18 août 2022
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Le Hirak algérien : une révolte afin de mieux respirer

Hirak

Au 5 juillet 2019, l’Algérie a tiré la révérence à ses 57 ans de « semi-indépendance », selon Mohammed Harbi. Nous entrons en plein fouet dans l’assaut du ciel et dont le bilan est à renvoyer aux calendes grecques. A l’ombre de l’année pandémique, des publications et autres écrits, s’adonnent à cœur de joie de tenter d’analyser et de réfléchir sur le Mouvement du 22 février 2019 (M22) en Algérie.

La toute récente publication sur ce mouvement de contestation populaire et pacifique, nous vient du Caire à travers un ouvrage collectif dirigé par un ex-militant du PC libanais Gad Saâb. Traduit de l’anglais par Marwa Chérif et Ghassan Benkhlifa. Intitulé Nouveaux printemps : Carte des soulèvements nord-africain et d’Asie de l’ouest (2018-2020), le texte paru aux éditions Safsaf en 2021 est un digest de contributions de militants et militantes de l’Alliance socialiste d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient.

Le plus en vue est celui de l’Algérien, installé à Londres, Hamza Hamouchene et la Tunisienne Salma Amari. Sous le titre de La révolution algérienne : Une lutte pour mettre fin au colonialisme, le texte a été republié dans le bulletin trotskiste féministe Al-Mounadil-a paraissant à Agadir (Maroc).

Hamouchene est coordinateur d’un programme d’études sur l’Afrique du Nord au sein du Transnational Institut d’Amsterdam et il y voyait dans ce M22 un Hirak qui drainait avec lui une longue histoire d’anticolonialisme et de lutte pour l’indépendance. Donnant tout d’abord un synthétique aperçu sur l’évolution de la colonisation de l’Algérie et sur les différentes luttes menées contre le génocide colonial de 1830 à 1962, l’auteur aborde « les échecs  des politiques de désengagements » et les « tentatives de l’Etat socialiste afin d’atteindre une certaine suprématie économique ». Des « échecs » qui ont conduit à la montée de l’islam politique, précise Hamza Hamouchene et engendreront par là « une réponse par le biais de la répression armée comme modèle bien familier sévissant dans la région ».

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L’Algérie tout comme le Soudan, « les mouvements de contestations populaires ont réussi à créer une scission entre les militaires et leurs cchefs politiques autoritaires », estimant par ailleurs, que les mouvements en question ont toujours eu à faire à un régime de nature militaire « qui se cache derrière des élections rejetées et boycottées par le mouvement lui-même ».

Le conflit en Algérie, selon le militant de la Gauche environnementale, est aussi d’ordre écologique et culturel qui ont donné à la contestation des dimensions supplémentaires.  Il signalera par ailleurs que le M22 et bien d’autres soulèvements en Algérie « n’ont jamais réussi à atteindre leur limite et encore moins, leurs objectifs », dégageant un goût d’inachevé qui se répète à chaque occasion.

L’analyse de ce membre de l’Association pour la Justice environnementale Nord-Africaine de Londres, n’est nullement pertinente sur laquelle nous puissions nous attardervdavantage. Mais notre attention s’est un peu plus posée sur cette multi-polarisation d’activisme associatif dans lequel s’est installé M. Hamouchene. Quelle relation peut-on établir entre la lutte environnementale, la souveraineté alimentaire et la contestation sociale dans un « conflit révolutionnaire » de nature politique ? Lorsque l’on a autant d’énergies aussi disparates surtout, peut-on prétendre à une quelconque crédibilité de ses propos.

Bien que l’ouvrage de Gad Saâb soit le bienvenu dans cette myriade d’articles et de documents sur  le M22 algérien, sa lecture trotskiste est à contenir dans le manque d’efforts de renouveler la lecture marxiste puisque le premier signataire de l’ouvrage collectif considère que les « révoltes arabes » Algérie comprise, ont étaient jusque là « présentées que sous la loupe et le regard orientaliste » puisque la couverture médiatique mondiale a façonné ces mouvements « comme mouvements de la renaissance d’un monde arriéré », favorisant surtout ces images de scènes de rues pleines de foules scandant le renversement des tyrans et « éclipsant le fait que ces tyrans étaient des favoris à maintenir par les gouvernements occidentaux » puisqu’ils sont de commodes partenaires dans « l’exploitation capitaliste, le pillage et le contrôle impérial sur leur peuple ».

Pour cet ex-journaliste du quotidien libanais Addyar, les soulèvements « ont permis de fournir l’occasion de faire avancer le discours orientaliste selon lequel l’invasion de l’Irak en 2003 a finalement porté ses fruits », notant par la que les multiples conditions qui ont conduit à ces événements ont surtout « alimenté un discours régional réactionnaire selon lequel ces soulèvements n’étaient rien de plus que des complots étrangers (occidentaux) ». et il est bien dit dans cet ouvrage, que l’objectif est de « contrecarrer cette vision réductrice et méconnue » en se penchant sur les soulèvements les plus récents des régions du Maghreb et du Moyen-Orient à savoir l’Algérie, le Soudan, le Liban, l’Irak et l’Iran.

Franz Fanon et Mohammed Harbi à la rescousse

Une autre contribution cette fois du même Hamouchene en date du 20/6/2022 et parue sur le site de la Fondation Rosa Luxembourg, du Parti social-démocrate de gauche allemand Die Linke. Portant le titre de La nouvelle révolution algérienne et Black-Lives Matter, l’activiste rouge-vert algérien appelle la pensée de Fanon à la rescousse pour tenter de comprendre le contenu du soulèvement de 2019-2021 tout en interpellant les événements de Minneapolis suite au meurtre de Georges Floyd, cet Afro-Américain de 46 ans et dont les derniers mots prononcés par la victime policière et de la suprématie raciste blanche, étaient « Je ne peux pas respirer ! ».

C’est ainsi que Fanon s’invite à la réflexion de « l’analyste algérien de Londres » par l’évocation de la lutte anticoloniale du peuple vietnamien et dans le droit chemin de la lutte des peuples contre le racisme et le colonialisme. Fanon avait écrit que : « Ce n’est pas parce que l’Indochinois a découvert une culture qui lui est propre qu’il se révolte. C’est parce que… cela devenait, à plus d’un titre, impossible pour lui de respirer ». Il y a donc une certaine continuité dans la voie de la décolonisation version Hamouchene, pour saisir toute l’ampleur du M22 algérien. Avec l’extraction du concept bien imprécis de la bourgeoisie nationale dans le texte de Fanon, il est question de remodeler, ce que Hocine Belalloufi nomme « bloc social dominant », avec le processus de reconnexion de l’économie nationale avec celle du capital mondial «  en transformant les élites dirigeantes en une bourgeoisie compradore », qui arrive à hypothéquer les intérêts nationaux à ceux du capital transnational.

De cette lecture, une idée force est à retenir : la rationalité du Hirak est à inscrire comme une nouvelle révolution anticoloniale, précisant pat là que « la triste réalité de l’Algérie confirme les avertissements de Fanon sur l’avidité  et la diversion de la bourgeoisie nationale et les limites du nationalisme traditionnel ».

A première vue, cette approche évoque l’enrichissement de cette « bourgeoisie nationale » opportuniste qui s’accompagne d’un « réveil décisif du peuple, pour que le peuple puisse alors imaginer qu’un lendemain violent apportera des soulagements et promettra du bien ». Dans cet esprit, Hamouchene rappel que le M22 est un processus de libération « qui a injecté une quantité sans précédent d’énergie, de confiance, de créativité et d’esprit de rébellion », à travers l’évolution des slogans, des hymnes et des formes de résistance démontrant « les processus d’avancement politique et d’éducation populaire, qui ont établis l’expropriation de l’espace public » créant des Agora grecques où les gens discutent, débattent, échangent des points de vues sur la stratégie et les perspectives. Cette multitude de manières à s’exprimer, s’est faite aussi à travers « l’art de rue, street-art, et la musique, ouvrant de nouveau horizons à la résistance et à la construction collective ».

A ce niveau de lecture, l’activiste algérien rappel une fois de plus, Fanon sur la question culturelle comme action politique et cité que :

« La culture nationale n’est pas ce folklore dans lequel celui qui regarde abstraitement les choses découvre la vérité du peuple, et la culture nationale n’est pas cette masse figée de mouvements pure dont le lien avec la réalité actuelle s’affaiblit peu à peu, mais elle se renforce de plus en plus autour de la lutte des peuples, et non autour des chansons, des poèmes ou du folklore ».

 Dans cette « dynamique politique gauchiste », voici ce qu’écrivait l’activité tunisienne Salma Amari en date du 17/7/2022 sur la plate-forme web des Débats Civilisés (AlHiwar Al-Moutamadeen) au sujet de cette « permanence de la lutte » pour la décolonisation et usant de la terminologie politique de coloration trotskiste à travers Mohamed Harbi, Hocine Belalloufi et de quelques retouches à la sauce Mao-spontex, en déformant les propos de Samir Amin ou encore ceux de Ali El-Kenz. L’infantilisme gauchiste  se refuse d’approfondir son autocritique marxiste et se cramponne dans les dénominateurs communs idéologiques du type « coup d’Etat de 1992 », « guerre civil », « oligarchisme politico-militaire » et autres ingrédients théorisant le manque de clarté sur une lutte de classe pourtant flagrante en Algérie. Amari évoque ce séisme révolutionnaire algérien qui a bien secoué l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient et qui a « mis fin à la première décennie du XXIe siècle », en estimant que les conditions objectives et explosives d’un processus révolutionnaire existe toujours en Algérie.

De telles analyses et réflexions ont été largement  développés par des officines du genre Cairo Institut for Human Rights Studies (CIHRS) une ONG basée à Tunis, le Malcolm H. Kerr Carnegie Middle East Center de Beyrouth et dont le tunisien Hamza Meddeb est le responsable de recherche sur la réforme économique, de l’économie politique des conflits et de l’insécurité frontalière au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Tout comme nous pouvons lire certaines versions améliorer et corriger à travers les études « politico-économiques  des mouvements sociaux » dans les rapports du Middle East Institut de Washington DC, qui bénéficia en 2021 de quelques 2 millions de dollars US de la part de contributeurs « bien généreux » du type de l’ambassade US des Emirats arabes unis (1750000 dollars), d’Exxon-Mobil Corporation (40 000 dollars), de la Lockheed-Martin Corporation (50 000 dollars) et la liste s’allonge.

De son côté, Mohammed Harbi est toujours égal à lui-même et apparaît à travers cette interview qu’il donna le 27/4/2022 au site de La fondation Rosa Luxembourg sous le titre de, Ma vision du futur avec tous les éléments progressistes. Demeurant fidèle au « communisme internationaliste ».

Mohammed Harbi notera au sujet de Fanon : « Je n’étais pas d’accord avec Fanon sur son idée des forces motrices de la révolution, mais sur ce point il a enfoncé le clou. Il était au courant des purges du FLN dans les Wilayas III et IV et des méthodes qui y étaient utilisées. Les fondateurs du FLN pensaient que la question de la démocratie pouvait être abordée au moment de la victoire. En fait, ils étaient candidats à la succession du pouvoir colonial ».

Il notera avec subtilité que « les Accords d’Evian ont conduits l’Algérie à la semi-indépendance » et non à la souveraineté totale. Cette rencontre avec la social-démocratie de gauche allemande, Harbi on fait une tribune afin d’apporter sa propre synthèse à sa théorie de l’histoire politique algérienne. Résumant la démarche qu’il entama à travers ses références mondialement approuvés, à savoir Aux origines du FLN (1975) et Le FLN : Mirages et Réalités (1980 et 1985), il tentera de contextualiser le contenu en liaison avec le M22 :

  • La nécessité de distinguer dans l’analyse des idéologies – souverainistes et socialisantes – promulguées par les mouvements de libérations nationales et les formes de structurations organisationnelles (reproduisant des solidarités traditionnelles et archaïques, par exemple Partis et armées) que ces mouvements se sont donnés. Dans le cas de la lutte du peuple algérien pour l’indépendance, l’analyse montre le décalage entre l’idéologie mobilisatrice à caractère nationaliste et unanime et le clanisme, le segmentarisme et les conflits d’intérêts radicaux, représentés par le FLN, principal et unique Parti soutenant le processus révolutionnaire géré, structuré.
  • – La nécessité de faire la distinction entre les motivations profondes des populations dans une situation de mobilisation et systèmes d’intérêt des groupes dirigeants actifs. J’ai montré que cette distinction entre motivations profondes et systèmes d’intérêt renvoie à deux ordres de référence opposés : celui de l’auto-récupération, c’est-à-dire la libération du pouvoir politique, qui est comprise par les groupes de tête visé. Cette approche éclaire sur la dualité du processus de libération nationale. Il n’y a pas de correspondance entre la logique organisationnelle et la logique des mouvements sociaux ; il s’agit plutôt d’une sorte de courbe dont les formes d’écarts et d’approches sont déterminées par un ensemble complexe de facteurs.

3)La nécessité de poser le problème de la constitution d’un espace public dans les sociétés sous-développées à partir de leur propre historicité. L’expérience occidentale peut servir ici au mieux analogue, mais de référence privilégiée. En réalité – l’histoire politique du mouvement de libération nationale algérien en témoigne – la sphère politique tend ici à se constituer dans l’espace interne relativement restreint des appareils politico-militaires. »

Sur un tout autre plan, Mohammed Harbi poursuit sa vision politique de l’histoire nationale et note qu’aujourd’hui, « l’Algérie a perdu son audience internationale » et pour cause, sa vision nationaliste du modèle de la solidarité dans les relations internationales en total contradiction avec ce régit réellement les luttes d’intérêts au niveau planétaire. En somme, l’Algérie est en décalage avec la lutte mondiale en voulant se maintenir dans le très vaporeux solidarisme nationaliste.

A la question du rôle de la diaspora algérienne au sein du M22 et dont le régime y considère comme une menace planant sur son devenir, la réponse est claire : une diaspora extrêmement politisé a poussée le régime à mettre le pays « sous confinement total durant plus d’une année au début de la pandémie ». Alors que cette même diaspora ne fait que poursuivre à jouer « un rôle de premier plan dans la sensibilisation à la libération nationale ». Une diaspora dont la mémoire reste une référence dans la lutte pour la liberté et dont les Algériens ont bien besoin afin qu’ils puissent « résoudre leurs problèmes chez eux et dans un parlement légitime », ajoutera Mohammed Harbi.

Révolution sans révolutionnaires

Autours de cette sphère gauchiste des noms apparaissent évoquant le pillage de l’Algérie entre 2000 et 2010, l’abandon de la souveraineté nationale et la soumission au diktat des impérialistes et des néocoloniaux ou encore les actions d’étouffements des comptes Twitter, des comptes Facebook de l’opposition, la mise sur pied des « armées électroniques de trolls » et la machination à vouloir ternir les symboles historiques et les figures populaires de l’opposition.

Si, pour la filiale du parti Die Linke, le M22 algérien est un appel à la grève général qui a été « organisé dans les premières semaines du soulèvement, spontanément suite à des appels anonymes sur les réseaux sociaux », c’est bien cette grève qui a forcé le président Bouteflika à abdiquer et sapant par ailleurs « les alliances au sein de la classe dirigeante ». Cette situation est appelée, « Révolution sans révolutionnaires » ou encore « Révolution sans organisation ». n’on demeure que tout le monde s’entend à dire que ces dynamiques sociales non structurées, informes et sans commandements sont de natures fragiles.

Même si le M22 algérien est un mouvement antirégime avec des politiques anticoloniales, il est surtout une voie qui porte en elle un potentiel d’émancipation qui n’a pas été ni correctement perçu ni même développer pour en faire une réelle Révolution démocratique et nationale.

Mohamed-Karim Assouane

Universitaire.

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1 COMMENTAIRE

  1. Momo,

    Je viens de lire sur un journal Algérien, une plage horaire sera réservée aux femmes. Quelle honte, un recule abyssale, au lieu d’éduquer et de punir les récalcitrants on crée un mur de séparation alors même que le mur de Berlin est tombé depuis 1989. Vous cherchez des touristes, des investisseurs… vous construisez des digues entre des personnes. Ces réflexes importés que vous amplifiés pour les exportés sont une instrumentalisation rétrograde dont vous êtes les mieux placés en Afrique du nord.

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