19 mai 2024
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AccueilChronique« Monzami » : Hocine et Christiane (24)

« Monzami » : Hocine et Christiane (24)

Un jour de grande beuverie, au bar du Soleil, quelques bières font rapidement place à l’euphorie quand son regard croise celui d’une jeune femme esseulée. Mû par un instinct bizarre, il se rapproche d’elle.

Il lui offre un verre et lui fait la discussion…il faut dire que l’un des points positifs de son séjour en France est la langue de Molière qu’il a réussi à maîtriser plus vite que tous les autres Kabyles. Depuis quelques mois, c’est même lui qui s’occupe de la lecture et de la rédaction du courrier de la plupart des locataires de sa brasserie.

Le courant passe très vite entre cette jolie brunette et notre charmeur d’un soir. Elle s’appelle Christiane. Elle lui apprend que son teint provient de son père, un Algérien de Souk-Ahras, et que sa mère, Alsacienne, lui avait communiqué cet accent allemand que Hocine trouve marrant et tout mignon.

Malgré la différence d’âge (Christiane avait à peine 19 ans, alors qu’il a déjà dépassé la quarantaine) il devenait de plus en plus clair que quelque chose de subtil allait se construire entre eux.

Au bout de quelques verres, tous deux sont bien imbibés. À la surprise générale, Hocine sort du bar avec, aux bras, la jolie brunette que personne d’autre n’avait eu le cran d’aborder quand elle était attablée seule dans un coin du bar.

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Décidément tout sourit à ce débarqué, quasiment en haillons, quelques années auparavant. Il finit par être jalousé par de nombreux villageois, pendant que d’autres lui jettent la pierre et le condamnent sans appel.

En quelques jours, Christiane transforme notre « monzami » en véritable gentleman. Il ne s’habille désormais qu’en costume trois-pièces et cravate, quand il ne travaille pas. Elle en est tellement amoureuse qu’elle consent à le loger chez elle dans son petit deux-pièces de la rue Saint Nicolas. Oublié le village. Oubliés les enfants. Oubliée Dehbia. Oubliée sa vie misérable dans cette colline sans horizons. Il a enfin réussi sa vie.

En quelques jours, Hocine a fait le vide dans sa tête. Plus rien, ni personne, n’existe que Christiane. L’amour l’atteint de plein fouet. Il en est aveuglé. Avec ses yeux clairs et sa peau blanche, il se confond désormais avec ses « ancêtres les gaulois ».

On lui a même trouvé un pseudonyme local qui le fait davantage fondre dans la masse : Philippe. Certains l’appellent carrément Monsieur Philippe. Il est tout fier. Il ne s’en cache pas. Sa réussite ne fait désormais aucun doute.

Christiane ne tarde pas à tomber enceinte et donne naissance à un premier enfant que l’on prénomme Yves.  Hors de question de donner un nom à consonance maghrébine. Yves devait être élevé selon les normes françaises. Quand il ira à l’école, il ne sera pas moqué par ses camarades, se disent nos tourtereaux.

Les années continuent leur galop effréné. Hocine et Christiane ont désormais deux enfants, Yves et Marcel, mais la mésentente commence à s’installer. Christiane devient de plus en plus exigeante et possessive, et Hocine de plus en plus las et distant. La séparation est inévitable.

Pour tout fuir, Hocine s’en va tenter sa chance à Paris. Par chance, un cousin germain est propriétaire d’un restaurant à Saint Michel. Il part bientôt en retraite. Il consent à le céder à Hocine qui en devient gérant. Et c’est parti pour une autre vie, loin de Christiane, loin des problèmes de la Lorraine… (à suivre)

Kacem Madani

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