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Ahmed Aït Bachir s’en est allé laissant un vide immense

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Ahmed Aït Bachir s’est éteint subitement le 29 janvier 2026 à Paris, à l’âge de 73 ans. Écrivain engagé, homme d’une rare générosité et ardent défenseur des valeurs kabyles, il était de ces passeurs discrets sans lesquels la vie culturelle perd son souffle. Fidèle du café littéraire L’Impondérable, soutien constant des auteurs et des livres, il incarnait une présence chaleureuse, attentive, profondément humaine.

Sa disparition laisse un vide immense dans le paysage littéraire et dans le cœur de celles et ceux qui l’ont connu, tant son engagement, son sourire bienveillant et sa fidélité aux lettres faisaient de lui une figure précieuse et respectée.

Homme d’une générosité sans égal, Ahmed Aït Bachir donnait sans compter et sans bruit, avec cette élégance morale propre à ceux qui n’attendent ni reconnaissance ni retour. Sa générosité ne relevait pas de l’exceptionnel, mais de l’évidence : elle s’exprimait dans la constance, dans la fidélité aux êtres et aux lieux, dans cette attention discrète portée à l’autre qui révèle une profonde humanité. Il savait écouter, laisser la parole se déployer, accueillir les doutes comme les élans, convaincu que chaque voix mérite d’être entendue.

Au café littéraire L’Impondérable, qu’il fréquentait avec une assiduité presque rituelle, Ahmed Aït Bachir était bien plus qu’un habitué : il en était l’une des âmes silencieuses. Il arrivait simplement, prenait place, parcourait les livres, les achetait, les emportait comme on emporte une promesse. Il échangeait avec les auteurs sans jamais se poser en juge, trouvant toujours ce mot juste, précis, qui rassure sans flatter et encourage sans contraindre. Par son regard bienveillant et sa parole mesurée, il redonnait confiance, ravivait l’élan, rappelait à chacun que l’écriture est d’abord un acte de partage.

Sa présence constituait un véritable acte de foi dans la culture, dans la rencontre, dans la puissance de l’écrit face à l’oubli, au vacarme et à l’indifférence. Il croyait aux livres parce qu’il croyait aux hommes, à leur capacité de transmettre, de résister et de se reconnaître les uns les autres à travers les mots. Aujourd’hui, la plume hésite, la phrase se brise, tant la douleur de son absence demeure vive, presque irréelle. Avec Ahmed Aït Bachir disparaît une présence fraternelle, mais demeure l’empreinte profonde d’un homme qui aura servi les lettres avec humilité, constance et fidélité.

Invité à de nombreuses reprises par Youcef Zirem pour présenter son œuvre et signer ses livres, Ahmed Aït Bachir faisait de chaque rencontre un moment de partage sincère, empreint de simplicité et de chaleur. Il arrivait avec ce sourire lumineux qui le caractérisait, un sourire sans artifice, chargé de douceur et d’écoute, qui mettait immédiatement l’autre en confiance. Face aux lecteurs comme face aux auteurs, il prenait le temps, répondait avec mesure, parlait sans jamais imposer, laissant à chacun l’espace nécessaire pour exister. Sa parole, posée et attentive, révélait une profonde humilité, celle des hommes qui savent que la littérature est d’abord une rencontre.

Il n’occupait jamais l’espace par la force ou par le bruit ; il l’habitait avec élégance, par sa présence même, par une attention constante aux autres et un respect absolu de la parole partagée. Ces rencontres, rendues possibles par l’invitation fidèle de Youcef Zirem, étaient autant de moments où se tissaient des liens durables entre les livres, les lecteurs et les hommes. Ahmed Aït Bachir y incarnait pleinement le rôle de passeur, donnant sens à l’acte d’écrire et de transmettre. Sa disparition laisse un vide immense, non seulement au sein de ses proches, mais dans toute une communauté littéraire et humaine aujourd’hui orpheline d’une figure discrète et essentielle.

L’apport d’Ahmed Aït Bachir à la vie littéraire et culturelle ne se mesure ni à la notoriété ni au bruit, mais à la profondeur de son engagement et à la constance de sa présence. Il fut avant tout un passeur, un homme de lien, œuvrant patiemment à faire circuler les idées, les livres et les valeurs. Par son attachement indéfectible à la culture kabyle, qu’il considérait comme un héritage vivant et non figé, il a contribué à en préserver l’esprit, la langue et la mémoire, tout en les inscrivant dans le dialogue contemporain.

Son soutien actif aux auteurs constitue également une part majeure de son apport. À travers sa fidélité aux lieux de rencontre littéraires, notamment le café littéraire L’Impondérable, il a incarné une forme d’engagement rare : celle de la présence attentive. Acheter les livres, en parler, encourager leurs auteurs, créer les conditions d’un échange sincère, c’était pour lui une manière concrète de faire vivre la littérature. Il savait reconnaître la fragilité de l’acte d’écrire et répondre par un mot juste, un regard bienveillant, un encouragement décisif.

Ahmed Aït Bachir a aussi offert à la communauté littéraire un exemple éthique. Il rappelait, par son attitude et par ses gestes, que la culture n’est pas un territoire de rivalités mais un espace de partage, de transmission et de respect. Sa discrétion, sa générosité et son sens de l’écoute ont laissé une empreinte durable. Son apport, profondément humain, continue de résonner aujourd’hui dans celles et ceux qu’il a soutenus, accompagnés et inspirés, faisant de son héritage une présence toujours vivante.

L’impact d’Ahmed Aït Bachir se manifeste moins dans le spectaculaire que dans la durée. Il est de ceux dont l’influence s’inscrit en profondeur, dans les consciences, les trajectoires et les fidélités silencieuses. Par sa présence constante dans les lieux de culture, par son écoute attentive et par son respect absolu de la parole de l’autre, il a contribué à créer un climat de confiance et de fraternité sans lequel aucune vie littéraire ne peut réellement s’épanouir.

Son impact se mesure aussi à l’élan qu’il a su insuffler aux auteurs, notamment aux plus discrets ou aux plus fragiles. Nombreux sont ceux qui ont trouvé, grâce à son regard bienveillant et à ses encouragements, la force de poursuivre l’écriture, de croire en la légitimité de leur voix. Il n’imposait ni modèle ni direction, mais offrait une reconnaissance rare, celle qui conforte sans enfermer. En cela, il a façonné, à sa manière, un espace littéraire plus humain, plus solidaire.

Enfin, l’impact d’Ahmed Aït Bachir dépasse le strict champ des lettres. Gardien des valeurs kabyles, il a contribué à maintenir vivante une éthique fondée sur la transmission, la dignité et le sens du collectif. Sa disparition laisse un vide tangible, mais son empreinte demeure : dans les livres qu’il a soutenus, dans les liens qu’il a aidé à tisser, dans cette idée, désormais fragile et précieuse, que la culture se construit aussi par la bonté, la fidélité et la présence.

Ahmed Aït Bachir laisse derrière lui une œuvre littéraire qui reflète autant sa sensibilité que son engagement culturel. Ses livres, à la fois enracinés dans la mémoire kabyle et ouverts aux interrogations contemporaines, explorent la vie, la transmission, les liens humains et la dignité des peuples. Chaque ouvrage témoigne de sa capacité à mêler le récit à la réflexion, l’intime à l’universel, et à faire de la littérature un pont entre les générations.

Parmi ses publications, ses recueils et essais ont su captiver par la sincérité de la voix et la justesse des analyses, donnant à ses lecteurs autant à penser qu’à ressentir. Ces livres étaient également des lieux de rencontre : il les présentait avec passion lors des signatures, des cafés littéraires et des rencontres avec les auteurs, incitant chacun à lire, à échanger et à se relier aux autres par le verbe et la pensée. Ainsi, son œuvre n’est pas seulement à lire : elle est à vivre, à partager et à transmettre, comme il l’a fait toute sa vie. Chaque page qu’il laisse derrière lui devient un héritage, un rappel de la force d’un écrivain fidèle à ses valeurs et à son peuple.

Ahmed Aït Bachir n’était pas seulement un écrivain : il était un passeur, un gardien des valeurs et un ami fidèle de la littérature et des hommes. Il portait en lui l’âme kabyle, cette force discrète et enracinée faite de mémoire, de courage, de dignité et de solidarité, qui se reflétait dans chacune de ses paroles, chacun de ses gestes. Sa fidélité à ses racines ne l’enfermait pas dans le passé : au contraire, elle nourrissait son regard sur le monde et guidait son engagement auprès des auteurs, des lecteurs et de tous ceux qui croisaient son chemin. À travers ses livres, ses rencontres et ses encouragements, il a su transmettre cette essence kabyle, le sens du lien, de la transmission et du respect de l’autre, comme une lumière qui éclaire sans écraser.

Sa vie fut un témoignage de générosité, d’attention et de fidélité. Fidèle du café littéraire L’Impondérable, il a incarné ce rôle rare de veilleur discret, soutenant les auteurs et les livres avec constance et bienveillance. Chaque mot qu’il offrait, chaque sourire qu’il partageait, chaque geste de soutien était porteur de sens, reflet d’une foi profonde dans la culture, dans la force de l’écrit et dans l’humanité. Sa présence rappelait à chacun que la littérature n’est pas un simple objet d’étude, mais un lieu de rencontre, de dialogue et de partage.

La douleur de sa disparition laisse un vide immense, tant dans le cercle de ses proches que dans toute la communauté littéraire et humaine qu’il a accompagnée. Mais son héritage demeure : vivant dans les livres qu’il a écrits, dans les auteurs qu’il a soutenus, dans les idées et valeurs qu’il a transmises. Ahmed Aït Bachir nous rappelle que la grandeur d’un homme ne se mesure ni aux honneurs ni aux projecteurs, mais à la manière dont il touche, élève et relie ceux qui l’entourent. Son esprit kabyle, empreint de force, de sagesse et de bienveillance, continue de vibrer dans chaque page lue, chaque parole échangée et chaque geste transmis. Paix à son âme.

Brahim Saci

Ségolène Royal rendra visite au détenu Christophe Gleizes à la prison de Tizi-Ouzou

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Ségolène Royal, l’ancienne ministre et présidente de l’Association France Algérie, dit avoir obtenu une « réponse positive » du ministre de la Justice algérien.

Lors d’une conférence de presse à Alger, Ségolène Royal a expliqué avoir fait cette demande en amont « avec discrétion » auprès des autorités algériennes dès qu’elle a su qu’elle se rendrait en Algérie. « Je ne voulais mettre aucune pression et laisser une liberté totale au gouvernement algérien de me répondre », a-t-elle assuré.

Ségolène Royal a annoncé la nouvelle aux parents du journaliste qui « étaient vraiment très contents ». Elle a salué leur « comportement et celui de leur avocat » d’un « respect et d’une discrétion vraiment irréprochables » qui ont « beaucoup pesé dans cette décision positive ».

Une journée de mobilisation en France

Ségolène Royal, qui a été ministre et candidate socialiste à la présidentielle, a rencontré mardi le président algérien Abdelmadjid Tebboune. En pleine crise diplomatique entre Paris et Alger, elle a assuré que le dirigeant se montrait prêt au dialogue « dès lors que le respect et la considération sont également au rendez-vous » du côté français.

Une journée de mobilisation s’est ouverte jeudi matin à Toulouse (Haute-Garonne), avec des événements à Lille, Perpignan, Montpellier et Paris, où une soirée de soutien est organisée au Bataclan. « 100 % des bénéfices seront reversés à Reporters sans frontières pour la campagne de libération dédiée à Christophe Gleizes », a précisé l’organisation de défense de la presse.

La mère du journaliste sportif, Sylvie Godard, a transmis une demande de grâce au président algérien Abdelmadjid Tebboune, et Christophe Gleizes a par ailleurs formé un pourvoi en cassation pour obtenir un nouveau procès.

Près de 250 détenus d’opinion

Christophe Gleizes n’est malheureusement pas la seule victime de la machine répressive du régime. Il y a près de 250 Algériennes et Algériens derrière les barreaux pour leurs opinions. L’un des derniers à être embastillé pour avoir dit la vérité est l’économiste Djelloul Slama. Il a été arrêté après avoir démantelé à la télévision les fallacieux choix économiques de Tebboune et ses soutiens.

La rédaction/AFP/RFI

L’écrivain Boualem Sansal élu à l’Académie française

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Près de trois mois après sa libération de prison en Algérie, l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal a été élu au premier tour, ce jeudi 29 janvier 2026, à l’Académie française avec 25 voix pour et un bulletin blanc. 

Boualem Sansal a été élu, ce jeudi 29 janvier 2026, à l’Académie française par les membres de la prestigieuse  institution. Réunis à huis clos sous la coupole de leur illustre édifice des bords de la Seine à Paris, ils devaient choisir un successeur à l’historien Jean-Denis Bredin, décédé en 2021. Six prétendants étaient lice, dont Boualem Sansal, de loin le plus connu d’entre eux, qui s’était déclaré à la dernière minute le 8 janvier dernier.

Désormais élu, Boualem Sansal rejoint à 81 ans les « immortels », le surnom donné aux académiciens, qui sont actuellement 35, cinq sièges étant vacants. Parmi eux, figurent Amin MaaloufJean-Christophe Rufin, Sylviane Agacinski, Chantal Thomas ou Erik Orsenna.

« Je ne vais plus parler de l’Algérie dans mes romans, c’est sûr, […] dans beaucoup de mes romans, le sujet était l’Algérie et sa lutte pour la démocratie. Bon, maintenant, je n’en ai plus rien à dire. De toute façon, le gouvernement [algérien] ne veut pas de moi et mes livres ne vont plus rentrer en Algérie. Je vais écrire pour qui ? Je suis Français, je vis en France, je vais parler de la France », a déclaré Boualem Sansal.

La vie de cet ancien fonctionnaire algérien a basculé le 16 novembre 2024 quand il a été arrêté à son arrivée à Alger en provenance de Paris, avant d’être emprisonné. Son sort émeut aussitôt en France où une campagne se lance en faveur de cet athée revendiqué, adversaire acharné des jihadistes et critique féroce du pouvoir à Alger.

Gracié

Il est condamné à cinq ans de prison, accusé d’« atteinte à l’unité nationale » suite à des déclarations en octobre 2024 au média français d’extrême droite Frontières sur l’Algérie et le Maroc. Avant finalement de bénéficier d’une grâce accordée par le président algérien Abdelmadjid Tebboune.

Boualem Sansal est l’auteur d’une trentaine de romans, recueils de nouvelles et essais depuis 1999. Il a reçu le grand prix du roman de l’Académie française en 2015 pour 2084. La fin du monde (Gallimard), inspiré du chef-d’œuvre de George Orwell, 1984, ex aequo avec Hédi Kaddour. L’écrivain est également l’auteur de Rue Darwin, du Village de l’Allemand et de Vivre.

Donner des règles au français

Fondée en 1635 par Richelieu, le principal ministre du roi Louis XIII, l’Académie française a comme mission de « donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences ». Elle rédige un dictionnaire et se prononce sur des règles orthographiques.

Pour être élu, un candidat doit recueillir la majorité absolue des suffrages. Trois, voire quatre tours de scrutin peuvent être nécessaires. Au-delà, les académiciens décident soit de poursuivre le vote, soit de l’abandonner. Le nouvel « immortel » est ensuite intronisé lors d’une cérémonie à huis clos au cours de laquelle il reçoit un habit vert brodé de rameaux d’olivier et une épée. En novembre 2025, l’Académie avait élu deux nouveaux entrants, les écrivains Florian Zeller et Eric Neuhoff.

RFI

Migration illégale : la présence de mineurs algériens progresse dans les centres d’accueil en Andalousie 

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Selon le quotidien espagnol La Razón, citant des données officielles du gouvernement régional d’Andalousie, l’immigration en provenance d’Algérie se reflète de plus en plus dans les centres de protection de l’enfance de la communauté autonome.

Au cours du premier semestre 2025, 456 mineurs étrangers non accompagnés ont été pris en charge dans les structures andalouses. Parmi eux, 170 étaient de nationalité marocaine et 151 algérienne, un écart désormais réduit qui confirme la montée en puissance de la migration algérienne vers l’Espagne.

Les chiffres montrent une évolution notable par rapport aux années précédentes, où les mineurs marocains représentaient très largement la majorité. Selon les mêmes sources, les mineurs algériens constituent désormais 33,11 % des prises en charge, contre 37,2 % pour les Marocains sur la période considérée.

Une pression migratoire concentrée sur certaines provinces

D’après les données de la Junte d’Andalousie (gouvernement régional), entre janvier et août 2024, 1 038 mineurs étrangers non accompagnés ont été accueillis par l’administration régionale. Les provinces les plus concernées sont Almería (389), Cadix (250), Malaga (187) et Grenade (118). Les autres provinces enregistrent des chiffres plus modestes : Huelva (36), Cordoue (30), Séville (20) et Jaén (1).

Sur le plan des nationalités, les mineurs marocains représentent 42,6 % du total, suivis par ceux originaires de Gambie (20,7 %), d’Algérie (11,1 %) et du Sénégal (11,1 %), selon les statistiques régionales.

L’impact de la route migratoire algérienne

Selon le ministère espagnol de l’Intérieur, cette évolution est liée à l’intensification de la route migratoire algéro-baléare. En 2025, plus de 7 300 migrants sont arrivés aux îles Baléares par voie maritime, un chiffre record attribué à l’essor de cette route.

En Andalousie, la province d’Almería constitue également un point d’entrée important pour les migrants en provenance d’Algérie. Les arrivées par mer y ont connu une augmentation estimée à environ 25 %, selon les autorités régionales.

Profil des mineurs et controverses institutionnelles

Les mineurs pris en charge sont majoritairement des garçons âgés de 17 à 18 ans. Sur les 456 mineurs recensés, 31 seulement sont des filles.

La Junte d’Andalousie dénonce par ailleurs, de manière récurrente, la présence d’adultes enregistrés comme mineurs lors de transferts organisés par l’État central. Selon la Consejería de Inclusión Social, la région aurait assumé jusqu’en février 2025 plus de 16,8 millions d’euros de dépenses pour la prise en charge de 567 personnes initialement considérées comme mineures mais ultérieurement identifiées comme majeures. En novembre, ce chiffre aurait été porté à 700 cas.

Un désaccord persistant entre Madrid et le gouvernement régional 

Ces données s’inscrivent dans un contexte de tensions récurrentes entre le gouvernement espagnol et les autorités andalouses sur la gestion de l’immigration des mineurs. L’Andalousie figure, avec la Communauté de Madrid, parmi les régions ayant accueilli le plus grand nombre de mineurs après l’adoption du décret royal prévoyant la répartition des mineurs arrivés aux Canaries et à Ceuta.

La Junte d’Andalousie, à l’instar d’autres communautés autonomes, a introduit un recours en inconstitutionnalité contre ce dispositif.

Samia Naït Iqbal

Lien pour lire l’article à la source

https://www.larazon.es/andalucia/inmigracion-argelia-nota-centros-menores-andalucia_2026012769784672eb223406e5b03a98.html

L’Etat entre dogme et citoyenneté

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La Constitution algérienne proclame l’attachement de l’État à la forme républicaine. Encore faut-il que cette proclamation soit suivie d’une cohérence réelle.

En effet, la République n’est pas un simple mot inscrit dans un texte fondateur ; elle repose, au sens philosophique et politique, sur la souveraineté du peuple, entendu comme une communauté de citoyens libres et égaux, sans distinction de croyances philosophiques, religieuses ou idéologiques. 

« La République est un idéal normatif, un projet d’émancipation » selon la philosophie politique. Elle se décline comme un ordre politique où la loi commune est produite par la raison humaine et orientée vers l’intérêt général.

Il en découle la nécessité de séparer clairement la sphère du politique de la sphère du spirituel, laquelle relève de la conscience individuelle.  C’est précisément cette séparation qui garantit à chacun la liberté de croire ou de ne pas croire. En ce sens, la neutralité de l’Etat n’est pas une option idéologique, mais la condition même de la liberté de conscience. L’État ne favorise, ne promeut ni ne sacralise aucune conception du bien. 

Lorsque l’Etat se réclame d’une religion déterminée, il franchit cette frontière, cesse d’être un arbitre impartial et se transforme en acteur idéologique, imposant implicitement une vision du monde particulière à l’ensemble de la société. 

De ce même principe découle également l’exigence d’égalité politique. Ainsi, conditionner l’accès à la candidature à des fonctions électives à des critères de compétence ou de diplôme, comme le suggère l’un des amendements dits technique actuellement en projet, revient à subordonner l’exercice de la souveraineté populaire à une sélection élitiste, en totale contradiction avec cet idéal républicain d’égalité civique.

A l’aune de ce principe cardinal, certaines dispositions de notre Constitution, au premier rang desquelles l’article 2, érigeant l’islam en religion d’État, ainsi que leurs implications en matière de critères d’éligibilité, de charges budgétaires et de programmes scolaires, méritent d’être interrogées.  

Cet article, qui ne se réduit pas à une simple observation sociologique, pose indéniablement un paradoxe majeur ; comment un État peut-il prétendre incarner la souveraineté populaire tout en reposant sur une doctrine religieuse qui, par nature, se soustrait à la délibération rationnelle et au débat démocratique ? Cette disposition érige l’Etat en acteur théologico-politique, l’entraînant dans une surenchère normative et démagogique aux conséquences bien concrètes. 

Dans cette logique, instituer un ministère des Affaires religieuses et adosser au trésor public la charge du personnel officiant dans les lieux de culte ne paraissaient manifestement pas suffisants pour le pouvoir. D’autres mesures ont ainsi été mises en œuvre afin de conforter cette démarche. 

L’abandon du week-end universel, la fermeture de facto des établissements de consommation pendant le mois de ramadhan, l’obligation à l’éducation religieuse dans l’ensemble des cycles et filières du système éducatif, le dédoublement des journées fériées religieuses, les subventions accordées à l’observation de certains rites religieux, ou encore la place démesurée conférée au fait religieux dans l’espace médiatique public illustrent clairement l’engagement de l’Etat en faveur d’une intervention grandissante dans le champ spirituel, en rupture manifeste avec l’idéal républicain proclamé. 

De manière paradoxale, la charge financière qui en découle est pleinement assumée par l’État, sous toutes ses formes, y compris par voie de subvention. Un tel soutien financier s’apparente à une utilisation détournée des contributions fiscales des citoyens dès lors que la République relègue la pratique religieuse à la sphère privée. 

C’est ainsi que le pouvoir entraine l’Etat, étape par étape, sur le chemin d’un ordre théocratique. 

En conférant à une religion une valeur normative supérieure, cette disposition constitutionnelle ouvre la voie à une législation biaisée, à une interprétation du droit orientée, et à une définition implicite de la « bonne » citoyenneté, alignée sur une identité religieuse majoritaire. Un État qui choisit une religion cesse d’être le garant des libertés pour devenir le gardien d’un dogme 

En érigeant une religion en religion d’État, la Constitution algérienne introduit une hiérarchie symbolique entre les citoyens. Même si l’égalité formelle est affirmée par ailleurs, l’imaginaire juridique et politique suggère que certains citoyens incarnent plus pleinement l’identité nationale que d’autres. Cette logique est étrangère à l’idée républicaine de citoyenneté abstraite, dans laquelle l’individu n’est reconnu que comme sujet de droit.

C’est précisément cette situation, engendrée par la disposition constitutionnelle en question, que les acteurs de la mouvance politique fasciste, qui a failli plonger le pays dans le chaos, exploitent pour nourrir leur propagande idéologique et dénier aux démocrates leurs droits politiques.

Enfin, l’adossement de l’État à une référence religieuse délimite la liberté d’expression et affaiblit la capacité critique de la société. Une république vivante est un espace de discussion, de conflit argumenté, de remise en question permanente, de perfectibilité collective. Toute sacralisation fige le débat, soustrait certaines normes à la critique et étouffe la délibération démocratique. 

Ainsi, ces dispositions constitutionnelles révèlent une ambiguïté profonde : la République algérienne se proclame comme telle, mais demeure partiellement fondée sur une logique pré-républicaine, où l’unité politique repose sur une référence identitaire imposée plutôt que sur l’adhésion libre à des principes communs. 

Hamid Ouazar, ancien député de l’opposition

Ahmed Aït Bachir, tu demeureras des nôtres

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L’écrivain et militant d’expression kabyle, Ahmed Aït Bachir (73 ans), s’est éteint ce jeudi dans un hôpital parisien. Nous pensons d’abord à sa famille qui a perdu un père aimant, doux et attentionné. Un homme bon, généreux en humanité. Il était un des nôtres. L’un de nos meilleurs. Avec sa douloureuse disparition, c’est aussi toute la Kabylie qui vient de perdre un pilier.

Il y a des vies qui ne se mesurent qu’aux combats menés panache et une patiente détermination. Celle d’Ahmed Aït Bachir (Si Hmimi dans la vie de tous les jours) fut intrinsèquement liée à la question identitaire. Au destin de la Kabylie dans cette Algérie tourmentée. D’abord militant kabyle infatigable à l’esprit de synthèse particulièrement incisif, Si Hmimi s’est lancé depuis quelques années dans l’écriture en kabyle. Les lecteurs ont découvert en lui un écrivain de talent, doté d’une connaissance fine et sensible de l’âme kabyle.  Face à l’effacement, au déni et à la répression, Si H’mimi a compris que ce n’est qu’en se réappropriant l’écriture après la liberté de parole que nous pourrons continuer à être nous-mêmes.

En traduisant Histoires de ma vie en kabyle, il a rendu Fadhma At Mansour à sa Kabylie natale. De là où elle est, elle doit l’accueillir avec reconnaissance. Son dernier livre, « Tidak n Tejmaεt », est une pépite. L’auteur y avait jeté toute sa force pour retranscrire le génie populaire des anciens.

Très tôt, Hmimi Aït Bachir a compris que la lutte pour l’identité n’était pas une nostalgie du passé, mais une exigence de dignité. Un choix de liberté. Il a fait partie de cette génération de courageux militants appelée à ferrailler avec le régime qui faisait de l’arabo-islamisme sa religion et de l’amazighité, une dimension identitaire à combattre à tout prix.

Là où d’autres se sont tus par peur ou par lassitude, Si Hmimi avait choisi la parole, l’écriture, le combat. Il était notre honneur et un exemple.

Jamais un mot plus haut qu’un autre, son engagement n’était pas une posture ou une obligation mais un sacerdoce. Il le faisait un naturel qui forçait le respect. Il a milité par l’action, par la pensée et par l’écriture. Ses contributions dans la presse et ses livres, nourris d’un amour viscéral pour sa terre et ses hommes, demeureront des parangons de résistance. Même si les épreuves de la vie ne l’ont pas épargné Si Hmimi nous a montré l’étroite voix qui nous devons inévitablement emprunter pour que nous demeurions ce que nous sommes. Cette fidélité aux siens, Si Hmimi la cultivait avec un naturel désarmant.

Même si nous savons Si Hmimi d’une humilité désarmante, ce n’est pas trahir sa mémoire que de dire qu’il était une conscience culturelle, une manière d’être au monde.

Si Hmimi était un fils de chahid. Son père a donné sa vie pour que l’Algérie soit libre et indépendante et le régime a fait du fils un exilé.

Ahmed Aït Bachir a été donc contraint à l’exil par le régime autoritaire qui prend en otage le destin de l’Algérie. Il a été arbitrairement condamné par une justice aux ordres. Le militant avait vécu cette ignoble condamnation avec résilience. Loin de sa terre natale, il a continué à écrire, à témoigner, à dénoncer. L’exil n’a pas été pour lui une rupture, un renoncement, mais une autre forme de combat : celui de la mémoire contre l’oubli, de l’identité millénaire contre les usurpations mémorielles.

Son parcours incarne celui de tant de militants amazighs : des hommes et des femmes qui ont payé cher leur attachement à leur identité. Mais chez Hmimi Aït Bachir, ce combat avait une dimension particulière. Il ne cherchait ni la gloire ni la reconnaissance. Il cherchait la discrétion et la justesse. Son humilité forçait le respect des adversaires les plus zélés. Il croyait profondément que la culture est une arme pacifique, mais redoutable, et que l’écriture peut fissurer les murs les plus épais.

Aujourd’hui, lui rendre hommage, ce n’est pas seulement saluer un homme. C’est reconnaître une trajectoire de courage et de cohérence. C’est rappeler que la cause amazighe n’est pas un caprice identitaire, mais une lutte pour la liberté, la justice et le respect des peuples. C’était toute cette dimension que représentait Hmimi, et bien plus pour les siens.

Hmimi Aït Bachir restera fidèle à ses idées jusqu’au bout, un immense passeur de la mémoire populaire, un écrivain qui avait une connaissance fine de notre inconscient. Son œuvre désormais traversera les siècles au grand désespoir des négationnistes de tous poils.

Repose en paix cher si Hmimi.

Hamid Arab

La disparition est ressentie comme une vraie tempête, écrit Mohamed Mouloudj. Un oragan dévastateur, souligne Amar Naït Messaoud… Les hommages pleuvent comme cette pluie qui arrose notre terre.

Nous ouvrons cet espace pour toutes les voix qui souhaitent s’exprimer.

Le patrimoine français de Mohammed Bedjaoui sous enquête du Parquet national financier

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Mohammed Bedjaoui, ancien ministre des Affaires étrangères (2005-2007) et ex-président de la Cour internationale de justice (CIJ), est aujourd’hui au centre d’une enquête menée par le Parquet national financier en France. Le Journal du dimanche rapporte que cette attention judiciaire concerne la constitution d’un patrimoine considéré comme disproportionné au regard de ses revenus légaux.

Revoilà qu’on reparle de Mohammed Bedjaoui. Un vrai serpent de mer. Selon le quotidien dominical, Mohammed Bedjaoui percevait en tant que juge international un salaire d’environ 15 000 euros par mois. Pourtant, il est soupçonné d’avoir accumulé une fortune de plusieurs dizaines de millions d’euros. Ces interrogations ont été relayées à la justice française après qu’un signalement a été déposé à l’été 2023 par le député vendéen Philippe Latombe (MoDem), pointant de possibles malversations financières impliquant directement l’ancien magistrat.

L’affaire remonte au tournant des années 2000, lorsque la CIJ devait trancher un litige opposant le Qatar et le Bahreïn sur la délimitation de leurs eaux territoriales, selon le JDD. L’enjeu était considérable : il s’agissait de l’accès à l’un des plus grands champs gaziers au monde. En 2001, la Cour rend un arrêt favorable au Qatar, décision qui avait déjà alors surpris nombre d’experts et d’acteurs du dossier. La même source rappelle que cet arrêt, signé par Mohammed Bedjaoui, avait été jugé suspect par certains observateurs, soulevant des questions sur la neutralité et l’indépendance des juges impliqués.

Le signalement de Philippe Latombe, que Le Journal du dimanche a pu consulter, va au-delà de cette décision contestée. Il décrit des transactions et des investissements à l’international, permettant à Bedjaoui de bâtir un patrimoine jugé incompatible avec ses revenus officiels. Deux signalements distincts ont été transmis au parquet, détaillant ce que le député considère comme « des malversations potentielles ». La nature exacte de ces opérations n’a pas été rendue publique, mais elles posent la question de la transparence et de l’éthique pour un magistrat qui a occupé l’une des plus hautes fonctions judiciaires au monde.

Au-delà de l’aspect financier, cette affaire pose un enjeu symbolique et moral. 

Mohammed Bedjaoui était au coeur de l’un des plus gros scandales de corruption durant les 20 ans de pouvoir du clan Bouteflika-Chakib Khalil.

Pour l’instant, aucune mise en examen n’a été prononcée. Le Parquet national financier se concentre sur la vérification des faits, l’analyse des flux financiers et la traçabilité des avoirs. Comme le souligne le JDD, l’enquête s’annonce complexe et longue, mêlant droit international, transactions financières et questions diplomatiques.

Cette affaire soulève aussi la question de la responsabilité des magistrats internationaux et de l’exemplarité attendue de ceux qui occupent des postes de haute juridiction. Les prochains mois seront déterminants pour savoir si les soupçons de malversations financières se confirment ou si la fortune de Mohammed Bedjaoui peut être expliquée autrement.

Mourad Benyahia 

Ligue des champions : Paris et Monaco en barrages, l’OM éliminé, Arsenal impérial

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La dernière journée de la phase de ligue de la Ligue des champions a rendu son verdict ce mercredi 28 janvier au terme d’une orgie de 18 matchs disputés en simultané. Le Paris SG n’intègre pas le top 8 et sera en barrages en même temps que Monaco au moment où l’OM tombe de haut et est éliminé de la Ligue des champions à la dernière seconde.

La France du foot rêvait d’un petit triplé en qualifiant ses trois représentants pour la suite de la Ligue des champions. C’est raté ! Comme la soirée du PSG, tenu en échec à domicile par Newcastle (1-1) qui rate le wagon du top 8 et sera reversé en barrages.

Mais ce n’est rien devant la désillusion de l’Olympique de Marseille humilié par Bruges (3-0) et qui rate la qualification pour un but de différence.

Et quel but ! C’est celui à la dernière minute du match Benfica-Real Madrid (4-2) inscrit par le gardien Anatoliy Trubin à la fin du temps additionnel (90+8). Une réalisation qui permet aux Portugais de chiper la 24e et dernière place qualificative pour les barrages grâce une différence de but plus favorable que les Olympiens (-2, contre moins -3).

Les hommes de Roberto De Zerbi ne pourront s’en prendre qu’à eux mêmes. Pour avoir d’abord commencé la rencontre décisive contre Bruges à l’envers en concédant deux buts dans le premier quart d’heure (4e,11e). Pour n’avoir pas su mettre les ingrédients pour revenir au score et surtout pour avoir arrêté de jouer dans les dernières secondes du match croyant (espérant) la qualification acquise.

C’est un immense gâchis pour Marseille qui avait misé pour au moins une place dans les barrages cette saison en Ligue des champions.

La place elle, est assurée par Monaco, pourtant mal en point avant cette journée. Les Monégasques, sans être brillants, ont réussi l’exploit de décrocher leur billet pour les barrages malgré un match nul sur leur pelouse face à la Juventus Turin (0-0).

Le PSG va également passer par les barrages, mais ce n’était clairement pas le projet de Luis Enrique et de ses hommes, qui ont longtemps été dans le top 8. Mais pour ne pas avoir su s’imposer face à Newcastle au Parc (1-1), avec notamment un penalty manqué par Ousmane Dembélé, les Parisiens ne feront pas partie des huit équipes qualifiées directement en huitièmes de finale.

Dans ce top 8, Arsenal a été impérial avec un sans-faute en décrochant un huitième succès en autant de journées face à Kairat Almaty (3-2). Auteur du carton de la soirée (6-0) face à Qarabag, Liverpool fait également partie des huit heureux. Tout comme Manchester City et le FC Barcelone, vainqueur de Copenhague (4-1) grâce à sa ligne d’attaque (Lewandowski, Yamal, Raphinha et Rashford). La surprise est venue du Sporting Portugal qui arrache une place dans le top 8 après sa victoire sur la pelouse de l’Athletic Bilbao (3-2).

Très peu de surprises chez les éliminés, mais la sortie de Naples, champion d’Italie en titre, peut être considérée comme le gros raté de cette phase de Ligue. Pour cette dernière journée, les Napolitains se sont inclinés face à Chelsea (2-3), qualifié dans le top 8.


Qualifiés directement en huitièmes de finale : Arsenal, Bayern Munich, Liverpool, Tottenham, FC Barcelone, Manchester City, Sporting Portugal, Chelsea.

Barragistes (16es de finale) : Real Madrid, Inter Milan, Paris-SG, Newcastle , Atlético de Madrid, Atalanta Bergame, Juventus Turin, Borussia Dortmund, Galatasaray, Karabagh FC, , Bayer Leverkusen, Monaco, Olympiakos, Bodö/Glimt, Benfica, Club Bruges.

Éliminés : Marseille, Athletic Bilbao, Naples, FC Copenhague, PSV Eindhoven, Paphos, Union Saint-Gilloise, Ajax Amsterdam, Eintracht Francfort, Slavia Prague, Villarreal, Kairat Almaty.

Rfi

Niger : tirs et détonations entendus dans la nuit à l’aéroport de Niamey

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L’aéroport international de Niamey a été le théâtre de violences tard mercredi soir. De fortes détonations et des tirs nourris ont été signalés cette nuit dans la zone. Le calme est revenu mais l’identité des assaillants n’est pas connue et aucun bilan n’est disponible pour l’instant. 

Les échanges de tirs ont commencé peu après minuit dans la zone de l’aéroport Diori Hamani dans le sud-est de Niamey.  C’est là que se trouve la Base 101 de l’armée de l’air nigérienne ainsi qu’une base de drones. C’est également dans cette zone qu’est entreposée une importante cargaison d’uranium dans l’attente d’être exportée.

C’est là encore que se trouve le quartier général de la Force unifiée antidjihadiste créée par le Niger, le Burkina Faso et le Mali.

La cause de l’échange de tirs de cette nuit n’est pas connue, pas plus que l’identité des assaillants, mais des images circulant sur les réseaux sociaux montrent des traînées lumineuses dans le ciel, signe que défense antiaérienne est probablement entrée en action, peut-être contre une attaque de drones. 

Quoiqu’il en soit, les détonations ont provoqué la panique des passagers de l’aéroport. Certains ont fui les lieux à pied. Des vols ont dû être déroutés vers d’autres aéroports.

Le calme était revenu au bout d’une heure, mais aucun bilan n’est disponible ce jeudi matin.

RFI

Christian Schoenaers : « L’écriture est d’abord et essentiellement une quête de soi »

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Auteur de Écrire Biskra, publié aux éditions L’Harmattan, Christian Schoenaers revient dans cet entretien sur une ville longtemps investie par l’imaginaire littéraire, tour à tour espace de passage, de mémoire et de réécriture. Biskra y apparaît moins comme un simple décor que comme un lieu d’expérience, où se croisent regard d’écrivain, histoire et traces laissées par le temps.

À travers cette conversation, Christian Schoenaers interroge le lien profond entre territoire et création, la persistance des empreintes littéraires et la lecture comme forme de rencontre. Une réflexion qui dépasse le cadre local pour questionner, plus largement, ce que les lieux font à l’écriture et ce que l’écriture, en retour, fait aux lieux.

Le Matin d’Algérie : Qu’est-ce qui vous a conduit à choisir Biskra comme point d’ancrage central de cette double trilogie, plutôt qu’une autre ville ou un autre espace algérien ?

Christian Schoenaers : Ce n’était pas vraiment un choix délibéré : plutôt quelque chose qui s’est proposé, imposé à moi sur mes chemins de lecture. Tout a commencé il y aura bientôt vingt ans par la rencontre du nom de cette ville dans le livre de James Vandrunen, un écrivain belge né au XIXᵉ siècle, très confidentiel, dont je voulais faire un de mes compagnons de route. Je lisais ses Heures africaines (1900) pour suivre sa trace au Congo belge, et les pages qu’il consacre d’abord à Biskra m’ont si vivement intéressé que j’ai fini par en faire ma priorité. Il a en quelque sorte éveillé en moi le désir de Biskra, il m’a donné envie de la visiter moi aussi, mais comme par procuration, dans les mots des autres. Selon mon habitude, j’ai alors convoqué d’autres écrivains à ma table de travail, pour me constituer une petite anthologie de textes littéraires relatifs à cette ville algérienne que je ne connaissais pas. Les noms ont succédé aux noms, les livres aux livres, et dans ce que je rassemblais il m’est apparu assez rapidement que certains textes pourraient faire la matière d’un livre, et bientôt de deux. La question s’est même posée plus tard d’une troisième trilogie qui aurait pu rassembler Henri Duveyrier, Isabelle Eberhardt ou Henry Jean-Marie Levet, mais après réflexion la substance était ici trop mince peut-être. De Levet par exemple, je n’ai trouvé qu’un seul texte, un sonnet, consacré à Biskra.

Le Matin d’Algérie : Vous insistez sur l’idée que le lieu n’est jamais un simple décor. Comment définiriez-vous le rôle précis que joue Biskra dans les œuvres que vous analysez ?

Christian Schoenaers : Le lieu en effet est pour moi bien davantage qu’un simple décor : il est une des données fondamentales de notre présence au monde. « Dis-moi ta façon de te figurer l’espace qui t’entoure, que tu découvres ou redécouvres, où tu t’attardes ou même que tu fuis, et je te dirai qui tu es ! » Il y a une citation de Jean Grenier (par ailleurs auteur lui aussi, dans un ouvrage paru en 1937 et intitulé Inspirations méditerranéennes, de quelques pages sur Biskra) qui résume bien, il me semble, ce qu’un lieu peut être ou devenir pour celui qui le découvre ou y séjourne : « Il est donc bien vrai que dans ces immenses solitudes que doit traverser un homme de la naissance à la mort, il existe quelques lieux, quelques moments privilégiés où la vue d’un pays agit sur nous, comme un grand musicien sur un instrument banal qu’il révèle, à proprement parler, à lui-même. » (Jean Grenier, Les Iles) En les lisant, il m’a semblé que Biskra, à des degrés divers, avait agi sur chacun de mes auteurs d’une manière telle que non seulement son œuvre, mais son être même s’en était trouvé profondément affecté, modifié peut-être.

Le Matin d’Algérie : Le premier volume est placé sous le signe de la découverte, le second sous celui du retour. Pourquoi cette distinction vous semblait-elle essentielle dans votre lecture des textes ?

Christian Schoenaers : Cette distinction n’était pas préméditée, elle n’est pas antérieure à ma lecture ni même à l’achèvement de mes textes. En bouclant la première trilogie, je ne savais pas encore précisément à qui j’allais consacrer la deuxième. Et c’est seulement quand ce deuxième livre a été achevé, que, me relisant en quelque sorte, je me suis avisé que ce qui distinguait aussi les auteurs élus pour ces deux trilogies, Gide mis à part, c’était peut-être cette expérience de la découverte pour les uns, et celle du retour pour les autres. Distinction qui chargeait encore de sens ma propre entreprise, parce que parallèlement à mes auteurs, ma deuxième trilogie prenait aussi pour moi le sens d’un retour et d’une insistance sur un sujet (Biskra) découvert pour les besoins de la première trilogie.

Le Matin d’Algérie : Fromentin, Gide et Vandrunen portent des regards très différents sur Biskra. Qu’est-ce qui, selon vous, les rapproche malgré leurs sensibilités et leurs contextes distincts ?

Christian Schoenaers : Ce qui les rapproche, de mon point de vue, c’est d’abord et essentiellement la place qu’ils font tenir par Biskra dans leurs écrits. C’est le désir, le besoin ou la nécessité qui ont été les leurs de mettre cette ville en mots, et plus encore leur rencontre personnelle avec elle. Ce qui distingue leur contribution respective à la fortune littéraire de Biskra, c’est d’une part la ville elle-même (celle vers laquelle avance Fromentin est d’un demi-siècle antérieure à celle où s’arrêtent et s’attardent Gide et Vandrunen), et c’est aussi, d’autre part, leur façon très personnelle d’établir des rapports avec le monde, l’espace, le temps, l’autre et enfin avec eux-mêmes.

Le Matin d’Algérie : Dans le second tome, vous évoquez des « revenants ». En quoi le retour modifie-t-il la relation à la ville et, plus largement, à l’écriture ?

Christian Schoenaers : « Vois deux fois pour voir juste, disait Amiel, ne vois qu’une pour voir beau ! » Revenir sur les lieux d’un bonheur passé, ce n’est sans doute pas y retrouver dans toute sa fraîcheur et sa pureté ce bonheur-là, mais c’est se donner l’occasion, les moyens d’affûter son regard et donc aussi sa plume. C’est gagner en lucidité, non pas tant peut-être sur le lieu lui-même que sur soi-même. C’est mesurer à l’intérieur de soi le chemin parcouru entre le moment de la découverte et celui du retour. Et l’écriture telle que je la conçois est d’abord et essentiellement une quête de soi.

Le Matin d’Algérie : Comment avez-vous abordé la question du contexte colonial, notamment dans les textes de Fromentin ou de Truphémus, sans réduire ces œuvres à une seule grille de lecture historique ?

Christian Schoenaers : Je dois avouer que ce contexte colonial ne m’a pas beaucoup occupé. Ce que j’ai cherché à saisir ou à cerner, c’est l’originalité et la qualité du rapport très étroitement personnel que chacun de mes auteurs établit avec cette ville de Biskra. Pour certains, il est vrai, en raison de leur statut, de leur parcours, de leur position dans la société algérienne de leur époque, cette question coloniale s’est posée avec une certaine acuité dont je ne pouvais pas non plus faire complètement l’économie. C’est le cas d’Albert Truphémus qui s’en prend explicitement dans plusieurs de ses livres au système colonial, pour le condamner ou plutôt pour en déplorer la mise en œuvre et ses conséquences, sans pour autant qu’on puisse ranger ses livres parmi les romans anticolonialistes. Mais ici j’ai suivi d’autres commentateurs de son œuvre. Quant à Gide qui dans son Voyage au Congo dénoncera plus tard les méfaits de la colonisation, il était à Biskra trop préoccupé de lui-même et de ses plaisirs pour être attentif à autre chose.

Le Matin d’Algérie : Votre démarche critique repose sur une forte adhésion au texte. Comment trouvez-vous l’équilibre entre empathie pour l’auteur et distance analytique ?

Christian Schoenaers : Ma lecture en effet est essentiellement empathique, elle me fait adhérer fraternellement, presque amoureusement au texte que je lis. Cette adhésion, cette proximité, cette complicité peuvent brouiller quelque peu la vision et l’analyse. Georges Poulet, un de mes maîtres, parlait d’une « critique d’identification », mais son ami Jean Starobinski préconisait au contraire dans l’acte critique une nécessaire distance, garante d’une plus grande lucidité et d’une certaine indépendance. L’idéal serait sans doute d’alterner les deux mouvements dans une sorte de va-et-vient continuel : adhérer d’abord, dans un premier temps, puis, dans un deuxième temps, se déprendre ou se reculer tant soit peu, et enfin faire la synthèse des enseignements respectifs des deux mouvements.

Le Matin d’Algérie : En confrontant des écrivains européens et un auteur algérien comme Hamid Grine, cherchiez-vous à instaurer un dialogue particulier entre les mémoires et les regards ?

Christian Schoenaers : Non. Quel que puisse être par ailleurs l’intérêt et l’importance d’un tel dialogue, je n’ai pas cherché moi-même à l’instaurer ni même à le favoriser. Chacun de mes auteurs a été lu, si je puis dire, séparément, indépendamment des autres, pour son propre compte. Mais le dialogue dont vous parlez est parfois présent dans le texte même que je lis et prolonge par l’écriture, et alors un peu malgré moi. Ainsi Hamid Grine dans ses romans convoque-t-il tantôt Gide (dans Le Café de Gide), tantôt Camus (dans Camus dans le narguilé). Et Grine est aussi essayiste, et il a consacré de nombreux textes à des auteurs européens du présent (Françoise Giroud, Jean-Louis Servan-Schreiber, Pierre Hadot, Jean Daniel…) et même d’un très lointain passé (Sénèque, Épicure…).

Le Matin d’Algérie : Pensez-vous que Biskra conserve aujourd’hui une charge symbolique comparable à celle décrite par les écrivains que vous étudiez ?

Christian Schoenaers : Pour répondre à cette question je devrais peut-être faire à mon tour le voyage de Biskra, aller moi-même passer quelques jours dans cette ville et l’arpenter en tous sens… Peut-être en reviendrais-je déçu. Je crains qu’en vain un visiteur d’aujourd’hui chercherait dans la ville actuelle ce qui faisait son attrait pour les voyageurs ou les écrivains du passé. À moins de partir dans la ville d’aujourd’hui, précisément, à la recherche de celle du passé. Rechercher des traces à demi effacées, lever des empreintes… C’est ce que fait de son côté et pour son propre compte le narrateur du Café de Gide, pour qui il y a par ailleurs plusieurs Biskra (celle de Gide à la charnière des XIXᵉ et XXᵉ siècles, celle de sa propre enfance et de son adolescence dans les années 50-60, puisqu’il est natif de là-bas, celle enfin qu’il retrouve à l’âge adulte quarante ou cinquante ans plus tard). Dans les années trente, Jean Grenier (Inspirations méditerranéennes) déjà déplorait que Biskra « ait perdu de son caractère indigène », et même son « caractère de capitale où l’on vient pour les échanges et les plaisirs ». Dans un livre plus récent (Un voyage en Algéries, Plon, 2012), Éric Sarner évoque Gide et Fromentin, mais ses pages se nourrissent moins de ce qu’il a trouvé in situ, à Biskra où il se promène, que de ses souvenirs de lecteur ou de sa culture littéraire…

Le Matin d’Algérie : À travers ces deux volumes, peut-on lire Écrire Biskra comme une réflexion plus large sur le rapport entre lieu, identité et création littéraire ?

Christian Schoenaers : Oui, c’est la démarche qui est la mienne, dans ces deux livres-ci comme dans ceux que j’ai consacrés à d’autres lieux, comme l’île de Gorée au Sénégal. D’une certaine façon, en forçant un peu le trait, on pourrait même dire que Biskra n’est ici qu’un prétexte à la rencontre avec des écrivains qui en parlent, qui lui ont fait une place dans leur œuvre. L’élément grâce auquel les écrivains ici accompagnés se révèlent à eux-mêmes – et à leur lecteur.

Le Matin d’Algérie : Votre travail met souvent en lumière le lien entre expérience vécue et écriture. En quoi ce projet vous a-t-il personnellement transformé comme lecteur et critique ?

Christian Schoenaers : Chaque lecture, chaque rencontre, chaque essai me transforme ou me fait faire quelques pas de plus dans la quête de moi-même qu’est pour moi l’écriture critique. On ne sort pas indemne d’un long compagnonnage – de plusieurs mois, plusieurs années parfois – avec un autre homme, ou plus justement peut-être avec une œuvre. Sans doute le chemin privilégié de la quête de soi est-il en littérature le genre autobiographique, le diarisme ou encore l’autofiction, mais pour dire le plus personnel j’ai besoin, moi aussi, comme le dit quelque part Jean-Pierre Richard, du détour par l’autre.

Le Matin d’Algérie : Enfin, que souhaiteriez-vous que le lecteur retienne avant tout de Écrire Biskra : une ville, des écrivains, ou une manière de lire et de comprendre la littérature ?

Christian Schoenaers : Un peu tout cela à la fois, si ce n’est pas trop exiger ou attendre de lui, mais surtout la possibilité qu’offre la lecture – et la critique quand elle est entreprise dans un certain état d’esprit – de rencontrer l’autre et de l’accompagner sur les chemins qui sont les siens et qui insensiblement, inévitablement le mènent à lui-même, dans son rapport – toujours original et singulier – au monde, à l’autre et à soi. Dans un vocabulaire d’un autre temps, Charles Du Bos définissait la littérature comme « le lieu où se rencontrent les âmes ». En ce qui me concerne, si je lis, si je prolonge par l’écriture le bonheur de la lecture, c’est pour essayer de rencontrer autrui dans sa vérité d’homme et d’écrivain, en profondeur, sur un plan qu’on pourrait dire spirituel (plutôt qu’intellectuel, esthétique ou moral). Ma lecture n’est pas un méta-discours ni une critique de jugement, mais un accompagnement presque fraternel, et passionné.

Entretien réalisé par Djamal Guettala 

Biographie

Critique littéraire et essayiste, Christian Schoenaers est l’auteur de nombreux ouvrages consacrés à des écrivains d’horizons divers (Belgique, Suisse, France, Sénégal, Algérie) mais pour chacun desquels la double aventure d’être et d’écrire procède et témoigne d’une très authentique quête de soi. Sa lecture cherche d’abord à adhérer au texte lu, dans un mouvement d’identification et de sympathie.