3 octobre 2022
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France-Algérie : une histoire d’amour ou une emprise narcissique ?

Tebboune et Macron

L’Algérie a connu plusieurs envahisseurs, le dernier en date c’est la France. La France l’a marquée d’un sceau indélébile. Elle ne s’est pas contentée d’un flirt superficiel sans toucher à son honneur légendaire, à son intégrité physique, à sa religion, à son existence.

Là où il y a domination, il n’y a pas d’amour. La brune aux grands yeux noirs, le blond aux yeux bleus, la France du grand nord et l’indigène au grand cœur. L’amour et la haine couchent dans le même lit.

Tantôt soumise, tantôt rebelle, l’Algérie la passionne. Une liaison amoureuse bien singulière. Une passion que ne peut avoir qu’un narcissique sur sa victime sous son emprise. Une victime qui a fini par avoir de l’amour pour son bourreau. Un bourreau qui joue le rôle de sauveur pour la reconquérir de nouveau sous un autre masque. Le masque d’un violeur qui veut épouser sa victime pour lui donner son nom. L’Algérie française, une illusion ; l’Algérie algérienne, une utopie ; l’Algérie indépendante, une imposture ; l’Algérie de demain, une inconnue.

L’Algérie conquise par les armes, libérée par les armes, gouvernée par les armes. C’est la « sacralisation des armes ». La colonisation n’a pas été un acte de civilisation, elle a été un acte de force, un viol collectif au regard des droits de l’homme et du citoyen français reconnaissent certains penseurs européens.

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En effet, Bugeaud après avoir conquis l’Algérie avec « l’épée », il devait la gouverner par la « charrue» ; ils incitaient les agriculteurs français indépendants à traverser la Méditerranée et à s’installer sur le sol algérien pour en faire une colonie de peuplement. Pour ce faire, il devait s’assurer de la possession du pays.

Cependant un obstacle se dressait sur son chemin la présence des autochtones qui échappaient à son contrôle parce qu’ils dissimilaient leurs femmes au regard des troupes françaises. Leur religion leur interdisait de se dévoiler en public. De plus, le projet impérialiste n’incluait pas les femmes. L’arrivée des familles françaises allait changer la donne. Les premières femmes à s’habiller à la française furent les « courtisanes » transformées en prostituées devant travailler à la chaîne comme en métropole pour satisfaire les soldats français. La colonisation française fut une prise de pouvoir sur le corps de l’autre. A commencer sur la femme (le viol) pour s’étendre à l’homme (la torture).

Au fil des années, il s’est infiltré dans l’esprit en formatant son authenticité, en anéantissant sa puissance pour le soumettre, l’humilier, l’indigner, le souiller. Le viol des corps et des  consciences furent utilisés comme armes de guerre. Une stratégie de la terreur.

L’objectif étant de le déposséder de sa terre et de son bien le plus précieux sa terre et son honneur. Durant sa lutte de libération nationale, avec des leaders comme Abbane Ramdane, Ben M’hidi, et d’autres, l’Algérie réfléchissait sur son destin, luttait pour son indépendance et engageait son avenir dans la perspective d’une révolution de la raison. Ce leadership était dominé par la « politique de la tête ». D’une main, on tenait le fusil pour combattre le colonialisme français et de l’autre la plume pour faire connaître la révolution algérienne au monde entier.

Malheureusement, de 1954 à 1962, beaucoup d’intellectuels disparaîtront, certains, les armes à la main, d’autres dans des conditions mystérieuses. Quant au reste, les survivants, ils seront réduits à de simples auxiliaires du fait qu’ils savent lire et écrire.

Après soixante ans de pseudo-souveraineté, la plume s’est asséchée, l’encrier s’est renversé, le fusil s’est rouillé, la table est servie, les convives choisis, les intrus congédiés. Les rapports Etat colonial-société algérienne n’’ont pas été rompus, l’Etat national reste coupé du peuple.

Abdelmadjid Tebboune invite Emmanuel Macron en Algérie

Le conflit idéologique et identitaire entre « civilisés » et « barbares » qui existaient à l’époque coloniale a été reconduit. Les « modernistes » pour la plupart des francophones imprégnés de la culture française dite des « lumières» qui investissent les lieux où s’exercent le pouvoir économique et social (les banques, les entreprises, le commerce, les syndicats, les associations) et les « traditionnalistes » des arabophones de culture musulmane qualifiée des «ténèbres » qui envahissent le pouvoir politique et culturel (le parti du FLN, l’’école, la justice, les mosquées). Le pont qui relie ces deux rives opposées est l’armée, qui elle-même est traversée par les mêmes contradictions. Ces deux courants de pensée ont lamentablement échoué. L’une a débouché sur l’échec des politiques de développements menées à l’abri des baïonnettes, l’autre sur la guerre civile par la manipulation des masses qui a fait des milliers de morts et disparus, certains au nom de l’Etat, les autres au nom de l’islam.

Les deux à l’orée du pouvoir. Malheureusement, aucune élite ne veut faire son mea-culpa. Toutes sont partisanes de la politique de l’autruche. « Ce n’est pas moi, c’est l’autre » semble être leur réponse. Elle est à la recherche d’un « décideur ». Qui ose s’aventurer sur un terrain miné ? L’Algérie française a échoué par «l’épée », elle a admirablement réussi par « l’esprit ».

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Il ne s’agit pas non plus de se complaire dans un autoritarisme stérile du pouvoir, et de voir dériver sans réagir la société vers un fatalisme religieux mais de se frayer un chemin vers plus de liberté, de justice et de dignité dans un monde sans état d’âme en perpétuelle évolution où le fort du moment impose sa solution au plus faible. C’est donc une réponse à une crise d’identité des valeurs modernes mal assimilées et des valeurs traditionnelles perdues que l’islamisme prend son essor. Facilité en cela par un vide idéologique crée par une équipe de dirigeants sans moralité, ni profession.

Dire que la forme étatique moderne ne peut avoir de légitimité aux yeux du monde arabe et musulman revient à reconnaître l’incapacité des dirigeants à répondre aux problèmes et aux aspirations des populations dans un cadre étatique. La France n’est pas venue en Algérie pour la civiliser mais bien pour la militariser et en faire une armée de supplétifs prête à combattre à ses côtés le nazisme, le communisme, le terrorisme. Pour y parvenir, la France a pénétré l’intimité de la société algérienne afin d’en faire un levier puissant de domination et de dépendance. La France a perdu la guerre par l’épée, elle l’a gagné par l’esprit. C’est dire que la situation est complexe et les causes multiples. La plume est pour la démocratie ce que le fusil est pour la dictature. Ce n’est pas la plume qui fait le bon écrivain, ni le fusil le bon soldat. C’est l’ouvrier qui fait le bon outil et non l’inverse.

En Algérie, les hommes fuient l’effort physique, l’endurance morale, les métiers manuels et agricoles et se consacrent au commerce de l’alimentaire et du cosmétique.

Tebboune dénonce « les très graves propos » de Macron

Nous adoptons sans état d’âme le mode de vie et de pensée occidental. Nous fuyons la vérité et nous refugions dans le mensonge. Le verbe est devenu un refuge à l’impuissance d’agir. Dans ces conditions, « Mieux vaut un sot conscient qu’un intellectuel inconscient. L’inconscience est le chemin vers la trahison, l’anarchie et le knock-out (KO) nous dit Gaston Buffalo. .

Dr A. Boumezrag

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2 Commentaires

  1. Marci au Dr. Boumezrag pour ses contriburions, toujours pertinentes et parfaitement argumentées. Je me délecte de la lecture de chacun de ses envois qui me font paraître plus intelligent et mieux informé.
    J’aimerais mieux vous connaître d’autant qu’il me semble que nous avons un lien partagé avec Salah Boumezrag aujourd’hui et une proximité plus lointaine avec la zaouïa de mon ancêtre Sidi Salem ou Makhlouf d’El Mokrani (Soufflat) qui a formé El Hadj Ahmed N’ath Oumoqrane et son frère Boumezrag dont vous portez le patronyme.
    En espérant un retour.
    Larbi.

  2. Larbi AÏT HAMMOUDA 02/09/2022 At 04:00
    Corrections de fautes de frappe relevées par ma fille après lecture de l’article du Professeur Boumezrag et de mon commentaire.
    Merci au Dr. Boumezrag pour ses contributions, toujours pertinentes et parfaitement argumentées. Je me délecte de la lecture de chacun de ses envois qui me font paraître plus intelligent et mieux informé.
    J’aimerais mieux vous connaître d’autant qu’il me semble que nous avons un lien partagé avec Salah Boumezrag aujourd’hui et une proximité plus lointaine avec la zaouïa de mon ancêtre Sidi Salem ou Makhlouf d’El Mokrani (Soufflat) qui a formé El Hadj Ahmed N’ath Oumoqrane et son frère Boumezrag dont vous portez le patronyme.
    En espérant un retour.
    Larbi.

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