohamed Benaïssa, militant du PUNA

Mohamed Fellag, comédien

Mohamed Hennad, universitaire

Mohammed Bakour, enseignant-chercheur

Mohammed Idir Yacoub, architecte, militant FFS

Mohand Bakir, citoyen

Mohcine Belabbes, président du RCD

Mokrani militant associatif

Mostefa Bouchachi, avocat

Mouloud Boumghar, universitaire

Mourad Yefsah, militant politique

Moussa Ouyougoute, journaliste

Mohamed Iouanoughene journaliste

Nabila Bekhechi, chercheure

Nabila Smaïl, avocate et militante politique

Nacer Djabi, sociologue

Nacer Ouabbou, universitaire (Costa Rica)

Nacéra Hadouche, avocate

Nacima Ourahmoune, chercheure

Naoual Belakhdar, politologue

Nassera Dutour, présidente du Collectif des familles de disparus en Algérie (CFDA)

Nora Ouali, ex-députée et membre du SN RCD

Noureddine Benissad, avocat,

Noureddine Melikchi, physicien

Nouri Nesrouche, journaliste

Omar Bouraba, militant associatif

Omar Eddine Bentahar, militant LADDH

Ouaamar Saoudi, du SN à la coordination du RCD

Rabah Moulla, enseignant et militant

Rabah Rezgui, militant LADDH Bejaïa

Rachid Aïssaoui, universitaire

Rachid Aouine, SHOAA for Human Rights

Rachid Malaoui, syndicaliste

Rafika Gherbi, journaliste

Raouf Farah, géographe

Redjala, militante associative

Sadek Chouali, syndicaliste

Sadek Hajou, militant politique

Saïd Boudour, journaliste

Saïd Khelil, militant politiques pour les libertés

Saïd Salhi, LADDH

Salah Abderahmane, avocat

Salah Oudahar, poète, directeur de festival

Salah Taibi, responsable associatif (France)

Salim Mechri, LADDH

Samia Ammour, militante féministe

Samir Larabi, journaliste

Samir Yahiaoui, architecte analyste, militant politique

Sanhadja Akrouf, militante féministe

Sofiane Chouiter, avocat

Tahar Khalfoune, universitaire

Tayeb Kennouche, sociologue

Tewfik Allal, militant associatif de l’émigration

Wezna Cheikh Lounis, syndicaliste et militante démocrate

Yacine Bouzid, avocat

Yasmina-Karima Bennini, journaliste

Yazid Temim Yazid , Riposte Internationale (Beauvais)

Yidir Ounoughene, militant politique

Youcef Ammar-Khoudja, activiste du Hirak

Youcef Kacimi, défenseur des DH, enseignant universitaire

Youcef Rezoug journaliste

Youssef Tazibt, dirigeant du PT

Zahra Harfouche, avocate

Zaki Hannache, défenseur des droits humains

Zineb Ali-Benali, professeure des universités émérite

Zoheïr Aberkane, journaliste

Zohra Bouras journaliste

Zoubida Assoul, avocate et présidente de l’UCP

Zoubir Rouina, syndicaliste

#StandUp4HumanRights

#HumanRightsDay2021

***Pour info cette liste a été arrêté ce matin.

La collecte des signatures se poursuit, une deuxième liste suivra

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Jeux de pouvoir entre Alger et Paris : le bourreau, la victime, le sauveur ?

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L’Algérie devait devenir française par « l’épée, la charrue ou l’esprit ». La France a échoué par « l’épée » ; elle a admirablement réussi par « l’esprit ». Le nationalisme s’est révélé qu’un acte illusoire de souveraineté.

L’indépendance politique n’avait pas suffi à elle seule à briser les liens de dépendance tissés à travers 132 ans de colonisation. Le transfert du pouvoir perpétuait indirectement le système de dépendance économique et culturelle vis-à-vis de la métropole. Il s’agissait pour la France d’imposer à l’Algérie indépendante un ordre politique et juridique qui garantisse la prééminence de ses intérêts stratégiques. On peut dire qu’elle a réussi admirablement son pari.

En imposant des institutions dont la logique de fonctionnement était radicalement opposée à celle de la société algérienne, et en refoulant l’islam dans le domaine privé pour en faire une valeur refuge des déshérités, le colonisateur préparait en fait la société postcoloniale à l’échec de la modernisation.

L’Algérie est belle et naïve ; la France intelligente et fourbe. L’une est jeune et fougueuse, l’autre vieille et sournoise. L’une est européenne, une blonde aux yeux bleus, dévastée mais toujours pleine de charmes ; l’autre est africaine, une brune aux yeux noirs, vierge et chaude.

L’Algérie est cloitrée dans sa chambre, la France est libre dans ses mouvements. L’une est démocrate, elle choisit l’homme avec qui elle désire partager le lit, l’autre est soumise à l’autorité du père qui lui désigne son mari. Dans le premier cas, c’est un choix individuel qui s’impose à la société ; dans l’autre cas c’est le résultat d’une alliance entre deux familles.

Apparemment, deux pays que tout sépare : la race, la religion, la culture. Dans les faits, tous les rapproche : le pétrole, la voiture, le blé. La France est ménopausée, elle a plus d’orgasmes, l’Algérie est féconde, elle fait plus d’enfants.

Entre l’Algérie et la France, il y a une mer (e) qui les sépare. Une mer qui au fil des ans s’est transformée en un cimetière à ciel ouvert. L’Algérie est un bateau qui chavire. 

Elle navigue au gré des vents sans boussole et sans gilets de sauvetage sur une mer agitée à bord d’une embarcation de fortune dans laquelle se trouve de nombreux jeunes à la force de l’âge, serrés comme des sardines, à destination de l’Europe, ce miroir aux alouettes, pour finir soit dans le ventre des poissons soit avec un peu de chance chez mère Theresa implorant la charité chrétienne pour le gîte et la nourriture en attendant leur exploitation sélective par le capital usurier sur une terre qui n’est pas la leur et où ils ne sont pas les bienvenus, fuyant un beau pays arrosé du sang des martyrs béni de dieu, riche à millions et vaste comme quatre fois la France, qui sacrifie l’avenir de ses enfants et de ses petits-enfants pour un verre de whisky, une coupe de champagne, ou un thé à la menthe.

L’Algérie et la France vivent le passé au présent, elles en sont malades, d’une maladie qui semble incurable. Ni l’Algérie, ni la France ne veulent regarder ce passé ensemble. Il s’agit de sortir de la prison du passé et d’engager les relations sur la route de l’avenir.

Un avenir hors de tous réseaux occultes dont les jeunes font les frais. Les algériens au milieu de la méditerranée, les français dans les rangs du terrorisme international produit des oligarchies financières qui avancent masquées dans un monde sans état d’âme où l’argent sale coule à flots’. En fait, il s’agissait pour la France  d’imposer à l’Algérie indépendante un ordre politique et juridique qui garantisse la prééminence de ses intérêts stratégiques. C’est pourquoi, le rapport entre contestation et répression, domination et émancipation est récurrent en Algérie.

Dans la tourmente qui enfante de nouvelles sociétés ou qui les étouffe dans l’œuf, les situations semblables créent des jugements semblables. L’Algérie est à la France ce que le cheval est pour son cavalier, le cheval se cabre mais ne désarçonne pas son cavalier. Dans les bouleversements qu’a connus la société algérienne colonisée puis décolonisée, on insiste toujours sur les conséquences de la colonisation rarement sur la phase de décolonisation. Entre l’Algérie à la France et l’Algérie de la France, s’intercale la France de l’Algérie. L’Algérie des émigrés, des harkis, des dignitaires, des indignés, des fugitifs, des lobbies…

L’Algérie et la France se regardent sans se voir, se parlent sans s’écouter, se lamentent sans pleurer, se jouent la comédie pour récolter quelque voix. Si la recherche de l’indépendance fût un principe légitime, les pouvoirs mis en place n’ont pas toujours respecté les aspirations populaires qu’elles impliquaient. Ce n’est pas un hasard si tous les dignitaires du régime partent se soigner et envoient leur progéniture poursuivre leurs études en France. Et que des milliers de jeunes algériens, nés après l’indépendance, ne rêvent que de quitter le pays et rejoindre « la mère patrie la France » au péril de leur vie dans des embarcations de fortune en brûlant au passage leurs papiers d’identité pour lesquels leurs parents se sont sacrifiés. A quoi est due cette haine du pays, cette attirance vers l’ennemi d’hier et d’aujourd’hui ? Tire-t-elle ses racines de la guerre de libération nationale ou des conditions d’accession à l’indépendance ? Tenter une réponse à cette question est une opération bien périlleuse. L’histoire officielle nous apprend que le pouvoir colonial avait atrophié l’initiative privée, empêché le développement autonome, marginalisé les autochtones.

Le pouvoir algérien n’a-t-il pas poursuivi la même politique ? Il va être amené à reproduire les méthodes d’oppression du colonisateur et poursuivre la trajectoire  économique et sociale tracée (Plan de Constantine avec pour objectif la concentration des populations sur la bande côtière pour mieux les contrôler).

Ce schéma d’aménagement du territoire d’inspiration coloniale mis en œuvre au lendemain de l’indépendance a eu pour conséquences la concentration des populations dans les villes conduisant au bétonnage des terres agricoles fertiles  du pays sur le littoral et la pollution des côtes de la méditerranée. A contrario, les hauts plateaux seront abandonnés dans un état de sous-développement plus adaptés à recevoir des industries de transformation avec une répartition spatiale équilibrée de la population par la création de villes nouvelles.

Cette gestion autocratique, anarchique et irresponsable de la société et des ressources du pays n’est nous semble-t-il pas étrangère à l’influence et l’attraction de la France sur/par les « élites cooptées » du pays, aujourd’hui vieillissantes pour la plupart, maintenue en activité malgré leur âge avancée et finissent presque tous dans un lit parisien.

Elle s’insère parfaitement dans la stratégie de décolonisation du général De Gaulle, engagée dès 1958 à son retour au pouvoir et parachevée en 1962 par la signature des accords d’Evian dont la partie la plus secrète a été semble-t-il largement exécutée.

Elle a permis à la France d’accéder à la pleine reconnaissance internationale en tant que grande nation (indépendance énergétique), à l’unité nationale retrouvée (menace guerre civile évitée par le Général de Gaulle) et au rang de puissance nucléaire (premiers essais concluants au Sahara) et a miné l’Algérie post coloniale par la dépendance économique (viticulture, hydrocarbures, importations), par la division culturelle (langue, religion, ethnie). En imposant un schéma institutionnel dont la logique de fonctionnement était radicalement opposée à celle de la société indigène, et un modèle économique, étranger aux réalités locales, le colonisateur préparait en fait la société postcoloniale à l’échec de la modernisation politique et du développement économique. Cent trente ans d’occupation coloniale ont produit un « peuple vaillant » affrontant, les mains nues avec la foi en un dieu unique, les forces de l’OTAN. Un peuple fier qui ne quémandait pas sa nourriture au colon qui l’exploitait. « Il faut faire suer le burnous », rappelez-vous.

Il mangeait son propre pain à la sueur de son front. Un pain fait maison à partir des produits du terroir. Il buvait du lait de chèvre et se soignait avec des herbes. Il ne connaissait ni diabète, ni tension artérielle, ni maladies cardiaques.

Soixante ans de pseudo-souveraineté l’ont réduit en un « peuple nourrisson », ne parlant aucune langue, qui court derrière le sachet de lait importé. Le pétrole est pour le peuple algérien ce que le lait est pour le nourrisson.

Le lait maternel couvre les besoins du  nourrisson de la naissance à l’âge de six mois. Le geste d’allaiter renforce le lien entre la maman et le bébé.

Le pétrole est plus vital que le lait maternel, il satisfait l’ensemble des besoins de l’algérien du berceau jusqu’à la tombe, du biberon jusqu’au linceul, du pain quotidien jusqu’aux voitures de luxe. Les revenus pétroliers et gaziers donnent l’illusion aux algériens d’une mère nourricière éternelle les condamnant à la dépendance et à l’infantilisme. Comment faire pour sortir de ce triangle dramatique du bourreau, de la victime, du sauveur ?

Il suffirait, nous disent les psychanalystes, si on devait les croire, de cesser de jouer au « miroir ». Si votre interlocuteur joue le rôle de la victime, faîtes la victime ; s’il joue le rôle de bourreau, faîtes le bourreau ; s’il joue celui de sauveur, faîtes le sauveur. Car il est ce que vous êtes c’est-à-dire  son « miroir ». Faut-il briser le miroir ?

Dr A. Boumezrag
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Belaït At Ali : Mara d-mmektiɣ (Tazmamt n°6, asebter 225)

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D amezwaru n unebdu. Lamaâna, aseggas-a zik ayagi yebda weẓɣal. Yagi bdan rɣan wussan. Akken kan ifuk ugeffur d ubruri, ad as-tiniḍ nekcem talemmast n ɣect. Sebḥan sidi Rebbi : iḍelli kan i d tafsut… ass-agi yebda ubẓiẓ.

Dɣa wissen ma armi d ass-agi kan i yebda aâggeḍ, neɣ zik i d-yusa nek ur as-d-rriɣ ara kan tamawt ? Lḥasun, armi d ass-agi i yas-sliɣ. Laâslama-k ay abẓiẓ. Ad t-ig Rebbi d win ɣef nerbeḥ ncallah.

Ahat tura ad yili inessef wass. Iṭij di tlemmast n igenni neɣ wissen anida, deg wakken yuɣ mkul amkan. Alamma d deqqal, mi ttqarib ad yeɣli, ara yenǧem bnadem ad t-iwali, wamma tura ddunit d netta.

Ddunit tessusem, tamurt irkel ad as-tiniḍ temmut. Imeksawen zik ayagi deg d-rran azal, tura ma yefka Rebbi ṭsen. Tabaɛ, taddart d iḍes ayen teṭṭes, neɣ d ddunit ayen inegren, qqimeɣ-d nek weḥd-i ? Armi tameɣrust-agi n waklan i d-ifkan ifurkan-is ɣer lḥara-nneɣ ad as-tiniḍ teṭṭes : yiwen yifer deg-s mačči la yettembiwil. I yefrax, anida llan ? Aâni ula d nutni rewlen, subben s iɣezran, ɣer yemdunen, ad sbuḥrun cwiṭ ? Lḥasun, ddunit texla, ddunit teṭṭes, ama d ṭejra, ama d taḥcict, d laâbd, tamurt, teggugem.

Abẓiẓ ? Ula d netta ad iniɣ ur yettwaḥsab ara ssut-is, imi lukan d ara yessusem ara d-issaki win iṭṭsen, imi s ssut-nni dɣa i t-tewwi tnafa. Illa ssut ittwaḥesben di tsusmi, deg akken t-innum umeẓẓuɣ.

Dɣa, am teswiɛt-agi deg lliɣ. Segllin qqareɣ-as taddart s lekmal-is teṭṭes, a yuɣ lḥal llant lxersun snat tlawin yukin am nek : yiwet di lǧiran-agi nneɣ ufella, si sbeḥ ala teẓẓad s tessirt n uxxam. Tis snat, n lḥara-yagi sdat-nneɣ. Tagi aâqleɣ taɣect-is, ssneɣ-tt : d Zayna at Ḥemmu i la yettdekkiren, tetthuzzu wissen d mmi-s neɣ d yell-is. Welleh ma ẓriɣ. Dɣa d lewhayem di Zayna yagi. Deg wasmi tt-ssneɣ, acḥal n laâwam ayagi, illa nettat dayem tettdekkir, dayem tetthuzzu, dayem tesaâ llufan di dduḥ. Deg wasmi yas-d-cfiɣ, ama deg iḍ ama deg wass, deg umezwaru ar uneggaru useggas, dayem tesaâ di dduḥ iwumi ara tettɣenni : « ay aneznez ay iḍes… ». Wissen ma d yiwen llufan kan i yugin ad yimɣur, neɣ tettarew mkul aggur, neɣ amek. Lḥasun, armi ula d leɣna-s yuɣal yettwaḥsab di tsusmi, am tessirt la yeẓẓaden, am ubẓiẓ la yeẓẓenẓinen, am taggent-agi neɣ arẓaẓ i la izehhren nnig uqerruy-iw, cɣel n ṭumubil-nni n igenni. D ayen isi yas-nniɣ tamurt s lekmal terɣa, tessusem, teṭṭes.

Yemma, ula d nettat, tečča kan cwiṭ n lqut segllin, terra tabburt n uxxam ɣef yiman-is, teṭṭes. Tettarra tabburt mara teṭṭes deg uzal i wakken ad as-iḍul lḥal,  irna ɣef yizan ur tt-ttmeḥḥinen ara (a Rebbi ay ttagadeɣ ides-agi n yemma deg uzal ! Aâlaxater, mara d-taki, a d-tekker s wurfan. Lamaâna, sya ar imir-nni, ad yeg Rebbi ttawil).

Ma d nek, aâniɣ-d asqif, ssiɣ-d agertil, nniɣ-as ad ṭṭseɣ cwiṭ, lamaâna tugi ad iyi-tawi tnafa. Asqif-agi nneɣ acek-it deg unebdu : mara s-teldiɣ i sin lelwaḥ d-ifkan ɣer uzniq, isaâɛu cwiṭ n ubeḥri. Aârḍeɣ ad ɣreɣ cwiṭ i wakken ad iyi-d-yers nadam, ulac. Aâyiɣ di leqraya, iḍaq cwiṭ lxaṭer-iw, serseɣ taktabt, sakin, akken d tinnegnit, allen-iw di sqef, rriɣ-tt i umekti. 

Mara d-mmektiɣ…

Sebḥan-k a sidi Rebbi, ayen i yaɣ-txelqeḍ ! Di teswiɛt am tagi n tsusmi d yiḍes, dacu ara d-mmektiɣ? Dɣa di laâwam-nni, d ussan-nni deg yella wexxam-agi nneɣ izehher di lɣaci, s uaâggeḍ, s teḍsa d imeṭṭawen n warrac, d tullas. Axxam iččur, lḥara teččur, asqif-agi yeččur. Wa ur isel i wa !

Nanna Faṭima d urgaz-is (tura ha-ten di Fransa) zedɣen dɣa ɣur-nneɣ, ṭṭfen ‘’taɣurfet tajdiṭ’’. Faḍma, nettat d urgaz-is aâzlen ɣer ‘’texxamt’’. Axxam gganen deg-s. : yemma d watmaten-iw, Mbarek (ad as-yaâfu Rebbi, immut di Fransa) akked Tayeb (atan tura di Fransa), d yessetma n Lqern : Wezna, Tasaâdit d Mesaâd, mara d-rezfent nutenti akked uqḍar n warraw-nsent. (cfiɣ neṭṭes deg yiwen wusu di aâcra ar tnac yid-nneɣ. Imir-nni i nettemseččaw anwa ara yeṭṭsen d alemmas, deg wakken yettagad uqerni ad t-yečč ‘’lweḥc’’. Sakin lmeḥna tameqqrant ɣef yemma, di sbeḥ mar as-d-iḥder ad tesserbi lqahwa !    

Teggra-d tɣurfet taqdimt, dɣa d tagi nnig uqerruy-iw, tuɣal ula d nettat tettwazdeɣ. Wi tt-izedɣen ? D nek ! Anaâm. Imir-nni i yi-d-zewǧen. Tameṭṭut-iw tamezwarut : Faḍma at Saâdi, si Teskenfut. Meskint ! Mara d-mmektiɣ… Meskint, aâlaxaṭer tura, mara tt-id-smektiɣ, tettɣiḍ-iyi. Am akken yettaker-iyi wul ɣef wayen i yas-xedmeɣ, deg wass-nni ara ass-a (aâcrin n sna ayagi deg i tt-uɣeɣ, briɣ-as), ula d nek jerbeɣ, yettwajreḥ wul-iw si zwaǧ. Daɣ netta, lemmer ttafeɣ ad as-ḍelbeɣ smaḥ. Irna, tabaɛ, sdat Rebbi, lbaṭel i yas-xedmeɣ, tugin i tt-ugiɣ. Sɣur Rebbi : yug-itt wul-iw, yugi-tt lxaṭer-iw,lemmer ttafeɣ ur tt-ttwaliɣ ara.

D yemma i tt-id-ixeḍben, i yi-tt-id-yuɣen, i yi-tt-id-iwwin. Ur tt-ssineɣ ara armi d asmi d-tedda d tislit. Iḍḥu-d teɣleb-iyi di laâmer aṭas, tameṭṭut talemmast, wama nek ad iliɣ di laâmer-iw xemseṭṭac ar seṭṭac n sna. Irna, ma yehwa-yak, mačči d ayen i d-iwwin madakci. Wissen ma imi tesxerxur, neɣ d ssifa-s, neɣ dacu. Wḍeɣ armi tt-ttagadeɣ ! Sakin, akken d imi aâddan wussan-nni n teslit, nniɣ-asen : a win i yas-iqqaren ‘’d nek ay d nek’’, ad d-iruḥ ad iyi-isgen yid-s !

Mara d-mmektiɣ…

Am ass-a… d lemtel mara d-iḥder lawan n yiḍ-s. Dadda Lewnis d tmeṭṭut-is ad alin ɣer tɣurfet tajḍit, xal-i Aâli d tmeṭṭut-is ad alin ɣer texxamt, yemma akked lwacul nniḍen deg uxxam, ad d-rren akk tibbura ɣef yiman-nsen. Faḍma at Saâdi meskint ad tali ɣer tɣurfet-agi taqdimt, ad iyi-tettraǧu. Nek, mi yi-d-suffɣen seg uxxam, ad rreɣ dɣa ɣer tdukkant-agi n usqif, ad ṭṭseɣ.

Nejbed akken aṭas, armi d yiwen wass, tuki-yi yemma. Teffeɣ-d aâni deg iḍ, taf-iyi-d ṭṭseɣ dagi, tayeḍ la tesxerxur iwsawen. Tessusem kan, aâni testḥa neɣ amek. Teḥku-yas azekka-nni i Nanna Faṭima (ladɣa teẓra yemma nettagad Nanna Faṭima akter-is. Aâlaxater d nettat i d tameqqrant deg-nneɣ ; deg wasmi d-nekker i yaɣ-tebda s teɣrit. Seg-s ɣer da, mi nmed meqqrit, tuɣal-aɣ ɣur-s d rehba, d leḥya. Irna, lḥasun, tettawi-tt-id yid-nneɣ cɣel Irumyen : mara tebɣu aɣ-tini kra, teqqar-aɣ-t, ur tt-ittaṭṭaf ara lxuf-nni, neɣ d leḥya-nni saâunt teqbayliyin ɣer gmat-sent ɣas meẓẓi).

Ass-nni ihi, akken ṭṭsen at wexxam, tsubb-d Nanna Ṭiṭi, akken i yas-neqqar, xmat xmat druǧ n tɣurfet, taf-iyi-d ṭṭseɣ dagi deg usqif. Thucc-iyi : « Dacu txeddmeḍ dagi ? I wakken ur aɣ-d-tfehhem ara Faḍma at Saâdi nnig-nneɣ, aâlaxaṭer ittban ur tt-tettawi ara tnafa, thedder-iyi-d s trumit)

– Ali ad teṭṭseḍ !

– Eh !

– Ali ad teṭṭseḍ a gma, ttxil-k !

Awaah ! Akken tebɣu tḥellel-iyi, akken tebɣu tehder, ulac. Tiɣrit, ulama neqqar, ur yi-tekkat ara, aâlaxateṛ ruḥeɣ mdeɣ, ur ttagadeɣ ara tiyita-s, ur yi-tqarreḥ ara. Ula d nettat teẓra. Daɣ netta, tehder armi taâya, ulac, tuli ɣer ‘’tejdiṭ’’, tuɣal-d, tsubb-d, tkems-d deg ufus-is tawriqt n rebaâ duru. Nek, di lweqt-nni, ulamma ur bdiɣ ara tissit n crab, lamaâna tteḥwiǧiɣ idrimen, ttxalaḍeɣ ilmeẓyen, keccmeɣ leqhawi, ttaɣeɣ-d tiktabin, dayem ilaq-iyi cwiṭ umesruf. Nanna Ṭiṭi tewwi-yi-d s lexbar. Dɣa seg wass-nni, tefra rray gar-anneɣ, ur nemcawar. Mi ḥwaǧeɣ kan ɣef yiḍes n tɣurfet taqdimt, ad iyi-d-tɣit s ama d snat, ama d rebaâ duru. Ufiɣ-tt d tarbiḥt. Ala Rebbi ma isemmeḥ-iyi, wissen. Ulamma… aṭas n lecɣal ideg ad iyi-isemmeḥ.

Mara d-mmektiɣ…

Ula d akken, ufiɣ-d ddwa i yiḍes-iw akked Faṭima at Saâdi. Ittaɣ lḥal dagi ɣur-nneɣ i tella Newwara at Ḥemmudi, yell-is n Faḍma-nneɣ, n urgaz amezwaru. Newwara, imir-nni di laâmer-is aâmayen neɣ telt snin. Nettat tḥemmel-iyi d ayen kan. Sakin, ass kamel ad tt-ttwessiɣ, ad as-ttakeɣ leḥlawat. Mi d lawan n yiḍes, ad tebdu ad tettru, ad tettaâggiḍ : « Iḥrem fell-i ma ṭṭseɣ ala ɣur xal-i Belaïd… ! », dɣa nek ad tt-id-refdeɣ ɣer ‘’teqdimt’’, ad tt-id-segneɣ gar-anneɣ nek akked Faḍma at Saâdi. Sakin tagi ad tt-terr i yimeṭṭawen, tefhem id-nni yettruḥu-yas baṭel. D Rebbi ara yi-isemmḥen !

Mara s-neqqar « d ayen tzeraâḍ ara tmegreḍ ». Seg wass-nni ar ass-a, aâcrin n sna ayagi. Ur iwwiḍ ara useggas ideg tt-uɣeɣ, briɣ-as i Faḍma at Saâdi. Di syen xedmeɣ laâsker, ruḥeɣ ɣer Fransa acḥal, uɣaleɣ-d, aâwdeɣ zwaǧ. Yini-yak sidi Rebbi : « ar akken tessruḍ tameṭṭut ara k-tessru tmeṭṭut nniḍen ». Daɣ netta, yeẓra Rebbi ma xellseɣ !

Ddurt-agi yaâddan, kkiɣ-d si Lǧemaâ, anida xeddmeɣ, tedduɣ-d s axxam, armi d lfiraq n Cemmax, issemlil-iyi-d Rebbi akked Faḍma at Saâdi, teteddu ɣer at Mangellat, tewwi-d taqcict ad tili di laâmer-is aâcra neɣ ḥḍac n sna. Yuɣ lḥal aṭas-aya deg sliɣ taâwed zwaǧ, dɣa ɣer at Mangellat, irna tesaâ yell-is. Aâqleɣ-tent i snat, ula d nettat taâqel-iyi-d. Wamma yell-is ur yi-tessin ara. Akken d imi nemlal, tesked-iyi-d, tebra i wallen-is. Wamma nek ur s-hdireɣ ara, muqleɣ-tt mliḥ, nuḍreɣ-tt akken ilaq, aâlaxaṭer, tidet i Rebbi, welleh ar tt-cedhaɣ. Lemmer ufiɣ ad tt-laâiɣ, ad as-hedreɣ, ad tt-seqsiɣ amek tella, dacu tesaâdda ; ad ṭṭfeɣ taqcict-nni, taâǧeb-iyi d ayen kan ! Ad as-ḥkuɣ ɣef yiman-iw. Lamaâna… d laâib ameqqran ɣur Leqbayel. Daɣ netta, nettat d yell-is wtent aâddant, nek wteɣ aâddaɣ. Akken nembaâdad cwiṭ, qelbeɣ ɣer deffir, walaɣ-tent ula d nutenti qelbent-d ɣur-i. Wissen ma tenna-yas i yell-is neɣ ala…

– Tu veux un café ?

Llah ! Llah ! A ziɣ-nni ar yaâdda uzizwu, a ziɣ-nni ay abẓiẓ ar yessusem, a tissirt ar teḥbes, a Zayna ar tessusem, iṭṭes mm-is, neɣ truḥ s isɣaren, ziɣ-nni ar bezgent wallen-iw seg iḍes, a yemma ar zik ay d-tekker, ar tessew lqahwa, teswa armi terwa, ata tewwi-yi-d afenǧal.

Wissen kan tura ma d amekti i d-mmektiɣ, neɣ d targit kan ay urgaɣ tigi ?

Belaïd At Ali, 

Yulyu 1946

Timerna/notes :

1. Ṭumubil n igenni : tamesrafegt (fr. avion)

2. Madakci : ugur, uguren…

3. Cemmax : tala yellan idis n taddart Lqern

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Tunisie : lourdes peines prononcées en appel au méga-procès pour «complot contre la sûreté de l’État»

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Kais Saied
La Tunisie de Kais Saied plonge dans l'autoritarisme. Crédit image : DR

La Tunisie s’illustre encore une fois par une justice spectacle contre les opposants. Le procès en appel de plusieurs figures a donné lieu des condamnations particulièrement lourdes.

Prononcées ce vendredi 28 novembre, elles s’étalent de cinq à quarante-cinq de prison. La plus lourde peine incombe à l’homme d’affaires Kamel Letaief. Trente-sept personnes au total étaient poursuivies – principalement des figures de l’opposition tunisienne -, dans le cadre d’une procédure considérée comme une parodie de justice par plusieurs organisations de défense des droits de l’homme.

Après plusieurs reports depuis le mois d’octobre et une dernière audience organisée jeudi 27 novembre, le jugement est tombé ce vendredi dans le méga-procès en appel de 37 personnes jugées pour complot contre la sûreté de l’État en Tunisie. Parmi les faits reprochés qui leur étaient reprochés : des rencontres avec des diplomates étrangers…

Alors qu’en première instance, les peines retenues grimpaient jusqu’à 66 ans de prison, celles prononcées cette fois restent lourdes pour atteindre jusqu’à quarante-cinq ans d’incarcération – elle incombe à l’homme d’affaires Kamel Letaief. Si trois acquittements ont été prononcés, certains ont vu leur peine alourdie quand d’autres, à l’inverse, l’ont vue légèrement allégée. Certains ont enfin écopé aussi d’une amende allant de 15 000 à 30 000 euros.

Si une majorité des accusés sont en détention depuis deux ans et demi et ont refusé de comparaître par visioconférence – comme l’exigeait la justice – pour des raisons de sécurité, d’autres sont en fuite ou ont pris la route de l’exil et vivent aujourd’hui à l’étranger. La plupart sont des figures de l’opposition tunisienne comme Jawhar Ben Mbarek, le chef du Front de salut national (FSN), qui écope de  20 ans de réclusion, Issam Chebbi, Ghazi Chaouachi, Khayam Turki ou encore Ridha Belhaj, même si l’on y trouve aussi une militante féministe ainsi que l’écrivain français Bernard Henri Lévy, qui a été jugé par contumace.

« Parodie de justice sans le début d’une preuve »

Alors qu’il s’est tenu quasiment sans plaidoiries, selon la défense, ce procès fait aussi l’objet de très nombreuses critiques de la part de plusieurs organisations de défense des droits humains qui l’on qualifié de « politique » et d’« inéquitable ». Human Rights Watch évoque ainsi une « parodie de justice sans le début d’une preuve », tandis que pour Amnesty International, la cour d’appel a donné son aval à l’utilisation du système judiciaire pour éliminer la dissidence politique.

Jeudi 27 novembre, le Parlement européen avait, quant à lui, adopté une résolution demandant la libération des détenus d’opinion et des prisonniers politiques en Tunisie, initiative que le président tunisien Kaïs Saïed a qualifié d’« ingérence flagrante » après avoir déjà convoqué l’ambassadeur européen à Tunis dans le courant de la semaine.

Avec RFI

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Clôture du 14ᵉ Festival national du théâtre amazigh : Oum El Bouaghi triomphe, Thenekra brille

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14ᵉ Festival National du Théâtre Amazigh :
14ᵉ Festival National du Théâtre Amazigh. Crédit image : DR

La 14ᵉ édition du Festival Culturel National du théâtre amazigh a tiré sa révérence hier soir, au terme d’une compétition marquée par la diversité des écritures scéniques et le sérieux du travail artistique. Cinq spectacles étaient en lice, tandis qu’une troupe de la wilaya de Touggourt n’a finalement pas pu rejoindre la programmation.

Comme attendu, le Théâtre Régional d’Oum El Bouaghi a dominé le palmarès avec Bonka Promax, décrochant le Prix du meilleur spectacle intégré, la meilleure mise en scène attribuée à Younes Jouani, la meilleure scénographie grâce à Hamza Djab Allah, ainsi que la meilleure création musicale signée Slim Hamdi.

Les troupes kabyles ont également laissé une empreinte marquante. L’Association Thenekra (Tizi-Ouzou) a reçu le Prix du jury pour son spectacle Jssed Yiwen-I Nneɣ (« Un seul corps pour nous »), salué pour son approche sensible et sa cohérence artistique. L’Association Culturelle Ibturan (Tizi-Ouzou) a distingué deux de ses talents : Ilyes Belaïd, lauréat du Prix du meilleur texte pour Awen n Weddar (« Le Représentant des villages »), et Rymeyssa Benane, couronnée pour la meilleure interprétation féminine.

Du côté de Bouira, Amine Dahas a remporté le Prix de la meilleure interprétation masculine pour Tamdint n Imuḍan (« La Cité des Aveugles »), présenté par le Club Culturel Thilufa.

Au-delà des distinctions, le jury a mis l’accent sur des axes de développement essentiels : approfondir la recherche artistique, renforcer la formation des comédiens, renouveler le langage scénique et encourager la production en langue amazighe. Il appelle également à une meilleure intégration entre texte, scénographie, lumière et musique, tout en valorisant un rapport inventif — et non mimétique — au patrimoine culturel.

Cette 14ᵉ édition confirme la vitalité du théâtre amazigh et la détermination de ses créateurs à inscrire leurs œuvres dans une esthétique contemporaine, tout en restant fidèles à la profondeur culturelle amazighe.

Djamal Guettala 

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Ouverture politique, détenus d’opinion, transparence électorale, libertés publiques :  Hanoune dévoile les angles morts du pouvoir 

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Hanoune et Tebboune
Louisa Hanoune et Tebboune. Crédit photo : APS

Au lendemain de sa rencontre avec le chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune, Louisa Hanoune a exposé, lors d’une confrérie de presse tenue jeudi 27 novembre, les dossiers sensibles soulevés au Palais d’El Mouradia — de la situation des détenus d’opinion aux restrictions pesant sur les libertés publiques — en soulignant les blocages politiques et institutionnels qui freinent encore l’ouverture démocratique et la transparence de la vie publique.

Louisa Hanoune a souligné la nécessité d’une libération réelle du champ médiatique et politique, avec un accès équitable pour tous les partis et acteurs de la société civile. Elle a rappelé que les citoyens doivent pouvoir contrôler et exercer une pression sur les élus, sans crainte de représailles, et que les élections doivent se dérouler dans un cadre transparent et impartial, empêchant tout mélange entre argent et politique, principal facteur d’abstention et de désaffection.

Le président Tebboune a, pour sa part, insisté sur plusieurs points. Il a reconnu que les chiffres et statistiques sociaux qui lui parviennent sont parfois erronés, compliquant la mise en place de politiques publiques efficaces. Il a également insisté sur la persistance de la corruption et sur l’importance de son éradication pour garantir la transparence et la régularité des élections. Il a affirmé que les scrutins doivent se dérouler dans une compétition libre entre candidats, en toute égalité de conditions.

Sur le volet des droits fondamentaux, le président a réitéré son engagement à respecter la liberté d’expression et l’indépendance de la justice. Il a reconnu la nécessité d’une approche plus claire concernant les prisonniers d’opinion, tout en rappelant que les décisions judiciaires doivent rester strictement autonomes, sans intervention politique.

Enfin, Louisa Hanoune a rappelé la question de la réforme de la loi sur les partis politiques, insistant sur le fait qu’une ouverture réelle ne se limite pas aux déclarations : elle doit se traduire par des actes concrets garantissant la participation effective de tous les acteurs politiques et citoyens.

La stabilité et la légitimité des institutions dépendront autant de la transparence et de la régularité des élections que de la protection des libertés fondamentales et du maintien d’un dialogue politique inclusif. C’est le fil rouge du compte rendu livré par la secrétaire générale du Parti des travailleurs à l’issue de son entrevue avec le président Abdelmadjid Tebboune, dans un contexte national et régional traversé par de fortes incertitudes.

Reste une question centrale : le chef de l’État ira-t-il jusqu’au bout des engagements qu’il dit assumer en matière de libertés publiques, de respect du choix électoral des citoyens et de rupture avec le cycle ininterrompu de poursuites judiciaires et de mises sous écrou pour délit d’opinion ?

En mai 2024, Tebboune avait reçu la cheffe du Parti des travailleurs. On a eu droit à presque la même rhétorique, les mêmes demandes. En vain. Même réponse au moment de la fameuse promesse de Tebboune d’un dialogue national révélée à l’issue de la mascarade présidentielle.

« Au cours du deuxième mandat et dans la mesure où les circonstances le permettront, nous mènerons des contacts et des consultations approfondis avec toutes les énergies vives du pays et entrerons dans un dialogue national ouvert  pour planifier ensemble le chemin que nous poursuivrons ensemble, pour incarner la vraie démocratie et non la démocratie des slogans, qui donne la souveraineté à ceux qui la méritent », avait en effet,  annoncé Abdelmadjid Tebboune. Plus d’une année plus tard, les Algériens n’ont vu que du feu. A l’époque Le PT comme d’autres partis comme le RCD, avait appelé à de réelles mesures de détente. Autrement dit à un retour à l’Etat de droit et à la voie démocratique. On attend toujours.

Samia Naït Iqbal

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Orang Gholi Khani : « Faire rayonner la culture persane en France, c’est transmettre un héritage vivant »

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Orang Gholi Khani
Orang Gholi Khani. Crédit image : @ Orang Gholi Khani

Arrivé en France à 18 ans, Orang Gholi Khani est devenu un passeur d’une culture riche et plurielle. Informaticien de formation, il a choisi de se tourner vers la médiation culturelle pour permettre à la diaspora iranienne et au public français de découvrir la profondeur de la culture persane.

À travers sa page Le Miroir Persan, créée en 2011, il relaie des articles, organise des événements bilingues et met en lumière la poésie, la musique, le théâtre et l’art iranien. Il revient pour le Matin d’Algérie sur ses motivations, les défis de cette mission culturelle et ses projets pour faire vivre un héritage millénaire hors des frontières de l’Iran.

Le Matin d’Algérie : Pouvez-vous nous raconter votre parcours et ce qui vous a conduit à créer Le Miroir Persan ?

Orang Gholi Khani : Je m’appelle Orang Gholi Khani, je suis né à Téhéran. Je suis venu en France en 1979, à l’âge de 18 ans, pour poursuivre mes études. J’ai d’abord appris le français, puis j’ai fait des études supérieures dans le domaine de l’informatique industrielle. Par la suite, j’ai travaillé dans différentes sociétés informatiques. Au fil des années, le nombre d’Iraniens en France a augmenté et, lorsque j’ai eu des enfants, j’ai pris conscience que la deuxième génération d’enfants d’origine iranienne allait grandir en France sans forcément avoir accès à la culture persane. J’ai donc décidé de créer cette page culturelle pour les tenir informés de leur culture d’origine via des articles et des événements bilingues. Par ce biais, des Français curieux pouvaient également découvrir la culture persane, qui est encore très peu connue en France. C’est ainsi que, le 27 décembre 2011, j’ai créé la page Le Miroir Persan.

Le Matin d’Algérie : Selon vous, qu’est-ce qui rend la culture persane unique et mérite d’être connue en France ?

Orang Gholi Khani : Il est souvent dit que « la culture persane est pour l’Orient ce que la culture grecque est pour l’Occident ». C’est une culture qui a structuré l’Orient pendant des milliers d’années avant l’arrivée de l’Islam, comme la culture grecque a structuré l’Occident avant le christianisme. Le premier empire perse a été créé il y a 3 000 ans, et depuis, la culture perse n’a cessé de s’enrichir au contact des différentes cultures d’Orient telles que la culture chinoise, égyptienne, arménienne ou turque. À ce titre, elle mérite d’être connue et étudiée. Malheureusement, les Français, à part une minorité d’experts, la connaissent mal. Quand ils pensent à l’Iran, ils imaginent souvent un désert comme dans Lawrence d’Arabie, une cuisine proche de l’Afrique du Nord, ou croient que les Iraniens parlent arabe. Depuis les années 1980, le tourisme mondial s’est fortement développé grâce à la démocratisation des vols aériens, mais l’Iran, pour des raisons politiques, est resté à l’écart. Peu d’Occidentaux y ont voyagé pour mieux connaître ce pays. Cette culture perse, notamment sous les empires achéménides, parthe et sassanide, a profondément influencé non seulement l’Orient mais aussi l’Occident, notamment à travers les échanges commerciaux sur la Route de la Soie, et dans les domaines de l’art, de l’architecture, de la philosophie et des sciences.

Le Matin d’Algérie : Parmi les événements que vous avez organisés, y en a-t-il un qui vous a particulièrement marqué ?

Orang Gholi Khani : Nous n’organisons pas beaucoup d’événements, à part des nuits de poésie bilingues que nous avons intitulées : « Les Mille et Une Nuits de poésie persane à Paris ». Depuis 2014, nous en avons organisé dix-sept. Elles sont toujours bien accueillies, mais par un cercle restreint du public. Je pense que la soirée la plus appréciée a été celle consacrée à Forough Farokhzad. À part cela, l’idée de la page Le Miroir Persan est d’être le reflet de la culture persane dans le monde francophone. Nous relayons toutes les informations publiées dans les médias francophones sur l’Iran, sans parti pris politique. Le public est toujours très touché lorsque les droits des femmes progressent en Iran, ou que des artistes et cinéastes iraniens rencontrent un succès international.

Le Matin d’Algérie : Comment vos activités favorisent-elles le dialogue entre la communauté persane et le public français ?

Orang Gholi Khani : Nous nous adressons à un public francophone, notamment aux enfants de la deuxième génération nés en France. S’ajoutent les personnes mariées avec des Iraniens et les Français qui connaissent l’Iran pour y avoir voyagé.

Beaucoup d’associations iraniennes ont été créées par la diaspora et organisent des événements culturels. En faisant la promotion de ces initiatives, la page joue un rôle de fédérateur et d’amplificateur. J’espère ainsi soutenir ces actions qui rapprochent les différentes générations et leurs amis français, lesquels découvrent les multiples facettes de la culture persane.

Le Matin d’Algérie : Comment choisissez-vous les aspects de la culture persane à mettre en avant ?

Orang Gholi Khani : Nous mettons en avant toutes les formes d’arts persans, qu’elles soient classiques ou modernes. Notre seul critère est que l’œuvre, l’événement, l’exposition ou l’article soit compréhensible par un public francophone. Pour la musique, la peinture et la sculpture, il n’y a pas de barrière de langue. Pour les livres, le cinéma, le théâtre ou les conférences, nous nous assurons qu’il y ait une traduction ou un sous-titrage.

Le Matin d’Algérie : Pouvez-vous partager un exemple qui illustre la force de la culture persane ?

Orang Gholi Khani : Après la mort de Mahsa Amini, un mouvement de protestation sociale s’est déclenché. Ce mouvement a été accompagné de nombreuses œuvres artistiques et poétiques qui ont aidé à sa visibilité et à son succès. Parmi elles, la chanson Barayeh a fait résonner à jamais le slogan « Femmes, Vie, Liberté », ainsi qu’une version persane de Bella Ciao. Cela montre que dans la culture persane, tout est imprégné de poésie. La force de la poésie est telle que personne ne peut l’arrêter en Iran.

Le Matin d’Algérie : Quel rôle jouent les réseaux sociaux et votre newsletter Reflets du Miroir Persan dans votre mission culturelle ?

Orang Gholi Khani : Avant Internet et les réseaux sociaux, il était difficile de suivre toutes les initiatives des petites associations. Les médias français ne pouvaient pas couvrir tous les événements concernant les diasporas. Aujourd’hui, il est possible d’informer rapidement des milliers de personnes avec un coût proche de zéro, grâce au temps investi bénévolement sur ces plateformes. Cette évolution a profondément transformé la manière dont la diaspora iranienne en France maintient le lien avec sa culture et ses initiatives culturelles et politiques.

Le Matin d’Algérie : Quels sont les défis et les surprises que vous rencontrez pour faire vivre cette culture loin de l’Iran ?

Orang Gholi Khani : Avec l’arrivée à l’âge adulte de la deuxième génération et les vagues de migration successives, le nombre d’Iraniens francophones n’a cessé d’augmenter, aussi bien en France qu’au Québec, en Belgique et en Suisse. À cela s’ajoutent d’autres pays persanophones comme l’Afghanistan et le Tadjikistan, ce qui a conduit à plus d’événements et d’articles culturels. C’est une très bonne surprise, car la fédération de tous ces pays francophones et persanophones crée une forte présence culturelle. Cela représente aussi un défi pour Le Miroir Persan, qui doit continuer à couvrir cette activité. Pour le moment, je porte seul cette tâche, avec un réseau d’amis. Nous devons envisager de changer d’organisation sans perdre l’âme de la page.

Le Matin d’Algérie : Travaillez-vous en collaboration avec des artistes ou écrivains persans en France ?

Orang Gholi Khani : En promouvant différents artistes, écrivains et musiciens persans en France, nous avons gagné leur reconnaissance. Ils nous informent de leurs activités. Jusqu’à aujourd’hui, nous étions surtout un média relayant des informations, à l’exception des Nuits de Poésie. Cette année, nous avons créé une structure associative à Issy-les-Moulineaux et travaillons sur des projets culturels et théâtraux avec les associations locales.

Le Matin d’Algérie : Enfin, quel est votre rêve pour Le Miroir Persan dans cinq ans ?

Orang Gholi Khani : J’aimerais trouver des jeunes qui pourraient m’aider et reprendre le flambeau après moi. Mon rêve serait de trouver des financements pour créer un centre culturel où l’on pourrait accueillir des artistes et organiser des événements comme des concerts, des expositions et des conférences.

Entretien réalisé par Djamal Guettala

Le Miroir Persan

www.facebook.com/Lemiroirpersan

http://www.lemiroirpersan.com/

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Les Faqaqirs de la République

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Chômeurs en Algérie
Plus de 30% de la population active est au chômage en Algérie. Crédit photo : DR

Ne cherchez pas à savoir combien ils sont. Officiellement, on n’a pas les chiffres. Officieusement, on ne veut pas les dire. Alors disons-le clairement : ils sont nombreux. Une foule discrète qui ne défile pas, ne bloque rien, ne demande pas de plateaux télé. Elle traverse la République en silence ; ventre vide, dignité haute.

Le langage du pouvoir les trahit mieux que des statistiques. On se souvient du « faqaqirs » lâché par un ex-Premier ministre, faute de langue ou par ironie : choisissez. On se rappelle l’autre, sûr de lui, jurant que « tout le monde mange du yaourt » et que les Algériens partent en vacances en Tunisie. Fables d’estrade.

Quand la politique parle à la fraction aisée, elle finit par prendre sa minorité pour la moyenne, et sa moyenne pour le pays. Résultat : on gouverne une vitrine et l’on oublie l’arrière-boutique.

Sur le papier, rien n’est compliqué : un SNMG – ce fameux Salaire National Minimum Garanti, clone algérien du SMIC – qui plafonne à peine à 18 000 DA nets ; un panier vital qui dévore la paie avant même qu’elle n’arrive ; un loyer qui assassine la fin du mois. Équation bouclée.

Mais dans la vraie vie, personne ne parle d’indicateurs, ni de tableaux Excel, ni de discours ministériels. Dans la vraie vie, on parle de frigos. Et les frigos, eux, s’en foutent des promesses, des conférences de presse et des selfies pris au marché. Le frigo n’a qu’un verdict : plein pour aujourd’hui, de quoi tenir la semaine. À défaut, c’est le vide.

Pourquoi n’a-t-on pas le chiffre des smicards, des sans-SNMG, locataires, parfois sans appui familial ? Parce qu’aucun indicateur officiel ne croise ces réalités. Parce que la fanfaronnade et la sous-déclaration salariale brouillent les lignes. Parce que le ménage à plusieurs générations camoufle la précarité. Parce que l’informel absorbe les chocs et dissout les preuves. Les invisibles sont statistiquement orphelins. Ils existent, mais en creux.

Eux, que font-ils ? Ils s’organisent. Ils compressent la vie : plus de marche, moins de bus ; plus de légumes, moins de viande ; plus d’heures au noir, moins de sommeil. Ils diffèrent la santé, repoussent les chaussures, couvent la honte. On leur vend la morale du renoncement ; ils achètent, faute d’alternative, le manuel du système D à l’algérienne. Pas par amour de l’illégalité : par refus de l’humiliation. L’État perd d’abord la parole, puis la confiance, enfin la recette.

Au-dessus, en costumes repassés, on détourne, on graisse, on surfacture ; en dessous, sans costume, on se débrouille, on resquille, on vend. Deux grammaires, une même origine : la dignité devenue introuvable au prix du jour. Et quand la clémence de Dieu ne suffit plus, on bascule franchement vers la canaillerie : trafics, drogue, racket. Pas par vocation, par logique. Quand la règle est impraticable au niveau du ventre, l’illégalité devient rationnelle.

Je ne justifie rien, je constate une phrase qui claque comme un diagnostic. Rappelez-vous ce voyou, « El Wahrani », lynché par la foule… crime dans le crime. Avant de tomber, une seule question : « Qui va nourrir ma mère ? » On peut détester l’homme ; on ne peut pas ignorer la question. Elle résume tout : quand la fin du mois devient illégale, la loi perd sa voix.

Le discours officiel, lui, reste imperturbable : « l’inflation ralentit ». Soit. La pente reste pente. Et le trou ne se commente pas, il se remplit. Pendant qu’on aligne panneaux et plans-cadres, le pays se joue à la dernière ligne de l’addition. Aujourd’hui, cette ligne dit : SNMG seul + loyer = rouge. Demain, elle dira la même chose si l’on continue à gouverner pour la partie solvable : commandes publiques pour la vitrine, subventions brumeuses, économie calibrée pour ceux qui passent le portique des centres climatisés.

On ne leur demandera pas de patience : ils en ont trop. On ne leur demandera pas de silence : ils n’ont que ça. On leur doit une arithmétique qui tombe juste, pas une parabole. Reposez les slogans. Écrivez ceci sur la porte du Conseil de vos ministres, gros caractères : Ils sont nombreux, ils existent, ils ont faim, et votre économie fait comme s’ils n’étaient pas là.

Gardez vos portiques climatisés ; testez la température du ventre, si vous osez.

Zaim Gharnati

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Zied Bakir : « La langue de mes livres n’est autre que le « franusien »

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Zied Bakir
Zied Bakir. Crédit photo : JF PAGA.

Après La Naturalisation, édité chez Grasset le 29 janvier 2025, Zied Bakir poursuit une aventure littéraire où l’écriture se confond avec la vie. Entre humour discret, quête de légitimité et regard lucide sur l’exil, l’auteur franco-tunisien compose un roman qui interroge la filiation, le territoire, la mémoire et la place du politique.

Écrire en français, dit Zied Bakir, est devenu pour lui un choix vital, presque une manière de se naturaliser par « l’encre versée », dans un monde où l’incertitude pèse lourd sur les écrivains du Maghreb. Dans cet entretien accordé au Matin d’Algérie, il revient sur sa relation intime à la langue, sur son goût pour les villes errantes, sur ses influences musicales et littéraires, et sur ce qui, depuis la jeunesse, continue d’alimenter son œuvre : la nécessité de transformer les blessures silencieuses en matière romanesque. Comme il le confie lui-même : « Peut-être que la seule raison d’écrire est de vouloir être aimé. »

Le Matin d’Algérie : Votre roman s’ouvre sur une quête intime très forte. Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire cette histoire maintenant ?

Zied Bakir :L’écriture, pour moi, est une quête intime, mais elle peut être partagée avec les autres, car la lecture est aussi une quête intime. J’ai tendance à confondre la vie et l’écriture. Quand j’ai voulu m’installer en France j’ai décidé que ce serait pour et par l’écriture, (c’est donc pour cela que j’écris en Français.) Mais c’était un « pari » très risqué. Après avoir publié un premier livre chez Grasset (« L’amour des choses invisibles », 2021.) j’ai demandé à être naturalisé français, disons, par « l’encre versé ». Nous vivons des temps incertains, surtout pour les intellectuels et les écrivains maghrébins (En Algérie, vous êtes bien placés pour le savoir avec les affaires Sansal et Daoud, à titre d’exemple.) Ajoutez à cela une petite dose de paranoïa et la vie devient difficile avec un passeport vert, donc j’ai voulu avoir le rouge, et dans le même temps, j’ai décidé de consolider ma position d’écrivain en écrivant un deuxième livre que j’ai voulu intituler, par plaisir personnel et ironie : La naturalisation. J’espérais faire d’une pierre deux coups, bref, c’est ma petite cuisine interne !

Le Matin d’Algérie : Comment trouvez-vous l’équilibre entre mémoire personnelle et imaginaire romanesque ?

Zied Bakir : La mémoire personnelle est un point de départ. L’imaginaire romanesque doit envelopper le récit de soi, mais au final, on obtient un mélange des deux, donc pour que cela tienne, pour que le texte fasse corps, il faut que l’imaginaire soit compatible avec les éléments réels, tout le défi est là. S’il y a équilibre (équilivre ?) eh bien tant mieux car je ne prétends pas l’avoir trouvé.

Le Matin d’Algérie : Vos personnages semblent porter des blessures silencieuses. Comment travaillez-vous cette vulnérabilité dans l’écriture ?

Zied Bakir : L’humour et l’autodérision sont le ciment de mes textes. C’est une forme d’autodéfense par l’esprit. Cela a évoqué, pour certains de mes lecteurs, l’humour juif, mais on a tous quelque chose en nous de juif. Par ailleurs, l’idée de renvoyer au silence des blessures est peut-être le but ultime de mon écriture. Comme on le sait, le silence est un langage universel. C’est aussi pour ça que mes livres sont courts ! Je n’aime pas le bavardage, mes livres publiés sont la moitié ou le tiers de la première version, si on trouve ça dommage, j’en suis flatté. Écrire pour explorer le silence, c’est un paradoxe exquis et une belle gageure.

Le Matin d’Algérie : Le langage tient une place centrale dans votre style. Comment définiriez-vous votre relation à la langue arabe et à la langue française ?

Zied Bakir : Le français est ma langue de travail et de vie. La langue arabe occupe peu de place dans ma vie, et ce, bien avant mon expatriation. J’ai récemment relu un livre en arabe de Najib Mahfouz parce que je me trouvais au Caire, et je voulais me rappeler des souvenirs de mes premières lectures mais je suis vite revenu à la langue française, comme on revient au travail, ou à la maison. La langue arabe, plutôt que langue maternelle, je dirais « langue de lait », comme les dents de lait, je l’ai perdue mais je sais qu’elle est là, toujours à ma portée. En vérité, la langue de mes livres n’est autre que le « franusien », c’est-à-dire le français tunisien. Vous savez qu’il existe un français belge, suisse, québécois, sénégalais, algérien bien sûr, etc. Eh bien il y a aussi le français tunisien. Mais au final, comme on dit, la langue n’a pas d’os. Et tout ce qui compte, ce sont les émotions véhiculées par un texte.

Le Matin d’Algérie : Quelle importance accordez-vous au rythme et à la musicalité dans votre écriture ?

Zied Bakir : Tout est là, écrire est avant tout une affaire de rythme et de musicalité, c’est composer une symphonie avec des mots. Je rêve d’écrire comme Joan Sebastian Bach ou un compositeur baroque. D’ailleurs, je considère La Naturalisation comme un roman « humoresque », ce terme désigne un genre de musique romantique caractérisé par des morceaux d’humour fantaisiste dans le sens de l’humeur plutôt que de l’esprit. Ce nom vient de l’allemand « humoreske », terme qui a été donné à partir des années 1800 aux contes humoristiques. On peut aussi y lire les mots « humour » et « mauresque ». Comme je suis maghrébin, cela correspond. (rire.)

Le Matin d’Algérie : Plusieurs scènes évoquent la ville comme un personnage à part entière. Comment pensez-vous l’espace narratif ?

Zied Bakir : Je suis un lecteur de Patrick Modiano, et un grand amoureux de Paris. La géographie urbaine m’intéresse beaucoup, dans le sens où mes personnages sont des errants. Les rues, les places, les jardins publics sont souvent les lieux de l’action. C’est une manière d’explorer le territoire, quand on parle d’immigration, et de cheminement, le territoire est une donnée essentielle.

Le Matin d’Algérie : « Le roman aborde la filiation et l’héritage. Ce thème est-il pour vous une clé de lecture de la Tunisie contemporaine ? »

Zied Bakir : La Naturalisation est un roman tunisien, même s’il se déroule en grande partie en France. Une part de la Tunisie, tout comme d’autres pays du monde, se trouve aujourd’hui en France. Nous partageons une histoire et un héritage communs avec ce pays, et il me tient à cœur de le rappeler à mes lecteurs français. Il existe une interdépendance qui doit être comprise et acceptée de la meilleure manière possible. Dans un monde de plus en plus petit, il devient essentiel d’assumer nos différences tout en développant nos points de convergence.

Le Matin d’Algérie : Comment recevez-vous la réaction des lecteurs depuis la parution du livre ?

Zied Bakir : J’ai eu la joie de recevoir quelques messages de gratitude. Nous avons besoin de savoir que nos efforts n’ont pas été vains. Écrire un roman, c’est lancer une bouteille à la mer, je dirais même que c’est un message de détresse, un SMS (Save My Soul, et pas un SOS !) Être lu, entendu, parfois compris, voire aimé, cela donne de la force pour continuer. Peut-être que la seule raison d’écrire est de vouloir être aimé justement. À Tunis, une étudiante en Master de Lettres a décidé de faire son mémoire sur La naturalisation. C’est un honneur.

Le Matin d’Algérie : Vos textes portent souvent une dimension politique, parfois discrète, parfois frontale. Est-ce un choix assumé ou une conséquence de votre regard sur le monde ?

Zied Bakir : Les deux à la fois. Néanmoins, je déplore que la littérature s’intéresse trop à la politique et pas l’inverse. Heureusement que la première est éternelle et moins déprimante que la seconde.

Le Matin d’Algérie : La jeunesse occupe une place particulière dans votre univers. Que souhaitez-vous transmettre à travers elle ?

Zied Bakir : La jeunesse, c’est l’âge des ambitions, mais c’est aussi une période de la vie où l’on se cherche, et où l’on se permet de se perdre. Je crois qu’il est nécessaire de se perdre pour se trouver par ses propres moyens, et non pas en étant guidés par les parents ou les conventions sociales. Jusqu’ici j’ai puisé mon inspiration dans les années de ma jeunesse et de mon enfance. Ce sont des thèmes immuables, surtout dans le récit de soi et la quête initiatique.

Le Matin d’Algérie : Vous faites partie des auteurs qui renouvellent les écritures arabes et francophones. Comment percevez-vous ce mouvement littéraire d’aujourd’hui ?

Zied Bakir :Ce mouvement, s’il en est un, s’inscrit dans la continuité de nos aînés. Même si je considère que notre époque est moins riche que celle de Kateb Yacine, Rachid Boudjedra, Driss Chraïbi et les autres. L’âge d’or de la francophonie n’est pas à venir. Aujourd’hui nous essayons de sauver ce qu’il y a à sauver, la position de la France dans le monde n’étant plus ce qu’elle était. Par exemple, je lis dans Le Monde d’il y a quelques jours : « La Tunisie, nouveau terrain de jeu pour la diplomatie culturelle russe. » Cela en dit long.

Le Matin d’Algérie : Quels sont vos projets littéraires ou artistiques après ce roman ?

Zied Bakir : Pour moi, le travail commence maintenant. Je continue d’écrire avec l’espoir de faire le livre qui correspond le plus à l’idée que je me fais de la littérature : explorer l’âme humaine, à partir de la sienne propre. Plusieurs chantiers sont en cours…

Entretien réalisé par Djamal Guettala 

Zied Bakir est né en 1982, à Ghraïba, en Tunisie. Il vit aujourd'hui à Anduze, dans les Cévennes (france). La Naturalisation est son deuxième roman chez Grasset, après L'amour des choses invisibles, en 2021.
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Marseille : Samia Ghali propose de « payer les policiers sur le terrain » pour contrer le narcotrafic

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Samia Ghali
Samia Ghali. Crédit photo : Samia Ghali

Face à l’explosion du trafic de drogue dans certains quartiers populaires, Samia Ghali, maire-adjointe (DVG) de Marseille, met les pieds dans le plat. Elle propose que les policiers reçoivent une prime lorsqu’ils effectuent des saisies, estimant que cette mesure pourrait renforcer leur motivation et leur efficacité sur le terrain, selon la Provence.

Cette déclaration intervient dans un contexte dramatique : l’assassinat de Mehdi Kessaci, qualifié d’« assassinat d’avertissement », a une nouvelle fois mis en lumière la violence qui gangrène certains quartiers de la ville. Présente auprès de la famille de la victime, Samia Ghali plaide pour une stratégie globale, capable de combiner action policière et politiques sociales. Elle réclame des renforts policiers, le retour d’un préfet de police de plein exercice et la création d’un parquet spécialisé à Marseille. Selon elle, ces mesures doivent s’accompagner d’un engagement concret des autres collectivités locales pour sécuriser durablement les quartiers défavorisés.

Déjà en 2012, alors maire des 15e et 16e arrondissements, Samia Ghali avait alerté sur l’ampleur du narcotrafic et n’avait pas hésité à demander l’intervention de l’armée dans certains secteurs. Treize ans plus tard, elle constate que la situation reste préoccupante et que la mobilisation coordonnée de tous les acteurs demeure indispensable.

La proposition de prime pour les policiers relance un débat sensible sur la motivation des forces de l’ordre et sur la manière d’allouer des moyens financiers pour lutter efficacement contre le trafic de drogue. Pour Samia Ghali, seule une action globale et coordonnée pourra produire des résultats durables : renforcer la police sur le terrain tout en soutenant l’éducation, l’insertion et les politiques sociales dans les quartiers populaires.

Cette approche traduit sa conviction que la sécurité ne peut pas se réduire à une seule intervention policière. Prévention, encadrement et soutien social doivent accompagner toute opération répressive. Ghali insiste sur le fait que sans cette stratégie combinée, les trafiquants continueront d’exploiter les zones sensibles et que les jeunes resteront exposés à la violence et au trafic.

Dans cette logique, la prime aux policiers n’est pas une fin en soi mais un outil destiné à améliorer l’efficacité des interventions sur le terrain, tout en envoyant un signal clair : la lutte contre le narcotrafic doit mobiliser tous les acteurs et toutes les ressources disponibles pour protéger les habitants et restaurer la sécurité dans les quartiers populaires de Marseille.

Synthèse Mourad Benyahia

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Guinée-Bissau : les avocats de Domingos Simões Pereira dénoncent un coup d’État électoral

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Militaires de la Guinée Bissau
Les putschistes de Guinée-Bissau.

Les avocats de Domingos Simões Pereira, président du PAIGC, et d’Octave Lopes, cadre de ce même parti, tirent la sonnette d’alarme sur la situation politique en Guinée-Bissau après le premier tour de la présidentielle. Dans un communiqué, ils qualifient les événements récents de « pseudo coup d’État » et dénoncent une rupture flagrante de l’ordre constitutionnel.

Selon le collectif, l’absence de publication officielle des résultats, les déclarations unilatérales de victoire, l’intervention illégale de forces militaires et l’arrestation arbitraire de responsables politiques témoignent d’une volonté de confisquer la souveraineté du peuple et de détourner le processus électoral de sa fonction démocratique. Les avocats exigent la libération immédiate et sans condition de Messieurs Domingos Simões Pereira et Octave Lopes, dénonçant la violation de leurs droits civiques et politiques garantis par la Constitution et par les instruments internationaux.

« Leur arrestation, survenue à un moment crucial du scrutin, altère l’intégrité de la compétition électorale et remet en cause la possibilité même d’un processus libre et crédible », soulignent-ils. Les autorités civiles et militaires sont tenues pour responsables de la sécurité physique et morale des deux personnalités.

Le communiqué appelle la communauté internationale, et en particulier la CEDEAO, l’Union africaine, les Nations unies et l’Union européenne, à intervenir rapidement pour rétablir la légalité constitutionnelle, reprendre le processus électoral et respecter la volonté souveraine exprimée dans les urnes. Toute tentative de consolidation d’un pouvoir issu d’un processus interrompu ou manipulé « doit être considérée comme nulle et dépourvue d’effet », avertissent les avocats.

Le collectif affirme qu’il poursuivra tous les recours juridiques nationaux et internationaux pour contester les actes arbitraires et défendre les droits politiques de leurs clients.

Depuis son indépendance en 1974 du Portugal, la Guinée-Bissau a connu en tout, quatre coups d’État et 17 tentatives de putsch.

Mourad Benyahia 

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Le RCD appelle à la libération de Saad Bouakba et à la levée des scellés sur Vision TV

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Saad Bouakba
Saad Bouakba embastillé. Crédit photo : DR

Le placement sous mandat de dépôt du journaliste Saad Bouakba (79 ans) continue de susciter des réactions au sein de la classe politique. Le RCD réclame sa libération immédiate.

Dans un communiqué rendu public jeudi, le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) exprime sa « profonde préoccupation » et appelle à la libération immédiate du chroniqueur, poursuivi pour des propos tenus lors d’une émission télévisée.

Pour le parti, si le sujet abordé par le journaliste peut être « sensible » ou « prêter à débat », la détention ne saurait constituer une réponse acceptable. Le RCD rappelle que les outils démocratiques – droit de réponse, débat contradictoire, critique publique – suffisent à réguler les opinions, même dérangeantes ou contestables. « La privation de liberté ne peut en aucun cas être une réponse légitime à une opinion », insiste-t-il.

Le communiqué replace cette affaire dans un contexte plus large. Le parti affirme alerter depuis plusieurs années sur la nécessité d’ouvrir le champ politique et médiatique afin d’éviter que des journalistes ou des acteurs publics ne se retrouvent incarcérés pour des prises de position. Il dénonce un « enfermement systématique » qui, selon lui, étouffe progressivement l’espace du débat public.

Le RCD critique également la mise sous scellés des locaux de la web-TV Vision-TV, qui avait accueilli Saad Bouakba dans plusieurs entretiens. La formation politique qualifie cette mesure d’« arbitraire », estimant qu’elle illustre la volonté du pouvoir de réduire les espaces d’expression indépendants. La fermeture d’un média, souligne-t-elle, prive les citoyens d’un droit essentiel : celui à une information pluraliste.

Le parti juge par ailleurs « incompréhensible » la sévérité des mesures prises, d’autant qu’elles visent un journaliste âgé de 79 ans. Selon lui, d’autres voies, plus respectueuses de la dignité humaine et des principes de justice, étaient possibles.

En appelant à la libération de Saad Bouakba et à la levée des scellés imposés à Vision-TV, le RCD réaffirme sa demande d’une « ouverture réelle du champ médiatique ». Pour le parti, seul un environnement libre et pluraliste permet aux citoyens de se forger leur propre jugement et de distinguer « le vrai du faux » dans un moment où le débat public apparaît de plus en plus restreint. Jusqu’à quand le régime demeurera sourd aux nombreux appels des partis, ONG, intellectuels et journalistes ?

La rédaction

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