3 décembre 2022
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Nation algérienne : une analyse du Parti de l’avant-garde socialiste

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Nation algérienne : une analyse du Parti de l’avant-garde socialiste

« La colonisation française a bouleversé et détruit les structures de la vieille société algérienne. Elle a semé la terreur, la famine et la misère. Elle a provoqué révoltes et insurrections et les a réprimées dans le sang (*).

Le colonialisme français a agi, conformément à sa propre nature. Sa nature capitaliste lui posait l’exigence historique d’attaquer et de bouleverser en profondeur les structures socio-économiques algériennes, de briser les cloisons tribales et régionales, de détruire ou de se subordonner les pouvoirs locaux, d’intégrer plus activement l’Algérie dans le mouvement de l’histoire universelle mais sous la tutelle impitoyable de l’impérialisme. Cette tâche historique, le colonialisme français l’a accomplie avec une sauvagerie et un cynisme inouïs, avec les méthodes les plus barbares où se sont mêlés en un tout les expropriations de terres et de biens brutales ou camouflées par d’immenses escroqueries légales et illégales, le vandalisme, le génocide et l’esprit des croisades.

Mais la dialectique même de la colonisation impliquait qu’elle travaillât à faire surgir les conditions de sa propre négation. Même sous sa forme étroitement coloniale et où se mêlent les formes d’exploitation féodale et capitaliste, et bien que cela fût fait dans l’intérêt égoïste et exclusif de la France et de sa colonie de peuplement, le capitalisme français était obligé de créer une certaine base matérielle et technique pour exploiter l’Algérie.

En ce sens, et en ce sens seulement, il était obligé d’introduire un certain progrès : ports, chemins de fer et routes, mécanisation, électrification, grands travaux d’assèchement des marécages et procédés plus avancés d’exploitation agricole, grossissement et création de centres urbains, etc..

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D’un autre côté, avec les insurrections et révoltes menées par notre peuple depuis 1830, et tout particulièrement depuis les insurrections de 1945 puis de 1954, le colonisateur français a été amené, par la logique même de la répression et de la domination, à pénétrer plus profondément notre pays guidé exclusivement par des objectifs militaires, répressifs et visant à un encadrement administratif de type policier.

Les deux guerres mondiales, les déportations, les prisons, les camps de regroupements des populations rurales, l’insécurité permanente dans les campagnes et les incessants mouvements de population des campagnes vers les villes et villages, et d’une région à l’autre, l’émigration ouvrière algérienne vers la France, tout ce bouleversement socio-économique et cet immense brassage de populations ont rapproché de façon incroyablement rapide les différentes régions d’Algérie. Ils ont brisé plus sûrement la conscience tribale et clanique que les prêches les plus révolutionnaires. Ils ont ouvert la voie à l’affirmation rapide d’une conscience nationale moderne qui avait déjà projeté son ombre dans les associations et partis politiques algériens nés à partir des années 1920.

En rapport avec la réalité déjà existante d’une aire de civilisation, de traditions et de culture forgée par la fusion originale, algérienne en un mot, de l’amazighité, de l’arabité et de l’islamité et sur la base de la destruction des structures socio-économiques arriérées et des tendances profondes à la formation progressive d’un seul territoire d’échanges socio-économiques, la conscience nationale algérienne s’est affirmée comme conscience moderne en s’alimentant aux propres contradictions, à la propre dialectique de la colonisation française et au développement complexe de la réalité mondiale.

Intégrant ce qu’il y a d’essentiel dans les traditions insurrectionnelles et les résistances multiformes développées par notre peuple, le mouvement de libération nationale moderne est la négation du colonialisme, de cette branche devenue pourrissante du capitalisme. Il n’est pas toutefois la continuation directe et mécanique des révoltes à dimension tribale et régionale. Il est, au contraire, issu d’un mouvement de négation des causes profondes qui ont ouvert la voie à la conquête de l’Algérie.

La colonisation française a tourné son œuvre de modernisation essentiellement vers les intérêts les plus étroits et les plus mesquins de la Métropole et de sa colonie de peuplement. Elle a tendu systématiquement et par tous les moyens à écarter le peuple algérien du mouvement de la civilisation mondiale et à l’enfermer dans un ghetto d’exploitation, de misère et d’ignorance à l’intérieur de son propre pays.

Partout où le peuple algérien a tendu à exprimer son identité, et à affirmer l’existence de sa patrie, de sa religion et de son passé millénaire, la colonisation s’est efforcée de le priver des éléments constitutifs de sa personnalité nationale. Elle a mis au secret son histoire et l’a remplacée par l’histoire de la France. Elle a brimé et refoulé l’apprentissage et l’usage de la langue arabe. Elle a multiplié les provocations et les restrictions draconiennes et vicieuses contre le libre exercice de l’Islam. La colonisation a tout fait pour empêcher notre peuple de se forger les éléments d’unité et de conscience adéquats aux exigences des temps modernes, pour nier à l’Algérie le droit d’accéder à la modernité et de s’intégrer avec toute son originalité propre au mouvement de la civilisation mondiale.

La lutte anticolonialiste menée par le Mouvement de Libération Nationale est une lutte conséquente pour débloquer le développement du pays dans les domaines politique, économique, social, culturel, idéologique.

Toutes les associations, tous les partis politiques nationaux qui, dès les années 1920, ont stimulé les luttes populaires autour d’objectifs même partiels et limités de cette démocratisation multiforme ont contribué à forger la résistance, l’unité et la conscience patriotiques de notre peuple. Sous des angles qui marquent diversement la spécificité de leur apport (revendications économiques, sociales, culturelles, politiques) tous ces partis et mouvements ont contribué à faire mûrir les conditions de l’insurrection armée du 1er novembre 1954.

Mais le mérite historique de la généralisation de toutes ces luttes partielles accumulées depuis les années 1920 et cristallisées une première fois dans l’insurrection du 8 Mai 1945 revient incontestablement au FLN. Le FLN a su découvrir dans la lutte armée populaire le moyen essentiel de passer à une phase qualitativement supérieure des larges luttes patriotiques menées jusque-là.

On ne peut juger de l’activité menée depuis les années 20 par les associations et partis politiques algériens sur la base de la seule référence au 1er Novembre 1954 et à la forme de la lutte armée. On ne peut qualifier leurs luttes, dans un sens péjoratif et sectaire, de luttes réformistes. Toutes ces luttes poussaient, à des degrés et sous des formes diverses au développement des contradictions contenues dans le processus colonialiste.

Qu’elles aient été davantage portées vers le social, vers le culturel, vers l’institutionnel ou vers la politique générale, toutes ces luttes ont exprimé la riche diversité des aspirations du peuple algérien. Toutes ensemble, ces luttes ont contribué, de façon plus ou moins conséquente, à créer les conditions générales pour passer à la phase décisive de la lutte armée. Mais il revient incontestablement au PPA-MTLD, avec notamment l’Organisation spéciale (OS) d’avoir frayé le premier et avec le plus de ténacité, le chemin à cette rupture en réalisant par la lutte année le lien vivant entre ces luttes réformistes historiquement nécessaires et la perspective révolutionnaire de l’indépendance politique.

La composition du premier gouvernement provisoire algérien (GPRA) ou encore les maquis du PCA puis les accords PCA-FLN de 1956 témoignent d’ailleurs de la réalité de ce processus historique où la lutte armée supposait la négation dialectique, et non pas mécanique, des luttes pour les réformes menées depuis les années 20.

La lutte armée supposait donc l’intégration positive de ces luttes partielles dans une forme nécessairement nouvelle et supérieure. C’est pourquoi d’ailleurs les dispositions générales des accords PCA – FLN ont pu d’ailleurs refléter avec une étonnante perspicacité historique aussi bien les exigences de la centralisation au plan militaire que celles de la préservation des possibilités les plus larges et les plus diversifiées d’action en direction des masses et de l’opinion publique internationale dans l’intérêt d’une cause nationale unique.

Le FLN n’a été ni une simple continuité des partis politiques algériens traditionnels ni leur opposé absolu.

Le FLN a été tout à la fois en continuité et en rupture avec ces partis politiques. Il a intégré ce qu’il y a d’essentiellement positif dans les formes anciennes et acquis des luttes populaires et des partis tout en ouvrant la voie à une forme supérieure de lutte qui reflétait de façon plus adéquate les besoins réels de la conscience sociale et révolutionnaire du peuple Algérien.

Cependant, de la même façon que les partis politiques d’avant 1954 n’ont pas su découvrir dans la lutte armée la nouvelle forme, qualitativement supérieure, de réalisation des intérêts fondamentaux du peuple algérien et qu’ils ont tendu à absolutiser les formes pacifiques de la lutte politique, le FLN a tendu, quant à lui, à absolutiser les éléments de centralisme rigoureux qui caractérisent toute forme de lutte armée. C’est pourquoi même après l’indépendance le FLN a systématiquement restreint et comprimé dans des formes anciennes toute la riche essence démocratique et historique qui lui a donné naissance.

Cette essence populaire et démocratique du 1er Novembre 1954 s’est exprimée dans toute sa plénitude même en pleine guerre de libération comme en témoignent les manifestations populaires de décembre 1960.

Au lendemain de l’indépendance, le parti unique érigé en principe n’a pas exprimé toute cette riche essence du 1er Novembre 1954. C’est ainsi que le FLN a absolutisé de façon unilatérale le côté par lequel il exprimait sa rupture avec les formes d’organisation et de lutte politique traditionnelles : le parti unique a été érigé en principe et opposé au pluralisme démocratique. A l’intérieur même du FLN et vis à vis des Organisations de Masses (OM), le centralisme a été opposé à la démocratie, l’autoritarisme et le directivisme administratif à la mobilisation consciente. Les manifestations d’hégémonisme dont il a été dès lors porteur ont exprimé une réalité de plus en plus vieillie et dépassée.

En dépit du processus de démocratisation en profondeur des années 1970 (nationalisation des hydrocarbures, réforme agraire, progrès des libertés démocratiques et syndicales et libres débats populaires sur la Charte Nationale de 1976) le FLN s’est finalement trouvé complètement à contre-courant des nouvelles exigences historiques de la société algérienne du fait du changement de cap des années 80 et avec la remise en cause de cette démocratisation sur tous les plans (économique, sociale et politique avec notamment l’article 120 des statuts du FLN). (…)”

(*) Résolution politico-idéologique du premier congrès du Parti de l’avant-garde socialiste en décembre 1990.

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