26 septembre 2022
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Maroc : une blogueuse condamnée pour offense au Coran

 

Blogueuse en prison

La blogueuse Fatema Karim, 39 ans, est accusée de s’être moquée des versets du Coran sur sa page Facebook. Des dizaines de détenus d’opinion du Rif croupissent encore dans les prisons.

Décidément il ne fait pas bon de commenter, critiquer, ou remettre en cause les versets du Coran dans les pays musulmans. L’islam, on ne le remet pas en cause, on l’applique sans commentaires. Une blogueuse marocaine a été condamnée lundi à deux ans de prison ferme pour «atteinte à la religion musulmane» après avoir posté des publications sur Facebook jugées offensantes envers l’islam, a annoncé mardi 16 août son frère à l’AFP.

Fatema Karim, 39 ans, avait été interrogée par la police le 15 juillet et était en détention depuis, a précisé Bouazza Karim. Elle a été jugée pour avoir commenté sur un ton satirique, en langue arabe sur sa page Facebook, des versets du Coran et des hadiths du prophète Mahomet, considérés comme sacrés dans la tradition musulmane.

La blogueuse, qui a l’intention d’interjeter appel, a excipé de son droit à la liberté d’expression, garanti par la Constitution marocaine, devant le juge, a ajouté son frère. Elle a également présenté publiquement des excuses à «quiconque s’est senti offensé» par ses publications, assurant n’avoir jamais eu l’intention de porter atteinte à l’islam, religion d’État au Maroc.

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La peine de prison ferme a été prononcée lundi par le tribunal de première instance d’Oued Zem, à 150 km de Casablanca. «Ce verdict est très sévère. Il nous renvoie des années en arrière», a regretté Bouazza Karim. Les poursuites ont été déclenchées par le parquet. L’article 267-5 du Code pénal marocain, aux termes duquel Fatima Karim a été condamnée, punit de six mois à deux ans de prison ferme «quiconque porte atteinte à la religion musulmane».

La peine est susceptible d’être portée à cinq ans d’emprisonnement si l’infraction est commise en public – «y compris par voie électronique». Le même article 267 punit sévèrement toute «atteinte au régime monarchique» et toute «incitation à porter atteinte à l’intégrité territoriale» du royaume.

Les défenseurs des droits humains dénoncent ce texte de loi qui entrave la liberté d’expression et dont la formulation «ne spécifie pas concrètement les faits qui pourraient constituer une atteinte». En juin 2021, une Italo-marocaine avait été condamnée à trois ans et demi de prison ferme par la justice marocaine pour «atteinte à la religion musulmane» après avoir publié sur Facebook des phrases satiriques imitant des versets du Coran. La jeune femme avait été libérée peu après, sa peine ayant été réduite en appel à deux mois de prison avec sursis, à la suite d’une campagne de protestation de défenseurs des droits humains.

Le Maroc est souvent cité pour les violations des droits de l’homme et des libertés. Les leaders du Hirak du Rif amazigh ont été condamnés à de très lourdes peines de prison pour avoir porté haut les revendications de ce mouvement populaire qui a secoué le royaume en octobre 2016.

Nabil Ahamjik a été condamné à 20 ans de prison l’année dernière notamment pour «complot visant à porter atteinte à la sécurité de l’État » – une peine confirmée en appel. Nasser Zefzafi, autre leader charismatique de ce mouvement a été lui aussi condamné à 20 ans de prison.

Le mouvement a été déclenché il y a tout juste trois ans, le 28 octobre 2016, par la mort atroce de Mohcine Fikri, un vendeur de poissons broyé dans une benne à ordures en tentant de récupérer sa marchandise saisie par les autorités. Les arrestations s’étaient multipliées après l’interruption du prêche d’un imam par Nasser Zefzafi fin mai 2017. Des condamnations ont été prononcées par centaines. Une partie a toutefois bénéficié de grâces royales en 2018 et 2019. Ce que refusent notamment les deux leaders cités ci-dessus.

Sofiane Ayache avec agences

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