24 avril 2024
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Élection et régions expliquées aux jeunes : l’impossible place régionale dans la république ? (III)

DECRYPTAGE

Élection et régions expliquées aux jeunes : l’impossible place régionale dans la république ? (III)

Ce dimanche 20 juillet 2021, tous les sondages prédisent un taux de participation en France digne des dernières élections algériennes. Le phénomène de l’abstention dans ces élections est habituel, mais son évolution constante à la baisse atteindra très certainement un record historique inquiétant. 

Les raisons d’un tel échec, pour une si belle idée de régionalisation du territoire, est à trouver dans la synthèse des points exposés précédemment. Nous l’avions promis, cette série d’articles courts n‘a pas vocation à être un traité d’histoire ni de droit constitutionnel, loin de là. Son objectif est de donner une grille de lecture très simplifiée, aux jeunes lecteurs.

Bien entendu, ils ne pourront éviter le choix personnel du rédacteur par les causes qu’il expose. L’éducation des jeunes ne se fait pas par des vérités révélées mais par l’apprentissage d’une capacité à juger, par les nombreux points de vue qui leur sont exposés, en sollicitant leur capacité autonome de synthèse et de choix.

Une prime aux vainqueurs de l’histoire

L’histoire est un continuum, c’est même sa définition. Mais dans cette linéarité apparente, il peut arriver des ruptures, révolutionnaires ou de changements de paradigme de la pensée politique. C’est le cas de la France qui a fini, après une hésitation constante de son histoire précédente, par trancher en 1789, assez violemment, pour un État centralisé.

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Puis, d’évolutions en évolutions, les régions sont réapparues, car elles n’avaient jamais réellement disparues. Mais alors qu’on pensait, au vu des arguments présentés dans l’article précédent, qu’elles allaient reprendre le dessus, tout au moins s’affirmer avec force, nous constatons qu’on est encore loin de cette situation.

Les vainqueurs de l’histoire sont incontestablement, pour ce qui est de la division territoriale, les municipalités et les départements. La première représentant un pouvoir local décentralisé (par l’élection) et la seconde, un pouvoir déconcentré de l’État.

Est venue se rajouter plus tard une incongruité du système parlementaire, soit l’élection du Président de la république au suffrage universel, suite à la réforme de 1962.

Les Français ne se passionnent donc que pour les élections municipales et présidentielles pour ce qui de la représentation élective.

Les régions ont, certes, pris une place économique grandissante mais les Français ne les considèrent toujours pas comme des relais significatifs de leur mandat représentatif, accordé à des élus.

Du mille-feuilles à la tchekchouka 

La raison de ce désintérêt est connue depuis très longtemps, imagée par la célèbre expression « Le mille-feuilles administratif ». Les strates de la division territoriale ayant atteint une complexité où personne ne s’y retrouve.

Le citoyen est dans une commune, mais également dans une communauté de communes, dans une circonscription électorale pour la députation, dans un canton, dans un département, dans une région et, au final, dans un pays.

Si cela n’était qu’une division administrative qui ne le concernait pas directement dans sa vie quotidienne, on ne pourrait pas dire que cet électeur soit perdu. Le souci est l’accumulation de strates de compétences dévolues à chacune des couches du mille-feuilles et qui impactent, chacune, les décisions concernant la vie des citoyens.

Le processus dans le temps est simple à comprendre. L’État central, tel que conçu dès la révolution française, avait le monopole des compétences pour appliquer les lois votées par la représentation nationale. Et, par la suite, comme les membres de l’exécutif de cet État sont issus de la majorité parlementaire et du suffrage universel direct pour le Président de la république, on comprend la puissance hégémonique qu’il prend.

Nous l’avions dit, l’idée de décentralisation, et donc des régions, a ressurgi à la fin du XIXe siècle. Une idée qui a eu du mal à s’affirmer jusqu’aux célèbres lois de décentralisation du gouvernement présidé par François Mitterrand, en 1982. Elles ont été conçues et proposées par son ministre de l’Intérieur, Gaston Deferre, qui donnera son nom à ces lois comme il est de coutume dans la république. 

Depuis, ces lois ont été modifiées pour accorder, à chaque fois, des compétences supplémentaires mais on est loin du compte pour une régionalisation qui a du sens et une véritable réalité auprès des électeurs.

Pour décentraliser réellement, il faut donc que l’institution qui détient les principales compétences, soit l’État, en délègue une partie significative aux collectivités locales, y compris une partie sacro-sainte du pouvoir régalien (la police notamment).

Oui, mais voilà, deux ambiguïtés se sont cumulées pour ne pas donner à ces régions une importance significative aux yeux des électeurs. 

Et comme si cela n’avait pas été assez compliqué

Les élections régionales sont couplées aux élections départementales. «Vraiment, monsieur, il y a des élus au niveau des départements ?», me disent les étudiants qui n’ont pas été assez attentifs au lycée.

On peut imaginer ce que serait le résultat d’un sondage auprès de la population en leur posant la question. C’est que la mémoire collective n’a retenu qu’une chose, le département est le territoire géré par le Préfet, dans une préfecture, représentant de l’État, avec des prérogatives relevant strictement des compétences de l’État.

Et ne parlons pas de Paris où tout le monde s’y perd. Et si nous examinons avec attention les modes de scrutin et les procédures d’élections, nous serions à des années lumière de ce que savent et veulent comprendre la majorité écrasante des citoyens.

Lorsqu’ils votent pour un Président de la République, ils savent pour qui et la nature du mandat. Lorsqu’ils votent pour un conseil municipal, la très grande proximité et la tangibilité des réalisations les font comprendre à quoi sert leur bulletin de vote. 

Par contre, il n’y a aucun lien de rattachement ressenti pour les représentants des départements, lorsque le citoyen connaît leur existence. Il y a un lien très éloigné même si l’envergure des chefs des exécutifs est souvent à dimension nationale.

Comment veut-on que l’adhésion à ces élections soit forte pour les jeunes électeurs qui, déjà, sont les plus grands abstentionnistes en toutes consultations ?

La nationalisation inévitable des élections régionales

La seconde raison n’est pas l’explication première du taux d’abstention mais cause du détournement absolu de la nature du mandat délégué aux élus.

Très peu de citoyens ont la connaissance des compétences de la région. La seule phrase qu’ils entendent, chaque jour, c’est « La région a pris la décision de financer ceci ou cela ». Ils sont au courant de la compétence spécifique sur les transports, bien qu’il y ait des exceptions. Ils connaissent la compétence de financement des régions aux lycées, hors personnel enseignant et programmes, car ils ont tous vu le panneau à l’entrée du lycée portant le nom de l’établissement sous le nom de la région.

Et si nous sortons de ces deux compétences spécifiques, je ne suis pas sûr que la majorité des citoyens puissent en citer deux autres. En fin de compte, l’électeur ne se détermine pratiquement jamais sur les enjeux locaux si ce n’est lorsqu’ils sont fortement médiatisés. Ce sont les enjeux nationaux qui déterminent leur vote.

Mais, en plus, le mode de scrutin est un scrutin proportionnel à liste. C’est-à-dire entièrement dans les mains des partis politiques qui sélectionnent les candidats et le chef (ou la cheffe) de liste, qui fixent les grandes lignes des programmes et participent financièrement aux campagnes électorales.

Au final, l’enjeu des élections régionales de juin 2021 est une étape de « préchauffage » pour la grande bataille électorale des présidentielles. Les partis politiques testent leurs futur champions et les grandes lignes de leur programme national.

On dit que les partis politiques et les citoyens « enjambent les élections régionales », c’est à dire que dans leur esprit c’est la préparation de la grande bataille des présidentielles qui se prépare. On affûte les armes, on précise les éléments de langage et on teste les forces en présence dans la future bataille.

Ainsi, la bataille des régions est très utile car elle donne une assise territoriale aux partis politiques, soit un appui important pour la marche vers le pouvoir national. Le parti socialiste est resté longtemps un parti d’élus locaux même si au niveau national il périclitait. Au contraire, La République En Marche (LaREM) est inexistante quant à son maillage d’élus sur le territoire.

En conclusion générale de ces trois articles très synthétisés, l’histoire façonne les nations dans leur rapport aux institutions et au territoire. L’auteur de l’article ne pense pas que cela soit immuable mais les révolutions politiques et les mentalités renouvelées ne se font pas tous les quatre matins.

Il est certain que l’idée de régionalisation est conforme avec la marche du monde. Il est d’ailleurs question depuis longtemps, sans qu’aucun président ne l’ose, de supprimer les départements pour donner à la dimension régionale sa pleine amplitude, conforme à l’étendue de son territoire. 

Mais cette marche n’aime pas beaucoup qu’on la bouscule et ne se plie qu’aux modifications mentales, aux exigences des révoltes et autres basculements profonds. La France n’est pas instillée par la même histoire des autres grandes démocraties européennes.

Pour le moment, les élections régionales sont loin, très loin, de passionner les Français qui sont préoccupés par la pandémie qui n’en finit pas et par….l’équipe de France à la Coupe d’Europe des nations.
 

Auteur
Boumediene Sid Lakhdar, enseignant

 




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