30 novembre 2022
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La culture de l’inculture sévit en Algérie

Déracinement et déculturation 

La culture de l’inculture sévit en Algérie

«La culture est la claire conscience de la préciosité du temps. Se cultiver, c’est s’élever, apprendre à voir les choses et le monde de plus haut.» Renaud Camus

Les pays qui ont assimilé l’intelligence de la culture voient leur horizon se dégager pour atteindre leurs objectifs en symbiose avec les réalités du monde en mouvement. Mais la donne est toute autre chose en Algérie. Les prodromes d’une déculturation effrénée sont clairs comme l’eau de roche.

L’Algérie est arrivée à une situation de délitement, comme un corps en putréfaction qui rebute… sa monnaie ne vaut presque plus rien, son passeport n’ouvre presque aucune porte, ses ports n’exportent presque rien, son personnel politique est classé dans la case « corrompue », sa culture est étouffée pour ne laisser émerger que les incultes… et maintenant le narcotrafic avec les 701 kilogrammes de cocaïne pure clos sa marche vers l’enfer en la désignant face au monde comme un «État voyou ».

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En s’intéressant de plus prêt au grand chantier qu’est la Culture, il s’avère que le projet est un mort-né. On ne saurait aborder la question des rapports interculturels et du processus d’acculturation qu’ils provoquent sans introduire le concept de culture. Que signifie donc la Culture ? Du latin «cultura », le mot référait d’abord à la production agricole ou à « ( … ) une étendue limitée de territoire que l’on travaille pour y faire pousser des plantes» (Demorgon, 2004, p. 3).

Ce n’est qu’au XVIIIe siècle que ledit mot atteint ces lettres de noblesse en France, alors qu’il acquiert le sens du développement des goûts et de l’esprit et qu’il est étendu à la qualité d’une personne éduquée (Jahoda, 1993). Transposé dans la langue allemande par l’influente pensée des lumières, le mot deviendra «kultur» en référence aux arts, aux sciences et à la spiritualité (Cuche, 2004). Il servira alors paradoxalement de porte-étendard à la bourgeoisie allemande dans sa lutte contre une aristocratie s’appliquant à imiter les manières civilisées de la cour française (Elias, 1939/1973).

En somme, la Culture se définit comme un «( … ) tout complexe qui comprend la connaissance, les croyances, l’ art, la morale, le droit, les coutumes et les autres capacités ou habitudes acquises par l’homme en tant que membre de la société» (Tylor, 1871/1876, p. 1). Cette définition de la culture fut l’une des plus marquantes (particulièrement en anthropologie) car elle permit de faire reconnaître que tous les peuples possèdent une culture, que cette dernière contribue à la culture humaine en général et que tous les hommes sont dotés d’un potentiel d’apprentissage et de développement égal (Lohmann, 2005).

Ce tour d’horizon du ce qu’est en réalité le mot Culture nous renvois à la dure réalité de ce qu’advient cette notion en Algérie. D’aucuns s’enivrent de ce présent jusqu’à la pâmoison, d’autres lui font révérence et le presse jusqu’à en extraire le jus aigre du progrès perpétuel. Il s’agit d’un progrès amnésique ayant pour seul critérium une propension à dynamiter les cadres institutionnels, à émanciper, à promouvoir le relativisme culturel. Certains culs-terreux arrivés par la force du népotisme et des compromissions à la tête d’institutions névralgiques comme la Culture ont assommé tout espoir de voir la Culture rayonnante, ouverte pour tous et sans concession.

Quand les ennemis de la Culture prennent possession de celle-ci, la déculturation fait sienne. La décadence suppose toujours la trace d’une chute (le péché originel, l‘hybris, ou le mythe de l’âge d’or), une dégénérescence que d’aucuns ne peuvent nier. La culture s’effondre avec le savoir au su et au vu de tout un chacun. On ne lit plus, les salles de cinéma sont fermées, les salles de théâtre sont vides, les bibliothèques sont désertées par les lecteurs, les sites et monuments historiques tombent en ruine …la liste est longue. Hélas, la situation a atteint un tel degré de pourrissement que l’espoir est vraiment ténu pour espérer une sortie prématurée de ce cercle vicieux. Il est plus facile de sortir d’une prison physique que d’une prison idéologique, particulièrement quand les garde-chiourmes sont aussi teigneux et sournois qu’une hyène rieuse…

La situation est telle que le peuple semble aujourd’hui dans une situation d’égarement culturel. Lorsque le citoyen est en totale perdition, de surcroit, accentuée par un déracinement qui tend à embuer toute vision culturelle et identitaire. Ces divers facteurs sont pour la plupart destructeurs pour l’épanouissement de l’individu et de la société en général. Les raisons d’un tel déracinement sont multiples. Tout d’abord, c’est la décadence de la civilisation en tant que telle. Une déculturation nourrit par la grâce d’un régime peu enclin à la promotion de la Culture. Sans modèle culturel clair et précis auquel se rattacher, une grande partie de la population s’égare.

En ce temps de grande déculturation, les mots n’ont pas de sens, les couleurs ont perdu de leurs éclats, les cordes ont cessé de vibrer, les caméras ont cessé de tourner, les musées ont fermé boutique…les mutations socio-culturelles que vit l’Algérie depuis l’indépendance sont souvent ramenées au paradigme religieux, notamment ethnique, en annexant le destin de tout un peuple à la nation arabe.

Ce concept, transplanté directement de l’orient, prend souvent une coloration spécifique, notamment dans la littérature. En l’absence d’identité culturelle, cette clé de voûte des relations humaines, ce baromètre absolu pour s’extirper de l’acculturation, a fait perdre son essence même à la culture qui, aristocratiquement et jalousement aurait pourtant, pu éviter cette crise de délitement qui n’en finit pas d’étendre ses tentacules.

Auteur
Bachir Djaider (journaliste et écrivain)

 




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