29 septembre 2022
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M. Tayeb Louh : Violée à 4 ans et victime de la justice algérienne à 27 ans

LETTRE OUVERTE

M. Tayeb Louh : Violée à 4 ans et victime de la justice algérienne à 27 ans

Cher M. Tayeb Louh, Ministre de la Justice,

Je me tourne vers vous en ce jour, car je n’ai nul autre vers qui le faire. J’ai été dans ma vie doublement victime. La première fois à 4 ans, d’un pédophile. La seconde fois à 27 ans de l’injustice algérienne.

Ma tendre enfance a été entachée par les abus sexuels de mon propre cousin en Algérie.

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Mes parents, immigrés en France, ont réussi, au fil des années d’un dur labeur, à faire construire une maison au pays. Maison dans laquelle ils ont hébergé par charité, la sœur de ma mère Zohra Benzellat ainsi que ses enfants, Karim, Jilali, Foued et Mokhtaria, qui s’étaient retrouvés sans toit du jour au lendemain.

Tous les étés, de 1994 à 1998, on revenait en Algérie, à Aïn Témouchent précisément, pour les vacances. Toutes ces années où j’ai été violée par Fezazi Foued, encore et encore. Ces viols ont commencé alors que je n’avais que 4 ans jusqu’à mes 8 ans.

Je n’étais qu’une enfant naïve, je n’avais pas conscience de ce qu’il se passait, aucune notion de sexualité, j’ai seulement fini par comprendre ce qu’il m’était arrivé à l’âge de 16 ans.

Le poids de la culpabilité, même si je sais pertinemment que je ne suis coupable de rien, ainsi que la honte et la peur ont pris le dessus sur la dénonciation de ce crime.

J’ai pu déposer plainte à 24 ans en 2015, étant née en France et ayant toujours habité là-bas, j’y ai commencé la procédure, je n’étais pas retournée en Algérie pendant plus de 15 ans, vu ce que j’y avais vécu.

Et ce 22 novembre 2018, j’ai de nouveau vécu un des pires jours de ma vie : le procès en appel de mon viol… J’ai été face à un président d’audience des plus déplorables, dédaigneux, méprisant et qui n’a cessé d’abaisser l’étendue de mon traumatisme, et de me tourner en dérision. Je n’ai pas pu libérer ma parole, car celle-ci a été sans cesse coupée et bafouée par Monsieur le juge qui avait également accordé tous les droits aux avocats de la défense pour me détruire.

Depuis le début de la procédure, j’ai toujours été constante dans mes déclarations, j’ai pu décrire les faits aussi précisément que possible avec ma mémoire d’enfant, les lieux de mes agressions sexuelles et surtout celui que j’ai clairement accusé, Fezazi Foued, mon cousin.

Le juge qui était censé présider l’audience et mener tous les interrogatoires, s’évertuait à censurer ma parole, et a même déclaré que, je cite « je n’étais pas si traumatisée », puisque j’avais pu faire des études et voyager…

Alors que sous ces yeux, il y avait une expertise médicale menée par un psychiatre de Paris qui a décrit les troubles psychologiques résultant des viols et agressions sexuelles que j’ai subis. Ainsi qu’un certificat médical de ma psychothérapeute, docteure en psychothérapie spécialiste en traumatologie dans un institut à Paris.

Monsieur le juge n’est pourtant pas médecin et le 22 novembre dernier était la première fois qu’il me voyait, mais il a été plus capable que des spécialistes à établir un diagnostic médical …

Depuis le début de ce procès, le juge s’en est clairement pris à moi, et cela a été bien au-delà d’un simple devoir de justice, son impartialité s’est envolée devant l’ensemble de l’assistance, et ma nationalité française était loin de jouer en ma faveur.

Ce vénérable juge est allé jusqu’à me demander si j’étais, je cite « innocente dans mon enfance ? »

En insistant sur la signification de cette question je découvre que Monsieur le juge, me demandait purement et simplement si j’avais des rapports sexuels consentis à 4 ans ! Et le pire, c’est qu’il demandait cela, comme si c’était possible.

Je ne parle malheureusement que très peu l’arabe, et Monsieur le juge en a clairement profité pour poser des questions qui n’avaient aucune signification, un traducteur improvisé a été mis en place, mais il était loin d’être qualifié pour cette tâche. De plus je n’ai l’ai pas vu prêter serment devant le jury. Sans parler de l’humiliation ressentie lorsque Monsieur le juge s’est permis de demander si j’avais eu des rapports sexuels et des petits copains, tout ça d’un air moqueur. Mais en quoi cela concerne cette affaire ?

Mon avocate a été bâillonnée et n’a pu me représenter correctement, puisqu’à chaque prise de parole ou même tentative, le juge Président la rambarrait.

Lorsque j’ai précisé la nature des viols que j’ai subis, sous prétexte que c’était digital, le juge s’est permis de dire que ce n’était pas des viols, et m’a pris à parti avec les deux avocats de la défense. C’est comme si j’ai été une seconde fois violée. Pourtant l’expertise gynécologique faite à Paris décrit que les viols dont j’accuse Fezazi Foued, sont totalement plausibles.

Ce n’était pas un pédophile qui était jugé, mais la victime qui essaie d’obtenir justice. Une enfant du pays, mon grand-père est mort pour l’Algérie lors de la guerre pour l’indépendance. J’ai été piétinée, rabaissée, traitée comme une moins que rien.

La médecine française a été critiquée de manière virulente, alors que c’est en France que la plupart des nouveaux procédés médicaux sont mis au point.

Mon père présent pour me soutenir, et qui n’a jamais été convoqué pour ce procès a été inopinément appelé à la barre, pourtant il souffre d’Alzheimer depuis plus de 6 ans, et quand nous en avons fait la remarque, M. le juge s’est permis de remettre en doute la pathologie de mon père.

Monsieur le juge n’a eu de cesse de faire pencher la balance du jury vers l’acquittement et c’est ce qui a été décidé. Pourtant mon violeur n’a fait que mentir et se contredire durant toute la procédure, comme l’a révélé l’enquête.

À la fin du procès, j’ai appris par hasard que ce juge et l’avocat de la défense, se connaissaient très bien et qu’ils avaient travaillé ensemble dans un autre tribunal.

Aussi, je viens vers vous pour vous demander de prendre les mesures nécessaires pour annuler le jugement. Car j’estime que mon droit à un procès équitable et juste n’a pas été respecté.

B. K.

Contact : merri.karima@laposte.net

Auteur
« Benzellat Karima

 




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