2.9 C
Alger
Accueil Blog Page 31

Bien plus qu’une résolution Sahara 2025

7
Conseil de sécurité.

Le projet de résolution américaine sur le Sahara occidental marque une rupture diplomatique majeure. Pour la première fois, un texte soumis au Conseil de sécurité revendique explicitement « le leadership du président Trump » dans le règlement de ce conflit, transformant un dossier multilatéral en instrument d’affirmation hégémonique.

Cette personnalisation du texte consacre une tentative d’américanisation du processus onusien et vise aussi à complexifier le vote, en le faisant porter moins sur la question de la décolonisation que sur la figure du président américain et sa prétendue action pacificatrice, la « Pax trumpana ».

La démarche tend à écarter le multilatéralisme comme cadre de règlement des différends pour le transformer en arène où se rejoue la hiérarchie des puissances. L’inclusion du plan d’autonomie marocain comme « base la plus crédible » opère un renversement de la logique historique des résolutions précédentes, qui, jusqu’ici, maintenaient la référence au droit du peuple sahraoui à l’autodétermination.

Derrière les mots policés de la diplomatie se dessine un basculement stratégique : celui de l’institution onusienne elle-même, happée par la tentation unipolaire ressuscitée.

La complexité du vote prévu pour demain (jeudi 30 octobre, Ndlr) sera accentuée par plusieurs facteurs. La position chinoise, longtemps prudente, laisse filtrer les signes d’un réalignement partiel. Le commerce bilatéral sino marocain a bondi de 16,6 % sur les cinq premiers mois de 2025, preuve que l’économie prépare souvent le terrain idéologique. La visite du ministre Bourita à Pékin, en septembre, a débouché sur la création d’un dialogue stratégique permanent : une formule en apparence technique, mais qui institue une continuité d’échanges où le Maroc devient un partenaire de confiance dans l’espace africain. L’exclusion du Polisario des récents forums sino-africains n’est pas anodine ; elle constitue un signal implicite de préférence diplomatique.

Pourtant, Pékin ménage toujours ses principes : l’entretien du 29 octobre entre Wang Yi et Ahmed Attaf réaffirme « la constance » de la position chinoise, appuyée sur la « justice et l’équité ». En langage diplomatique, cette constance équivaut à une latitude : la Chine se prépare à s’abstenir, ce qui, dans le calcul des équilibres, revient à ne pas contrarier Washington sans humilier Alger, qui se contente d’une rhétorique de façade.

Du côté russe, la logique transactionnelle prévaut. L’accord de pêche signé avec le Maroc, incluant les eaux sahraouies, vaut reconnaissance implicite de la souveraineté marocaine — un geste hautement symbolique pour un pays qui, jusqu’ici, avait maintenu une neutralité prudente. Serguei Lavrov parle désormais d’une solution « équilibrée », terme qui, dans le langage moscovite, remplace la référence à « l’autodétermination ».

Mais la Russie n’agit jamais sans calcul global. Les diplomates marocains eux-mêmes admettent que Moscou pourrait user d’un « vote sanction » contre Washington, non pour défendre le Polisario, mais pour négocier ailleurs : en Ukraine, en Syrie ou dans le Sahel.

Dans cette optique, le vote russe au Conseil de sécurité devient un levier de troc, un instrument d’échange dans la diplomatie du donnant donnant entre grandes puissances. L’entretien du 21 octobre entre Attaf et Lavrov relève davantage d’une logique de manœuvre que de partenariat : le Sahara y apparaît comme une monnaie d’ajustement dans un rapport de forces mondialisé, où chaque geste diplomatique s’inscrit dans une stratégie de compensation et de calcul plutôt que dans une réelle coopération. Il reste à s’interroger sur la possibilité que Moscou aille jusqu’à bloquer la résolution, même si, au regard des signaux actuels, l’option la plus probable demeure celle d’une abstention, évitant la confrontation directe avec Washington.

L’enjeu du vote dépasse donc largement la question sahraouie. Il s’agit de savoir si le Conseil de sécurité demeure un organe d’équilibre ou s’il entérine la transformation de l’ONU en prolongement de la diplomatie américaine. La règle est claire : neuf voix favorables suffisent, à condition qu’aucun des cinq permanents ne s’y oppose par un veto. Les États-Unis, confiants, comptent sur l’abstention chinoise et l’absence d’obstruction russe.

Si ce scénario se confirme, la résolution consacrera le plan d’autonomie marocain non plus comme hypothèse, mais comme cadre de référence officiel du règlement. 

En un sens, cela reviendrait à enterrer définitivement la perspective du référendum d’autodétermination. Cette évolution placerait l’ONU dans une contradiction institutionnelle : le Conseil de sécurité, dont la responsabilité première est l’établissement et le maintien de la paix, empiéterait sur les prérogatives de l’Assemblée générale. En passant outre l’inscription de la question sahraouie à l’agenda de la Quatrième Commission, en référence aux résolutions 1514 et 1541, il consacrerait un détournement du cadre de décolonisation initialement prévu par la Charte des Nations unies.

Ce basculement signerait la fin d’une époque : celle où l’ONU, malgré ses faiblesses, représentait encore une scène où la légalité internationale pouvait tempérer la puissance. Le texte américain transforme cette scène en tribune ; il ne cherche plus le compromis (diplomatique), mais plutôt, par la logique transactionnelle, un compromis cynique qui consacre les hégémonies régionales, un genre d’établissement d’un féodalisme planétaire.

Si la résolution passe, l’histoire retiendra moins la question sahraouie que le précédent institutionnel : la reconnaissance d’une solution imposée par la diplomatie d’un seul État, au nom d’un réalisme supposé. Ce réalisme là, fondé sur la transaction et la hiérarchie des forces, éloigne un peu plus le droit international de sa raison d’être : servir de rempart contre l’arbitraire des puissants.

Mohand Bakir

- Publicité -

PriMed 2025 : la Méditerranée des voix et des combats

0

Lors de la conférence de presse tenue à l’Hôtel de la Région à Marseille le 28 octobre, le PriMed 2025 a dévoilé sa sélection officielle. Du 29 novembre au 6 décembre, Marseille sera le théâtre de 25 films venus de 15 pays méditerranéens, parmi lesquels 7 inédits en France et 16 réalisés ou co-réalisés par des femmes.

Plus de 30 heures de projections gratuites, avec 20 séances en présence des réalisateurs et 8 séances destinées aux jeunes spectateurs, offriront un regard vibrant et pluriel sur la Méditerranée d’aujourd’hui.

Au cœur de cette édition, La Promesse d’Imane, de Nadia Zouaoui (Canada/Algérie, 52 min, 2024), illumine la programmation. Imane, jeune féministe algérienne de 26 ans, est retrouvée morte dans son appartement. Son blog, intime et politique, racontait la lutte contre les violences faites aux femmes dans un pays où elles sont souvent considérées comme mineures à vie. Avec ce film, Nadia Zouaoui restitue cette voix disparue et l’héritage de son combat, transmis à d’autres voix, d’autres flambeaux. Née en Algérie et installée au Québec, Zouaoui mêle mémoire et engagement, intimité et universel, chaque plan devenant souffle, chaque regard cri.

Le PriMed 2025 fait également résonner les luttes citoyennes et environnementales. La photographe sicilienne Letizia Battaglia, qui a défié la mafia et l’omerta, inspire des combats semblables dans tout le bassin méditerranéen. Que ce soit la dénonciation de la pollution d’une cokerie en Bosnie-Herzégovine (Le Ciel au-dessus de Zenica), ou la mobilisation contre la ligne Lyon-Turin (Transalpin), artistes et militants mettent en images leurs engagements, éveillant les consciences et dessinant des chemins pour un futur commun.

La guerre et la mémoire traversent également la sélection. Dans I Believe the Portrait Saved Me, un simple dessin sauve la vie du peintre Skender Muja au Kosovo. Dans Green Line, Fida, enfant pendant la guerre civile libanaise, part à la recherche d’un milicien qui l’a un jour menacée. Dans Algérie, sections armes spéciales, appelés français et descendants de victimes croisent leurs histoires, tissant une trame où souvenirs et questions s’entrelacent.

Le festival ne néglige pas les espoirs et récits de jeunesse. Echoes from Borderland, A Vol d’Oiseau et Born to Fight racontent les périples, les migrations et les rêves de jeunes femmes et hommes prêts à tout pour un avenir meilleur. D’autres films explorent la solitude et les fractures sociales, comme Je suis la nuit en plein midi, Bosco Grande ou Alice par ci, par là, offrant un regard sur les invisibles et les oubliés.

Le PriMed 2025 remettra 12 prix, décernés par un jury international présidé par Daphné Rozat, par les chaînes de télévision et par plus de 3 000 lycéens du bassin méditerranéen. La cérémonie aura lieu le vendredi 5 décembre à 16h30 au cinéma Artplexe Canebière, ouverte au public et en présence des réalisateurs.

Au PriMed, la Méditerranée devient un miroir poétique et engagé. Chaque film, de La Promesse d’Imane à Transalpin, de Le Ciel au-dessus de Zenica à I Believe the Portrait Saved Me, transforme les vagues en voix, les rivages en combats, et rappelle que mémoire, engagement et espoir continuent de traverser nos générations.

Djamal Guettala 

- Publicité -

Tanzanie : une élection verrouillée autour de Samia Suluhu Hassan

0
Samia Suluhu Hassan
Samia Suluhu Hassan

La présidente tanzanienne Samia Suluhu Hassan se présente à une élection présidentielle sans opposition, dans un climat politique étouffé où les principales voix dissidentes ont été écartées, emprisonnées ou réduites au silence.

La Commission électorale nationale a validé la candidature de la cheffe de l’État, investie par le Chama Cha Mapinduzi (CCM), au pouvoir sans discontinuer depuis l’indépendance. En revanche, elle a banni de la compétition le principal parti d’opposition, le CHADEMA, au motif qu’il aurait refusé de signer le code de conduite électoral. Son leader emblématique, Tundu Lissu, est détenu depuis avril, poursuivi pour “trahison” — une accusation jugée politique par ses partisans et plusieurs ONG internationales.

L’autre grande formation d’opposition, ACT-Wazalendo, a elle aussi été neutralisée. Son candidat, Luhaga Mpina, ancien député du CCM ayant fait défection, a été disqualifié pour “irrégularités dans les primaires”. Son secrétaire général, Ado Shaibu, a dénoncé une décision “honteuse” et une “preuve du manque d’indépendance” de la Commission électorale.

Dans ce contexte, Samia Suluhu Hassan affronte uniquement des candidats issus de petits partis sans audience nationale, transformant le scrutin en plébiscite sans suspense. Les rassemblements de l’opposition ont été interdits, les manifestations réprimées et les réseaux sociaux restreints, notamment Twitter (X), bloqué partiellement à la veille du vote.

Arrivée au pouvoir en 2021 après le décès de John Magufuli, figure autoritaire mais populaire, Samia Suluhu Hassan brigue un premier mandat électif complet. Première femme présidente du pays, elle avait dans un premier temps tenté d’assouplir la ligne politique de son prédécesseur, en relançant le dialogue avec la communauté internationale et en promettant une ouverture démocratique. Mais à l’approche du scrutin, ces promesses se sont évanouies.

Selon Al Jazeera et Reuters, plusieurs disparitions forcées de militants ont été signalées ces derniers mois. Les organisations de défense des droits humains évoquent une dérive autoritaire, où les institutions sont instrumentalisées pour préserver le pouvoir du CCM. Les observateurs indépendants font état d’un taux de participation faible et d’un climat de peur dans certaines régions, notamment à Dar es Salaam et Zanzibar.

Pour la présidente sortante, ce vote doit “confirmer l’unité et la stabilité de la nation”. Dans un message publié sur X avant les coupures, elle a appelé ses partisans à “maintenir l’unité pour assurer la victoire du CCM”.

Au-delà de la victoire attendue de Samia Suluhu Hassan, cette élection interroge sur l’avenir politique d’un pays longtemps cité comme modèle de stabilité en Afrique de l’Est. La Tanzanie donne aujourd’hui l’image d’un régime verrouillé, où la stabilité semble se payer au prix de la démocratie 

Mourad Benyahia 

- Publicité -

Échec des négociations d’Istanbul : la paix entre le Pakistan et l’Afghanistan menacée

0

Les pourparlers visant un cessez-le-feu durable entre Islamabad et Kaboul se sont soldés par un échec, relançant le spectre d’une guerre ouverte le long de leur frontière.

Les négociations tenues à Istanbul entre le Pakistan et l’Afghanistan ont échoué, fragilisant davantage les efforts de paix dans une région déjà marquée par des tensions récurrentes. Ces discussions visaient à établir un accord durable pour un cessez-le-feu, après les affrontements meurtriers survenus ce mois-ci le long de la frontière commune.

Le récent regain de violence est considéré comme le plus grave depuis le retour au pouvoir des talibans en Afghanistan en 2021. Les combats ont entraîné la mort de centaines de personnes des deux côtés, accentuant le risque d’une confrontation ouverte entre les deux pays.

Le ministre pakistanais de l’Information, Attaullah Tarar, a déclaré que les discussions à Istanbul n’avaient permis aucun « résultat concret ». Selon lui, la délégation afghane « s’est écartée du cœur du problème » et les Talibans afghans ont préféré rejeter la responsabilité plutôt que de proposer des solutions pratiques.

Le principal point de discorde reste la Taliban du Pakistan, basée en Afghanistan et accusée de mener des attaques régulières contre l’armée pakistanaise. Islamabad accuse Kaboul de fournir un refuge sûr à ce groupe et de bénéficier d’un soutien indirect de l’Inde pour déstabiliser le Pakistan. Kaboul, de son côté, affirme ne pas avoir le contrôle total sur cette faction et dénonce les incursions pakistanaises sur son territoire, qui ont provoqué des victimes civiles et une colère populaire.

La frontière, longue de plus de 2 600 kilomètres, a été le théâtre d’attaques répétées. L’armée pakistanaise a mené des frappes aériennes contre des positions afghanes prétendument occupées par la « Taliban du Pakistan », tandis que Kaboul a riposté en bombardant des sites militaires frontaliers pakistanais. Des sources pakistanaises ont fait état de cinq soldats tués et de vingt-cinq insurgés éliminés lors de ces affrontements, révélant la fragilité du cessez-le-feu précédemment négocié à Doha.

Le ministre pakistanais de la Défense, Khawaja Muhammad Asif, a averti que l’échec des pourparlers pourrait déboucher sur une guerre ouverte. Il estime que, bien que l’Afghanistan souhaite la paix, l’absence de consensus risque de précipiter une confrontation indésirable.

Pour les observateurs, le risque de conflit majeur est accentué par la tension régionale entre le Pakistan et l’Inde, la compétition sino-indienne et la fragilité du régime taliban après quatre années de pouvoir en Afghanistan.

La rédaction

Sources : Ultra صوت, Reuters, communiqués officiels pakistanais et afghans, octobre 2025.

- Publicité -

Irak : à Bagdad, l’absence du courant sadriste redessine le jeu électoral

0
Le courant sadriste

À Bagdad, la campagne électorale bat son plein à l’approche des législatives du 11 novembre 2025. Mais cette fois, un acteur majeur manque à l’appel : le courant sadriste.

Ce retrait, inédit dans la vie politique irakienne récente, bouleverse les équilibres internes du camp chiite et rebat les cartes à l’échelle nationale.

Moqtada al-Sadr, chef religieux et figure populaire, avait bâti un mouvement structuré autour d’un discours nationaliste et anti-corruption. En se retirant du jeu, il prive la scène politique de l’une de ses voix les plus influentes et laisse un vide difficile à combler. Selon plusieurs estimations, cette absence pourrait coûter jusqu’à cinq sièges aux forces chiites dans la capitale, profitant ainsi aux listes sunnites et aux candidats indépendants.

Face à cette nouvelle donne, cinq grandes coalitions s’affrontent à Bagdad. L’alliance de Nouri al-Maliki (Dawlat al-Qanun), celle du Premier ministre Mohammed al-Sudani (Al-Imar wa al-Tanmiyah) et le parti du président du Parlement Mohammed al-Halbousi (Taqaddum) dominent le paysage. Abdel Rahman al-Jazaeri, du bloc de Maliki, estime que la présence de leaders expérimentés est essentielle pour « combler le vide laissé par les Sadrists et préserver la cohésion du bloc chiite ».

Mohammed al-Sudani, en campagne active, tente quant à lui de transformer cette absence en opportunité. Il appelle à un scrutin « équitable et transparent » et multiplie les déplacements pour convaincre un électorat fatigué par les crises politiques, la corruption et le chômage.

Mais pour d’autres observateurs, comme Ali al-Freiji, du bloc de Mohsen al-Mandlawy, le retrait sadrist pourrait ouvrir la voie à une nouvelle génération de candidats indépendants, porteurs de projets concrets et plus proches des attentes de la jeunesse. Une recomposition politique semble s’esquisser, portée par la lassitude des électeurs envers les partis traditionnels.

Reste que l’incertitude domine toujours. Ali Fadhlallah, analyste politique, rappelle que le vote à Bagdad demeure imprévisible, fortement influencé par les dynamiques locales et tribales. Selon Munaf al-Mousawi, du Centre de recherches stratégiques de Bagdad, les pertes chiites dans la capitale pourraient être compensées ailleurs, limitant ainsi l’impact global du boycott sadrist.

À l’échelle du pays, ce scrutin s’annonce donc comme un test crucial pour la stabilité politique et la crédibilité du système électoral irakien. Et si Moqtada al-Sadr a choisi le silence, son ombre continue de planer sur une Bagdad en quête de nouveaux repères.

Djamal Guettala 

- Publicité -

Entretien entre Ahmed Attaf et Wang Yi : la coopération algéro-chinoise et la question du Sahara occidental évoquées

0

Une nouvelle illustration du partenariat « stratégique global » entre l’Algérie et la Chine s’est manifestée ce mardi à travers un entretien téléphonique entre le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, M. Ahmed Attaf, et son homologue chinois, M. Wang Yi.

Selon le communiqué du ministère algérien des Affaires étrangères, les deux responsables ont passé en revue les multiples volets de la coopération bilatérale et les perspectives de son renforcement, notamment dans le domaine économique. Ce dialogue s’inscrit dans la continuité de la relation privilégiée que les deux pays entretiennent depuis plusieurs décennies, et que leurs dirigeants respectifs s’emploient à élever à un niveau de concertation et d’interdépendance stratégique plus affirmé.

Mais au-delà de cette rhétorique partenariale, la conversation entre M. Attaf et M. Wang Yi a également abordé des questions internationales sensibles inscrites à l’ordre du jour du Conseil de sécurité de l’ONU, au premier rang desquelles « la question de la décolonisation au Sahara occidental », selon la formulation du communiqué.

Une expression mesurée, presque sibylline, qui rappelle le ton feutré adopté par Alger lorsqu’il s’agit d’évoquer publiquement ce dossier, sans jamais s’écarter de sa ligne traditionnelle de soutien au droit à l’autodétermination du peuple sahraoui, mais en veillant à ne pas heurter ses partenaires internationaux.

Pékin, tout en demeurant discret sur le fond de la question sahraouie, partage avec Alger une conception commune des principes de souveraineté, d’intégrité territoriale et de non-ingérence — autant de notions qui structurent leur lecture de la gouvernance internationale et de la réforme du système multilatéral.

En conclusion, si le communiqué officiel se garde d’insister ouvertement sur la question du Sahara occidental, se contentant d’y faire référence sous l’expression mesurée de « décolonisation », il n’en demeure pas moins que cette allusion traduit la persistance du sujet dans les priorités diplomatiques d’Alger. 

En plaçant l’échange avec Pékin sous le signe du multilatéralisme et de la concertation onusienne, la diplomatie algérienne laisse entrevoir, sans le dire explicitement, la portée stratégique de ce dossier dans le jeu d’alliances et d’équilibres qui façonne désormais sa relation avec la Chine. 

Alger cherche ainsi à s’assurer l’appui de Pékin à sa stratégie de défense de la cause sahraouie, dans la continuité de la démarche entreprise récemment auprès de la Russie, lors de l’entretien entre Ahmed Attaf et Sergueï Lavrov.

 Une approche qui confirme la volonté d’Alger de consolider un front de soutien parmi les membres permanents du Conseil de sécurité autour du principe de décolonisation au Sahara occidental. Cette  position que défend également le Front Polisario  sera confrontée à la proposition marocaine d’autonomie du territoire dans le cadre de la souveraineté du royaume chérifien, lors du débat prévu ce vendredi 31 octobre à l’ONU.

La rédaction

- Publicité -

Farida Sahoui : « Dans mes écrits, j’essaie toujours d’appréhender notre histoire avec fierté … »

4
Farida Sahoui
Farida Sahoui

Native d’Azazga, en Kabylie et titulaire d’un BTS en Tourisme, Farida Sahoui a signé trois ouvrages à caractère historique : un récit-hommage et témoignages de Familles Kabyles d’Algérie en Tunisie (2017) ; un essai sur le Roi Jugurtha en trois langues (2018-2019) ; et un autre essai, en 2021, « Sur les traces des Kabyles exilés en Tunisie, dont Le Matin d’Algérie avait déjà fait une recension.

Récemment, elle a reçu le premier prix « Rachid Alliche » du meilleur roman amazigh de l’année 2024, pour Aggus, délivré par la Fondation Tiregwa d’Ottawa au Canada. Dans cet entretien, Sahoui aborde non seulement son parcours littéraire, mais la place du livre dans la société, l’art et les artistes, l’écriture en Tamazight, la condition de la femme, les défis de l’avenir pour l’Algérie, ses espoirs de femme…

Le Matin d’Algérie : On commence, de prime abord, par la fin, comment l’idée de l’écriture d’Aggus vous est-elle venue ? C’est-à-dire, on veut bien comprendre d’abord ce basculement de l’essai-récit au roman, puis l’autre basculement de la langue française à Tamazight ?

Farida Sahoui : Ce n’était guère, à vrai dire, difficile pour moi de passer du récit-essai au roman, du moment que l’idée est déjà là. En revanche, c’est la conception qui diffère. Dans le roman, il y a plus de liberté pour l’auteur de s’exprimer et de détailler des faits, vécus ou imaginés soient-ils.

L’acte d’écriture a en soi-même, de mon point de vue, le même effet sur l’auteur, c’est pourquoi l’œuvre est reçue avec la même curiosité de découverte de son contenu par les lecteurs. Pour passer du français à tamazight, cela ne m’avait pas posé de gros problèmes non plus. Je vous rappelle, à cet égard, que mes premières contributions dans la presse écrite avaient été faites en Tamazight, au tout début des années 90 dans le journal Tamurt « La Patrie ».

Ma première édition littéraire fut dans la langue française, mais je n’avais pas tardé à publier un essai intitulé Jugurtha en tamazight pour en écrire d’autres dans la langue française et revenir encore à éditer en «Taqbaylit » (dialecte ou variante kabyle) en 2024, avec le roman Aggus (Ceinture NDLR). Cela dit, je me suis basculé d’un style d’écriture à un autre, au gré de mes penchants littéraires et entre deux langues, sans difficultés réelles.

Quant au roman « Aggus », l’idée m’est venue suite à ce que j’ai pu constater et entendre du vécu des femmes kabyles qui s’étaient battu pour leurs droits dans notre société. Le récit Aggus est tiré d’une histoire vraie. Si, pour la femme actuelle, Aggus, qui veut dire ceinture, est une pièce du tissu qu’elle met autour de sa taille par effet de mode, on le retrouve néanmoins d’un autre usage dans la tradition ancestrale.

En effet, quand une veuve avait un doute qu’elle pourrait bien être enceinte, elle déposait ce morceau du tissu sur le cercueil de son mari, tout en passant au-dessous. C’est une façon pour elle de se protéger en informant les gens qu’elle pourrait être enceinte… Malgré l’observation de ce rituel, dans mon roman, le personnage principal Tassaâdit, n’échappera pas à l’opprobre dans son entourage… Aggus traite plusieurs maux sociaux liés surtout à la femme entre soumission et émancipation. On y trouve différents visages de femmes entre vieille fille, mariée divorcée, veuve, femme victime d’un mariage forcé, femme d’un Agriv « exilé », vieilles entre sagesse et une certaine « sauvagerie ».

Au-delà de l’histoire de Tassaâdit elle-même, je suis allée piocher dans le patrimoine verbal de notre langue entre proverbes, dictons et surtout en quête approfondie d’expressions qu’on risque de perdre de notre lexique. Il me semble qu’il est nécessaire de tout mettre en papier, une façon pour moi de sauvegarder nos trésors linguistiques de la disparition.

Comme premier retour positif, des enseignants universitaires me disent que je viens de réaliser un véritable travail d’anthropologie au féminin et me demandent de faire une traduction dans d’autres langues. D’ailleurs, deux d’entre eux m’ont contacté pour me dire que mon roman mérite d’être adapté au cinéma. Juste un rappel au passage : je viens de remporter avec Aggus le premier prix « Rachid Alliche » du meilleur roman amazigh de l’année 2024, délivré par la Fondation Tiregwa d’Ottawa au Canada.

Le Matin d’Algérie : On sait que la femme algérienne, celle des régions de Kabylie et des Aurès en particulier, a contribué de façon capitale à la pérennité de Tamazight, frappée depuis des siècles par l’oralité. Comment estimez-vous, au juste, le rôle de la femme kabyle dans la construction du récit national ?

Farida Sahoui : Effectivement, la femme rurale, kabyle et chaoui en particulier, a toujours porté le fardeau de la mémoire, du vécu ancestral et de la langue. Encore faut-il préciser son rôle, en tant que courroie de transmission, dans la préservation du patrimoine immatériel. Elle a participé d’une manière remarquable à la pérennité de la langue maternelle et à sa transmission à travers les chants, les proverbes et autres contes et histoires qui ont tendance à disparaitre au fil du temps. C’est grâce à elle qu’on a pu apprendre sur nos traditions et nos valeurs communes. La femme algérienne a su transmettre aux générations futures tout ce que recelait l’oralité comme richesse. Et c’était en tant que telle, c’est-à-dire en tant que paysanne issue du milieu traditionnel, qu’elle a joué ce rôle primordial dans la construction de l’identité nationale.

Tout naturellement, le récit national, qui se construit à partir de narrations parfois romancées, est alimenté en grande partie par toutes ces contributions et ces bribes de mémoire que la femme algérienne a su, tout à son honneur, préserver et transmettre. Par ailleurs, il va sans dire que même les hommes ont ce souci de sauvegarde et de transmission. A titre d’exemple, dernièrement, j’ai entendu parler d’une personne âgée qui cherchait quelqu’un pour recueillir ses poèmes traitant des hommes ayant marqué le XIXème siècle et les conflits enregistrés entre les différents Aârches (tribus NDLR). Cela étant, on peut aussi, tout de même, retrouver chez les hommes d’inestimables trésors sur le patrimoine qu’on n’a pas su ou pu sauver de l’oubli. Hélas, tant de bibliothèques ont quitté ce monde avant que nous les découvrions, et c’est, à notre grand malheur, une partie de nous-mêmes qui est partie avec toutes ces femmes et tous ces hommes de valeur !

Le Matin d’Algérie : La femme algérienne d’aujourd’hui est-elle, à votre avis, la digne héritière de ses ascendantes ?

Farida Sahoui : Il faudrait bien noter qu’entre nos aînées et la femme algérienne d’aujourd’hui, il y a eu le passage, entre-temps, de l’oralité à l’écrit avec tout le processus d’instruction et de contact avec les autres en termes de transmission et de mode de vie qui en découle. De nos jours, avec la mondialisation, le high-tech et la mutation des préoccupations sociales grâce aux réseaux sociaux, on assiste à la transformation des éléments culturels (pratiques, traditions, objets, etc.).

Autrement dit, pour les mettre, ces éléments culturels-là s’entend, en avant, d’aucuns les présentent souvent de manière assez pittoresque, disons même folklorique, voire superficielle, sans portée symbolique ni profondeur spirituelle ou historique. Or, le fait de limiter toute une culture et une identité aux quelques aspects les plus extérieurs et souvent stéréotypés, porte atteinte à la chaine de transmission et réduit certains reflexes – jadis primordiaux à la pérennité de notre langue maternelle-à de simples actes ordinaires de « consommation », parfois dans un but touristique ou de valorisation culturelle destinés à un public particulier. Ceci étant dit, je ne suis pas trop sûre qu’actuellement toutes les femmes algériennes puissent s’intéresser pleinement à tout cet héritage dans toute sa dimension. Il est regrettable de constater qu’on a tendance à faire de la folklorisation une priorité, au lieu de nous pencher sur le travail de fond : la recherche, la sauvegarde et la transmission. Cependant, il y a encore, à mon humble avis, des femmes qui essayent de rester fidèles à leurs aïeules pour donner à notre culture un nouveau souffle, à travers l’écriture, le chant et l’art en général, mais cela reste tout de même maigre, insuffisant, face aux défis actuels et futurs. Le monde d’aujourd’hui est dominé par le goût du lucre. Cela dit, il est difficile de parler de l’engagement sérieux dans la culture en l’absence d’un profit financier…

Le Matin d’Algérie : On remarque, ces dernières années, la prolifération des œuvres en divers domaines en langue amazighe. Certains spécialistes jouent sur la quantité de production, jugeant que, dès que l’on produit plus, on donne beaucoup plus de souffle à la langue, même si la qualité fait défaut. D’autres, minoritaires, pensent plutôt que la qualité de production est essentielle pour promouvoir une littérature raffinée, attirante et « exportable ». Quel est votre point de vue ?

Farida Sahoui : Effectivement, ces dix dernières années, la production du livre amazigh connait une forte croissance. Ce qui est bien pour la langue elle-même en premier lieu, mais aussi pour les amoureux de la littérature berbère. Il faut rappeler que cette dernière est relativement toute jeune, si l’on la compare aux autres. Cela étant lié à différentes raisons historique, politique et sociolinguistique dont l’espace ici ne permet pas de développer. C’est pourquoi, je pense que pour qu’on puisse parler de littérature amazighe, pour que celle-ci ait vraiment une place parmi les autres et gagner en visibilité, il faut qu’il y ait au préalable une forte production.

Et il me semble, cela reste bien entendu mon point de vue personnel, qu’à l’état actuel des choses, cette phase est sur le point de connaître son plein essor, même si beaucoup reste à faire. Autrement dit, il est tout à fait légitime de prétendre à une qualité meilleure d’une telle production, que ce soit sur le plan littéraire, esthétique ou bien linguistique. Pour cela, je trouve qu’il n’y a pas de raison de rester avec la même mentalité et les mêmes idées surannées du passé, liées à un contexte bien défini, si on veut vraiment permettre à cette jeune littérature de décoller. Il est plus que nécessaire, aujourd’hui, de nous pencher sur la qualité si on veut vraiment que Tamazight trouve la place qu’elle mérite et celle qu’on lui souhaite.

Aussi est-il important de continuer à produire en cette langue dans divers domaines. Quoique, il faudrait bien se l’avouer, cela demeure insuffisant, car se focaliser sur la quantité au détriment de la qualité ne sert pas à grand-chose. Travailler pour Tamazight n’est pas une fin en soi, il faudrait bien qu’à un moment donné la qualité suive, sinon, on n’est pas sorti de l’auberge ; on risque, et c’est le pire des cas, de tomber dans la facilité et le bricolage… D’après ma propre expérience, il faut dépasser le slogan « l’essentiel, c’est d’y avoir participé!» Il faut prendre au sérieux la qualité du travail présenté aux lecteurs. A l’heure présente, avec le foisonnement littéraire et surtout l’engouement de la jeune génération à écrire en cette langue, on peut parler d’une vraie production littéraire en tamazight qui tend à rivaliser avec la production dans d’autres langues, à savoir l’arabe et le français. C’est une réalité : Tamazight s’impose sur le champ littéraire et devient une vraie concurrente pour ces deux langues en termes de production littéraire !

Le Matin d’Algérie : Dans votre ouvrage Jugurtha, il s’agit en quelque sorte du récit de la saga berbère, avec la mise en évidence de la « figure de l’aguellid résistant» dans une civilisation marquée par la survivance miraculeuse de la langue grâce à l’oralité. Est-ce un « contre-récit historique » de celui des historiens romains ou occidentaux ? Ou au contraire, une simple tentative pour se raconter soi-même, c’est-à-dire se raconter son histoire ancestrale à sa manière, et selon la version locale conçue comme « la plus objective » ?

Farida Sahoui : Il est communément admis que l’histoire est toujours écrite par les vainqueurs ! Notre histoire, plusieurs fois millénaire, n’échappe pas malheureusement à cette règle. Dans ma démarche, lorsque j’aborde toutes ces thématiques en lien avec notre histoire et notre mémoire, je ne peux rester indifférente. Je ne peux passer à autre chose sans que j’éprouve du regret et du ressentiment face à toutes ces entreprises « coloniales » et « néocoloniales » visant à nous réduire, à nous dévaloriser et à nous stigmatiser pour nous ranger dans « la case des sous-peuples ». De ce fait, comme simple réaction, dans mes écrits j’essaie toujours d’appréhender notre histoire avec fierté, armée d’une vision civilisationnelle plurielle mais « dépassionnée », de montrer aux autres que nous sommes comme eux, avec nos hauts et nos bas, nos exploits et nos gloires.

Je m’y prends avec précaution avec les faits historiques, c’est-à-dire avec tout ce que cela exige comme objectivité et respect de l’autre. Mon essai sur le prince Jugurtha ne déroge pas à ce principe, dans la mesure où il n’est pas du tout un contre récit-historique, mais mon propre récit tout simplement, que je voulais présenter aux lecteurs. Je tiens à préciser, au demeurant, que quand j’ai entamé son écriture, je n’avais pas encore lu ni sur Salluste ni moins encore sur son célèbre livre « La guerre de Jugurtha ». Bref, mon élan créatif fut spontané, celui d’une femme profondément ancrée dans son amazighité. Une « chercheuse » qui veut faire revivre l’histoire de ses ancêtres, avec un sentiment d’appartenance sans égal. Pour moi, ce fut plus qu’un besoin psychologique et culturel de le faire : un devoir moral.

Personnellement, au plus profond de moi-même, je me sens une descendante directe de Massinissa et de Jugurtha, donc il est tout à fait normal d’avoir cette fureur de parler des miens. Je les sens proches de nous, ils sont vivants parmi nous, comment ne pas évoquer leurs noms et leurs exploits, comment ne pas écrire sur eux, les chanter, les célébrer ?

Le Matin d’Algérie : Revenons maintenant sur votre excellent essai « Sur les traces des Kabyles exilés en Tunisie ». Dans le corps du texte, on a relevé des témoignages extraordinaires sur cette coexistence séculaire entre la diaspora kabyle et les Tunisiens. Vous avez même cité en exemple la famille des Amrouche. Il y a comme un brin de nostalgie. Sincèrement, d’où vient cet intérêt pour la Tunisie ?

Farida Sahoui : Avant tout, je dois rappeler que le travail sur nos exilés en Tunisie est le fruit d’une coïncidence, si je peux le résumer ainsi. En ce sens, ce n’est pas un travail que j’ai cherché à faire. C’est par de simples rencontres que j’ai pris connaissance des faits dramatiques qu’avait subis notre communauté exilée, installée en grande partie en Tunisie. Puis, petit à petit, j’ai pris conscience des conditions pas du tout faciles dans lesquelles cette dernière avait vécu.

En effet, j’ai eu la chance et le privilège de croiser la route de certains descendants directs de ces exilés qui m’avaient raconté beaucoup de choses sur les conditions de leur départ, notamment au lendemain de l’insurrection de 1871. Des témoignages extraordinaires que j’ai pris le soin d’insérer dans mon corpus. Au départ, mon intention ce n’était pas d’en faire un livre, ce n’est qu’à après l’insistance et les vœux émis par ces Kabyles de Tunisie que j’ai décidé de franchir le cap : passer à l’écriture de mon récit quelques années plus tard ! L’essai Sur les traces des Kabyles en Tunisie, est une œuvre qui ne parle pas seulement de la guerre, mais aussi des faits sociaux et politiques tels que la société tunisienne, et la diaspora kabyle en particulier, les avaient vécus. Ceux-ci prennent d’ailleurs une grande place dans le corps du texte. Le volet culturel aussi en a pris une part importante.

A vrai dire, la famille Amrouche est un exemple édifiant de cette coexistence séculaire entre la diaspora kabyle, formée par la deuxième puis la troisième génération de ces exilés, et les Tunisiens. Elle avait marqué son passage en Tunisie par ses productions littéraires, radiophoniques (notamment pour Jean) et même politiques. C’est une famille qui avait donné beaucoup à la Tunisie, mais aussi, il faut bien le souligner en gras : Tunis leur avait donné la chance d’exister dans un espace culturel plus ouvert, métis, cosmopolite. Jugeons-en par les écrits de Jean El Mouhoub qui n’avait pas manqué d’évoquer à chaque occasion sa ville de cœur, « Tunisie de la grâce » disait-il dans un de ses poèmes, pour laquelle il avait composé tant de chants.

Dans cet ordre d’idées, j’ai jugé judicieux de rapporter toutes ces bribes de mémoire, d’autant plus que l’exilé lorsqu’il quitte sa terre, en laissant derrière lui ses biens, il ne prend avec lui que ses chants ; ses dictons ; ses anecdotes ; ses souvenirs. C’est, bien naturellement, avec ce patrimoine immatériel qu’il sera en mesure de supporter son exil et vivre à travers lui sa culture et la faire vivre… A mon sens, un exilé n’est jamais sans mémoire ! Ce travail, je l’ai réalisé avec un grand respect, solidarité et reconnaissance pour tout ce que nos exilés m’avaient confié et transmis comme vécus, faits, événements, mais aussi comme émotions.

Actuellement, je travaille sur un thème proche du premier, entre exil et émigration de notre communauté en Tunisie. J’y évoque l’exil du savoir, quand les Kabyles se rendaient à Tunis pour étudier et n’en revenaient plus, s’investissant dans le journalisme, la culture et aussi la politique, à l’instar d’Abdelaziz Taalibi et la création de son parti politique au début du XXe siècle… Je cite des noms connus dans le domaine de la justice et de la politique, comme El Ghobrini, mais sur une autre période de l’histoire pour nous faire voyager au temps des Hafsides….

Le Matin d’Algérie : Enfin, comment peut-on estimer aujourd’hui l’état des lieux en Algérie : Tamazight, le statut de la femme, la place de l’artiste et de l’intellectuel ? Bref, ne faut-il pas sortir du cercle vicieux des slogans creux et se retrousser les manches pour avancer ?

Farida Sahoui : La situation, telle qu’elle est vue de tous est inquiétante, ni Tamazight, ni la femme ni l’artiste ni l’intellectuel ne sont respectés ! Pour Tamazight, on s’est rendu compte que jusqu’à présent, malgré son institutionnalisation et les textes qui existent, il y a comme une volonté sournoise d’entraver sa promotion et son développement.

Les moyens financiers, humains et logistiques mis à son service restent de loin insuffisants et insignifiants, par rapport aux attentes.

Jusqu’ici, comme il est facile de le constater, Tamazight se tient uniquement grâce à ses enfants et ceux qui la portent dans leurs cœurs.

Certes, la donne a changé, et même si le combat culturel est mené, tant bien que mal, et au quotidien par les différents acteurs, il n’en demeure pas moins que le militantisme politique doive parallèlement reprendre du terrain en urgence, c’est une nécessité !

Pour le statut de la femme, il est clair que la situation en Algérie se dégrade et la femme se voit reculer de plus en plus. La société a comme peur d’elle. Et pourtant, il faut bien savoir que dans une société où la femme perd sa place, c’est l’homme qui se perd avec elle ! On est comme coincés dans des débats dépassés, stériles, qui nous ne mènent nulle part. A l’heure actuelle, le mot « lutte » a perdu son sens, pas uniquement chez nous mais aussi dans certaines sociétés.

On vit au jour le jour et la femme, comme vecteur social du changement, ne se bat plus ; je peux dire même, peut-être je me trompe et je l’espère de toutes mes forces, que la femme algérienne a fait son choix : la soumission ! C’est désolant comme constat : elle subit des pressions au quotidien, elle se voile, elle se cache pour pouvoir sortir… Désolant ! Concernant la place de l’artiste, chez nous, on a tendance à oublier ce terme.

Que reste-t-il d’un chanteur qui ne chante pas dans toutes les villes de son pays, et qui ne peut rien choisir de ses thèmes et parfois de sa langue ? Il est visé de tous, un artiste qui ne peut pas jouer son rôle d’artiste perd, à vrai dire, la place que sa société lui a confiée. 

La scène artistique est désertée, elle est remplacée par un discours plutôt méfiant qui refuse malheureusement l’art et l’artiste. Quant à l’intellectuel, il a choisi de se taire dans son propre pays. S’il veut s’exprimer, travailler ou produire, il doit choisir une autre terre, plus clémente. C’est sous d’autres cieux qu’il brille alors que les siens ont besoin de lui sur place.

On vit dans une Algérie où l’oppression est pratiquée comme rituel social : ni liberté d’expression, ni ouverture du champ politique. Personne ne sait pourquoi tout cela survient. Pourquoi fait-on de ses meilleurs enfants ses meilleurs ennemis ? On cherche notre Algérie ! L’Algérie de tous, une Algérie qui se reconstruira dans son espace naturel, historique et géographique. L’Algérie peut être singulière et plurielle, mais aussi ouverte sur le monde, tolérante, accueillante et surtout bienveillante. Face à cela, on doit continuer de travailler : retrousser nos manches et nous mettre à la production avec ce que nous disposons comme moyens, selon nos capacités et acquis du moment, tout en visant d’autres horizons.

Propos recueillis par Kamal Guerroua pour Le Matin d’Algérie.

- Publicité -

PS et gouvernement se rapprochent d’un accord sur la surtaxe des entreprises, malgré des tensions persistantes

0
Assemblée nationale

À l’Assemblée nationale française, Le Parti socialiste et le gouvernement Lecornu ont trouvé lundi un terrain d’entente sur la surtaxe des bénéfices des entreprises. Ce compromis semble marquer une avancée vers un accord budgétaire global, même si plusieurs points de désaccord subsistent, notamment sur la fiscalité du patrimoine et la suspension de la réforme des retraites.

Les députés examinaient le projet de loi de finances lorsque les débats se sont concentrés sur la surtaxe imposée aux sociétés. Le gouvernement a présenté un amendement prévoyant d’augmenter le rendement de cette taxe de 4 à 6 milliards d’euros, en concentrant l’effort sur les grandes entreprises.

Une orientation vivement critiquée par les députés du groupe UDR, proches d’Éric Ciotti (extrême droite), mais aussi par certains élus LR et macronistes de Renaissance, qui réclamaient la suppression pure et simple de la mesure.

De son côté, Manuel Bompard (LFI) a dénoncé un « marchandage dans des salles parallèles » entre le PS et le gouvernement. Malgré ces critiques, son groupe a finalement voté en faveur du dispositif.

Le ministre de l’Économie et des Finances, Roland Lescure, a défendu la méthode : « Nous nous sommes engagés à écouter les débats au sein de l’Assemblée », a-t-il rétorqué.

Devant la presse, le président du groupe socialiste, Boris Vallaud, a pour sa part souligné le manque de cohésion dans le camp présidentiel. « Il n’y a ni bloc central, ni socle commun. Ce n’est pas rassurant pour la suite », a-t-il regretté.

Une entente fragile sur fond de nouvelles discussions

Les prochaines discussions porteront sur la « taxe Zucman », qui vise à instaurer une imposition minimale sur le patrimoine. Les socialistes proposent une version allégée de cette mesure et attendent désormais un soutien clair du gouvernement pour la faire adopter.

Dimanche, le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, a mis en garde l’exécutif contre le risque d’une nouvelle dissolution s’il refusait d’avancer sur la taxation des hauts patrimoines.

En parallèle, les députés ont voté lundi après-midi la réduction, puis la suppression anticipée, de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), un impôt de production décrié à la fois par le gouvernement et par l’extrême droite. Cette mesure coûtera 1,3 milliard d’euros.

Retraites et Sécurité sociale : des débats encore vifs

En commission des Affaires sociales, le député socialiste Jérôme Guedj a salué de « faibles signaux » allant dans le sens d’un accord global, après l’adoption d’un amendement relevant la CSG sur les revenus du patrimoine et du capital. Les macronistes se sont abstenus, tout en exigeant des garanties avant le débat en séance, prévu à partir du 4 novembre.

La commission a également rejeté le gel du barème de la CSG proposé par le gouvernement, préférant maintenir son indexation sur l’inflation. Autre revers pour l’exécutif : le refus de créer une cotisation patronale sur les tickets-restaurants et les chèques-vacances.

Mais la question centrale du budget de la Sécurité sociale reste la suspension de la réforme des retraites — condition posée par le PS pour ne pas censurer le texte. La mesure, qui reporte jusqu’à janvier 2028 la montée progressive vers les 64 ans et l’allongement des trimestres, divise profondément la majorité.

La droite a d’ores et déjà annoncé qu’elle proposerait de supprimer cette suspension. Le président du Sénat, Gérard Larcher, a prévenu : si l’Assemblée la maintient, la chambre haute, dominée par la droite et le centre, rétablira la réforme.

Le ministre de la Défense, Sébastien Lecornu, a d’ailleurs rencontré lundi les chefs de file des groupes sénatoriaux de droite et du centre, irrités par les concessions accordées aux socialistes. « Je n’ai pas de deal avec le PS », leur a-t-il assuré, tout en reconnaissant que le Sénat avait « ses propres lignes » sur le budget.

Le coût de la suspension de la réforme des retraites est estimé à 100 millions d’euros en 2026 et à 1,4 milliard en 2027. Un poids budgétaire conséquent, alors que le projet de loi de financement de la Sécurité sociale se veut particulièrement rigoureux, visant à ramener le déficit à 17,5 milliards d’euros en 2026, contre 23 milliards en 2025.

Mourad Benyahia avec AFP

- Publicité -

Les Benflis, de père en fils !

0
¨Prison

Suite à la condamnation du fils de l’ancien chef de gouvernement algérien, Ali Benflis, quoi de plus évident que reprendre une litanie qui nous est servie comme les épisodes du téléfilm « Gloire, amour et beauté » dont la diffusion est éternelle. 

La particularité des téléfilms algériens est qu’ils débutent toujours par la fin de l’histoire. Si ceux de Colombo en font de même, c’est par un effet voulu pour que le téléspectateur reste en haleine pour comprendre ce qu’il s’est passé.

Mais en Algérie, cette inversion des faits est due à une autre raison. C’est celle du silence absolu, par terreur ou par crainte de se dévoiler. Ce n’est que lorsqu’un loup montre sa fragilité, parce que sa terreur a perdu de son effet, que la meute se précipite sur lui. C’est l’épilogue qui est porté à la connaissance du public, la phase judiciaire

Qui a dit cette phrase célèbre « Les loups ne se mangent pas entre eux » ne connaissait pas l’existence de l’une des variantes de l’espèce qu’on appelle les dirigeants du régime militaire algérien. Commençons par le scénario du jour, celui du fils de Ali Benflis. 

La liste des chefs d’accusation est longue, je la reprends d’un résumé publié hier dans Le Matin d’Algérie. Si le lecteur sent qu’il est épuisé pour lire la longue liste, il peut éviter la lecture entière tant il connaît par cœur le dictionnaire des mots de la justice politique en Algérie. Dans cette affaire, les voici en liste à la Prévert..

« Les accusations portées contre le fils de l’ancien chef de gouvernement étaient particulièrement graves. Elles incluaient des chefs d’inculpation pour crime de trahison, établissement de contacts avec des agents de renseignement d’un État étranger susceptibles de nuire à la position militaire ou diplomatique algérienne ou à ses intérêts économiques fondamentaux. 

S’y ajoutaient des charges de blanchiment d’argent issu de revenus criminels, de financement d’actes terroristes, de promesse d’avantages indus à un fonctionnaire en échange de l’accomplissement de ses devoirs professionnels, et de financement occulte d’un parti politique. »

Pour l’histoire de ces plats réchauffés, passons en revue quelques exemples de la ruée des loups sur une victime qui ne peut plus les mordre.

Abdelmalik Sellal, ancien Premier ministre, condamné à 12 ans de prison pour corruption.

Noureddine Bedoui, dernier ministre de Bouteflika, condamné à 12 ans de prison pour corruption. Il n’avait pas quitté le navire alors qu’il était évident que le protecteur allait mettre un genou à terre. Je l’aurais condamné à la perpétuité pour cause grave d’imbécilité.

Saïd Bouteflika, frère et dauphin du roi. Le job d’apprenti dictateur est dangereux lorsque le maître de stage est fragilisé.

Et ainsi de suite…

Passons maintenant aux plus féroces. C’est du lourd.

Ahmed Ben Bella : renversé par un coup d’Etat. Les leaders d’une meute sont perpétuellement menacés par les loups qui veulent être leader à sa place. C’est dans l’ordre des choses dans ce monde sauvage. 

Houari Boumédiene : fauché par la mort à 46 ans. Même les grands prédateurs ne peuvent  défier plus fort qu’eux, la maladie.

Chadli Bendjedid : ll a été chassé du système. Ce genre de menaces ne peuvent être prises à la légère par les loups affaiblis. 

Mohamed Boudiaf : invité par le clan au grand festin, il n’avait pas compris qu’elle était menacée par une autre. 

Liamine Zéroual : le plus malin de tous car il a préféré préserver sa vie. Ils voyaient bien que les crocs de la meute commençaient à s’aiguiser. 

Abdelaziz Bouteflika : le vieux lion a voulu présomptueusement garder sa couronne sur une crinière dégarnie et des crocs devenus aussi inoffensifs que ceux d’un vieux chat. 

Et nous éviterons de citer les petits louveteaux, ceux du quotidien des tribunaux. Des hommes d’affaires par-ci, des femmes de hautes fonctions et des petits fonctionnaires qui ont mis leurs mains dans la caisse sans en demander la permission aux chefs du système.

C’est du menu fretin qui est responsable de l’engorgement des tribunaux algériens. Ils encombrent mais ne font même pas frémir un poil de la moustache des chefs de la meute. 

Moi, je veux maintenant un retour des grands prédateurs dans les tribunaux. Je veux des Landru, des Jack l’Éventreur, des Néron et des Staline.

Bon, je me contenterai du procès du terrifiant Tebboune mais franchement, un individu de ce gabarit qui veut être dans l’histoire, c’est léger.

Le sort du fils de Benflis ? C’est qui ?

Boumediene Sid Lakhdar

- Publicité -

Affaire ANEP 2 : justice spectacle, des zones d’ombre et des « patrons de presse » toujours intouchables 

1
Presse algérienne

Derrière les condamnations spectaculaires de Hamid Grine et Djamel Kaouane, deux ex-ministres de la Communication, l’affaire ANEP 2 met à nu un vaste réseau de détournement de la publicité publique au profit de journaux de façade et de titres de connivence.

Tandis que les lampistes tombent, les véritables profiteurs de cette rente — propulsés au rang de “patrons de presse” grâce à la manne de l’ANEP — continuent d’échapper à la justice, exposant les limites d’un assainissement plus politique que moral. Ne nous leurrons pas, nous assistons plus à une justice sacrificielle.

L’affaire dite ANEP 2 n’a pas seulement révélé un vaste système de détournement et de clientélisme au sein du dispositif public de publicité ; elle met à nu une dérive structurelle qui mine depuis des années la relation entre pouvoir, médias et argent public. Derrière les condamnations spectaculaires prononcées contre d’anciens ministres de la Communication et des responsables de l’Agence nationale d’édition et de publicité (ANEP), se profile une question essentielle : celle de la transparence dans la distribution de la manne publicitaire publique et de la responsabilité réelle des bénéficiaires.

Selon les éléments du dossier, les annonces institutionnelles — censées soutenir la presse nationale — ont été attribuées à des journaux fictifs ou créés de toutes pièces, souvent en échange d’une bienveillance éditoriale. L’enquête a mis au jour une exploitation abusive des quotas publicitaires, orientés vers des titres proches du pouvoir ou montés artificiellement dans le seul but de capter les budgets de l’ANEP. Ce système, toléré et parfois encouragé, a contribué à dévoyer le rôle originel de la publicité publique : garantir la pluralité de la presse et accompagner son développement économique.

Si la condamnation des ex-ministres Hamid Grine et Djamel Kaouane est perçue comme un acte de justice salutaire, elle laisse néanmoins un sentiment d’inachevé. Beaucoup y voient une justice sélective, à deux vitesses, ciblant des figures visibles du dispositif sans remonter la chaîne des responsabilités. Le procès, à cet égard, illustre une forme de justice spectacle, où la sévérité affichée envers quelques responsables politiques sert de paravent à d’autres acteurs qui continuent d’échapper à toute reddition de comptes. Qu’en est-il de tous ces patrons de presse qui ont bénéficié de milliards en publicité pour des canards boiteux ?

Car la question centrale demeure : à qui ont profité ces détournements ? Les bénéficiaires de ces dotations publicitaires, souvent des propriétaires de publications montées à la hâte, ont perçu des sommes considérables. Grâce à des décisions administratives complaisantes, beaucoup se sont érigés en « patrons de presse » sans jamais investir dans le développement de leurs entreprises ni dans l’amélioration des conditions socioprofessionnelle de leurs employés , journalistes et autres personnels de service.

Les milliards de dinars versés par l’ANEP n’ont, pour l’essentiel, pas servi à moderniser les rédactions ni à soutenir le pluralisme médiatique, mais à alimenter des comptes personnels ou des investissements immobiliers, parfois à l’étranger. 

Pour être réellement équitable, l’action publique doit aller jusqu’au bout : identifier les véritables bénéficiaires de ces subventions publiques et exiger d’eux qu’ils rendent compte de l’usage des fonds perçus. Une simple enquête administrative, rigoureuse et transparente, suffirait à dévoiler les contrevenants présumés— des acteurs bien connus dans les milieux journalistiques comme au sein de l’administration de la communication.

Au-delà du volet judiciaire, l’affaire ANEP 2 interpelle sur la nécessité d’une refonte profonde du système de financement de la presse. Tant que la distribution de la publicité publique restera opaque et dépendante des affinités politiques, le risque de reproduire les mêmes dérives subsistera. Ce scandale, symptomatique d’un mode de gouvernance médiatique clientéliste, appelle donc moins à des procès symboliques qu’à une réforme structurelle, fondée sur la transparence, l’équité et la reddition de comptes. 

L’assainissement du secteur médiatique passe inévitablement par la mise en place de mécanismes clairs et indépendants de régulation de la publicité publique. Faute de quoi, l’affaire ANEP 2 ne sera qu’un épisode de plus dans une longue série de scandales où la presse, censée informer et éclairer, reste instrumentalisée par ceux qui la financent.

La Rédaction 

- Publicité -

DERNIERS ARTICLES

Belaït At Ali : Mara d-mmektiɣ (Tazmamt n°6, asebter 225)

0
D amezwaru n unebdu. Lamaâna, aseggas-a zik ayagi yebda weẓɣal. Yagi bdan rɣan wussan. Akken kan ifuk ugeffur d ubruri, ad as-tiniḍ nekcem talemmast...

LES PLUS LUS (48H)

Belaït At Ali : Mara d-mmektiɣ (Tazmamt n°6, asebter 225)

0
D amezwaru n unebdu. Lamaâna, aseggas-a zik ayagi yebda weẓɣal. Yagi bdan rɣan wussan. Akken kan ifuk ugeffur d ubruri, ad as-tiniḍ nekcem talemmast...