4 février 2023
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Les bureaux gouvernent, les Algériens se noient…

 

Le gouvernement
Le conseil des ministres. Source : Facebook de la présidence.

On dit que l’Etat est le fonctionnaire de la société. En effet, l’Etat s’est institué propriétaire des gisements pétroliers et gaziers du territoire national, et a conçu la rente comme un instrument d’une modernisation sans mobilisation de la nation.

Pour ce faire, il est conduit à affecter une part grandissante de la rente en cours de tarissement à la production et la reproduction de la base sociale c’es à dire à la consommation soit directement par la distribution de revenus sans contrepartie, soit indirectement par subvention, soit par les deux à la fois.

Cette pratique a donné naissance à une véritable débauche des dépenses publiques et à une grande auto-complaisance en matière de politique économique et sociale. La rente a constitué un soporifique en masquant toutes les insuffisances en matière de production et de gestion.

Elle a donné lieu à des problèmes très difficiles à résoudre : le premier de ces problèmes fût posé par des investissements considérables dans les projets inutiles entrepris notamment pour des raisons de prestige ou visant à satisfaire une boulimie de consommation : le second problème résulte des gaspillages des gouvernements en matière de dépenses courantes.

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Le troisième problème, le plus épineux, devenus excessivement riches à la faveur d’une embellie financière exceptionnelle, les gouvernements qui se sont succédé ces deux dernières décennies, pris dans le tourbillon de l’argent facile et de l’impunité, n’ont pas eu la sagesse et la lucidité d’adopter une politique économique saine et rationnelle en matière de dépense, de subvention, de crédit, de change aveuglés par une embellie financière exceptionnelle illusoire.

C’est l’explosion des dépenses publiques au-delà des besoins réels et des capacités disponibles du pays. Le train de vie de l’Etat n’a plus de freins, et il ne reste plus de rails, la prochaine gare incertaine. La rente versée à l’Etat a la particularité d’être exogène c’est à dire que sa provenance et sa croissance ne sont pas liées au développement du pays mais dépendent des facteurs externes.

L’un des paradoxes de l’économie algérienne est d’être fondé sur une richesse dont l’existence renforce à terme les capacités de financement en même temps qu’elle introduit un élément de fragilité. Il suffit d’une baisse des prix de référence ou des réserves à un moment inopportun pour le développement de son économie menaçant la pérennité de son principal moyen d’existence pour provoquer de graves déséquilibres économiques, politiques voire sociaux.

De plus, il suffit de considérer les graves dysfonctionnements dont souffre actuellement l’Algérie pour se persuader qu’une forte croissance de revenu en devises ne mène pas nécessairement au développement économique. Le fait que les recettes pétrolières vont pour l’essentiel au gouvernement qui décide de leur répartition et de leur affectation, fait en sorte que le revenu est moins perçu comme la contrepartie d’efforts productifs que comme un droit dont on peut jouir passivement du moment qu’il est octroyé en dehors de la sphère interne de la production.

La question qui reste pendante est de savoir, dans quelle mesure, le pouvoir en Algérie, est-il ou peut-être productif, c’est-à-dire dans quelle mesure, pouvoir et production se nourrissent mutuellement.

Pouvoir et production sont les deux coordonnées de base de toute communauté quelque que soit le degré de son « développement » économique ou politique. Car il ne peut y avoir de pouvoir sans production et toute production s’inscrit dans une pratique de pouvoir.

La qualité du pouvoir se déduit en grande partie de la qualité de sa légitimité et c’est la légitimité du pouvoir qui en facilite sa productivité. La légitimité du pouvoir se fait mieux et plus facilement à travers sa légitimité qu’au moyen de sa violence. Dans ce cas, le risque est grand de voir les bénéficiaires de la rente se désintéresser de toute activité réellement productive.

La légitimité implique en premier lieu une certaine relation de réciprocité politique entre dirigeants et dirigés, entre employeurs et employés, entre administrés et fonctionnaires, relations vécues comme plus ou moins légitimes selon son degré de réciprocité. Plus la légitimité de ce pouvoir n’est profonde, plus le pouvoir est en mesure de faire l’économie de la coercition. C’est la légitimation du pouvoir en place qui en assure sa force. Car la violence ou du moins une partie est une indication de l’impuissance du pouvoir.

La mise en production du pouvoir s’opère par des inégalités économiques instituées, reconnues et légitimées. Tout rapport de pouvoir comme toute production s’inscrit dans une logique de relations d’inégalités qui différencie les membres d’une communauté. Le rapport entre pouvoir et production se fait au travers de la mise au travail de ces relations d’inégalités. « Les frères sont frères mais leurs poches ne sont pas sœurs ».

Plus le pouvoir est légitimé, plus la violence est implicite, invisible. Ce n’est que lorsque la légitimité d’un ordre politique ou économique donné est en crise que la violence refait surface et que le pouvoir se défend par la force ouverte. La montée de la violence est donc la manifestation de l’incapacité des élites dirigeantes à mettre productivement au travail leur pouvoir.

Le problème de la productivité est un problème d’organisation donc de management donc de managers. Cela ne pousse pas dans les prés, il faut les importer et exporter les fonctionnaires.

Dr A. Boumezrag

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