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Tamanrasset, capitale industrielle… sur le papier

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Rezig
L'impayable Rezig brassant du vent à Tam.

Le ministre du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, Kamel Rezig, brasse beaucoup de vent. Mais à trop remuer sur Tamanrasset, il risque plutôt de déclencher une tempête de sable.

Les Algériens sous Tebboune ont l’habitude d’entendre beaucoup de choses. Des promesses, mais surtout des balivernes. Vendredi encore, la lointaine Tamanrasset a servi de décor à une nouvelle proclamation solennelle : la wilaya serait appelée à devenir un « pôle industriel par excellence », selon l’impayable Rezig. Rien que ça. On se demande d’ailleurs si le sable n’a pas souri, habitué à voir fleurir ce genre d’annonces aussi vite qu’elles s’évaporent.

Avec l’URSS on a connu Potemkine, sous Bouteflika on a vu des ministres présenter un cheval à un tableau de fakhamatouhou et sous Tebboune, ce sont des projets pharaoniques qui sont décrits comme des réalités !

À écouter le ministre du Commerce extérieur, Tamanrasset est déjà la « porte d’exportation vers l’Afrique centrale », un hub stratégique, un futur moteur industriel. Dans les discours, les trains arrivent, les marchandises circulent, les marchés africains s’ouvrent à perte de vue. Dans la réalité, la route reste longue, cabossée, et parfois inexistante.

Le Salon des produits algériens destinés à l’exportation, avec ses cent exposants, est présenté comme la preuve éclatante d’un succès national. Mais une foire, aussi bien éclairée soit-elle, ne fait pas une économie structurée. Exposer des produits ne résout ni les problèmes de logistique, ni ceux de stockage, ni les lenteurs administratives, encore moins les coûts exorbitants du transport vers le sud. Les opérateurs économiques, que l’on appelle à « attirer », connaissent ces réalités mieux que quiconque. Leur prudence n’est pas un manque de patriotisme, mais un réflexe de survie.

On nous ressasse aussi, à longueur de colonnes de journaux et de JT imbuvables, la production de produits nationaux « désormais réputés pour leur excellente qualité » et déjà conquérants des marchés internationaux. A peine incroyable. Une affirmation qui mériterait, au minimum, quelques chiffres détaillés, des destinations précises, et des volumes crédibles. Car à force de brandir l’exportation hors hydrocarbures comme un slogan, on finit par oublier que celle-ci reste encore marginale face aux ambitions affichées.

Comme souvent, la réussite est attribuée à une « politique mise en œuvre depuis 2020 », sous la conduite éclairée de l’incontournable Tebboune. A croire tous ces ministres et ces médias qui ne jurent que par lui, « la nouvelle Algérie » devrait faire pâlir l’Europe de jalousie. Une formule rituelle, devenue passage obligé, qui remplace l’évaluation concrète par l’autosatisfaction institutionnelle. Pendant ce temps, sur le terrain, les jeunes attendent toujours des formations effectives, les artisans des débouchés durables, et les opérateurs des infrastructures promises.

Le plus ironique, finalement, est cette projection enthousiaste vers un avenir ferroviaire qui « arrivera » jusqu’à Tamanrasset. Un futur conditionnel érigé en certitude. En attendant, on inaugure des salons, on coupe des rubans, et on recycle les mêmes discours, d’un événement à l’autre. En attendant, on veille toujours les robinets pour avoir un filet d’eau presque potable ! Mais qu’importe, pourvu qu’il y ait les discours rassurants !

Tamanrasset mérite pourtant mieux qu’un rôle de vitrine occasionnelle. Elle mérite une stratégie claire, chiffrée, suivie d’effets mesurables. À défaut, elle restera ce qu’elle est trop souvent dans les communiqués officiels : un symbole pratique, une promesse commode, et un horizon sans cesse repoussé.

Le désert, lui, a appris à être patient. L’économie, beaucoup moins.

Rabah Aït Abache

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Bénin : le pouvoir de Patrice Talon face à la tentation de l’État sécuritaire

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Bénin : le pouvoir de Patrice Talon face à la tentation de l’État sécuritaire

Au Bénin, la tentative de coup d’État avortée du 7 décembre sert désormais de révélateur — et peut-être de prétexte — à une dérive sécuritaire inquiétante. Ce qui devait relever d’une enquête judiciaire ciblée tend à se transformer en vaste séquence d’intimidation politique, dans un climat de suspicion généralisée où l’opposition apparaît comme la principale cible.

Après l’arrestation d’une trentaine de personnes, majoritairement des militaires, le pouvoir du président Patrice Talon a rapidement étendu le champ de l’enquête à des figures civiles et politiques. La Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), juridiction déjà très contestée pour son manque d’indépendance, se retrouve une nouvelle fois au cœur du dispositif répressif.

L’interpellation puis la libération sous convocation de Chabi Yayi, fils de l’ancien président Boni Yayi et cadre du parti Les Démocrates, marque un tournant symbolique. Aucun chef d’accusation n’a été rendu public, mais le message politique est limpide : nul, pas même l’entourage d’un ancien chef de l’État, n’est à l’abri.

Plus grave encore, des informations persistantes font état du retrait de la garde rapprochée de Boni Yayi, leader historique de l’opposition et ancien président de la République. Même en l’absence de confirmation officielle, le simple fait que cette hypothèse soit crédible en dit long sur le climat actuel. Toucher à la sécurité d’un ancien chef de l’État, dans un contexte de tensions politiques extrêmes, relève d’un acte lourd de conséquences, tant sur le plan institutionnel que symbolique.

La question que beaucoup se posent, au Bénin comme au-delà de ses frontières, est simple : le pouvoir dispose-t-il réellement d’éléments probants impliquant Boni Yayi dans le putsch manqué, ou assiste-t-on à une instrumentalisation politique de la justice ? À ce jour, aucune preuve, aucun acte judiciaire, aucune communication officielle ne vient étayer une quelconque implication directe de l’ancien président.

Ce silence nourrit l’hypothèse d’une stratégie bien rodée : maintenir une ambiguïté permanente, laisser prospérer les soupçons, affaiblir l’opposition par la peur et l’isolement, tout en se retranchant derrière l’argument sacralisé de la « sécurité nationale ».

Depuis plusieurs années déjà, le régime de Patrice Talon est accusé de verrouiller l’espace politique, de marginaliser l’opposition et de réduire les libertés publiques. Le putsch manqué du 7 décembre pourrait alors apparaître moins comme une rupture que comme une opportunité : celle d’accélérer un processus de concentration autoritaire du pouvoir.

À l’approche d’échéances électorales cruciales, le risque est immense. En criminalisant l’adversaire politique, en plaçant l’opposition sous surveillance permanente et en fragilisant les figures historiques du pluralisme béninois, le pouvoir joue avec le feu. L’histoire récente du continent africain montre que l’étouffement politique au nom de la stabilité débouche rarement sur la paix durable.

Le Bénin, longtemps présenté comme un modèle démocratique en Afrique de l’Ouest, se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Soit la justice éclaire les faits avec transparence et indépendance, soit le pays s’enfonce dans une logique de peur et de répression, où toute contestation devient suspecte, et toute opposition potentiellement criminelle. Comme au demeurant la plupart des pays du Sahel, accaparés par des pouvoirs militaires autoritaires.

Mourad Benyahia 

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L’Aurès de Masqueray : revisiter l’histoire sous le prisme colonial

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Emile Masqueray sur les Aurès

L’Aurès, région emblématique du pays chaoui, se révèle aujourd’hui à travers un regard critique sur l’un de ses observateurs les plus célèbres du XIXᵉ siècle : Émile Masqueray. Avec L’Aurès de Masqueray, rassemblé et annoté par le Dr Abdel Farid Abdesselam, l’histoire de cette montagne, de ses sociétés et de ses cultures est revisitée à la lumière du discours scientifique colonial qui l’a longtemps façonnée.

Émile Masqueray, normalien et agrégé d’histoire et de géographie, débarque en Algérie en 1872. Polyglotte, il apprend l’arabe puis le berbère, avant d’être missionné par le ministère de l’Instruction publique pour une expédition scientifique dans l’Aurès. Pendant deux ans, il parcourt un vaste territoire allant de Sétif à Tébessa, de Souk-Ahras à Biskra, visitant Timgad, Tobna, Merouana, Khamissa et le pays des Nemencha. Archéologue, ethnographe et linguiste, Emile Masqueray ne se limite pas à l’observation : il analyse, classe, hiérarchise, et inscrit ses travaux dans un cadre colonial où le savoir sert à administrer et contrôler.

Le Dr Abdesselam a structuré l’ouvrage en trois ensembles thématiques : les fouilles archéologiques romaines, l’étude des vallées de l’oued Abdi et de l’oued Labiod, et les enquêtes sur Chechar, Khenchela et les Nemencha. Dans les villes antiques comme Timgad, Masqueray voit « Rome en Afrique » et met en avant l’héritage romain comme justification symbolique de la présence française. Dans les vallées, il décrypte le droit coutumier, les structures sociales et la gestion collective de l’eau et des pâturages — essentiels à la stabilité des communautés et à l’efficacité de l’administration coloniale. Enfin, dans le massif des Nemencha, il mêle histoire et ethnographie, décrivant les migrations, la langue, les pratiques sociales et la mémoire des anciennes cités.

Au-delà des données ethnographiques et archéologiques, l’apport majeur de l’ouvrage réside dans la mise en évidence de la dimension politique du savoir. Masqueray préconise une colonisation « modérée » mais organisée, où la science devient instrument de contrôle et de légitimation. Le regard scientifique, loin d’être neutre, accompagne la domination, structure la compréhension des sociétés locales et fixe des représentations encore influentes aujourd’hui.

En restituant ces textes annotés et contextualisés, Abdel Farid Abdesselam offre aux lecteurs modernes les clés pour interroger l’histoire de l’Aurès, sa mémoire et la manière dont elle a été racontée. L’Aurès de Masqueray devient ainsi un outil critique indispensable, pour lire le passé avec discernement et réfléchir aux usages politiques du savoir.

Djamal Guettala 

 L’Aurès de Masqueray, Émile Masqueray, articles rassemblés et annotés par le Dr Abdel Farid Abdesselam, IBDAA BOOK, bientôt disponible en librairie.

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« L’Ami du bien » de Paul Ardenne : le paradoxe exploré

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Paul Ardenne
Paul Ardenne. Crédit photo : DR

Entre pathologie de la vertu et dérive humanitaire, L’Ami du bien de Paul Ardenne livre une autopsie glaçante de la « monstruosité de l’innocence ». À travers le témoignage de Georges O., figure de proue d’une « Bande des Quatre » dévouée au culte du Bien absolu, le récit explore ce point de bascule où l’altruisme, devenu un sacerdoce narcissique, s’affranchit de toute limite légale pour sombrer dans la folie meurtrière. En débusquant le Mal au cœur même du désir de sauver, l’auteur interroge la fragilité de notre morale et révèle comment l’obsession de la pureté peut engendrer, sous couvert de charité, les plus sombres barbaries.

Paul Ardenne s’est imposé comme une figure majeure de la pensée contemporaine, alliant une expertise rigoureuse d’historien de l’art à une observation acérée des mouvements sociétaux. Son parcours, jalonné d’ouvrages de référence sur l’art contextuel et l’esthétique urbaine, nourrit une réflexion constante sur la place de l’individu dans la cité et les structures de pouvoir. Dans cet ouvrage publié aux éditions Le Bord de l’Eau, il opère un virage stylistique significatif : délaissant la structure formelle de l’essai théorique, il investit le champ du récit narratif pour donner une chair et une voix à ses concepts. Ce passage à la fiction ne dilue en rien son acuité critique ; au contraire, elle lui permet d’incarner les tensions éthiques de la condition humaine à travers des personnages dont la psyché est passée au scalpel.

Paul Ardenne s’intéresse ici à la psychologie de la vertu, qu’il traite non comme un idéal figé, mais comme un moteur pulsionnel capable de déviances profondes. En s’attaquant aux dérives de l’altruisme, il met en lumière le danger d’un Bien qui, une fois érigé en système absolu ou en identité personnelle, s’affranchit de toute limite morale et de toute empathie réelle. Il explore avec une précision chirurgicale la frontière poreuse entre le dévouement désintéressé et une forme de monstruosité qui s’ignore, née du narcissisme de celui qui se croit investi d’une mission de sauvetage universelle. Cette analyse est portée par une écriture viscérale et rythmée, dont la cadence haletante épouse les battements d’une conscience en proie à ses propres paradoxes, transformant la réflexion sociologique en une expérience littéraire brute et troublante.

La dialectique du bien et de la folie

L’ouvrage se présente comme les « minutes de l’entretien » entre un enquêteur du Service de Santé des Armées et Georges O., dit Georgeo. Cet homme incarcéré clame son innocence absolue par une affirmation qui cristallise sa pathologie : « Je suis l’innocence même ». Le récit constitue une plongée dans la psyché de la « Bande des Quatre », un groupe d’amis d’enfance du Gué-d’Allereau composé de Georgeo, Touches, Rudine Sarajeva et Frite. Tous sont voués au culte du « Bien avec majuscule », une obsession décrite comme une « démangeaison » ou un « sacerdoce » qui les conduit à intervenir dans les zones de « déglingue » telles que les hôpitaux de fortune, les zones de famine ou les théâtres de guerre. Cette dialectique repose sur un renversement paradoxal où la folie ne naît pas d’une absence de repères, mais d’un excès de certitude morale, créant une tension permanente entre l’idéal de soin et la réalité du crime.

Pour Georgeo, le Bien n’est pas une simple intention, mais une identité immuable le plaçant au-dessus des lois humaines. En se définissant par cette pureté intrinsèque, il évacue toute possibilité de culpabilité, transformant ses actes les plus sombres en gestes salvateurs. La folie réside précisément dans ce déni de réalité où le sang versé est systématiquement requalifié en baume salvateur par le narrateur. Sous couvert de sauver, ces « Amis du Bien » sont ainsi soupçonnés d’empoisonnements de masse et d’euthanasies douteuses, notamment à l’annexe de Clavette. Le groupe transforme l’humanitaire en un culte radical, une mission mystique et fanatique qui ne supporte aucune limite. Ils traquent la détresse, la guerre, la famine, l’épidémie, non pas pour l’éteindre, mais pour s’y mesurer de manière narcissique, faisant de leurs interventions le théâtre d’une folie organisée où l’ordre moral qu’ils prétendent apporter s’avère plus terrifiant que le désordre qu’ils combattent.

L’analyse révèle alors une ambiguïté fondamentale : la confusion totale entre soigner et tuer. Le Bien devient une puissance de mort où le crime n’est plus perçu comme une transgression, mais comme l’ultime étape d’une charité « efficace ». Le texte explore ainsi le narcissisme de la bienfaisance, où le soignant devient dépendant de la souffrance d’autrui pour valider sa propre existence. Pour que Georgeo et ses acolytes puissent briller dans leur rôle de sauveurs, ils ont structurellement besoin d’une victime. La folie s’installe dans ce lien toxique où le « Bienfaiteur » finit par entretenir, voire provoquer la détresse pour pouvoir l’administrer. L’altruisme n’est plus un don de soi, mais un instrument de domination où l’autre n’existe que comme le support nécessaire à l’exercice de la vertu. En somme, Paul Ardenne démontre que le Bien, lorsqu’il devient une obsession déconnectée de l’empathie réelle et de la limite légale, bascule inévitablement dans une pathologie du salut qui n’est qu’une autre forme de barbarie.

Une déconstruction de la morale

L’apport majeur de Paul Ardenne réside dans sa remise en question radicale des figures de l’héroïsme humanitaire, opérant une déconstruction systématique de l’altruisme institutionnalisé. En citant des icônes de la charité telles qu’Henri Dunant ou l’Abbé Pierre, le narrateur Georgeo ne cherche pas seulement à s’en inspirer, mais à s’approprier leur aura pour légitimer ses propres dérives. Cette mise sur un pied d’égalité entre l’action humanitaire reconnue et ses interventions suspectes crée un brouillage éthique profond : elle suggère que la frontière entre le saint et le criminel ne tient qu’à la perception sociale de leur efficacité. Le lecteur se retrouve ainsi privé de ses repères moraux habituels, confronté à l’idée dérangeante que l’héroïsme pourrait n’être qu’une forme de narcissisme ayant réussi.

L’œuvre approfondit cette réflexion à travers le concept de « fixing » de la bonté, une métaphore empruntée au monde de la toxicomanie qui présente la recherche du Bien comme une addiction. Cette quête de « l’effet » moral immédiat suggère que la volonté de faire le bien à tout prix peut basculer dans une forme de totalitarisme moral. Dès lors que l’objectif est le « Bien avec majuscule », l’individu disparaît derrière l’idéologie, et le soignant s’octroie un pouvoir absolu sur celui qu’il prétend aider, transformant la compassion en une tyrannie où la fin justifie les moyens les plus extrêmes, y compris l’élimination de ceux que l’on ne peut plus « réparer ».

L’originalité du texte tient enfin à la dissonance délibérée de son style. Paul Ardenne utilise une langue familière, parfois crue et viscérale, qui jure avec l’abstraction métaphysique du concept de Bien. Ce décalage stylistique est essentiel : il illustre la trivialité et la violence inhérentes à la pratique de la vertu sur le terrain. En décrivant les réalités les plus sordides de la « déglingue » avec un vocabulaire presque trivial, l’auteur dépouille l’idéalisme de son vernis romantique. Il rappelle que l’exercice des idéaux les plus élevés se fracasse toujours sur la matérialité des corps souffrants, là où la frontière entre le geste qui sauve et le geste qui achève devient, dans le feu de l’action, tragiquement poreuse.

Le miroir de nos certitudes

L’impact de L’Ami du bien est de confronter le lecteur à une vérité inconfortable : la monstruosité peut naître de la conviction absolue d’être juste. Paul Ardenne déconstruit l’idée reçue selon laquelle le mal ne serait que l’apanage de la haine ou de la cruauté gratuite. Ici, l’horreur émerge d’un idéalisme dévoyé, où la certitude d’agir pour le Bien occulte toute empathie concrète. En plaçant Georgeo dans une position de défenseur d’une « civilisation » plutôt que de l’humain, l’auteur souligne les dérives potentielles de toute idéologie universaliste. Pour la « Bande des Quatre », l’individu souffrant n’est plus un sujet à respecter, mais un matériau que l’on traite au nom d’un projet supérieur. Cette posture substitue une morale de gestionnaire à une éthique de l’altérité, transformant le secours en une opération de maintenance civilisationnelle où la survie du concept de « Bien » prime sur la vie des êtres de chair.

Cette approche met en lumière le danger des grands desseins moraux qui, par leur abstraction même, en viennent à nier la singularité et la fragilité des individus. Lorsque Georgeo et ses acolytes interviennent dans les zones de « déglingue », ils ne voient pas des personnes, mais des symptômes d’un désordre qu’ils se sentent investis de corriger. L’universalité de leur mission devient un piège totalitaire : elle justifie l’effacement des volontés particulières et des droits fondamentaux au profit d’une efficacité rédemptrice. L’œuvre suggère ainsi que la négation de la faiblesse humaine, au nom d’une norme de santé ou de vertu idéale, constitue le premier pas vers une barbarie rationalisée. L’impact profond du texte réside dans cet avertissement : le plus grand péril pour l’humanité pourrait ne pas venir de ceux qui veulent la détruire, mais de ceux qui prétendent la sauver sans l’aimer dans sa finitude.

Épilogue d’une humanité déglinguée

L’œuvre fonctionne comme un miroir déformant de notre propre désir de vertu, nous forçant à scruter la part d’ombre qui loge au cœur de nos élans les plus nobles. Paul Ardenne pose la question cruciale de savoir si le Bien, lorsqu’il s’érige en une fin en soi déconnectée de l’empathie réelle et de la reconnaissance de l’autre, ne devient pas paradoxalement le plus court chemin vers le malheur collectif. Ce basculement s’opère quand l’idéal abstrait supplante l’humain concret : le « Bien » cesse d’être un service pour devenir un système, une mécanique froide qui broie les individus sous prétexte de les sauver. Le désir de perfection morale se transforme alors en une pulsion de contrôle total, capable de justifier l’inacceptable pour maintenir l’illusion d’une mission accomplie.

Le livre s’achève ainsi sur le constat d’une humanité « déglinguée », terme récurrent qui dit la casse des corps et des âmes, où la confusion des rôles est totale. Dans cet univers en ruine, les frontières morales sont si brouillées que même les sauveurs sont suspectés d’être les pires des bourreaux. Cette fin sans rédemption souligne l’échec d’une certaine vision du progrès humanitaire qui, à force de vouloir éradiquer le mal par la puissance et l’idéologie, finit par adopter les méthodes de son adversaire. 

Le lecteur reste face à une image terminale d’insécurité éthique : si ceux qui portent les « gants du Bien » sont ceux qui empoisonnent, alors l’humanité est condamnée à une solitude absolue, privée de tout recours et de toute confiance envers ses propres idéaux.

Brahim Saci

Paul Ardenne, L’Ami du bien, Éditions Le Bord de l’Eau

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Le mythe d’une colonisation phénicienne

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Phénicie


Pendant longtemps, on a présenté les Phéniciens comme des colonisateurs installés dans tout le bassin méditerranéen, avec Carthage comme leur grande réalisation occidentale. Cette vision reposait essentiellement sur :

• des sources gréco-romaines tardives,
• des traces matérielles (poteries, bijoux, inscriptions, styles architecturaux),
• et des interprétations modernes influencées par le modèle colonial européen.
Mais ce modèle classique est aujourd’hui remis en cause par les découvertes génétiques récentes.
Les études comme celle de Moots et al. (2023) montrent que :
• Aucune trace génétique massive du Levant n’a été retrouvée dans les populations de Kerkouane ou d’autres sites dits puniques.
• Les populations de ces villes montrent un héritage génétique local très fort, et une diversité méditerranéenne (Italie, Grèce, Afrique du Nord), mais pas levantine.
• Les Phéniciens ont opéré via des réseaux commerciaux, et non par un peuplement structuré ou militaire.

La déconstruction de ce mythe est confortée par l’analyse de l’organisation politique de la Phénicie, son histoire et la nature de ses échanges commerciaux.

I- La Phénicie : 

Les Phéniciens étaient un peuple de l’Antiquité qui occupa la bande côtière orientale de la Méditerranée, soit principalement le littoral du Liban actuel et une petite partie de la Syrie et d’Israël, de 1200 avant J.-C. à 332 avant J.-C., date de la conquête de la région par Alexandre le Grand. La Phénicie est plutôt définie par les cité-Etats représentatives .Tant l’Ancien Testament que les sources assyriennes ne mentionnent que les villes phéniciennes de la côte méditerranéenne, et non un État qui les représente. En effet, il n’existait pas de Phénicie ou de nation phénicienne, mais des cités indépendantes et parfois même rivales, dont les principales étaient Byblos (Jbeil aujourd’hui), Tyr, Sidon (aujourd’hui Saïda), Arwad et Bérytos (Beyrouth). Serrées entre la mer à l’ouest et les montagnes couvertes d’épaisses forêts du Liban à l’est, séparées par des torrents et des éperons rocheux, ces cités ne pouvaient former aisément d’unité politique. Les Phéniciens n’ont laissé que peu de témoignages écrits permettant de reconstituer leur histoire. La répartition géographique des inscriptions en phénicien est d’ailleurs largement à l’avantage de l’aire carthaginoise. (Tunisie et reste de l’Afrique du nord, SicileSardaigneMalte, etc.), tandis que celles provenant de Phénicie constituent un corpus très limité, et que celles provenant du reste de la Méditerranée orientale (ChypreSyrie, monde égéen) ne sont guère plus abondantes.

Ils se nommaient eux-mêmes en fonction de leur cité d’origine : Tyriens , Sidoniens, etc. Ils évoluaient donc dans un système de cités-États indépendantes qui fonctionnaient comme des entités autonomes, parfois rivales. N’ayant jamais eu d’ ‘’État ni d’empire phénicien », ils ne pouvaient pas écrire une histoire commune et encore moins coloniser des territoires n’ayant ni l’envergure ni les moyens. Eux-mêmes ont été colonisés par les empires suivants :

Avant le XIIe siècle, les pharaons du Nouvel Empire avaient établi une domination sur la Phénicie, une domination qui se manifestait par le paiement de tributs par les cités phéniciennes. Les Égyptiens maintenaient une présence militaire et exerçaient un contrôle politique qui permettait aux Phéniciens de prospérer sous la protection de l’Égypte. 

Les Assyriens asservirent les cités phéniciennes à partir du VIIIe siècle av. J.-C., imposant leur domination brutale.

Les Babyloniens : Après la chute de l’Empire assyrien, les Phéniciens tombèrent sous la dépendance des Babyloniens, marquant une période de déclin jusqu’à la fin du VIe siècle av. J.-C..

Perses : En 539 av. J.-C., les cités phéniciennes furent intégrées à l’Empire perse.

Alexandre le Grand : Les armées d’Alexandre le Grand conquirent la région en 332 av. J.-C., et l’annexa à son royaume. Ce fut l’extinction de la Phénicie. 

Leur puissance reposait donc uniquement sur les réseaux marchands .On peut parler d’une diffusion mercantile phénicienne, basée sur les courants et vents marins qui imposaient les itinéraires et ne touchaient donc que certains ports accessibles.

II- Commerce maritime des Phéniciens.

 En tant qu’exceptionnels navigateurs de l’antiquité, ils maîtrisaient parfaitement les courants maritimes et les vents pour optimiser leurs trajets commerciaux en Méditerranée et au-delà. Leur connaissance empirique des routes maritimes leur a permis d’établir un vaste réseau d’échanges. Voici les principaux courants et vents qu’ils utilisaient :

II-1 Courants maritimes clés en Méditerranée

a) Courant levantin (Est de la Méditerranée)

Trajet : Il longe les côtes du Levant (Liban, Syrie) vers l’Égypte et Chypre.

Utilisation : Les Phéniciens l’utilisaient pour relier Tyr et Sidon à l’Égypte et à la Crète. Aide à la navigation vers Chypre, cruciale pour le commerce du cuivre.

b) Courant d’Afrique du Nord (côte libyque)

Trajet : Il longe la côte nord-africaine d’est en ouest (de la Cyrénaïque vers Carthage).

Utilisation : Facilitait les voyages vers Carthage, la Sicile et la Sardaigne.

Évité en été à cause des calmes plats (période dangereuse pour la navigation).

c) Courant des Bouches de Bonifacio

Trajet : Entre Corse et Sardaigne, il pouvait être dangereux mais était utilisé pour atteindre l’Espagne.

Utilisation : Important pour les liaisons entre la Sardaigne (riche en métaux) et la péninsule ibérique.

II-2. Les vents dominants exploités

Les Phéniciens naviguaient principalement à la voile et dépendaient des vents saisonniers :

a) Les vents étésiens (meltem en grec)

Période : Été (juin à septembre).

Direction : Nord-ouest en Méditerranée orientale.

Usage : Aller : De Tyr/Sidon vers l’Égypte, la Crète ou la mer Égée. Retour : Difficile en été. Certains trajets se faisaient à la rame ou en attendant l’hiver.

b) Le sirocco (vent du sud)

Période : Printemps/automne.

Direction : D’Afrique du Nord vers l’Italie/Sicile.

Usage : Aide pour remonter vers la Sicile ou Malte depuis Carthage.

c) Le vent d’ouest (pour la Méditerranée occidentale)

Période : Automne/hiver.

Ces paramètres aléatoires rendaient les ‘’ expéditions ‘’ commerciales extrêmement difficiles. Ce qui explique que les Phéniciens étaient des navigateurs côtiers : ils naviguaient presque toujours à vue de côte, en petites étapes, en suivant les vents dominants (vent d’ouest en Méditerranée centrale) .Le trajet n’était donc pas direct, mais segmenté en étapes sûres. Ils suivaient strictement le même chemin, et n’effectuaient jamais de traversée directe de tout le bassin méditerranéen. En Méditerranée centrale, les vents d’ouest compliquaient le retour. On attendait souvent des vents favorables dans des ports sûrs (surtout en Cyrénaïque). La distance totale Tyr Carthage était d’environ3 000 à 3 500 km selon les variantes. Avec une vitesse moyenne de 4 à 6 nœuds (7–11 km/h), la durée totale aller simple était souvent de deux à trois mois avec les escales et l’attente des vents. Contrairement aux grands voiliers romains ou médiévaux, les navires phéniciens étaient mi-voiles, mi-rames, avec 20 à 40 rameurs, parfois plus capables d’avancer même contre le vent, mais de manière lente, le long des côtes. Aussi, les Phéniciens se devaient de rentabiliser ces voyages en chargeant le maximum de marchandises Dans toute la Méditerranée, les Phéniciens pratiquaient presque exclusivement le troc. Que ce soit à Chypre, Malte, Sicile, Sardaigne, Ibiza, Espagne (Andalousie, Gadir), Afrique du Nord.

Le troc reste la base de leur économie car la monnaie n’étant pas encore généralisée dans le monde, les régions ayant des systèmes économiques différents, le troc évite de transporter de grandes quantités de métal précieux et leur donne une flexibilité totale. Cette dernière qualité est sans doute la clé de leur commerce. C’est pour cela que les Phéniciens étaient des marchands mobiles, pas des conquérants.

Les échanges phéniciens se faisaient dans les escales, sur les côtes, avec les populations non-urbaines et dans les ports qui existaient parmi lesquels celui de Carthage. Ils n’avaient aucun intérêt, ni les moyens, à ouvrir des comptoirs dont la gestion logistique aurait été couteuse. Ils s’arrêtaient à une escale, procédaient au troc et repartaient vers les étapes suivantes. Le “miracle phénicien” repose précisément sur la nature de ces échanges qui leur permettaient de commercer partout, ne rien imposer, s’adapter aux systèmes locaux, faire circuler des valeurs sans danger et fonctionner avec des normes minimales communes. Ainsi, les Phéniciens étaient d’habiles navigateurs et de grands commerçants qui n’avaient ni les moyens ni intérêt à coloniser quiconque. Tout comme les caravaniers de l’Arabie, ils écoulaient leurs denrées tant désirées le long du pourtour méditerranéen.

III- origines et raisons de la création de ce mythe :

Ce mensonge est une construction historique artificielle, répétée, amplifiée, puis acceptée comme vérité. L’idée d’une colonisation phénicienne massive relève en grande partie d’une invention historiographique, et voici les principales origines de ce récit :
1. Les sources gréco-romaines : un regard extérieur et orientalisant
Les premiers à parler d’un « empire » ou de colonies phéniciennes sont souvent les auteurs grecs (Hérodote, Strabon, etc.) et plus tard romains. Ils avaient :
• une vision biaisée et souvent méprisante des Phéniciens, vus comme rusés, commerçants manipulateurs ou efféminés (le cliché oriental),
• un besoin de justifier leurs propres conquêtes (comme Rome contre Carthage),
• une tendance à projeter leur propre modèle colonial sur les autres peuples.
Résultat : ils parlent de « colonies » comme ils parleraient des leurs, en exagérant les liens avec Tyr ou Sidon.
2. L’héritage colonial européen (XIXe siècle)
Avec l’expansion européenne, notamment française, britannique et italienne, on a vu apparaître une lecture coloniale de l’Antiquité :
• Les archéologues et historiens coloniaux ont voulu légitimer leur présence en Afrique du Nord en traçant une lignée de civilisations « venues de l’extérieur ».
• Les Phéniciens ont été instrumentalisés comme « précédents historiques » d’un développement venu d’Orient — donc étranger à l’Afrique du Nord autochtone.
Jusqu’à l’arrivée des sciences modernes (génétique, datation carbone, etc.), les récits anciens n’étaient pas vraiment remis en question :
• Les objets « phéniciens » étaient interprétés comme preuve d’une population, alors qu’ils pouvaient être achetés, copiés, échangés.
• On confondait culture et population : voir un style phénicien dans une nécropole ne veut pas dire que les gens enterrés étaient des Phéniciens.
• la projection coloniale européenne. La France coloniale et l’instrumentalisation du récit phénicien
Au XIXe et au début du XXe siècle, dans le contexte de la conquête et de l’administration coloniale de l’Afrique du Nord, la France a utilisé l’histoire ancienne comme outil idéologique pour justifier sa présence et cette région de sa sève, son identité et son histoire. Cela s’est fait à plusieurs niveaux :
1. La mise en avant des « civilisations venues d’ailleurs »
La colonisation française s’est appuyée sur une idée centrale :
« L’Afrique du Nord a toujours été civilisée par l’extérieur ».
Ainsi :
• les Phéniciens (puis les Romains, Byzantins, Arabes, Ottomans…) sont présentés comme porteurs de civilisation,

2. La réécriture des manuels scolaires et de l’archéologie officielle
Dans les écoles coloniales et dans les musées :
• on enseignait que les Phéniciens avaient « colonisé » pacifiquement l’Afrique du Nord,
• la culture punique était présentée comme importée de Tyr ou de Sidon, jamais comme le fruit d’un métissage ou d’une construction locale,
• les fouilles archéologiques menées par la France étaient souvent interprétées à travers cette grille « orientaliste » (cf. les travaux de Stéphane Gsell, archéologue colonial majeur).

Dr Abdelmadjid Aït Yala

Références 

1-In Search of the Phoenicians / by Joséphine C. Quinn.

2-nature  articles 

Published: 23 April 2025

Punic people were genetically diverse with almost no Levantine ancestors

Harald Ringbauer ; Ayelet Salman-MinkovDalit RegevIñigo Olalde, ….

https://doi.org/10.1101/2022.03.13.483276 ; this version posted March 15, 2022

3- Genetic History of Continuity and Mobility in the Iron Age Central

Mediterranean

Hannah M. Moots1,2, Margaret Antonio3^, Susanna Sawyer4^, Jeffrey P. Spence5^, Victoria Oberreiter4^,

Clemens L. Weiß5^, Michaela Lucci6^, Yahia Mehdi Seddik Cherifi4,7,8, Francesco La Pastina6, Francesco etc..

Annexes :

1-In Search of the Phoenicians / by Joséphine C. Quinn.

In Search of the Phoenicians, is a compelling examination of a phantom presence of the ancient Mediterranean. The Phoenicians sit alongside the Greeks and Romans in the canon of classical civilizations, with the conventional story highlighting Phoenician ships pioneering trade routes and setting down colonies in the western Mediterranean to rival those of the Greeks. The greatest Phoenician colony, Carthage, pushed Rome hard for Mediterranean supremacy. Yet part of the reason they remain mysterious today is that they were ultimately overshadowed by their Greek and Roman contemporaries, with the result that much of the surviving written evidence relating to them records the perspective of those rivals.

What Quinn reveals is that there is a surprising lack of detailed evidence for any widespread sense of an overarching Phoenician ethnic or cultural identity that united scattered communities from the Levantine coast, to North Africa, Southern Spain and various Mediterranean islands. In questioning the coherence and significance of Phoenician identity she challenges mainstream academic orthodoxy. Recent scholarship has been raising some of the questions she identifies, but this is by far the most eloquent and forceful challenge to the common view of the Phoenicians. Quinn’s pyrotechnical ghostbusting approach makes for entertaining and accessible reading. It is also a superb proof of how we need to rethink approaches to ancient identities, stripping away layers of more recent nationalist thinking and identity appropriation. One of the problems we are left with is how to refer collectively to the Phoenician speaking peoples who played such an important role in the evolution of the first-millennium BC Mediterranean world. Phoenicians will no doubt persist as useful shorthand, but from now on we need to read it in invisible scare quotes.

2-nature  articles 

Published: 23 April 2025

Punic people were genetically diverse with almost no Levantine ancestors

Harald Ringbauer ; Ayelet Salman-MinkovDalit RegevIñigo Olalde, ….

https://doi.org/10.1101/2022.03.13.483276 ; this version posted March 15, 2022

Abstract

The Iron Age was a dynamic period in central Mediterranean history, with the expansion of Greek and Phoenician colonies and the growth of Carthage into the dominant maritime power of the Mediterranean. These events were facilitated by the ease of long-distance travel following major advances in seafaring. We know from the archaeological record that trade goods and materials were moving across great distances in unprecedented quantities, but it is unclear how these patterns correlate with human mobility. Here, to investigate population mobility and interactions directly, we sequenced the genomes of 30 ancient individuals from coastal cities around the central Mediterranean, in Tunisia, Sardinia and central Italy. We observe a meaningful contribution of autochthonous populations, as well as highly heterogeneous ancestry including many individuals with non-local ancestries from other parts of the Mediterranean region. These results highlight both the role of local populations and the extreme interconnectedness of populations in the Iron Age Mediterranean. By studying these trans-Mediterranean neighbours together, we explore the complex interplay between local continuity and mobility that shaped the Iron Age societies of the central Mediterranean.

3- Genetic History of Continuity and Mobility in the Iron Age Central

Mediterranean

Hannah M. Moots1,2, Margaret Antonio3^, Susanna Sawyer4^, Jeffrey P. Spence5^, Victoria Oberreiter4^,

Clemens L. Weiß5^, Michaela Lucci6^, Yahia Mehdi Seddik Cherifi4,7,8, Francesco La Pastina6, Francesco

Genchi6, Elisa Praxmeier4, Brina Zagorc4, Olivia Cheronot4, Kadir T. Özdoğan9, Lea Demetz4, Selma

Amrani10, Francesca Candilio11, Daniela De Angelis12, Gabriella Gasperetti13, Daniel Fernandes4,14, Ziyue

Gao15⇞, Mounir Fantar16⇞, Alfredo Coppa17,18⇞, Jonathan K. Pritchard5,19*⇞, Ron Pinhasi4,20*⇞

Fig. 6. Overview of results. Map showing the memberships of central Mediterranean Iron Age individuals in different

qpWave clusters, organized by site. Regional labels and arrows show likely sources of ancestries (the arrows are not intended to indicate specific routes). Colors indicate ancestry clusters as identified by qpWave

These results indicate that autochthonous North African populations contributed substantially to the

genetic makeup of Kerkouane. The contribution of autochthonous North African populations in

Carthaginian history is obscured by the use of terms like “Western Phoenicians”, and even to an extent, “Punic”, in the literature to refer to Carthaginians, as it implies a primarily colonial population and diminishes indigenous involvement in the Carthaginian Empire. As a result, the role of autochthonous populations has been largely overlooked in studies of Carthage and its empire. Genetic approaches are well suited to examine such assumptions, and here we show that North African populations contributed substantially to the genetic makeup of Carthaginian cities. The high number of individuals with Italian and Greek-like ancestry may be due to the proximity of Kerkouane to Magna Graecia, as well as key trans-Mediterranean sailing routes passing by Cap Bon (1, 28). Yet, surprisingly, we did not detect individuals with large amounts of Levantine ancestry at Kerkouane. Given the roots of Carthage and its territories as Phoenician colonies, we had anticipated we would see individuals with ancestry similar to Phoenician individuals, such as those published in (12). One possible explanation is that the colonial expansion of Phoenician city-states at the start of the Iron Age did not involve large amounts of population mobility, and may have been based on trade relationships rather than occupation. Alternatively, this could potentially be due to differential burial practices (although Phoenician burial practices were thought to have shifted from cremations to interments in the central and western Mediterranean around 650 BCE (29), predating the individuals in the study), or to a disruption in connections between Carthaginian territories and the Eastern Mediterranean, after the fall of the Phoenician city-states to Babylon

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CAN 2025 : le Maroc tenu en échec par le Mali, la qualification se jouera lors du dernier match

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Maroc -Mali : match nul
Maroc -Mali : match nul

Le Maroc n’a pas réussi à confirmer son bon départ dans cette CAN 2025 à domicile. Les Lions de l’Atlas ont été accrochés par le Mali à Rabat (1-1), vendredi 26 décembre, dans une rencontre marquée par deux penalties et une atmosphère électrique au Stade Prince-Moulay-Abdellah.

Le premier acte a été dominé par le Maroc, mais l’efficacité offensive a cruellement manqué. Brahim Diaz a ouvert le score sur penalty dans le temps additionnel de la première mi-temps (45e+5), offrant aux Lions de l’Atlas un avantage fragile. Malgré 62 % de possession et 466 passes réalisées, le Maroc peinait à se montrer dangereux dans la surface malienne, où le gardien Diarra multipliait les interventions.

La seconde période a vu le Mali se projeter davantage vers l’avant, déterminé à revenir au score. Lassine Sinayoko a transformé un penalty à la 64e minute, rétablissant l’égalité et soulignant la solidité défensive des Maliens. Les Lions de l’Atlas ont alors tenté de pousser, mais le manque de précision et la discipline tactique malienne ont limité les occasions nettes.

L’ambiance dans le stade était à la hauteur de l’enjeu. Le public marocain, passionné et bruyant, a soutenu ses joueurs dans chaque action, créant une véritable pression sur le Mali. Des chants, des tambours et des drapeaux ont accompagné chaque mouvement offensif marocain, tandis que les supporters adverses ne se sont pas laissés intimider et ont célébré chaque contre-attaque réussie.

Un des moments les plus remarquables a été l’apparition de Kylian Mbappé dans les tribunes. L’attaquant du Real Madrid, ami d’Achraf Hakimi, était présent pour encourager les Lions de l’Atlas. Vêtu d’un maillot marocain floqué du nom d’Hakimi, il a été chaleureusement applaudi par le public, renforçant l’ambiance festive et internationale autour de ce choc du groupe A. Sa présence a été largement relayée par les médias et a ajouté une touche spectaculaire à la rencontre.

Avec ce résultat, le Maroc reste leader du groupe A avec 4 points, deux de plus que le Mali et la Zambie, tous deux à 2 points. La qualification pour les huitièmes de finale reste donc en suspens et se jouera lors de la dernière journée, lundi 29 décembre, contre la Zambie. Pour le Mali, ce point constitue une réussite, mettant en lumière sa capacité à résister face à l’équipe hôte.

Ce match souligne la nécessité pour le Maroc de transformer sa domination en efficacité concrète. Malgré un nul, les Lions de l’Atlas restent favoris pour la qualification, mais devront montrer un visage plus tranchant offensivement. Le Mali, quant à lui, peut nourrir l’espoir d’un exploit et compte sur sa discipline collective pour faire la différence lors de la dernière journée.

Ainsi, la phase de groupes continue de livrer son suspense, avec un Maroc invaincu mais encore à convaincre, et un Mali résilient qui garde toutes ses chances de qualification pour les huitièmes de finale de la CAN 2025.

Djamal Guettala 

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Milouda Rahali : « Mes créations sont pensées comme un lien entre passé et présent »

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Milouda Rahali
Milouda Rahali

Autodidacte, enracinée dans la culture chaouie, Milouda Rahali a fait de la melehfa chaouia ⵜⵉⵎⴻⵍⵃⴻⴼⵜ (timelḥeft) un terrain de création et de résistance culturelle. Sans la figer ni la folkloriser, elle la travaille comme une matière vivante, attentive aux lignes, aux symboles et à la mémoire des gestes transmis de femme à femme. Son approche conjugue exigence artisanale, respect des codes ancestraux et liberté artistique maîtrisée.

À travers ses créations, elle défend une vision de la couture traditionnelle algérienne qui refuse la rupture comme la répétition mécanique. Chaque pièce dialogue avec l’histoire, tout en assumant une présence contemporaine. La melehfa chaouie ⵜⵉⵎⴻⵍⵃⴻⴼⵜ (timelḥeft) devient ainsi un espace d’expression, de transmission et d’affirmation identitaire.

Le Matin d’Algérie : Pouvez-vous revenir sur votre parcours professionnel ? Qu’est-ce qui vous a conduite à vous spécialiser dans la couture traditionnelle chaouie ?

Milouda Rahali : Après un bac professionnel en commerce, j’ai travaillé dans différents commerces, principalement en tant que vendeuse, avec une expérience marquante en boulangerie. Suite à mon mariage et la naissance de mon premier enfant, j’ai dû adapter mon activité professionnelle afin de travailler depuis la maison, conciliant ainsi mes rôles de maman et d’épouse avec ma vie professionnelle – un équilibre difficile à trouver et nécessitant de nombreuses concessions. J’ai choisi la couture car elle représente pour moi une passion ancienne pour l’artisanat et la confection manuelle, mais aussi un lien profond avec ma culture chaouie. Coudre moi-même ma robe chaouia de mariage et constater l’enthousiasme qu’elle a suscité sur les réseaux sociaux a été un véritable déclic. J’ai alors décidé de partager mon savoir-faire pour permettre à d’autres femmes de porter notre culture avec beauté, fierté et authenticité, tout en transmettant un héritage ancestral.

Le Matin d’Algérie : Comment définissez-vous l’identité d’une tenue chaouie ? Quels sont les éléments essentiels qui la distinguent dans votre travail ?

Milouda Rahali : Pour moi, le premier critère qui définit l’identité d’une melehfa chaouia est son amplitude : elle se porte ample, sans épouser les formes du corps, avec un rabat du tissu couvrant la poitrine et le dos.

Les bijoux complètent cette identité et constituent également des éléments emblématiques : du Jbin (bijou de front), au Chentouf (bijou de buste), jusqu’au Skheb (sautoir traditionnel parfumé). Chaque pièce contribue à la richesse et à la singularité de la tenue chaouie, incarnant à la fois tradition, esthétique et symbolique culturelle.

Le Matin d’Algérie : Quelles sont les étapes clés de la création d’une pièce, de la conception à la finition ? Travaillez-vous seule ou en collaboration avec d’autres artisans ?

Milouda Rahali : Les étapes clés sont pour moi le choix des matières premières (tissus, galons, perlage…) ainsi que le choix de la coupe de la robe. Aujourd’hui, je travaille exclusivement seule, mais j’envisage de déléguer certaines étapes simples de la création à un atelier de couture en Algérie, afin d’alléger mon travail et ainsi faire vivre l’artisanat local à travers une collaboration porteuse de sens.

Le Matin d’Algérie : D’un point de vue technique, quels sont les défis spécifiques que pose la confection d’une melehfa ou d’une robe chaouie ?

Milouda Rahali : Respecter les « codes » de la melehfa chaouia afin de conserver l’aspect traditionnel tout en la modernisant et en la mettant aux goûts du jour.

Le Matin d’Algérie : Où vous procurez-vous vos matières premières ? Faites-vous appel à des fournisseurs locaux, et comment garantissez-vous la qualité ?

Milouda Rahali : Concernant les matières premières, je travaille avec plusieurs fournisseurs. Mes approvisionnements proviennent aussi bien de sites spécialisés en ligne que de marchés locaux, et ponctuellement d’Algérie. Ces choix varient en fonction des arrivages, de la disponibilité des matériaux et des exigences spécifiques de chaque création. La qualité est garantie par mon expertise et par une sélection rigoureuse de chaque matière, choisie avec soin tant pour sa qualité que pour son rendu, en cohérence avec les tendances actuelles, mais surtout avec mon univers stylistique et mes exigences esthétiques.

Le Matin d’Algérie : Comment gérez-vous la demande entre création sur mesure et location ? Quelles sont les attentes spécifiques de votre clientèle ?

Milouda Rahali : Je ne propose volontairement pas de créations sur mesure, malgré une demande très importante. Ce choix est avant tout artistique, car il me permet de préserver ma liberté créative en restant fidèle à mon univers. Mon activité se concentre donc sur la création de pièces originales proposées à la location. Ma clientèle recherche des tenues uniques, fortes de caractère et conservatrices de l’authenticité de la melehfa chaouia. Ce fonctionnement me permet également de garantir un haut niveau de qualité et de cohérence dans mes collections, tout en respectant les contraintes de temps liées à un travail artisanal mené seule.

Le Matin d’Algérie : Proposez-vous des adaptations contemporaines des tenues chaouies ? Et si oui, jusqu’où allez-vous sans altérer l’authenticité ?

Milouda Rahali : Oui, notamment à travers des melehfa chaouia revisitées et simplifiées, afin de les rendre plus accessibles et faciles à porter lors d’occasions telles que l’Aïd, les baptêmes ou des événements familiaux.

Ces adaptations restent toujours mesurées et réfléchies : je veille à préserver l’essence, les codes et l’identité de la tenue traditionnelle. Les évolutions concernent principalement la coupe, l’ergonomie et le confort, sans jamais altérer l’authenticité ni la symbolique culturelle qui font la richesse du patrimoine chaoui.

Le Matin d’Algérie : Quels types d’événements ou de cérémonies privilégient aujourd’hui le port de tenues chaouies ? Voyez-vous un retour d’intérêt ?

Milouda Rahali : Les mariages, clairement ! Mais aussi les baptêmes, les shootings et les événements culturels.

Le Matin d’Algérie : Travaillez-vous à faire reconnaître officiellement votre activité (label artisanal, exposition, inscription au patrimoine culturel immatériel) ?

Milouda Rahali : Je n’y ai pas encore songé. Jusqu’à présent, mes priorités ont été centrées sur la création, la gestion quotidienne de mon activité et l’équilibre avec ma vie familiale. Ces démarches pourront toutefois être envisagées ultérieurement, lorsque le cadre et le temps le permettront, incha Allah.

Le Matin d’Algérie : Comment envisagez-vous la transmission de ce savoir-faire ? Avez-vous formé ou envisagez-vous de former une relève ?

Milouda Rahali : J’espère que mes enfants, qui baignent dedans, prendront la relève, ou ma famille. Autrement, non, je n’ai formé personne.

Le Matin d’Algérie : En tant que créatrice et ambassadrice d’un patrimoine vestimentaire ancestral, quel message souhaitez-vous transmettre à travers chacune de vos créations ?

Milouda Rahali : À savoir, je ne suis pas couturière de métier, mais autodidacte, formée par ma mère chaouia, qui m’a transmis bien plus qu’un savoir-faire technique : une histoire, une mémoire et un héritage culturel. Issue de parents immigrés profondément attachés à leurs terres, à leurs traditions et à leur identité, j’ai grandi avec cette volonté de transmission, d’amour et d’attachement à notre patrimoine. À travers chacune de mes créations, je souhaite rendre hommage à mes racines, faire vivre et perdurer un patrimoine vestimentaire ancestral, et offrir aux générations actuelles et futures des pièces porteuses de sens. Mes créations sont pensées comme un lien entre passé et présent, entre héritage, modernité et style, afin que notre culture continue d’exister, de se transmettre et de rayonner dans le temps.

Entretien réalisé par Djamal Guettala 

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Israël reconnaît le Somaliland, l’Égypte et la Turquie condamnent cette décision

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Abdirahman Mohamed Abdullahi
Abdirahman Mohamed Abdullahi

Israël a annoncé vendredi 26 décembre la reconnaissance du Somaliland, une république autoproclamée. Jusqu’à aujourd’hui, cette république ayant fait sécession de la Somalie, il y a près de 35 ans, n’avait jamais bénéficié de la reconnaissance d’un État. 

Israël devient l’unique État au monde à reconnaitre le Somaliland comme « un État indépendant et souverain », une  reconnaissance « mutuelle », précise le communiqué officiel israélien. 

Dans ce texte, le Premier ministre Benyamin Netanyahu mentionne « l’esprit des Accords d’Abraham » en référence à la vague de normalisation qui a vu en 2020 les Émirats arabes unis, Bahrein, le Maroc et le Soudan établir des relations diplomatiques avec l’État hébreu -le Soudan, plongé depuis dans la guerre, n’ayant pas ratifié cette normalisation.

En termes d’impact, la reconnaissance du Somaliland n’a pas grand-chose à voir avec la perspective d’une normalisation avec l’Arabie saoudite, longtemps espérée par Israël mais aujourd’hui bloquée par Riyadh en raison de la politique de l’État hébreu vis-à-vis des Palestiniens.

Condamnation de la Somalie

En tissant des liens avec le Somaliland, Israël peut espérer poser un pied dans la corne de l’Afrique à portée des rebelles houthis du Yémen, alliés de l’Iran et ennemis déclarés de l’État hébreu. Ce pays, doté de ses propres monnaie, armée et police, et qui se distingue par sa relative stabilité comparée à la Somalie, est aussi stratégiquement situé à l’entrée du détroit de Bab-el-Mandeb, sur l’une des routes commerciales les plus fréquentées au monde reliant l’océan Indien au canal de Suez.

Restent aussi ces informations jamais confirmées sur un projet de relocalisation au Somaliland de Palestiniens de Gaza, l’un des scénarios ayant circulé ces dernières années alors que des responsables israéliens et américains évoquaient ouvertement une bande de Gaza vidée de tout ou partie de sa population.

L’Égypte a condamné cette reconnaissance du Somaliland comme État indépendant. La Somalie, la Turquie, proche alliée et soutien de Mogadiscio, et Djibouti l’avaient déjà fait auparavant. Les chefs de la diplomatie des quatre pays se sont entretenus par téléphone après l’annonce israélienne, exprimant leur « rejet total et leur condamnation de la reconnaissance par Israël de la région du Somaliland », et soulignant leur « plein soutien à l’unité, à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la Somalie ». 

Le Somaliland a déclaré unilatéralement son indépendance en 1991, alors que la République de Somalie sombrait dans le chaos après la chute du régime militaire de l’autocrate Siad Barre. Il fonctionne depuis en autonomie, avec ses propres monnaie, armée et police, et se distingue par sa relative stabilité comparé à la Somalie, minée par l’insurrection islamiste des shebab et les conflits politiques chroniques.

Avec RFI

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Message intemporel de Carl Sagan aux arrogants ! 

1
Voyager 1 .

Le 5 septembre 1977, Voyager 1 décolle de cap Canaveral. Tout juste débarqués en Floride, nous étions un bon groupe d’Algériens à avoir la chance d’assister sur place à cette aventure humaine qui continue sans cesse de nous épater, avec ces images époustouflantes envoyées des confins de notre système solaire !

En 1983, après avoir survolé les abords de Saturne, trois années auparavant, Carl Sagan eut cette idée géniale de demander à la NASA d’orienter les caméras de bord afin de prendre une photo de la planète Terre, située alors à des milliards de kms de distance de Voyager 1. Pour des raisons techniques et de disponibilité des équipes de manipulation des codes informatiques, ce n’est que sept ans plus tard que la requête de Carl Sagan fût honorée, suite à la forte insistance de ce dernier !

C’est donc le 14 février 1990 que la photo en question fût réceptionnée pour être dévoilée et émerveiller le monde. Du moins le public avide de cosmos et d’astronomie. Une photo qui n’avait rien de spéciale en tant que telle. Mais le fait est que la Terre apparaissait sous la forme d’un point bleu minuscule, à peine perceptible à l’œil nu. Une photo qui remet en question toutes les pensées philosophiques qui consistent à attribuer à l’homme le rôle de créature préférée des cieux !  À cet égard, l’idée de génie de Carl Sagan fût d’exploiter cette photo en l’accompagnant d’un texte bouleversant de vérité ! Une vérité qui ferait naître quelques doses d’humilité dans la petite cervelle de ceux qui s’octroient des titres de titans et se croient capables d’abattre toutes sortes de colosses et de cyclopes, alors qu’ils sont agglutinés dans un espace minuscule et insignifiant pour leur physique et leur égo de géants !

D’ailleurs, il est à se demander si nos deux acolytes au sommet visionnaient la vidéo « the pale blue dot » (*) et en cogitaient le sens profond, ils ne jetteraient pas l’éponge et se suicideraient pour tout le mal qu’ils font au pays, et donc à une parcelle de ce « pale blue dot » qui nous abrite tous, nous les petits humains réunis à l’intérieur d’un point cosmique trop exigu pour porter la charge de nos ambitions !  

Disserter sur la signification du mot humilité, et vouloir donner aux mots un sens supérieur ou égal au message de Carl Sagan, est un défi de l’impossible ! en plus de faire porter à telle ambition la signature d’une prétention en totale opposition à la dimension corpusculaire que le message nous force à épouser ! De ce fait, je m’étais contenté, en condition initiale à ce texte, de me lancer dans une aventure de traduction, pour ceux qui auraient quelque mal avec la langue de Shakespeare. Une aventure que j’ai vite fait d’abandonner, car telle traduction existe déjà ! au temps pour moi !

L’humilité, Nelson Mandela en avait à revendre à l’ensemble du « pale blue dot » ! Il est rassurant de constater que telle caractéristique se transmet génétiquement ! Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter la dialectique apaisée et apaisante du petit-fils Madiba !  

Question à un dinar pour ceux qui auront visionné la vidéo de Carl Sagan : sur une échelle de 1 à 10 (si tant est qu’on puisse l’appliquer à cette race de schtroumpfs descendus d’une planète d’un monde arabe à part, au sens de l’envahisseur mecquois du terme, pour asservir la planète berbère) quel serait le niveau d’humilité de nos dirigeants ? De Tebboune le soumis à Changriha le conquérant, de nos généraux majors à leurs dégradés minors ?

D’ailleurs, n’est-ce pas une insulte envers Nelson Mandela que d’inviter ces schtroumpfs qui nous gouvernent (de force, faut-il le rappeler ?) dans un texte dédié à Carl Sagan et notre « pale blue dot » ?

Voici donc la traduction du texte qui accompagne la vidéo du « point bleu pâle », telle que piochée sur le net. Si après l’avoir visionnée et intégrée dans leur logiciel d’analyse de la Vie, d’aucuns ne se sentent pas petits, alors il ne sert plus à rien de disserter et d’espérer quoique ce soit pour l’Algérie, Kabylie incluse ! Bon voyage dans l’espace ! Sentons-nous petits ! Car petits et insignifiants, nous sommes ! y compris ce nain au sommet que l’on nous présent en sauveur céleste, en Mahomet libérateur du pays :

« Regardez encore ce petit point. C’est ici. C’est notre foyer. C’est nous. Sur lui se trouvent tous ceux que vous aimez, tous ceux que vous connaissez, tous ceux dont vous avez entendu parler, tous les êtres humains qui n’aient jamais vécu. Toute la somme de nos joies et de nos souffrances, des milliers de religions aux convictions assurées, d’idéologies et de doctrines économiques, tous les chasseurs et cueilleurs, tous les héros et tous les lâches, tous les créateurs et destructeurs de civilisations, tous les rois et tous les paysans, tous les jeunes couples d’amoureux, tous les pères et mères, tous les enfants plein d’espoir, les inventeurs et les explorateurs, tous les professeurs de morale, tous les politiciens corrompus, toutes les “superstars”, tous les “guides suprêmes”, tous les saints et pécheurs de l’histoire de notre espèce ont vécu ici, sur ce grain de poussière suspendu dans un rayon de soleil.

La Terre est une toute petite scène dans une vaste arène cosmique. Songez aux fleuves de sang déversés par tous ces généraux et ces empereurs afin que nimbés de triomphe et de gloire, ils puissent devenir les maîtres temporaires d’une fraction d’un point. Songez aux cruautés sans fin imposées par les habitants d’un recoin de ce pixel sur d’indistincts habitants d’un autre recoin.

Comme ils peinent à s’entendre, comme ils sont prompts à s’entretuer, comme leurs haines sont ferventes. Nos postures, notre propre importance imaginée, l’illusion que nous avons quelque position privilégiée dans l’univers, sont mis en question par ce point de lumière pâle. Notre planète est une infime tache solitaire enveloppée par la grande nuit cosmique. Dans notre obscurité — dans toute cette immensité — il n’y a aucun signe qu’une aide viendra d’ailleurs nous sauver de nous-mêmes. La Terre est jusqu’à présent le seul monde connu à abriter la vie. Il n’y a nulle part ailleurs, au moins dans un futur proche, vers où notre espèce pourrait migrer. Visiter, oui. S’installer, pas encore. Que vous le vouliez ou non, pour le moment c’est sur Terre que nous prenons position.

On a dit que l’astronomie incite à l’humilité et fortifie le caractère. Il n’y a peut-être pas de meilleure démonstration de la folie des idées humaines que cette lointaine image de notre monde minuscule. Pour moi, cela souligne notre responsabilité de cohabiter plus fraternellement les uns avec les autres, et de préserver et chérir le point bleu pâle, la seule maison que nous n’ayons jamais connue »

En conclusion, une petite phrase de Mark Twain pour faire réfléchir davantage ceux qui osent cogiter encore dans ce monde robotisé auquel on a injecté des croyances mystico-politiques en tous genres :

« Ce n’est pas ce que vous ne savez pas qui vous pose des problèmes, mais ce que vous savez avec certitude et qui n’est pas vrai ».

N’est-ce pas là un beau résumé de tout ce qui se distille dans les écoles, les mosquées et les télés de ce pays qui porte le nom d’Algérie ? par la grâce de tant de certitudes par nos gouvernants servies en vérités absolues !

Kacem Madani

(*) https://www.youtube.com/watch?v=wupToqz1e2g&authuser=0

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Diplomatie : le limogeage Kamel Bouchama officialisé par décret présidentiel

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Kamel Bouchama
Kamel Bouchama. Crédit photo : DR

Annoncée à l’automne dernier dans un contexte de tension diplomatique, la fin de fonctions de Kamel Bouchama, alors ambassadeur d’Algérie au Liban, a été formellement actée par un décret présidentiel publié au Journal officiel de la République algérienne (JORA) n° 84.

Par cet acte juridique, la présidence de la République clôt définitivement un épisode sensible ayant mis à l’épreuve les règles de réserve et de neutralité qui encadrent l’action diplomatique algérienne.

Signé le 10 décembre 2025 par le président Abdelmadjid Tebboune, le décret présidentiel officialise une décision qui était, dans les faits, déjà appliquée. Le texte précise que la fin de fonctions de Kamel Bouchama prend effet à compter du 9 octobre 2025, soit quelques jours après la controverse déclenchée par ses déclarations publiques à Beyrouth.

Cette rétroactivité confère à la mesure une portée juridique claire : elle confirme que la rupture entre l’État algérien et son représentant diplomatique a été immédiate, avant même sa formalisation au Journal officiel. La publication du décret vient ainsi mettre un terme définitif au dossier sur le plan institutionnel.

Des propos jugés incompatibles avec la doctrine diplomatique

Pour rappel, Kamel Bouchama, ancien ministre et diplomate de carrière, s’était illustré lors d’un événement culturel au Liban par des propos particulièrement virulents à l’égard du président américain Donald Trump, qualifié notamment de « cow-boy » et de « malade mental ».

Cette sortie médiatique avait suscité un malaise au sein des cercles diplomatiques, les déclarations étant jugées en contradiction manifeste avec les principes fondamentaux de la diplomatie algérienne fondée notamment sur : la stricte réserve imposée aux chefs de mission à l’étranger ; la neutralité souveraine vis-à-vis des dirigeants étrangers ; la préservation des équilibres et des intérêts bilatéraux, en particulier avec les grandes puissances.

Le limogeage de Kamel Bouchama, désormais formalisé, contribue à clarifier la position d’Alger sur le plan diplomatique. Par cet acte juridique, les autorités algériennes prennent officiellement leurs distances avec les déclarations en cause et rappellent leur attachement à une pratique diplomatique encadrée, fondée sur la retenue et la défense des intérêts de l’État.

La rédaction

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