26 novembre 2022
spot_img
AccueilA la uneNON ! La criminalisation des membres de la CNUAC n'est pas une solution

NON ! La criminalisation des membres de la CNUAC n’est pas une solution

Quelle ironie du sort pour la Coordination nationale des universitaires algériens pour le changement (CNUAC) de se voir accusée, aujourd’hui, de mounadhama takhribiya et d’atteinte à l’unité nationale ! La CNUAC, née pour sauver l’Université Algérienne, qui rappelons-le a fait la démonstration de son patriotisme durant la révolution du 22 février 2019, se voit aujourd’hui accusée d’organisation subversive sur la base d’accusations forgées de toutes pièces!

Œuvrer pour une Algérie libre, démocratique, moderne et prospère est qualifié de sabotage et d’autres accusations qui n’ont de sens que pour ceux qui les profèrent. Pratiquant l’amalgame, les procès d’intention et la chasse « aux sorcières », les tenants actuels du pouvoir font régner sur le débat public une véritable omerta.

C’est quoi la CNUAC ?

La CNUAC est une Coordination nationale des universitaires algériens pour le changement. Composée exclusivement d’Universitaires Algériens, elle constitue une tribune pour l’expression de cette Communauté Universitaire et Scientifique.

La CNUAC n’est ni une Association, ni un Syndicat ni un parti politique. C’est une tribune d’échanges et d’émancipation de la « question » universitaire en conformité avec les standards de l’UNESCO, dont notre pays est un membre actif depuis le 15 octobre 1962.

- Advertisement -

La CNUAC assume son droit, sa mission et son devoir d’être une partie prenante dans les changements susceptibles de contribuer grandement à rendre possible un avenir meilleur pour l’Algérie. La pensée et la conscience critiques sont ses valeurs sûres. Les membres de la CNUAC, refusent tout assujettissement de leurs pensées, fondent leurs actions sur les libertés démocratiques et notamment les libertés académiques, en accord avec les recommandations de l’UNESCO.

Il est donc opportun aujourd’hui, d’expliquer les principes directeurs, et d’expliciter les objectifs pour lesquels la CNUAC s’est engagée.

La CNUAC est respectueuse des lois de la République et défend pleinement les intérêts de l’Université algérienne, l’Etat de droit et les droits humains. Elle est l’expression d’une communauté universitaire et scientifique au service de l’Université et de la Société. La CNUAC assume pleinement son droit, sa mission et son devoir d’être partie prenante dans les changements majeurs qui rendront possible un avenir meilleur pour notre pays.

Créer une coordination nationale d’universitaires …c’est assumer ses responsabilités d’universitaire collectif et accomplir son devoir académique et scientifique.

Parce que l’Université vit une crise multidimensionnelle depuis quatre décennies, un constat, que les spécialistes n’ont de cesse de clamer : qu’en est-il de la performance de ses enseignements, de sa recherche et de ses équipements ? Qu’en est t-il des libertés académiques et des franchises universitaires ? Qu’en est-il du quotidien des étudiants et de la communauté universitaire en général ? Quel est l’apport de l’Université dans la recherche scientifique, dans le développement technologique dans les secteurs clés de l’économie nationale ? Qu’en est-il du problème de la langue d’enseignement, du multilinguisme ?

Qu’en est-il du budget alloué à l’enseignement supérieur et à la recherche ? Hélas, nous constatons aujourd’hui que l’Université algérienne est absente des classements mondiaux, et au niveau africain. Elle occupe, malheureusement, les dernières places. La CNUAC refuse le déclassement et le naufrage de notre Université.

Aujourd’hui, nous constatons que  l’Université ne remplit pas sa mission dans la société, elle pâtit de son marasme et de sa léthargie. Elle est inaudible même dans l’espace universitaire, personne n’entend, aussi, sa voix dans les débats importants qui traversent la société. La communauté universitaire et scientifique n’est même pas consultée dans les grandes décisions qui engagent l’avenir de son l’Université. L’Université est aujourd’hui impuissante à s’imposer comme autorité d’expertise, de critique et, encore moins, de contestation.

Les universitaires professent dans le silence et la peur. Ils craignent les représailles, s’ils venaient à s’impliquer activement dans la gestion des questions pédagogiques ou tout simplement à revendiquer leurs droits légitimes. L’universitaire n’est pas un ermite à l’université ; il n’existe que par la qualité du lien qui l’intègre au sein de sa communauté. Une communauté empêchée aujourd’hui d’exister, voit son évolution obturée, son autonomie muselée et son efficacité affaiblie.

L’Universitaire est en passe de perdre sa légitimité scientifique et académique. La domestication, les passe-droits, le clientélisme ont eu raison du savoir, de la compétence, de l’analyse, des pronostics et des diagnostics

Ces procédés qui ont fait de l’Université un lieu de régression, transformant les enseignants et les étudiants en des sujets passifs subissant l’omnipotence de l’administration. La situation de l’Université algérienne est sinistrée et elle a entrainé dans son sillage tous les secteurs des services publics et privés ainsi que les Institutions de l’Etat. C’est pour toutes ces raisons que les enseignants et les chercheurs, qui refusent de se résigner à subir l’autoritarisme, le bricolage et la médiocrité, se sont regroupés en Coordination nationale des universitaire algériens pour le changement (CNUAC).

Quelque essentielle que soit l’œuvre scientifique des universités, elles ne doivent pas perdre de vue qu’elles sont, aussi et avant tout, des établissements d’éducation, cultivant le savoir scientifique mais aussi moral grâce à un esprit critique aiguisé qui fait de l’intellectuel le défenseur intraitable de la patrie  mais aussi le lanceur d’alertes face aux dérives des hommes même bien intentionnés quelquefois. C’est la mission et l’objectif de la CNUAC, son crédo même, celui qui lui permettra d’honorer et de rester fidèles à ses ainés qui ont rejoins le FLN en 1956. Les universités ont l’obligation morale d’assumer ce rôle et ne peuvent donc rester étrangère à aucun des mouvements de l’esprit public, en s’intéressant à toutes expressions de la société civile. Toute autre attitude serait une désolante dérobade que l’histoire condamnera.

Sara Ladoul
Sara Ladoul, universitaire, sous la menace de poursuites judiciaires.

C’est donc libre dans son évolution, autonome dans son fonctionnement que la communauté universitaire atteindra l’efficacité qui doit être la sienne. Sinon elle n’est utile ni pour elle-même ni pour la société qui, raisonnablement, attend d’elle la formation d’une élite intellectuelle capable de produire du sens et des connaissances.

Les membres de la CNUAC se projettent d’une manière résolue, dans une lutte inscrite dans la durée et considèrent que cette dévalorisation programmée de l’Université n’est pas une fatalité. La rupture avec l’actuelle gestion de l’Université qui empêche toute pensée critique et culture démocratique, est impérative. Le mouvement du 22 février a redonné de l’espoir aux acteurs universitaires qui se projettent aujourd’hui dans une Université où la liberté d’opinion, les libertés académiques et les franchises universitaires seront garanties.

La CNUAC ambitionne de poser les premiers jalons d’une culture scientifique audacieuse, ouverte sur le monde et capable de relever les défis mondiaux du 21ème siècle. Une université humaniste, investie dans le rayonnement des arts et la science et engagée à former une jeune relève, productrice d’espoir et de motivation, en phase avec les élites universitaires internationales, embrassant avec conviction les grands enjeux de la société algérienne. Cette jeune relève aidera à mettre fin au désespoir et à la harga qui sévissent actuellement chez notre jeunesse.

F Briki, universitaire
F. Briki, universitaire, harcelée par la justice.

L’Université doit constituer une force de veille et de propositions en s’impliquant et en donnant du sens et de la profondeur aux différentes expressions populaires, mais elle se doit également d’alerter les citoyens dans les situations de dérapages et de dangers.

Pour le changement à l’Université

Le changement pacifique est attendu, qui à la faveur du champ des possibles ouvert par le Hirak, a permis de revendiquer les libertés démocratiques auxquelles nous avons droit à commencer par l’élection des doyens et des présidents des universités. Mais aussi d’exiger le respect des libertés académiques, sans lesquelles aucune production scientifique, aucun progrès n’est possible.

La «sécurité intellectuelle» se doit d’être consolidée par le savoir, la connaissance, la culture, les libertés démocratiques et non pas par l’interdiction, la répression et la terreur ; à l’instar de la sécurité « territoriale » qui se doit d’être consolidée par une politique scientifique culturelle et économique bannissant toute discrimination toute ségrégation culturelle, sociale et économique. L’obscurantisme et la violence font le lit de l’ignorance et de l’injustice.

La répression n’est pas une solution

Des cadres de différents secteurs, des intellectuels et des universitaires qui représentent la fierté de ce pays n’ont pas échappé aux bastonnades, aux arrestations musclées et aux emprisonnements pour délit d’opinion. Pis encore, la solidarité nationale est assimilée à un grave délit; une atteinte à l’unité nationale. C’est ce dont ont pâti les universitaires membres de cette coordination pour avoir initié et participé activement, durant la pandémie, à la fabrication du gel hydro alcoolique, des bavettes etc. et d’avoir, également, soutenu moralement et financièrement les familles les plus nécessiteuses, victimes de l’instrumentalisation de la justice. Et la liste des atteintes aux droits des citoyens est malheureusement longue.

Est-il moral d’arrêter et de harceler judiciairement des professeurs d’université qui ont préféré rester en Algérie et lutter avec abnégation et résilience, durant toute leur carrière universitaire, pour former les enfants de leur pays et construire une université publique de qualité, au service du bien-être de la société ?

Est-il permis d’emprisonner des étudiants, dont le seul tort  est d’avoir exprimé leur patriotisme et leur amour pour l’Algérie par un militantisme exemplairement pacifique ?

NON ! La répression aggrave la crise de confiance entre gouvernants et gouvernés. Non ! La répression est la plus mauvaise solution à la crise algérienne.

NON ! La politique insensée du tout sécuritaire, empruntée par les pouvoirs publics pour faire échec aux revendications populaires, dont ils ont amplement vanté les mérites devant l’opinion nationale et internationale, est condamnée à échouer.

En qualité de membre de la CNUAC, je dis NON à la politique de la terreur, l’instrumentalisation de la justice, et du tout répressif.

Enfin, je réitère mon appel pressant à la mise en liberté provisoire de tous les détenu-e-s du Hirak afin de comparaître libre devant une juridiction impartiale et que cesse définitivement le mandat de dépôt pour des questions de libertés d’opinion. J’insiste aussi sur la cessation des intimidations et persécutions dont font l’objet les militants du Hirak, la levée des restrictions sur les libertés individuelles et collectives et la consécration du droit de manifester pacifiquement reconnu par la Constitution de 2020, en enterrant définitivement les articles 87 bis et 144 bis.

Non ! A la criminalisation de l’engagement militant et pacifique de la communauté universitaire.

Mahana Abdesselam, enseignant à la retraite

ARTICLES SIMILAIRES

LAISSEZ UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Les plus lus

Un an de prison requis contre Belaïd Abrika

Le procureur près du tribunal de Tizi-Ouzou a requis à l'encontre de Belaïd Abrika et Mouzaoui Laziz une année de prison ferme et une...

Les plus populaires

Commentaires récents