4 décembre 2022
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Six ONG algériennes de défense des droits humains interpellent l’ONU

CDH
Conseil des droits humains de l’ONU

Six organisations de défense des droits humains (LADDH, SOS Disparus, Riposte internationale, SNAPAP, CGATA et ACDA) ont publié ce jeudi une déclaration pour interpeler le Conseil des droits humains de l’ONU sur les violations des droits de l’homme, les emprisonnements et le harcèlement judiciaire en Algérie.

La situation des droits humains en Algérie sera examinée la matinée de demain le  11 novembre 2022 devant le conseil des droits humains CDH de l’ONU à l’occasion de sa 41e session à Genève siège de l’ONU.

Cet examen qui est déjà à son 4e cycle sera l’occasion d’examiner d’une part le refus de la mise en œuvre des recommandations qui ont été faites au gouvernement lors du dernier cycle en 2017, d’autre part de lui rappeler ses engagements quant à l’ensemble des instruments et mécanismes relatifs aux droits humains.

En réponse à cet engagement, le  gouvernement a adressé au conseil CDH en mars 2022 un rapport couvrant la période de 2017 à 2022. De même des rapports alternatifs des ONGs, notamment de la coalition dont fait partie la LADDH, ont été adressés au même conseil CDH.

Dans son rapport qui d’ailleurs n’a rien de national du fait qu’il est élaboré par le gouvernement et ses officines des organisations gouvernementales, le pouvoir continue de nier les réalités après avoir dénié au peuple algérien ses droits fondamentaux et constitutionnels. Ce rapport est très loin des réalités notamment de la répression qui se poursuit toujours, y compris à la veille de cet examen. Ce rapport ne fait aucune allusion au Hirak pacifique pro-démocratie qui a débuté en 2019 et qui reste pourtant un tournant capital dans l’histoire contemporaine du pays.

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Nous, organisations signataires du présent communiqué, saisissons cette occasion pour alerter l’opinion publique, particulièrement internationale, sur la situation de la répression intenable en Algérie.

Nous souhaitons que cet exercice à l’ONU soit une bonne opportunité pour mettre l’Algérie sous les feux de la rampe, après un silence assourdissant imposé par la répression et  l’étouffement de toutes les voix autonomes et discordantes dont des journalistes, des défenseurs des droits humains, des avocats, des activistes de tous bords et des organisations de la société civile et politique.

Aidé par le contexte international et la crise énergétique et sanitaire, le pouvoir a accéléré la cadence de la répression jusqu’à la veille de cet examen.

Pendant des années, le pouvoir a exercé une vraie guerre d’usure contre les libertés y compris les acquis démocratiques, arrachés depuis plus de 30 ans au prix de sacrifices suprêmes pour un Etat de droit, démocratique, civil,  social et authentique tant attendu par des générations depuis la libération du pays qui a célébré son 60eme anniversaire cette année.

En 2019, alors que le peuple pacifique est sorti dans la rue pour revendiquer une vraie démocratie et une rupture avec le système autoritaire, suscitant un grand espoir et attente pour la consécration des engagements de l’Algérie en matière de mise en œuvre des droits humains, d’ouverture démocratique, le pouvoir,  notamment le pouvoir réel, s’est dressé violemment contre ce formidable élan populaire et  cette profonde aspiration pour le changement. Un véritable coup de force s’est opéré depuis contre la volonté populaire via une feuille de route du tout sécuritaire sur fond d’une part d’un agenda électoral pourtant massivement rejeté par le peuple et d’autre part d’une série de changements de lois qui, en fait, ne visent qu’à contrôler plus la société et de donner une couverture légale à la répression du Hirak et de toutes les voix libres et autonomes.

Profitant honteusement de la pandémie Covid-19 et de la trêve sanitaire, décidée par le Hirak en suspendant toutes les marches et rassemblements pacifiques, le pouvoir a mis encore un tour de vis supplémentaire sur les libertés publiques et a engagé une vraie escalade de la répression pour en finir avec la contestation pacifique.

Des milliers de militants.es pacifiques et de citoyens.nes sont arbitrairement arrêtés, emprisonnés et poursuivis pour incitation à attroupement non armée et pour atteinte à l’unité nationale, à l’ordre public et a  l’armée…, les rassemblements et marches pacifiques sont d’ailleurs interdits depuis mars 2021, l’action et les champs politique, civil et médiatique sont totalement verrouillés et  criminalisés

La justice a été soumise aux  ordres de l’appareil sécuritaire, les deux instances ont été instrumentalisés pour devenir les leviers de la répression. Aucune voix n’échappe alors à l’arbitraire, des défenseurs des droits humains, des journalistes, des avocats, des activistes et dirigeants de la société  civile et des partis politiques, des organisations , syndicats, associations , partis politiques sont la cible de menaces de dissolution engrangées par le ministère de l’intérieur, des associations autonomes, des partis politiques de l’oppositions sont dissous, gelés d’activités,  leurs bureaux sont fermés sur des décisions de justice.

De graves poursuites, y compris pour terrorisme et des lourdes peines d’emprisonnement sont prononcées chaque jour par des tribunaux dans les quatre coins du pays contre des militants pacifiques.

Depuis 03 ans maintenant, ni les cris d’alarme de la société civile, ni les rappels a l’ordre des mécanismes internationaux de protection des droits de l’Homme n’ont dissuadé le pouvoir d’arrêter cette véritable machine de répression contre le peuple pacifique qui, lui, continue de résister dans le silence et de prendre sur soi les coûts de l’arbitraire. Le sentiment « de la Hogra » du mépris, de la déception ne cesse de ronger des pans entiers de la population, particulièrement des jeunes qui se jettent à la mer par milliers à bords d’embarcations de fortune à la recherche d’un monde meilleur et plus clément.

Cette situation doit cesser !

L’Algérie doit s’engager dans la voie du changement, une ouverture démocratique garantissant l’exercice des droits fondamentaux au peuple algérien doit s’opérer sans délais.

On ne peut laisser le peuple algérien souffrir seul, face à la machine de l’arbitraire, la solidarité doit se manifester, le sort de l’Algérie est intimement lié aux autres peuples de la région et du monde. La stabilité de l’Algérie sera aussi celle de la région, d’où l’impératif d’interpeler le gouvernement à cette occasion pour respecter ses engagements en matière de protection et de mise en œuvre des droits humains.

L’arrêt de la répression et la libération de l’ensemble des détenus politiques et d’opinion seront des mesures à même de ramener la confiance en vue d’engager le pays dans la voie de la sérénité pour un changement effectif et une démocratie authentique.

–  Vive l’Algérie libre et démocratique

– Pour un état de droit, civil, démocratique et social.

 Les organisations signataires :

– LADDH,

– Riposte Internationale,

– SOS Disparus

– SNAPAP

– CGATA

– ACDA.

 

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8 Commentaires

  1. Quand on ne dispose d »éléments, on ne peut que supputer à partir d’éléments divers. Il y a à peu près deux lectures des manifs de 2019-20 :
    – Le pouvoir militaire algérien a téléguidé ou laissé faire pour des raisons qui lui sont propres. Ceci lui a permis de répertorier ceux qu’il croient être les têtes du mouvement. Connaissant le cynisme de ce pouvoir, ceci n’est pas impensable.
    – Le pouvoir n’y était pour rien dans le soulèvement pacifique; dans ce cas, on comprend son acharnement sur les militants proportionnel à la trouille qu’il a eu durant cette période.

    • Mwa je pencherai plutôt pour la première @ War Thilas. Car, toute la nébuleuse du soit disant « Hirak elmoubarak » dont l’émanation, hélas, ne fut pas fortuite! loin s’en faut, a permis à ce pouvoir de faire de la purge en son sein et de la décantation dans la rue. Bref, il est retombé sur ses pieds.
      Un constat, en dehors d’une région insolente a qui il a fait payer la facture globale, toute la soit disant « oupouzitiou » est rentré dans l’ordre en attendant les ordres.

      • Je penche aussi pour cette explication, car la révolution du sourire et des roses (des premières semaines et mois) en Algérie, ça me fait justement sourire.

      • Iben pour moua il y a deux mouvmas. Le premier est né d’une réaction épidermique spontanée a Urfane, contre l’aberration du cinquième mandat, c’est en ce sens seulement qu’elle n’était pas fortuite : protéiforme , à l’image de la représentation politique, en plusieurs morceaux, à khenchla, kherrata, puis Alger. Mais il ne s’agissait que d’une réaction de colère contre le cinquième mandat. Le Hirak, lui, est la conséquence d’une crise cyclique du système politique, dans son ensemble, ajoutée à une crise sociétale et culturelle, et qui a profité de la sitution.

        Cela aurait pu s’arrêter là , car sans le cinquième mandat rien dans la société ni dans le marigot politique ne présageait un quelconque chanjma. Rien , et la suite le prouva totalement. Je ne dis pas que la société ne souhaitait pas un changement. Je ne dis pas qu’il n’y avait pas de problèmes sociaux. Je dis que dans la société les conditions réelles d’un changement n’existaient pas. Je parle d’un changement vers l’avant car toutes les conditions de la régression,elles, existaient effectivement. La crise c’est le blocage de la société : ni avancée ni recul . Et c’est sur ce constat qu’ Addi a eu la lumineuse idée de la « régression profonde ». Qui se résume en quelques mots:comme nous ne pouvons pas avancer reculons quand nous aurions touché le fond nous remonterons mécaniquement. J’étais l’un des rares à partager à moitié ce constat car pour moua , nous n’allions pas remonter mécaniquement , il fallait soit prendre des pelles et des pioches pour creuser, soit prendre des tentes pour camper , en attendant qu’un cataclysme nous remonte .

        Puis ce mouvma primitif a fait place au Hirak. Et là les activistes (radicaux pour être visibles) entrèrent en scène, avec les partis politiques de l’opposition légale ou pas , islamistes , berbéristes, autonomistes , indépendantistes, pour occuper l’espace visible de ce mouvement sous l’oeil bienveillant de Larmi qui laissa faire le temps d’une recomposition. ( il a aussi ici une partie de la splikasyou de l’échec de ce mouvma)

        Alors que la normalisation a été complètement achevée , ce sont ces acteurs tenaces qui continuent à perpétuer, pour leur propres comptes , la mémoire du défunt Hirak après la fin de la récréation.

        On était devant un précipice , on a fait un pas en arrière . Si c’est pas Addi qui a raison.

  2. Louable action que celle d’alerter sur la répression ignoble que pratique le régime algérien. Cependant votre texte manque de courage et d’honnêteté:
    – l’échec du hirak n’est pas dû à la répression mais plutôt à son manque d’organisation et à son infiltration inévitable par les islamistes
    – la répression qui s’abat sur les Algériens devraient les pousser davantage à s’organiser et se défendre
    – votre passage sous silence du mouvement indépendantiste est d’une grande malhonnêteté. Vous savez parfaitement que l’écrasante majorité des détenus sont des militants indépendantistes (MAK, AKAL) ou autonomistes (RPK) ou soupçonnés d’être indépendantistes. Cette répression renforce la détermination des indépendantistes, du MAK notamment, qui ne cessent d’activer aussi bien en Algérie qu’à l’étranger.
    Prenez exemple sur le MAK si vous souhaitez avoir un jour une Algérie démocratique. Au train où vont les choses, il y aura bientôt une Kabylie indépendante, démocratique, sociale et laïque pendant que vous serez encore dans le folklore du hirak.

  3. D’une malhonnêteté et d’un opportunisme inacceptables. Silence absolu sur la terreur qui règne en pays Kabylie, considéré dans sa globalité comme terroriste, sur les violations du village kabyle, sur l’origine des centaines de détenus d’opinion qui sont majoritairement Kabyles, silence sur les conditions de détention inhumaines, le viol, la torture, silence absolu sur les feux criminels de 2021 et autres actions que ces organisations n’ignorent pas, silence sur l’encerclement de la Kabylie par un tiers des forces militaires et policières, elles mettent un masque abjecte sur le mouvement indépendantiste qui est un courant de pensée qui se place justement en opposition à la négation de la Kabylie en tant que pays (et pourtant en Algérie, on dit bien « bled qbayel », leur voix n’est jamais sorti ni à l’intérieur de l’Algérie, ni à ‘international. Elles mentent sur la réalité du hirak manipulé par le régime (ou clan) même s’il avait suscité à ses débuts des réactions du peuple, Elles nient que le rapport déposé à l’ONU retenu par des organisations internationales et des Etats qui interrogeront le régime d’Alger est l’œuvre des indépendantistes. Il ne peut y avoir une Algérie démocratique respectueuse des droit humains lorsque ceux qui sont sensés porter la voix des opprimés faussent sciemment la réalité. Aujourd’hui, on ne peut mettre un voile sur la question kabyle.

  4. @At Oudrar, d tidet.
    Le vrai problème de le Kabylie réside dans le fait de n’avoir pas pas pu / su moderniser ses élites. Les « élites » qu’on a n’ont aucun lien avec les structures kabyles connues et reconnues depuis des siècles.
    Si l’on considère les deux traditions d’écriture qui ont dominé la Kabylie, l’arabe et le français, on se constate qu’au lieu d’éclairer notre condition et nous aider à nous développer, elles n’ont fait que nous acculturer. Le rôle de l’arabe est, par ailleurs, devenu depuis l’Algérie arabe musulmane un simple instrument de perversion.
    En quoi consiste l’élite kabyle depuis 150 ans ?
    Les lettrés en arabe ont renoncé à ménager l’âme de la Kabylie tel que l’a décrite notamment Younes Adli.
    Les lettrés en français piétinent l’Occident qui est sous leurs pieds et s’en vont le chercher en Europe sans même prendre la peine d’enlever l’étiquette.
    Les deux « élites » confondent richesse matérielle et développement, force et justice/bon droit, culture kabyle et archaïsme sans chercher à comprendre au delà des clichés piqués ça chez nos contempteurs.
    C’est ce contexte qui fait que les luttes kabyles sont dilapidées par certains kabyles. Ces derniers trouvent bien entendu toutes les facilités auprès de l’Algérie depuis le XIXe siècle.

  5. Je sais que je vais intervenir parmi les fauves , mais j’va kamim rassembler tout mon courrage au risque de me faire écharpiller par eux. Aya je me pince le nez et je saute dans le marigot .

    Il y en a qui se plaignent que les droitdelhommistes, aient complètement ignoré la kistyou kabyle dans leurs réclamations à l’ONU. Ils ne se rendent pas compte que cette kistyou n’est une priorité que pour eux. Rouh efhemhoum enta ya Mes3oud ! Quand on les inclus , ils veulent se singulariser, quand on les singularise il crient à l’exclusion. Yakhi kinwwi vous êtes indépendantistes , qu’avez-vous à voir avec ceux qui sont contre vous ? C’est des ONG Al-gé-riennes yakhi, wech dekhelkoum entouma m3ahoum?

    La seule idée avec laquelle je suis d’accord c’est l’idée que les élites Kabyles ne sont pas en phase avec leur société: société kabyle et société algérienne au sens large. Pendant que la société kabyle elle s’est embarquée avec le reste de la société algérienne dans le train de la régression, parce que l’arabo-islamisation uniformisatrice ne l’a pas épargnée , tout simplement , les élites, elles s’inventent des modèles purement théoriques, qui sont complètement éloignés de la société kabyle réelle. Il suffit de voir comment les villages kabyles se sont islamistisés lhemdoullah, au point où l’on ne puisse pas les reconnaître si on les comparait à un village somalien ou soudanais.

    Les tentatives théoriciennes qui essaient de les extraire de cette réalité participent de ce mouvement qu’elles soient hirakienne ou extra-hirakienne. Ces élites ,volontairement ou à l’insu de leur propre plein gré sont tout simplement en train de livrer la Kabylie aux islamistes .Au point que c’est le pouvoir , avec ces manœuvres d’isolation pour que sa rébellion ne contamine pas le reste du pays qui la préserve paradoxalement de ce funeste destin. Ainsi, la Kabylie doit sa survie en tant que telle au pouvoir.

    Les kabyles ne doivent leur existence en tant que kabyles qu’à leur opposition au pouvoir qu’ils combattent alors qu’un pouvoir islamiste les aurait assimilé avec ou sans leur plein gré.

    A leur place je heumderais et cheukeurerais le pouvoir en place qui me donne l’occasion de me replier sur mouamim en me donnant le seul moyen . de me communautariser.

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