20 mai 2024
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AccueilChronique« Monzami » : les premiers pas dans l’exil ! (10)

« Monzami » : les premiers pas dans l’exil ! (10)

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Image par Ilo de Pixabay

– Ça fait longtemps que tu n’es pas rentré ?

– Oui, presque trois ans.

– Ça prend donc autant de temps pour faire fortune et repartir d’ici ?

– Ça dépend. Si tu gagnes au tiercé, tu peux devenir riche très vite, le taquine-t-il.

– Le tiercé ? c’est quoi ça ?

– Tu verras dimanche. Tout le monde joue et rêve d’empocher le pactole lundi matin et s’envoler pour le bled mardi soir, dit Chabane en ricanant. En tous cas, voilà le lot de tapis que t’a préparé Dda Uḥrich. Ils sont tous pareils. Tu peux les vendre au prix que tu veux, mais pas moins de 20 Francs, c’est ce que tu dois remettre à Uḥrich quand tu auras tout écoulé. Lui ne gagne quasiment rien sur la marchandise. Il les achète et les revend, pour ainsi dire, au prix de gros.

« Monzami » : le choc culturel ! (9)

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– Et tu penses que je peux les revendre combien ?

– Il y en a qui les vendent vingt-cinq ou trente francs. Parfois ils trouvent des pigeons qui les achètent à cinquante.

– Mais je ne parle pas très bien français. Je le comprends à peine.

– Tu n’as pas besoin de le parler. Tu marches et tu vends à la criée : « Marchand de d’tapis… » Et quand quelqu’un te demandera, c’est combien « monzami » ? Tu réponds 25, 30 ou 50 francs. C’est à toi de flairer le bon filon. Tu peux aussi faire du porte-à-porte, mais fais attention aux chiens et… aux vieilles filles esseulées, ajoute Chabane, sourire aux lèvres.

Hocine ne comprend pas tout ce que lui dit Chabane mais il est décidé à faire son beurre, et vite.

Le voilà sorti. Dehors, il fait un froid de canard. Le sol est gelé. C’est une véritable patinoire. Il glisse à de nombreuses reprises. Il lui faut apprendre à rester en équilibre sur ces trottoirs de tous les dangers.

Décidément, rien dans ce pays ne lui rappelle le bled. Pas étonnant que les Français se soient rués sur le soleil et les plaines de son pays pour l’occuper et en profiter pendant les 132 ans de colonisation, alors que les enfants du terroir n’avaient pas d’autre choix que de prendre le chemin de l’exil pour ne pas mourir de faim. Ce phénomène ne faisant que s’amplifier avec les nouveaux colons qui ont confisqué le pays depuis 1962… (à suivre)

Kacem Madani

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