26 septembre 2022
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Présidentielles en France : « Plus Français que moi, tu meurs » (*) 

Macron

« Chaque homme de culture a deux patries : la sienne et la France », Thomas Jefferson.

Le mouvement migratoire des peuples est un phénomène marquant de ce XXIème siècle. C’est une revanche de l’histoire des africains dépouillés injustement de leurs richesses naturelles par une France en perte de vitesse vivant de son passé « peu glorieux », d’un présent tumultueux et pour un avenir incertain.

C’est un retournement de l’histoire. La France d’aujourd’hui récolte ce qu’elle a semé hier. On n’échappe pas au jugement de l’histoire. L’assassin revient toujours sur les lieux du crime. Durant la période d’occupation, tous les gouvernements français prétendaient faire de l’Algérie une province française (c’est-à-dire « un morceau de la France ») par l’assimilation progressive des indigènes musulmans en commençant évidemment par l’élite.

Ils souhaitaient que les indigènes apprennent la langue et la culture françaises. Leur  méthode consistait à détacher de leur milieu naturel des « individus » aspirant aux « bienfaits de la citoyenneté française » et jugés dignes de cet honneur.

La citoyenneté française contre le renoncement à l’islam. Une « citoyenneté française » liée à un univers culturel propre et à une histoire spécifique  que sont la religion catholique romaine et l’histoire du Moyen Age. Sur le plan du droit applicable, il y avait deux collèges ; les indigènes régis par le droit coranique (polygamie, héritage, intérêts prohibés) et les colons européens régis par le droit civil (monogamie, égalité des droits, laïcité). L’Etat français ne pouvait consacrer une des deux formules, majoritaire dans un cas et minoritaire dans l’autre sans s’attirer les foudres de l’une des parties présente sur le territoire « français », La société algérienne tribale majoritairement musulmane refusa cette politique d’assimilation parce qu’elle ne pouvait pas admettre qu’un musulman préféra la loi française à celle de l’islam et qu’il voulut se séparer de sa communauté originelle pour s’insérer dans une communauté d’emprunt à laquelle il n’est pas préparé. L’assimilation signifiait tout simplement cesser d’être soi-même pour devenir l’autre.

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C’était la fusion de l’un dans l’autre ou l’élimination de l’un par l’autre mais jamais la juxtaposition de l’un à côté de l’autre ou la cohabitation de l’un avec l’autre. La nation arc en ciel n’existait pas encore, c’était l’époque de la télévision noir et blanc. L’Algérie devait être soit française soit musulmane.

Elle ne pouvait pas être tout simplement algérienne pour des raisons évidentes des deux côtés de la méditerranée. Pourtant, au cours de la seconde guerre mondiale, dans les tranchées, face à  l’envahisseur allemand, les combattants étaient  tous français qu’ils soient blancs ou noirs, chrétiens ou musulmans. L’Algérie plurielle n’était pas à l’ordre du jour, la France de la résistance  refusait de voir des turbans ou des noirs dans ses assemblées souveraines. Racisme ou xénophobie ?

Dans la  libération, la prospérité et le rayonnement de la France, il y a du  sang, de la sueur, de l’énergie, des neurones, des matières premières africaines. Le colon français ou européen, chrétien ou juif, minoritaire ne pouvait se fondre dans la société d’accueil musulmane dans sa grande majorité et l’algérien ne pouvait renoncer à sa religion sans se trouver exclu de sa communauté d’origine.

Coloniser un pays c’est conquérir son territoire par l’épée, posséder son corps par la force, investir son esprit par l’école. La domination des terres s’accompagne de la domination des corps. Il s’agit de s’approprier les corps et les âmes. Coloniser un pays c’est introduire des différences de race, de religions, de sexe. Le conquérant se donne tous les droits de vainqueurs, de maître sur ses esclaves, de l’homme sur la femme, de la race blanche supérieure sur race noire inférieure, de la religion chrétienne « des lumières » sur la religion musulmane « des ténèbres ». Une hiérarchie fondée sur la force et non sur la raison.

Le vocabulaire a évolué, on ne parle plus d’esclaves mais d’indigènes, de financement et non d’investissement, de coopération et non d’exploitation, d’indigence et non d’indignation. Des mots pour cacher des maux. Une fois possédé, vous n’êtes plus que son jouet, vous êtes sa propriété, une propriété exclusive.

Posséder le corps de l’autre c’est nourrir son propre narcissisme. La France a quitté le territoire mais elle est toujours présente dans l’homme. La cravate a remplacé le turban, le costume la djellaba, la voiture le cheval, l’hidjab le voile, (hier une robe sous le voile, aujourd’hui un jean sous le hidjab). Ressembler à l’homme blanc c’est accepter de se mettre sous sa domination.

Le colonialisme a atteint ses objectifs. Il nous a détournés de la voie droite. Nous suivons les pas de Satan. Il a fait de nous des êtres égarés. On rêve de l’ailleurs. 1830, les français débarquèrent en Algérie pour l’occuper. 2020, les algériens embarquèrent pour la retrouver. L’histoire est pleine de surprises. Hier envahisseurs, aujourd’hui envahis, les pays dits « d’accueil » ont essayé toutes les politiques que ce soit de cohabitation, d’assimilation ou d’intégration, aucune n’a réussie. Alors, ils se retournent vers les Etats post coloniaux pour leur ordonner de constituer une « ceinture de sécurité » de l’Europe menacée par un flux migratoire incontrôlé. Une émigration encouragée par une répression aveugle des autorités et l’absence de perspectives pour une jeunesse désœuvrée.

Le mouvement migratoire des peuples est un phénomène marquant de ce XXIème siècle. C’est une revanche de l’histoire des africains dépouillés injustement de leurs richesses naturelles par l’occident triomphant en perte de vitesse vivant de son passé « peu glorieux », d’un présent tumultueux et pour un avenir incertain. Des populations à la recherche d’une liberté illusoire et d’un bonheur hypothétique fuyant les interdits de la religion, de la politique et de la pauvreté. Mais, une fois en contact avec la dure réalité de la société d’accueil et des valeurs qui la sous-tendent, ils deviennent nostalgiques en se chuchotant à l’oreille (pour que les compatriotes restés au bled ne les entendent pas) : « loin de toi je languis, près de toi je meurs ».

La France est incrustée dans notre cerveau sclérosé, l’Algérie est vivante dans leur mémoire agitée. Au débarquement des troupes françaises, les premières à s’habiller à la française sont des concubines de l’ère ottomane réduites au rang de prostituées, des usines à sexe de l’ère industrielle. Il faut rappeler que la prostitution n’existait pas avant la pénétration Française, les courtisanes étaient des artistes, des danseuses, de chanteuses, des poétesses, entretenues, respectées et convoitées. Elles seront les premières indigènes à être infectées de la maladie de la syphilis transmise par les soldats français. 

Ironie de l’histoire, des familles entières envoûtées par l’image et le son, se jettent à corps perdus dans la méditerranée en brûlant au passage leur « nationalité algérienne » pour rejoindre la France que leurs parents ont combattue. Les martyrs n’ont qu’à se retourner dans leurs tombes. La colonisation française fût une prise de pouvoir sanglante sur le corps de l’autre. L’autre n’est pas un être humain, c’est un indigène : une proie à abattre pour garnir la table ou un corps fragile pour assouvir ses bas instincts, hier au nom de la « civilisation de la guillotine » aujourd’hui au nom de la « démocratie et des droits de l’homme » et pour être plus précis, « des droits de l’homme et du citoyen français ». La révolution de 1789 est une révolution française. Le code Napoléon est notre code civil. C’est un héritage de la colonisation française. L’esprit colonial hante la législation locale. Les écritures ont été arabisées, l’esprit n’a pas été formaté. Les soubassements idéologiques et religieux sont passés sous silence.

L’Etat centraliste et ostentatoire dérivé du modèle colonial a suscité le régionalisme, les dérives de l’intégrisme de ceux qu’il enferme dans un nationalisme formel et dans un rituel religieux sans esprit novateur.  La décolonisation de l’Afrique du nord a donné naissance à des entités étatiques artificielles dominées par des régimes politiques autocratiques et despotiques sans légitimité historique ou démocratique qu’ils soient monarchiques, militaires, ou policier veillant jalousement sur leurs frontières c’est-à-dire leur espace de domination politique, économique et culturelle. La colonisation a émietté la région pour en faire la propriété des Etats qui vont en faire une propriété privée.

Les Etats africains dans leur configuration actuelle sont les produits de la décolonisation opposant des monarchies aux républiques, des dictatures militaires aux régimes laïcs, des Berbères aux arabes, les Marocains aux Algériens, des Tunisiens aux Libyens. L’Afrique du nord dans sa configuration actuelle, est une création de la colonisation française qui a tracé ses frontières pour en faire un « socle de la France » laquelle a façonné les mentalités des autochtones  en les dressant les uns contre les autres (les Imazighens contre les arabophones, les harkis contre les fellagas, les illettrés contre les lettrés, les musulmans contre les musulmans !) et en inculquant au colonisé qu’il est inférieur au colonisateur, qu’il soit marocain, algérien, tunisien ou libyen.

L’un ne peut se définir que par opposition à l’autre. Par conséquent un colon ne peut être qu’un privilégié par rapport aux indigènes ; le colonisé est dépourvu de tout droit, c’est un être inférieur constamment soumis et humilié, en état de carence permanente. Du statut de l’indigénat au statut de citoyen, que de chemin à parcourir, que d’obstacles à franchir, que de pièges à éviter. 

Le passage de la soumission aux autres au contrôle de soi-même et de la domination à l’autonomie est une œuvre de longue haleine qui exige patience et persévérance. En imposant un schéma institutionnel dont la logique de fonctionnement était radicalement opposée à celle de la société indigène, et un modèle économique  étranger aux réalités locales des populations, le colonisateur préparait en fait la société postcoloniale à l’échec de la modernisation politique et au développement économique. 

C’est un fait établi, l’Etat en Algérie est un Etat sous développé. Le sous-développement économique est une réalité globale multidimensionnelle. On peut parler de sous-développement politique  comme on peut parler de sous-développement économique ou culturel. La précarité de l’Etat est telle que toute tentative de développement autocentré qui dépasse les exigences de profit des élites au pouvoir est généralement perçue par celles-ci comme un manque à gagner ou une menace. Ce qui compte avant tout c’est le maintien du statu quo même si cette situation engendre les germes de sa propre destruction ou liquidation.

Cette élite « pseudo-moderniste », culturellement aliénée, extravertie, modelée par la culture française apparente et de bas étage, échappe difficilement au piège des modèles étrangers, en particulier, sur le plan des institutions, du pouvoir et du développement. Cette fraction de la société qui détient le pouvoir administratif et donc  le pouvoir économique, qui a seule les moyens de consommer les produits importés, surtout de luxe, qui a seule la parole, c’est l’Algérie des élites. Elle se donne en modèle aux couches populaires, elle présente à l’étranger une image très embellie des réalités nationales. Elle prononce des discours sur la souveraineté et sur le développement tout en tirant profit de la dépendance et du sous-développement du pays.

Dr A. Boumezrag

(*) Le titre est une citation de Philippe Seguin

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2 Commentaires

  1. Dans votre article, moi en tant qu’amazigh (berbère), je mettrais arabo- musulmans à la place de français et au lieu du débarquement français, je mettrais conquête ou la dévastation de Tamazgha (Afrique du Nord, usurpé et  » violé  » en Maghreb) par les  » fous d’Allah  ». Voyez-vous, chacun son Histoire… La falsification des uns et des autres n’est que l’arbre qui cache la forêt : win tevghid’ yugi-k, anda tellid’ ixd’a-k mliyi-d ukilan ? … Ah’lil d alh’if …

  2. L’ami Boumezrag ignore superbement les grandes manifestations populaires de rejet des régimes despotiques héritiers de la colonisation. Aussi, je crains qu’il n’attribue ses états d’âme et ses tourments propres à l’ensemble des peuples nord-africains.

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