13 juin 2024
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Syndicalisme en Algérie : on ne passe à l’action qu’en cessant toute activité » 

Syndicats

En Algérie, la recherche de la souveraineté économique s’est trouvée liée au développement d’un secteur public prépondérant. Du fait de l’origine sociale des « décideurs » l’acte premier a été la nationalisation, pour asseoir une logique du pouvoir fondée sur l’Etat propriétaire des terres avant de s’étendre aux mines et aux hydrocarbures.

Le pouvoir a fondé la croissance économique et son dynamisme sur un large secteur public dominant.

Celui-ci a sollicité la rente toutes les fois où il fallait reporter à plus tard les contradictions sociales et il a empêché ces dernières de s’exprimer dans la sphère politique et d’être actives, en ne tolérant ni la critique, ni l’opposition. Dans la cristallisation d’un tel système de despotisme politique, il ne peut exister évidemment ni organisation de classe et ni de syndicalisme autonome.

Le pouvoir, méfiant vis-à-vis des propriétaires terriens et des industriels, reconnaîtra de facto le droit d’accès aux moyens de production aux anciens militants de la guerre de libération pour autant qu’ils déclarent renoncer de ce fait, à une participation à la gestion économique et politique du pays.

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Quant au syndicat, « l’Etat l’a chargé de « gérer » le mécontentement ouvrier et de servir de courroie de dépendance, au moyen desquelles le pouvoir pénètre la classe ouvrière, la contrôle et tend à l’absorber. Le pouvoir a cherché à légitimer sa domination en accueillant toutes les revendications économiques contradictoires des groupes sociaux en présence, mais il n’a jamais accepté aucune initiative autonome de la part de ces derniers.

Il a nié, au nom du développement économique et de l’unité nationale, le conflit social et a repoussé grâce à la rente énergétique et à l’endettement, les conditions d’émergence d’une économie moderne, refusant de s’appuyer sur les forces sociales en éveil.

Pourtant l’Etat moderne ne peut exister sans une économie de marché et sans une société démocratique. La question est de savoir si l’Etat providence, en tant que forme sociale et politique peut continuer à rester le seul support des progrès sociaux et l’unique agent de solidarité sociale.

L’histoire ne peut se faire que par une alternance de sagesse et de brutalité, puisque les régimes déclinants résistent à la critique verbale. Par ailleurs si un pouvoir veut accélérer l’industrialisation au-delà de ce que les gouvernés abandonnés, à eux même, toléraient ou supporteraient, s’il veut modifier fondamentalement le mode d’exploitation de l’agriculture, il est obligé de recourir à des procédés despotiques puisque par définition, il veut imposer  des mesures que les administrés n’acceptent pas spontanément.

Ce qui implique une planification centrale de l’économie donc une une concentration plus grande des ressources et de l’autorité qu’en régime économique où les décisions sont décentralisées.

Ce qui suppose bien entendu le pouvoir absolu des planificateurs ou du moins de ceux qui leurs donnent des ordres. Il nous semble qu’il est difficile de combiner une économie totalement planifiée avec un pouvoir tout à fait impuissant, comme il n’est pas possible d’imaginer la promotion d’une économie de marché avec un pouvoir féodal autoritaire monopolisant le maximum de ressources nationales. La logique des détenteurs du pouvoir repose sur un réseau clientéliste tissé à travers les entreprises publiques donnant la primauté à la réalisation des objectifs planifiés sans se préoccuper des coûts.

Quant au capital privé, il tente de présenter l’image d’un secteur privé plus efficace car plus soucieux des coûts et plus introverti que le secteur public, puisque officiellement, il n’avait pas accès au marché mondial.

Enfin, la bureaucratie, sous couvert d’un égalitarisme béat, contribue à la formation et au développement d’une société sans autre domination que celle des « fonctionnaires publics » et d’une économie distributive régulée par un Etat prêt à prodiguer des services et des revenus, de la sécurité et de la protection. La vraie question concerne le rôle de l’Etat en Algérie. Comment peut-il générer le développement d’en haut ?

Comment peut-on privilégier l’Etat sans être victime de son pouvoir et de sa bureaucratie ? L’Etat est en effet, une personne morale de droit public, c’est à dire une création de droit, donc en réalité une fiction juridique. Derrière ce voile, se trouvent des personnes physiques auto-investies de pouvoirs nécessaires au fonctionnement de cette entité abstraite qu’est l’Etat. Ce groupe de personnes n’a reçu aucun mandat des citoyens et par conséquent, il ne peut perdre son mandat en cas de mauvaise gestion. Il n’a de compte à rendre à personne, ni à la société, ni aux travailleurs.

Les travailleurs ne sont pas propriétaires des biens qui font partie de la propriété d’Etat. Cependant, ils jouissent tout de même d’avantages  sociaux (salaires, congés payés, assurance maladie, retraite, sécurité de l’emploi etc..) et ces avantages ne sont pas le résultat de leur labeur ou de leur combat, ils leurs ont été octroyés par le groupe social au pouvoir. Ce groupe social au pouvoir va devenir le fer de lance de l’étatisme triomphant.

Cette petite bourgeoisie civile a été imposée par l’armée, seule force organisée, au lendemain de l’indépendance. L’organisation étatique fortement structurée réside dans la nature même de l’armée, c’est à dire selon le modèle hiérarchique centralisé et disciplinaire. Dans ces conditions, l’armée ne pouvait produire que de l’étatisme. En Algérie, l’Etat porteur d’un projet de développement croit trouver dans les revenus pétroliers, le moyen de concilier la réalisation de ce projet c’est à dire la construction d’un Etat fort, mais un Etat construit sur la négation de la société.

Discours d’un Etat qui cherche à imposer une « modernisation » sans recourir à l’exploitation capitaliste des populations. L’inflation considérable des discours exprime le désir d’assujettir les masses en leur enlevant toute initiative. Le ciment idéologique réside dans un étatisme nationaliste pour un développement spécifique, un amalgame d’expériences récoltées en France et pratiquées naïvement en Algérie construite sur d’autres paradigmes reposant sur une économie rentière.

Dr A. Boumezrag

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