23 juin 2024
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La femme et le paradoxe algérien

Femmes algériennes

Une étude sérieuse révèle un paradoxe étonnant en Algérie : les femmes algériennes sont bien plus instruites que les hommes.

Il y a quelques décennies à peine, il était pratiquement impensable aux familles traditionnelles de permettre à leurs filles d’accéder à l’université. Aujourd’hui, en termes de réussite scolaire et de diplômes, les femmes se démarquent clairement. En effet, 65 % des diplômes de médecine, 80 % des diplômes en sciences de la nature et de la terre, et 83 % des diplômes en langues sont attribués aux femmes. Y compris dans les domaines des sciences exactes, qui étaient autrefois réservés aux hommes, les femmes rattrapent leur retard avec 68 % pour l’année scolaire 2009/2010 et 70 % l’année suivante. Cependant, cet avantage, comme le souligne l’étude, reste exclusivement urbain. *

Cette situation s’explique évidemment par l’évolution des mentalités familiales et la pression croissante exercée par les jeunes filles pour accéder à l’enseignement supérieur. En 2008, si l’on considère la tranche d’âge des 20-24 ans, seuls 15 % des hommes ont reçu au moins une année de formation universitaire, contre 25 % des femmes.

Les conséquences de cette disparité se font sentir dans les relations matrimoniales et les rapports entre les genres. La société algérienne est encore dominée par un principe ancestral de supériorité masculine. Les hommes épousent des femmes moins instruites ou les poussent à renoncer à leur carrière professionnelle pour devenir des femmes au foyer. D’une façon générale, cette supériorité masculine impose des conditions morales indiscutables. Ce qui oblige les familles à accepter ces exigences, notamment en ce qui concerne la liberté vestimentaire des jeunes filles. Aujourd’hui, on estime que 80 % des femmes algériennes et 6 adolescentes sur 10 portent le voile (**).

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Ce paradoxe particulier dans le contexte social de l’Algérie, souligne la nécessité d’actions concrètes pour favoriser l’égalité des genres tout en garantissant aux jeunes filles la possibilité de réaliser leur plein potentiel. Il est essentiel de respecter l’âge de la liberté et de la prise de décision. Nous savons que le degré de liberté dépend de l’âge. Il est alors important d’éviter les interdictions morales prématurées dès l’enfance.

Les efforts de tous devraient se concentrer non seulement sur la poursuite de l’éducation des jeunes filles, mais aussi sur l’intervention auprès des familles pour expliquer qu’on ne peut prendre de décisions importantes qu’à partir d’un certain âge. Dans tous les cas, une loi devrait être promulguée pour aller dans ce sens. Une mesure qui pourrait également s’inspirer de celles prises dans les pays asiatiques où l’accès aux lieux de culte par exemple n’est pas souhaitable avant un certain cet âge, que ce soit pour les filles ou les garçons.

En conclusion, les femmes algériennes sont beaucoup plus instruites que les hommes, mais ce sont bien les hommes qui décident à leur place. Et tout le problème de ce paradoxe réside dans la subtilité de cette domination masculine qui rend l’émancipation des femmes complexe. Comment montrer à une personne convaincue d’être libre qu’elle est doublement enchaînée ?

Ahcène Hédir, auteur

Notes

*Inégalités d’instructions hommes-femmes en Algérie : Quand les écarts s’inversent de Zahia Ouadah-Bedidi

** Selon une étude sur la « connaissance des droits des femmes et des enfants : opinions, attitudes des Algériens, adultes et ados » effectuée par le Centre d’information sur les droits de la femme et de l’enfant (CIDDEF), »

 

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