18 août 2022
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Constitution : un costume trois pièces ou une ample djellaba ?

 

Constitution

La constitution américaine fût rédigée en 1787, à l’époque des années « lumière ». Elle a été influencée par des théoriciens politiques comme Locke et par des scientifiques comme Newton. Cette analogie entre la physique et la politique au XVIII siècle peut avoir une signification réelle.

En effet, selon Don K Price, « il y a une correspondance entre le système constitutionnel des contraintes et des compensations et le système mécanique de Newton où l’univers s’ordonnait par un équilibre des forces opposées mises en mouvement par un grand horloger mais travaillant ensuite pendant l’éternité suivant un ordre naturel des causes et d’effets ».

La constitution traduit la vision qu’à une société d’elle-même et de son avenir. Aux Etats-Unis, la constitution est la tête du monarque, elle est fixe comme la statue de la liberté, elle est imperturbable dans ses fondements. En France, elle est la couronne du monarque, elle est circulaire, elle tourne tantôt à droite, tantôt à gauche sans aller vers les extrêmes, elle porte l’empreinte de Napoléon Bonaparte et le cachet du Général de Gaulle.

En Afrique, elle est l’habit du monarque, elle colle à sa peau et prend ses dimensions. Les premières constitutions datent des indépendances. Et depuis, on ne les compte plus.

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Il y a eu autant de constitutions que de présidents régnants, autant de périodes sans constitutions que de constitutions sans application. Cela se traduit soit par une présidence à vie soit une constitution sans vie. Autrement dit, la monopolisation et la pérennisation du pouvoir ou la limitation et la séparation des pouvoirs.

Les hommes passent, les peuples restent. Les textes n’ont pour vocation de changer les mentalités mais de formaliser des projets de société. En effet, le droit n’a pas pour vocation de moraliser les mœurs politiques. « Les juges et les politiques ne se lassent pas de rappeler les principes d’une morale qu’ils bafouent allègrement » (Maurice Roche).

Le droit légalise un pouvoir mais ne le légitime pas. A l’instar d’une filiation, la loi a pour charge de donner un nom et un prénom à l’enfant et non un père et une mère. Elle n’était pas présente au moment de la conception. L’enfant est la résultante d’un rapport entre deux personnes mâtures consentantes de sexe opposé. Il en sera de même des relations entre gouvernants et gouvernés. Elles équilibrent deux forces contraires. Elles allient la souplesse et la rigidité, la minorité à la majorité, le jour et la nuit. Elles obéissent aux lois de la nature. Elles sont atemporelles. Par contre, la Constitution dans les pays du tiers-monde n’est en fait qu’une technique juridique de camouflage destinée à donner aux régimes politiques les apparences d’un Etat moderne.

Les experts du droit fournissant la caution scientifique à une alchimie métaphysique. On chasse le naturel, il revient au galop. Elle n’a ni la rationalité ni l’effectivité. Les régimes politiques en place proclament dans leurs constitutions que l’islam est la religion de l’Etat et que la souveraineté appartient au peuple.

Quel euphémisme ? Toutes les constitutions proclament que la souveraineté appartient au peuple, le peuple est-il pour autant souverain dans les faits ? On pousse le bouchon un peu plus loin, on affirme que l’islam est la religion de l’Etat. L’Etat est une création humaine, une fiction juridique, l’islam est une révélation divine, une croyance religieuse.

L’art de la politique est de mentir et nous sommes passés maître en la matière. Mentir à soi, aux autres et à dieu. Des mensonges qui rapportent gros, aux donneurs d’ordre, aux bénéficiaires des contrats publics, aux partenaires étrangers.

Les systèmes claniques ou tribaux du Maghreb règnent sur leurs sociétés respectives en puisant sur l’expérience des monarchies arabes du moyen orient. Pour asseoir sa dynastie, le monarque n’a pas besoin d’un Etat mais d’une Cour, d’une clientèle et non d’institutions.

Pour ce faire, il s’entoure de courtisans qui l’amusent et non de collaborateurs qui l’éclairent, de corrompus pour les tenir en laisse et non de vertueux qui lui échappent, de médiocres qui attendent les ordres pour s’exécuter et non des compétents qui débattent des idées avant de décider. Pourtant, « le roi a plus besoin des conseils d’un sage qu’un sage des bienfaits d’un roi ».

Le conflit dans les pays arabes est entre les poussées modernistes sociétales des gouvernés et les freins conservateurs des gouvernants. Des dirigeants ayant les pieds en ville et la tête dans le douar, le turban discret pour amadouer le peuple en s’adressant à lui avec ses mots (maux) et la cravate éclatante pour signifier aux occidentaux nous sommes des vôtres (le complexe du colonisé).

Le pétrole est une arme de corruption massive des sociétés et une assurance vie des de gouvernance arabes. Dans les pays arabes pétroliers, les monarchies et le clanisme diffèrent sur la forme et convergent sur le fond. L’avènement des revenus pétroliers a permis la concentration des ressources financières et la centralisation du pouvoir de décision entre les mains d’une seule personne. Les monarchies comme le clanisme ont survécu au nationalisme arabe et aux poussées islamistes grâce au marché pétrolier dominé par les Américains. Les régimes claniques et monarchiques sont confrontés à deux problèmes majeurs : l’impossibilité de comprimer les dépenses publiques sans perdre leur légitimité et l’incapacité de répondre positivement aux cris de révolte de leurs jeunesses les mettant devant leurs responsabilités.

Dr A. Boumezrag

PS : Il ne faut jamais oublier, lorsqu’on parle de démocratie que le suffrage universel ne s’est établi dans la plupart des pays européens qu’au début du XXème siècle au terme d’un long processus d’éducation politique des masses. Ce n’est pas du « prêt à importer ». Dans les sociétés occidentales, dès la fin du XVIIIème siècle, s’est imposée une idée neuve du bonheur immédiat. Ce bonheur se mesure à l’aune des biens consommés sur terre. En contrepartie de ce bonheur matériel s’est développé simultanément une idéologie productiviste où le travail est une valeur sur laquelle se fonde les économies. C’est à partir du moment où la société européenne est parvenue à dégager un surplus agricole lui permettant de libérer une partie de la population active pour asseoir une industrie qu’un pouvoir démocratique a pu émerger. Cette démocratie permet à celui qui fournit du travail de mieux saisir les contreparties de ses efforts tout en se libérant du pouvoir en place. Les régimes autoritaires ont été tenu en échec en Angleterre et en France parce qu’une classe sociale a pu entreprendre le développement industriel qui a fourni un surplus économique indépendamment de l’Etat.

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