Len et Jerry, deux vidéastes français, avaient choisi l’Algérie pour son horizon vaste et ses paysages vivants, loin des clichés qui collent à l’image du pays à l’étranger. Le duo, suivi par plusieurs centaines de milliers d’abonnés sur YouTube et Instagram, voulait offrir une autre vision : une Algérie humaine, accueillante, authentique. Mais ce qui devait être un voyage de découvertes s’est transformé en une expérience brutale, faite d’arrestation, d’interrogatoire et d’expulsion.
Le road trip avait commencé comme prévu, entre montagnes kabyles et villages authentiques, caméras en main, sourire aux lèvres, carnet de notes dans le sac à dos. Len et Jerry multipliaient les rencontres, échangeaient avec les habitants, captaient les couleurs, les sons, les gestes, la vie quotidienne d’une Algérie que peu d’Occidentaux connaissent. Chaque image, chaque plan, devait déconstruire les préjugés, raconter le pays autrement, montrer combien ce pays est magnifique et ses habitants, accueillants et chaleureux…
Mais le tournage a été brutalement interrompu. Alors qu’ils s’apprêtaient à filmer un coucher de soleil dans un village de Kabylie, une quinzaine d’hommes en civil les ont interpellés. « On ne comprenait pas ce qui se passait », raconte Jerry dans une vidéo publiée après leur retour. « On a eu la peur de notre vie. » Les deux jeunes hommes ont été conduits dans un centre d’interrogatoire, où la tension et l’incompréhension ont dominé. Les interrogatoires commencent. Les caméras, les téléphones, les carnets ont été saisis, et après plusieurs heures, ils ont été renvoyés en France, leur aventure écourtée sans explication officielle.
Au-delà du choc personnel, cette expulsion met en lumière les risques auxquels sont confrontés certains voyageurs étrangers, même lorsqu’ils sont animés de bonnes intentions. Elle révèle également un contexte diplomatique tendu entre Alger et Paris, marqué par des expulsions réciproques, des désaccords sur les influenceurs et des tensions autour de la mobilité et de la liberté de mouvement.
Pour Len et Jerry, ce road trip n’était pas qu’un voyage : c’était une tentative de raconter l’Algérie autrement, de montrer la beauté de ses montagnes, la richesse de sa culture, la générosité de ses habitants. Tout cela a été interrompu, laissant derrière eux des images inachevées et un récit tragiquement incomplet.
Et pourtant, leur expérience raconte quelque chose d’essentiel : celle d’un pays fascinant mais complexe, où les belles images côtoient une réalité stricte et parfois impénétrable. Le récit de Len et Jerry est une invitation à regarder l’Algérie avec curiosité et prudence, à ne jamais perdre de vue les limites invisibles qui peuvent transformer la lumière d’un paysage en une épreuve inattendue.
Ce road trip d’un couple de voyageurs rêveurs d’un monde fraternel arrêté brutalement montre toute la peur et la méfiance de l’étranger qui traversent le pouvoir et ses segments. Ce comportement est à contre-emploi de tous les discours officiels qui vantent le tourisme et la sérénité qui règne en Algérie.
Derrière l’objectif, il y a désormais la peur, la vigilance, et la conscience que montrer le pays sous un autre angle peut parfois coûter cher.
Mourad Benyahia

