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Rym Khelil : « J’ai voulu répondre à la mort par la vie »

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Rym Khelil,
Rym Khelil,

Sous la plume de Rym Khelil, Alger retrouve ses couleurs, celles d’une jeunesse des années 1990 partagée entre l’insouciance, la peur et le besoin vital d’aimer. Dans Jeunesse à la fleur, l’autrice fait revivre cette époque à travers des personnages lumineux, portés par la tendresse et la résilience.

Ce roman, tout en pudeur et en lumière, mêle la mémoire à la beauté du geste, la douleur à la douceur, comme un hommage à la vie qui persiste malgré les blessures.

Loin du pathos, Rym Khelil choisit la nuance, la musique et la mer d’Alger pour raconter la jeunesse — celle qui espère, qui danse, qui résiste.

Édité chez El Barzakh, Jeunesse à la fleur est en librairie depuis le 20 octobre et sera présenté en vente-dédicace au SILA (Salon International du Livre d’Alger).

Le Matin d’Algérie : La quatrième de couverture évoque une scène d’une grande douceur : une jeune fille qui salue la mer d’Alger. Pourquoi avoir choisi de commencer votre roman par ce geste simple, presque sacré ?

Rym Khelil : J’évoque souvent la baie d’Alger dans mon roman, ce spectacle qui m’émeut profondément. Je parle de cette mer à « la beauté limpide et profonde, dissimulant dignement des abysses, des pages de douleur que les vagues s’efforcent de tourner. »

Pour moi, la mer incarne tout l’amour que j’éprouve pour Alger. Elle est le reflet d’une tendresse infinie, mais aussi d’un espoir tenace.

Le Matin d’Algérie : Votre livre se déroule dans les années 1990, une période marquée par la violence et la peur. Qu’est-ce qui vous a poussée à revisiter cette décennie à travers le regard de la jeunesse ?

Rym Khelil : Avant tout, il s’agissait pour moi d’un besoin de transmission. Car la mémoire ne peut perdurer que si elle est ravivée. Comme beaucoup d’Algériens, j’ai vécu cette période, un peu plus jeune que les personnages de mon roman. À travers leurs regards, j’ai voulu raconter — non pas prétendre refléter le ressenti d’une génération entière — mais offrir une perspective, une mosaïque de vécus qui, ensemble, esquissent une partie du spectre de cette époque.

Oui, nous avons connu la peur, la douleur de la perte pour certains, la tristesse. Mais notre quotidien, à nous les jeunes, était souvent anesthésié par une grande insouciance, celle de l’espoir, du désir de vivre, et de l’amour.

Le Matin d’Algérie : Vous parlez d’Assia, Amina et Majid avec une tendresse palpable. Ces personnages sont-ils inspirés de personnes réelles ou plutôt le reflet d’une génération ?

Rym Khelil : Oui, j’ai connu des Assia, des Amina et des Majid. Plus précisément, ces trois personnages principaux ont été sculptés à partir d’un mélange de traits de caractère empruntés à des personnes que je connais — et, pour certains, à moi-même.

Peut-être, en effet, qu’une certaine tendresse se dégage à leur évocation, sans doute parce que je me suis fortement attachée à eux, même s’ils n’existent pas exactement tels quels.

Le Matin d’Algérie : Lisa et Fadila gravitent autour du trio principal. Elles symbolisent deux formes d’amitié et de résistance féminine. Comment avez-vous construit ces deux figures ?

Rym Khelil : Le personnage de Lisa devait exister, car tout le monde n’a pas été épargné par l’horreur. En revanche, j’ai voulu qu’elle soit légère, vive, souriante. J’ai tenu à ce qu’elle aime, qu’elle prenne du plaisir, qu’elle réponde à la mort par la vie — un peu comme « la fille à la fleur ».

J’avais aussi besoin de la bienveillance de Fadila, cette amie fidèle.

Le Matin d’Algérie : Le chapitre du “jour du bac” est l’un des plus forts du roman. Il juxtapose trois scènes intimes où la peur et la vie cohabitent. Comment avez-vous travaillé cette polyphonie ?

Rym Khelil : La majorité des chapitres se concentrent sur un, voire deux personnages au maximum. Une fois que les histoires de chacun ont évolué en parallèle, j’ai voulu les faire converger. Les jours du bac et de l’annonce des résultats m’ont semblé être des moments pertinents pour réunir mes personnages, qui, tout au long du récit, ne font parfois que s’effleurer.

Le Matin d’Algérie : La musique, notamment Gangsta’s Paradise de Coolio, traverse le récit. Quelle place occupe la bande-son dans votre écriture ? Est-ce une manière de capter l’époque ?

Rym Khelil : La musique occupe une place très importante dans ma vie, et naturellement, elle s’invite dans mon écriture. Transmettre une émotion, peindre le contexte d’une époque, ou simplement éveiller un souvenir enfoui, s’accompagne souvent, pour moi, de musique.

J’ai du mal à dissocier la musique des moments et des expériences que j’ai vécus. Peut-être est-ce un héritage de mon père, artiste photographe, qui, lui aussi, pour entrer en symbiose avec ses tableaux, faisait souvent appel à Mozart, Beethoven…

Le Matin d’Algérie : Votre écriture se distingue par sa sobriété et sa lumière. Comment parvenez-vous à parler de la guerre sans jamais tomber dans le pathos ?

Rym Khelil : Plus que de la guerre, je voulais parler d’espoir, un peu comme ces pousses verdoyantes qui naissent sur les laves fraîches des volcans, là où tout a été dévasté.

Je voulais évoquer la résilience du peuple algérien, sa façon de chanter “the show must go on”. Parler de la vie, tout simplement.

Le Matin d’Algérie : Vous êtes ingénieure de formation, diplômée de grandes écoles. Comment cette rigueur scientifique influence-t-elle, ou au contraire libère-t-elle, votre manière d’écrire ?

Rym Khelil : Oui, je suis ingénieure, et ma profession à plein temps est très éloignée du monde littéraire. J’aime ce que je fais, mais j’ai toujours été passionnée par l’écriture, ce puissant vecteur de transmission d’émotions.

J’ai besoin de cet équilibre dans ma vie, besoin de retrouver mes mots, mes métaphores, l’émoi des lieux et des personnages, lorsque trop de chiffres se bousculent dans ma tête.

Je pense que mon travail, plutôt technique, et ma passion pour la littérature s’auto-libèrent mutuellement. Ils sont, au fond, difficilement dissociables.

Le Matin d’Algérie : L’amitié, la tendresse et la pudeur traversent tout le roman. Pensez-vous que la douceur puisse être une forme de résistance ?

Rym Khelil : J’aime beaucoup cette phrase du film Into the Wild : “Happiness is only real when shared” (« Le bonheur n’est réel que lorsqu’il est partagé »). J’ajouterais que le malheur n’est supportable que lorsque son poids peut être allégé par ceux qu’on aime. Je pense que nous avons tous besoin d’amitié, de tendresse et de douceur dans nos vies. Parfois simplement pour réussir à supporter l’insupportable. Pourquoi la pudeur ? Parce qu’elle est réelle chez certains caractères, et parce qu’elle nourrit l’imagination du lecteur.

Le Matin d’Algérie : Dans “Jeunesse à la fleur”, la ville d’Alger semble presque un personnage à part entière. Quelle image gardez-vous de cette ville des années 1990 ?

Rym Khelil : À la lecture de mon roman, je pense qu’on réalise rapidement combien je suis amoureuse d’Alger et de sa baie. Je crois, en effet, l’avoir décrite comme un véritable personnage, y compris l’âme qui, selon moi, en émane. En 1995, année où se déroule le roman, j’avais 12 ans et je passais mon examen de sixième à l’école primaire El Khanssa, au Sacré-Cœur. Mes souvenirs d’Alger ? L’avenue Didouche Mourad, la somptueuse vue sur la baie que m’offrait mon trajet quotidien vers le boulevard des Martyrs. Puis il y a eu le CEM, vers les hauteurs du Palais du Peuple, un passage par le lycée Descartes, et enfin le lycée technique.

Depuis chacun de ces lieux, on pouvait voir la mer… Je me souviens aussi d’une grande insouciance, des unes effrayantes des journaux, et de l’anxiété permanente des adultes.

Le Matin d’Algérie : En écrivant ce livre, cherchiez-vous à transmettre un témoignage, ou à offrir une œuvre de mémoire plus émotionnelle que documentaire ?

Rym Khelil : Je ne cherchais certainement pas à proposer une œuvre de mémoire documentaire. Émotionnelle, oui. La transmission a été l’essence de mon écriture. Celle d’un témoignage parmi tant d’autres.

Le Matin d’Algérie : Enfin, que voudriez-vous que les jeunes lectrices et lecteurs d’aujourd’hui — en Algérie ou ailleurs — retiennent de votre roman ?

Rym Khelil : J’aimerais que chacun retienne que l’amour et le désir de vivre sont plus forts que les bombes. Qu’ils s’arment d’espoir et de résilience. Toujours.

Propos recueillis par Djamal Guettala

Rencontres au SILA – Stand Éditions Barzakh

Samedi 1er novembre à 14h

Mardi 4 novembre à 15h30

Vendredi 7 novembre à 14h30

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Décès du général Hassan Ben Amar

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Le Général Hassan Ben Amar

Le général Hassan Ben Amar, Inspecteur de l’Arme Forces spéciales du commandement des Forces terrestres, décédé jeudi, suite à un malaise.

Le général d’Armée Saïd Chanegriha, ministre délégué auprès du ministre de la Défense nationale, Chef d’Etat-Major de l’Armée nationale populaire (ANP), a présenté ses sincères condoléances et fait part de sa profonde compassion à la famille du défunt. 

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Mali : l’Italie et l’Allemagne appellent leurs ressortissants à quitter le pays

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Mali

Après les États-Unis mardi 28 octobre, l’Italie et l’Allemagne ont également demandé mercredi à leurs ressortissants de quitter le Mali, où le Jnim, le groupe de soutien à l’islam et aux musulmans lié à al-Qaïda, accentue la pression sur Bamako.

Les attaques contre les convois transportant du carburant vers la capitale se poursuivent et la pénurie d’essence complique chaque jour davantage la vie des habitants. 

Depuis ce jeudi 30 octobre dans la matinée, les comptes favorables au pouvoir inondent les réseaux sociaux d’images de camions citernes. Un convoi sous escorte militaire serait entré cette nuit dans la capitale, où sévit une grave pénurie de carburant, dont la vente est rationnée et dont le prix flambe sur le marché noir.

À Bamako, la plupart des véhicules sont à l’arrêt. Une trentaine de bus « solidaires » ont été mis en circulation, selon l’ORTM.

L’économie au ralenti

Les coupures d’électricité sont devenues récurrentes, les écoles restent fermées et l’économie tourne au ralenti depuis que le Jnim, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans affilié à al-Qaïda, a décrété début septembre un embargo sur la capitale en s’attaquant aux camions citerne venus des pays voisins. La dernière en date a eu lieu mardi à 50 kilomètres de Kati, une ville garnison non loin de Bamako, cœur du pouvoir militaire. 

Toujours selon les comptes pro-junte, le Niger aurait ordonné l’acheminement d’une centaine de citernes vers Bamako, tandis que des voix, comme celle du chercheur sénégalais Alioune Tine, s’élèvent pour appeler à la solidarité africaine au-delà de l’AES.

Suivant l’annonce des États-Unis la veille, l’Allemagne et l’Italie ont appelé mercredi leurs ressortissants de quitter le Mali.

RFI

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Esprit de Novembre, es-tu toujours là ?

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Moudjahidine en repos


La nuit de la Toussaint. Une poignée d’Algériens ont sollicité le destin et ont bravé le danger pour lancer une révolution nationale. Pour libérer le pays de la longue nuit coloniale. Ici, récit d’une épopée révolue. Souvenirs de parents et de voisins. 

De brefs souvenirs parviennent du passé de la prime enfance. Quelques bribes. L’intrusion de soldats en armes dans la hara de Langare. Cris. Peur. Panique. Menaces. Bruits de bottes. Armes bien en vue. Mères éplorées. Pères hagards. Enfants hébétés. Peur ce jour-là. Terroriser et installer la peur dans les esprits. Le tragique de la situation était accentué par la misère que vivaient les parents. Leur malchance était liée aux pénibles métiers du bâtiment. A leur inculture également. Ils ne s’expliquaient pas leurs tribulations dans un pays qui était le leur. Rares étaient ceux qui pouvaient comprendre les aberrations du système colonial…

Quartier de Langare. Des maisons sommairement construites et réparties à l’intérieur en chambrées où s’entassaient moult familles. Les briques en toub, en terre, étaient visibles à l’œil nu. Une architecture sommaire. L’urbanisme ? Un luxe. Autour, la désolation. Des terrains vagues baptisés Châaba. Littéralement lieux déserts où souvent gisaient les immondices et où erraient les chiens sans maîtres. Et où les enfants allaient jouer au ballon, faute de terrains adéquats. C’était là qu’ils vidaient leurs querelles en bagarres sous la houlette d’un arbitre improvisé.

Gare au perdant car s’il rentrait le nez en sang ou l’œil tuméfié et les vêtements déchiquetés ou simplement en poussière boueuse, il avait affaire à son paternel qui ne manquait pas là l’occasion de lui administrer la raclée de sa vie…

Le vie avait cours à la périphérie de la ville. Mais pas seulement, à l’ombre des sombres heures de la guerre de Libération. Surtout pour les parents, le jour exploités dans les chantiers et la nuit suspects de rébellion dans leur propre pays. Par moments, il leur arrivait d’en faire amèrement les frais car ils étaient conduits, manu militari, à la sortie de la ville, dans un stade pour y rester la journée exposés en masse sans nourriture ni eau… De pareils souvenirs dormaient agités dans les mémoires des gamins de l’époque qui méritaient mieux… 


Des bruits de bottes insistants dans la courette. Des torches allumées dans l’obscurité régnante qui ajoutait à la terreur des femmes déjà au paroxysme de la peur. La soldatesque franchissait brutalement et sans crier gare les
portes de ces maisons. Avec force cris et gesticulations pour effrayer encore plus les paisibles occupants dont certains dormaient déjà. Comme à la campagne. Figés comme des statues devant leurs seuils, les parents étaient
souvent rudoyés et, sans retenue, copieusement insultés et roués de coups. Il fallait avouer quelques délits et crimes, forcément commis à l’endroit des gaouris. Ils devaient coopérer avec l’administration coloniale appuyée par la force des baïonnettes en vue de dénoncer quelques fellagas, ces coupeurs de routes, embusqués quelque part dans les recoins de ces quartiers malfamés où la population européenne bien née ne rêvait mettre le pied.


Ces descentes policières effectuées par des militaires laissaient les uns et les autres, femmes, enfants et hommes, dans un état d’immense détresse psychologique à telle enseigne que les langues se déliaient durant de nombreux jours après pour les évoquer à la seule fin de conjuration. Ce qui explique sans doute que les enfants en éprouvaient alors une sainte répulsion. On installa en eux une peur que seul le temps réussit à les en débarrasser. Par moments, nos princes s’en inspirèrent hélas après l’indépendance.

Terroriser un peuple pour le dominer faisait alors partie de la panoplie des occupants indus du pouvoir. Comment devait-on alors espérer fraterniser avec la population tout occupée à digérer ses peurs et qui, vaquant à ses affaires, flirtait avec l’indigence quotidiennement renouvelée ? C’était pure illusion. Pourtant, le Viêtnam a été l’occasion de mesurer les limites de pareille politique. Avec Dien Bien Phu. Il est vrai que le général Giap a pu dire depuis que le colonialisme est un mauvais élève…

Douloureux et vague souvenir. Avec dépit. Seules traces échappées au temps, quelques rares photos de maisons en toub. A l’entour ? Oualou, nada, niente, rien, nothing. Autant dire le néant. Le vide sidéral. C’étaient les banlieues d’alors où la population était recalée tels des cancres. Les mères n’en sortaient quasiment jamais. Les pères si, pour aller dans les chantiers vendre leur force de travail. Pour un salaire de misère, payé à la quinzaine. De quoi reconduire le quotidien vécu à la force du poignet…

El Combatta (Les Combattants), quartier inséré dans la ville en une suite de villas qui appartenaient alors aux Roumis. Le must en matière d’habitat. Quant aux autochtones et indigènes, ils étaient logés à la même enseigne, c’est-à-dire de façon sommaire. Vu les revenus d’alors, ils avaient droit à une chambrée dans de grandes maisons dites Hara. La vie y était réglée de la façon la plus traditionnelle, les femmes à la maison et les hommes vaquant aux affaires du dehors. Nombreux qui échouèrent alors dans ces hara datant de l’ère coloniale. Composée de petites chambrées, elles firent à l’époque le bonheur de bailleurs peu scrupuleux qui les louaient à des familles dont le dénuement se mesurait à l’œil nu. Guère d’espace. A l’entrée, plusieurs petites pièces sur une rangée bordée par un couloir d’à peine un mètre. Hygiène exécrable. Pour des dizaines de familles, parents et enfants.

Certaines chambres avaient des murs aveugles, l’aération étant un luxe. Quatre murs et un sol en ciment. C’est à peine exagéré de qualifier ces chambres de cellules. Juste de quoi loger la plèbe.

Au bout de ce couloir, sorte de tunnel non éclairé, des courettes avec d’autres chambres en carré. Identiques dans leur conception que celles du couloir. En l’absence des maris, la petite cour servait aux femmes de lieu de rendez-vous où certaines d’entre elles se retrouvaient pour deviser. Claustrées comme dans un harem. A même les cours, souvent un semblant d’escalier menait à l’unique étage où les bailleurs d’alors dressaient parfois leurs quartiers pour tancer leurs locataires pour cause de loyers impayés…

Durant la guerre de Libération nationale, tel fut espace qui a servi d’univers à toute une flopée de familles qui espéraient exister. Survivre fut le credo quotidien de ces familles. Bien des querelles ont jonché cette promiscuité. Souvent pour des broutilles. C’était une manière de penser son existence. De panser cette blessure sociale vécue d’emblée dès l’indépendance. Occupés à vaquer à leur profession, les hommes échappaient à ces rixes anodines mais riches de quelques vocables dont les enfants auraient souhaité se passer.

Plus tard, après la cruelle guerre de sept ans, en de ces haras, quelques familles avaient pu prendre possession de maisons. Des biens vacants comme elles furent désignées officiellement. 

Perpendiculairement à ces hara, un quartier tout en villas, les unes contiguës aux autres. Elles étaient occupées précédemment par des Gaouris qui devaient être fonctionnaires, enseignants… La classe moyenne sans doute qui, les fins de semaine d’été, ouvraient toutes grandes leurs fenêtres d’où s’échappaient musique et rires. Joie de vivre dont les voisins indigènes étaient sevrés. Bannis. Handicapante situation dont ni les tenants ni les aboutissants n’étaient compréhensibles pour les enfants. Et pour cause, ils guettaient attristés leurs géniteurs patentés tous les soirs au retour de leur harassant travail. Ils espéraient la clé qui leur ouvrirait les joies de l’enfance, la leur étant maudite. Quasiment, aucun de leurs parents n’échappait un tant soit peu à la dure condition de forçats des chantiers. Beaucoup de familles végétaient ainsi…

Il est vrai cependant que la colonisation est une page sombre dans l’histoire mondiale. Singulièrement celle de l’Europe. Comment pratiquer l’amnésie ?

Comment la mémoire collective algérienne pourrait-elle effacer cette page ? Comme on a coutume de le dire : l’amnistie n’est pas l’amnésie. Le devoir de mémoire subsiste dans les consciences de générations entières nées avant comme après l’indépendance. Si le Président Mitterrand a pu estimer que l’Etat français et la République française ne sont pas responsables de Vichy et n’avait pas à faire d’excuses, son successeur, le Président Chirac, l’a fait. Mais ni ce dernier, ni ses successeurs n’ont voulu présenter aux Algériens la moindre excuse au nom de la France officielle. Encore moins une juste réparation. Ce que le Canada et l’Australie officiels ont fait.

Il est en effet loin le temps où la France découvrait l’or dans les caves de la Casbah d’Alger où était entassé un butin estimé, en toute vraisemblance, à quelques milliards d’euros. D’aucuns pensent que le trésor de la Régence d’Alger devait servir à Charles X pour corrompre le corps électoral. Déjà Alger était à l’origine de bouleversements politiques en France. Semblerait-il, ce trésor a profité à des militaires, des banquiers et des industriels, les Seillière et les Schneider, outre à Louis Philippe. Mais l’or d’Alger servit également au développement de la sidérurgie française. Quels résultats et quels produits pour les indigènes ?…

Ainsi, pour les parents, véritables damnés des chantiers, payés à la quinzaine. Souvent endettés auprès de leurs épiciers attitrés où les mères envoyaient leurs enfants pour moult courses : dix douros de sucre, dix douros de café, quinze douros d’huile… C’était la chanson des enfants. Répéter la quantité et le nom des denrées voulues par leurs mères le long du trajet. Les épiciers ne manquaient jamais l’occasion de sortir leurs stylos pour leurs additions en insistant pour demander à leurs pères pour passer régler, sinon plus de crédits. Il était difficile de boucler les fins de mois au vu des maigres salaires des parents. Surtout que, les mères vaquant aux affaires domestiques, les pères échappaient aux draconiennes contraintes des chantiers… 

Ainsi, durant la guerre de Libération nationale, la vie des parents fut des plus laborieuses. Après l’indépendance, elle le fut hélas tout autant. Leur indigence était de plus adossée à un analphabétisme alors endémique. A cela, s’ajoutaient les tracasseries coloniales. Des gens continuellement écrasés par leur destin. Un quotidien implacable. Beaucoup de voisins, d’amis et de parents vivaient ainsi, il est vrai. D’où leur propension à tout miser sur leur progéniture. Chacun d’eux rêvait d’un destin exceptionnel pour ses enfants. A tort ou à raison, l’école fut alors considérée comme l’idéal tremplin pour éliminer tous obstacles afin d’arriver à se construire une place dans la société. Une sorte de revanche sur le sort qui a été le leur.

L’école fut sans doute la planche de salut. Les pères espéraient énormément voir grandir leurs enfants dans un milieu plus prospère que le leur. Il est vrai aussi que moult familles, voisins immédiats, comptaient nombre d’enfants. Familles nombreuses dont les enfants de certaines d’entre elles ne dépassèrent hélas pas le niveau d’études primaires. Confiés souvent à la rue, l’éducation en pâtit. Du moins pour certains d’entre eux. 

Libération nationale. Libération sociale, culturelle, économique, politique. Cette révolution tarde encore après celle nationale. Que de défis encore pour s’affranchir du sous-développement. Esprit de Novembre es-tu toujours là ?

       Ammar Koroghli 

Avocat ; poète (« L’Abc et l’Alif »; « Sous l’exil l’espoir »), nouvelliste (« Les menottes au quotidien » ; « Mémoires d’immigré ») ; essayiste (« Institutions politiques et développement en Algérie »).

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Soudan : les voix indépendantes réduites au silence

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Mouammar Ibrahim
Mouammar Ibrahim

Le journaliste soudanais Mouammar Ibrahim a été arrêté par les Forces de soutien rapide (FSR) à El-Fasher, capitale du Darfour-Nord, récemment tombée entre leurs mains.

Correspondant local reconnu, il couvrait depuis deux ans les affrontements entre les FSR du général Hemedti et l’armée régulière soudanaise. Son arrestation, confirmée par Reporters sans frontières (RSF) et le Committee to Protect Journalists (CPJ), illustre la répression grandissante visant la presse dans un pays ravagé par la guerre civile.

Selon RSF, au moins sept journalistes ont été tués depuis le déclenchement du conflit en avril 2023, tandis que dix-sept autres sont actuellement détenus. Plus de 400 reporters et une dizaine de médias indépendants ont dû fuir le pays, notamment vers l’Égypte, l’Éthiopie ou le Soudan du Sud. Dans plusieurs régions, les radios communautaires ont été réduites au silence, leurs studios pillés ou transformés en bases militaires.

« Les journalistes soudanais paient un prix humain exorbitant. Ils sont pris entre les deux feux d’une guerre qui détruit non seulement les villes, mais aussi le droit d’informer », alerte RSF dans un communiqué.

El-Fasher, ville martyre et symbole du silence

À El-Fasher, dernière grande ville du Darfour encore tenue jusqu’à récemment par l’armée soudanaise, les combats ont été d’une extrême intensité. Les FSR ont finalement annoncé sa prise complète, au prix de milliers de morts et de déplacés. Plusieurs observateurs, dont RFI et Al Jazeera, rapportent que de nombreux civils — journalistes, médecins, enseignants — ont été arrêtés alors qu’ils tentaient de fuir la ville.

Le CPJ a exigé la libération immédiate de Mouammar Ibrahim, rappelant que sa couverture « indépendante et rigoureuse » avait permis de documenter les violations des droits humains dans une région largement coupée du monde.

Une guerre contre la vérité

Depuis Khartoum jusqu’au Darfour, la presse soudanaise vit un effondrement sans précédent. Les journaux locaux, déjà fragilisés par la censure du régime d’Omar el-Béchir, ont cessé de paraître. Les correspondants étrangers ont quitté le pays. Les rares reporters encore sur place opèrent dans la clandestinité, souvent à l’aide de simples téléphones portables.

Dans un appel collectif publié par Le Monde en avril 2025, des journalistes soudanais et internationaux alertaient sur « l’extinction progressive de la liberté de la presse dans l’un des conflits les plus sanglants du continent africain ».

Exil et résistance

Exilés au Caire ou à Addis-Abeba, de nombreux journalistes tentent de maintenir en vie des plateformes d’information à distance, comme Sudan Witness ou Radio Dabanga, qui s’appuient sur des réseaux de citoyens pour documenter les exactions. Mais la surveillance numérique, les coupures d’Internet et le manque de financement rendent ce travail de plus en plus difficile.

« C’est une guerre contre la vérité », confie un reporter réfugié en Égypte, sous couvert d’anonymat. « Les armes tuent les corps, la désinformation tue la mémoire.»

Silence international

Malgré les appels répétés des ONG, la communauté internationale reste largement passive. Aucun mécanisme de protection spécifique des journalistes soudanais n’a été mis en place, et les violations demeurent impunies.

Pour RSF, « la disparition progressive des voix indépendantes au Soudan menace non seulement le droit à l’information, mais aussi la mémoire du conflit lui-même ».

Mourad Benyahia

Sources :

RSF, CPJ, Al Jazeera (27/10/2025), RFI, Le Monde (15/04/2025, 26/09/2024), Arab News, rapport RSF 2024.

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Koukou éditions interdite du Sila : Riposte Internationale réagit

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Koukou éditions interdit de participation au Sila.
Koukou éditions interdit de participation au Sila.

Riposte Internationale exprime sa vive préoccupation à la suite du communiqué publié le 28 octobre 2025 par Koukou éditions, relatant une troisième exclusion consécutive du Salon international du livre d’Alger, ainsi qu’un enchaînement de décisions administratives et judiciaires qui, selon l’éditeur, s’appuieraient sur un rapport secret des services de sécurité.

La confirmation d’une ordonnance de non-lieu par la Chambre d’accusation aurait empêché la tenue d’un procès public où les pièces et témoignages auraient pu être débattus de manière contradictoire. De précédents incidents rapportés depuis 2016, allant de la mise à l’écart d’ouvrages à des retraits informels en librairie, dessinent un schéma de restrictions qui, s’il était avéré, excède largement la simple gestion du bon ordre d’un salon du livre et relève d’une censure de fait.

La Constitution algérienne consacre la liberté d’expression et d’édition. L’article 54 rappelle que l’activité des publications ne peut être interdite qu’en vertu d’une décision de justice.

Ce principe implique un contrôle juridictionnel effectif, l’accès au dossier, la publicité des débats et la possibilité pour les personnes concernées de faire valoir leurs moyens. La hiérarchie des normes impose que toute mesure limitative portée par une autorité administrative ou par un organe placé sous tutelle ministérielle soit prévue par la loi, poursuive un objectif légitime et respecte les exigences de nécessité et de proportionnalité. Les juridictions ont en outre la responsabilité d’assurer la primauté de la Constitution sur toute instruction interne ou document non publié, surtout lorsque celui-ci conditionne l’accès d’un acteur culturel à un espace public de débat.

L’Algérie est partie prenante du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Son article 19 protège la liberté d’expression, y compris la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées. Le Comité des droits de l’homme, dans son Observation générale n° 34, précise que toute restriction doit être prévue par la loi, poursuivre un but légitime et être strictement nécessaire, et souligne la méfiance à l’égard des limitations fondées sur des motifs vagues ou des pièces non accessibles au public. L’Algérie est également liée par la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Son article 9 garantit le droit de recevoir et de diffuser des informations, ainsi que la libre expression des opinions.

La Déclaration de principes sur la liberté d’expression et l’accès à l’information en Afrique, adoptée par la Commission africaine en 2019, rappelle que la censure préalable est incompatible avec un régime démocratique et que les autorités doivent privilégier des procédures transparentes et des voies de recours rapides. Enfin, l’article 15 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels protège le droit de participer à la vie culturelle, ce qui inclut l’accès non discriminatoire aux espaces de diffusion du livre et des idées.

Lorsque des exclusions sont motivées par des documents non publics, non contradictoirement discutés et non soumis à un contrôle indépendant, la sécurité juridique est compromise. L’absence de motivation claire et accessible empêche toute compréhension des faits reprochés et prive les auteurs et éditeurs de la possibilité d’adapter leur conduite ou de contester utilement la mesure.

La répétition d’évictions ciblant un même éditeur actif depuis deux décennies engendre un effet dissuasif sur les professionnels du livre et restreint de manière tangible la pluralité des voix. L’ensemble crée un climat d’incertitude incompatible avec les garanties constitutionnelles, avec l’article 19 du Pacte et avec l’article 9 de la Charte africaine.

Riposte Internationale demande la publication intégrale et sans délai de toute pièce ayant fondé les mesures prises à l’encontre de Koukou Éditions, afin de permettre l’exercice effectif des droits de la défense et le contrôle du juge. À défaut d’une décision judiciaire motivée, fondée sur une base légale claire et répondant aux critères de nécessité et de proportionnalité, nous appelons à la levée des exclusions et à la réintégration de l’éditeur dans les salons du livre ainsi qu’au règlement des différends commerciaux ou contractuels selon des procédures régulières. Nous demandons la garantie d’une audience publique au fond, avec accès au dossier, audition des parties et possibilité de constitution de parties civiles pour les auteurs directement affectés.

Nous appelons les autorités compétentes, notamment le ministère de la Culture, les commissariats de salons et les entreprises publiques gestionnaires de librairies, à se doter et à publier des procédures claires d’admission, de refus et de retrait d’ouvrages.

Ces procédures doivent s’inscrire dans la loi, indiquer les critères précis, prévoir une notification motivée, offrir un recours rapide et suspensif et respecter les standards internationaux de liberté d’expression. Une formation régulière des responsables concernés au droit de la liberté d’expression et aux obligations internationales de l’Algérie contribuerait à éviter les dérives. Un mécanisme de dialogue permanent avec les éditeurs, auteurs, libraires, syndicats du livre et organisations de défense des droits humains permettrait d’anticiper les tensions et de favoriser la médiation plutôt que l’éviction.

Nous invitons la Présidence de la République, le Gouvernement et le Conseil supérieur de la magistrature à réaffirmer publiquement la primauté de la Constitution et l’interdiction de toute censure de fait, à garantir l’indépendance des juridictions dans l’examen de litiges touchant à la liberté d’expression et à ordonner que les administrations s’abstiennent de se fonder sur des rapports non publiés pour limiter l’accès aux espaces culturels.

La vitalité d’un salon du livre se mesure à la diversité des idées qui s’y confrontent pacifiquement et à la confiance que les citoyens accordent à la transparence des décisions publiques.

La liberté d’expression et les droits culturels ne sont pas des concessions accordées au gré des circonstances, ce sont des droits opposables qui protègent la société tout entière. La censure informelle n’apporte ni sérénité ni stabilité. Elle nourrit la défiance, tarit le débat public et affaiblit les institutions chargées de garantir l’État de droit. Riposte Internationale se tient aux côtés des auteurs, des éditeurs, des libraires et des lecteurs pour défendre un espace de discussion ouvert, fondé sur la loi, la raison et la dignité.

Fait à Montreuil, le 30 octobre 2025

Riposte Internationale

Pour le Bureau Fédéral

P/R Ali Ait Djoudi

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Europe : le système discriminatoire de délivrance de visas Schengen exclut les défenseur·e·s des droits humains, dénonce AI

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Défenseurs des droits humains
Crédit : Olivia Papagnies

Amnesty International a rendu public un communiqué dans lequel cette ONG dénonce le système d’attribution de visas par l’Europe.

      Le système de délivrance de visas dans l’espace Schengen européen a tout d’une course d’obstacles pour les défenseur·e·s des droits humains de différentes régions du monde, empêchant bon nombre d’entre eux de participer à des forums majeurs de prise de décision. Ces obstacles sont contraires aux droits et aux valeurs que les États Schengen affirment défendre, écrit Amnesty International dans un nouveau rapport publié le 30 octobre 2025.

      Ce document, intitulé Closing the door? How visa policies in Europe’s Schengen area fail human rights defenders, expose les nombreuses difficultés auxquelles sont confrontés les militant·e·s de 104 pays soumis à des restrictions en matière de visas, principalement en Afrique, en Asie et au Moyen-Orient, lorsqu’ils tentent d’obtenir des visas de court séjour pour se rendre dans l’espace Schengen afin de mener des actions de plaidoyer, de créer des réseaux ou de s’accorder un répit face aux risques encourus en raison de leur travail.

      Ces défenseur·e·s des droits humains sont pour la plupart racisés, en tant que personnes noires, asiatiques et/ou musulmanes, et les répercussions négatives sur leur mobilité équivaut à une discrimination indirecte, selon l’analyse d’Amnesty International.

      « Du fait des difficultés à obtenir des visas Schengen, les voix et les témoignages des défenseur·e·s des droits fondamentaux des pays du Sud sont exclus des forums où sont pourtant prises des décisions qui affectent profondément leurs vies, a déclaré Erika Guevara Rosas, directrice générale de la recherche, du plaidoyer, de la politique et des campagnes à Amnesty International.

      « Les États Schengen ont le droit de décider qui entre sur leur territoire, mais les répercussions de leur système de visa sur les défenseur·e·s des droits humains de 104 pays illustrent un décalage flagrant entre ce à quoi ils se sont engagés, à travers leurs lignes directrices et autres instruments visant à protéger les défenseur·e·s, et ce qu’ils font réellement.

      « Il est indispensable de garantir aux défenseur·e·s des droits humains l’accès à des visas Schengen de court séjour par le biais d’une procédure fiable, prévisible, transparente et rapide afin qu’ils puissent exercer leur droit de défendre les droits d’autrui sans discrimination. »

      Les obstacles à l’obtention de visas de court séjour

      Le Code des visas de l’Union européenne (UE), instrument législatif régissant les visas Schengen de court séjour, permet d’accepter au cas par cas les demandes de visa qui ne remplissent pas toutes les conditions requises. Cependant, les personnes chargées de recevoir et traiter les demandes, dont les prestataires de services externes, semblent souvent ignorer l’existence de cette souplesse, ce qui est source de nombreux blocages ; des demandes sont parfois rejetées avant même d’atteindre le stade de la prise de décision.

      L’un des premiers obstacles à l’obtention d’un visa Schengen concerne le fait de savoir où déposer la demande. De nombreux États Schengen n’ont pas de représentation diplomatique ni d’accord avec

      chacun des pays soumis à des restrictions en matière de visas. Aussi, les défenseur·e·s des droits humains peuvent-ils être amenés à se rendre dans un autre pays pour déposer leur demande : ce déplacement peut s’avérer prohibitif en termes de coût ou présenter un risque pour leur sécurité.

      Autres difficultés que les défenseur·e·s doivent surmonter pour se rendre dans les pays de l’espace Schengen : le délai pour obtenir un rendez-vous et attendre une décision, ainsi que la durée de validité des visas. Dans certains cas, ils sont délivrés trop tard ou pour une période si courte qu’ils ne tiennent pas compte du temps nécessaire pour se rendre sur place et en revenir, ni d’éventuels retards de vols.

      Par ailleurs, on demande bien souvent aux demandeurs·euses de fournir une longue liste de pièces justificatives et généralement des preuves de leurs moyens financiers – situation professionnelle, bulletins de salaire ou titres de propriété notamment. Critères difficiles à remplir pour les militant·e·s, en particulier les plus marginalisés et discriminés.

      Une défenseure des droits humains membre de la communauté dalit au Népal a déclaré à Amnesty International : « Ils demandent des relevés bancaires à ceux qui souhaitent se rendre dans un État de l’espace Schengen. Imaginez ce que cela signifie pour des gens qui vivent dans une situation où ils ne parviennent même pas à gagner leur vie au quotidien. Ceux qui souhaitent se mobiliser au niveau international ne disposent pas forcément de ces documents, car ce sont des défenseur·e·s des droits humains et la plupart de leurs actions sont menées à titre bénévole. »

      Ces obstacles entraînent une discrimination indirecte à l’égard des défenseur·e·s des droits humains, car la politique en matière de visas Schengen a un impact disproportionné sur les demandeurs et demandeuses racisés. Si les règles en matière de visas ne mentionnent pas explicitement l’appartenance raciale ou ethnique comme motif de traitement différencié et semblent donc neutres dans ce domaine, il existe toutefois une forte corrélation entre la liste des pays soumis à des restrictions en matière de visas et des populations racisées – noires, asiatiques et/ou musulmanes.

      Souplesse existante et avancées

      En juin 2024, la Commission européenne a publié une version révisée du manuel sur les visas de l’UE : cet ensemble de lignes directrices explique comment appliquer le Code des visas et donne des exemples pratiques en vue de simplifier les demandes des défenseur·e·s des droits humains.

      Saluant cette avancée, Amnesty International invite les pays de l’espace Schengen à veiller à ce que ce manuel révisé soit largement diffusé et pleinement mis en œuvre, en s’assurant que les agents chargés de délivrer des visas dans le monde entier, y compris les prestataires de services externes, soient parfaitement formés s’agissant de faciliter les déplacements des défenseur·e·s.

      En outre, Amnesty International demande aux pays de l’espace Schengen de recueillir des données ventilées sur l’origine raciale et ethnique afin de mettre un terme à la discrimination au sein du système de délivrance des visas, et d’élaborer et d’appliquer une procédure simplifiée pour les défenseur·e·s des droits humains, s’appuyant sur un traitement accéléré des demandes. Enfin, les pays Schengen devraient délivrer plus fréquemment des visas de longue durée et à entrées multiples, car ce sont des outils de protection essentiels qui garantissent la possibilité de voyager en cas de besoin, sans passer à chaque fois par le même parcours du combattant bureaucratique.

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      France : les députés adoptent un texte du RN contre l’accord franco-algérien de 1968

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      Résultat du vote à l'Assemblée française sur les accords franco-algériens de 1968:
      Résultat du vote à l'Assemblée française sur les accords franco-algériens de 1968:

      Coup de tonnerre à l’Assemblée : les députés ont adopté, jeudi 30 octobre, par 185 voix contre 184, une proposition de résolution du Rassemblement national visant à « dénoncer » l’accord franco-algérien de 1968, avec l’appui des groupes LR et Horizons.

      Coup d’Etat du RN à l’Assemblée ! Au prix de mille renoncements de la droite classique, il vient d’assouvir la soif de vengeance des nostalgiques de « l’Algérie française ».

      « C’est une journée que l’on peut qualifier d’historique pour le RN », s’est aussitôt félicitée la cheffe des députés d’extrême droite Marine Le Pen, soulignant qu’il s’agissait du premier texte de son parti approuvé par l’Assemblée, en dépit des oppositions de la gauche, des macronistes et du gouvernement.

      Pourtant, certains évoquent le retour de l’OAS à l’Assemblée. Cette organisation terroriste qui a assassiné des milliers d’Algériens, de pieds noirs et tenté de tuer Charles de Gaulle.

      Si la résolution n’a pas de valeur législative, Marine Le Pen a demandé au gouvernement de tenir « compte » du vote du Parlement sur son texte, qui appelle à dénoncer l’accord qui offre aux Algériens des clauses spécifiques en matière d’immigration et de séjour en France. « Nous considérons qu’il n’y a plus rien qui justifie le maintien de cette convention », a-t-elle insisté.

      « Honte au RN » qui « continue sans fin les guerres du passé », a grondé en retour le leader Insoumis Jean-Luc Mélenchon, sur X. Le texte a été soutenu par l’alliance RN-UDR, la moitié du groupe les Républicains et la moitié du groupe Horizons, parti d’Edouard Philippe.

      Le patron du PS Olivier Faure a lui fustigé le groupe macroniste. « Ils étaient où les macronistes ? Gabriel Attal absent », a-t-il écrit sur X, à propos de l’ancien Premier ministre, à la fois patron du parti macroniste et du groupe à l’Assemblée. « Il nous a manqué une voix. Cette voix qui nous a manqué pour faire face au RN, c’est celle de Gabriel Attal », a abondé devant les journalistes Cyrielle Chatelain, présidente du groupe écologiste.

      Des voix manquantes dans tous les groupes

      Gabriel Attal a toutefois lui-même appelé à dénoncer l’accord de 1968, en janvier, pour « poser les limites et assumer le rapport de force avec l’Algérie », notamment à l’aune de l’arrestation de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal. Mais son groupe était contre le texte du RN.

      Le macroniste Charles Rodwell, auteur d’un récent rapport accablant contre ce même accord de 1968, avait justifié par avance un refus, au prétexte d’un supposé vide juridique qui risquerait de « provoquer un déferlement migratoire » dans l’Hexagone, analyse dénoncée par le RN. Toutefois, seuls 30 députés du groupe macroniste sur 92 étaient présents pour voter contre et trois se sont abstenus. Gabriel Attal était présent jeudi matin à un forum sur la transformation durable du tourisme.

      Il a cependant manqué des voix dans tous les groupes, y compris à gauche (52 députés LFI sur 72 ont participé au vote, 53 socialistes sur 69, 32 écologistes sur 38, six députés du groupe communiste et ultramarin sur 17). Douze députés MoDem ont pris part au scrutin (10 contre, deux abstentions) et trois députés Liot sur 22 (deux pour, un contre).

      L’accord-cadre franco-algérien de 1968 et ses avenants

      Les relations entre la France et l’Algérie sont dans un moment de fort tension au point que le dossier migratoire, pourtant en veilleuse, est revenu sur le tapis ces derniers mois. Il a été remis sous le feu des projecteurs en 2023 à la faveur d’un rapport à charge pour l’Algérie de l’ancien ambassadeur et âme damnée de l’extrême droite française, Xavier Driencourt. Un rapport destiné au centre de réflexions Fondapol, très marqué à droite, et publié peu après la sortie en librairie de ses mémoires algériennes (L’Énigme algérienne. Chroniques d’une ambassade à Alger, aux Éditions de l’Observatoire, 2022) qu’il conclut en ces termes : « Nous avons trop souvent tendu l’autre joue après avoir reçu une gifle. » Un rapport venu nourrir la volonté exprimée depuis plusieurs mois par des responsables politiques de droite (l’ex-ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau mais aussi les ex-Premiers ministres Edouard Philippe et Gabriel Attal, ou encore Marine Le Pen) de dénoncer l’accord-cadre de 1968.

       L’accord-cadre de décembre 1968

      Signé par Jean Basdevant, haut représentant envoyé par de Gaulle en Algérie, et Abdelaziz Bouteflika, alors ministre des Affaires étrangères, cet accord à la négociation duquel a activement participé le diplomate et ancien résistant Stéphane Hessel, alors ministre-conseiller à Alger, restreint les dispositions des accords d’Évian de 1962 qui prévoyaient la libre circulation et installation des personnes d’Algérie vers la France, Algériens comme Français. La libre circulation entre les deux pays avait déjà été freinée avant cette date en raison de l’entrée importante d’Algériens sur le sol français en 1962 : la clause de libre circulation des Accords d’Évian est suspendue en 1964 (accords Nekkache-Grandval). Et dans l’accord-cadre de 1968 un certificat de résidence est imposé aux Algériens. Ce certificat est l’équivalent des cartes de séjour destinées aux étrangers du régime général. Ils peuvent l’obtenir après trois ans de résidence (et non cinq pour les autres ressortissants hors UE) et il est valable dix ans. En cas de regroupement familial, les membres de la famille reçoivent une carte de résident de la même durée que le titre de la personne qu’ils rejoignent. En outre, les Algériens peuvent s’installer à leur compte dans une activité libérale sans autre formalité.

      Mais les Algériens subissent des contraintes spécifiques. Ainsi, les étudiants peuvent moins travailler (à mi-temps, au lieu de 60 % du temps de travail pour les autres nationalités) et doivent obtenir une autorisation de travail.

      ► Plusieurs avenants

      Au cours des années suivantes, cet accord-cadre de 1968 a été amendé à trois reprises : en 1985, 1994 et 2001. Ces trois modifications ont rapproché la situation des ressortissants algériens des dispositions de droit commun. Après l’amendement de 1985, les Algériens sont soumis à l’obtention d’un visa pour entrer sur le territoire français. Après celui de 1994, le certificat de résidence d’un ressortissant algérien périme si ce dernier passe plus de trois ans consécutifs hors du territoire français, disposition qui s’applique aussi dans le droit commun. Enfin, en 2001, un dernier accord instaure des passe-droits — en particulier hospitaliers – destinés à l’élite algérienne.

      En 2007, un aménagement (de niche) signé par Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères de Nicolas Sarkozy, et par Mourad Medelci, son homologue algérien, et destiné à faciliter la circulation de détenteurs de passeports diplomatiques en les exemptant de visa, a été « suspendu » par le ministre de l’Intérieur le 17 mars dans le cadre de la « réponse graduée » aux autorités algériennes, répliquant à leur refus d’accueillir leurs ressortissants expulsés du sol français.

      Par ailleurs, comme l’accord-cadre de 1968 relève du droit international qui prime sur le droit français, les Algériens vivant en France ne sont pas soumis aux dernières lois (qu’elles soient favorables ou défavorables pour les migrants) votées sur l’immigration depuis 2001. Ils sont ainsi exclus de dispositifs tels que le « passeport talents », qui répond au concept vanté par Nicolas Sarkozy d’une « immigration choisie », ou encore à la régularisation par le travail qui doit passer par le seul exercice d’un métier dit « en tension » ou pour raison humanitaire. « Quand vous mettez tout dans la balance, les ressortissants algériens perdent plus qu’ils ne gagnent et ils auraient intérêt à renégocier ce traité », juge le professeur de droit public Serge Slama.

      Que se passerait-il en cas de dénonciation de l’accord-cadre ?

      En droit international, seul le président peut dénoncer ou ratifier des traités. « Quand on dénonce un accord international, on n’est pas tout seul à interpréter ses conséquences, explique le politologue Patrick Weil, pour qui une dénonciation serait une erreur. En France, le sénat affirme que les Algériens seraient soumis au droit commun, mais les Algériens, eux, estiment que l’on reviendrait aux accords d’Évian. Dans une situation de tension et de crise, l’Algérie pourrait décider de se replacer immédiatement dans l’esprit des accords d’Évian, et inciter ses ressortissants à se rendre massivement en France. Que ferait la France ? Elle n’a pas intérêt à se placer dans une situation d’incertitude dont la sortie dépendra moins d’elle encore qu’aujourd’hui. »

      Avec Rfi/AFP

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      «Les étés sans fin de ton sourire » de Youcef Zirem : l’art de résister par la beauté 

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      Les étés sans fin de ton sourire, de Youcef Zirem
      Les étés sans fin de ton sourire, de Youcef Zirem

      Dans ce recueil lumineux, Youcef Zirem transforme la douleur de l’exil et les blessures du monde contemporain en force de beauté et de tendresse. Entre lucidité et espérance, ses poèmes célèbrent la bonté, la nature et la fraternité, faisant de chaque mot un geste de résistance, où la poésie devient à la fois refuge et acte de foi en l’humanité.

      Les étés sans fin de ton sourire est un recueil de poésie publié en 2025 aux Éditions du Net. Ce livre, empreint de douceur, de mélancolie et d’humanisme, poursuit le long parcours poétique de son auteur, Youcef Zirem, déjà reconnu pour ses œuvres mêlant engagement, exil et quête de sens. À travers ce recueil, Youcef Zirem nous convie à une méditation lumineuse sur la paix, la bonté et la mémoire, tout en explorant les blessures du monde contemporain.

      Youcef Zirem, écrivain, poète et journaliste algérien, est une voix singulière de la littérature francophone. Né en Kabylie, il a grandi dans un contexte politique et social difficile, marqué par la censure, la violence et la quête d’identité. Très tôt, il s’impose comme un écrivain de la liberté, refusant la compromission et défendant la vérité de la parole poétique. Contraint par les circonstances, il s’exile en France, où il poursuit son œuvre avec la même ferveur, transformant la douleur du déracinement en source d’inspiration.

      Son œuvre est vaste et variée : romans, essais, récits et poésies s’y côtoient dans une cohérence remarquable. Parmi ses ouvrages les plus connus figurent La Cinquième mascarade, Le Sésame d’Alger, Libre, comme le vent et Eveiller les consciences. Tous témoignent de sa fidélité à des valeurs essentielles, la liberté, la dignité, la solidarité, et de sa volonté constante de faire de la littérature un instrument d’émancipation. Chez Youcef Zirem, l’écriture n’est jamais gratuite : elle est un acte de lucidité et de compassion, un moyen de redonner sens à l’existence humaine.

      Dans Les étés sans fin de ton sourire, cette exigence morale se double d’une sérénité nouvelle. Le poète, sans renoncer à son engagement, choisit une voie plus apaisée, tournée vers la sagesse et la beauté. Il évoque la guerre, la dictature, l’exil, mais aussi la nature, l’amour, la tendresse et la fraternité comme autant de forces de résistance face à la brutalité du monde. Chaque poème, souvent court et méditatif, semble un fragment de vérité, un éclat de conscience qui invite le lecteur à retrouver la simplicité des émotions essentielles.

      Le recueil se déploie comme un voyage intérieur. Youcef Zirem y exprime un profond désir de paix, non seulement entre les peuples, mais aussi au sein de l’individu. Sa poésie est une quête d’équilibre : entre l’ombre et la lumière, entre la colère et la compassion, entre la lucidité et l’espérance. À travers des images récurrentes, la lumière, le sourire, la mer, la montagne, le soleil, l’enfance, il tisse un fil symbolique entre l’intime et l’universel. Ces motifs incarnent la permanence du vivant face à la fragilité du monde.

      Le rapport à la nature y joue un rôle fondamental. La montagne, la mer ou la pluie deviennent des miroirs de l’âme, des refuges spirituels où l’homme retrouve son essence. Dans la beauté du monde, Youcef Zirem trouve la force de résister à la laideur de la société moderne. Il s’oppose au vacarme, à la superficialité et à l’indifférence contemporaine en célébrant la lenteur, la contemplation, le silence. Sa poésie, tout en douceur, devient une prière laïque, un espace de réconciliation entre l’homme et l’univers.

      L’exil, thème récurrent dans son œuvre, traverse également ce recueil. Mais il n’est plus ici une blessure ouverte : il devient une expérience initiatique. Loin de sa terre natale, le poète apprend à habiter le monde autrement, à transformer la nostalgie en lucidité. L’exil devient le lieu d’une double appartenance, à la fois douloureuse et féconde : l’enracinement dans la mémoire et l’ouverture à l’universel. Ce mouvement entre le souvenir et l’espoir confère à la poésie de Youcef Zirem une dimension profondément humaine et intemporelle.

      L’apport majeur de Les étés sans fin de ton sourire réside dans sa capacité à réconcilier la lucidité et l’espérance. Youcef Zirem écrit sans illusions sur l’état du monde. Il dénonce la violence, la corruption, le racisme, la perte de repères et l’égoïsme triomphant. Pourtant, il choisit de croire encore en la bonté et en la beauté. Son regard est clair, mais son cœur reste ouvert. Le titre du recueil illustre parfaitement cette philosophie : malgré la noirceur des temps, il reste des saisons de lumière dans les visages et les gestes humains. Les “étés sans fin” représentent cette chaleur inaltérable de l’amour et de l’espoir que rien ne peut éteindre.

      Sa poésie, dépouillée et sincère, rappelle que la résistance ne passe pas toujours par le cri, mais aussi par la douceur. Elle réaffirme que la vraie révolte peut être spirituelle et esthétique : celle qui consiste à préserver sa capacité d’émerveillement malgré la dureté du monde. Chez Youcef Zirem, le poète devient un veilleur, un témoin de la douleur mais aussi un semeur de lumière. Sa parole, claire et musicale, agit comme une flamme fragile mais tenace dans la nuit du désenchantement.

      L’impact de cette œuvre s’inscrit dans la continuité d’une poésie engagée mais apaisée, qui s’adresse à la fois aux exilés, aux rêveurs et à tous ceux qui refusent le cynisme contemporain. Youcef Zirem prolonge la tradition des poètes humanistes pour qui l’écriture n’est pas un ornement, mais un devoir moral. Il s’inscrit dans la lignée d’auteurs tels que René Char, Nazim Hikmet ou encore Tahar Djaout, qui voyaient dans la poésie un moyen d’éveiller les consciences et de sauvegarder la dignité de l’homme.

      Sa poésie n’a rien d’élitiste. Par son style limpide et sa musique intérieure, elle s’adresse à tous. La clarté devient ici une forme de résistance à la complexité factice du monde moderne. Dans une époque saturée d’images et de mots vides, Youcef Zirem redonne au verbe sa valeur de vérité. Sa langue est simple, mais elle vibre d’une profonde intensité spirituelle. Elle révèle que la beauté n’a pas besoin d’emphase : elle réside dans la sincérité du regard et la justesse du mot.

      Ce qui rend son œuvre particulièrement touchante, c’est sa capacité à unir la pensée et la tendresse. Youcef Zirem ne sépare jamais l’intellect du cœur. Ses poèmes témoignent d’une rigueur de réflexion, il médite sur le temps, la mémoire, la condition humaine, mais aussi d’une grande douceur. L’amour, l’amitié, la compassion et le pardon y occupent une place centrale. Le poète y apparaît comme un être vulnérable mais courageux, conscient de la finitude de l’existence, et décidé à en faire malgré tout un chant d’amour.

      Son engagement n’est pas politique au sens étroit du terme : il est moral et poétique. En refusant la haine, il défend une autre forme de lutte, celle de la bienveillance. Il oppose au désespoir du monde la clarté de la poésie. Sa voix s’adresse à tous ceux qui cherchent un sens dans un univers troublé. Ainsi, Les étés sans fin de ton sourire devient un espace de respiration, un lieu où l’on peut encore croire à la beauté des mots, à la fraternité, à la puissance du rêve.

      Le rôle du poète, tel que Youcef Zirem le conçoit, est celui du gardien de l’humanité. Il veille sur les valeurs menacées, la liberté, la justice, la bonté, et préserve, par la parole poétique, ce qui reste d’humain dans un monde déshumanisé. Il ne se contente pas de dénoncer la laideur : il travaille à la transfigurer. Il fait de la poésie un art de la réparation, un moyen de redonner au monde un visage plus doux. En ce sens, il est à la fois témoin et guérisseur.

      Les étés sans fin de ton sourire est un recueil d’espérance lucide. Youcef Zirem y conjugue la tendresse du cœur et la rigueur de la pensée pour rappeler que, même dans un monde blessé, la poésie demeure un acte de résistance et de foi. Il ne s’agit pas d’un espoir naïf, mais d’une confiance exigeante, conquise au prix de la lucidité. Loin de toute idéalisation, Youcef Zirem choisit de croire en la vie, en la beauté et en la bonté des êtres.

      Ce livre prolonge son engagement humaniste et poétique : il invite à ne jamais renoncer à la lumière, à préserver le sourire face aux tempêtes, à voir dans chaque geste de générosité la promesse d’un monde meilleur. Le sourire évoqué dans le titre devient le symbole même de cette philosophie : un sourire qui traverse les épreuves, qui défie la tristesse, qui incarne la persistance du bien.

      Les étés sans fin de ton sourire n’est pas seulement un recueil de poèmes, c’est une leçon de vie. Par la clarté de son verbe et la pureté de son regard, Youcef Zirem nous rappelle que la poésie a encore un rôle à jouer dans notre époque : celui de guérir, de relier et d’éclairer. Son livre est une invitation à la tendresse, une célébration du courage tranquille de l’amour, et une foi inébranlable dans la beauté du monde.

      Ainsi, à travers ce recueil, Youcef Zirem nous laisse un message d’une actualité brûlante : même dans les heures sombres, il existe toujours un été intérieur, une lumière que rien ne peut éteindre, celle des sourires, des gestes de paix et de la poésie, qui demeure l’ultime refuge de l’humanité.

      Brahim Saci

      Les étés sans fin de ton sourire, Éditions du Net, 2025

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      Mali : l’armée accusée d’avoir tué des éleveurs dans la région de Ségou

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      Militaires maliens
      Assimi Goita et son armée accusé encore une fois d'avoir tué des civils.

      De nouvelles accusations d’exactions commises par l’armée malienne. Les faits se seraient déroulés le 23 octobre dernier, dans la région de Ségou. Des militaires, appuyés par des chasseurs traditionnels dozos, sont soupçonnés d’avoir tué une trentaine de civils près de Markala, dans le centre du pays.

      La majorité des victimes sont des éleveurs venus pour la traversée de leur bétail au niveau du fleuve Niger, dans la région de Ségou au centre du Mali. Un événement qui rassemble annuellement les riverains venus exprimer leur joie et manifester leur solidarité envers ces bergers de retour de la transhumance et qui s’est donc terminé dans un bain de sang.

      Les témoins de la scène joints par RFI sont formels. Alors que la traversée du fleuve était en cours ce jeudi 23 octobre dans la matinée, un groupe de militaires maliens, assisté de chasseurs dozos, a fait irruption sur la berge.

      Des tirs sans sommation

      Le groupe a immédiatement ouvert le feu sans sommation. « En tirant sur les hommes comme sur le bétail » explique un berger qui souhaite garder l’anonymat et qui poursuit : « j’ai survécu parce que j’étais presque arrivé de l’autre côté de la rive ».

      Choqué, un autre homme raconte avoir vu son frère tomber sous les balles des soldats. Au sein de la communauté des éleveurs, la colère est grande, car les autorités avaient été informées de cette transhumance et de la traversée du fleuve.

      Selon un bilan établi par des sources locales, 32 civils ont été tués. Des riverains du fleuve ont expliqué que dans l’après-midi, les militaires maliens sont revenus et ont enterré les victimes dans deux fosses communes. À ce stade, ni l’armée, ni le gouvernement malien n’ont réagi.

      RFI

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