20 mai 2024
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La République de Platon et les locataires des Tagarins

Emblème amazigh
Quand Gaïd Salah lâche ses sbires contre le drapeau amazigh

Nous aurions pu nous contenter de l’épisode de l’installation des réfugiés andalous sur les hauteurs de la vieille ville d’Alger mais toujours est-il que l’événement aussi malheureux qu’il soit pour ces musulmans expulsés d’Espagne n’est pas aussi déterminant d’un point de vue politique pour qu’il soit considéré de bouleversant dans l’histoire de l’Algérie.

Et comme nous ne traitons pas le problème démographique qu’aurait posé cette expulsion à la ville d’Alger, nous nous contentons tout simplement du toponyme pour désigner le vrai lieu du pouvoir algérien. En l’occurrence, les Tagarins désignent un quartier d’Alger caractérisé par la présence de corsaires  durant la période turque puis un bastion de l’armée coloniale française et enfin celui de l’armée algérienne qui lui a succédé.

20 avril 2022 : le drapeau amazigh en berne 

Et c’est pour cette raison que nous prenons pour exemple, le périple méditerranéen de Platon pour illustrer les problèmes que pose la tyrannie. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, l’exemple de Platon le philosophe qui dit-on en ces temps-là, a visité la partie orientale de l’Afrique du Nord toute proche de l’ancienne Grèce et de l’Italie antique d’autant que cette partie du continent africain a été occupée par les Grecs.

Il faut rappeler que cette partie de l’Afrique du Nord a eu des rapports constants avec les premières colonies grecques jusqu’à ce que Cyrène devint une métropole grecque en Afrique.

Quand Gaïd Salah interdisait le drapeau amazigh !

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Les historiens rapportent que la Grèce archaïque voire préhistorique a beaucoup emprunté aux premiers Amazighs et que les échanges étaient florissants entre les deux rives de la Méditerranée orientale. La fondation de Cyrène en 639 avant.J-C par les Battiates, achève le long processus  des relations internationales entre les Amazighs et les Grecs qui finirent par répandre leur culture sur tout le Nord de l’Afrique en laissant au passage tout un héritage culturel mal connu par les habitants de la Libye actuelle.

Par conséquent, le périple méditerranéen de Platon s’explique en partie par les liens étroits qui unissaient la Grèce à la Cyrénaïque. Il se trouve que tel que le rapportent les commentateurs, le philosophe athénien s’est mêlé d’une affaire politique et non la moindre, celle de la tyrannie. Alors que nous savons pertinemment qu’il était un ardent défenseur de la République à laquelle il a au moins consacré un livre qui s’intitule précisément «La République». En effet, ce qui nous intéresse le plus dans cet ouvrage, ce n’est pas l’exercice de la dialectique comme forme achevée de  la philosophie mais le problème que pose la forme tyrannique du pouvoir.

A Tizi-Ouzou, Fodil Boumala a refusé de brandir le drapeau amazigh !

Pour rappel, le récit du périple de Platon en Méditerranée est une mise en scène du statut du philosophe roi. Il s’agit de changer le tyran en philosophe roi.L’extrait de cet épisode ne fournit pas assez d’éléments sur la technique philosophique déployée par Platon. Comme dans presque tous les dialogues, Platon procède par des échanges verbaux pour démontrer la supériorité de la dialectique. Le livre 9 de la République  explore la figure du tyran et la compare à celle du philosophe.

Le tyran agit pour son propre bien, est régi par des appétits insatiables, est menacé de tous les côtés et à chaque instant par la trahison et l’assassinat. Ainsi, son pouvoir est en réalité une forme extrême d’esclavage. Le tyran est le paradigme du désordre et de l’injustice.

Nonobstant, les thèmes abordés dans le livre 9 de La République de Platon, il s’avère que l’Athénien utilise la méthode hypothético-déductive pour vérifier les hypothèses. Dans plusieurs passages du livre 9 de La République, Platon examine l’homme tyrannique en posant au préalable les questions suivantes : « C’est maintenant, repris-je, la personne même de l’homme tyrannique qu’il reste  à examiner : comment se forme-t-il en partant de l’homme démocratique ? Quels caractères présente-t-il ? Quel est le genre de vie, misérable ou bienheureux ?, L’homme tyrannique, p. 1174, Éditions la pléiade T 1.

Par défaut, nous omettons les caractères psychologiques du tyran qui tendent aux dires de Platon à obscurcir « la recherche », pour nous concentrer dans l’échange entre le « Je » et le « Il » . Il finira par affirmer que : « … c’est ainsi que se présente celui qui, ayant de nature, au plus haut point le tempérament tyrannique, et, plus longtemps il aura vécu dans la tyrannie, plus il devra être un tel homme. », p. 1181. Il faut rappeler qu’au préalable dans le même livre 9, Platon échange avec ses interlocuteurs sur la nature de quatre régimes qui sont : la Timocratie, l’oligarchie , la tyrannie et la démocratie.  Par la même la méthode dialogique, Platon vérifie ses hypothèses où sont exposés les différents arguments, il en est de même du court traité sur la tyrannie publié par L. Strauss, Éditions Tel Gallimard, 1954 , où sont débattues dans presque le même style, les questions politiques . En effet :

1- le poète Simonide se rendit un jour chez le tyran Hieron. Comme, ils étaient de loisir  tous deux, Simonide lui dit : « Est-ce que tu voudrais bien Hieron m’exposer en détail une question que naturellement tu connais mieux que moi, Et quelle est cette question, dit Hieron, qu’en vérité je pourrais, moi connaître mieux que toi, un homme si savant ?

 2- « Je sais , quant à moi, dit Simonide, et que tu as été un simple particulier et que maintenant  tu es un tyran ; il donc naturel qu’ayant- cette expérience des deux conditions tu saches aussi, mieux que moi, quelle différence il y a entre  la vie du tyran et celle du particulier en ce qui concerne les plaisirs et les peines qui en résulte pour leur personne. » .

 Sachant qu’Alexandre Kojève  revient dans « Tyrannie et Sagesse « longuement sur le  statut du philosophe en disant premièrement que : » le philosophe est plus expert  dans l’art de la dialectique ou de la discussion en général : il voit mieux que son interlocuteur « profane »  les insuffisances de l’argumentation de ce dernier et il sait mieux que lui faire valoir ses propres arguments et réfuter les objections des autres. ». Deuxièmement, «  l’art de la dialectique permet  au philosophe de se libérer davantage que le « profane » des préjugés : il est donc plus ouvert à la réalité telle qu’elle est et il dépend moins de la façon dont il les hommes, à un moment historiquement donné, s’imaginent tel qu’il est. «Troisièmement enfin» étant donné plus ouvert au réel, il se rapproche davantage du concret que le « profane » qui se confine dans les abstractions, sans se rendre compte, d’ailleurs de leur caractère abstrait, croire irréel. »p. 236 . C’est  la même conclusion que fait F. Châtelet de la philosophie de Platon (Platon, La Philosophie de Platon à St Thomas, Éditions, Marabout, 1979 .Malheureusement, faute de temps, nous ne pouvons pas identifier des cas pareils dans les cultures arabe et amazighe auxquelles nous sommes tout naturellement attachés. En vain, nous avons cherché quelques éléments de réponse sur la question du pouvoir politique sans que le «livre de Platon qu’auraient connu les Arabes médiévaux  – dont nous possédons une version traduite de l’hébreu en arabe par Ahmed Shaahlane ni les traités politiques comme : les «statuts gouvernementaux «de Mawardi traduction française de Fagnan celui de Naj el Muluk  ni d’ailleurs la tradition amazighe comme celle de l’État ziride d’Andalousie n’élargissent pas le champ du débat politique.

A la différence de Hiéron , le chef d’État major ne dialogue pas. Il ne soumet pas ses idées au verdict de la Raison.  Tout au contraire , il dicte ses prérogatives au peuple algérien comme s’il procédait à l’établissement des ordres d’exécution. Tout naturellement c’est le principal défaut des militaires lorsqu’il se mêlent  de la politique. De ce fait, nous aurions pu comparer la position du général Gaïd Salah avec la cohorte des généraux qui par la force es armes ont usurpé le pouvoir de l’État. Après avoir passé en revue , une série de séquences de la prise de parole de l’autorité militaire  et en toute conviction, nous avons relevé les  défauts de l’intrusion de l’institution militaire en Algérie dans la politique.

Par conséquent, l’accaparement de l’État par l’armée algérienne confirme que les mœurs de l’armée algérienne n’ont guère changé depuis 1958 à aujourd’hui. Le comportement du général Gaid Salah ne fait que confirmer au nom de ce je ne sais quelle légitimité qu’il ne détient pas, la spoliation du pouvoir. Pour preuves, les différentes manœuvres  orchestrées par le général et son entourage pour calmer la colère de la population relèvent d’un défaut de la rhétorique. En effet, les interventions presque hebdomadaires du général ont le défaut de dicter des ordres au lieu d’ouvrir la discussion avec la population.

En matière de communication, les oukases du général produisent toujours l’effet contraire de celui qui est escompté. Les commentateurs disent qu’il a perdu la « Bataille d’Alger » en voulant interdire  l’accès aux Algériens des autres régions.

Plus que tout ça, le général et ses acolytes jouent sur la corde raide du nationalisme en distillant par vents contraires, la question berbère comme si l’identité amazighe du peuple algérien est une tare historique. Voilà que le despotisme du général est en deçà des qualités requises d’un dirigeant au fait de sa responsabilité. A tel point que la bande dont il fait partie, utilise toujours des méthodes mafieuses parce qu’elle est incapable de présenter une alternative  valable au peuple algérien. L’équipe actuelle reste enfermée dans une idéologie dépassée de l’autoritarisme post colonial. D’ailleurs, les observateurs considèrent que l’État Major emploie les mêmes méthodes que celles de l’armée coloniales.

L’équipe qui entoure le général est à court d’idées si ce n’est que de répéter les mêmes recettes de l’ancien monde. Cette bande est dans l’incapacité congénitale de discuter de quoi que ce soit. Elle ne sait que faire peur en introduisant l’arme de la discorde comme celle de l’étendard amazigh. A tout jamais, nous ne saurons si le général Gaïd Salah est apte à discuter du politique tant que ses sorties se limitent à donner des ordres.

Malheureusement, l’art de gouverner nécessite beaucoup plus d’aptitudes et c’est pour cette raison que l’évocation de Platon sert toujours  la réflexion pour savoir comment diriger les hommes. Quelque part, il est dit qu’en leur temps, les Sultans musulmans refusaient catégoriquement de débattre des affaires de la cité. C’est malheureusement ce que font tous les dirigeants du « monde arabe » qui ont pris le pouvoir par la force des armes. Presque tous n’ont vraiment été choisis par leur peuple.

Fateh Hamitouche

Renvoi

° Timocratie :  du grec Timao, fixer un prix, juger digne, récompenser, honorer, et Krato, dominer, régner.  C’est le Gouvernement par ceux qui recherchent ce qui a du prix, de la valeur

 

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