Trois organisations algériennes de la diaspora, Riposte Internationale, Pour une Alternative Démocratique en Algérie, Révolution du Sourire, interpellent Jean-Noël Barrot, le ministre des Affaires étrangères, qui se déplace dimanche à Alger pour une rencontre avec les autorités algériennes.

Monsieur le Ministre,

À la veille de votre visite officielle en Algérie, nous, organisations algériennes de la diaspora, vous adressons publiquement cette lettre, comme cela avait déjà été fait en 2022 lors de la visite du président Macron. Cette démarche ne constitue en aucun cas une demande d’ingérence ; elle vise à rappeler que les droits humains doivent rester au cœur des relations bilatérales, dans une perspective de justice, de dignité et de respect mutuel.

L’arrestation récente de l’écrivain Boualem Sansal a suscité une émotion légitime en France. Elle a confirmé à l’opinion générale la dérive autoritaire effective du régime algérien. Pourtant, cette mobilisation contraste cruellement avec le silence persistant entourant la détention de nombreux autres citoyens algériens, dont plusieurs binationaux franco-algériens, eux aussi victimes d’une répression arbitraire, mais relégués dans l’oubli.

Le jeune poète Mohamed Tadjadit, l’universitaire Mira Moknache, la militante du Sud Abla Ghomari, le journaliste Abdelwakil Blam sont quelques figures des deux cent cinquante détenus d’opinion actuellement emprisonnés en Algérie, aux côtés de Boualem Sansal. Nombre d’entre eux sont illégalement maintenus en détention provisoire prolongée, en violation même de la procédure du code pénal algérien.

Rappelons que des dizaines de milliers d’arrestations ont eu lieu depuis la répression du mouvement populaire du Hirak. Près de deux mille citoyennes et citoyens ont été détenus pour leurs opinions et ont subi l’arbitraire d’une justice aux ordres, à travers des procès non équitables, sans respect des droits de la défense. Des brutalités et des cas de tortures avérés ont également été signalés.

La liberté de circulation aux frontières n’est plus garantie. Des citoyens algériens en règle sont interdits de rentrer dans leur pays, et plus fréquemment encore, des citoyens sont interdits de le quitter. Ainsi, de très nombreuses ISTN (Interdictions de Sortie du Territoire National) illégales sont appliquées en dehors de toute décision judiciaire.

De nombreux Algériens, ou Franco-Algériens, résidant en France peuvent être retenus pendant de longs mois, perdant ainsi leur travail et mettant leurs familles en difficulté. Des opposants vivant en exil sont soumis à un chantage inacceptable : renoncer à leurs convictions politiques contre le respect de leur droit à la liberté de circulation.

Ces atteintes aux libertés fondamentales ne sont ni des bavures isolées, ni des dérives ponctuelles. Elles s’inscrivent dans une stratégie délibérée de politique répressive de toute contestation, amorcée dès 2019, marquée en 2021 par l’adoption d’un arsenal de lois liberticides : extension abusive de la qualification de « terrorisme », criminalisation de la liberté d’expression tous azimuts, créant un climat de terreur contre des étudiants, des journalistes, des universitaires, des militants politiques, avec des effets destructeurs sur le tissu social et politique.

Des réformes des lois organiques ont été promulguées pour restreindre toutes les libertés, contrôler et embrigader la société dans tous ses domaines d’activité : associatif, syndical, presse, politique, culturel.

Ainsi, l’opposition politique est bâillonnée, les médias indépendants interdits, muselés ou contraints à l’exil numérique, les maisons d’édition harcelées, les conférences intellectuelles censurées, les chercheurs surveillés et soumis au contrôle de leurs écrits.

Cette fermeture généralisée compromet la vitalité d’une société civile pourtant essentielle à toute dynamique de démocratisation. Aussi, la jeunesse désespérée quitte le pays par milliers, par la voie de la migration légale ou illégale. Une part de l’épineuse question des OQTF, occupant une place importante dans les débats politiques, trouve ainsi son origine dans ce déni des droits et libertés. Sans l’engagement en Algérie d’une transition politique démocratique, les citoyennes et citoyens n’auront d’autre choix que la prison ou l’exil.

Monsieur le Ministre,

L’avenir des relations franco-algériennes exige un rééquilibrage profond : un dialogue d’État à État fondé sur le respect mutuel, la transparence et la réciprocité, loin de toute surenchère mémorielle ou politicienne.

Nous appelons à une diplomatie responsable, fondée sur l’intérêt des deux peuples, la clarté des engagements, l’absence de privilèges indus et sur le respect de la Déclaration des droits de l’Homme ainsi que des textes internationaux relatifs aux droits humains.

Conscients de la portée de nos propos et animés par un attachement sincère aux principes universels de justice et de liberté, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Ministre, l’assurance de notre haute considération.

Signataires :

Riposte Internationale, Pour une Alternative Démocratique en Algérie, Révolution du Sourire

1 COMMENTAIRE

  1. Démocratie: liberté d’expression, syndical et d’association; droits humains; droits fondamentaux; … ont pour droit que l’article 87 bis d’un côté et de l’autre, la primauté des intérêts financiers pour les relations bilatérales. Conclusion: ne rien attendre de l’extérieur si l’intérieur ne va pas au chaudron. L’intérieur doit monnayer et pousser à des sanctions contre le pouvoir comme ce dernier le fait actuellement!

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