26 novembre 2022
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Algérie, Maroc : tentations, tensions et réconciliation !

DECRYPTAGE

Algérie, Maroc : tentations, tensions et réconciliation !

Les tensions diplomatiques entre l’Etat algérien et la Monarchie marocaine concernant la question du Sahara Occidentale, n’est pas un nouveau-né. 

La genèse de ces tensions remonte au début des années 70, avec la création en 1973 du Front Populaire pour la libération de Saghia el Hamra et Rio de Oro (Front Polisario). Ce même mouvement proclamera le 28 février 1976, la création de la République arabe sahraoui démocratique (RASD), reconnue par de nombreux Etats et membre de L’Organisation de l’Unité africaine (OUA) depuis 1982. Cette proclamation était une réponse à l’accord tripartite signé entre l’Espagne, le Maroc et la Mauritanie pour la répartition du territoire sahraoui.

A rappeler que le Mouvement du Front Polisario est né au moment où le Sahara occidental qui s’appelait jusque-là, «le Sahara espagnol », était encore sous domination espagnole. Un mouvement largement représentatif du peuple Sahraoui. Ce dernier, a réussi en 1979 à repousser la Mauritanie à l’extérieur du territoire méridional qu’elle occupait. Dans une période légèrement postérieure, la Kabylie a fait front commun avec l’armée de Ben Bella pour défendre les frontières algériennes, héritées de la colonisation et convoitées par la Maroc.

Quant à la partie nord du Sahara, elle a été cédée  de fait par l’Espagne, suite aux 350.000 personnes toutes générations confondues, qu’avait mobilisé le Roi Hassan II pour marcher sur ce territoire tant « désiré ». Cette opération réussite, prendra le nom de la Marche verte du 6 novembre 1975.

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L’Organisation des Nations unies qui considère jusqu’à aujourd’hui, le territoire du Sahara occidental comme étant un territoire non-autonome, donc encore colonisé, adopta en 1991 la résolution 690, et  créera la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO). Un référendum qui n’est pas prêt de voir le jour, en raison de l’absence d’une réelle  volonté politique du Maroc à aller dans le sens dicté dans ladite résolution. Le maintien de la paix a donc échoué à plusieurs reprises entre le Maroc et le Front Polisario, qui ont repris les hostilités militaires récemment.

Il est important de préciser, que dans son avis consultatif du 16 octobre 1975, à la demande du Maroc, la Cour internationale de justice (CIJ) a confirmé deux éléments d’une importance capitale, relatifs à la question du Sahara occidental et au peuple sahraoui.  À savoir, l’existence avérée d’une population occupant le territoire en question, antérieurement à l’occupation espagnole.

Par conséquent, le principe d’un territoire sans maître (terra nullius) n’est pas retenu. La CIJ confirme également dans son avis, « l’existence des  liens juridiques d’allégeance entre le Sultan du Maroc et certaines des tribus vivant sur le territoire du Sahara occidentale ». En revanche, aucun lien de souveraineté du Maroc sur ce territoire n’a été établi.

Dans sa session du 13 au 14 juillet 2021, organisée à New-York, le mouvement des Non-alignés, crée  en pleine guerre froide pour marquer « une neutralité » vis-à-vis des deux blocs belligérants, « les frères ennemies » en l’occurrence, l’Etat marocain et l’Etat algérien se sont livrés comme à leur accoutumée à « des chamailleries diplomatiques » à chaque fois que la question du Sahara occidental est mise sur la table des discussions.

Le Maroc, furieux que la partie algérienne appelle à ce que le processus du référendum d’autodétermination mis en place par L’ONU soit soulevé, avance pour sa défense, un argument qui n’en est pas un en réalité, celui de « l’autodétermination du peuple Kabyle ».

Quel impact de ce énième incident diplomatique sur la scène internationale, concernant le dossier épineux du Sahara occidental ? 

Un feed-back rapide sur les divergences diplomatiques sur la question du Sarah occidental  entre les deux  belligérants, montre qu’il n’y a rien d’inédit à retenir de leur historique conflictuel. 

En Effet, le Maroc qui occupe 80% du territoire du Sahara occidental ne peut pas se retrouver dans une position de fragilisation, face aux « titillements diplomatiques occasionnels » de la partie algérienne.

 En 1984, le Royaume chérifien s’est retiré de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA) qui deviendra l’Union africaine (UA), suite à l’entrée de la RASD en 1982. Une démarche initiée et soutenue entre autre par L’Algérie et la Libye. Cela n’a pas empêché le Royaume de réintégrer l’Union Africaine récemment. En d’autres termes, les relations internationales entre Etats, sont une question d’intérêts ponctuels ou durables entre Etats, qu’une question « d’altruisme diplomatique » et de soutien désintéressé à d’autres causes. Les ennemis cruels d’aujourd’hui sont capables, si leur intérêt converge, de se transformer « en amis inséparables ».

On sera aussi tenté de penser que les échanges tendus, tenus fraîchement au sein de l’organisation du Mouvement des Non-alignés auraient un effet médiatique, en raison de son statut international. En réalité, et avec la fin de la guerre froide, l’Organisation des Non-alignés est l’ombre d’elle-même. Une organisation qui se voulait neutre, s’est retrouvée par sa sensibilité anti-colonialiste et anti-capitaliste, penchée naturellement du côté du bloc de l’est. 

La totalité de ses membres, sont issus de la décolonisation, donc « subordonnés » directement ou indirectement à leurs anciens colonisateurs. Quant aux rares Etats puissants comme la Chine, ils ont uniquement le statut d’observateurs au sein de l’organisation. Par conséquent, leur implication et influence sont limitées.

Quant à l’argutie du Maroc concernant « l’autodétermination de la Kabylie, a-t-il objectivement, une valeur juridico-diplomatique ? La réponse est non,  au moins pour trois raisons ?

  1. Juridiquement et dans le cadre du droit international,  « la question kabyle » n’est inscrite dans aucun calendrier des instances qui forment l’ONU. En revanche, le Maroc, si réellement était sensible à la cause juste du peuple kabyle, aurait pu entreprendre des démarches diplomatiques de par son statut d’Etat membre de l’ONU pour à titre d’exemple, proposer d’inscrire « la question Kabyle » dans l’une des  sessions de l’assemblée générale des Nations unies.

  2.  L’argument de « l’autodétermination de la Kabylie » avancé par la partie marocaine n’est pas réel et sérieux pour la raison suivante : jusqu’à preuve du contraire, il n’y a aucune demande explicite et officielle de la part du peuple kabyle à vouloir organiser un référendum pour son autodétermination.

  3. Au vu du droit international, la Kabylie n’est pas sous colonisation algérienne comme l’a soutenu le représentant marocain. Le Sahara occidental par contre, et conformément à l’avis de l’Organisation des Nations Unies, est sous colonisation marocaine. Ce qui explique la mise en  place  d’un processus de paix depuis 1991.

Dans la réalité, il existe en Kabylie depuis plusieurs années maintenant, l’émergence de revendications politiques particulières à la Kabylie. Plusieurs organisations politiques qui ont choisi la voie pacifique, incarnent ces revendications.

 Autonomie, fédéralisme, souverainisme et indépendantisme se disputent le champ politique sur le territoire kabyle, avec un esprit de débat respectueux dans la plupart du temps, et  dans un cadre démocratique acceptable. Mais jusqu’à présent, aucune de ces organisations n’a obtenu le mandat des Kabyles pour la représenter officiellement,  

Il est à noter que l’ensemble des prôneurs de ces projets politiques, sont arrêtés par l’Etat algérien, et accusés entre autre de « terrorisme ». (1)

Enfin, ce n’est pas parce que la Maroc avance des arguments pour défendre ses intérêts, qu’il adhère réellement à leurs contenus. 

Son attitude raciste et répressive à l’encontre des Amazighs au Maroc, est une raison suffisante pour se poser la question sur ses vraies intentions concernant sa dernière sortie. De mon point de vue, sa démarche relève d’une tentative d’instrumentalisation que d’adhésion. L’Etat algérien de son côté, établit une analogie avec son « Allié » marocain, quant au traitement accordé aux Amazighs en Algérie.

Y. Cheraiou 

– Les noms des cinq détenus politiques arrêtés au début du mois de juillet 2021 sont les suivants : 

  • Bouaziz Ait Chebib

  • Ammar Khoudja

  • Hocine Azem

  • Boussad Becha

  • Hammou Boumedine

– De nombreuses arrestations de militants et personnalités  politiques sont également à signaler. Je peux citer les plus  récentes arrestations de Fethi Ghares, Nordine Ait Hamouda ou encore Sofiane Mohdeb.
 

 




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