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4 mars 2024
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AccueilChronique« Monzami » : les années bonheur (3)

« Monzami » : les années bonheur (3)

Vache
Image par Wolfgang Claussen de Pixabay

– Marcher sur la lune ? Tu perds la tête 3ammou (oncle paternel). Comment veux-tu poser le pied sur un astre qui brûle ? On le voit bien, la lune est un brasier. Les Américains se moquent du monde et le monde leur accorde du crédit. Dieu nous préserve de ces élucubrations.

Ahmed éclate de rire à nouveau et préfère ne pas en rajouter davantage. Il sait sa nièce têtue. Face à sa naïveté, il se sait impuissant. Il met fin à la discussion. Décidément, ce n’est pas facile de guérir ses proches de ces niaiseries coriaces. Dehbia en profite pour se rendre dans la pièce centrale pour aller chercher un plateau sur lequel elle dispose deux tasses de café, quelques morceaux de sfenj (beignets frits) et d’aɣrum aquran (galette).

« Monzami » : les années bonheur (2)

Le sujet de la vache est abandonné. On aborde celui des hommes qui font fortune en France et de ceux qui ont décidé de tenter l’aventure outre méditerranée.

– Tu sais Hocine, même si par miracle elle survit, ce n’est pas ta vache qui te sortira d’affaire mais du travail permanent

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– Je n’en trouve pas tonton. Et puis, que sais-je faire d’autre, à part travailler la terre et élever quelques bêtes ? Je ne sais ni cuisiner, ni coudre, ni faire de la menuiserie ou de la maçonnerie… Quant à être garçon de café, c‘est un métier dont j’abhorre la gymnastique. Je n’ai plus 20 ans.

« Monzami » : les années bonheur !

– Tout s’apprend. Ceux qui sont partis sont comme toi, et ceux qui sont revenus disent qu’en France, les usines recrutent à plein régime. Ils te forment sur place. Pas besoin d’être expert en quoi que ce soit. Il suffit d’avoir dix doigts. En attendant de trouver un travail stable, tu peux toujours te contenter de vendre des tapis et devenir un bon « monzami ». C’est ainsi que les Français de Nancy surnomment les marchands de tapis de chez nous pour se moquer d’eux. Il n’y a pas de quoi s’en inquiéter, cela reste souvent bon-enfant. Les Français aiment bien s’amuser et nous taquiner. Ici, chez nous, pendant 132 ans, nous étions des « indigènes », néanmoins d’ancêtres gaulois, et, là-bas, chez eux, nous sommes des « monzami ». Va donc comprendre telle rhétorique. Sur nos terres, nous étions de trop. Sur les leurs, nous sommes des pique-assiettes venus grignoter leur pain et troubler leurs fêtes.

– Mais je ne vais tout de même pas laisser ta nièce seule avec les enfants et les vieux ? Mon père est malade, tu le sais bien, et ma mère ploie sous le poids des ans.

– En tous cas, pour les courses, tu peux me faire confiance, si jamais tu décides de partir. Tes enfants ne manqueront de rien.

– Je sais bien, et je t’en remercie xali. La vache va mettre bas bientôt. Nous aurons un veau de plus à élever, et par la volonté d’Allah et de son envoyé, nous serons plus à l’aise. Plus question de France, de Tizi-Ouzou ou d’Alger. C’est ici que je suis né, c’est ici que je veux faire ma vie. Je ne me vois pas m’éloigner de ma petite famille. Surtout pas maintenant. Je veux voir grandir mes enfants. Le petit Omar ne me connaît pas encore. Il risquerait de m’oublier très vite… (à suivre)

Kacem Madani

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