Ahmed Aït Bachir s’est éteint subitement le 29 janvier 2026 à Paris, à l’âge de 73 ans. Écrivain engagé, homme d’une rare générosité et ardent défenseur des valeurs kabyles, il était de ces passeurs discrets sans lesquels la vie culturelle perd son souffle. Fidèle du café littéraire L’Impondérable, soutien constant des auteurs et des livres, il incarnait une présence chaleureuse, attentive, profondément humaine.
Sa disparition laisse un vide immense dans le paysage littéraire et dans le cœur de celles et ceux qui l’ont connu, tant son engagement, son sourire bienveillant et sa fidélité aux lettres faisaient de lui une figure précieuse et respectée.
Homme d’une générosité sans égal, Ahmed Aït Bachir donnait sans compter et sans bruit, avec cette élégance morale propre à ceux qui n’attendent ni reconnaissance ni retour. Sa générosité ne relevait pas de l’exceptionnel, mais de l’évidence : elle s’exprimait dans la constance, dans la fidélité aux êtres et aux lieux, dans cette attention discrète portée à l’autre qui révèle une profonde humanité. Il savait écouter, laisser la parole se déployer, accueillir les doutes comme les élans, convaincu que chaque voix mérite d’être entendue.
Au café littéraire L’Impondérable, qu’il fréquentait avec une assiduité presque rituelle, Ahmed Aït Bachir était bien plus qu’un habitué : il en était l’une des âmes silencieuses. Il arrivait simplement, prenait place, parcourait les livres, les achetait, les emportait comme on emporte une promesse. Il échangeait avec les auteurs sans jamais se poser en juge, trouvant toujours ce mot juste, précis, qui rassure sans flatter et encourage sans contraindre. Par son regard bienveillant et sa parole mesurée, il redonnait confiance, ravivait l’élan, rappelait à chacun que l’écriture est d’abord un acte de partage.
Sa présence constituait un véritable acte de foi dans la culture, dans la rencontre, dans la puissance de l’écrit face à l’oubli, au vacarme et à l’indifférence. Il croyait aux livres parce qu’il croyait aux hommes, à leur capacité de transmettre, de résister et de se reconnaître les uns les autres à travers les mots. Aujourd’hui, la plume hésite, la phrase se brise, tant la douleur de son absence demeure vive, presque irréelle. Avec Ahmed Aït Bachir disparaît une présence fraternelle, mais demeure l’empreinte profonde d’un homme qui aura servi les lettres avec humilité, constance et fidélité.
Invité à de nombreuses reprises par Youcef Zirem pour présenter son œuvre et signer ses livres, Ahmed Aït Bachir faisait de chaque rencontre un moment de partage sincère, empreint de simplicité et de chaleur. Il arrivait avec ce sourire lumineux qui le caractérisait, un sourire sans artifice, chargé de douceur et d’écoute, qui mettait immédiatement l’autre en confiance. Face aux lecteurs comme face aux auteurs, il prenait le temps, répondait avec mesure, parlait sans jamais imposer, laissant à chacun l’espace nécessaire pour exister. Sa parole, posée et attentive, révélait une profonde humilité, celle des hommes qui savent que la littérature est d’abord une rencontre.
Il n’occupait jamais l’espace par la force ou par le bruit ; il l’habitait avec élégance, par sa présence même, par une attention constante aux autres et un respect absolu de la parole partagée. Ces rencontres, rendues possibles par l’invitation fidèle de Youcef Zirem, étaient autant de moments où se tissaient des liens durables entre les livres, les lecteurs et les hommes. Ahmed Aït Bachir y incarnait pleinement le rôle de passeur, donnant sens à l’acte d’écrire et de transmettre. Sa disparition laisse un vide immense, non seulement au sein de ses proches, mais dans toute une communauté littéraire et humaine aujourd’hui orpheline d’une figure discrète et essentielle.
L’apport d’Ahmed Aït Bachir à la vie littéraire et culturelle ne se mesure ni à la notoriété ni au bruit, mais à la profondeur de son engagement et à la constance de sa présence. Il fut avant tout un passeur, un homme de lien, œuvrant patiemment à faire circuler les idées, les livres et les valeurs. Par son attachement indéfectible à la culture kabyle, qu’il considérait comme un héritage vivant et non figé, il a contribué à en préserver l’esprit, la langue et la mémoire, tout en les inscrivant dans le dialogue contemporain.
Son soutien actif aux auteurs constitue également une part majeure de son apport. À travers sa fidélité aux lieux de rencontre littéraires, notamment le café littéraire L’Impondérable, il a incarné une forme d’engagement rare : celle de la présence attentive. Acheter les livres, en parler, encourager leurs auteurs, créer les conditions d’un échange sincère, c’était pour lui une manière concrète de faire vivre la littérature. Il savait reconnaître la fragilité de l’acte d’écrire et répondre par un mot juste, un regard bienveillant, un encouragement décisif.
Ahmed Aït Bachir a aussi offert à la communauté littéraire un exemple éthique. Il rappelait, par son attitude et par ses gestes, que la culture n’est pas un territoire de rivalités mais un espace de partage, de transmission et de respect. Sa discrétion, sa générosité et son sens de l’écoute ont laissé une empreinte durable. Son apport, profondément humain, continue de résonner aujourd’hui dans celles et ceux qu’il a soutenus, accompagnés et inspirés, faisant de son héritage une présence toujours vivante.
L’impact d’Ahmed Aït Bachir se manifeste moins dans le spectaculaire que dans la durée. Il est de ceux dont l’influence s’inscrit en profondeur, dans les consciences, les trajectoires et les fidélités silencieuses. Par sa présence constante dans les lieux de culture, par son écoute attentive et par son respect absolu de la parole de l’autre, il a contribué à créer un climat de confiance et de fraternité sans lequel aucune vie littéraire ne peut réellement s’épanouir.
Son impact se mesure aussi à l’élan qu’il a su insuffler aux auteurs, notamment aux plus discrets ou aux plus fragiles. Nombreux sont ceux qui ont trouvé, grâce à son regard bienveillant et à ses encouragements, la force de poursuivre l’écriture, de croire en la légitimité de leur voix. Il n’imposait ni modèle ni direction, mais offrait une reconnaissance rare, celle qui conforte sans enfermer. En cela, il a façonné, à sa manière, un espace littéraire plus humain, plus solidaire.
Enfin, l’impact d’Ahmed Aït Bachir dépasse le strict champ des lettres. Gardien des valeurs kabyles, il a contribué à maintenir vivante une éthique fondée sur la transmission, la dignité et le sens du collectif. Sa disparition laisse un vide tangible, mais son empreinte demeure : dans les livres qu’il a soutenus, dans les liens qu’il a aidé à tisser, dans cette idée, désormais fragile et précieuse, que la culture se construit aussi par la bonté, la fidélité et la présence.
Ahmed Aït Bachir laisse derrière lui une œuvre littéraire qui reflète autant sa sensibilité que son engagement culturel. Ses livres, à la fois enracinés dans la mémoire kabyle et ouverts aux interrogations contemporaines, explorent la vie, la transmission, les liens humains et la dignité des peuples. Chaque ouvrage témoigne de sa capacité à mêler le récit à la réflexion, l’intime à l’universel, et à faire de la littérature un pont entre les générations.
Parmi ses publications, ses recueils et essais ont su captiver par la sincérité de la voix et la justesse des analyses, donnant à ses lecteurs autant à penser qu’à ressentir. Ces livres étaient également des lieux de rencontre : il les présentait avec passion lors des signatures, des cafés littéraires et des rencontres avec les auteurs, incitant chacun à lire, à échanger et à se relier aux autres par le verbe et la pensée. Ainsi, son œuvre n’est pas seulement à lire : elle est à vivre, à partager et à transmettre, comme il l’a fait toute sa vie. Chaque page qu’il laisse derrière lui devient un héritage, un rappel de la force d’un écrivain fidèle à ses valeurs et à son peuple.
Ahmed Aït Bachir n’était pas seulement un écrivain : il était un passeur, un gardien des valeurs et un ami fidèle de la littérature et des hommes. Il portait en lui l’âme kabyle, cette force discrète et enracinée faite de mémoire, de courage, de dignité et de solidarité, qui se reflétait dans chacune de ses paroles, chacun de ses gestes. Sa fidélité à ses racines ne l’enfermait pas dans le passé : au contraire, elle nourrissait son regard sur le monde et guidait son engagement auprès des auteurs, des lecteurs et de tous ceux qui croisaient son chemin. À travers ses livres, ses rencontres et ses encouragements, il a su transmettre cette essence kabyle, le sens du lien, de la transmission et du respect de l’autre, comme une lumière qui éclaire sans écraser.
Sa vie fut un témoignage de générosité, d’attention et de fidélité. Fidèle du café littéraire L’Impondérable, il a incarné ce rôle rare de veilleur discret, soutenant les auteurs et les livres avec constance et bienveillance. Chaque mot qu’il offrait, chaque sourire qu’il partageait, chaque geste de soutien était porteur de sens, reflet d’une foi profonde dans la culture, dans la force de l’écrit et dans l’humanité. Sa présence rappelait à chacun que la littérature n’est pas un simple objet d’étude, mais un lieu de rencontre, de dialogue et de partage.
La douleur de sa disparition laisse un vide immense, tant dans le cercle de ses proches que dans toute la communauté littéraire et humaine qu’il a accompagnée. Mais son héritage demeure : vivant dans les livres qu’il a écrits, dans les auteurs qu’il a soutenus, dans les idées et valeurs qu’il a transmises. Ahmed Aït Bachir nous rappelle que la grandeur d’un homme ne se mesure ni aux honneurs ni aux projecteurs, mais à la manière dont il touche, élève et relie ceux qui l’entourent. Son esprit kabyle, empreint de force, de sagesse et de bienveillance, continue de vibrer dans chaque page lue, chaque parole échangée et chaque geste transmis. Paix à son âme.
Brahim Saci


