27 novembre 2022
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Les municipales : une élection qui divise 

OPINION

Les municipales : une élection qui divise 

Vu l’absence de débats, les élections locales prévues pour le 27 novembre divisent l’opinion. Participer ou boycotter, c’est une position qui n’est pas aussi facile à prendre sans comprendre les enjeux liés à un climat politique délétère.

Depuis février 2019, date de début de la révolution, le pays est dans une phase très compliquée en ce qui concerne la pratique politique et l’exercice démocratique. Le citoyen et le militant ne sont plus encadrés ni protégés pour mener leurs activités, ils sont dans une impasse. À vrai dire, ils sont livrés à un pouvoir autoritaire et à des organisations populistes. 

Les arrestations arbitraires des militants(près de 240 détenus d’opinion), la manipulation médiatique, les incendies ravageurs de l’été, la dégradation de la situation sociale, la paupérisation et la stigmatisation des organisations politiques sont tous des raisons qu’une partie de l’opinion avance comme arguments pour justifier ce rejet électoral.

Donc, aujourd’hui c’est la méfiance et la peur qui règnent. Avec les réseaux sociaux, on peut facilement déceler et constater les avis de chacun des acteurs ou citoyens exprimant un point de vue sur une échéance électorale qui a créé un cafouillage au sein de la base militante et citoyenne. Avec la situation politique et sociale du moment, il est extrêmement difficile de faire un choix sans être vilipendé. Deux tendances se disputent et se critiquent.

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En principe, la question de participer ou non ne devrait pas être une vétille, elle requiert un débat et des discussions exégétiques avant de trancher afin de ne pas compromettre les chances de s’organiser un jour autour d’un projet politique viable.

Partant sur le principe que les élections locales sont un peu particulières et différentes à celles des législatives et présidentielles. Pour simplifier l’explication, le citoyen sera en relation directe avec l’exécutif de sa commune ou de sa wilaya pour discuter ou résoudre un problème lié à la collectivité. Ça concerne un pouvoir local géré généralement avec la participation directe du citoyen dans le cadre des associations de quartiers et de comités de villages.

Travailler pour le bien-être du citoyen et de la communauté est l’un des premiers défis auxquels le maire doit s’attendre dans l’exercice de ces fonctions. Comme le reste des élus d’ailleurs, ils seront souvent interpellés pour régler un problème administratif, d’eau, d’infrastructures ou autres qui sont des prérogatives de la mairie. Même avec des pouvoirs réduits et limités, la responsabilité d’un maire et les élus est déterminante pour répondre à une urgence citoyenne, ils sont en première ligne quoi qu’on dise d’eux. Donc, il est important pour la collectivité de bien choisir ses représentants. 

D’un autre côté, la situation est gênante. C’est une élection qui rentre dans la feuille de route d’un pouvoir suranné qui cherche par tous les moyens de se maintenir et de briser toute volonté allant vers un changement profond. Ce même pouvoir qui emprisonne les militants, les journalistes et les activistes est dans une démarche qui donne raison en partie à ceux qui refusent d’aller vers des élections. Il leur donne assez d’arguments pour les réfuter. 

En fait, c’est l’objectif !

À connaître ses méthodes, il cherche à minimiser l’implication du citoyen en politique et dans la gestion des affaires des institutions. Ce n’est un secret, le pays a toujours été dirigé par une poignée d’hommes.

En réalité, la question qu’il faudrait se poser immédiatement : quels sont les conséquences et les avantages à ne pas participer? Si c’est pour accabler le pouvoir, celui-ci a déjà sa propre clientèle qui est prête à prendre en charge les affaires de la commune et de la wilaya. 

Pour l’exemple de la Kabylie, les comités de village ont bien compris l’enjeu d’avoir un maire élu par les citoyens versus ceux du FLN ou du RND qui sont au service d’un pouvoir impénitent.

Il ne faut surtout pas se méprendre d’une élection qui risque de succomber le citoyen à l’attrait du refus d’accepter des candidats honnêtes. Donc, il y a lieu de faire la part des choses et réfléchir pour ne pas tomber dans un piège tendu par le pouvoir. Rappelant le, il a toujours ses relais locaux, des opportunistes, pour contrôler. Il faut s’attendre que chaque village soit représenté par un agent du pouvoir, et celui-ci ne pourra être dénigré à cause des valeurs de la société kabyle qui sont basées sur la tolérance. Donc, penser à l’interpeller, c’est pratiquement impossible, la collectivité doit le subir. Au contraire, une bonne partie de ces villageois vont finir par le solliciter afin de régler leurs problèmes.

Sauf la contestation populaire qui sévit depuis février 2019, pour refuser cette élection, y a-t-il un projet politique en parallèle ou une structure transitionnelle sur laquelle la société peut y compter pour assumer une telle décision? Y a-t-il suffisamment de leviers pour agir? Dans un tel cas, il est possible de s’unir autour d’une initiative pour changer les choses. Mais malheureusement, en toute honnêteté, nous sommes loin d’un tel scénario.

Ceux qui ont pu s’organiser pour mener une bataille électorale en dehors des appareils de l’État méritent d’être salués. De nos jours, la tâche est très ardue pour se structurer, même les partis traditionnels comme le FFS et RCD n’ont pas réussi à s’entendre. La base militante est en désaccord avec leurs directions respectives.

Pour ne pas être partisan des élections municipales ni pour circonvenir les hésitants, mais pour encourager le pourrissement et donner accès au pouvoir d’occuper un terrain qui lui devient inaccessible pour le moment est un mauvais calcul politique auquel la personne avisée devrait s’abstenir.

Faire de la politique sans perspective ou bien répondre à un agenda motivé par le chauvinisme et tracé par le populisme relève de l’irresponsabilité, de l’aventurisme et de l’incompétence. 

Auteur
Mahfoudh Messaoudene

 




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