30 novembre 2022
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La fiction et la réalité

REGARD

La fiction et la réalité

« La fiction sert pour livrer la vérité, pour délivrer une forme de réalité. » V. S. Naipaul

On a pu entendre récemment un homme politique français asséner qu’il n’a jamais ouvert un seul roman de sa vie. Une honnêteté qui l’honore. Car les femmes et les hommes politiques aiment souvent parler des livres qu’ils n’ont inévitablement pas lus tout en prenant des pauses avantageuses devant des bibliothèques remplies d’incunables et de classiques reliés pleine peau. 

On peut facilement comprendre qu’un dirigeant ― qu’il soit aux affaires ou dans l’opposition ― n’ait pas beaucoup de temps, vu son agenda, de se plonger dans des livres et a fortiori dans des romans. Des mauvaises langues affirment que certains d’entre eux n’arrivent même pas à trouver le temps de lire les livres qu’ils signent ! voilà donc un discours nouveau.

 Ce qui est moins nouveau, c’est l’argument avancé. Selon lequel la fiction serait une perte de temps. C’est un peu la trame du Nom de la Rose, l’éblouissante et féroce fiction médiévale d’Umberto Eco où la fiction et le rire doivent être bannis de la bibliothèque, c’est-à-dire du monde. Un dogme usé jusqu’à la corde qui ressuscite aujourd’hui dans un remake où la fiction est vue comme une activité non productive et oiseuse, un simple passe-temps pour paresseux, une pure distraction. La fiction, c’est bon pour les glandeurs, pas pour les battants.

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La fiction est loin d’être débranchée de la réalité. Elle est la plaque sensible qui nous en révèle les frontières. La fiction a le pouvoir de renforcer les changements sociaux en nous les rendant visibles. Emile Zola nous a offert le plus beau tableau des luttes syndicales avec Germinal. Victor Hugo nous a mis le nez dans les bas-fonds avec Les Misérables. La fiction est un sismographe qui détecte les signaux faibles qui traversent la société. 

Il semblerait que cela soit cet argument, plus que la fiction, qui soit déconnecté de la réalité. Non sans une certaine ironie, il se révèle même grotesque. Il faut le marteler bien fort, la réalité ne nous parvient qu’à travers le récit. Et la déconnexion de beaucoup de politiques s’explique par cette incapacité à lire, derrière les sondages, les statistiques et les faits, des récits humains.

Auteur
Kamel Bencheikh, écrivain

 




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