7 février 2023
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Covid 19 : populisme, une victoire par K.O.

REGARD

Covid 19 : populisme, une victoire par K.O.

Les populistes au plus haut sommet des États avaient disparu dans les grands pays démocratiques de ce monde (ou à dominante démocratique) avant leur résurrection récente. La crise pandémique mondiale, comme dans ses nombreuses autres conséquences, a été un révélateur encore plus grossissant du populisme qu’il ne l’est en temps habituels par ses bouffonneries et dangerosités. 

Les populismes sont divers et nous ne pouvons les aborder tous, depuis les régimes militaires jusqu’aux dictatures doctrinales, comme la Chine ou l’Iran, en passant par l’Amérique latine ou l’Afrique.

Même les pays européens de l’Est on vu renaître les vieux démons de la période soviétique. Comme si les mémoires récentes s’effaçaient subitement.

Dans cet article nous nous focaliserons sur les deux grands pays que sont les États-Unis et le Brésil car la fièvre populiste est à un tel niveau caricatural qu’elle devient un exemple pédagogique. 

La catastrophique gestion de la pandémie

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Nous reviendrons plus loin dans le raisonnement sur la définition du populisme et de ses multiples dérivations, dans le discours comme dans les hommes qui l’incarnent.

Voyons en premier ce qui réunit le Président brésilien et celui des États-Unis dans cette crise du Covid-19. Tous les deux, dont on savait déjà leurs caprices enfantins et leurs excentricités, ont fait fort. Ils ont tous les deux bravé la crise pandémique et se sont pavanés en chef d’une nation qui ne devait pas se mettre à genoux devant une « gripette » comme l’affirmait Donald Trump.

Ils ont même, d’une manière inconsciente et dangereuse, demandé à leur population de se soulever contre les mesures de protection, particulièrement de confinement, décrétés par une grande majorité des gouverneurs provinciaux. L’un comme l’autre des pays ont des institutions fédérales et il est heureux qu’elles soient dirigées pour la plupart par des hommes de bon sens, matures et équilibrés.

Résultat de cette terrible inconscience, une hécatombe au Brésil qui n’en finit pas de grossir et un record mondial de décédés pour les États-Unis même s’il faut reporter le nombre à la population globale pour relativiser.

Il n’empêche que les grandes villes brésiliennes et New-York ont connu une apocalypse. Le retour de bâton a été dur pour ces pays mais les deux dirigeants n’en ont pris ni leçon ni sentiment d’avoir commis une grosse erreur.

C’est justement deux exemples parfaits de ce qu’est le populisme, un mot si souvent prononcé, jamais réellement maîtrisé par le grand public. Voilà encore une occasion de rappeler son sens.

Le populisme, c’est quoi ?

Né au 19ème siècle le mot se référait au mouvement populaire qui s’insurgeait contre la noblesse russe qui s’opposait à la réforme agraire. Il y avait donc une logique à dénommer le mouvement du substantif qui renvoie au mot peuple puisque c’est lui qui est la cause et l’objectif du soulèvement.

Le peuple contre les dominants, rien de plus logique et la sémantique colle parfaitement à la dénomination. Mais progressivement cette référence au peuple et à son intérêt fut détournée de son sens initial. De nos jours le mot a une connotation des plus accusatrices et péjoratives.

Il était évident que la référence au peuple était tentante pour tout objectif politique d’accaparation absolue du pouvoir. Cependant il arrive que ceux qui l’utilisent au départ ont des intentions louables et légitimes. Ce fut le cas notamment du communisme ou des mouvements révolutionnaires devenus, dès la prise de pouvoir, des dictatures (suivez mon esprit pour trouver un exemple). 

Le populiste qui s’en servirait finit toujours par se griser, perdre son discernement et mettre en place un régime encore plus horrible que celui qui était censé être combattu. 

La référence au peuple finit toujours par faire croire qu’au nom d’un intérêt majeur tout est permis même les pires actions. Dès lors qu’il s’agit de combattre l’ennemi du peuple il faut le contrer avec les mêmes armes, soit la violence et le musellement. C’est la route tracée pour un délire de fuite en avant du populisme qui s’écrasera au bout du parcours en ayant tout détruit à son passage.

Les identifiants du populisme 

Ce sont invariablement les mêmes, en tous lieux et toutes époques. Examinons les principaux sans qu’il y ait lieu d’en établir une hiérarchie car le populisme les accapare dans un mix qui laisse place à la visibilité de chacun des identifiants.

1/ La faute aux élites 

Le populiste propose un rejet des élites qui seraient, selon lui, les responsables de la situation du peuple. Donald Trump avait fustigé les gens de Washington et les traîtres démocrates. Bolsonaro en a fait de même pour soulever le peuple à son avantage et être élu.

Mais comme c’est souvent le cas, les populistes évitent de rappeler qu’ils sont eux-mêmes le produit de cette élite qu’ils disent combattre. 

2/ L’ennemi extérieur

Le populiste va entraîner les foules vers une montée des nationalismes nécessaire pour contrer « l’ennemi extérieur » qui veut détruire les intérêts locaux du peuple. D’où la tentation permanente de déclencher des conflits internationaux afin de renforcer l’unité nationale derrière lui et sa politique. C’est le cas du conflit avec la Chine pour les États-Unis ou de celui à l’égard de la corruption ou  des pensées gauchistes et anti-nationales pour le pouvoir brésilien.

Cette ennemi peut être souvent celui des forces d’opposition intérieures. C’est l’ennemi « extérieur » car à la solde des intérêts étrangers. Donald Trump parle souvent du « Second État » car dissimulé derrière des groupements occultes et malfaisants de fonctionnaires et d’hommes politiques comploteurs.

L’ennemi extérieur est la plupart du temps invisible, inexistant et fabriqué par le mouvement populiste lui-même. Et s’il existe, la pensée populiste met tout ses efforts pour le rendre plus dangereux qu’il ne l’est en réalité. 

Pour Mao ce fut le régime capitaliste, pour le nazisme ce furent les juifs, pour le maccarthysme ce furent les communistes et pour le régime des ayatollah, tous en même temps. Et ainsi de suite.

Quoi de plus significatif qu’un virus qui est par définition étranger, invisible et dangereux ?  C’est le parfait alibi pour un populiste. Donald Trump n’a pas hésité une seconde pour accuser l’intention impériale et dominatrice de la Chine qui se servirait du virus pour ses intentions néfastes.    

3/ Le culte du chef et de la virilité

Pour la protection des intérêts du peuple il faut opposer une force qui terrasse celle du pouvoir opprimant des élites. Le chef doit être fort, montrer sa virilité qui protège et défend. Il n’a peur de rien et sa force mène à la victoire et à l’épanouissement des masses populaires. La faiblesse du chef est la pire des menaces.

On a vu Poutine sur un cheval, torse nu, pour montrer la force et la virilité du protecteur de la nation.On a vu Donald Trump ou Bolsonaro serrer les mains des foules, bravant l’épidémie. Les Présidents Nord Coréens, de père en fils, s’inventent des légendes surhumaines et héroïques comme l’escalade d’un mont, sans équipement, au prise avec les glaces et les risques mortels. Le chef doit être au-delà de la force commune, il doit susciter admiration et sentiment de protection.

Les Présidents, américain et brésilien, utilisent cette image de virilité à chaque instant de leur journée comme tous les populistes. C’est le mâle, celui qui ne se laisse pas faire par un minuscule virus. 

En fait, c’est souvent le fait d’une vulgarité à peine dissimulée, un machisme et un comportement commun à ceux qui ont un niveau cognitif des plus faibles. La preuve d’une immaturité intellectuelle qui compense avec ce qui peut être disponible soit le verbe haut, la force des muscles et l’impudence sans freins.

4 / Le retour aux valeurs traditionnelles

Un peuple opprimé veut toujours qu’on lui raconte l’histoire de sa force passée. Et l’un des récits est de le convaincre que l’instant actuel a été détruit par l’apport des élites.

C’est donc ces élites qui, sous le couvert de la modernité, ont détruit les valeurs ancestrales du pays qui ne retrouve plus ses marques.

Le populiste va donc flatter le peuple en lui rappelant son histoire glorieuse et le projet impératif de remettre les valeurs nationales des racines culturelles au centre de la force du pays. Ce sont la plupart du temps les valeurs religieuses mais il en existe d’autres comme les traditions ancestrales ou la puissance impériale. Les exemples ne manquent pas, de Mao à Hitler.

Il y a juste une nuance pour les populistes communistes, ces valeurs ne sont pas les anciennes, forcément causes de mise en esclavage, mais celles « à venir ». Le communisme avait promis un « grand soir révolutionnaire » pour la libération des peuples. Au final, ce peuple a déploré des dizaines de millions de morts, d’incarcérés et de torturés sans compter la misère économique qui s’est abattue sur lui.

C’est tout à fait inattendu, au regard de l’évolution historique, que des régimes populistes soient présents actuellement au cœur de l’Europe y compris dans les oppositions aux gouvernements des pays qui en échappent encore. 

Et ce sont toujours des moments où la population « moyenne » se sent déclassée, donc en période de crise. Nous y sommes.

Le Covid-19 a donné une leçon aux populistes mais pas sûr qu’ils réagissent à la raison et aux faits. Pour le Brésil, en particulier, c’est une catastrophe sanitaire sans précédent.

Auteur
Boumediene Sid Lakhdar, enseignant

 




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