8 août 2022
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Pays producteurs de gaz africains /Europe : le dialogue de sourds !       

Pétrole

Depuis le début du conflit ukrainien et la crainte des pays de l’Union européenne (UE) de leur approvisionnement en gaz russe que les regards se sont vite « braqués » vers l’Algérie et à travers elle le Nigeria pour se passer, disent-ils, du chantage de Vladimir Poutine. 

Cassette qui tourne dans cette partie du monde depuis 1999 où Vladimir Poutine est devenu la figure centrale de l’exécutif de la nation russe. Dès sa prise de pouvoir, il n’a jamais caché sa nostalgie de l’ancienne Union Soviétique. Il œuvre dans ce sens en créant sa propre citadelle pendant que les pays européens qui dépendent de son gaz et de pétrole ne font rien pour changer cette cassette à part la Pologne qui a réduit ses approvisionnements russes pour les compléter par le gaz de schiste contre vents et marées. Les deux premières  performantes économies Européennes qui sont l’Allemagne et l’Italie en sont aujourd’hui  l’exemple édifiant par le taux important de l’Italie de ses importations de la Russie et la dépendance totale de l’Allemagne qui ne dispose même pas de stations de regazéification pour importer le Gaz naturel liquéfié (GNL) pour faire tourner son circuit économique.

Depuis le 24  février 2022, l’invasion de la Fédération de Russie de l’Ukraine, les responsables de ces pays se sont tournés vers les pays producteurs de gaz de proximité en Afrique d’abord l’Algérie puis à travers elle le Nigeria pour relancer le fameux Gazoduc transsaharien TSGP.

Pourtant, que ce soit pour les concernés ou leur allié les Etats-Unis, la réponse de ces pays est politiquement, diplomatiquement et économiquement très claire : neutralité dans le conflit ukrano-russe, militent pour le dialogue pour une sortie de crise.

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Comme alternative à leur approvisionnement en gaz russe, il n’y a pas de disponibilité dans l’immédiat mais les deux pays ont ouvert leur domaine minier qui regorge de gaz. Il suffit que les pays européens incitent leurs compagnies d’investir dans l’exploration /production pour partager le risque et profiter des facilités fiscales qui leur seront octroyées par de nouvelles dispositions réglementaires. 

Pour le moment, bien que la crise en cours n’ait pas encore trouvé une issue  favorable, les groupes investisseurs spécialisés dans la recherche pétrolière et gazière continuent de suivre la voie de la facilité pour penser aux poches de leurs actionnaires que celle de leur continent en difficulté. 

Pourtant les appels de l’Algérie et du Nigeria ne manquent  pas

Le Nigeria par la voie de son ministre du pétrole Timipire Sylva  a clarifié la situation ambigüe mal interprétée des réserves de son pays.  Le pays dispose actuellement de 206 trillons de pieds cubes (à peu près 6180 milliards de m3)  mais dispose d’un domaine minier qui peut les faire passer à près du triple soit 600 trillions de pieds cubes (18 000 milliards de m3) pour peu que les investisseurs se mettent au travail pour les mettre en valeur.

Il a donné entre autres une précision de taille que les compagnies qui opèrent au Nigeria sont tombées par hasard dans le gaz alors qu’elles recherchaient le pétrole. Ceci confirme que le Nigeria dispose uniquement de gaz associé au pétrole dont les concessions appartiennent aux sociétés exploitantes dans ce pays. 

A l’appel de l’Union européenne, le Nigeria négocie actuellement deux sorties de gazoduc vers l’Europe. Celui qui traverse l’Algérie pour une capacité de 30 milliards de m3 et celui qui rallonge  le gazoduc  qui va du Sud du Nigeria au Bénin, au Ghana et le Togo en service depuis 2010 pour continuer le piping jusqu’au Maroc. Il semble que ces deux projets ont obtenu l’accord des pays concernés et sont à un stade avancé de la faisabilité. 

Pour l’Algérie, elle vient de déclarer par la voie de son responsable Production Développement Engineering  mettre au marché 10 milliards de m3 supplémentaires d’ici la fin de l’année en cours. Ce pays est allé très loin en reprenant les niveaux producteurs qui étaient jusqu’à présent difficiles à exploiter comme le Lias carbonaté de Hassi R’mel et pour la première fois annoncé  dans son communiqué un deadline de son exploitation d’ici novembre 2022  pour une production de 10 millions de m3  par jour. 

Il est très difficile d’imaginer que Sonatrach en effort seul va continuer  de sacrifier  des capitaux pour approvisionner ses clients européens aux prix contractuels s’ils ne participent pas aux investissements à travers leurs compagnies. Rappelons que Sonatrach en effort propres a investi plus de 20 milliards de dollars de 1986 à 2021 pour un résultat peu appréciable alors que ces partenaires s’entassent près des gisements matures et des installations existantes avec moins de 10 milliards de dollars durant la même période pour un résultat meilleur.

Il faut absolument que l’Union européenne recadre sa stratégie énergétique avec ses fournisseurs dans un cadre gagnant /gagnant 

Rabah Reghis

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17 Commentaires

  1. Le jour où le gaz du Nigeria arrivera en Europe via l’Algérie, les tigres mangeront de la salade. Le jour où il arrivera via le Maroc, les poules auront des dents.

  2. Le jour où le gaz arrivera du Niger en Europe via l’Algérie, les tigres mangeront de la salade. Le jour où il arrivera via le Maroc, les poules auront des dents.

  3. C’est l’histoire de l’homme qui se vantait qu’il pouvait apprendre à parler à un chameau si le roi lui donnait mille pièces d’or. Le roi le convoqua et lui donna les 1000 pièces d’or, mais le menaça qu’au bout de cinq il lui ferait couper la tête si le chameau n’aurait pas appris à parler. Notre homme empocha la petite fortune et oublia complétement sa promesse. Ses amis lui dirent qu’il était fou de faire une telle promesse, que c’était un suicide, qu’il était devenu un crétin, etc. Il leur répondit : « C’est vous qui ne comprenez pas. D’ici cinq ans, entre le roi, le chameau et moi-même, au moins un de nous trois sera mort. »
    L’Europe peut plus ou moins compter sur le gaz algérien. Je dis plus ou moins, bien qu’il soit déjà là depuis longtemps et pas trop loin. Je passe sur la sagesse de n’importe quel pays de se mettre sous la dépendance de n’importe quel autre pays pour ses besoins essentiels, mais supposons que l’Europe puisse compter sur le gaz algérien. Mais compter sur le gaz du Nigéria, un pays complétement pourri de corruption, sans compter le manque de sécurité au Nigéria même et dans chacun des autres pays que ce pipeline devra traverser, c’est une lubie à mon avis. Surtout le projet Nigeria-Maroc, qui doit traverser quatorze pays ! Quatorze pays, quatorze nids de corruption, quatorze nœuds potentiels de toutes sortes de problèmes, y compris de sabotage.
    Même si ces projets réussissent un jour lointain à apporter du gaz vers l’Europe, le flot pourrait être interrompu à tout moment. Entre temps, avec le passage des années, ce gaz pourrait bien devenir obsolète. Le robinet russe pourrait bien se rouvrir, par exemple, et je ne sais quoi qui pourrait se passer.

    • D’autant plus que les pays européens qui ont besoin de gaz pour tidswit et non pour la Saint-Ginglin eux ne semblent pas emballés par ce projet qui comme tu le soulignes n’est pas plus avantageux que d’aller chercher le gaz au Qatar ou aux USA. Je ne suis pas sûr que le gaz partant du Nigeria arrivera en Europe sans être siphonné en cours de route. Il faut ajouter à cela que les pays concernés ne sont pas stables ni plus conciliants que la Russie.

        • Azul fellawen a y degordithen.

          J’ajoute à votre raisonnement un point, la femeture récente du gazoduc méditerranéen passant par le Maroc par l’Algérie. Cette fermeture donne à réfléchir aux européens avant de financer tel projet , s’ils ont fermé tel pipe-line vont pas fermer un autre a l’avenir ?

          Les occidentaux savent très bien ce qu’ils font. Dans tous projets ils se posent la question principale : combien je vais dépenser et combien j’aurais à gagner. À partir de là ils étudient plusieurs paramètres et mesurent les risques de tel ou tel projets, y compris le nombre de morts qu’un projet peut engendré.

          Bien à vous

          • Salut, L’Hos !… Dans cette histoire, l’Algérie est un renard et l’URSS un tigre. L’Europe a choisi de s’associer au tigre plutôt qu’au renard, parce que le renard pourrait lui jouer des tours. Mais le tigre, lui, il ne joue pas de tours; il donne des coups de pattes et de dents qui anéantissent celui qu’il vise. Comme le disait un vieux livre de lecture quand j’étais petit en parlant du lion: il peut briser d’un coup de patte la colonne vertébrale d’un bœuf. A la place de l’Europe, je ne me serais pas amusé avec le tigre.

    • Merci pour votre réponse, et surtout pour la plaisante allégorie du chameau.
      Laissez-moi vous conter une autre histoire, plus simple, et à laquelle je fus, très modestement, associé dans les fonctions que j’exerçais jadis. C’était au début des années 1980 : notre pays avait grand besoin de développer l’exploitation à grande échelle de ses très substantielles réserves gazières, pour générer les ressources nécessaires au financement de son développement économique et social. Dans le même temps, l’Union Economique Européenne, de ce temps là, avait déjà besoin d’importantes sources d’approvisionnement en gaz naturel pour satisfaire, à la fois, ses immenses besoins domestiques, pour la consommation de ses ménages et les inputs pour ses centrales énergétiques et ses industries chimiques. L’UEE avait le choix, à l’époque, de passer des contrats à très long terme avec trois sources d’approvisionnement disponibles : la Norvège, l’URSS et l’Algérie, moyennant une évaluation des risques inhérents à ce type de contrat sur une très longue durée. Tout naturellement, la Norvège, pays européen, quoique non membre, présentait le moindre risque aux yeux l’UEE. Restait donc à faire le choix entre l’Algérie et l’URSS pour faire l’appoint. Nous avions tenté de faire valoir, par voie diplomatique, aux autorités européennes compétentes, que l’Algérie, elle-même dépendante des ressources générées par l’exportation de ses hydrocarbures, pour financer son développement économique et social, n’avait ni l’envie, ni les moyens d’exposer ses partenaires à quelque risque, de quelque nature que ce soit. Mais, avions nous observé, qu’en revanche, l’URSS, grande puissance de son état, pouvait, un jour ou l’autre, être tentée de faire de la dépendance énergétique européenne, un enjeu politique.
      Plutôt que de faire de l’Algérie son partenaire stratégique en matière d’approvisionnement en gaz naturel, moyennant une participation financière conséquente au développement de ses capacités d’exploration, d’exploitation et d’acheminement de son gaz en Europe, l’UEE, avait fini par opter pour la solution russe, sur très forte pression exercée par l’ancienne République Fédérale d’Allemagne, soutenue discrètement, par notre voisin et prétendu ami du nord, en dépit du soutien apporté par l’Italie à l’option algérienne.
      C’est, du reste, ironiquement, la même Allemagne qui remet à l’ordre du jour, le même projet, incluant le Nigéria, qu’elle avait saboté il y a de cela quarante ans!.
      Cette coopération stratégique entre l’Algérie et l’Union Européenne en général, et nos partenaires italiens et allemands en particulier, pour l’exploitation, non seulement de nos ressources gazières, en élargissant le partenariat au Nigéria, mais aussi à l’exploitation de notre immense potentiel d’énergie solaire et éolienne, est évidemment toujours possible, souhaitable et mutuellement bénéfique.
      Le seul obstacle que j’y vois, c’est l’absence, hélas, à Alger, aux commandes de notre pays, d’hommes d’Etats, patriotes et compétents, réellement soucieux de porter les ambitions et les intérêts légitimes de notre Peuple.
      C’est pourquoi je crains, la mort dans l’âme, que ne se réalise la prophétie de Karl Marx qui disait que « l’Histoire se répète toujours deux fois : la première fois comme une tragédie, la seconde fois comme une farce ».
      Cordialement.

      • Entiérement d’accord sur tout, et ton dernier paragraphe résume tout ce que je voulais dire, mais que tu as dit mieux que moi. Or, si l’Algérie peut s’avérer un partenaire dont la fiabilité n’est pas inébranlable, qu’en est-il alors du Nigéria, pays de l’arnaque érigée en culture nationale? Sans compter les autres pays que le pipeline doit traverser, chacun avec son lot de problèmes plus que potentiels.

        • J’ai fait, jadis, de nombreux et brefs séjours au Nigéria, pays de haute culture, d’hommes agréables et intelligents, mais à la main, hélas, de clans d’intérêts et de dirigeants cleptomanes, au sein d’institutions en état d’anomie! C’est, bien pire, que l’ordre orwellien qui règne chez nous. Mais ma seule et unique préoccupation, c’est mon pays.

          • Même le grand Chinua Achebe lui-même a dit dans une interview que, malheuresuement, dans son pays l’arnaque de toutes sortes est dans chaque coin de rue et à tous les niveaux de la société.
            Donc, pour en revenir à ce projet qui traîne depuis des décennies, à la source-même de ce gaz c’est déjà plein de conflits réels et de conflits potentiels. Même la disponibilité de ce gaz dans les quantités déclarées est en question.
            Mais il y a aussi de réels risques de conflits armés tels que ni le Nigéria, ni les européens ne peuvent résoudre. L’odeur de l’argent attire les amateurs d’odeur de la poudre aussi.
            Ça promet une grande perte de temps à étudier le projet, et rien d’autre.
            Tout ça pour dire que si j’étais décideur pour l’UE, je dirais : « Thank you, but no, thank you ! »

            • La réalisation de ce vieux projet, même limité à l’Algérie, est évidemment dans l’intérêt de l’Union européenne. Elle sait parfaitement que c’est la solution la moins onéreuse pour elle, tant sur le plan financier que sur le plan écologique. La solution alternative, GNL de schiste étatsunien et GNL qatari nécessitent la construction de lourds équipements (usines de regazéification, méthaniers, etc…) qui porteront le prix de revient CAF du million de BTU à presque le double de celui du gaz algérien. La seule interrogation est celle de savoir si l’Europe dispose encore de la volonté de placer ses propres intérêts au dessus de ceux de son Oncle Sam!

      • J’ajoute, qu’avec ses faibles ressources humaines et ses énormes difficultés à mobiliser les ressources financières adéquates, en dépit d’un mode de gouvernement clanique, qui tenait ses jeunes élites pour des coopérants techniques locaux, à son service, l’Algérie a su développer, quasiment seule les moyens d’exploitation des ses champs gaziers, le développement de sa sidérurgie, axée principalement sur la fabrication de tubes appropriés pour la construction de gazoducs et de pipelines, ainsi que la construction d’usines de liquéfaction et l’acquisition de méthaniers pour l’exportation de son GNL. Mais ça, c’était avant, du temps où les meilleurs enfants du pays en général, ses ingénieurs, techniciens et autres commis de l’Etat, en particulier, plutôt que de pleurnicher sur leur sort, se retroussaient les manches et arrivaient à trouver les solutions appropriées en mettant leurs neurones au service de l’intérêt du pays, avant tout!

      • Je souligne qu’un tel projet est conditionné par l’apport massif de capitaux européens, pour la découverte et l’exploitation de nouvelles réserves dont recèle surement notre pays, ainsi que la construction des voies de leur acheminement à nos clients. Ce qui signifie qu’il est, dans mon esprit, exclu de sacrifier nos réserves prouvées disponibles, qui restent un patrimoine dévolu exclusivement à satisfaire nos propres besoins de consommation actuels et à venir.

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