27 janvier 2023
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2022 : c’est foot, c’est fou, c’est mou, c’est vous ?

Equipe nationale et Tebboune
Le football, opium du peuple.

Les sempiternels commentaires dans les médias sur la défaite opposant l’équipe algérienne face à son homologue camerounaise pour la qualification de la coupe du monde 2022 tout au long de l’année en cours, ont pris l’allure d’une catastrophe nationale comme s’il s’agissait d’un séisme de grande intensité qui a frappé l’Algérie.

La société algérienne refuse de reconnaître ses erreurs et d’accepter ses défauts. Cela doit nous interpeller. Etre sportif, c’est être honnête, c’est être objectif, c’est accepter la défaite et rendre hommage à l’adversaire. Mais cela implique un certain détachement émotionnel. Un peuple émotif engendre naturellement un pouvoir narcissique.

Manipulation des masses

L’infantilisation de la société est une technique de manipulation des masses redoutable. Mais elle est à double tranchant. Elle peut s’avérer salutaire comme elle risque d’être explosive. Tout dépendra de la conviction des protagonistes. C’est le reflet des tensions d’une société qui se réfugie dans le football pour oublier ses déboires et cacher ses faiblesses qu’elle veut ni reconnaître ni assumer prise dans son propre jeu et je.

L’imaginaire social prime comme si l’essentiel n’était pas dans la réalité de l’adversaire mais l’affirmation d’un moi collectif Cela peut s’expliquer les débordements de certaines rencontres internationale l’Egypte, le Maroc, la Tunisie. Des matches qui dégénèrent en bagarres, l’absence de respect pour les arbitres, les dirigeants de club sont les signes de l’affaiblissement des « pouvoirs publics » par rapport « aux pouvoirs de la rue ».

Le football s’avère finalement être un jeu théâtral qui met en scène les contradictions qui agitent la société algérienne, ses antagonismes internes non résolus, ses incertitudes identitaires, ses phobies ancestrales, le rejet de tout qui est étranger à sa famille, à son douar, à sa tribu, à sa langue, à sa religion, à soi-même. Elle appréhende l’avenir comme une malédiction. Ses peurs de l’avenir la pousse à se réfugier dans le passé.

Le football, cet opium du peuple

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Un passé qu’elle refuse de voir en face où le je l’emporte sur le jeu. Elle est toujours dans un rapport de force. La compétition l’effraie. Elle la révèle à elle-même. Une grosse gueule et de petites pattes. Elle marche sur sa tête et réfléchit avec ses pieds. Des pieds noirs, des pieds rouges, des pieds bleus, des pieds verts. Verts comme le printemps, Cela ne dure qu’une saison, d’une élection. La politique, c’est comme le football seul le résultat compte. Qu’importe le flacon pourvu qu’il y soit l’ivresse.

Le football c’est l’opium du peuple. C’est l’empire des sens, c’est le soft power des nations La terre est ronde comme le ballon. Le football est comme la femme, il faut savoir tirer dans les buts pour avoir la paix. L’Algérie est dans une salle d’attente.

« Le sport, c’est la guerre, les fusils en moins » dira George Orwell. Dans un match de foot le point fondamental c’est qu’une équipe gagne tandis que l’autre perd c’est l’essence même de la compétition. Au sein de chaque équipe règne une loyauté très forte et un sens de cohésion qui renforce l’esprit de compétition mais celui-ci doit être canalisé et transformé en une volonté de coopération. Imaginez un joueur face à l’alternative suivante : tentez de tirer pour marquer un but ou faire une passe à un coéquipier mieux placé pour le faire. Marquer soi-même permet de retirer une gloire individuelle mais faire une passe est préférable pour le collectif.

Les connaisseurs du foot savent que ce sont les équipes qui font le plus de passes qui gagnent le plus de matchs Les joueurs qui coopèrent le mieux sont les meilleurs joueurs. Dans le sport comme dans la guerre, rien ne dure. Quand un devient puissant, il finit par être trop sûr de lui, la gangrène s’installe et fragilise sa cohésion interne. Les membres du groupe risquent de s’en rendre compte trop tard mais ils sont mûrs pour être conquis par une société plus efficace et mieux organisée.

Le mouvement de contestation populaire est sorti des stades, des lieux de compétition par excellence où les règles du jeu sont respectées à défaut sanctionnées, ayant longtemps servi de réceptacles des frustrations et des humiliations des jeunes désespérés poussés à la drogue et au suicide et non des bureaux climatisés et des salons feutrés des élites se qualifiant de militantes et se donnant le titre honorifique d’intellectuels discourant autour d’un thé à la menthe agrémenté de petits fours faits maison.

Ils ont la tête dans le douar et les pieds dans la cité. Leur cravate (visible) est en couleur, leur turban (caché) en noir et blanc. Le décor est planté, les rideaux se lèvent, le spectacle commence. Ils se présentent à tour de rôle pour passer un test de connaissance du peuple, il leur est demandé de tâter et de décrire un éléphant les yeux bandés.

Le premier commence par tâter la queue, c’est une corde, le second touche une patte, c’est semblable à un arbre, le troisième s’appuie sur le flanc, il répond c’est un mur, le quatrième caresse la trompe et affirme c’est un serpent, le cinquième palpe l’oreille et dit cela ressemble à une feuille d’arbre et ainsi de suite jusqu’au dernier. Aucun n’a décrit l’animal.

L’opposition se trompe de peuple. « Donne ai peuple du pain et des jeux, il ne se révoltera pas. Donnes lui la peur et l’inconfort, il se baissera pour prendre un pavé au sol » leur recommande Jean Défaut. Ce qui n’est pas tout à fait faux. Les échecs font partie de la vie. Si tu n’as jamais échoué, tu n’as jamais appris. Si tu n’apprends jamais, tu ne changeras jamais, tu renouvelleras à l’infini tes expériences malheureuses.

Les échecs font partie de la vie. Si tu n’échoue jamais, tu n’apprendras jamais, et si tu n’as jamais appris, tu ne changeras jamais, tu resteras un éternel enfant. Grandir, c’est savoir perdre. Savoir perdre ; c’est gagner en confiance. C’est vrai, « c’est fou ce que ça peut faire comme impression, se sentir inutile au reste du monde. Ça vous écrase et en même temps ça vous libère » Roger Fournier. Il n’y a qu’une réponse à la défaite et c’est la victoire. C’est ce que nous apprend ce sport.

Les Anglais ont inventé le foot, les français l’ont organisé, les italiens le mettent en scène, les brésiliens en font une religion, les Arabes en font un soft power, les Africains l’arche de Noé fuyant les interdits de la politique, de la religion et de la pauvreté.

Dr A. Boumezrag 

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