10 décembre 2022
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L’herbe repoussera en Ukraine après Poutine

Poutine

La comparaison sibylline faite dans le titre de cet article entre le président Poutine et un personnage historique, Attila, dont a dit que « Là où il est passé, l’herbe ne repousse plus», repose sur trois points : le même théâtre des opérations (l’Europe centrale), le même acharnement à réunir sous leur tutelle des peuples qui la refusaient (Empire hun et Empire russe) et leur même insensibilité à toute considération humaniste.

Une différence notable : Attila, surnommé le « fléau de Dieu », a vécu au Ve siècle, époque hautement barbare, alors que Poutine vit à l’époque censée être la plus éclairée de l’histoire.

En menaçant comme il vient de le faire publiquement d’utiliser ses armes stratégiques et nucléaires si on ne le laisse pas poursuivre ses massacres en Ukraine, le président russe a mis le monde devant la perspective de sa destruction totale car c’est ce qui arrivera après l’inévitable riposte occidentale.  Juste pour que lui n’aie pas à reconnaître qu’il s’est lancé dans une expédition aventureuse dont il ne sait comment sortir à l’image de quelqu’un qui grimpe trop haut sur un arbre et ne sait comment en descendre.   

La possibilité d’une fin du monde par suite d’une troisième guerre mondiale qui serait la dernière (parce que nucléaire justement) est présente dans l’esprit humain depuis le premier usage de l’arme nucléaire fait par deux fois en 1945 par les Américains contre le Japon mais, avec l’acquisition par la Russie des mêmes moyens, on estima qu’un « équilibre de la terreur » étant ainsi instauré, l’apparition d’un Dr Folamour resterait du domaine du cinéma.

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Or voilà qu’avec la sortie de Poutine demandant à son état-major de préparer l’emploi de son arsenal « dissuasif » on découvre que les Mayas ne se sont peut-être trompés que de dix ans dans la prédiction de la date : 2022 au lieu de 2012.

En se livrant à ce jeu dangereux, Poutine croit être dans une partie d’échecs où les acteurs sont des pions inertes et son adversaire une entité abstraite (l’OTAN), alors que c’est de la survie du peuple ukrainien et, plus largement, du sort de l’humanité et de la planète qu’il s’agit. Mais en agitant sa menace, Poutine a peut-être oublié – à voir les impairs qu’il multiplie – que son pays est immédiatement devenu la cible pointée de missiles nucléaires européens, américains et d’autres nationalités.

Le rapprochement établi par les commentateurs de l’actualité entre la situation actuelle et l’affaire des missiles soviétiques installés à Cuba en 1962 ne relève pas du copié-collé car, à l’époque, les Américains avaient affaire à un pouvoir collégial représenté par le Politbureau et le Comité central du Parti communiste, et non aux pouvoirs illimités d’un autocrate devant qui les plus hauts responsables civils et militaires tremblent.

Aujourd’hui, la Russie n’est pas dirigée par un parti, un régime, un système ou une junte, mais par un homme devenu autiste et dont le cerveau rejette les réalités objectives pour ne considérer que celles que sa subjectivité lui suggère. 

L’arrogance que Poutine affichait avant d’attaquer l’Ukraine et durant les premiers jours de l’invasion attestait de sa certitude que la « guerre éclair » préparée de longue date n’irait pas au-delà de quelques jours. Il donnait des ordres non seulement à ses généraux, mais aussi aux généraux ukrainiens qu’il sommait de renverser leur gouvernement avant de venir négocier avec lui leur vassalisation. 

Or l’Ukraine est toujours debout au cinquième jour des combats et a réussi à ralentir l’avancée des chars russes, parfois au moyen de cocktails-molotov, tandis que le nombre des soldats russes abattus se compte en milliers. Qu’en sera-t-il dans cinq semaines ou cinq mois si les négociations ouvertes ce matin ne débouchaient pas sur le retrait des forces russes ? 

Poutine était persuadé que la virée de son armée en Ukraine serait une promenade de santé. Il était sûr que les Occidentaux le laisseraient faire comme à l’accoutumée alors qu’il apparaît de plus en plus nettement qu’ils ne lui ont laissé le champ libre que pour mieux l’enfermer dans un piège. Les choses n’ayant pas pris le cours qu’il espérait, il redoute désormais un échec, une déroute et une humiliation qui signifierait sa fin. 

Se peut-il vraiment qu’il ait été manipulé par les Occidentaux qui juraient leurs grands dieux qu’ils ne se battraient pas pour l’Ukraine ? Il les croyait désunis, incapables de s’entendre sur une politique étrangère ou une défense commune, les voilà subitement unis comme les doigts d’une main, agissant à l’unisson et redoublant d’ingéniosité chaque jour davantage pour appauvrir et affaiblir la Russie en l’isolant du monde, des institutions multilatérales, des systèmes financiers, du commerce mondial, des liaisons aériennes, des compétitions sportives, des manifestations culturelles et artistiques…

Les échanges entre les nations sont à l’image des mouvements respiratoires, et les importations et les exportations l’équivalent de l’inspiration et de l’expiration sans lesquels on étouffe, puis meurt. 

Les pays de l’Union européenne se comportent avec l’Ukraine comme si elle était membre de l’UE et de l’OTAN. Ils lui ont généreusement accordé les avantages du Traité de Rome et des articles 4 et 5 du Traité de l’OTAN au grand dam de Poutine dont le but suprême était justement d’éviter cela. Ils se sont même mués en maquisards décidés, le cas échéant, à acheminer des armes aux résistants ukrainiens à dos d’âne. 

Eh oui ! Chaque nouvelle guerre initie à de nouvelles techniques de lutte, et les peuples s’ingénient chaque fois à inventer de nouveaux moyens de résistance. Et quand ils n’en trouvent pas, ils reviennent à ceux qu’utilisaient les hommes au temps des mammouths.

Devant la cascade de conséquences qu’il n’avait pas prévues, l’esprit du président Poutine a dû chavirer. Rongé par le doute, en proie à des soupçons insupportables et craignant de tout perdre dans cette affaire engagée avec énormément de brutalité et peu d’intelligence, le voilà acculé,  avisant le monde qu’il n’hésiterait pas à déclencher le feu nucléaire, saisissant d’effroi l’humanité et décuplant, du coup, sa haine envers lui. 

Bombardera-t-il dans les prochains jours ou semaines l’Ukraine avec des bombes atomiques miniatures pour montrer qu’il ne bluffe pas ? Ce n’est pas à exclure car il semble avoir perdu le sens des réalités. En fait, il l’avait perdu bien avant l’invasion, en amont de sa stratégie basée sur l’illusion qu’il occuperait l’Ukraine et l’écraserait sans coup férir sous les yeux apeurés des Occidentaux.

Il doit maintenant enrager dans son bureau, pester contre ses généraux à l’instar de Hitler lorsque la défaite commença à poindre, mais lui ce n’était pas au cinquième jour du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, mais cinq ans après. Et ce n’était pas contre un pays de la taille de l’Ukraine, mais contre les armées de quasiment le monde entier.

La Russie doit se préparer – si elle ne trouve pas le moyen de s’extirper très vite de la situation où l’a mise Poutine – à vivre dans un monde sans elle, un monde dont elle aura été exclue, mise à son ban bêtement, pour rien, par la faute de la courte vue de l’autocrate auquel elle a confié imprudemment son destin. 

La seule chose positive susceptible d’être mise au crédit de Poutine sera celle d’avoir réussi à faire oublier le Covid-19 ne serait-ce que pour un temps. 

Nour-Eddine Boukrouh

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3 Commentaires

  1. Votre comparaison de Poutine à d’Attila, dont la légende de conquérant destructeur, qui lui fut collée par ses ennemis, est aujourd’hui très largement controversée par les historiens, relève plus de la polémique que de l’examen sérieux de la situation.
    Toute cette histoire a commencé avec la réunification allemande, au lendemain de la chute du mur de Berlin. Pour calmer les craintes de l’Union soviétique, quant au maintien au sein de l’OTAN d’une Allemagne réunifiée, James Baker, Secrétaire d’Etat de George.HW.Bush, pris l’engagement verbal envers Gorbatchev, qui eu la naïveté de le croire sur parole, que l’OTAN « ne se déplacerait pas d’un centimètre vers l’est ». La suite on la connait : la démission de Gorbatchev, la prise de pouvoir par Boris Eltsine qui, après avoir pris d’assaut la Douma, à coup de canon, organise le démantèlement de l’Union Soviétique et proclame la Fédération de Russie. Le Pacte de Varsovie fut dissous, les démocraties populaires » de l’Europe de l’Est, les trois Etats soviétiques de la Baltique et de l’Asie centrale s’émancipent de la férule soviétique. A l’Ouest, c’est le triomphe du Monde Libre, contre les forces du Mal, tel Saint-Michel terrassant le Dragon ! Francis Fukuyama peut sonner la fin de l’Histoire et proclamer le règne du libéralisme jusqu’à la fin des temps, sous l’aile protectrice, et arrogante, de l’hyper puissance étatsunienne. L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), Alliance créée pendant la Guerre Froide pour affronter l’Union Soviétique, se voit privée d’ennemi, et, en vertu de la loi de Parkinson, se voit, en attendant de se fabriquer un autre ennemi, sommée de se trouver une nouvelle mission, au risque de disparaitre ! On décida donc, de lui assigner celle d’enrôler tous ces nouveaux Etats, pour leur enseigner l’art et la manière de passer du totalitarisme à la démocratie! Certains grands diplomates étatsuniens, parmi lesquels George Kennan, longtemps ambassadeur à Moscou, tentèrent, en vain, de s’opposer à cet élargissement de l’OTAN à l’Est, pointant déjà le risque de nourrir un conflit potentiel avec la Fédération de Russie. Forts de leur hyper puissance, les USA triomphants ont fini par imposer à la Fédération de Russie, qui n’en pouvait mais, l’expansion de l’OTAN à toutes les anciennes démocraties populaires de l’Europe de l’Est, ainsi qu’aux trois Etats baltes de l’URSS.
    Les graves évènements que nous vivons aujourd’hui, ne sont donc que l’aboutissement inéluctable de la politique à courte vue de Bill Clinton, qui venait de succéder à George.HW.Bush, et de certains de ses alliés européens qui, sortis vainqueurs de la guerre froide, ont cru devoir punir jusqu’à l’humiliation le peuple russe, en « refoulant l’Ours jusque dans sa tanière », pour le réduire à quia, par la dilapidation de son patrimoine industriel et minier hérités de l’Union Soviétique. L’on se souvient de cette terrible photo historique, prise à l’aéroport international d’Anchorage, où l’on voit un Bill Clinton pris d’un fou-rire, soutenant Boris Eltsine titubant et quasi ivre mort. L’on comprend aisément que cette image ait nourrit parmi les patriotes russes, à la foi tant de honte et une sourde et inexpugnable rancune.
    Ce sont ces sentiments là qui ont nourri la volonté de ses meilleurs enfants, celle de sortir la Russie de la marginalisation où les occidentaux se sont évertués à la contenir, d’abord en rétablissant son autonomie de décision, puis en modernisant et renforçant ses capacités de défense, avant de mettre un terme à l’expansionnisme rampant de l’OTAN, en lui posant dans son étranger proche, les limites à ne pas franchir : en Géorgie d’abord, en Ukraine ensuite. Tels sont les faits, incontestables. En chœur, les média occidentaux et, parfois même, certains responsables politiques, opposent, à qui veut l’entendre, que chaque Etat à le droit d’adhérer à l’OTAN, ce qui est inexact, puisque un des articles de sa Charte stipule expressément que cette adhésion ne peut se faire que sous condition de ne pas accroitre l’insécurité des autres Etats membres de l’Alliance, ce qui est, de toute évidence, le cas pour la Géorgie et l’Ukraine. Certains ajoutent que les autorités ukrainiennes ont fait inscrire leur projet d’adhésion dans leur Constitution, ce qui, en l’occurrence, est de leur part, une faute, puisque, ce faisant, ils se positionnent eux-mêmes comme un ennemis potentiel de la Russie.
    Ceci dit, en envahissant le territoire ukrainien, la Russie commet un acte d’agression, contraire à la Charte des Nations-Unies, de la même nature que les actes commis, il n’y a pas si longtemps, par les coalitions occidentales contre la Yougoslavie, l’Irak, la Libye et la Syrie, ainsi que l’agression permanente d’Israël contre le Peuple palestinien, au vu et au su de la prétendue communauté internationale, qui regarde ailleurs. Les cris d’orfraie et le strabisme partisan coutumiers des gouvernements et des media occidentaux n’y changeront riens : qui sème le vent récolte la tempête.
    La moralité de cette affaire, et il y en a une, c’est que : primo, dans le Monde tel qu’il est, gouverné par les rapports de forces, chaque Etat ne doit compter, en premier lieu, que sur ses propres forces, pour la défense des intérêts vitaux de son propre peuple, secundo, l’enjeu de l’action russe en cours est aussi celui l’émergence d’un Monde multipolaire, meilleur garant de la stabilité et de la sécurité internationales, en général, et de celles des Pays Non-alignés, en particulier.

  2. En effet , Boukrouh a simplifié au maximum l’équation pour charger Poutine qui a bon dos. Pris exclusivement sous l’angle ukrainien Poutine n’a effectivement aucune excuse, c’est lui l’agresseur , un point c’est tout.

    Mais nous faire croire qu’en hauts lieux ce qui se discute c’est le sort de l’Ukraine c’est nous prendre que pour des abrutis. J’ai comme l’impression que ses hautes réflexions sur ce conflit Boukrouh se les garde pour lui et ses intimes , car nous autres n’en méritons que les miettes.

    La vérité c’est que le problème n’est ni l’Ukraine ni Poutine . Mais carrément dans une autre dimension dont je suppose nous ne méritons pas que notre grand stratège s’abaisse à nous en parler.

    • Thananemirthik a Dda Hend.

      A les entendre ces gens là, improvisés experts de tout et responsable de rien, ils vont nous faire croire que la lune c’est du soleil qui brille que la nuit. C’est comme l’autre ex diplomate taper dans l’ombre attendant l’heure de la curée , qui nous demande de faire un combat contre les morts. et que même en combattant contre ces derniers notre combat est perdue d’avance.

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