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Visa américain : une caution financière jusqu’à 15 000 dollars pour les Algériens à partir de 2026

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Trump
Image par Barbara de Pixabay

À partir du 21 janvier 2026, les citoyens algériens qui souhaitent se rendre aux États-Unis pour le tourisme ou les affaires devront faire face à une mesure exceptionnelle : le paiement d’une caution financière pouvant atteindre 15 000 dollars. Cette décision, annoncée par le Département d’État américain, s’inscrit dans le cadre d’une politique globale visant à limiter les dépassements de séjour et à renforcer le contrôle migratoire.

Selon le communiqué officiel, l’Algérie fait désormais partie des 38 pays concernés par ce dispositif, majoritairement africains, asiatiques et latino-américains. La caution sera fixée au cas par cas, lors de la prise de rendez-vous consulaire, et pourra s’élever à 5 000, 10 000 ou 15 000 dollars.

Le mécanisme est strict. Les demandeurs doivent remplir l’ESTA I-352 et verser la caution uniquement via la plateforme officielle Pay.gov, après instruction directe d’un employé consulaire. Les autorités américaines précisent que le paiement ne garantit pas l’obtention du visa, et qu’aucun remboursement ne sera accordé si la somme est versée sans instruction préalable.

Outre cette mesure financière, des contraintes supplémentaires concernent l’itinéraire du voyage. L’entrée et la sortie des États-Unis seront limitées à trois aéroports : Boston, New York (JFK) et Washington Dulles. Tout manquement pourrait entraîner un refus immédiat d’accès.

Le remboursement de la caution est prévu uniquement dans trois situations : départ des États-Unis dans le respect de la durée légale du séjour, non-utilisation du visa avant son expiration, refus d’entrée à l’arrivée.

En cas de dépassement de séjour, la caution sera conservée intégralement par les autorités américaines.

Cette décision soulève déjà des inquiétudes sur le plan social et économique. Pour de nombreux Algériens, une caution de 10 000 à 15 000 dollars correspond à plusieurs années de revenus moyens, rendant l’accès aux États-Unis pratiquement impossible pour une large partie de la population. Les professionnels du tourisme et du commerce redoutent également un impact négatif sur les déplacements d’affaires et les échanges culturels.

Officiellement, le gouvernement américain invoque des raisons de sécurité et d’administration, en s’appuyant sur un rapport du Département de la Sécurité intérieure sur les dépassements de durée de visas. Mais pour plusieurs analystes, cette mesure est aussi un signal d’avertissement aux voyageurs issus de certains pays, traduisant une défiance accrue envers les citoyens de régions jugées à risque.

Pour l’Algérie, pays dont les liens touristiques et commerciaux avec les États-Unis sont limités mais croissants, cette mesure représente un obstacle supplémentaire. Les futurs voyageurs devront désormais prévoir un budget conséquent avant même de poser le pied sur le sol américain.

Le 21 janvier 2026 marquera l’entrée en vigueur de cette politique stricte, qui pourrait transformer radicalement l’accès des Algériens aux États-Unis. Entre formalités renforcées et caution élevée, seuls les mieux préparés pourront encore franchir l’Atlantique.

Djamal Guettala 

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Le Groenland, nouvelle cible de Trump, au mépris du droit international et des droits des peuples

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Le Groéland
Le Groeland convoité par Trump

Donald Trump, qui avait déjà en 2019 parlé d’acheter » le Groenland, a, le 4 janvier 2026, déclaré : « nous avons besoin du Groenland du point de vue de la sécurité nationale, et le Danemark ne sera pas en mesure de s’en occuper » devant des journalistes à bord d’Air Force One. Ce qui fait peser une grave menace sur ce territoire, au mépris du droit de ses habitants. Il a ajouté prévoir de s’en occuper dans « vingt jours » à « deux mois ». 

Mais pourquoi un tel appétit du président américain pour le Groenland ? 

Ce « pays vert », vaste territoire de près de 2,2 millions de kilomètres carrés, donc plus de 4 fois la France, est rattaché au Danemark de longue date, rattachement souvent mal vécu par les habitants. En effet, c’était même une colonie danoise jusqu’en 1953. En 1979, l’île a accédé au statut de « territoire autonome » et son économie dépend toujours fortement des subsides versés par Copenhague. Si certains Groenlandais réclament une autonomie plus grande, voire l’indépendance, et dénoncent une « colonisation » danoise (effectuée dès le XVIIIe siècle, par des missionnaires danois comme Hans Egede, surnommé « l’Apôtre du Groenland », fondateur de la ville de Nuuk, aujourd’hui la capitale du territoire), la population locale, 57 000 habitants, est dans une situation difficile, touchée par la dépression et le manque de perspectives d’avenir. 

Une île qui recèle des matières premières convoitées

Trump vise le Groenland pour plusieurs raisons majeures : ce territoire, à l’heure du réchauffement climatique, et de la fonte des glaces (sa calotte glaciaire a perdu 4,7 millions de milliards de litres d’eau depuis 2002), est devenu un espace de plus en plus convoité, pour ses réserves d’eau notamment, une eau très pure et qui pourrait rapporter beaucoup en la commercialisant. Certains entrepreneurs ont décidé de commercialiser cette eau, au même prix que des grands vins de Bordeaux ! Notamment la marque Inland Ice vend ses bouteilles d’eau du Groenland jusqu’à 12 euros l’unité, promettant une eau qui a « la pureté de la préhistoire » et « le goût d’il y a 100 000 ans » ! M. Vildersboll, un industriel qui exploite cette eau et qui travaillait auparavant dans l’industrie pétrolière, y voit là un « nouveau pétrole ».

Outre cet « or bleu », le Groenland regorge de richesses minières dans son sous-sol, comme le fer, le nickel, l’or, et les métaux rares, comme le cobalt, très convoités aujourd’hui car nécessaires à la fabrication des téléphones portables. Jeff Bezos et Bill Gates sont intéressés depuis plusieurs années, ayant lancé des forages près de la baie de Disko, dans le sud-ouest du pays. 

L’île contient également de l’uranium (crucial pour l’énergie nucléaire), un gisement de rubis, et de la farine de roche, boue riche en limon, nouvel eldorado car elle pourrait selon les recherches de géologues danois, aider à rendre fertile des terres arides dans le monde. Enfin, le Groenland recèle d’importants gisements de sable, générateurs de richesse, car le sable est très convoité pour la construction de bâtiments.

Par ailleurs, à l’heure du réchauffement climatique, le Groenland, dont le nom signifie « pays vert », pourrait tirer profit du réchauffement climatique pour être mise en culture agricole

Au centre d’enjeux géopolitiques majeurs

Le Groenland est aussi le centre d’enjeux géopolitiques majeurs : en effet, comme l’analyse Julien Bouissou, « dans une région qui fait officiellement partie de la sphère d’influence américaine depuis la doctrine Monroe de 1823, et la signature d’un traité entre Copenhague et Washington en 1951, l’industrie minière peut servir de cheval de Troie à l’influence chinoise ». L’île est convoitée à la fois par les États-Unis, la Russie et la Chine. Comme l’affirme Julien Bouissou (Le Monde, 28 juillet) « En 2018, le Groenland a (…) refusé un prêt chinois pour financer la construction de deux aéroports. Dans le même temps, Washington a avancé ses pions. En 2020, les États-Unis, qui disposent déjà sur place, à Thulé, d’une base militaire avec des systèmes d’alerte avancés contre les missiles balistiques et d’une station de surveillance des satellites, ont ouvert leur premier consulat à Nuuk. » Le Groenland occupe une position stratégique dans l’Arctique, clé pour la défense antimissile et la surveillance aérospatiale (des bases comme Pituffik sont déjà utilisées par les États-Unis). Une présence accrue des forces militaires américaines sur l’île renforcerait le contrôle américain face à la Russie et surtout à la Chine, qui s’intéressent également à l’Arctique.

De plus, l’île se situe proche de la nouvelle « Route du Nord » qui permettrait, grâce à la fonte des glaces de l’Arctique, aux navires cargos porte-conteneurs venus de Chine de faire le trajet vers l’Europe plus rapidement que par les routes maritimes jusque-là existantes. 

Vers une « exception environnementale » ? 

Toutefois, en juillet 2021, le gouvernement autonome du Groenland, dirigé par une majorité écologiste, a décidé d’interdire l’exploration et l’exploitation pétrolières sur l’île, pour éviter de porter atteinte à l’environnement naturel. C’est une décision historique, un renversement copernicien, qui consiste à faire passer les impératifs écologiques avant ceux du profit économique. Mais ce raisonnement pourra-t-il tenir, face aux appétits mercantiles et géopolitiques, et notamment ceux de Trump ? En tout cas, la Première ministre danoise Mette Frederiksen s’est élevée avec fermeté contre les propos du président états-unien : « Je demande instamment aux États-Unis de mettre fin à leurs menaces contre un allié historique et contre un territoire et un peuple qui ont clairement fait savoir qu’ils n’étaient pas à vendre ». Elle a martelé : « Il est tout à fait absurde de dire que les États-Unis devraient prendre le contrôle du Groenland » et ajouté « Si les États-Unis choisissent d’attaquer militairement un autre pays de l’OTAN, alors tout s’arrête. »

Violation de la Charte de l’ONU

Ces menaces de Trump sur l’intégrité territoriale du Groenland sont en violation flagrante de la Charte de l’ONU. En effet, cette dernière énonce au cœur de son dispositif la prohibition du recours à la force : « Tous les Membres doivent s’abstenir, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’usage de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État » (Article 2.4). Ce principe constitue la pierre angulaire du système onusien et conditionne la légalité de toute opération militaire transfrontalière, sauf exceptions strictes : autorisation du Conseil de sécurité en vertu du Chapitre VII ou exercice du droit de légitime défense collectif/individuel reconnu par l’article 51.

Le droit international et les déclarations de l’Assemblée générale ont systématisé l’exigence selon laquelle les États doivent respecter l’indépendance politique et la territorialité d’autrui, et s’abstenir d’intervenir, directement ou indirectement, dans les affaires intérieures d’un autre État. La « Déclaration sur les principes des relations amicales », par la résolution 2625 (XXV) de 1970, formule de façon consolidée ces obligations, notamment l’interdiction d’organiser ou d’encourager des incursions armées, d’appuyer des forces irrégulières et l’interdiction d’acquérir du territoire par la force. 

Un impératif : défendre l’intégrité territoriale du Groenland et les droits de ses habitants

Le multilatéralisme, sur lequel s’est bâti le monde depuis 1945 avec l’ONU, prévoit que les conflits entre États et les mesures graves affectant la paix et la sécurité internationales doivent être traités par les organes compétents de l’ONU : le Conseil de sécurité (autorisation de recours à la force, maintien/restauration de la paix) et l’Assemblée générale (prise de positions politiques, appel aux États membres). L’action unilatérale menée par les États-Unis aujourd’hui, qui contourne les mécanismes onusiens, fragilise la légitimité du système et viole tous les principes du multilatéralisme et de l’ONU. Il est donc impératif que les États démocratiques s’opposent à ces velléités expansionnistes des États-Unis et réaffirment la primauté des principes du multilatéralisme onusien ! 

Chloé Maurel, historienne, spécialiste de l’ONU

Cette chronique est réalisée en partenariat rédactionnel avec la revue Recherches internationales à laquelle collaborent de nombreux universitaires ou chercheurs et qui a pour champ d’analyse les grandes questions qui bouleversent le monde aujourd’hui, les enjeux de la mondialisation, les luttes de solidarité qui se nouent et apparaissent de plus en plus indissociables de ce qui se passe dans chaque pays.

Site : http://www.recherches-internationales.fr/ 

https://shs.cairn.info/revue-recherches-internationales?lang=fr

Mail : recherinter@paul-langevin.fr 6, av. Mathurin Moreau; 75167 Paris Cedex 19

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Les États-Unis annoncent avoir «saisi» un pétrolier russe dans l’Atlantique Nord

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Pétrolier saisi
Pétrolier russe saisi par les USA.

Les États-Unis ont annoncé mercredi 7 janvier avoir « saisi » dans l’Atlantique Nord un pétrolier battant pavillon russe poursuivi depuis plusieurs jours par les garde-côtes américains dans le cadre du blocus de Washington visant des pétroliers liés au Venezuela. 

Peu après, Washington a également annoncé l’interception, en mer des Caraïbes, d’un navire de transport d’hydrocarbures « sans pavillon » et visé par des sanctions américaines, qui va être escorté vers les États-Unis.

C’est une véritable opération militaire digne de la Guerre froide qui s’est déroulée en plein Atlantique Nord. Entre l’Écosse et l’Islande, la marine américaine a débarqué à bord du Bella 1 via un hélicoptère. Le pétrolier, suivi à la trace par les avions de patrouille maritime Poséidon américains, se dirigeait vers l’Arctique russe. L’opération américaine dans l’Atlantique Nord est intervenue quelques heures après des informations de presse selon lesquelles la Russie avait envoyé au moins un bâtiment de sa marine pour escorter le pétrolier. 

« Le ministère de la Justice et le ministère de la Sécurité intérieure, en coordination avec le ministère de la Guerre, ont annoncé aujourd’hui la saisie du Bella 1 pour violation de sanctions américaines », a écrit sur X le commandement militaire américain pour l’Europe, photo des garde-côtes à l’appui. Le ministère de la Défense britannique a annoncé avoir apporté un soutien opérationnel, « à la suite d’une demande d’assistance des États-Unis. »

« Le blocus du pétrole vénézuélien illégal et sanctionné est pleinement en place, partout dans le monde », a écrit sur X Pete Hegseth, le ministre américain de la Guerre. Washington considère que le pétrolier saisi mercredi n’avait pas de pavillon, a expliqué la porte-parole de la Maison Blanche, alors que Moscou affirme l’avoir autorisé temporairement à naviguer sous pavillon russe. « Il s’agit d’un navire de la flotte fantôme vénézuélienne qui a transporté du pétrole visé par des sanctions américaines. Ce navire a été déterminé comme étant sans pavillon après avoir navigué sous un faux drapeau, et il était visé par une ordonnance judiciaire de saisie. C’est pour cette raison que l’équipage sera poursuivi », a déclaré Karoline Leavitt à des journalistes.

Moscou a rapidement dénoncé l’usage de la force par Washington. « Conformément aux dispositions de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer de 1982, en haute mer s’applique le régime de liberté de navigation, et aucun État n’a le droit d’employer la force à l’encontre de navires dûment immatriculés dans la juridiction d’autres États », a déclaré le ministère russe des Transports. Il a précisé que le Marinera avait obtenu le 24 décembre une « autorisation provisoire » de naviguer sous pavillon russe et que lorsque les forces navales américaines sont montées à bord, « la communication avec le navire a été perdue ».

La Russie a également demandé aux États-Unis d’assurer le « retour rapide » dans leur pays des membres d’équipage russe se trouvant à bord. « Nous exigeons de la partie américaine qu’elle leur assure un traitement humain et digne, qu’elle respecte scrupuleusement leurs droits et leurs intérêts, et qu’elle ne fasse pas obstacle à leur retour rapide dans leur patrie », a indiqué le ministère russe des Affaires étrangères, cité par l’agence de presse TASS, sans préciser combien de Russes se trouvent à bord.

Une saisie qui attise vivement les tensions avec Moscou

Le Bella 1, son nom d’origine, est sous sanctions américaines depuis 2024 pour ses liens présumés avec l’Iran et le groupe chiite libanais Hezbollah. Rebaptisé depuis peu Marinera et battant désormais pavillon russe. Le nom et le statut exact du navire font l’objet de désaccords. Selon la ministre américaine de la Sécurité intérieure Kristi Noem, ce pétrolier a changé de pavillon et peint un nouveau nom sur sa coque « dans une tentative désespérée et vaine d’échapper à la justice. »

Il se trouvait mercredi vers 07H00 TU dans la zone économique exclusive de l’Islande, après une traversée de l’océan Atlantique dans les eaux internationales, selon les données de suivi maritime de Bloomberg. Il était poursuivi depuis le 21 décembre par les garde-côtes américains alors qu’il était en route pour le Venezuela et ne transportait pas de cargaison, selon le site spécialisé TankerTrackers. Les garde-côtes américains avaient tenté une première fois d’intercepter le pétrolier le mois dernier au large du Venezuela, mais l’équipage avait refusé de les laisser monter à bord.

Kristi Noem a publié une vidéo montrant un hélicoptère qui s’approche du pont d’un pétrolier et des soldats qui en descendent puis grimpent des escaliers vers la passerelle, sans préciser de quel navire il s’agit. Cette saisie intervient après que le pétrolier a contourné le blocus maritime américain dans la mer des Caraïbes. Et cette saisie est véritablement de nature à attiser vivement les tensions avec Moscou, d’autant plus que, précisent les autorités américaines, lors de la prise du Bella 1, des navires militaires russes, dont un sous-marin, naviguaient à proximité. 

Le pétrolier intercepté mercredi dans les Caraïbes, le Sophia, était selon Washington « sans pavillon et sous sanctions ». Il est escorté vers les États-Unis où il doit être « immobilisé », précise l’armée américaine. Selon le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio, Caracas coopère avec Washington sur le sujet.

RFI

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Mohamed Amoura s’excuse de son geste visant Michel Kuka Mboladinga

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Michel Kuka alias Lumumba moqué par Amoura.
Michel Kuka alias Lumumba moqué par Amoura.

Depuis le début de la compétition, Michel Kuka Mboladinga s’est imposé comme une figure singulière en tribunes par sa manière unique de soutenir la sélection congolaise. Durant 90 minutes — et même au-delà en cas de prolongation — il reste parfaitement immobile. Interrogé par Brut, ce supporter congolais a expliqué que cette posture est un hommage à Patrice Lumumba, ancien Premier ministre et grande figure de l’indépendance du Congo belge en 1960 assassiné.

Sosie assumé de Lumumba, assassiné en 1961 dans des circonstances troubles, Michel Kuka Mboladinga a choisi de reproduire la position de sa statue commémorative, un détail qui semblait échapper à Mohamed Amoura. À l’occasion de cette CAN, il renouvelle cette performance à chaque match de son pays — une prestation rémunérée par la sélection nationale. Vêtu avec élégance aux couleurs du drapeau de la RDC, il se tient debout, immobile, le bras droit légèrement plié et le regard figé, adoptant exactement la pose de la statue qui domine le mausolée de l’éphémère Premier ministre à Kinshasa. Ce qu’il fit lors du match de huitième de finale ayant opposé la RD Congo à l’Algérie.

A la fin du match, après la victoire de l’EN, Mohamed Amoura chambra le supporter congolais. L’attaquant de Wolfsbourg pointa du doigt le « supporter statue », rendu iconique dans cette Coupe d’Afrique des nations.

Ce qui n’échappa pas à de nombreux observateurs et connaisseurs de l’immense Lumumba.

Ayant compris son impair, Mohamed Amoura s’en explique et s’excuse.

« À ce moment-là, je n’étais pas au courant de ce que représentait la personne ou le symbole présent dans la tribune, a justifié Amoura, ce mercredi, dans sa story Instagram. J’ai simplement voulu chambrer, dans un esprit bon enfant, sans aucune mauvaise intention ni volonté de provoquer qui que ce soit. Je respecte le Congo et son équipe […] Si mon attitude a pu être mal comprise, je le regrette sincèrement, car ce n’était absolument pas mon intention. »

La rédaction

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L’inculture célébrée par un joueur !

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Michel Kuka alias Lumumba moqué par Amoura.
Michel Kuka alias Lumumba moqué par Amoura.

On aurait dû finir sur la beauté du match. Mais le joueur Mohamed Amoura (*) en a décidé autrement. Lamentable.

Sur ce but libérateur, sur la tension tenue, sur une Algérie solide, mature, efficace. On aurait dû finir sur le public, ce mur vivant, ces milliers de voix qui portent une équipe comme on porte un frère dans une foule. On aurait dû finir sur cette image rare : Zidane et les siens en tribunes, joie brute, cadrée par les caméras comme un signe discret. Treizième homme. Pas un commentaire, pas un discours. Juste la présence. La transmission.

Et puis, à la fin, il y a eu le geste de trop. Petit. Mesquin. Inutile.

Un joueur algérien, Mohammed Amoura, s’est adressé à un supporter congolais devenu viral, l’a imité, puis s’est écroulé comme pour dire : “Va dormir”. Rires. Fierté facile. Et une tache sur la fin d’un match qui n’en avait pas besoin.

https://twitter.com/DZFOOTBALLDZ/status/2008623690930442358?s=20

Ce geste n’est pas “de la provoc”. Ce n’est pas “le football”. Ce n’est pas “l’ambiance”. C’est autre chose: un aveu. L’aveu d’une inculture qui confond victoire et humiliation, célébration et rabaissement.

Car cet homme congolais ne faisait pas le clown. Il performait un symbole. Une posture d’immobilité inspirée des figures mémorielles et politiques du Congo, où le corps debout, figé, silencieux, signifie dignité, résistance, histoire. Un langage. Un code. Un geste qui dit: “je suis là, je tiens, je témoigne.” On peut aimer ou non. Mais on ne peut pas ne pas comprendre qu’il y a derrière autre chose qu’une blague.

Sauf si l’on a appris à jouer sans apprendre à lire.

Le football moderne fabrique des athlètes parfaits et des têtes parfois vides de mémoire. On entraîne les jambes, on oublie le sens. Et dès qu’un symbole apparaît, dès qu’un geste dépasse la comédie habituelle, il devient une cible. On se moque de ce qu’on ne sait pas nommer.

Le contraste est cruel: l’histoire a connu des joueurs qui entraient dans la légende par leurs actes, pas par leurs grimaces. Sócrates, au Brésil, faisait du terrain une tribune. L’équipe du FLN a sacrifié des carrières pour donner un visage à une cause. Là, on n’a pas affaire à des “célébrations”. On a affaire à une conscience.

Ce soir-là, l’Algérie a gagné un match. Mais elle a perdu une occasion d’être grande jusqu’au bout.

Et l’inculture, dans le sport comme ailleurs, ne se voit jamais autant que lorsqu’elle applaudit.

Zaim Gharnati

(*) Le joueur a depuis présenté ses excuses.

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CAN 2025 : les quarts de finale les plus relevés de l’histoire ?

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CAN 2025

Mali-Sénégal, Égypte-Côte d’Ivoire, Cameroun-Maroc, Nigeria-Algérie, les quarts de finale de la CAN 2025 sont alléchants. Uniquement composées de nations du top 10 africain, ces affiches sont-elles les plus relevées de l’histoire du tournoi ?

Le Maroc a vendu la CAN du siècle. Avec la qualification de la Côte d’Ivoire, du Cameroun, du Maroc, de l’Algérie, de l’Égypte, du Nigeria, du Mali et du Sénégal, le tableau des quarts de finale de la compétition pourrait bien donner un coup de pouce au royaume pour en faire une édition mémorable. Habituellement, une ou deux sélections viennent jouer les trouble-fêtes à ce stade du tournoi. Cette année, la vraie surprise, c’est qu’il n’y en a pas : toutes les têtes d’affiche du continent sont au rendez-vous. Et les rares qui ne le sont pas (RDC, Tunisie) ont elles-mêmes été éliminées par d’autres grosses nations en huitièmes de finale. 

Les huit qualifiés figurent tous dans le top 10 des nations africaines au classement FIFA. Depuis que la CAN est passée à 24 équipes en 2019, impossible de trouver des quarts de finale aussi denses. Comment oublier les parcours du Cap-Vert et de l’Angola en 2023, de la Guinée équatoriale et de la Gambie en 2021, ou encore du Bénin et de Madagascar en 2019 ? Autant de sélections qui, faute de ramener la coupe à la maison, ont fait vibrer leurs supporters avec des résultats qui ont pris tout le monde de court.

Gabon 2017 et Ghana 2008

Pour essayer de retrouver un tableau aussi relevé qu’en 2025, il faut revenir à 2017, au Gabon. À l’époque, la CAN se disputait encore à 16, et présentait des quart de finalistes très solides sur le papier : Burkina Faso, Tunisie, Égypte, Maroc, Sénégal, Cameroun, RDC et Ghana. Aussi solides qu’en 2025 ? Pas certain, car à cette époque, les nations africaines étaient moins bien classées par la FIFA. Le Sénégal, meilleure nation africaine en 2017, était classée 33e, contre une belle 11e place pour le Maroc aujourd’hui.

En additionnant les classements FIFA des quart de finalistes de la CAN 2017, on obtient 381. Pour les quart de finalistes de 2025, le compteur affiche 289. Une sacrée différence qui illustre bien la progression globale du football africain, au moins au niveau de ses représentants les plus importants.

S’il est possible de retrouver des tableaux relevés en quarts en remontant encore plus loin dans le temps, comme en 2008 au Ghana par exemple, le constat est le même. Le niveau de la CAN est plus haut en 2025 qu’en 2008. On peut donc avancer sans risque que les quarts que nous offre cette édition marocaine sont probablement les plus costauds de l’histoire. Reste à voir si ces affiches nous offriront un grand spectacle ou des matchs fermés entre cadors qui se craignent. 

RFI

Le programme des quarts de finale

Vendredi 9 janvier, 17 heures à Tanger : Mali-Sénégal
Vendredi 9 janvier, 20 heures à Rabat : Cameroun-Maroc
Samedi 10 janvier, 17 heures à Marrakech : Algérie-Nigeria
Samedi 10 janvier, 20 heures à Agadir : Égypte-Côte d’Ivoire

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Doit-on supporter l’EN ? Moi, non !

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Les Verts
L'équipe nationale. Crédit photo : DR

Cette semaine je suis allé visiter un détenu d’opinion qui croupit dans les geôles algériennes. Pour le réconforter, je lui ai raconté que l’équipe de football fait un beau parcours dans la CAN. Et que cela devrait le réjouir que notre ambassadrice puisse porter haut en Afrique les couleurs de la fierté nationale.

C’est une très ancienne question posée en dilemme aux démocrates, doit-on faire la part des choses lorsqu’il s’agit d’un régime autoritaire qui condamne les opposants à une incarcération abominable ?

J’aurais l’impression de mépriser et d’insulter ce malheureux dans sa cellule avec ma position qui resterait ambivalente. Non, assurément non, il ne faut jamais célébrer ce qui fait la force et le prestige d’une dictature, directement ou indirectement.

C’est valable en toutes choses et le sport est l’un des domaines où ces régimes trouvent leur carburant populiste par l’adhésion des peuples. Mais c’est encore plus vrai lorsqu’il s’agit de compétitions internationales et surtout de football car il possède une force d’embrigadement encore plus puissante.

Au niveau interne les despotes disposent du levier de l’écriture mémorielle de l’histoire, de la terreur et de l’offre de compromission et de corruption. Sur le plan international, le football en est un qui n’est pas des moindres. 

Deux références au sport dont une au football me viennent spontanément à l’esprit.  Celle de la Grèce antique qui avait sublimé la compétition sportive comme image de la puissance d’Athènes dans la guerre, de la virilité masculine et de la doctrine racialiste.

Puis la célèbre organisation des jeux Olympiques (encore eux !) à Berlin par Hitler. Il voulait que ce fût le moment glorieux du nazisme pour prouver la supériorité de la race aryenne sur les athlètes noirs, notamment ceux des Etats-Unis (pour ce qui est des compétiteurs les plus dangereux).

Les athlètes américains noirs, appelés « les18 courageux », ont obtenu 10 médailles. L’histoire retiendra surtout l’écrasante supériorité de l’athlète Jesse Owens avec 4 médailles d’or. Un camouflet à Hitler qui voulait se servir des Jeux olympiques comme vitrine de son triomphe.

Puis cette fameuse « Main de Dieu » de Maradona dans une équipe argentine de football qui a obtenu la coupe du monde. Au même moment, le régime des colonels exécutait et incarcérait considérablement plus d’opposants que Maradona n’a pu marquer de buts dans toute sa longue carrière. 

(Au passage, c’est toujours utile aux jeunes lecteurs, rappelons que le terme de « régime des colonels », nommé par usage, est impropre car il est le qualificatif de la dictature militaire en Grèce. En Argentine il fait référence au colonel Juan Domingo Perón (devenu plus tard général), ancien homme fort du pays qui était arrivé au pouvoir en participant avec d’autres à un coup d’état, ce qui a donné le nom au mouvement péroniste lorsqu’il est devenu l’homme fort de l’Argentine, un féroce dictateur).

Les dictatures se sont ainsi toujours servies du sport pour montrer leur puissance au monde. Le football est tout désigné car il draine le plus de foules à son spectacle.

Une extraordinaire aubaine pour les régimes populistes de pouvoir se servir des « masses populaires » (au sens sociologique et non méprisant). Et que dire des compétitions internationales où trois attributs nationalistes sont présents, l’hymne national, le drapeau et l’inscription sur le maillot ? Le Jackpot pour ces régimes de pouvoir provoquer envers eux tant de dévotion mystique et irrationnelle.

J’ai bien entendu évité de mettre en avant dès le début de l’article deux citations qui paraissent tellement évidentes à rappeler. Cela aurait été peu téméraire car en général on les met instinctivement en avant lorsqu’on n’a pas beaucoup de choses à dire tant elles sont tellement générales et universelles.

La première est une dérivation classique de la pensée de Marx à propos de la religion, le football est donc aussi « L’opium du peuple ». Et comme nous avions commencé par l’Antiquité revenons à la période romaine et son célèbre « Panem et circenses » (du pain et des jeux) du poète satirique latin Juvénal. Jules César en avait repris le sens avec sa fameuse phrase « donne du vin et des jeux au peuple et tu pourras en faire des agneaux ». Je ne savais pas que César était Algérien.

Non, je n’insulterai pas ce pauvre opposant d’opinion jeté dans les geôles de notre César. L’équipe nationale, malgré ses grands talents et son parcours dans la CAN, n’est pas celle qui sert à glorifier mon pays. Mon enthousiasme de jeunesse pour le football algérien, car à cette époque la réflexion n’était encore pas assez mature pour faire le lien,  renaîtra lorsque mon pays natal sera représenté par des dirigeants légitimes et honorables.

Là, et seulement à ce moment, je soutiendrais ce qui construirait l’image internationale qui ferait notre fierté, y compris par le football.

Bon, il ne faudra pas compter sur moi pour sortir de ma tombe et devenir un Maradona national car je ne le vois pas venir, ce moment de fierté personnelle. 

Boumediene Sid Lakhdar

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Nouveau code de la route : Saïd Saayoud et la tentation répressive

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Saïd Sayoud
Saïd Sayoud. Crédit photo : DR

​Tel un praticien refusant de voir son patient succomber, mais s’obstinant à multiplier les traitements de choc, le ministre Saïd Sayoud semble avoir choisi la voie de l’acharnement punitif. Face au fléau du « terrorisme routier », la seule prescription gouvernementale tient désormais en une formule : la douleur financière et la privation de liberté.

​Devant les membres du Conseil de la nation, le ministre de l’Intérieur et des Transports, Saïd Sayoud, s’est présenté « droit dans ses bottes », tel un chirurgien insensible aux plaintes du corps social. Face aux critiques des transporteurs, qui voient dans ce nouveau Code de la route une condamnation à mort de leur profession, Saïd Saayoud a réitéré son diagnostic : si le mal persiste, c’est que la dose de répression n’était pas assez forte.

Un remède de cheval pour une pathologie complexe

​En durcissant les sanctions jusqu’à l’extrême — avec des peines pouvant atteindre 20 ans de réclusion et des amendes de 2 000 000 DA — le ministre ne se contente plus de soigner les comportements, il cherche à traumatiser pour dissuader. Cette approche, que d’aucuns qualifient d’« acharnement », pose une question éthique et pratique : peut-on guérir l’insécurité routière uniquement par la peur de la sanction ?

​« Celui qui respecte la loi n’aura rien à craindre », martèle le ministre, ignorant que dans ce climat de tension, la loi n’est plus perçue comme un cadre protecteur, mais comme un couperet prêt à tomber à la moindre défaillance.

​Les effets secondaires d’un traitement de choc

​L’élargissement de la responsabilité pénale à l’ensemble de la chaîne (agences de contrôle, écoles de conduite, maintenance routière) ressemble à une tentative désespérée de traiter tous les organes à la fois. Mais en frappant indistinctement dans le « porte-monnaie », l’État risque de provoquer une paralysie du secteur des transports, effet secondaire majeur d’une politique qui refuse d’intégrer la pédagogie ou l’amélioration des infrastructures dans son protocole de soin.

​Inflexible, Saïd Sayoud n’a pas changé d’un iota sa feuille de route. Pour le gouvernement, la survie du patient passe par une médication amère, quitte à frôler l’overdose législative.

Le verdict final appartient désormais aux sénateurs, qui se pencheront sur le texte le 15 janvier prochain. Reste à savoir s’ils valideront ce traitement de choc ou s’ils tenteront d’adoucir une prescription jugée par beaucoup comme une thérapie de l’extrême. 

Samia Naït Iqbal

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« Ne pas tronquer la vérité : colonisation, mémoire et transmission »

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Sandrine Malika Charlemagne et Jean Asselmeyer
Sandrine Malika Charlemagne et Jean Asselmeyer

Dans un contexte où la mémoire de la colonisation française en Algérie demeure un sujet de tensions, de silences et de controverses, Le Matin d’Algérie a réuni Sandrine Malika Charlemagne, réalisatrice et auteure franco-algérienne, et Jean Asselmeyer, réalisateur et documentariste, dans un entretien croisé. À partir de l’article publié dans La Croix et de leurs travaux respectifs, ils interrogent les violences coloniales, les mythes persistants, le rôle des témoignages, ainsi que la transmission de cette histoire aux jeunes générations.

Leur regard croisé offre une lecture plurielle d’un passé qui continue de peser sur les relations entre la France et l’Algérie.

À travers leurs expériences personnelles et artistiques, ils évoquent la manière dont la mémoire se construit, se transmet et se confronte aux silences institutionnels. Cet entretien met en lumière la nécessité d’un dialogue sincère et d’une réflexion approfondie pour comprendre et assumer l’histoire coloniale

Le Matin d’Algérie : Dans l’article de La Croix, vous insistez sur la nécessité de « ne pas tronquer la vérité » sur la colonisation. Quels événements ou pratiques restent, selon vous, encore trop méconnus du public français ?

Sandrine Malika Charlemagne : Une question assez méconnue est celle des essais nucléaires français qui ont eu lieu dans le Sahara dans les années 60 et de leurs conséquences néfastes encore aujourd’hui. La France pourrait par exemple envisager de nettoyer les zones contaminées par les radiations et les déchets nucléaires. En 2026, il serait temps.

Il y a aussi la question du trésor d’Alger en 1830. L’or découvert dans les caves de la Casbah. Cet or sera transféré à la Banque de France. Pierre Péan a consacré un ouvrage sur cette question, paru en 2004 chez Plon : Main basse sur Alger – conquête sur un pillage – Juillet 1830.

Et aussi, dans un autre registre, la figure d’Abd el-Kader. Il s’agit d’un personnage complexe, à cheval entre l’Orient et l’Occident. Il semblerait que le 18 juin 1864, Abd el-Kader al-Hassanî reçoit à Alexandrie l’initiation maçonnique par la Loge des Pyramides, pour le compte de la loge parisienne Henri IV. En outre, durant son exil en Syrie, il a protégé les chrétiens orientaux pendant une persécution.

Le Matin d’Algérie : Vous évoquez le silence de votre père sur son vécu en Algérie. Comment ce silence a-t-il influencé votre propre rapport à l’histoire coloniale ?

Sandrine Malika Charlemagne : Je n’avais jamais eu l’occasion d’aller en Algérie avec mon père, mort relativement jeune, à 49 ans. J’irai pour la première fois en 1999. J’étais à Sidi Bou Saïd, en Tunisie, chez une amie réalisatrice qui devait se rendre au Festival de Tébessa présenter son film. Elle me proposa de l’accompagner.

Là-bas, je me suis liée d’amitié avec Ahmed Benaïssa, qui, à cette période, dirigeait le Théâtre de Sidi-Bel-Abbès. Nous avons passé de longs moments à discuter, il me parla notamment de la façon dont il essayait de continuer à faire du théâtre malgré la situation très compliquée de l’époque. Mais aussi du passé colonial de l’Algérie. En 2000, je me rendais de nouveau en Algérie pour coordonner un festival lié aux écritures contemporaines, guidée dans mes recherches par Ahmed Benaïssa. Ce festival se déroula ensuite à Montpellier en partenariat avec le CDN des Treize Vents.

Suite à ces différents séjours, j’écrivis plus tard Mon pays étranger, publié aux Éditions de La Différence, où la narratrice part en quête de ses racines. Mais il s’agissait surtout d’une rencontre avec le peuple algérien, le monde du théâtre et celui du journalisme. Avant de rencontrer Ahmed Benaïssa, j’avais lu quelques ouvrages mais très peu en réalité et vu La Bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo et Avoir 20 ans dans les Aurès de René Vautier.

Je pense que le silence de mon père a déclenché quelque chose d’assez inexplicable, comme une part manquante, qu’on essaie ensuite de combler. C’est sans doute de cette recherche qu’est venu mon désir de mieux connaître le passé colonial en Algérie.

Le Matin d’Algérie : La mémoire des massacres, comme celui des Ouled Riah en 1845, est rarement évoquée. Pourquoi est-il crucial de rappeler ces épisodes aujourd’hui ?

Sandrine Malika Charlemagne : Parce que ces épisodes sont en réalité très méconnus en Occident et qu’il est nécessaire de les rappeler afin de mieux appréhender une certaine vérité.

Le Matin d’Algérie : Vous critiquez l’idée que la colonisation française en Algérie ait été un « projet de modernisation ». Quels sont, selon vous, les principaux mythes à déconstruire ?

Jean Asselmeyer : Tout d’abord il faut constater que ce projet est un projet imposé à un peuple qui n’a rien demandé. Concrètement, une force militaire met en place par la force une colonie de peuplement c’est-à-dire une démarche de remplacement d’un peuple par un autre.

Dans cette première phase qui va de 1830 au début du XXe siècle on peut affirmer, comme le font certains universitaires, tel Olivier Le Cour Grandmaison, que coloniser revient à exterminer. Ce que revendiquent fièrement eux-mêmes les auteurs de massacres, enfumades, viols et autres barbaries dans de nombreux écrits et mémoires comme ceux du maréchal Bugeaud, et autres Pélissier et Lamoricière.

Comment donc qualifier sinon de barbares ceux-là mêmes qui prétendaient apporter leur civilisation et ces prétendus bienfaits en l’imposant par la force brutale. Je me contenterai de cette remarque liminaire pour commencer à démystifier ce qui en découle que ce soit dans le domaine économique, des transports, de la santé, de la culture.

Le Matin d’Algérie : Dans votre expérience, que révèlent les témoignages de ceux qui ont vécu le colonialisme, comme Gilberte et William Sportisse, que les livres d’histoire ne transmettent pas ?

Jean Asselmeyer : Dans notre film, il y a des témoins directs qui relatent ce qu’ils ont vécu de l’intérieur, mais aussi des historiens dont la démarche s’appuie sur des sources écrites ou archives. Les deux démarches contribuent à la quête de la vérité.  Dans le cas de Gilberte et William Sportisse dans notre film, ils s’expriment avant tout comme témoins. C’est leur vécu qu’ils relatent et l’on peut affirmer que la petite histoire rejoint la grande Histoire.

Premièrement par la durée de leurs témoignages qui englobent une période de près de 80 ans de la fin des années 30 à 2020. Deuxièmement sur le plan factuel, leur récit nous permet de découvrir des aspects inédits de la lutte du parti communiste algérien en particulier sur sa participation à la lutte armée.

Les témoignages de William et Gilberte rejoignent ceux de Zoheir Bessah, directeur d’Alger républicain, et de Sadek Hadjeres, également cadre dirigeant du parti communiste algérien. Quasi inédit également, il faut noter le témoignage de William appelé aux armées en 1940 dans une unité spéciale réservée aux juifs et le caractère discriminatoire de ces unités.

Mise à part ces aspects factuels, il faut remarquer l’humanité des deux protagonistes qui contribue à la force de leurs témoignages, la colère de William quand il évoque le 8 mai 1945 et les massacres de Sétif, Guelma et Constantine, et le dépassement par l’humour de Gilberte lorsqu’elle relate les tortures qu’elle a subies après le coup d’État du colonel Boumediene.

Le Matin d’Algérie : Comment les traces de la colonisation se manifestent-elles encore dans la société algérienne contemporaine, sur le plan social ou économique ?

Jean Asselmeyer : Mon regard sera toujours un regard extérieur, susceptible d’erreur bien entendu. Je me contenterai donc de généralités mais je pense que tant que le peuple algérien ne sera pas libéré lui-même du capitalisme à l’époque impérialiste il souffrira toujours de ce système hérité du colonialisme. Pour cela le peuple algérien comme tous les peuples du monde devrait pouvoir se reposer sur la solidarité internationale. C’est pourquoi il est vital aujourd’hui plus que jamais de dénoncer fermement ceux qui, dans les métropoles impérialistes, nostalgiques de cette période coloniale, veulent dicter leur loi et imposer leurs intérêts à un peuple souverain.

Le Matin d’Algérie : La reconnaissance des crimes coloniaux est au centre de votre réflexion. Pensez-vous qu’elle soit possible sans un véritable travail de mémoire institutionnel en France ?

Sandrine Malika Charlemagne : Le travail de mémoire institutionnel en France est primordial mais n’est pas suffisant.

Il y a souvent de nombreux blocages, des commissions de réflexion qui commencent un travail puis qui s’interrompent et au bout du compte, ça n’avance guère. Aussi, je crois en une parole plus diversifiée, notamment provenant du monde artistique.

Le Matin d’Algérie : Votre identité franco-algérienne vous place entre deux perspectives historiques. Comment cette double appartenance nourrit-elle votre regard sur les relations bilatérales ?

Sandrine Malika Charlemagne : J’essaie de comprendre du mieux que je peux et de l’intérieur les positions de chacun. Cette double appartenance m’aide à identifier les non-dits, par exemple les massacres commis par les Français, tout en restant à l’écoute des avis divergents.

Le Matin d’Algérie : Vous soulignez l’exploitation économique et la spoliation des terres durant la colonisation. Selon vous, quels impacts sont encore visibles aujourd’hui ?

Jean Asselmeyer : Je peux difficilement répondre à cette question dont la réponse appartient aux Algériens d’Algérie.

Le Matin d’Algérie : Quel rôle peuvent jouer la littérature, le cinéma ou le documentaire pour transmettre cette mémoire à ceux qui ne l’ont pas vécue ?

Jean Asselmeyer : Pour tous les peuples du monde la priorité réside dans la liberté de création des artistes. Sans celle-ci il ne peut y avoir de transmission digne de ce nom.

Je dois hélas constater que notre film consacré à William et Gilberte Sportisse, coproduction franco-algérienne, n’a toujours pas reçu de réponse à sa demande de visa d’exploitation en Algérie, ceci un an après sa sortie en France. Ceci dit, il est évident que le cinéma de fiction et le documentaire sont de beaux instruments de rapprochement entre les êtres humains, au même titre que la poésie et la littérature.

Le Matin d’Algérie : Certains acteurs politiques ou intellectuels en France minimisent encore le passé colonial. Comment, selon vous, sensibiliser honnêtement l’opinion publique ?

Sandrine Malika Charlemagne : Peut-être avec des entretiens sur de grandes chaînes d’écoute réunissant des historiennes et historiens qui, même s’ils ont des points de vue différents, se retrouvent ensemble pour débattre. C’est dans le débat d’idées qu’aura des chances de naître une meilleure compréhension.

Le Matin d’Algérie : Enfin, quel message aimeriez-vous transmettre aux jeunes générations, en France et en Algérie, sur l’importance de connaître et d’assumer ce passé ?

Jean Asselmeyer : Paradoxalement je souhaiterais leur transmettre la force de cette jeunesse éternelle de Gilberte et William, force forgée dans la lutte pour un monde plus juste.Force porteuse d’un immense espoir malgré un monde qui semble aller à sa perte. Ce qui me paraît indispensable également, c’est l’idée exprimée par William et Gilberte que la lutte continue après l’indépendance, qui est une étape nécessaire mais pas suffisante.

Cette lutte pour une société plus juste ne peut se mener que de manière internationale, en liaison avec d’autres peuples, d’où le rappel par William de l’importance de la solidarité avec la lutte du peuple palestinien.

Entretien réalisé par Djamal Guettala 

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Le gouvernement décide l’importation d’un million de moutons

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Réunion de gouvernement.
Le gouvernement en réunion.

Réuni ce mercredi 7 janvier 2026 sous la présidence du Premier ministre, M. Sifi Ghrib, le gouvernement a examiné plusieurs dossiers à caractère économique et social. Parmi les points abordés, la décision d’importer un million de têtes de moutons à l’occasion de l’Aïd El-Adha s’est imposée comme l’annonce la plus structurante, tant par son impact économique que par sa portée sociale.

Selon le communiqué sanctionnant la réunion, cette mesure vise explicitement à soutenir le marché national de la viande et à contenir les tensions récurrentes observées à l’approche de la fête religieuse, marquée ces dernières années par une forte hausse des prix et des difficultés d’accès a ce produit pour de larges franges de la population. Le  ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche a été instruit  de prendre « immédiatement » les dispositions nécessaires à la mise en œuvre de cette décision.

Au-delà de la réponse conjoncturelle à une pression saisonnière sur les prix, l’importation d’un volume aussi important de moutons traduit une option assumée de régulation directe du marché. Elle pose, en filigrane, la question  de la réussite de l’opération.  Celle-ci dépendra étroitement des conditions de mise sur le marché, de la fluidité  des circuits de distribution et des mécanismes de régulation des prix, autant de paramètres qui devront être maîtrisés afin d’éviter les dysfonctionnements observés lors de l’opération menée l’an dernier.

La réunion du gouvernement a également permis d’aborder d’autres dossiers. Un projet de décret exécutif relatif à la prise en charge de l’hébergement des professionnels, notamment dans le cadre de la formation, a été examiné. Le texte ambitionne de réduire l’impact de l’éloignement géographique de certaines structures de formation ou des pôles économiques, en améliorant les conditions matérielles des bénéficiaires.

Par ailleurs, un exposé a été présenté sur l’état d’avancement des programmes complémentaires au profit des wilayas de Khenchela, Tissemsilt, Djelfa et Tindouf. Approuvés par le chef de l’Etat, ces programmes affichent, selon le communiqué, un taux de réalisation jugé « considérable », même si l’accent a été mis sur la nécessité de lever les contraintes pesant sur les projets en cours afin d’en assurer l’achèvement.

Enfin, le gouvernement a pris connaissance du rapport annuel 2024 sur les risques majeurs, qui dresse un bilan des dangers enregistrés et formule des recommandations pour renforcer le dispositif national de prévention et de gestion des catastrophes.

La rédaction

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