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Groeland, un glaçon sur l’eau !

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Groeland
Groeland. Image par Heidi Baun Topp de Pixabay

Donald Trump revendique le Groenland parce qu’il veut un gros glaçon dans son whisky. Et quel autre terrain de golf aussi magnifique pourrait-il construire en rapport avec sa gigantesque mégalomanie ?

Dans cette affaire, comme pour toutes les crises quotidiennes du Président, il faut savoir prendre du recul avec l’humour qui protège des drames incompréhensibles. 

Laissons ce démoniaque pour un instant et penchons-nous vers la connaissance, même très succincte, de la population de ce si beau pays. Car Donald Trump se fiche de l’existence d’un peuple autochtone et encore moins de la richesse humaine si ce n’est que dans son pétrole et autres revenus du sous-sol.

Le  Groenland, un gros glaçon sur une terre qui est encore un de ces rares lieux qui éveille notre imaginaire sur le lointain, l’inconnu et l’insolite. C’est toujours ce qui s’empare des sociétés humaines lorsque les populations, les lieux ou les cultures ne sont connus que dans une vague représentation de l’esprit. Place est toujours dans ce cas laissée aux rêves de l’aventure impossible. 

C’était bien le cas avec la Chine, l’Inde ou les « Amériques » dans les siècles passés. Bien entendu que nous connaissions l’existence de ce pays du bout du monde et un minimum de son histoire mais je suis sûr que les populations de la planète se sont ruées vers les documentations pour comprendre un peu plus.

Cette malheureuse communauté de moins de 56 000 habitants voulait seulement vivre dans la libre souveraineté de son destin qui a traversé tant de  périodes soumises à la colonisation brutale depuis des siècles. Elle voulait juste la paix et la tranquillité que créent si bien les immenses territoires de beauté et de préservation de la nature, aussi contraignante soit-elle. 

Son histoire est millénaire et assez bien documentée à partir de la venue des Inuits, peuplades que nous retrouvons au fin fond des frontières de l’océan Arctique. Puis ce fut la conquête des Vikings au 10 ème siècle, comme ils le firent à ce moment en Europe. 

On peut s’imaginer combien l’histoire édulcorée du brassage des cultures de cette période est romancée, allez raconter aux Inuits qu’elle aurait été riche en échanges culturels et de pratiques sociales. 

Même si le Danemark et la Norvège avaient revendiqué la possession du territoire bien avant, la colonisation débuta réellement au début du 18ème siècle suite à l’arrivée d’un pasteur missionnaire norvégien aux fins d’une évangélisation. Pourquoi dit-on alors que la colonisation est danoise ? Tout simplement parce qu’à cette époque se forma l’Union Danemark-Norvège sous l’autorité du roi du Danemark. Ainsi, comme attendu, le roi du Danemark avait revendiqué ses droits sur les terres du Groenland. Fermé (par la géographie notamment), le pays devint donc un domaine colonial exclusif où avaient prospéré de nombreux commerces comme celui des fourrures et des graisses.

Comme les colonisations d’intérêts en arrivent toujours à la domination brutale, c’est au 20ème siècle que l’horreur danoise avait atteint le pic de la barbarie coloniale. Quatre des plus horribles événements resteront à jamais gravés dans la mémoire de ce paisible peuple. 

En 1951, 22 enfants avaient été arrachés à leurs familles pour être envoyés au Danemark afin d’en faire des « élites » qui, bien entendu, étaient destinés à être le relais pour la cause coloniale. Á leur retour ils avaient été entièrement déracinés, y compris par la perte de leur langue maternelle et ont eu des destins brisés. Une expérience identique à celles que font subir les scientifiques du comportementalisme aux animaux.

En 1953, des familles entières de chasseurs Inuits ont été chassées de leur terre afin de construire la base militaire américaine de Thulé. C’est dire le souvenir qu’a ce peuple envers les américains. 

En 1960, arrive le « parcage »  de la population dans des villages côtiers, particulièrement dans des immeubles qui nous font rappeler la naissance de l’expression en France « les quartiers ». Il s’en est suivi une déculturation profonde qui mène au cercle vicieux de la déchéance sociale comme celle provoquée par l’alcool ou la dépression. En tout cas vers tout sauf vers une véritable instruction.

Mais le pire, l’abominable, fut dans les années 60-70, c’est-à-dire à notre période contemporaine, ce qu’on appelle « l’affaire des stérilets ». Le Danemark avait organisé une campagne de pose de stérilets, très souvent sans consentement des jeunes filles et des femmes, afin de limiter la croissance démographique dans les populations autochtones. 

Nous étions là dans le domaine des abominables exploits du nazisme. Les témoignages des femmes de cette époque sont édifiants. Certaines disent qu’elles ont mis longtemps à comprendre l’origine de leur stérilité.

La population du Groenland avait fini par accepter l’accord avec le Danemark pour une autonomie partielle. Des représentants locaux élus et institutions lui permettent de vivre une relative autonomie, le Danemark restant souverain pour la diplomatie et la défense.

Intégrés dans l’Union européenne, les Groenlandais sont divisés entre leur souhait d’obtenir leur indépendance totale et celui d’être protégés militairement et financés pour une partie de leur dépendance économique. Il est évident que le souhait d’indépendance l’emportera un jour ou l’autre.

Nous voilà revenus à l’actualité du moment. Imaginez la tête des populations locales lorsqu’un loufoque excité vient leur dire qu’il les achète, eux et leur terre natale, pour garantir la sécurité des Etats-Unis. Eux qui avaient pourtant signé des accords pour la localisation de bases américaines, autant qu’ils le souhaitaient ainsi que des partenariats économiques qui auraient largement alimenté l’appétit du démon américain pour l’argent.

Les Groenlandais ont exprimé majoritairement leur refus d’être achetés, en paquet avec leur pays, comme un hamburger. Ils avaient avalé l’histoire peu joyeuse avec le Danemark et finalement y ont trouvé un moindre mal avec la protection de l’Europe et de l’Otan ainsi qu’un financement qui n’était pas des moindres avantages.

Ils avaient le meilleur refuge possible en attendant ce qu’ils désirent le plus, d’une manière majoritaire dans la population, leur indépendance.

Par son offre, le bulldozer Trump leur propose une annexion définitive. Ils n’auraient ni la prospérité ni l’honneur d’une perspective d’une souveraineté chèrement espérée depuis des siècles.

J’attends que Donald Trump revendique l’annexion de la Place d’armes à Oran. Toute son armée ne viendrait jamais à bout de nos farouches lions.

Je vous l’avais dit, le comique nous permet de prendre de la distance envers ce qui est dramatique et folle aventure. 

Boumediene Sid Lakhdar

PS : on entend souvent le terme « esquimau » pour le nom des habitants du Grand Nord. Un habitant du Groenland vous rectifiera (s’il parle en français) en vous disant qu’il est d’origine Inuit et que l’appellation « esquimau » est le nom qui leur a été donné par les Danois ou les Français et qui leur semble être connoté de mépris. Ce qui est vrai mais j’invite cependant le lecteur à m’en préciser le sens exact car ma connaissance peu érudite est peu assurée par la profusion de traductions que j’ai pu lire.

Méfiez-vous de la première proposition, même si elle est répétée, qui vous tombe sous les yeux.

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Oxfam dénonce des participants au FEM de Davos

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Sommet de Davos

Oxfam pointe les dangers environnementaux de la concentration de ressources et de pouvoir dans les mains de quelques milliers de personnes, dont plusieurs participeront au forum de Davos, chercheront cette année un plus grand dialogue et pourraient même faire les premiers pas dans la mise en place d’une nouvelle ère de colonialisme.

Comme il le fait annuellement avant la tenue du forum de Davos qui se tient du 19 au 23 janvier, Oxfam a publié le 9 janvier dernier un texte dénonçant une des multiples facettes de l’irresponsabilité de ses participants.

Cette année, il s’est attaché à démontrer que le budget carbone pour 2026 des personnes incluses dans la tranche de 1 % des plus riches, soit une des clientèles principales visées par le Forum économique mondial (FEM), a été épuisé en seulement 10 jours. Ce budget carbone serait la quantité de CO₂ émis tout en respectant la limite de +1,5 °C de réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle. Baptisé la Journée des Pollutocrates, le 10 janvier 2026 représenterait donc à quel point les ultra-riches sont disproportionnellement responsables de la crise climatique. Les 1 % les plus riches devraient réduire leurs émissions de 97 % d’ici 2030 pour rester sous la barre des +1,5 °C.

Ces ultra-riches investiraient aussi massivement dans les industries les plus polluantes et chaque milliardaire détiendrait un portefeuille d’investissements moyen incluant des entreprises qui produiraient 1,9 million de tonnes de CO₂ par an.

Les émissions générées par ceux-ci pourraient, selon Oxfam, provoquer des vagues de chaleur qui ont le potentiel d’entraîner environ 1,3 million de décès d’ici la fin du siècle. Des décennies de surconsommation de ces individus pourraient aussi créer des dommages économiques de 44 000 milliards de dollars d’ici 2050 pour les pays à revenu faible ou intermédiaire.

Coopération mondiale à Davos ? 

Loin des potentiels dommages que pourraient causer, selon Oxfam, plusieurs de ses participants, le programme du FEM tente pour sa part de renouveler en 2026 le dialogue entre les diverses parties prenantes mondiales alors que s’érode la confiance dans les normes et alliances planétaires. 

Ceux-ci devraient chercher lors de ce Forum des manières de mieux coopérer pour trouver de nouvelles sources de croissance, de meilleures manières d’investir dans leur capital humain, de déployer de manière responsable des innovations d’ampleur mondiale dans un monde plus compétitif, pour y créer de la prospérité pour tous.

Le président américain Donald Trump est attendu à ce FEM dont l’ordre du jour aurait été débarrassé de thématiques trop wokes selon le Financial Times. Ce dernier y présentera sa vision autocratique du monde dans laquelle il affirme que le droit international ne constitue pas une limite opérationnelle à l’action des États-Unis et que sa seule contrainte réside dans sa propre moralité, une rupture avec les cadres juridiques multilatéraux existants.

Il y présentera une nouvelle ère où les lois internationales protégeant les nations ne sont que de simples politesses internationales. Le potentiel que soient fait les premiers pas menant à un monde rendant sa grandeur au colonialisme et créant de nouveaux empires claniques divisant la planète en espaces soumis, à gérer en fonction de leur rentabilité, n’est pas à négliger à la suite des discussions à Davos.

Faire payer les participants au FEM

Certaines des décisions qui pourraient êtres prises au FEM ont donc le potentiel de mettre en scène un nouvel ordre mondial fascisant qui pourrait être une menace a de nombreux peuples du monde. Une internationale d’extrême droite à l’échelle des pays occidentaux pourrait anéantir les ambitions citoyennes à construire un monde plus protecteur de la planète et plus juste.

À l’opposé de cette possibilité, Oxfam demande pour sa part un soutien actif aux négociations pour une Convention fiscale internationale à l’ONU et plus généralement une hausse des impôts des ultra-riches en taxant les profits excessifs des entreprises fossiles et ceux des super-pollueurs. L’ONG affirme qu’appliquée aux 585 compagnies des énergies carbonées, dont beaucoup participeront au FEM, cette taxe pourrait rapporter jusqu’à 400 milliards de dollars dès la première année.

Dénonçant aussi le pouvoir d’influence des participants au FEM, Oxfam affirme que les 1 600 lobbyistes des entreprises fossiles lors du sommet de la COP30 au Brésil dépassaient en nombre celui de toutes les délégations, à l’exception du pays hôte.

Des situations de ce genre permettraient d’exercer une influence injuste sur les politiques publiques et d’affaiblir les négociations climatiques, selon la responsable du plaidoyer climat chez Oxfam International, Nafkote Dabi. Elle commente à ce sujet qu’en s’attaquant à l’irresponsabilité climatique des ultra-riches, les dirigeants de la planète pourraient avoir la capacité de remettre le monde sur la voie des objectifs climatiques. Ils pourraient même générer des bénéfices nets pour leurs populations et la planète.

Oxfam rappelle finalement que la plus haute juridiction mondiale, soit la Cour internationale de justice (CIJ), a récemment confirmé que les États ont l’obligation légale de réduire leurs émissions pour protéger les droits universels à un environnement sain, à la santé, à l’alimentation et à la vie.

Michel Gourd

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Yennayer dans les Aurès : des traditions qui résistent au temps

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Femme chaouia
Femme chaouie. Crédit Photo : DR

Selon diverses acceptions, Yennayer correspond au premier jour du calendrier agraire utilisé par les Imazighen depuis plusieurs siècles. Il fait également référence au début du calendrier julien, adopté dans la Rome antique et décalé de treize jours par rapport au calendrier grégorien.

Depuis le renversement du pharaon égyptien Ramsès II par Chichnaq, roi de la vingt-et-unième dynastie, les communautés amazighes célèbrent chaque année cet événement historique. Dans la région des Aurès, les familles chaouies, notamment celles installées dans les zones montagneuses comme Inoughissen, Ichemoul, Ighzer n’Taka, Blihoud, Hamar Khadou, Arris, Ali Nmer et toute la vallée de Ighzer Amellal, se préparent à fêter Yennayer avec autant de ferveur que l’Aïd el-Fitr, l’Aïd el-Adha ou le Nouvel An islamique, mais selon des coutumes propres, qui s’étendent sur trois jours : les 12, 13 et 14 du mois de Yennayer.

Le premier jour est consacré au renouvellement de la vaisselle en terre cuite, en particulier des tajines encore utilisés aujourd’hui, remplacés par de nouveaux modèles fabriqués par les femmes à partir d’un argile spécifique. Les hommes, quant à eux, repeignent les murs des maisons en argile blanche et nettoient les foyers en retirant toute la cendre pour la remplacer par de la terre fraîche. Les murs des chambres sont ensuite frottés avec de l’herbe verte, symbole d’une année fertile, prospère et pleine d’espoir.

La matriarche de la famille porte les trois anciennes pierres du foyer dans un panier en palme, accompagnée de tous les membres de la famille, jusqu’à un lieu proche du domicile. Les anciennes pierres sont jetées et trois nouvelles sont choisies et replacées dans le panier pour revenir à la maison. Avant d’installer ces nouvelles pierres, on les retourne pour observer ce qu’elles contiennent : la présence de nombreuses fourmis est interprétée comme un présage d’abondance en moutons et chèvres pour l’année à venir, tandis que la présence de certains insectes de grande taille annonce une année riche en bovins, chevaux et autres animaux domestiques de grande taille. Malgré le caractère superstitieux de ces pratiques, elles se vivent avec sincérité dans une société qui remet tout à Dieu.

La soirée du 13 Yennayer est marquée par un dîner familial exceptionnel. Les familles se réunissent autour d’un plat de tashekhchoukht épicée au dindon et aux œufs durs, ou d’un couscous aux mêmes ingrédients, accompagné de refiss préparé à l’orge, de grains de grenade et de beurre maison produit localement après barattage du lait.

Pour ravir les enfants, on distribue également des fruits secs locaux, comme des figues ou des grenades, ainsi que des noix et des amandes. La soirée se déroule autour de la grand-mère, qui raconte des histoires et des légendes transmises de génération en génération, captivant l’auditoire et transmettant des valeurs fortes : attachement à la terre, générosité, aide aux nécessiteux, et bien d’autres leçons de vie, comme dans les récits de Smimeaa, Sidi Aissa, les sept filles ou Bshkarakr.

Les festivités se poursuivent jusqu’au 14 Yennayer, immuables malgré les bouleversements technologiques modernes : téléphones portables, Internet ou antennes paraboliques n’ont pas effacé ces traditions de la mémoire des habitants des Aurès. Pour eux, maintenir ces coutumes est un moyen de préserver leur identité et de se souvenir des exploits des ancêtres, de Chichnaq à Jugurtha, de Massinissa à Juba Ier et II, jusqu’à la Kahina (Dihya) et d’autres héros dont les noms restent gravés dans les mémoires.

Djamal Guettala 

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Saint-Denis célèbre le Nouvel An amazigh : soirée d’ouverture pour Yennayer 2976

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Saint Denis fête Yennayer

À la veille de la célébration du Nouvel An amazigh, la commune nouvelle de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis, France), en partenariat avec Pierrefitte-sur-Seine, organise une soirée d’ouverture officielle pour Yennayer 2976. Cet événement, prévu le lundi 12 janvier 2026 à 18h30, lance une semaine d’animations culturelles dédiées à la culture berbère (amazighe).

Mathieu Hanotin, maire de Saint-Denis, et Michel Fourcade, maire délégué de Pierrefitte-sur-Seine, convient les habitants à cette soirée placée sous le signe du partage et de la convivialité.

La soirée comprendra notamment un concert du groupe Amzik, pour un moment musical partagé.

Lieu : Hôtel de Ville de Saint-Denis – Salle des mariages

2, place Victor-Hugo, 93200 Saint-Denis

Yennayer, qui signifie « le mois de janvier » en tamazight, célèbre le renouveau et symbolise la résistance millénaire des peuples amazighs. L’année 2976 correspond au calendrier amazigh.

Cette fête, de plus en plus visible en France, rassemble les communautés autour de la musique, des traditions et du vivre-ensemble, notamment dans une ville cosmopolite comme Saint-Denis.

La semaine Yennayer 2976, qui se déroulera du lundi 12 au samedi 17 janvier 2026, proposera diverses animations : ateliers, concerts et expositions, organisés par la Ville et des associations locales.

Assegwas ameggaz i yal imaziɣen !

Bonne année amazighe 2976 à tous ! Que cette nouvelle année apporte paix, joie et fierté à l’ensemble des Imazighen.

Sources : invitation officielle de la mairie de Saint-Denis, agenda communal.

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L’État ouvre la voie à une régularisation encadrée des migrants algériens en situation irrégulière

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Conseil des ministres
Tebboune appelle les harragas à rentrer. Crédit photo : APS

La réunion du Conseil des ministres présidée par Abdelmadjid Tebboune a été marquée par une décision politique significative concernant les Algériens établis à l’étranger en situation irrégulière, communément désignés comme harraga.

En parallèle des dossiers économiques et sectoriels examinés, cette mesure constitue l’un des faits majeurs de la rencontre, tant par sa portée sociale que par son message politique.

Une réponse politique à une situation sociale persistante

S’adressant directement à cette frange de la jeunesse algérienne, le président de la République a décrit des parcours souvent marqués par la précarité, l’isolement et l’exploitation. Selon l’exécutif, nombre de ces migrants n’ont pas commis de crimes graves, mais se retrouvent bloqués à l’étranger à la suite de départs irréguliers, parfois motivés par la peur de procédures administratives ou judiciaires mineures.

Dans ce contexte, le Conseil des ministres a décidé de procéder à la régularisation de leur situation, sous réserve d’un engagement formel à ne pas récidiver. Cette décision s’inscrit dans une approche présentée comme à la fois humanitaire et sécuritaire, visant à mettre fin à des situations de vulnérabilité prolongée tout en réaffirmant l’autorité de l’État.

Un dispositif strictement encadré

La mise en œuvre de cette mesure sera assurée par les représentations consulaires algériennes à l’étranger, chargées d’accompagner les personnes concernées jusqu’à leur retour en Algérie. Le gouvernement insiste sur le caractère ciblé de la régularisation, qui ne saurait être assimilée à une amnistie générale.

Sont explicitement exclus du dispositif les individus impliqués dans des crimes graves, notamment les atteintes volontaires à la vie, le trafic de stupéfiants, le commerce d’armes, ainsi que toute collaboration avec des services de sécurité étrangers portant atteinte aux intérêts nationaux. Cette exclusion vise à préserver l’équilibre entre considérations sociales et impératifs de sécurité.

Un message adressé à la jeunesse et à l’opinion publique

Au-delà de son volet administratif, cette décision revêt une dimension politique assumée. Le chef de l’Etat a dénoncé l’instrumentalisation du phénomène migratoire à des fins de déstabilisation et de discrédit de l’image du pays, estimant que certains discours exploitent les chiffres de l’émigration clandestine pour alimenter un climat de défiance.

En ouvrant la voie à une régularisation conditionnelle, l’exécutif cherche à désamorcer cette lecture tout en adressant un signal à la jeunesse : celui d’un État disposé à accompagner le retour, mais sans banaliser l’irrégularité ni encourager de nouveaux départs. Cependant, il faut rappeler que les conditions produisant les effets, cet appel aura peu de résonnance auprès de cette jeunesse dont les motifs d’exil sont essentiellement le pouvoir en place, ses pratiques autoritaires et l’absence totale de perspectives économiques sérieuses et de détente.

Les autres dossiers examinés en arrière-plan

Cette décision est intervenue dans un Conseil des ministres également consacré à des dossiers structurants. Le président a notamment insisté sur l’accélération de la numérisation des administrations, appelée à devenir un outil central de gouvernance et de détection des dysfonctionnements. Le secteur agricole a, quant à lui, fait l’objet d’orientations visant à améliorer les rendements, réduire la dépendance aux importations et sécuriser l’approvisionnement du marché national.

Enfin, pour la campagne agricole 2025-2026, l’objectif d’extension des surfaces cultivées à trois millions d’hectares a été réaffirmé, avec une attention particulière portée à l’importation d’équipements destinés à la récolte.

Samia Naït Iqbal

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Dette intérieure et équilibre budgétaire : les options retenues par les autorités

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Ministère des Finances
Le ministère des Finances.

Dans une réponse écrite adressée à un député de l’Assemblée populaire nationale, le ministère des Finances a détaillé les orientations retenues par les pouvoirs publics pour contenir le déficit budgétaire et assurer le paiement de la dette intérieure, tout en écartant le recours à l’impression monétaire.

Sur la question du déficit public, le ministère indique que la stratégie gouvernementale repose sur une réduction progressive, sans viser une suppression totale du déséquilibre budgétaire. L’objectif affiché est plutôt d’en maîtriser le niveau et l’usage, afin qu’il soutienne l’activité économique sans fragiliser les équilibres financiers.

Parmi les principaux leviers évoqués figurent la réforme du système de subventions, appelée à mieux cibler les ménages réellement concernés, l’élargissement de l’assiette fiscale et l’amélioration du recouvrement de l’impôt. Les autorités misent également sur une gestion plus rigoureuse des dépenses publiques, en privilégiant les projets jugés utiles sur les plans économique et social.

Le ministère insiste sur le fait que le déficit n’est pas considéré comme un indicateur négatif en soi, dès lors qu’il finance des investissements productifs et contribue à la croissance et à l’emploi. Dans cette perspective, les autorités visent un retour à un déficit jugé soutenable, autour de 10 % du Produit intérieur brut (PIB) à l’horizon 2028.

S’agissant de la dette intérieure, le ministère rappelle qu’elle constitue un outil courant de financement de l’État. Contractée en monnaie nationale et auprès d’acteurs locaux, elle permet de limiter la dépendance vis-à-vis de l’endettement extérieur et de réduire les risques liés aux variations de change. Elle joue également un rôle de référence pour le financement bancaire et offre aux épargnants des placements considérés comme sûrs.

Pour rassurer sur la capacité de remboursement, le ministère souligne que la dette intérieure est étalée dans le temps, avec des échéances s’étendant jusqu’en 2048. Son service s’effectue principalement par le biais des émissions régulières sur le marché des titres du Trésor, sans recourir à des mécanismes exceptionnels.

Le recours au financement non conventionnel, utilisé entre 2017 et 2019, est explicitement écarté. Cette option, fondée sur la création monétaire, a été gelée depuis la mi-2019 et n’est plus envisagée dans le cadre actuel de la politique financière.

En parallèle, le ministère indique travailler à la diversification des sources de financement. L’émission de sukuk souverains, prévue par la loi de finances 2025, est présentée comme une alternative destinée à mobiliser l’épargne nationale, y compris celle des particuliers. Le recours encadré aux avances de la Banque d’Algérie est également évoqué, dans des limites strictes visant à préserver la stabilité monétaire.

Enfin, les autorités affirment vouloir renforcer la gestion de la dette publique, en veillant à ce que les projets financés génèrent une activité suffisante pour en assurer le remboursement. Cette approche, combinant prudence budgétaire et soutien à l’investissement, est présentée comme le socle de la politique financière à moyen terme.

La rédaction

Lien vers la page Facebook du député Beldjilali Ahmed, auteur de la question écrite adressé au ministre des Finances 

https://www.facebook.com/100068237037023/posts/pfbid0UsnkhiarvXPcHkv1yx8picNyBF88iVPNzPtKv4uBdZ7ttDK4PndvPEaBMqBP5A5Pl/?mibextid=CDWPTG

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Sonatrach perd son arbitrage face à Sunny Hill Energy : les dessous d’un revers stratégique

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Sonatrach
Sonatrach essuie un autre échec sur un marché rompu.

​Près de cinq ans après avoir résilié unilatéralement le contrat de partage de production sur le périmètre d’Isarene, le géant public algérien Sonatrach vient d’essuyer une défaite judiciaire majeure.

Un tribunal arbitral international a condamné la compagnie à indemniser son ex-partenaire britannique, Sunny Hill Energy qui réclame plus d’un milliard de dollars en compensation des investissements consentis dans le projet.

L’épilogue juridique est tombé le 9 décembre 2025. Dans un communiqué, la société britannique Sunny Hill Energy a confirmé avoir obtenu gain de cause dans la procédure d’arbitrage international qui l’opposait à Sonatrach.

Le litige portait sur l’éviction, en avril 2021, de la firme britannique du projet gazier d’Aïn Tsila, situé dans le bassin d’Illizi, au sud-est de l’Algérie.

​Un arbitrage en faveur du partenaire évincé

Le tribunal arbitral a tranché : la décision de Sonatrach de mettre fin au contrat de partage de production (CPP) de manière unilatérale a été jugée infondée. À l’époque, la compagnie nationale algérienne justifiait cette mesure par les « manquements » répétés de Sunny Hill (via sa filiale Petroceltic) à ses obligations de développement. De son côté, la société britannique dénonçait une « expropriation injustifiée » d’un actif dans lequel elle affirmait avoir investi des centaines de millions de dollars.

​Si le montant exact des dommages-intérêts accordés reste couvert par la confidentialité des procédures arbitrales, les intentions affichées par Sunny Hill Energy donnent une indication de l’ampleur de la somme.

La compagnie a annoncé son intention d’utiliser ces fonds pour solder l’intégralité de ses dettes obligataires (« Junior Notes »), soit un montant avoisinant les 290 millions de dollars.

Quelle réaction pour Alger ?

Du côté de la rue Ahmed Ghermoul, le silence reste de mise. Traditionnellement, Sonatrach explore toutes les voies de recours, notamment le recours en annulation devant les tribunaux civils du siège de l’arbitrage (Genève ou Paris). Toutefois, ces procédures suspendent rarement l’exécution financière de la sentence et n’aboutissent que très rarement à une inversion du jugement sur le fond.

Rappel des faits

​Le Projet : le champ d’Aïn Tsila est l’un des plus grands gisements de gaz du sud-est algérien. Sunny Hill Energy en détenait une participation de 38,25 %.

En 2021, Sonatrach avait résilié le contrat, invoquant un manquement de la société britannique à ses obligations de développement. Sunny Hill avait alors dénoncé une « expropriation sans compensation » et réclamait initialement plus d’un milliard de dollars de dédommagement.

Impact pour Sonatrach

​Cette décision marque un tournant, car elle contredit la position de force affichée par la compagnie nationale algérienne au moment de la rupture du contrat.  Bien que Sonatrach ait depuis réussi à mener le projet d’Aïn Tsila vers la phase de production en solo,  elle doit désormais s’acquitter d’une facture importante pour solder ce litige.

Samia Naït Iqbal

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« Plume et le peuple de feu » : Fanette Lallier raconte la quête des racines et de l’identité

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Plume et le peuple de feu
Plume et le peuple de feu

Après une longue exploration de ses origines, Fanette Lallier, née sous X à Marseille en 1974, signe Plume et le peuple de feu, une nouvelle intense et poétique qu’elle dédie à tous les enfants placés. Cette œuvre, à la fois intime et universelle, mêle mémoire familiale, culture kabyle et quête identitaire, transformant le parcours personnel de l’autrice en un récit lumineux et profondément humain.

Plume, héroïne de la nouvelle, grandit dans la montagne kabyle sous la protection de Messoud, figure paternelle choisie et pilier de son enfance. Dotée de dons mystérieux – soigner avec la terre, percevoir le feu, danser en transe – elle est guidée par Malaka, matriarche et gardienne des secrets du « peuple de feu ». Chaque geste, chaque parole de Malaka est chargé d’héritage, de responsabilité et de mémoire, préparant Plume à la rencontre de sa famille biologique.

La révélation centrale est à la fois délicate et puissante : Mia, installée à Aubagne avec son mari Hakim et leurs neuf enfants, est la grand-mère biologique de Plume et fille de Malaka. Salima, mère biologique de Plume, porte depuis dix-huit ans un secret et un mal de vivre liés à l’abandon de sa fille. La confrontation des trois générations – Plume, Salima et Mia – permet une réconciliation immédiate, libérant les fantômes du passé et réaffirmant l’importance des racines, de la filiation et de la famille choisie. Messoud reste à leurs côtés, protecteur et garant de l’amour inconditionnel.

Une quête enracinée dans la réalité

« J’ai voulu raconter ce que signifie être née sous X, vivre l’abandon et chercher ses racines », explique Fanette Lallier. « Plume est une fiction, mais son parcours reflète le vécu de nombreux enfants placés ou adoptés. La Kabylie et le peuple du feu sont à la fois un cadre symbolique et un refuge protecteur. »

Le récit transporte le lecteur dans les montagnes du Djurdjura, au cœur de rituels féminins autour du feu, de chants et de transes, où la force féminine et la transmission culturelle sont essentielles. Chaque scène est décrite avec un soin quasi cinématographique : les flammes dansantes, la magie des plantes, le toucher des mains et les gestes silencieux deviennent autant de véhicules d’émotions et de mémoire.

De la Kabylie à Aubagne : l’exil et la modernité

Fanette Lallier juxtapose la Kabylie ancestrale à la vie contemporaine en France. La maison de Mia à Aubagne devient un espace vivant où tradition et modernité se côtoient : semoule au miel partagée, bains, jeux des enfants, et même une machine à laver en plastique qui symbolise réussite et adaptation. La communication entre Mia et ses petits-enfants, souvent silencieuse, repose sur les regards et les gestes – héritage direct du « don » de Malaka – soulignant la puissance des liens familiaux et de l’héritage invisible.

Magie, silence et transmission

Le don de transmission silencieuse est central. Mia et Malaka communiquent par l’émotion et le regard, au-delà des mots, incarnant la force des liens familiaux et la transmission culturelle. L’écriture de Lallier est à la fois poétique et réaliste, rythmée par la tension de la quête identitaire et l’intimité des scènes domestiques, mêlant suspense, tendresse et sensibilité.

Des chiffres qui frappent

La nouvelle évoque aussi la réalité sociale : plus de 140 millions d’orphelins dans le monde, 700 naissances sous X chaque année en France, et 250 000 mineurs vivant en foyer. Ces chiffres donnent un poids universel à l’histoire, montrant que la fiction de Plume résonne avec le vécu de nombreux enfants abandonnés ou placés.

Style et valeurs humaines

Le style de Fanette Lallier se distingue par sa précision descriptive, son souffle cinématographique et son engagement émotionnel. Les valeurs centrales : résilience, transmission, force féminine et importance de la famille choisie et biologique. Le récit célèbre la réconciliation, la douceur et la reconnaissance des origines, offrant un « happy end » sensible et réaliste.

Un livre court mais dense

Avec seulement 48 pages, Plume et le peuple de feu condense un univers riche. Chaque geste, chaque regard, chaque détail magique est pensé pour immerger le lecteur dans un récit vibrant et vivant. La magie, le quotidien et les secrets de famille se côtoient pour créer un texte qui se lit comme un film.

En conclusion

Fanette Lallier signe un texte qui dépasse la fiction : un hommage à la Kabylie, à la famille et à tous les enfants qui cherchent leurs racines. Par son écriture sensible, elle transforme l’abandon en célébration des liens humains, choisis ou retrouvés. Plume et le peuple de feu est un petit bijou de résilience, de poésie et d’humanité, qui trouvera sa place auprès des lecteurs attentifs à l’histoire, aux traditions et à la quête identitaire.

Djamal Guettala 

Plume et le peuple du feu de Fanette Lallier. Éditeur : Autoédition. Décembre 2025

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France : l’exécutif Lecornu agite le spectre de législatives anticipées

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Macron Lecornu
Lecornu menace de législatives en même temps que les municipales. Crédit photo : DR

La colère des agriculteurs français toujours à son maximum au lendemain de l’adoption par l’Union européenne de l’accord de libre échange avec le Mercosur. Bien que Paris ait finalement voté contre, l’exécutif français est tenu responsable de ce revers par les oppositions. Le Rassemblement national et La France insoumise (LFI) ont déposé des motions de censure contre le gouvernement. Mais Emmanuel Macron a fait savoir vendredi soir que si le gouvernement tombait, il convoquerait des législatives anticipées.

Pour signifier qu’il ne s’agit pas d’une menace en l’air, des détails ont même filtré : le Premier ministre Sébastien Lecornu a demandé au ministère de l’Intérieur de préparer des législatives anticipées pour les 15 et 22 mars prochains, soit en même temps que les deux tours des élections municipales.

Le chef du gouvernement avait fustigé vendredi « les postures cyniques » des oppositions qui ralentissent la reprise des débats sur le budget 2026, toujours pas validé. Une communication complétée donc par cette déclaration d’intention qui a fuité de l’Élysée vendredi soir.

Macron et Lecornu font bloc

Le duo Macron-Lecornu montre donc qu’il fait bloc dans l’adversité alors que ces derniers jours, des dissensions avaient été rapportées dans la gestion du dossier du Mercosur. Il prépare aussi la difficile reprise des débats sur le budget, car l’avertissement lancé par l’Élysée et Matignon concerne autant ce sujet que les deux motions de censure autour de la crise agricole.

Il s’agit pour le Premier ministre d’abord de réduire le risque d’une adoption des motions de censure du RN et de LFI qui seront examinées entre mardi et mercredi prochains. Sébastien Lecornu a particulièrement élevé la voix vendredi contre ces formations politiques, fustigeant sur le réseau social X des « postures cyniques partisanes » qui « retardent les discussions budgétaires ». Il rappelle que les discussions sur le budget de 2026 sont « déjà bloquées par les mêmes partis politiques sur fond d’agenda électoral ». Or l’exécutif a promis que la France disposerait d’un budget en janvier.

Accentuer la pression sur les partis

Le lancement de préparatifs en vue d’élections anticipées « n’est pas une menace », assure la source au sein de l’exécutif, mais il accentue la pression sur ceux qui veulent un budget. Surtout, il semble faire le pari que ces partis politiques n’ont aucun intérêt à des législatives anticipées, à un peu plus d’un an de la présidentielle. Et qu’ils seront donc très réticents à censurer le gouvernement.

Le RN et les Insoumis ne sont guère impressionnés par la menace : « nous n’avons pas peur des élections », a répété Jean-Luc Melenchon vendredi soir. C’est beaucoup moins le cas en revanche des Républicains et des Socialistes, très critiques de la gestion française du Mercosur et qui bloquent les discussions budgétaires. Des législatives anticipées constitueraient pour eux une double menace : voir fondre leur présence à l’Assemblée mais aussi leur coûter cher aux municipales. Les deux partis ont de nombreuses mairies à défendre et endosser la responsabilité d’une nouvelle instabilité du pays pourrait plomber leurs ambitions.

RFI

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Nicaragua : après la chute de Maduro, Ortega procède à des dizaines d’arrestations puis se ravise

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Maduro et Ortega
Nicolas Maduro et Daniel Ortega.

Après l’enlèvement du couple présidentiel vénézuélien par les États-Unis, Rosario Murillo et Daniel Ortega, qui dirigent le Nicaragua d’une main de fer, sont en « état d’alerte ». Au moins 60 personnes ont été arrêtées dans le pays pour s’être réjouies de la capture de Cilia Flores et Nicolas Maduro. Le gouvernement a annoncé ce samedi 10 janvier des libérations.

En Amérique centrale, le couple d’autocrates Ortega-Murillo s’est montré discret après la chute de ses amis à Caracas. Mais il semblerait que les co-présidents du Nicaragua aient peu goûté la satisfaction affichée chez eux par certains. Selon l’organisation de défense des droits humains Monitoreo Azul y Blanco, « au moins 60 arrestations arbitraires » de personnes coupables d’avoir célébré l’enlèvement de M. Maduro sur Internet ou en privé se sont produites après le 3 janvier dans le pays.

Peur-panique à Managua

Avant ce samedi, 49 personnes restaient détenues « sans information sur leur statut légal », neuf personnes avaient été libérées après leur arrestation, et trois personnes se trouvaient encore en détention provisoire, de même source. « Cette nouvelle vague répressive s’exécute sans mandat judiciaire et se base uniquement sur l’expression d’opinions : commentaires sur les réseaux, célébrations privées », ou ne pas avoir fait sienne la propagande, toujours selon l’ONG.

Dès vendredi, la mission diplomatique américaine à Managua a fait le constat qu’au moment où le gouvernement intérimaire du Venezuela faisait « un pas important vers la paix en libérant un grand nombre de prisonniers politiques », face à la pression très forte exercée par Washington, au Nicaragua, « plus de 60 personnes [étaient] toujours injustement détenues ou portées disparues, parmi lesquelles des pasteurs, des travailleurs religieux, des malades et des personnes âgées ».

Le gouvernement du Nicaragua a finalement annoncé, samedi 10 janvier, la libération de « dizaines de personnes » « rentrées chez elles », sans pour autant préciser leur identité ou les motifs de leur détention. Via le site internet officiel 19 Digital, le pouvoir a simplement présenté ces libérations comme « le symbole » de son « engagement indéfectible en faveur du dialogue, de la paix et du droit de chacun à une coexistence familiale et communautaire respectueuse et sereine ».

Deux régimes de gauche aux dérives concomitantes dans le temps

Pour le média en ligne Confidencial animé depuis l’étranger, ces arrestations effectuées par « le bras répressif du régime » ont eu lieu dans le cadre d’un « état d’alerte » ordonné par la compagne de l’ancien guérillero, Mme Murillo, devenue co-présidente l’an passé. L’état d’alerte nicaraguayen concernerait « toutes les structures territoriales du Front sandiniste, à la suite d’un huis clos qui a eu lieu dans l’après-midi du 3 janvier 2026 à El Carmen, en l’absence de Daniel Ortega ».

Les menaces récentes de Donald Trump à l’encontre du régime castriste de Cuba ne sont pas de nature à apaiser la paranoïa des deux dirigeants sandinistes, idéologiquement construits sur le souvenir de l’interventionnisme américain à l’époque d’Augusto Calderon Sandino, inspirateur de leur révolution de 1979, lui-même assassiné en 1934. Battu dans les urnes à la fin de la guerre civile, en 1990, M. Ortega avait remporté la présidentielle en 2007, avant la dérive du régime.

Le Nicaragua est 172e sur 180 au classement de la liberté de la presse de l’ONG Reporters sans frontières, derrière la Russie, Cuba ou l’Égypte. Depuis la violente répression des manifestations étudiantes de 2018 par le président Ortega, une chape de plomb s’est abattue sur les journalistes dans ce pays. Victimes de la brutalité du pouvoir, ils sont empêchés de travailler, emprisonnés, voire déchus de leur nationalité. La plupart n’ont eu d’autre choix que de s’exiler.

Comme le rappelle l’Agence France-Presse, le Nicaragua occupe une place de choix dans la fresque de l’impérialisme en Amérique latine. En 1979, quand les sandinistes renversent Anastasio Somoza, le président des États-Unis Ronald Reagan, inquiet de l’alignement de Managua sur La Havane et l’URSS, autorise secrètement la CIA à apporter une aide de 20 millions de dollars aux Contras, les contre-révolutionnaires du pays, financée partiellement par la vente illégale d’armes à l’Iran.

Le régime fait partie des cibles principales de M. Trump. En décembre, son administration a annoncé de nouveaux droits de douane sur certains produits du Nicaragua à partir de 2027 en raison, selon Washington, de violations des droits du travail et des droits humains créant une « concurrence déloyale ». Les taxes devaient être introduites progressivement sur deux ans, à hauteur de 10% à partir de janvier 2027, puis de 15% au début de 2028, en plus des 18% déjà décrétés il y a des mois.

Des couples présidentiels aux trajectoires semblables

En août, alors que le dispositif de Washington pour attraper Nicolas Maduro commençait à se mettre en place au large du Venezuela, un avion Airbus A340 de la compagnie nationale Conviasa a fait plusieurs allers-retours à Managua. Or, c’est cet appareil qui avait acheminé le président vénézuélien en Russie, en mai. Des observateurs se sont ainsi demandé, à l’époque, si ce dernier ne préparait pas tout simplement son départ dans ce pays, ou la mise à l’abri de ses biens.

En 2018, lors d’une parade militaire, le président vénézuélien avait dû interrompre un discours après une détonation. Le lendemain à Managua, le Front sandiniste de libération nationale (FSLN) avait organisé un évènement public pour exprimer sa solidarité envers le dirigeant du Venezuela, qui a beaucoup aidé financièrement son homologue après son retour au pouvoir, en soutenant par exemple la rénovation du centre-ville, ou par l’intermédiaire du généreux programme Petrocaribe.

Au-delà de leur proximité idéologique et financière, ou de leur rapport à Cuba, les deux régimes de gauche hostiles à Washington ont un autre point commun, à savoir la place prédominante occupée par la première dame. Mme Murillo, auparavant vice-présidente de son mari, est un peu plus âgée que Cilia Flores, elle-même fervente chaviste, notamment présidente de l’Assemblée nationale entre 2006 et 2011, lorsque son mari était ministre des Affaires étrangères. 

Le 10 décembre dernier, lorsque les États-Unis avaient saisi dans les Caraïbes un navire transportant du pétrole vénézuélien à destination de La Havane, le gouvernement de l’île avait dénoncé l’« impact direct » que cela aurait sur son système énergétique. Les pays membres de l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (Alba), orientés à gauche, avaient alors approuvé la création d’un plan d’aide énergétique. La proposition émanait de M. Maduro, soutenu par le Nicaragua.

Avec RFI

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