30 novembre 2022
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Passeport vert, cauchemars aux frontières (V) : Timisoara, Moscou, Berne 

Mémoires d’un émigré

Passeport vert, cauchemars aux frontières (V) : Timisoara, Moscou, Berne 

Encore une conférence avec présentation orale. Cette fois-ci, à l’Université de Timisoara, en Roumanie. Un thésard de l’équipe d’Optronique ayant effectué des stages réguliers à Lamberneau nous attendait avec impatience. 

Au vu de nombreuses publications internationales sur les thématiques de la conférence, les organisateurs s’étaient concertés, dès le premier jour, pour me désigner président de séance. Ce qui ne manqua pas de provoquer une petite jalousie de la part de F. Saniez, avec qui j’avais effectué le déplacement. 

Le soir même, une chaîne de télévision locale était venue m’interviewer, car aux dires de certains, si ce premier jour de conférence fut un succès, c’est un peu grâce à l’expérience d’un certain …K. Madani ! Interview qui accentua la jalousie de F. Saniez.

Passons sur d’autres détails liés au séjour, lors duquel nous avions fait une petite virée sympathique dans la chaîne majestueuse des Carpates ! 

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Lors du voyage retour, via Bucarest, j’ai encore eu droit à une inspection rigoureuse, à cause, encore et toujours de ce passeport vert suspect, à la zone de contrôle.

Quand je dépose mon passeport, l’agent aux frontières l’inspecte avec minutie et voulait savoir ce que je transportais dans mon sac. 

– Un violon pour mon fils, répondis-je.

– Et, qu’êtes-vous venu faire à Timisoara ?

– Je suis venu dans le cadre d’une conférence, « I am a scientist ».

Il me regarde et rétorque, l’air moqueur « A scientist, huh ? », comme si je venais de raconter le plus gros bobard qu’il n’ait jamais eu à entendre de sa vie.

Un « Arabe » dans les sciences ! ? Et puis quoi encore !

D’après ce que je crus comprendre, il croyait que j’étais venu faire des affaires, voire carrément du trafic. Pour preuve le violon que j’avais dans mon sac.

– Si c’est pour le violon, je peux le laisser ! lui dis-je.

Sur ce, il me rend mon passeport, pas du tout convaincu de ma bonne foi. 

Joli passeport vert, joli passeport vert, avec toi le monde est toujours de travers !

Le jour où mon fils a failli être renvoyé en… Russie !

À la fin de l’année scolaire 1994-1995, le collège de mon fiston avait organisé un voyage pédagogique pour les élèves de 3ème, juste avant l’examen du Brevet des collèges. Un visa collectif avait été délivré pour toute la classe. Le voyage aller s’était passé sans encombre. Mais il n’en fut pas de même pour le retour. La cause ? toujours ce satané passeport vert !

À leur arrivée à Charles de Gaulle, tous ses camarades franchissent le poste frontalier sans pépins. Passeport français oblige. Mais quand arrive le tour de mon fils, ce fût un véritable cauchemar. Je ne me souviens pas de tous les détails, n’étant pas présent, mais je sais qu’il était carrément menacé d’être renvoyé en…Russie ! L’enseignante eu cette réflexion magistrale à l’adresse des agents aux frontières : – si vous le renvoyez, alors renvoyez nous tous, nous prolongerons notre séjour !

Frontière suisse, décembre 2001 

Quand je fus enfin titularisé, je pensais que ma carte professionnelle allait me faciliter la traversée des frontières. Et que nenni ! J’en eu la fâcheuse expérience avec les gardiens suisses lors d’un voyage pour lequel j’avais été chargé, par ma nouvelle équipe, de nouer des relations scientifiques – dans l’éventualité de projets communs – avec un laboratoire suisse, à Berne. Il n’y avait pas d’aéroport avec ses guichets douaniers souvent farouches puisque j’ai voyagé en train de nuit.

Arrivé à la gare de Berne, tout s’était bien passé. Je me demandais même s’il y avait quelque poste de douanes entre la Suisse et la France.

Les choses ont pris une autre tournure lors du voyage retour. 

J’étais quasiment assoupi dans le train, quand surgit une patrouille de contrôle suisse. Ils traversent les couloirs lentement sans importuner personne avant de s’arrêter au niveau d’une touriste, une femme, de couleur. De ce qu’on j’en avais compris c’était une citoyenne américaine. Les questions pleuvaient sur la pauvre dame qui n’arrêtait pas de fouiner dans son sac pour exhiber des documents officiels !

Quand ils eurent fini avec elle, ils reprennent leur balade dans les couloirs avant de s’arrêter à mon niveau.

– Vos papiers svp.

Je tends mon passeport.

Ils le regardent à tour de rôle. Ils étaient trois, le doute sur leurs visages.

Vous êtes venus en Suisse pour quoi ?

– Pour nouer des accords scientifiques avec un laboratoire suisse.

Ils se regardent mi-amusés, mi-dubitatifs ! Un « Arabe » qui vient nouer des accords scientifiques entre la France et la Suisse, ce n’est pas que suspect, c’est carrément louche !

– Et vous n’avez que ça comme papiers ? me montrant le passeport.

– Non, j’ai une carte professionnelle, que je lui tendis, joignant l’acte à la parole.

Ils la regardent, la scrutant dans tous les sens avant de me la rendre et me dire enfin bon voyage monsieur !

L’Américaine avait suivi tout ça ! Avec un Français incertain, elle vient papoter avec moi. J’enchaîne en anglais. Elle voulait savoir pourquoi je fus l’objet d’un tel contrôle.

Quand je lui ai tout expliqué, elle s’emporte sur le monde et ses absurdités.

– But you are white, why did they control You? (Mais vous êtes blanc, pourquoi vous ont-ils contrôlé ?)

– Well, I might be white for you, but for these whiter people I am not! (Bon, ben, je suis peut-être blanc pour vous, mais pour ces « plus blanc que blanc », je ne le suis pas !). 

Joli passeport vert, joli passeport vert, avec toi le monde est toujours de travers ! 

Après vous avoir relaté toutes ces mésaventures, n’est-ce pas bien de se retrouver au chaud confortablement installé chez soi, loin des hommes et de leurs frontières ? (À suivre).

Auteur
Kacem Madani

 




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