18 août 2022
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Pourquoi l’Espagne se détourne du gaz algérien  

GAZ
Oil and gas processing plant pipe line valves

Deux faits ont montré que l‘Espagne et ses sociétés opératrices dans le domaine de la réception regazéification et distribution du gaz en Espagne et quelques pays européens, se sont largement préparées pour s’en passer du gaz algérien et la pression que le gouvernement Petro Sanchez subit suite à son soutien au plan d’autonomie du Sahara Occidental proposé par le Royaume du Maroc.

Le premier, ce sont les chiffres du mois de juin diffusés par Enagás, le gestionnaire du système de gaz. D’habitude, lorsque pour des raisons diverses dont parfois techniques liés à la maintenance des champs gaziers, les journaux spécialisés rapportent les alertes des entreprises espagnoles qui dénoncent la réduction du flux de gaz envoyé par le biais du gazoduc Medgaz  en rappelant les engagements de Sonatrach et, partant l’Algérie de parer à toute inconvénient qui serait lié à la fermeture du Gazoduc Maghreb Europe (GME).

L’Espagne justement a tout tenté y compris l’intervention auprès de la sous-secrétaire d’Etat américain Wendy Sherman lors de sa visite en Algérie qui n’a pas réussi selon un site arabe de convaincre les autorités algériennes de sa réouverture.

Que s’est il passé au mois de juin ?

Les exportations de gaz algérien vers l’Espagne ont diminué de 15% en juin par rapport à mai, selon les chiffres enregistrés par Enagás, la société énergétique et gestionnaire de réseau de transport européen qui possède et exploite le réseau gazier espagnol. Les chiffres enregistrés par Enagás montrent que les livraisons depuis l’Algérie sont tombées à 7 763 gigawattheures contre 9 094 gigawattheures en mai. Les 7 763 gigawattheures fournis en juin représentaient 22 % de la demande totale de l’Espagne et représentent environ la moitié de la quantité fournie par l’Algérie à l’Espagne en juin 2021.

Alors que les approvisionnements algériens diminuaient, la Russie a remplacé l’Algérie en tant que deuxième fournisseur de gaz naturel de l’Espagne en juin. En effet, confirment les chiffres révélés par le bulletin statistique Enagás,  la Russie était devenue le deuxième fournisseur de gaz de l’Espagne en juin avec une part de 24,4 %, derrière les États-Unis.

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Ainsi, l’Espagne se détourne (forget : terme employé par le bulletin)  de  l’Algérie qui devient le troisième fournisseur avec une part de 21,6%. Quant aux États-Unis, leur part est de 29,6 %.

Plus de 8 752 gigawattheures (GWh) sont venus de Russie en juin, soit quatre fois la quantité importée le même mois il y a un an soit 2 163 GWh. En revanche, les importations de gaz en provenance d’Algérie ont baissé de 57,3% par rapport à juin 2021, à 7 736 GWh contre 18 123 GWh il y a un an.

Il faut de même préciser que les États-Unis ont continué d’être le principal fournisseur de gaz de l’Espagne pour le sixième mois consécutif en juin, avec 10 618 GWh, soit 29,6 % de tout le gaz importé, soit près de deux fois et demie la quantité de gaz entrant en Espagne depuis ce pays en juin 2021.

Pour les six premiers mois de l’année, les États-Unis restent le principal exportateur avec 78 078 GWh importés au premier semestre, soit 34,4 % du total. Dans le total annuel, l’Algérie continue d’occuper la deuxième position avec un poids proche de 25% du total avec 55 962 GWh.

De son côté, la Russie occupe la deuxième place avec 10,1 % des importations totales de gaz, soit 22 948 GWh. Rappelons que les prix de l’année 2022 du Gigawatt/heure se sont établis au taux actuel de change euro/dollar 88 dollars pour le gaz russe à 92 dollars celui du schiste américain, à 81dollars d’Azerbaïdjan et enfin 30 dollars celui de l’Algérie.

Pour sauver la face auprès de l’Union européenne (UE) qui a pris la décision collégiale de réduire les importations du gaz russe, le gouvernement Sanchez a exhorté les entreprises énergétiques à réduire leurs importations de gaz en provenance de Russie, qui a remplacé le mois dernier l’Algérie en tant que deuxième fournisseur de gaz naturel de l’Espagne. Il est souhaitable « que les commerçants cherchent à minimiser autant que possible les importations de gaz russe », devait  déclarer la ministre de l’Energie Teresa Ribera lors d’une conférence de presse à l’issue d’une réunion hebdomadaire du cabinet du son gouvernement. (01)

Les entreprises espagnoles qui avaient le droit contractuel de contester le déficit des approvisionnements en gaz, ne l’ont pas fait parce qu’elles sont consentantes d’un côté comme de l’autre.

Pour le fournisseur, il y a apparemment un manque de gaz pour satisfaire l’ensemble de la demande et ces entreprises clientes envoient un message fort à Sonatrach qui a décidé de revoir le prix de vente de son gaz qu’elles peuvent s’en passer. C’est justement le deuxième fait, cité tout au début, pour les entreprises espagnoles, le gaz algérien leur revient beaucoup moins cher car depuis la guerre qui s’est déclaré en Ukraine, les flux de gaz en provenance de l’Espagne vers la France utilisent le maximum de la capacité à travers les interconnexions existantes  soit 225 GWh par jour.

Cela représente 6% de l’approvisionnement français en gaz depuis le début de cette crise. Ensuite, la fermeture du GME n’a pas empêché la Sonatrach  d’inonder son partenaire espagnol de gaz à travers le gazoduc Medgaz avec un complément en shipping de Gaz Naturel Liquéfié au point où il a surstocké du gaz algérien bon marché au moment où les prix du Million de British Thermic Unit (BTU) se situaient dans une fourchette de 40-60 dollars, lui l’achetait à peine à 8 dollars.

Il y a moins d’un mois le PDG d’Enagás a confirmé que l’Espagne exporte plus de gaz vers la France à travers les interconnexions à Irún (Guipúzcoa) et Larrau (Navarre) qu’elle n’en importe de l’Algérie via le Medgaz. Soit près de 7 milliards de m3 et que la recharge des navires du GNL a augmenté de 289%.

Les services de cet opérateur qui régule l’énergie en Espagne a publié des chiffres qui démontrent que ce n’est pas l’Algérie qui a réduit son exportation de ¼ comme le laissent entendre les médias  mais c’est l’Espagne qui a décidé de réduire ses importations de 14,3%, passant de 11139 GWh à 9545 GWh de gaz algérien entre mars et avril 2022.

Tout cela montre que les responsables espagnols ont tout calculé, alors que ceux les responsables algériens n’ont rien anticipé jusqu’à mettre 46 millions de dollars pour augmenter la capacité de Medgaz de 8 à 10,7 milliards de m3  alors qu’aujourd’hui ce gazoduc n’est utilisé qu’à 50% de sa capacité.

Rabah Reghis    

Renvois

(01)-https://www.barrons.com/amp/news/spain-urges-energy-firms-to-reduce-russian-gas-imports-01657551307?fbclid=IwAR1n4uRnbnD4FGsla-pxMROMPZa1laJhT6T16O7lhRsygcumnTzzlKb82VQ

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6 Commentaires

  1. La question pour l’Espagne est pour combien de temps peut-elle être gagnante? Le gaz venu des USA, de Russie ou du Golfe ne peut pas lui revenir moins cher, loin s’en faut, que celui provenant d’Algérie. Et combien a-t-elle pu sur-stocker, pour combien de temps? Si les prix du gaz ne baissent pas dans un futur plus ou moins proche avec la même brutalité qu’ils ont augmenté, l’Espagne ne peut que perdre au change à la longue.
    Je ne suis en aucun cas expert dans ce domaine, mais c’est comme ça que je vois les choses.

    • Azul a yamdakul,

      Rouh ketch thoura inas i Le Matin-Dized ur tmenyikène ara.

      Je ne suis pas plus que toi expert en expertise gazolière , mais je trouve que le titre est quelque peu plus destiné à attraper des gogos qu’à signifier quoi que ce soit de sensé. D’autant que la première partie était titrée :  « Pourquoi deux décisions de l’Algérie vont la rapprocher de l’UE ( I et II)

      Et : « Sonatrach et Engie signent un accord de livraison de gaz via Medgaz » . Sans parler des contrats avec l’Italien ENI . Et avec des geants américains pour l’exploitation des gaz de schistes.

      En effet cela revient à dire que les espagnols font plus confiance aux américains et aux Russes qu’aux Algériens qui eux n’ont aucun intérêt à jouer au jeu du chantage comme les Russes.D’autant que rien dans la démarche algérienne n’indique qu’elle est tentée par ce jeu.

      Là notre expert veut faire croire que c »est Biden qui décide de la politique pétrolière et non le Dieu Marché.

      Bien sûr que l’Espagne joue son jeu, et l’Algérie aussi. Mais l’un et l’autre le savent que ce n’est pas le bon.

      • Négocier avec les USA dans le domaine des échanges commerciaux, ce n’est pas vraiment faire confiance à quiconque, c’est tout simplement savoir naviguer le marché. Si tu sais naviguer, tu ne fais pas confiance à la mer, tu comptes plutôt sur ta propre aptitude à manier ton bateau et le mener à bon port. Négocier avec l’Algérie dans le domaine des hydrocarbures est la même chose: Tu sais que l’Algérie doit vendre son pétrole et son gaz pour continuer d’exister. Tu sais que c’est dans son propre intérêt d’éviter autant que possible de causer des vagues, alors garde-toi de causer des vagues toi-même et tout ira bien. Si tu causes des vagues, ce sera ta faute si tu coules.
        Mais quand tu t’amuses avec la Russie, tu t’amuses avec un animal puissant et imprédictible. Tu ne sais jamais quand il pourrait se retourner contre toi. Tu peux domestiquer un tigre et mettre ta tête dans sa gueule pendant des années sans danger, mais tu ne sais jamais à quel moment et pour quelle raison il pourrait te la bouffer, ta tête.

  2. Ainsi donc pour des raisons politiques,l’Espagne préfère acheter du gaz de schiste américain à 92 USD l’unité plutôt que le gaz naturel algérien à 30 USD l’unité.A ne rien comprendre,tout ça pour soutenir le plan d’autonomie du Sahara Occidental que propose le Maroc pour court-circuiter le Front Polisario et l’Algérie qui le soutient et s’attirer les sympathies des puissants lobbys sionistes,américains et européens sur lesquels mise le Maroc.Et comme dit la fable de La Fontaine « la raison du plus fort est toujours la meilleure ».C’est le côté « taghenant » des occidentaux et leur « nif ou l’khsara ».Je crois que l’Algérie a tout intérêt à vendre son gaz au tarif international,ce qui n’est que justice car de leur côté ces vampires ne nous ont jamais fait de cadeaux.

  3. Vous êtes en train de disserter comme si l’algérie a un gouvernement et des institutions fiables (excepté le domaine de la répression et fichage des personnes) digne d’un pays
    En Algérie il y a une caste de MISS L AHRAM qui n’ont aucun neurone . Les personnes de cette caste s’en foutent comme de l’an quarante des anesgériens et de l’algérie ils n’ont aucun sens des affaires ni morale ils ne sont pas cartésiens même pour leur propre intérêt c’est des personnes qui ne réfléchissent pas et n’ont aucune suite dans les idées.
    Ils sont grandement aidés par la populace (les anesgériens 80% et je suis gentile)

    • Ce sont des ignares, des despotes, des cleptomanes, etc., c’est vrai, mais ils ont un instinct de conservation très aiguisé. C’est pour ça qu’ils essayent de minimiser autant que possible leur implication dans les autres pays. Ils sont absolument contre toute ingérence dans les affaires des autres pays, précisément parce qu’ils ne veulent pas de l’ingérence des autres pays dans leurs affaires. Ils veulent la paix des chiens afin de pouvoir jouir de la rente des hydrocarbures. Cette rente est leur oxygène. Ils ne peuvent pas s’en passer. Il est clair qu’ils ne gèrent pas cette rente pour le bénéfice du peuple algérien, mais il est tout aussi clair qu’ils savent comment la gérer pour leur propre bénéfice en tant que clan maffieux. Ça, il faut bien le leur concéder.

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