4 décembre 2022
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Retour d’un voyage au bout de l’enfer

TEMOIGNAGE

Retour d’un voyage au bout de l’enfer

Avec mes amis et des camarades, nous avons démarré de la vallée du M’zab, pour conduire notre caravane de dons, composée d’une vingtaine de véhicules, vers la ville de Tizi-Ouzou, afin d’apporter notre aide aux sinistrés des feux qui ont ravagé la quasi-totalité de la Kabylie.

Denrées alimentaires, couvertures, médicaments de secours et un générateur d’oxygène. 
Nous avons roulé toute la nuit du mercredi au jeudi 12 août. Une fois sur les lieux, nos frères kabyles nous ont orientés vers le village de Ath Yenni où les feux faisaient encore des ravages.

A peine sortis de la périphérie de Tizi-Ouzou, l’odeur de la fumée nous irritait le nez et la gorge, rendant la respiration très difficile.

Dès les premiers kilomètres, le paysage grisonnant et désolant exposait des hectares de forêt calcinés, des habitations complètement brûlées et abandonnées.

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Le feu était si près de la chaussée que nous étions obligés de descendre des véhicules pour éteindre les feux et nous frayer un passage.

Arrivés au village de Boudrane, dans la commune de Ath Yenni, nous avons retrouvé nos amis mozabites arrivés la veille d’Alger.

Mes sentiments étaient mitigés, la peur, la désolation, mais aussi la colère, m’ont envahi.
Le regard des villageois, assombri par une profonde tristesse, était recouvert de larmes dûes à la fumée. Nous étions coupés du reste du monde. Aucun moyen de communiquer. Les antennes de relais de télécommunication ont été calcinées aussi. Il n’y avait pas non plus d’électricité, ni d’eau dans les robinets. La chaleur était insupportable… C’est l’enfer!

Thadjmaât, le comité du village, cette institution ancestrale que nous, les Amazigh, avons hérité de nos aïeux, était le salut de cette population endeuillée. Ses représentants qui connaissent tous les habitants du village et leur situation, étaient continuellement en contact avec les comités des autres villages. Malgré la situation apocalyptique, les habitants n’ont rien demandé malgré nos multiples propositions à leur apporter notre aide. « Allez voir les autres villages, ils sont dans une pire situation que la nôtre! ».

Les jeunes volontaires répondaient aux appels des habitants qui demandaient de l’aide pour éteindre les feux qui se répandaient partout. C’est par des moyens archaïques qu’on essayait d’éteindre les feux, munis par notre seule volonté. Malheureusement, les pentes raides et les vents attisant les braises, ont été plus forts.

Cette catastrophe a arraché plusieurs vies dans les conditions les plus cauchemardesques où des familles entières ont été décimées. Des champs de cet arbre sacré, l’olivier, ont été dévorés dans leur totalité par les flammes. La faune dans toute sa composition, sauvage et domestique, a péri dans les feux.

Je m’agenouille devant les âmes perdues et prie pour que plus jamais ce cauchemar ne se reproduise.
 

Auteur
Soufiane Soufghalem

 




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