Aujourd’hui, à chaque retour sur cette terre aimée, il me faut marcher vers les tombes, celles des miens, celles de mes amis disparus. En visitant Merouana, c’est son nom qui m’est revenu en premier, comme un appel du cœur. Je n’ai pas hésité. Je suis allé me recueillir sur sa tombe, belle et digne, ornée de lettres gravées en tifinagh, témoignage silencieux de son combat et de son héritage immortel.

Là, sous le soleil d’Algérie, reposait Ammar Negadi, figure discrète mais essentielle du combat berbériste, homme d’idées et de lettres, bâtisseur d’une identité menacée par l’oubli. Nationaliste convaincu, il porta haut les couleurs d’un peuple qui refusait de disparaître, incarnant une lutte où se mêlaient l’amour de la patrie et la quête de reconnaissance de l’identité amazighe.

Le précurseur du militantisme berbériste

Né dans les Aurès, Ammar Negadi grandit dans une Algérie en quête de repères. Mais dans ce pays façonné par des décennies de luttes et de mutations, la culture berbère, enracinée dans l’histoire millénaire de l’Afrique du Nord, se heurtait à une volonté d’effacement. Dans un contexte marqué par l’idéologie panarabiste prônée par le régime de Boumédiène, son engagement fut perçu comme une menace. Très vite, il comprit que son combat ne pourrait se mener librement sur sa terre natale. L’exil devint alors une nécessité.

L’exil à Paris, un carrefour de la pensée

Arrivé en France, il trouva dans la capitale un refuge, mais aussi un champ d’action. Il rejoignit l’Académie berbère, Agraw Imazighen, et se fit connaître sous le pseudonyme d’Ammar Acawi. Son travail se focalisa sur la langue et l’écriture, et c’est sous son impulsion que le Tifinagh, alphabet millénaire des Amazighs, retrouva ses lettres de noblesse. Il participa à la standardisation de cette écriture et à la création du Fus dheg Fus, le premier alphabet Tifinagh modernisé.

Mais, fidèle à ses principes et animé d’une vision plus large, il quitta l’Académie berbère en 1975 pour fonder, quelques années plus tard, l’Union du Peuple Amazigh (UPA), un mouvement qui allait marquer une nouvelle étape dans la diffusion de la culture amazighe.

Un architecte de la mémoire amazighe

L’Union du Peuple Amazigh (UPA), créée en 1978, devint un foyer de résistance culturelle. À travers le bulletin Azaghen, Ammar Negadi entreprit un travail de fond : recenser, écrire, transmettre. Il publia la première liste de prénoms amazighs, affirmant ainsi l’existence d’une identité niée. Mais son projet le plus ambitieux restait à venir : redonner au peuple amazigh une place dans le temps.

Ainsi naquit le calendrier berbère, œuvre majeure d’un homme qui voulait offrir à son peuple une temporalité propre, un ancrage dans l’Histoire. Après des années de recherches, il fixa l’an 950 av. J.-C. comme point de départ de cette ère amazighe, en hommage à l’accession au trône de Sheshonq Ier, roi berbère d’Égypte. En 1980, il publia le premier exemplaire de ce calendrier, accompagné d’une iconographie forte : un guerrier symbole de résistance, brandissant un bouclier marqué du Z berbère.

Un héritage indélébile

Ammar Negadi s’éteignit le 1er décembre 2008, loin de son Algérie natale. Mais son œuvre survit, portée par ceux qui, comme lui, refusent l’effacement. Aujourd’hui, le calendrier qu’il a créé rythme les célébrations amazighes, le Tifinagh qu’il a défendu s’inscrit dans la pierre et sur les cœurs, et son nom résonne dans les montagnes des Aurès, là où tout a commencé.

Son combat n’était pas celui d’un homme seul, mais celui d’un peuple tout entier, en quête de justice et de reconnaissance. Ammar Negadi voyait dans l’Algérie une terre plurielle, riche de ses racines amazighes et de son histoire profonde. Et chaque fois que je foule la terre de Merouana, que je rends hommage aux miens, c’est aussi à lui que je pense. Car dans cette tombe ornée du tifinagh repose plus qu’un homme : repose une mémoire, un espoir, une éternité amazighe.

Djamal Guettala 

3 Commentaires

  1. Les Chaouis ont trahis les Kabyles, leurs freres d’armes durant la guerre contre les colons francais, en 1962 en s’alliant a l’armee des frontieres qui a pris le pouvoir. Ils sont directement impliques dans tout ce qui se passe en Algerie en ce moment.

  2. Un g an militant qui s’ est sacrifié pour la cause et qu’on a failli jeter dans l’oubli. Un homme de principe et a voué sa vie a l’ identité à remonter son historicité jusqu’à la datation de l’année amazigh. L’histoire le réhabilitera par ses frères de sang et retrouvera la place qu’il mérite – un monument du combat.

  3. Mr feu Ammar Negadi est plus qu’un bâtisseur de l’identité Amazigh, c’est l’un des fondateurs qui lui a donné une dimension internationale, mérite d’être connu davantage. Repose en paix.

LAISSEZ UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici