3 octobre 2022
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Le Canada, ce n’est pas ce que vous croyez, Monsieur l’universitaire !

Canada

C’est tout de même étonnant de voir un universitaire s’exprimer avec autant de légèreté sur un pays qu’il ne semble pas aussi bien connaître qu’il le prétend : le Canada.

Le brûlot de Mohamed-Karim Assouane, paru dans Le Matin d’Algérie le 5 septembre 2022, sous le titre “L’ambassade du Canada menace les fraudeurs”, a quelque chose d’impertinent, pour ne pas dire sans fondement aucun.

Avant d’énumérer les impertinences, parce qu’elles sont nombreuses, parlons des faits, à savoir le bien-fondé ou non de cette histoire.

A l’entame de son texte, l’universitaire attribue à la chancellerie canadienne ce propos à l’égard des Algériens : “Les personnes qui se permettent de délivrer de faux documents ou renseignements aux agents de l’immigration devront subir de graves conséquences”.

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Deux paragraphes plus loin, M. Mohamed-Karim Assouane met d’autres propos dans la bouche de la même chancellerie à l’adresse des Algériens : “Si vous mentez dans une demande ou au cours d’une entrevue avec un agent de l’IROC, vous commettez ainsi un acte de fraude”.

S’il n’y a rien de choquant dans ces mises en garde, en ce sens qu’elles existent dans les portails électroniques des services d’immigration de tous les pays du monde, il faut dire que ces propos, tels que rapportés par l’universitaire, n’ont jamais ciblé aucun Algérien. Ils ont été tirés du site d’Immigration Canada.

Et c’est en cela que consiste, visiblement, la mauvaise foi de M. Assouane. D’abord parce qu’il n’y a pas eu de communiqué de l’ambassade du Canada en Algérie, comme l’affirme l’universitaire dans son texte. Ensuite, parce que le post Facebook de la chancellerie, puisque c’est de cela qu’il s’agit en vérité, ne contient aucune des deux citations soulignées.

C’est à se demander d’ailleurs si M. Mohamed-Karim Assouane a pris la précaution de lire la publication de l’Ambassade du Canada en Algérie ? Tout porte à croire que non.

Venons-en, maintenant, au contenu de la publication de l’ambassade du Canada sur sa page Facebook, en date du 1er septembre : “La fraude est un crime grave au Canada. Renseignez-vous sur la façon de prévenir la fraude et de signaler les fraudeurs”. Ce court paragraphe est suivi d’un lien qui renvoie à une page électronique d’Immigration Canada sous le nom “Protégez-vous contre la fraude à l’immigration”.

Il est difficile, là, de saisir ce qui semble tant offusquer l’universitaire au point de faire l’amalgame entre l’Algérien et l’Autochtone canadien.

Reproduisons, ici, l’extrapolation honteuse faite par l’universitaire : “Entre un texte d’avertissement et celui d’une menace, les lecteurs de ce communiqué se demandaient s’il est adressé aux Algériens ou à des autochtones du “Kanada” ».

A supposer que les menaces imaginées par M. Assouane soient réelles, les Autochtones du Canada méritent-ils pareil traitement ? A moins que l’universitaire les considère humainement inférieurs aux Algériens. C’est en tout cas un rapprochement douteux, à la limite du lapsus, qui renseigne bien sur le fond de la pensée de l’universitaire.

Sinon comment expliquer le fait de traiter gratuitement un pays qui accueille tant d’Algériens d’“immensité glaciale” ? M. Assouane connaît-il réellement le Canada ? Parce que le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il relaie là un cliché partagé par toutes ces personnes qui confondent entre le pôle Nord et le Canada.

Monsieur l’universitaire sait-il que “l’immensité des prairies”, à l’ouest du Canada, fournit une bonne partie de la production mondiale en céréales et oléagineux, de façon à couvrir largement la consommation locale et exporter une bonne partie à travers le globe ?

Par souci de ne pas alourdir le texte, les chiffres et les statistiques sur notamment la production des légumineuses et les cultures spéciales au Canada, qui ne sont pas moins importantes, seront épargnés au lecteur. Le prix de la pomme de terre aussi !

Mais M. Assouane doit tout de même savoir, sur le même registre, que les ressources hydriques sont au Canada ce qu’est le pétrole est à l’Arabie saoudite. Et ne parlons pas des richesses forestières du pays que Monsieur l’universitaire confond avec un immense glacier.

Quant à “la brillante jeunesse” et “les cadres les plus aguerris” de l’Algérie qui “nourrissent depuis 1995 le savoir-faire” du Canada, tant mieux pour eux et pour leur pays d’accueil. Car le Canada a le mérite de leur avoir ouvert grandes les portes pour faire valoir leurs compétences et s’épanouir, à la place de passer sous le couteau de l’islamisme ou derrière les barreaux de la dictature.

Canada

Pour la précision, les Algériens ne connaissent pas que le Québec, Monsieur l’universitaire. Ils sont nombreux à évoluer dans le domaine de l’énergie dans l’ouest du pays en général et en Alberta en particulier. Dans cette dernière province, une importante communauté algérienne est établie et ses enfants occupent des postes même au sein du gouvernement provincial. Je vous invite à consulter leur page Facebook.

Cela vous changera bien les idées. Car, voyez-vous, il n’est pas d’immensité glaciale mais des esprits figés.

Mehdi Mehenni, journaliste

mehdimehenni@yahoo.fr

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4 Commentaires

  1. C’est à croire que l’algérien institutionnel pour exister, ne peut le faire qu’en essayant de rabaisser les autres; en les martyrisant quand cela est possible.

  2. Momo,

    Une mise au point à l’Algérienne dommage! On peut apporter une contradiction sans écraser la personne en face.

    • Désolé a Mohand mais je ne vois vraiment pas en quoi la « mise au point » de Mehdi Mehenni vise à « écraser la personne en face » (Mohamed-Karim Assouane auteur de l’article précédent sur le Canada). Certes, c’est là une mise au point sèche mais, somme toute, dans les limites de la bienséance. Du moins me semble t-il. M. Mehenni n’a fait que rappeler certains faits et vérités que M. Assouane ne devait pas ignorer. À moins que …! Après tout, quand on se réclame universitaire, ce n’est pas une mise au point telle que celle-ci qui devrait le moindrement nous ébranler, tout au contraire.

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