21 février 2024
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Maraudeur en Kabylie, SS en Rhénanie (6)

Kabylie

À la fin de la guerre, c’est quasiment en héros qu’il est accueilli chez lui dans sa petite colline. Tout le monde avait eu vent de ses exploits. Il s’en vantait lui-même par la suite. Selon ses dires, il serait responsable de treize crimes de guerre.

Ajoutées aux divers pillages des nantis français, ses modiques soldes cumulées en Allemagne constituaient une véritable fortune chez lui, dans cette région où la misère battait son plein.  Comme, lors de son séjour en Rhénanie, il apprit quelques rudiments de maçonnerie et de boiserie, c’est de ses mains qu’il refit sa vieille bâtisse, se permettant le luxe d’y construire une pièce annexe qui servira de chambre aux enfants et une étable pour protéger ses animaux. Il tenait enfin sa revanche sur tous ceux qui honnissaient son statut de chapardeur.

Maraudeur en Kabylie, SS en Rhénanie (5)

Sa maison fait partie, désormais, des plus belles du village, et ses enfants n’étaient plus habillés en haillons mais avec des tenues propres et distinguées. Il se permet le luxe de leur acheter des chaussures, ce qui était rare en ces temps de disette, la majorité des enfants circulant pieds-nus sur des sentiers escarpés.

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Pendant quelques mois, Ouelhous était envié de tous. Mais sa réussite suspecte ne tarde pas à s’ébruiter jusqu’aux villages voisins. La jalousie finit par le rattraper. Une dénonciation arrive aux bureaux de la police française de Larbaâ Nath Irathen. Une patrouille est rapidement diligentée pour enquêter sur place. Mais notre ex-officier SS était aguerri aux traques. Lui le traqueur invétéré ne pouvait se laisser surprendre comme un lièvre dans un terrier. Avant même que la soldatesque française ne franchisse le seuil de Tighilt, il déguerpit à toute vitesse et l’enquête ne mena à rien.

La famille de notre officier ayant renié le fait que le chef de famille ait rejoint son foyer depuis des années. Pour la maison neuve, c’est grâce à l’argent envoyé de France qu’ils l’avaient faite reconstruire, se défendaient-ils. La troupe s’en revint bredouille et on classa vite l’affaire sans suite. Au bout de quelques jours, Ouelhous rejoint, de nuit, son domicile, mais il évite de sortir pour ne pas se faire remarquer et courir le risque d’être dénoncé encore une fois.

Les années passent et Ouelhous vit des jours paisibles et heureux avec sa petite famille. Les enfants grandissent, mais l’argent commence à manquer. Son butin de guerre s’épuise. Il n’a d’autre choix que de reprendre ses activités anciennes. Cependant, sous le poids des ans, il n’a plus cette sveltesse et cette rapidité d’action d’antan. Il revient souvent bredouille de ses virées nocturnes. Mais il a tort de s’en faire, car, on le lui avait caché, pendant son absence, son fils aîné avait pris la relève. Et pendant toutes ces années, il ne s’était jamais fait prendre. Son gène de chapardeur avait évolué pour se perfectionner.

Les années défilent encore. Vient l’année 1954 qui marque le soulèvement des « indigènes » contre l’occupant français. Ces « indigènes » soumis deviennent soudain des ennemis dangereux qu’il fallait combattre, battre et abattre, quoi qu’il en coûte en pertes humaines. La France n’allait tout de même pas abandonner ses colonies. Surtout pas l’Algérie.

La police met à jour ses listes de la Gestapo sur lesquelles apparaissent les noms d’Algériens. Ouelhous en faisait partie. On dépêcha une patrouille pour l’arrêter et le juger pour crimes de guerre, d’autant que le nombre treize constituait une raison treize fois suffisante pour une condamnation à mort. Mais, encore une fois, la patrouille revient bredouille. On ne traque pas facilement un ex officier de la Gestapo… (à suivre)

Kacem Madani

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