3 octobre 2022
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Pour un plan à moyen terme de relance économique

DECRYPTAGE

Pour un plan à moyen terme de relance économique

Qu’attend le Gouvernement pour lancer un plan, à moyen terme, d’indemnisation et de relance de l’économie nationale (1) ?

Certes, la théorie économique nous enseigne que la prudence doit être de rigueur, en matière de dépenses publiques et que la règle d’or, c’est toujours la recherche perpétuelle de l’équilibre budgétaire, « en dernière  analyse », c’est-à-dire que les ressources doivent couvrir les dépenses, pour ne pas générer de tensions inflationnistes, catalyseurs de l’érosion du pouvoir d’achat des ménages et puissant instrument de détérioration de la balance des paiements, ce qui conduit en général, aux portes du couple BIRD/FMI.

Mais ceci est la théorie économique, qu’il faut certes respecter mais dans des situations normales « toutes choses étant égales par ailleurs » ! Or, sommes-nous dans une situation normale avec la pandémie du coronavirus qui frappe le monde entier ?

Pouvons-nous, nous permettre le luxe de respecter aveuglement cette doctrine, dans une pareille situation ? L’histoire économique des nations nous enseigne que dans des situations de crises mondiales généralisées, notamment celle de 1929, des hommes politiques courageux ont bravé les dogmes et prirent des décisions, à contre-courant idéologique, pour répondre aux impératifs du moment.

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Le cas du New Deal (1933-1938), de F.D. Roosevelt (2) n’est pas inintéressant, malgré ses critiques (3), au moment même où le Président américain Joseph Robinette Biden Jr., dit Joe Biden, présente, ce jour, au Congrès américain, un plan de 2.000 milliards US$ (4), entièrement dédié à relancer la machine économique américaine ! L’union européenne n’est pas en reste, puisqu’elle a mobilisé 750 milliards d’Euros, (la France 100 milliards d’Euros et une dette publique qui représente 115% du PIB, l’Italie 222 milliards …) dans le même but malgré les réticences de la Cour constitutionnelle allemande de Karlsruhe (5) et les déficits budgétaires abyssaux de certains membres dont la France ! Et la liste est longue de pays «puritains » qui, pour la circonstance, ont opté pour l’ouverture des vannes du déficit budgétaire.

Qu’est-ce qui empêche notre pays de suivre les tendances fortes de l’économie mondiale ? Dans le cadre d’une loi (ordonnance) de finances complémentaire, il est impératif de mettre en œuvre un plan ambitieux d’indemnisation et de relance de l’activité économique. 

Indemnisation des entreprises

D’un côté, ce plan prendra en charge l’indemnisation des grandes entreprises et les PMI/ PME qui subissent durement les impacts de la crise sanitaire par la perte d’activité et de chiffres d’affaires et de l’autre, de pourvoir au financement des projets déjà lancés et qui sont à l’arrêt et des projets structurants nouveaux qui auront un impact direct sur la relance de l’économie, en panne actuellement.

Peu importe le déficit escompté et son niveau actuel et futur, il s’agit, pour notre pays, d’un véritable « plan Orsec » pour la sauvegarde du tissu économique, l’activité et l’emploi dont nous avons un besoin urgent. Il sera toujours temps, sur le moyen et long terme, de réduire le déficit par des mesures appropriées, qui peuvent provenir du raffermissement de la conjoncture énergétique  mondiale, de la privatisation (6) réelle des entreprises publiques non stratégiques (tourisme, agro-industries, mines, services…) et de la cession ou de la concession d’un certain nombre d’actifs publics laissés en jachère (fonciers, le BTPH, transports…).

L’endettement extérieur doit faire l’objet d’une révision complète et sans complexe, afin de privilégier le financement multilatéral (BIRD, BEI, PNUD…) et régional (BAD, BID, FADES…). 

Ce qui a été nommé « les zones d’ombres » doivent s’étendre et devenir des programmes spéciaux de développement (PCD) en direction des collectivités locales et obligatoirement être réalisées par les entreprises nationales publiques et privées. C’est une véritable politique de développement local qui est à mettre en œuvre, dans le cadre d’une vision d’aménagement du territoire et d’équilibre régional (7).

Décentralisation

Le couple décentralisation et déconcentration doit jouer un rôle majeur, dans la réalisation de ces programmes de manière à associer et à rapprocher les populations à la prise de décision et de son suivi sur le terrain. Pour ce faire, les prochaines promotions de l’ENA, doivent être consacrées uniquement aux collectivités locales et notamment le poste stratégique de secrétaire général des APC, de manière à assurer la ressource humaine et garantir la réalisation et la prise en charge des projets locaux.

La quantification de ce Fonds d’indemnisation et de relance économique devra être des plus minutieuses et strictement maîtrisée, afin d’éviter les dérapages, de manière à répondre aux besoins des entreprises impactées et des emplois perdus qu’elles ont généré. Un compte spécial du Trésor public doit être créé, à l’instar de ce qui a été fait pour la reconstruction d’El-Asnam, après le séisme qui l’a frappée en 1980. 

Un niveau de quelques 30 milliards de US$, équivalent dinar (quelques 4.000 milliards de DA), devra être consacré à cette opération stratégique, de moyen terme (cinq ans), pour mettre un terme à la fermeture des entreprises et à l’arrêt de l’activité économique, actuelle et future, et permettre un redémarrage de notre économie. 

Les mesurettes prises actuellement ne sont pas de nature à prendre en charge les défis que la pandémie nous impose et ses conséquences sur la stabilité et la sécurité de notre pays. Cette politique courageuse et volontariste, d’indemnisation et de relance économique, ne peut être décidée que par le Président, lui-même, convaincu de la démarche et de son bien-fondé et d’une équipe gouvernementale réduite, une espèce d’état-major soudé et cohérent, entièrement convaincue et vouée à cette tâche. C’est à ce prix et à ce prix seulement que notre pays pourra juguler la crise économique et sanitaire concomitante. La situation actuelle nécessite une réponse urgente, qui ne doit souffrir d’aucune ambiguïté.

M.G.             

Renvois

(1) Il ne s’agit certainement pas de la bonification, par le Trésor public, des taux d’intérêts débiteurs des crédits accordés par les banques et les établissements financiers en faveur des entreprises en difficulté, qui vient d’être prolongée jusqu’au mois de Juin.

(2) Franklin Delano Roosevelt, seul président américain à avoir été élu à quatre reprises est diplômé de l’université Harvard et membre du parti démocrate, a été confronté à la Grande Dépression et met en œuvre le New Deal, un programme de relance de l’économie et de lutte contre le chômage. Il réforme le système bancaire américain et fonde la Sécurité sociale. Il crée de nombreuses agences gouvernementales telles que la Works Progress Administration, la National Recovery Administration ou l’Agricultural Adjustment Administration, donc un nouveau modèle de présidence, plus interventionniste et plus actif, grâce à son équipe de conseillers appelée Brain Trust

(3) Milton Friedman, chef de file de l’école de Chicago, un moment favorable au New Deal, défendait les politiques keynésiennes. En revanche, en 1962, dans son ouvrage Capitalisme et liberté, il se livra à une défense du capitalisme et à une critique du New Deal et de l’État-providence. Pour Friedman la Grande Dépression venait essentiellement d’une mauvaise gestion de la monnaie, dont l’offre aurait dû être augmentée et non réduite. Friedrich Hayek, économiste libéral, critiqua également l’interventionnisme étatique. Il considère que les politiques keynésiennes de relance économique, construites sur l’utilisation des ressources budgétaires, conduisaient, à terme, à la fois à l’inflation, à la stagnation économique et au chômage

(4) Pour la première fois dans l’histoire économique de ce pays, un Président compte soumettre à l’impôt les entreprises américaines et notamment les GAFA, qui pratiquent « l’optimisation fiscale » en s’installant dans des « paradis fiscaux », en leur imposant de payer le différentiel fiscal entre le taux national et celui payé à l’étranger, suivi en cela par l’union européenne !

(5) Le Tribunal constitutionnel fédéral est la cour constitutionnelle allemande. Créé en 1951 et siégeant à Karlsruhe, il juge de la conformité des lois à la Loi fondamentale de 1949. Sur le mandat de la BCE en 2020, la Cour a exigé en mai 2020 que la Banque centrale européenne (BCE) justifie la conformité de ses rachats de dette publique à son mandat. Les achats d’obligations souveraines ont constitué la majeure partie des 2.600 milliards d’euros injectés sur les marchés de 2015 à 2018 dans le cadre de l’assouplissement quantitatif qui a été réactivé en novembre 2019. 

(6) Force est de constater qu’une privatisation non assumée et au rabais n’a aucune chance d’atteindre ses objectifs, comme ce fut le cas pour le cas dans les années 2000.

 (7) Dans les années 60 et 70, des « plans spéciaux de développement » avaient été initiés par les pouvoirs publics, de manière à permettre à certaines régions notamment celles enclavées, de rattraper leur retard de développement.

 

Auteur
Dr Mourad Goumiri, Professeur associé.

 




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