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L’origine africaine de l’humanité confortée par un ancêtre découvert au Maroc, selon une étude

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Jebel Irhoud (Maroc)
Jebel Irhoud (Maroc).

Au Maroc, un nouvel ancêtre de l’humanité vient d’être découvert. Ce sont plusieurs fossiles d’individus, ayant vécu il y a 773 000 ans, qui ont été mis au jour par une équipe de recherche internationale. Elle a publié ses résultats le 7 janvier 2026 dans la revue Nature.

Cette découverte au Maroc et publiée dans la revue Nature, est le fruit de plusieurs décennies de coopération scientifique, explique Abderrahim Mohib, chercheur associé à l’Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine : « C’est un programme qui a associé plusieurs chercheurs de différentes institutions, universités, établissements de recherches marocains, français, espagnols, italiens, allemands, de plusieurs disciplines et sciences. »

« Le nord-ouest de l’Afrique a joué un rôle majeur dans l’histoire évolutive »

Abderrahim Mohib est le directeur marocain de la mission scientifique intitulée « Préhistoire de Casablanca ». Près de Casablanca justement, elle a trouvé lors de fouilles des fragments de mâchoires, de dents et de crânes appartenant à un ancêtre de l’humanité encore inconnu. « Cette découverte souligne en fait que le nord-ouest de l’Afrique a joué un rôle vraiment majeur dans l’histoire évolutive ancienne du genre Homo, à une époque où les changements climatiques offraient périodiquement des corridors écologiques à travers ce qui est aujourd’hui le grand Sahara, renforçant bien sûr l’idée que l’origine de notre espèce est africaine », conclut le chercheur.

Les fossiles de ce nouvel ancêtre de l’humanité présentent une combinaison de caractères primitifs et plus évolués, le plaçant entre des formes anciennes et des lignées récentes de l’évolution humaine.

Le plus vieux fossile d’Homo sapiens – le seul représentant du genre Homo encore vivant aujourd’hui – découvert à Jebel Irhoud (Maroc), date de 300 000 ans. Mais nos ancêtres se seraient séparés bien plus tôt – il y a 750 000 à 550 000 ans – des lignées eurasiennes ayant donné naissance aux Néandertaliens et aux Dénisoviens, deux de nos cousins aujourd’hui disparus.

Or, jusqu’à présent, dans l’ouest de l’ancien monde, les principaux fossiles d’homininés archaïques datant de cette époque avaient été retrouvés en Espagne, à Atapuerca. Daté d’environ 800 000 ans, cet « Homo antecessor » combinait des traits rappelant ceux plus anciens d’Homo erectus et d’autres se rapprochant des Sapiens et des Néandertaliens/Dénisoviens. Ce qui a relancé l’hypothèse, débattue, qu’Homo sapiens aurait vu le jour hors d’Afrique, avant d’y retourner. À noter que les homininés sont un groupe de primates qui comprend les humains actuels (Homo sapiens) et toutes les espèces proches de l’être humain apparues au cours de l’évolution après la séparation avec les chimpanzés.

RFI

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Marseille 2026 : le spectre d’un duel entre la gauche municipale et l’extrême droite

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Sondages municipales à Marseille.
Sondages municipales à Marseille.

À un peu plus de deux mois du premier tour des élections municipales, Marseille entre dans une phase politique décisive. Un sondage Ipsos/BVA publié le 12 janvier 2026 pour La Marseillaise installe un véritable coude-à-coude entre le maire sortant Benoît Payan (union de la gauche hors LFI) et le député Franck Allisio (Rassemblement national), tous deux crédités de 30 % des intentions de vote.

Derrière ce duo de tête, Martine Vassal (droite/centre) est reléguée à 23 %, tandis que Sébastien Delogu (La France insoumise) plafonne à 14 %. Les autres candidatures restent anecdotiques, confirmant une dynamique de bipolarisation du scrutin.

Une photographie avant l’entrée en campagne de Payan

Élément central de lecture : l’enquête Ipsos/BVA a été menée du 2 au 8 janvier, donc avant l’annonce officielle de candidature de Benoît Payan, intervenue les 10 et 11 janvier. Autrement dit, les chiffres actuels ne prennent pas encore en compte l’effet politique, médiatique et organisationnel de cette entrée en campagne. Celle-ci pourrait provoquer des recompositions dans l’électorat de gauche, notamment chez les abstentionnistes et les électeurs hésitant entre le Printemps marseillais et LFI.

Cette stabilité du maire sortant est néanmoins remarquable. Malgré les attaques de ses oppositions, y compris à gauche, Payan conserve le même socle que dans les précédentes enquêtes. En décembre 2025, un sondage Ifop pour La Provence le créditait déjà de 30 %, contre 27 % pour Allisio et 26 % pour Vassal. En l’espace d’un mois, la dynamique est claire : le RN progresse, la droite traditionnelle recule, tandis que la gauche municipale résiste.

La percée du RN, symptôme d’un basculement

La progression de Franck Allisio est désormais confirmée par plusieurs médias nationaux et régionaux (La Provence, Le Figaro, actu.fr…). Elle témoigne d’une normalisation électorale du RN à Marseille, dans une ville longtemps considérée comme rétive à l’extrême droite à l’échelle municipale.

Le nouveau mode de scrutin — circonscription unique à l’échelle de la ville — amplifie ce phénomène. Il favorise les forces disposant d’une forte visibilité et d’un socle électoral homogène, au détriment des équilibres sectoriels qui avaient longtemps structuré la vie politique marseillaise. Dans ce cadre, l’hypothèse d’un second tour Payan–Allisio devient non seulement plausible, mais de plus en plus probable.

Vassal en difficulté, Delogu sans dynamique

La situation est plus délicate pour Martine Vassal. Malgré une campagne lancée très tôt, et une stratégie axée sur la sécurité, elle semble coincée entre une droite nationale affaiblie et un RN qui capte l’électorat autoritaire et protestataire. Sa chute de 26 % à 23 % en un mois illustre cette érosion politique.

À gauche, Sébastien Delogu ne parvient pas à transformer sa notoriété nationale en dynamique locale. À 14 %, il pèse suffisamment pour compliquer l’équation de Payan, mais pas assez pour incarner une alternative crédible.

Une bataille décisive pour Marseille

Marseille se retrouve ainsi au cœur d’un affrontement politique majeur : d’un côté, une gauche municipale cherchant à stabiliser une ville fracturée ; de l’autre, une extrême droite qui vise une prise de pouvoir symbolique dans la deuxième ville de France.

Au-delà des chiffres, ce scrutin dira si Marseille reste une métropole ouverte, méditerranéenne et plurielle, ou si elle devient l’un des laboratoires urbains du projet national du Rassemblement national.

Mourad Benyahia

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Yennayer : symbole de l’amazighité renaissante

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Identité amazighe
Identité amazighe. Crédit photo

Yennayer, également désigné sous les dénominations Yennar ou Nayer… selon les régions, s’impose comme une date structurante dans le processus historique et politique de reconnaissance du fait amazigh en Algérie, et plus largement en Afrique du Nord. L’amazighité, envisagée dans sa dimension linguistique, culturelle et symbolique, relève avant tout d’un phénomène de résistance, ayant contribué de manière déterminante à la construction des identités collectives profondes des sociétés nord-africaines.

Les figures héroïques amazighes, telles que Massinissa, Jugurtha, Tin Hinan, Dihia (Kahina), Juba I, Juba II, Aksel (Koceila) ou encore Fadhma N’Soumer…, pour ne citer ici que les plus emblématiques, incarnent, chacune à leur manière, un esprit de résistance constitutif de l’histoire nord-africaine. Cette résistance s’est déployée dans des configurations diverses, tantôt réprimée et écrasée, tantôt victorieuse et structurante. Fondamentalement pacifique dans ses revendications contemporaines, la question amazighe, dont les luttes politiques pour la reconnaissance institutionnelle émergent dès la fin des années 1940, se distingue par sa capacité à insuffler dynamisme et renouvellement au sein d’un ordre politique et culturel caractérisé par l’inertie et la sclérose.

Depuis le Printemps berbère d’avril 1980, moment de cristallisation des luttes contre la répression et pour la reconnaissance du fait amazigh, la célébration de Yennayer connaît un regain d’intérêt significatif. Longtemps cantonnée à la sphère domestique, bien que solidement enracinée depuis des millénaires dans l’ensemble de l’Afrique du Nord, cette tradition a progressivement investi l’espace public. La célébration de Yennayer donne lieu, chaque année, à un repas rituel abondant appelé imensi n’Yennayer, composé, selon les régions, de couscous au poulet et aux légumes secs, de chakhchoukha au poulet, de seksu vu sbaa i sufar (couscous aux sept légumes) ou encore de seksu s uchedluh (leqdid, viande séchée). Ces pratiques alimentaires revêtent une forte charge symbolique, exprimant des vœux de prospérité, de fertilité des terres et d’abondance des récoltes à venir.

Cette fête renvoie aux cultes païens, entendus comme l’ensemble des croyances agraires liées aux cycles de la nature, à la paysannerie et au rythme des saisons. Yennayer est célébré le 12 janvier de chaque année et marque le début de l’année dans le calendrier agraire, en usage depuis l’Antiquité chez les populations nord-africaines. L’ampleur des réjouissances associées à cette date est attestée dès l’époque antique : à Carthage, les célébrations des calendes de janvier étaient d’une telle intensité qu’elles suscitèrent l’indignation du théologien chrétien berbère Tertullien, qui y voyait une persistance des pratiques païennes incompatibles avec la morale chrétienne.

La fête de Yennayer se caractérise également par un ensemble de rituels auxquels les populations rurales demeurent particulièrement attachées. Parmi ces pratiques figurent, notamment la coupe symbolique des cheveux des enfants, le nettoyage des habitations, ainsi que l’accueil du Nouvel An par le port de vêtements neufs et le renouvellement de certains ustensiles domestiques. Le changement des Inyen n el-kanun, c’est-à-dire les pierres du kanoun (âtre traditionnel), s’inscrit dans cette logique de régénération et de renouveau, marquant symboliquement la transition vers un nouveau cycle annuel.

Fêtée dans la quasi-totalité des régions d’Algérie, ainsi qu’au sein de la diaspora algérienne en France, au Canada, aux États-Unis et ailleurs, cette célébration donne lieu à de nombreuses manifestations culturelles : galas artistiques, conférences, tables rondes, émissions télévisées, etc. Elle constitue également un moment privilégié pour de nombreuses associations du mouvement culturel berbère (amazigh), qui renouvellent à cette occasion une revendication de longue date : la reconnaissance officielle du premier jour de l’An amazigh comme fête nationale.

Les luttes menées par le mouvement associatif et culturel ont fini par être couronnées de succès, puisque Yennayer est célébré officiellement depuis sept ans. Sa consécration par l’ancien chef de l’État, Abdelaziz Bouteflika, lors du Conseil des ministres du 27 décembre 2017, en tant que journée chômée et payée à compter de l’année 2018, au même titre que le premier jour de l’An hégirien et le Nouvel An chrétien, constitue une justice enfin rendue et l’aboutissement légitime de plusieurs décennies de luttes.

Historiquement, l’honneur revient au regretté militant des Aurès, Ammar Negadi (1943–2008), figure pionnière du militantisme berbérisant dans cette région. C’est à lui que l’on doit, entre autres, la proposition formulée dans les années 1970, au sein de l’Académie berbère à Paris, d’adopter l’alphabet tifinagh pour la transcription du tamazight, ainsi que l’instauration de la date zéro du calendrier berbère, dont il est l’inventeur.

Pour ce faire, il retint l’an 950 avant Jésus-Christ, date correspondant à l’intronisation du roi berbère Chachneq (Shechong), pharaon d’Égypte. Celui-ci réunifia le pays, mena des campagnes en Palestine et fonda la XXIIᵉ dynastie, qui régna sur l’Égypte jusqu’en 715 av. J.-C. Cet événement, de même que la figure du roi Chachneq, sont mentionnés dans la Bible, où il apparaît sous les noms de Sésaq ou Shishaq en hébreu.

L’idée de Negadi a sans doute germé de la mémoire collective de sa région natale, les Aurès, où Yennayer continue d’être désigné par l’expression berbère « Ass n’ferraûn », littéralement « le jour du Pharaon ». Negadi s’était dès lors lancé à corps perdu dans des recherches sur l’histoire de ce pharaon berbère et, plus largement, sur celle des Berbères. Cela lui permit de constituer un fonds documentaire de plus de 1 500 ouvrages, qu’il offrit à la bibliothèque de sa commune, Tamerwant (Marwana), située à une quarantaine de kilomètres au nord-ouest de Batna. Cependant, en raison de la bureaucratie et de l’hostilité que cette question suscite parfois, ce fonds n’a a priori pas été réceptionné.

La célébration officielle de cette fête sous de favorables auspices marque l’entrée dans la nouvelle année, s’inscrit dans un long processus d’appropriation d’une histoire, d’une langue, d’une culture et d’un patrimoine commun à tous les Nord-Africains, longtemps combattus et niés. Massinissa frappait monnaie près de deux siècles avant Jésus-Christ, et battre monnaie n’est rien d’autre qu’un attribut souverain d’un État.

La reconnaissance officielle de Yennayer et, plus généralement, de la langue tamazight s’est faite en plusieurs étapes. Après plus de trois décennies de négation, un processus rapide s’est engagé à travers d’abord la création du Haut-Commissariat à l’amazighité par décret du 27 mai 1995, ensuite le statut de langue nationale accordé à Tamazight a l’occasion de la révision constitutionnelle de 2002, enfin son statut de langue nationale et officielle acquis à la faveur de la modification de la Constitution en 2016. 

Qui plus est, la constitution révisée en 2020 a renforcé sa sécurisation juridique en l’élevant au rang de constante nationale, c’est-à-dire en principe immuable, intangible et insusceptible de toute modification constitutionnelle. Toutefois, bien qu’elle soit reconnue comme langue nationale et officielle, elle ne saurait être assimilée à la langue de l’État, statut réservé exclusivement à la langue arabe. Or la révision de la constitution a bien prévu que « Tamazight est également langue nationale et officielle. L’Etat œuvre à sa promotion et à son développement dans toutes ses variétés linguistiques en usage sur le territoire national. Il est créé une Académie algérienne de la langue amazighe, placée auprès du président de la République ». (art 4) 

Ce que l’autorité concède d’une main, elle peut le reprendre de l’autre, d’autant plus que, depuis la répression du Hirak, l’on assiste à un net recul des avancées démocratiques et la prise en charge institutionnelle de tamazight comprise. 

Depuis 1962, aucun chef d’État n’a accompli de geste symbolique consistant à prononcer quelques phrases en berbère afin de rassurer les populations berbérophones, y compris après la reconnaissance officielle de cette langue. Même dans un pays historiquement marqué par le jacobinisme linguistique, le général de Gaulle ouvrit son discours par quelques phrases en breton, le 2 février 1969 à Quimper, pour manifester sa reconnaissance des identités régionales dans le cadre de l’unité de la République.

Bien souvent, une interprétation spécieuse de l’islam est invoquée pour lui contester toute légitimité. Pour une partie des ‘uléma, théologiens, historiens officiels ou islamistes de tout bord, l’islam constitue l’alpha et l’oméga de l’histoire des Musulmans, particulièrement en Afrique du Nord.

Ce récit « sacré » est dominant en pays d’islam, a l’exception toutefois de l’islam chiite iranien, où les autorités ont maintenu une politique de préservation et de valorisation du patrimoine perse préislamique, dont Persépolis, ancienne capitale de l’Empire achéménide, constitue un symbole majeur ainsi qu’en Égypte, où le passé pharaonique est institutionnellement reconnu comme l’un des fondements de la civilisation humaine (Miṣr umm al-dunyā). 

À l’inverse, en Algérie, l’héritage préislamique demeure largement une histoire colonisée et dévalorisée. Le Qoran qualifie en toutes lettres le passé antérieur à l’islam de djahiliyya, soit l’âge de l’incivilisation et des ténèbres, au mépris des grandes civilisations syriaque, persane, mésopotamienne, pharaonique et hellénistique…, toutes antérieures de plusieurs siècles à l’islam.

Malgré son hostilité manifeste, l’islam a puisé à pleines mains y compris sa propre théologie et les caractères de la langue arabe du syriaque, une variante de la famille linguistique araméenne et langue de Jésus-Christ (Briquel-Chatonnet et Muriel Debié). Le syriaque, langue sémitique, a existé pendant 15 siècles en Mésopotamie (Syrie, Turquie, Irak). À la faveur de la christianisation, cette langue a connu un progrès remarquable si bien qu’elle s’est répandue de la Méditerranée, et l’Afrique du Nord comprise, jusqu’en Chine et en Inde. Et c’est bien le syriaque qui a préparé et favorisé l’arabisation de l’Afrique du Nord. La culture syriaque constitue le substrat de la pensée islamo-arabe ; elle a imprégné en profondeur aussi bien le contexte de la révélation coranique au VIIe siècle que la pensée islamique en général.

Le Qoran s’inscrit dans une tradition biblique. Les habitants de Palmyre, en Syrie, et les Nabatéens, dont la capitale était Pétra (au sud de la Jordanie), appartenaient à une culture syriaque enrichie par de multiples influences. De même, les Assyro-Chaldéens d’Irak et les Maronites, fortement présents au Liban ainsi qu’en Amérique du Nord et du Sud, sont porteurs de cette même culture syriaque.

Ce sont d’abord des penseurs syriaques qui ont inauguré dès le VIe siècle jusqu’au IXe siècle un mouvement de traduction de l’héritage de la pensée hellénique au syriaque. Ce mouvement de traduction fut transmis aux Musulmans sous l’impulsion particulièrement du calife abbasside Al-Maâmun qui fonda au début du IXe siècle à Baghdad Beyt al-hikma (maison de la sagesse), dirigée pendant longtemps par le maître des traducteurs, le syriaque Hunayn ibn Ishaq (808-876).

En encourageant les sciences par la traduction des penseurs grecs, persans, syriaques… et en empruntant des savoirs à d’autres civilisations, Al-maâmun, œuvrant à réconcilier la philosophie grecque et l’islam dans le creuset de la pensée mu’tazilite (couarnt rationaliste de la pensée islamique) qui fut la doctrine officielle de la dynastie abbasside durant son règne, mérite bien le titre de calife bien guidé. À la différence des quatre premiers califes qualifiés indûment d’al-rashidun (bien guidés), car leur règne (632-661) fut fortement marqué par les guerres de conquête accompagnées de bains de sang et d’une violence sanglante entre successeurs du prophète si bien que trois sur quatre furent assassinés alors que le premier calife, Abu bakr Es-sadiq, n’a eu la vie sauve que parce que son règne fut de courte durée (près de deux ans).  

Après la chute de la dynastie sassanide (Perse) en 638 face aux armées du deuxième calife, Omar ibn al-Khattab, la célèbre académie perse des sciences, Jundê-Shapur dont le fonctionnement s’était prolongé pendant un certain temps, fut transférée par Al-Ma’moun à la Bayt al-Hikma, à Bagdad. Cette célèbre académie perse, riche d’une bibliothèque et d’un hôpital, dispensait des enseignements en médecine, en philosophie, en théologie et en bien d’autres sciences, et enseignait les langues persane, grecque, indienne… Ce furent majoritairement les diplômés de cette académie précisément qui formaient, compte tenu de son prestige, l’encadrement professoral de Bayt al-hikma. Tolède en Andalousie n’a pas attendu l’avènement de l’islam sur ses terres pour se doter d’un centre de traduction. Les progrès scientifiques au cours des premiers siècles de l’ère abbasside (VIIIe au Xe siècle) sont incontestables et Bagdad fut la cité des sciences. 

L’Arabie n’étant pas véritablement une terre de savoir, le berceau des sciences, qui connurent un essor remarquable sous cette dynastie, se situe en Mésopotamie, lieu d’anciennes civilisations. Qui plus est, les savoirs en tous genres sont en grande partie puisés dans les ouvrages des empires défaits : byzantin, perse, indien… et les œuvres d’origine grecque sont souvent rédigées en syriaque. La civilisation abbasside n’a rien d’une création ex nihilo. Parler donc de djahiliya en traitant de la période antérieure à l’islam ne correspond à aucune vérité historique. 

À partir du XIIe – XIIIe siècle ces sciences sont diffusées en Europe. L’islam n’a donc pas marqué le passage de la djahiliya (ténèbres) à la lumière ni de l’incroyance à la croyance, tant il est vrai que le judaïsme, le christianisme, le zoroastrisme et les civilisations syriaque, persane, hellénique… lui sont à la fois antérieures et contemporaines. La révélation coranique baignait, selon l’islamologue Ali Amir-Moezzi, dans le contexte de l’Arabie du début du VIIe siècle fortement marqué par (au pluriel) des judaïsmes, christianismes, polythéisme, zoroastrismes…

L’hostilité au berbère s’était manifestée ouvertement, notamment au début du XXe siècle, à la suite de la signature par Mohammed Ben Youssef, Roi du Maroc sous protectorat français, du dahir berbère du 16 mai 1930 relatif à l’application des lois coutumières aux populations berbères. Ce dahir fut fermement condamné par les ‘uléma salafistes sous la houlette de l’émir druze-libanais Chakib Arslane, coupable à leurs yeux de vouloir soustraire les Berbères marocains à l’islam. Les protestations contre ce dahir furent si massives tant au Maroc, notamment dans la ville de Fès qu’au Moyen-Orient, à l’instigation de l’Émir libanais que le jeune sultan fut contraint d’abroger l’article litigieux par le dahir du 8 avril 1934.

Aujourd’hui, le droit coutumier berbère demeure largement marginalisé dans les analyses et discours des juristes. Pourtant, comme le soulignait à juste titre Hubert Spencer, le droit n’est autre que « la forme cristallisée de la coutume ». De même, la tradition islamique reconnaît que la coutume (ʿurf) en vigueur parmi les hommes a la même valeur que le consensus (ijmâʿa), attestant ainsi de la légitimité normative des pratiques coutumières au sein des sociétés.

Alijmâʿa est l’un des principes fondamentaux, au côté de la maslaha al-‘ama (intérêt général) de l’école théologico-juridique malékite, l’une des quatre grandes écoles du droit islamique sunnite répandue au Maghreb, et qui signifie le consensus des fuqaha, des jurisconsultes. La chari’a islamique, elle-même, dont la compilation finale remonte, selon Mohamed Arkoun et Ali Amir-Moezzi ainsi que bien d’autres historiens et islamologues, au IXe siècle, et elle est truffée de coutumes des tribus bédouines de l’Arabie du VIIe siècle et des siècles antérieurs. Le culte de la pierre noire (la câaba), la lapidation du diable, la peine de la main coupée du voleur… en sont édifiants à ce propos. 

Témoin d’un autre pluralisme caractérisant les pays d’Afrique du Nord, celui de la pluralité de la norme juridique, des lieux de sa production et d’un droit berbère préislamique, le droit coutumier recelant nombre d’institutions utiles à notre temps est le signe de l’identité normative et culturelle profonde de l’Afrique du Nord. Pour ne prendre que l’exemple de la médiation, une institution séculaire permettant aux l3uqal, imgharen (sages des communautés villageoises) de résoudre à l’amiable, sans le recours à la justice, des conflits parfois très compliqués. Le cheikh Muhand u Lhucin (1836 – 1901) en est l’un des grands spécialistes. L’intérêt de cette institution, en particulier, n’est point à démontrer. 

Le médiateur de la république, chargé de trouver des solutions amiables aux litiges qui opposent les administrés à l’administration, existe dans de nombreux États développés : en Suède (Ombudsman), au Royaume-Uni (commissaire parlementaire), en France, il a vu le jour en 1973, devenu défenseur des droits depuis 2011. Les institutions et notions du droit coutumier berbère, quand bien même elles sont encore relativement fonctionnelles dans certaines régions berbérophones, sont très souvent occultées et surtout fragilisées sous les coups de boutoir du droit étatique au nom de l’unification du droit (T. Khalfoune). L’historien constantinois, André Noushi, disait très justement lors d’une visite que nous lui avons rendue chez lui à Nice en 2016, en compagnie de deux amis, Gilbert Meynier et Zahir Harir, avant sa disparition en mars 2017 que Les Algériens ont perdu une expertise extraordinaire dans le domaine de la médiation et de règlement à l’amiable des conflits, alors que la justice croule sous le poids d’un contentieux en tous genres. 

En Algérie, la négation du fait berbère est une attitude constante depuis l’émergence du mouvement national au cours des années 1920. Le discours des ‘uléma, à l’exception de Ahmed Tawfiq al-Madani, nie toute référence antérieure à l’avènement de l’islam en terre nord-africaine. Le MTLD rédigea vers la fin de l’année 1948 un mémorandum de 50 pages adressé à l’ONU et dans lequel il est clairement affirmé que « La Nation algérienne, arabe et musulmane, existe depuis le VIIème siècle ». Messali avait sabré toute la partie de ce mémorandum rédigé par Mabrouk Belhocine, Sadek Hadjeres et Yahia Henine, paru sous le titre « Idir al watani » faisant référence à l’histoire lointaine de l’Algérie, antérieure à l’islam. 

Cette censure conjuguée, à la demande de démocratisation du parti (témoignage paru dans le quotidien Le Matin du regretté docteur Sadek Hadjeres), fut à l’origine de la crise berbère ou plutôt anti-berbère de 1949, les militants qui avaient alors soulevé la question berbère étaient exclus du parti, et dont certains furent assassinés, alors qu’ils étaient de fervents défenseurs de l’indépendance de l’Algérie et leurs adversaires des réformistes, précisait l’historien Mohamed Harbi. Pour avoir publié en 1953 « La colline oubliée », Mouloud Mammeri était pris pour cible par certains intellectuels connus (Hend Saadi). 

Cette attitude négationniste de l’histoire ancienne et son corollaire la composante matricielle de l’identité algérienne s’est poursuivie après 1962 à travers, notamment l’interdiction des prénoms berbères, les obstacles dressés à l’enseignement du berbère assuré par Mouloud Mammeri à l’université d’Alger. Ben Bella a fait fondre en 1962 l’alphabet tifinagh entreposé à l’Imprimerie nationale. Plus tard, en 1976, le colonel Boumedienne confisqua le Fichier berbère contenant un ensemble de publications sur des recherches écrites en caractère latin (Monde diplomatique août 2017) et s’opposa à la reconnaissance de tamazight à l’occasion de l’adoption de la charte et de la constitution en 1976. 

Au cours des années 1970 des Algériens étaient arrêtés tout simplement parce qu’ils étaient en possession de l’alphabet tifinagh. Tout intérêt scientifique, et toute curiosité de citoyen à la réalité historique et linguistique du pays sont systématiquement suspectés « d’intelligence » avec l’Occident et plus précisément avec la France. Ce qui justifia, pour les pouvoirs publics, la répression des universitaires, chercheurs et étudiants qui s’intéressaient à la question linguistique berbère. 

Pour ne prendre que quelques exemples significatifs, notons qu’au début des années quatre-vingt, des chercheurs en dialectologie de l’université d’Oran ont été traités «de mouchards de l’Occident » et « d’agents de la CIA » par les responsables de l’université d’Oran (Mohamed Benrabah). Lors du printemps berbère de 1980, né de l’interdiction d’une conférence de l’écrivain Mouloud Mammeri sur les « Poèmes kabyles anciens » à la suite d’une invitation qui lui a été adressée par les étudiants et enseignants de l’université de Tizi ouzou, les forces de l’ordre ont pris d’assaut au petit matin du 20 avril 1980 les trois résidences universitaires (Medouha, Hasnaoua et Oued-aissi). 

Elles s’étaient livrées ensuite à une répression massive et à l’arrestation de 24 étudiants, enseignants et travailleurs de l’université et traduits in fine devant la Cour de sûreté de l’État. Plus grave est « le printemps noir » en 2001 qui a vu 127 jeunes fauchés à la fleur d’âge par les forces de sécurité. Le régime et ses hommes n’ont cessé de manifester une hostilité viscérale à la question berbère quand bien même elle est reconnue officiellement, et il n’est pas exagéré de dire que cette attitude relève autant de l’idéologie que de la psychiatrie, de la haine de soi, selon le mot d’Albert Memmi.

Jeter ainsi le voile sur le passé antique de l’Algérie revient à écrire l’histoire avec une grande hache. Pourtant, « l’université » de Madaure (IIe-IVe siècle après J.C) ), située dans l’ancienne cité romaine de Madaurus, l’actuel M’Daourouch (Souk Ahras), au nord-est de l’Algérie, avait occupé une place majeure dans l’histoire intellectuelle de l’Afrique antique (Maâmar Farah). Elle est souvent qualifiée de « première université d’Afrique » en raison de son rôle central dans l’enseignement supérieur et la formation des élites. Son prestige est étroitement lié aux figures intellectuelles qui y furent formées. Saint Cyprien, grand théologien et écrivain chrétien ou l’écrivain Apulée, auteur des Métamorphoses, y reçurent une formation décisive. Plus célèbre encore, Saint Augustin y étudia dans sa jeunesse avant de poursuivre ses études à Carthage. Son parcours illustre le rôle fondamental de Madaure comme lieu de transmission de la culture classique païenne, qui sera ensuite réinterprétée et intégrée à la pensée chrétienne. À ce titre, Madaure apparaît comme un carrefour intellectuel de l’Antiquité tardive.

Les générations présentes et futures ont besoin de connaître l’histoire de leur pays dans ses zones d’ombre et de gloire. « Plus vous saurez regarder loin dans le passé, plus vous verrez loin dans le futur », disait très justement Winston Churchill. Certains États et organisations ne sont pas étrangers à la négation du fait berbère au Maghreb par la pression qu’ils exercent, à commencer par la ligue arabe et certains États du Golfe. Meziane Cherif, diplomate et ancien ministre de l’Intérieur 1994-1995, n’a pas hésité à exprimer son appréhension, à l’occasion d’une réunion ministérielle, d’être chapitré par l’Arabie Saoudite dans le cas où l’Algérie reconnaîtrait le berbère, comme langue nationale et officielle (Achour Ouamara). 

Le prince milliardaire saoudien Walid Ibn Talal a tenté, selon des chercheurs de l’Institut royal de la culture amazigh au Maroc (IRCAM), d’empêcher l’introduction de l’alphabet berbère dans Windows 8. Les Émirats arabes unis ont, à leur tour, exercé récemment la pression sur les dirigeants pour interdire le port de l’emblème amazigh dans les marches du hirak (Liberté du 29-09-2020). 

Revenons au déni persistant de la question berbère par des mouvements islamistes et ba’thistes. Pourquoi Yennayer est particulièrement ciblé, alors que Novrouz, signifiant « nouveau jour » en persan, est la plus grande fête célébrée chaque année à partir du 20 mars pendant 5 à 6 jours dans de nombreux pays d’islam : Iran, Azerbaïdjan, Ouzbékistan, Kurdistan, Kazakhstan, Afghanistan… pour accueillir sous d’heureux auspices le printemps et le renouveau de la nature qui s’éveille après sa léthargie hivernale. 

Inscrite depuis 2009 au patrimoine culturel de l’humanité de l’UNESCO et à l’inventaire du patrimoine culturel en France en 2019, cette tradition festive puise ses racines dans le zoroastrisme (religion monothéiste) il y a trois mille ans environ, elle traduit le culte des saisons et de la fertilité de la terre nourricière. Après seksu (couscous), à quand l’inscription de Yennayer sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO puisqu’il présente bien des similitudes avec Novrouz. Mais il ne subit pas comme le premier le feu nourri de la critique. Pourquoi l’histoire et la culture des pays d’Afrique du Nord en sont constamment visées ?

Dans un ouvrage captivant, « Histoire inattendue du Maroc », l’écrivaine Mouna Hachim revisite l’histoire du Maghreb grâce à une relecture apaisée de l’histoire de l’avènement de l’islam sur les terres nord-africaines et en Andalousie s’étalant sur plusieurs siècles. À contre-courant des versions apologétiques des sources islamiques et s’inspirant de l’ouvrage d’Ibn Khaldoun Kitab Al ‘ibar (livre des enseignements), elle tord le cou à bien des idées reçues et des mythes fondateurs quant à l’islamisation de l’Afrique du Nord qui aurait été un long fleuve tranquille et la résistance berbère se résume à quelques révoltes sporadiques mineures. 

Ainsi, l’histoire officielle dresse un portrait très élogieux du chef guerrier Oqba ibn Nafaa’ qui n’est ni imam ni théologien, mais un guerrier, un conquérant, alors que Aksil (Koceila), le résistant, le patriote est l’oublié de l’histoire. Reprendre aujourd’hui l’historiographie officielle de l’islam qui n’a commencé en réalité que deux siècles après la conquête du Maghreb, prévient Mouna Hachim, selon laquelle les Berbères étaient des sauvages païens vivant dans la djahilia, c’est-à-dire dans les ténèbres et la barbarie avant l’avènement de l’islam en terre nord-africaine et que les conquérants musulmans étaient des libérateurs, est parfaitement contraire à la vérité historique. 

S’il y a bien des populations si attachées au monothéisme abrahamique plusieurs siècles avant l’avènement de l’islam ce sont bien les populations d’Afrique du Nord. Tertullien, le carthaginois, est un éminent théologien du christianisme au IIe siècle. Incontestablement, il est l’un des grands théologiens de l’Occident antique. Son œuvre est riche de plus d’une trentaine d’ouvrages.  Autre grand théologien du IVᵉ siècle, soit près de trois siècles avant l’avènement de l’islam, saint Augustin est l’auteur latin le plus prolifique de l’Antiquité chrétienne. Son œuvre immense a exercé une influence décisive sur l’histoire intellectuelle de l’Occident, marquant durablement la philosophie, la théologie, la pensée politique et la morale.

L’histoire enseigne que les Berbères étaient acteurs dans tous les grands événements qui ont marqué la Méditerranée avant et après l’Antiquité ; ils ont baigné dans la civilisation gréco-latine durant de nombreux siècles et n’étaient ni des barbares ni des incroyants. Ils avaient la foi en un Dieu unique et très attachés au monothéisme abrahamique bien avant l’islam puisqu’ils avaient d’abord embrassé le judaïsme, puis le christianisme, avant d’adopter l’islam. Le terrain à l’avènement de l’islam était préparé par les deux premières religions monothéistes. Avec l’arrivée des armées et missionnaires de l’islam vers 647, certains Berbères ont pensé d’ailleurs que l’islam est une secte chrétienne, parce que l’islam prêché par les missionnaires et les conquérants est une version hérétique et simplifiée du christianisme. 

Pour les populations berbères qui observaient déjà des interdits et des pratiques religieuses similaires, il n’est pas certain que le passage du christianisme à l’islam ait bouleversé leur vie quotidienne d’autant plus que l’islam des califes omeyyades est une version simplifiée et hérétique du christianisme. Mouna Hachim souligne que la conquête de l’Afrique du Nord est d’ordre politico-religieux, elle est, certes, teintée de religion, mais elle était surtout mue par des intérêts matériels : al-ghanima, al-kunuz wa sabaya : le butin de guerre. L’adjuvant religieux n’a fait qu’accompagner ses conquêtes ; d’où la résistance armée des Berbères pendant près de 70 ans, selon Ibn Khaldoun. 

Enfin, l’un des aspects structurels de la crise dont souffre l’Algérie, quand bien même des avancées sont réelles au prix de lourds sacrifices, est une réappropriation complexe et difficile de son histoire riche et son identité plurielle. Un conflit qui renvoie à l’univers des imaginaires collectifs, des visions et des représentations contradictoires que les différentes composantes de la société se font d’elles-mêmes. Il s’agit en d’autres termes d’un conflit né de l’incapacité des individus et des institutions à intégrer l’héritage historique et culturel de l’Algérie dans toute sa diversité et plusieurs fois millénaire. 

Dans un élan légitime mais improvisé de réappropriation identitaire, le champ culturel a été livré, dès le lendemain de l’indépendance, à un immense bricolage idéologique largement inspiré de la conception de l’association des ûlama, manifestation de la salafiyia en Algérie. Ben Bella a, dès l’indépendance, concédé aux disciples de l’association des ûlama l’apprentissage du Qoran dans les écoles et des postes importants dans le domaine de l’enseignement et de la culture (Mohamed Harbi).

L’improvisation et la précipitation, ayant présidé à ce travail de reconstruction nécessaire ont donné lieu à une conception très appauvrie et surtout jacobine et idéologique de l’identité fondée sur l’unité culturelle et cultuelle forgée durant le mouvement national sous l’influence des ‘uléma, excluant ainsi les différences culturelles et linguistiques pourtant très présentes à différents niveaux de la structure sociale. Une identité idéologisée en décalage avec la réalité, et qui relève davantage de l’ordre du discours politico-religieux que de l’ordre du réel. 

Dès l’indépendance, en actionnant des leviers si structurants tels que l’école, la statuaire, l’espace de représentation symbolique, les médias, l’enseignement de l’islam, de l’histoire, l’arabe…, l’État est parvenu on seulement à façonner une identité officielle, mais aussi à utiliser l’arabité et l’islam comme instruments de contrôle de la société. 

Une identité plus prescriptive que descriptive, en décalage avec l’islam confrérique façonné par les confréries soufies au Maghreb après des siècles d’adaptation au contexte local, et vécu par la majorité des Algériens comme une source d’éthique, de piété, de rectitude morale, d’élévation spirituelle, et surtout comme un facteur de cohésion sociale. Tout comme elle contraste avec l’arabité algérienne, perçue comme une source d’élévation intellectuelle et comme un moyen de création artistique, culturelle et de communication quotidienne.

La reconnaissance officielle de Yennayer et de la langue tamazight dépasse sa simple portée symbolique : elle réconcilie les Algériens avec leur histoire et renforce le sentiment d’appartenance à une algérianité plurielle et apaisée. De l’ensemble des composantes de la culture amazighe, Yennayer demeure la fête la plus largement appropriée par Algériennes et des Algériens qui la célèbrent chaque année avec une constance sans cesse renouvelée, en dépit des tentatives de marginalisation portées tant par les courants islamo-conservateurs que par l’idéologie ba’thiste. Cette constance témoigne à l’évidence d’un attachement profond à une identité qu’ils ont su préserver à travers les siècles, en dépit des oppositions, des invasions successives et des multiples influences culturelles et politiques.

Tahar Khalfoune

Références : 

  • Mohammed Harbi, Les semeurs d’espoir, l’hebdomadaire Sans frontières, Paris, 6 mai 1980.
  • Mohammed Harbi, Le poids de l’histoire, Le Monde diplomatique, juillet 2002, p. 1, 14 et 15.
  • Briquel Chatonnet et Muriel Debié, Le Monde syriaque : sur les routes d’un christianisme ignoré, Éditions Les Belles lettres, octobre 2017. Lauréat du Grand Prix des Rendez-vous de l’Histoire du Monde arabe, Paris, 2018.  
  • Tahar Khalfoune, Système juridique en Algérie : un pluralisme normatif désordonné, Revue internationale de droit comparé (RIDC) n° 2-2015.
  • Adonis (Ali Ahmed Saïd), Violence et islam, Entretiens avec la psychanalyste Houria Abdelouahed, Seuil 2015.
  • Le Monde diplomatique, n° 761, août 2017, « Mille et une résistances à l’alphabet latin », p. 14.
  • Achour Ouamara, Oublier la France, confession d’un Algérien, Éditions de l’Aube, 1997, p. 79. 
  • Mohamed Benrabah, La langue perdue, Revue Esprit, n° 208, 1995, pp. 35-47.
  • Hend Saadi, Mouloud Mammeri ou la Colline emblématique, Éditions Achab, janvier 2014.
  • Le Coran des historiens : études sur le contexte et la genèse du Coran sous la direction de Mohammad Ali Amir-Moezzi et Guillaume Dye, (3 tomes, 3000 pages), Éditions du Cerf, novembre 2019.
  • Mouna Hachim, Histoire inattendue du Maroc, Éditions Erick Bonnier, 2018.
  • Maâmar Farah, Il y avait plus qu’une université a Madaure, le Soir d’Algérie, 18 décembre 2025. 
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Le syndrome vénézuélien face à l’impérialisme américain

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Yánis Varoufákis,
Yánis Varoufákis, ancien ministre des Finances grec. Crédit photo : DR

« Ils veulent nous humilier ! » c’est par cette expression que Yánis Varoufákis, l’ex-ministre des Finances sous Alexis Tsipras, avait justifié sa démission du gouvernement de gauche en juillet 2015.

L’exécutif grec d’alors était poussé par l’union européenne à accepter des concessions importantes et très humiliantes pour se sauver de la crise de la dette. Le néolibéralisme a exigé des plans drastiques de sauvetage qui, au mieux, mènent aux troubles sociaux, au pire, au naufrage de la nation et sa totale dépendance de l’économie libérale. Les réalités n’ont pas changé d’un iota depuis. Et ce qui vient de se passer récemment au Venezuela ne déroge pas à la règle.

Les USA ont-ils un quelconque droit de s’immiscer de la sorte des affaires intérieures d’un pays souverain, en enfreignant éhontément le droit international ? Aucun sans aucun doute ! Mais là, le problème aussi n’est pas seulement cette question du « droit international », car le même Trump « démocratique » qui a renversé le « dictateur » Maduro en quelques heures, en le « kidnappant » au pied du lit, soutient « un génocidaire » israélien dans l’autre bout du monde qui a exterminé plus de 70.000 Palestiniens !

L’équation de la bêtise étant décidément insoluble. Et s’ajoute un autre facteur : la fragilité des dictatures et leur lâcheté. Personne ne puisse imaginer qu’un chef d’Etat tombe en moins d’une demi-journée ! Mais, en y regardant de plus près, on peut même dire qu’il a déjà assez tenu ! Un dictateur est fragile d’autant qu’en visant à se donner de la puissance et de l’importance aux dépends de son peuple, il ne fait qu’affaiblir sa patrie, les partis et la société civile.

Il peut même gloser matin et soir sur la sauvegarde des intérêts suprêmes de son pays contre les appétits voraces de l’occident impérialiste, il n’en reste pas moins un despote qui a menotté son pays, qui n’a pas laissé sa jeunesse respirer et qui, cerise sur le gâteau, l’a livré en proie facile aux intérêts extérieurs.

De même, serait-il absurde d’être aux côtés des faucons de l’Administration américaine « impérialiste » destructeurs des nations et « tiers monde » en particulier, de même serait-il un non-sens de pleurer l’arrestation d’un despote sans scrupules.

S’ils « veulent nous humilier » comme dit Yánis Varoufákis, c’est parce que nous sommes « humiliables », pour s’autoriser ici un quasi-néologisme. La « colonisabilité » et « l’humiliabilité », du type moderne, appartiennent tous les deux au même registre : l’absence de front démocratique intérieur « solide ».

Kamal Guerroua

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Quand certains responsables oublient Yennayer et leurs racines

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Yennayer
Cérémonie de Yennayer. Crédit photo : DR

Chaque année, à l’aube de Yennayer, les traditions nous conviennent à la célébration des instants décisifs, à l’exercice du geste fraternel, à l’adresse de vœux sincères à ceux qui font battre le cœur de cette Algérie plurielle.

Ces manifestations simples sont le reflet d’une mémoire partagée, d’un hommage à l’histoire et à la culture qui nous ont façonnés et nous imprègnent de leur gravité.

Et pourtant, chaque année, il est fascinant, et quelque peu révélateur, de constater que certains responsables, pourtant en première ligne pour accueillir la nouvelle année, semblent oublier l’essentiel , a savoir , transmettre ces vœux avec solennité, comme ils se précipitent à le faire pour la clôture des calendriers grégorien ou julien.

La frénésie de la visibilité, l’exhibition des clichés et des oraisons calculées semblent suffire, tandis que la simplicité de Yennayer est reléguée, comme si elle n’avait droit ni à la considération ni à la solennité d’un « véritable leader ».

Pour l’année 2026, certains ont été les premiers à scintiller, à revendiquer leurs pseudo-succès, à afficher un enthousiasme ostensiblement calibré pour la nouvelle année.

Et pourtant, lorsque Yennayer s’avance, ces mêmes responsables se volatilisent, laissant l’impression que le calendrier et les symboles leur échappent, comme s’ils n’étaient que des accessoires dans un théâtre dont ils ignorent les règles et la dramaturgie.

Pendant ce temps, le premier responsable du pays, le Président Abdelmadjid Tebboune, prend soin de présenter ses vœux à cette occasion, incarnant par ce geste simple, mais hautement signifiant, la continuité et l’attention aux concitoyens.

Comme l’écrivait Mohammed Dib : « On ne peut vivre heureux sans connaître son pays et ses racines. » Il suffit parfois d’un regard pour discerner un leader qui appréhende la valeur des symboles de ceux qui se contentent de l’éclat fugace de leur fonction.

Si le Président de la République et d’autres éminents responsables n’omettent jamais Yennayer, certains « petits commis » de l’État semblent, en revanche, se croire au-dessus de ces gestes élémentaires, se prenant pour des stratèges ou des arbitres du destin national.

Ils oublient que le véritable leadership se jauge dans les détails, dans la constance et dans l’attention portée à ceux que l’on dirige, et non dans l’exposition solitaire et superficielle.

On pourrait croire que leur absence relève d’une discrétion choisie, d’une retenue méditée ; détrompez-vous mes amis , pour certains, Yennayer serait trop agricole, trop populaire, presque gênant à mentionner.

Comme si cette fête portait en elle une origine qu’ils préfèrent taire, une mémoire trop proche de la terre pour être respectable dans leurs salons climatisés, parmi leurs costumes trop ajustés, tels des bandages de nouveau-né, et leurs manicures impeccables , autant de masques fragiles et artificiels d’une identité reniée, symbole de ce qu’ils croient être la réussite, mais qui n’est en réalité que la quintessence des « gueux ».

Et pourtant, qu’on gratte un peu leur parcours, qu’on interroge les anciens, et l’on retrouve immanquablement le bled, les montagnes, les champs, cette Algérie profonde que nous partageons tous, sans exception, enracinée dans nos mémoires comme dans nos pas.

Ce sont souvent les mêmes qui s’offusquent lorsqu’on évoque des vacances estivales à Jijel , Bgayet ou à Oran, levant un sourcil faussement surpris avant de parler avec un soupçon de condescendance de l’Espagne ou de la France.

Comme si la dignité se mesurait à la distance parcourue plutôt qu’à l’enracinement assumé. Voilà, tristement, la quintessence des nouveaux riches, pour qui l’apparence prime sur l’authenticité.

« Nul ne naît hors sol » comme l’écrivait Tahar Ben Jelloun de la même manière, certains dirigeants oublient que les gestes les plus simples révèlent les valeurs les plus profondes.

Pour ma part, issu de grandes familles de Sétif et de Batna (Aurès), tant paternelles que maternelles on m’a toujours parlé de Yennayer, “l’a3djouza” comme des millions de grande familles algériennes authentiques.

Nous aurions pu fondre dans la ploucaillerie en jouant aux bourgeois, adopter les airs et manières de ceux qui se croient élevés par le paraître et , pourquoi pas faire des manicures .

D’ailleurs, nous avions et avons toujours les moyens intellectuels de le faire alors que pour d’autres, le communiste, c’est celui qui habite la commune, et le capitaliste, celui qui habite la capitale.

Mais non , nous restons et resterons profondément enracinés à notre terroir, liés à nos montagnes, nos champs et nos traditions.

Tandis que d’autres, comme le rappelait ma grand-mère Allah yarhmha les « Lahassine Lagss3 », ces lècheurs de plats, deviennent aujourd’hui des ombres sans racines, obsédés par l’éclat artificiel de leur réussite éphémère.

En vérité, ils ont pour le moment l’air, mais ils n’aurons jamais la chanson.

Bon Yennayer à tous, bonne année.

Nazim Maiza

Nb : Les salons de manucure pour hommes m’excuseront

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Danemark : expulser les musulmans ? Le débat qui fait rage !

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Mette Frederiksen, la première ministre danoise. Crédit photo : DR
Mette Frederiksen, la première ministre danoise. Crédit photo : DR

À l’heure où des mosquées brûlent à Téhéran, au Danemark, la première ministre passe à la vitesse supérieure en invoquant la possibilité d’expulser les musulmans. Même si tout indique une certaine distinction entre ceux qui y sont intégrés et les râleurs d’Allah, les débats font rage.

Il n’en fallait pas plus pour que la peur s’installe dans la société : entre peur et colère l’incompréhension s’est vite propagée, certains y voyons un dangereux franchissement d’une certaine ligne rouge tout en se demandant jusqu’où un responsable politique peut-il aller dans son discours sur l’immigration et l’islam. 

Tout part d’une phrase choc, relayée sur les réseaux sociaux puis dans certains médias : la Première ministre danoise aurait tenu des propos laissant entendre que certains musulmans « n’auraient rien à faire » dans le pays. Et ce dans un contexte de débat déjà très tendu sur l’immigration, les valeurs danoises et l’intégration.

C’est vrai que si l’islamisme s’installe dans un des pays les plus civilisés au monde, il y a de quoi s’inquiéter. Mais que faire face à ces excités dont l’objectif assumé est de façonner le monde à leur image ? 

Quid de ceux qui respectent les lois, travaillent, paient leurs impôts, dont les enfants vont à l’école ?

La déclaration de Madame la ministre affole le pays, et c’est peu dire. Il est facile d’imaginer le désarroi des musulmans danois qui sont nés au pays, ne sachant pas trop où se trouve leur place. 

De l’autre côté, une partie de la population se dit inquiète d’une intégration jugée insuffisante. Elle estime que certains groupes vivent en parallèle, avec leurs propres normes. Pour ces personnes, les mots fermes de la Première ministre seraient une réponse à un malaise réel. C’est le schéma classique de deux peurs qui se font face et s’alimentent.

Comme dans beaucoup de pays européens, dans le débat danois une ligne est souvent brouillée. D’un côté, il y a la critique de l’islamisme radical. De l’autre, la suspicion généralisée envers toute personne musulmane, pratiquante ou non. 

On en revient toujours au même constat : la nécessité d’une éducation aux normes universelles. Or, il est malheureux de constater que le musulman se retrouve bien souvent en marge de ces normes. La famille jouant un rôle crucial. Comment voulez-vous convaincre un enfant biberonné par toutes sortes de sornettes prétendument tombées du ciel, avec des recettes saugrenues pour mériter une vie meilleure au firmament, de se départir de ces versets qui circulent dans sa petite caboche ?

Ce qui fait froid dans le dos, ce n’est pas tant la phrase choc de la Première ministre, mais le fait que l’islam n’est pratiqué que par 0,43% de la population. Elle représente néanmoins la première religion au Danemark !

Si un taux si faible peut perturber tout un pays, il ne faut pas s’étonner des dérives qui surgissent ça et là aux quatre coins du monde occidental…Que dire de notre pauvre France où l’islam, première religion aussi, représente 10% de la population ? Brr, ça fait froid dans le dos !

Comme toutes les autres religions, l’islam n’est pas une identité raciale mais une idéologie dangereuse qu’il faut combattre par l’argument et l’éducation. Quand tout le monde le comprendra, nous aurons pas mal avancé. Mais on en revient toujours au même point de départ : comment convaincre les musulmans, majoritairement hermétiques à toute logique ? Satané projet !

En conclusion, il ne s’agit pas d’expulser les musulmans – et où les expulser d’ailleurs ? – mais de les aider à expulser toute cette matière noire qui les empêche de voir le monde et d’aplanir toutes ces distorsions qui lui sclérosent le cerveau !

Kacem Madani

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Idir ou l’identité au pluriel : une rencontre amazighe à Marseille

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À l’occasion du Nouvel An amazigh, la librairie L’Île aux Mots (7, rue Urbain V, Marseille 2ᵉ) ouvre ses portes pour une rencontre-dédicace exceptionnelle avec Arezki Khouas, auteur engagé et spécialiste de la chanson kabyle.

Il viendra présenter son ouvrage Idir ou l’identité au pluriel (De la Kabylie à l’universalité), un essai-hommage à Idir (Hamid Cheriet), légende de la musique amazighe et kabyle disparue en 2020. À travers une écriture à la fois sensible et documentée, le livre explore les racines amazighes et leur portée universelle. Il interroge les liens entre mémoire, musique et émancipation, et propose de penser l’identité comme une richesse ouverte, capable de dialoguer entre Kabylie et monde.

Pour Ahmed Larbi, fondateur de la librairie, cette rencontre est une invitation à célébrer « nos racines, notre culture et la musique qui nous relie tous ». La soirée sera conviviale et festive : échanges avec l’auteur, discussions autour de la musique et de l’identité amazighe, et bien sûr, dédicaces.

Depuis son ouverture en 2024, L’Île aux Mots s’affirme comme un espace engagé, dédié aux voix méditerranéennes et exilées, à la littérature et aux échanges culturels. Ce jeudi 15 janvier, à partir de 18h30, la librairie deviendra le carrefour des passionnés de musique, des lecteurs curieux et de tous ceux qui souhaitent célébrer la voix d’Idir et l’universalité de la culture amazighe.

Djamal Guettala 

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Les détenus de Larbaâ Nath Irathen rejugés en mars : le RCD exige que la justice se libère des pressions politiques

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Familles de détenus de Larbaa Nath Irathen
Au cours d'une manifestation, les familles des détenus ont exprimé leur rejet du verdict et réclament un procès équitable.

La reprogrammation, pour le 1er mars prochain, du procès des détenus de Larbaâ Nath Irathen remet sur le devant de la scène une affaire judiciaire qui continue de susciter de vives interrogations. Dans un communiqué rendu public ce 11 janvier 2026, le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) réaffirme sa position et appelle à un procès respectueux des principes de justice, d’équité et de dignité humaine.

Selon le parti, cette affaire demeure emblématique d’une justice rendue dans l’urgence, dans un contexte marqué par l’émotion collective et des considérations politiques ayant, selon lui, pris le pas sur les garanties fondamentales du droit. Le RCD évoque des procédures contestées et des condamnations jugées disproportionnées, qui ont profondément affecté les familles des détenus et marqué durablement l’opinion publique.

Dès les premières étapes du dossier, le RCD affirme avoir adopté une ligne claire de dénonciation de ce qu’il qualifie d’arbitraire judiciaire. Le parti indique avoir mis en cause l’instrumentalisation de l’appareil judiciaire et alerté sur les atteintes portées à la présomption d’innocence ainsi qu’aux droits de la défense. Cette position a été portée publiquement par ses instances dirigeantes et par son président, Atmane Mazouz, qui a multiplié les prises de parole sur le sujet.

Le communiqué souligne que cette posture a été maintenue dans un climat décrit comme hostile, marqué par la stigmatisation et les campagnes d’intimidation, où toute voix critique était marginalisée. Le RCD affirme avoir assumé cette position « souvent dans l’isolement », tout en exprimant sa solidarité avec les détenus et leurs familles, notamment dans les périodes les plus sensibles de l’affaire.

Dans la continuité de cet engagement, le parti indique avoir organisé, récemment, une rencontre-débat avec la population de Larbaâ Nath Irathen. Selon le RCD, les échanges ont largement porté sur la situation des détenus, donnant la parole aux familles pour exprimer leur détresse et leur sentiment d’injustice face à un dossier judiciaire toujours en suspens.

À l’approche de la nouvelle audience, le RCD réaffirme que la réouverture du procès doit être l’occasion d’un examen rigoureux, dégagé de toute pression politique. Le parti insiste sur la nécessité d’un procès réellement équitable, fondé sur le respect strict des droits de la défense et des principes de l’État de droit, estimant que seule une telle démarche peut restaurer la crédibilité de la justice.

Dans son communiqué, le RCD conclut en inscrivant cette affaire dans un combat plus large pour l’indépendance de la justice et la primauté du droit. Un combat qu’il dit vouloir poursuivre dans la durée, au nom de la vérité, de la justice et de la dignité. Il faut rappeler ici que 38 jeunes de Larbaa Nath Irathen sont condamnés à mort dans l’affaire Djamel Bensmaïl.

La rédaction

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Groeland, un glaçon sur l’eau !

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Groeland
Groeland. Image par Heidi Baun Topp de Pixabay

Donald Trump revendique le Groenland parce qu’il veut un gros glaçon dans son whisky. Et quel autre terrain de golf aussi magnifique pourrait-il construire en rapport avec sa gigantesque mégalomanie ?

Dans cette affaire, comme pour toutes les crises quotidiennes du Président, il faut savoir prendre du recul avec l’humour qui protège des drames incompréhensibles. 

Laissons ce démoniaque pour un instant et penchons-nous vers la connaissance, même très succincte, de la population de ce si beau pays. Car Donald Trump se fiche de l’existence d’un peuple autochtone et encore moins de la richesse humaine si ce n’est que dans son pétrole et autres revenus du sous-sol.

Le  Groenland, un gros glaçon sur une terre qui est encore un de ces rares lieux qui éveille notre imaginaire sur le lointain, l’inconnu et l’insolite. C’est toujours ce qui s’empare des sociétés humaines lorsque les populations, les lieux ou les cultures ne sont connus que dans une vague représentation de l’esprit. Place est toujours dans ce cas laissée aux rêves de l’aventure impossible. 

C’était bien le cas avec la Chine, l’Inde ou les « Amériques » dans les siècles passés. Bien entendu que nous connaissions l’existence de ce pays du bout du monde et un minimum de son histoire mais je suis sûr que les populations de la planète se sont ruées vers les documentations pour comprendre un peu plus.

Cette malheureuse communauté de moins de 56 000 habitants voulait seulement vivre dans la libre souveraineté de son destin qui a traversé tant de  périodes soumises à la colonisation brutale depuis des siècles. Elle voulait juste la paix et la tranquillité que créent si bien les immenses territoires de beauté et de préservation de la nature, aussi contraignante soit-elle. 

Son histoire est millénaire et assez bien documentée à partir de la venue des Inuits, peuplades que nous retrouvons au fin fond des frontières de l’océan Arctique. Puis ce fut la conquête des Vikings au 10 ème siècle, comme ils le firent à ce moment en Europe. 

On peut s’imaginer combien l’histoire édulcorée du brassage des cultures de cette période est romancée, allez raconter aux Inuits qu’elle aurait été riche en échanges culturels et de pratiques sociales. 

Même si le Danemark et la Norvège avaient revendiqué la possession du territoire bien avant, la colonisation débuta réellement au début du 18ème siècle suite à l’arrivée d’un pasteur missionnaire norvégien aux fins d’une évangélisation. Pourquoi dit-on alors que la colonisation est danoise ? Tout simplement parce qu’à cette époque se forma l’Union Danemark-Norvège sous l’autorité du roi du Danemark. Ainsi, comme attendu, le roi du Danemark avait revendiqué ses droits sur les terres du Groenland. Fermé (par la géographie notamment), le pays devint donc un domaine colonial exclusif où avaient prospéré de nombreux commerces comme celui des fourrures et des graisses.

Comme les colonisations d’intérêts en arrivent toujours à la domination brutale, c’est au 20ème siècle que l’horreur danoise avait atteint le pic de la barbarie coloniale. Quatre des plus horribles événements resteront à jamais gravés dans la mémoire de ce paisible peuple. 

En 1951, 22 enfants avaient été arrachés à leurs familles pour être envoyés au Danemark afin d’en faire des « élites » qui, bien entendu, étaient destinés à être le relais pour la cause coloniale. Á leur retour ils avaient été entièrement déracinés, y compris par la perte de leur langue maternelle et ont eu des destins brisés. Une expérience identique à celles que font subir les scientifiques du comportementalisme aux animaux.

En 1953, des familles entières de chasseurs Inuits ont été chassées de leur terre afin de construire la base militaire américaine de Thulé. C’est dire le souvenir qu’a ce peuple envers les américains. 

En 1960, arrive le « parcage »  de la population dans des villages côtiers, particulièrement dans des immeubles qui nous font rappeler la naissance de l’expression en France « les quartiers ». Il s’en est suivi une déculturation profonde qui mène au cercle vicieux de la déchéance sociale comme celle provoquée par l’alcool ou la dépression. En tout cas vers tout sauf vers une véritable instruction.

Mais le pire, l’abominable, fut dans les années 60-70, c’est-à-dire à notre période contemporaine, ce qu’on appelle « l’affaire des stérilets ». Le Danemark avait organisé une campagne de pose de stérilets, très souvent sans consentement des jeunes filles et des femmes, afin de limiter la croissance démographique dans les populations autochtones. 

Nous étions là dans le domaine des abominables exploits du nazisme. Les témoignages des femmes de cette époque sont édifiants. Certaines disent qu’elles ont mis longtemps à comprendre l’origine de leur stérilité.

La population du Groenland avait fini par accepter l’accord avec le Danemark pour une autonomie partielle. Des représentants locaux élus et institutions lui permettent de vivre une relative autonomie, le Danemark restant souverain pour la diplomatie et la défense.

Intégrés dans l’Union européenne, les Groenlandais sont divisés entre leur souhait d’obtenir leur indépendance totale et celui d’être protégés militairement et financés pour une partie de leur dépendance économique. Il est évident que le souhait d’indépendance l’emportera un jour ou l’autre.

Nous voilà revenus à l’actualité du moment. Imaginez la tête des populations locales lorsqu’un loufoque excité vient leur dire qu’il les achète, eux et leur terre natale, pour garantir la sécurité des Etats-Unis. Eux qui avaient pourtant signé des accords pour la localisation de bases américaines, autant qu’ils le souhaitaient ainsi que des partenariats économiques qui auraient largement alimenté l’appétit du démon américain pour l’argent.

Les Groenlandais ont exprimé majoritairement leur refus d’être achetés, en paquet avec leur pays, comme un hamburger. Ils avaient avalé l’histoire peu joyeuse avec le Danemark et finalement y ont trouvé un moindre mal avec la protection de l’Europe et de l’Otan ainsi qu’un financement qui n’était pas des moindres avantages.

Ils avaient le meilleur refuge possible en attendant ce qu’ils désirent le plus, d’une manière majoritaire dans la population, leur indépendance.

Par son offre, le bulldozer Trump leur propose une annexion définitive. Ils n’auraient ni la prospérité ni l’honneur d’une perspective d’une souveraineté chèrement espérée depuis des siècles.

J’attends que Donald Trump revendique l’annexion de la Place d’armes à Oran. Toute son armée ne viendrait jamais à bout de nos farouches lions.

Je vous l’avais dit, le comique nous permet de prendre de la distance envers ce qui est dramatique et folle aventure. 

Boumediene Sid Lakhdar

PS : on entend souvent le terme « esquimau » pour le nom des habitants du Grand Nord. Un habitant du Groenland vous rectifiera (s’il parle en français) en vous disant qu’il est d’origine Inuit et que l’appellation « esquimau » est le nom qui leur a été donné par les Danois ou les Français et qui leur semble être connoté de mépris. Ce qui est vrai mais j’invite cependant le lecteur à m’en préciser le sens exact car ma connaissance peu érudite est peu assurée par la profusion de traductions que j’ai pu lire.

Méfiez-vous de la première proposition, même si elle est répétée, qui vous tombe sous les yeux.

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Oxfam dénonce des participants au FEM de Davos

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Sommet de Davos

Oxfam pointe les dangers environnementaux de la concentration de ressources et de pouvoir dans les mains de quelques milliers de personnes, dont plusieurs participeront au forum de Davos, chercheront cette année un plus grand dialogue et pourraient même faire les premiers pas dans la mise en place d’une nouvelle ère de colonialisme.

Comme il le fait annuellement avant la tenue du forum de Davos qui se tient du 19 au 23 janvier, Oxfam a publié le 9 janvier dernier un texte dénonçant une des multiples facettes de l’irresponsabilité de ses participants.

Cette année, il s’est attaché à démontrer que le budget carbone pour 2026 des personnes incluses dans la tranche de 1 % des plus riches, soit une des clientèles principales visées par le Forum économique mondial (FEM), a été épuisé en seulement 10 jours. Ce budget carbone serait la quantité de CO₂ émis tout en respectant la limite de +1,5 °C de réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle. Baptisé la Journée des Pollutocrates, le 10 janvier 2026 représenterait donc à quel point les ultra-riches sont disproportionnellement responsables de la crise climatique. Les 1 % les plus riches devraient réduire leurs émissions de 97 % d’ici 2030 pour rester sous la barre des +1,5 °C.

Ces ultra-riches investiraient aussi massivement dans les industries les plus polluantes et chaque milliardaire détiendrait un portefeuille d’investissements moyen incluant des entreprises qui produiraient 1,9 million de tonnes de CO₂ par an.

Les émissions générées par ceux-ci pourraient, selon Oxfam, provoquer des vagues de chaleur qui ont le potentiel d’entraîner environ 1,3 million de décès d’ici la fin du siècle. Des décennies de surconsommation de ces individus pourraient aussi créer des dommages économiques de 44 000 milliards de dollars d’ici 2050 pour les pays à revenu faible ou intermédiaire.

Coopération mondiale à Davos ? 

Loin des potentiels dommages que pourraient causer, selon Oxfam, plusieurs de ses participants, le programme du FEM tente pour sa part de renouveler en 2026 le dialogue entre les diverses parties prenantes mondiales alors que s’érode la confiance dans les normes et alliances planétaires. 

Ceux-ci devraient chercher lors de ce Forum des manières de mieux coopérer pour trouver de nouvelles sources de croissance, de meilleures manières d’investir dans leur capital humain, de déployer de manière responsable des innovations d’ampleur mondiale dans un monde plus compétitif, pour y créer de la prospérité pour tous.

Le président américain Donald Trump est attendu à ce FEM dont l’ordre du jour aurait été débarrassé de thématiques trop wokes selon le Financial Times. Ce dernier y présentera sa vision autocratique du monde dans laquelle il affirme que le droit international ne constitue pas une limite opérationnelle à l’action des États-Unis et que sa seule contrainte réside dans sa propre moralité, une rupture avec les cadres juridiques multilatéraux existants.

Il y présentera une nouvelle ère où les lois internationales protégeant les nations ne sont que de simples politesses internationales. Le potentiel que soient fait les premiers pas menant à un monde rendant sa grandeur au colonialisme et créant de nouveaux empires claniques divisant la planète en espaces soumis, à gérer en fonction de leur rentabilité, n’est pas à négliger à la suite des discussions à Davos.

Faire payer les participants au FEM

Certaines des décisions qui pourraient êtres prises au FEM ont donc le potentiel de mettre en scène un nouvel ordre mondial fascisant qui pourrait être une menace a de nombreux peuples du monde. Une internationale d’extrême droite à l’échelle des pays occidentaux pourrait anéantir les ambitions citoyennes à construire un monde plus protecteur de la planète et plus juste.

À l’opposé de cette possibilité, Oxfam demande pour sa part un soutien actif aux négociations pour une Convention fiscale internationale à l’ONU et plus généralement une hausse des impôts des ultra-riches en taxant les profits excessifs des entreprises fossiles et ceux des super-pollueurs. L’ONG affirme qu’appliquée aux 585 compagnies des énergies carbonées, dont beaucoup participeront au FEM, cette taxe pourrait rapporter jusqu’à 400 milliards de dollars dès la première année.

Dénonçant aussi le pouvoir d’influence des participants au FEM, Oxfam affirme que les 1 600 lobbyistes des entreprises fossiles lors du sommet de la COP30 au Brésil dépassaient en nombre celui de toutes les délégations, à l’exception du pays hôte.

Des situations de ce genre permettraient d’exercer une influence injuste sur les politiques publiques et d’affaiblir les négociations climatiques, selon la responsable du plaidoyer climat chez Oxfam International, Nafkote Dabi. Elle commente à ce sujet qu’en s’attaquant à l’irresponsabilité climatique des ultra-riches, les dirigeants de la planète pourraient avoir la capacité de remettre le monde sur la voie des objectifs climatiques. Ils pourraient même générer des bénéfices nets pour leurs populations et la planète.

Oxfam rappelle finalement que la plus haute juridiction mondiale, soit la Cour internationale de justice (CIJ), a récemment confirmé que les États ont l’obligation légale de réduire leurs émissions pour protéger les droits universels à un environnement sain, à la santé, à l’alimentation et à la vie.

Michel Gourd

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