3 avril 2025
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César 2025 : Abou Sangaré la révélation et Costa-Gavras infatigable militant  

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50e Cérémonie des César

La 50ᵉ cérémonie des César s’est tenue le vendredi 28 février à l’Olympia, la salle mythique de Paris, sous la présidence de l’icône du cinéma français, Catherine Deneuve. Cette édition anniversaire a été marquée par des hommages émouvants, des prises de position politiques et la consécration de talents émergents.​

Dès l’ouverture, Catherine Deneuve a dédié la soirée à l’Ukraine, arborant un drapeau ukrainien sur sa veste en signe de solidarité. Le réalisateur franco-grec Konstantinos Gravas, connu sous le pseudonyme de Costa-Gavras, âgé de 92 ans, a reçu un César d’honneur pour l’ensemble de sa carrière.

Dans son discours, il a exprimé sa gratitude envers la France, pays d’accueil et d’humanisme : « Je voudrais dire merci à cette France accueillante, cette France humaniste qui refuse toutes les dictatures et toutes les haines », avant de rajouter : « Un groupe cagoulé organisé s’est attaqué à un film qui parlait de la dictature et de ses injustices. C’était à l’image de leur pays. Ils sont tabassés, ces gens-là. La France peut-elle accepter de tels actes qui semblent se préparer ? » s’est-il demandé, allusion à l’agression par des militants d’extrême droite lors de la diffusion d’un film Z de Costa-Gavras dans un centre culturel de travailleurs immigrés turcs, dans le 10e arrondissement de Paris. Cet événement était organisé par l’association antifasciste Young Struggle.

Abou Sangaré : OQTF consacré

L’un des moments forts de la soirée a été la remise du César de la révélation masculine à Abou Sangaré pour son rôle dans L’Histoire de Souleymane de Boris Lojkine. L’acteur a retracé sa souffrance et son parcours de 2017 à 2023 avec des mots forts : « Je n’avais presque plus de vie. Je vivais parmi les gens, mais je ne me considérais pas comme un être humain. »

Né le 7 mai 2001 à Sinko, en Guinée, Sangaré a quitté son pays à 16 ans pour subvenir aux besoins médicaux de sa mère malade.

Après un périple passant par l’Algérie, la Libye et l’Italie, il arrive en France en 2017. Malgré des études réussies en mécanique automobile, il a longtemps vécu sous la menace d’une Obligation de Quitter le Territoire français (OQTF). Sa participation au film, inspiré de sa propre histoire, a mis en lumière sa situation et celle de nombreux sans-papiers en France. En janvier 2025, il a enfin obtenu un titre de séjour d’un an, symbolisant une reconnaissance de son parcours et de son talent. ​

« Emilia Pérez » triomphe avec sept récompenses.

Le film Emilia Pérez de Jacques Audiard a été le grand vainqueur de la soirée, remportant sept César, dont ceux du Meilleur film et de la Meilleure réalisation. Cette comédie musicale raconte l’histoire d’un chef de cartel mexicain qui change de sexe pour échapper à la justice. Malgré les controverses entourant l’actrice principale, Karla Sofía Gascón, qui a qualifié « l’Islam d’infection pour l’humanité » et a traité George Floyd, un Afro-Américain tué par des policiers, d’escro-toxicomane.

La soirée a également été marquée par la remise d’un César d’honneur à l’actrice américaine Julia Roberts, saluée pour l’ensemble de sa carrière, ainsi qu’un hommage aux personnalités disparues cette année.

Rabah Aït Abache

Zelensky quitte la Maison Blanche après sa joute verbale avec Trump

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Trump Zelensky

Après un échange verbal d’une rare violence avec Donald Trump, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a quitté la Maison Blanche de manière précipitée ce vendredi 28 février. L’accord sur les minerais ukrainiens, censé assurer un soutien américain à l’effort de guerre de l’Ukraine n’a pas été signé.

Avec Donald Trump à la Maison Blanche, on n’est plus dans la diplomatie, mais le théâtre de la brutalité.

Après un échange qui a viré au pugilat entre Volodymyr Zelensky d’un côté et Donald Trump et le vice-président américain JD Vance de l’autre, le président ukrainien a quitté la Maison Blanche de manière précipitée vendredi 28 février. 

Conférence de presse annulée

La conférence de presse qui devait avoir lieu avec les deux dirigeants a été annulée et la signature de l’accord sur les minerais n’a pas eu lieu, a indiqué la Maison Blanche. Volodymyr Zelensky et Donald Trump étaient censés négocier et signer un accord donnant aux États-Unis un large accès aux ressources minérales de l’Ukraine mais Kiev réclamait en échange des garanties de sécurité.

Sur son réseau Truth Social, Donald Trump a accusé le président ukrainien d’avoir manqué de respect envers les États-Unis et de ne pas vouloir la paix avec la Russie. « Il pourra revenir quand il sera prêt à faire la paix », a ajouté le président américain. « J’ai constaté que le président Zelensky n’est pas prêt pour la paix si l’Amérique est impliquée, car il estime que notre implication lui donne un grand avantage dans les négociations. Je ne veux pas d’avantage, je veux la PAIX », a-t-il expliqué. 

Le dirigeant ukrainien devrait « s’excuser de nous avoir fait perdre notre temps pour une réunion qui allait se terminer de la sorte », a affirmé le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, lors d’une interview à la chaîne CNN.

Un échange très tendu

Quelques heures auparavant, Donald Trump et Volodymyr Zelensky ont eu un échange extrêmement tendu devant les caméras du monde entier. Les hostilités ont été lancées par JD Vance qui a reproché au président ukrainien, venu chercher le soutien de Washington après trois années de guerre contre la Russie, de « manquer de respect » aux Américains.

Ensuite, Donald Trump a appelé Volodymyr Zelensky à conclure un accord et l’a menacé, sinon, de « laisser tomber » l’Ukraine. « Vous jouez avec la vie de millions de personnes. Vous jouez avec la troisième guerre mondiale (…) et ce que vous faites est très irrespectueux pour le pays, ce pays », a lâché Donald Trump très en colère, jugeant qu’il sera « très difficile » de négocier avec son homologue ukrainien, et le sommant d’être « reconnaissant » avec les ÉtatsUnis

Des « compromis » avec la Russie

Auparavant, le président américain avait prévenu son homologue ukrainien qu’il devra faire « des compromis » avec la Russie, alors que ce dernier a jugé ne pas vouloir en faire avec « le tueur » Vladimir Poutine. « Il n’y a pas d’accord sans compromis. Il est donc certain qu’il devra faire des compromis, mais j’espère qu’ils ne seront pas aussi importants que certains le pensent », a affirmé aux journalistes Donald Trump.

Volodymyr Zelensky avait, avant que la rencontre ne tourne au pugilat, assuré que Donald Trump était « du côté » de l’Ukraine, et le républicain de 78 ans s’était félicité de conclure un accord « très équitable » sur l’accès aux ressources ukrainiennes.

Avec RFI

Volodymyr Zelensky et Donald Trump, une rencontre à Canossa ?

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Trump Zelensky

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky et celui des Etats-Unis, Donald Trump, se sont rencontrés à la Maison Blanche. Ce n’est pas assez de dire que la rencontre se soit mal passée, ce fut un clash stupéfiant sous le regard du monde entier.

Les deux présidents ne se sont entendus sur rien de ce qui avait été présenté comme les points forts à discuter, soit les conditions du cessez-le feu, la participation à la table des négociations de l’Europe et de l’Ukraine (ce qui est stupéfiant que la question soit posée) et sur le plan du partage des ressources des terres rares.

La discussion a été très vive, dans une ambiance glaciale. C’est assez rare car en général dans ces rencontres annoncées comme difficiles les paroles et les tensions (voire les insultes et menaces)  ne sont pas visibles par le public et le communiqué commun fait état d’un langage diplomatique très codé. Pour cette rencontre nous dirions que convient la formule « des discussions très franches ont été menées ».

Donald Trump a donc indirectement avalisé toutes les demandes de Vladimir Poutine qui jubile en cette période. Rien de ce qu’il demande n’a manqué aux arguments du président américain. Donald Trump campe sur ses positions fermes, il ignore les européens, les insulte et refuse leur participation. Il exige que l’Ukraine rembourse les engagements financiers américains par une mainmise sur ses ressources minières.

Mais Volodymyr Zelensky, même s’il a gardé son honneur après cet échec annoncé, déclare vouloir encore garder des liens forts avec les Etats-Unis. En fin de compte il se place définitivement dans un rapport de vassal à suzerain. Voilà pourquoi je prétends que le président ukrainien est allé s’agenouiller à la porte de Canossa même s’il a gardé son panache.

Malgré l’intransigeance du président Trump, définitivement annoncée aux Européens, position si réitérée lors de sa campagne électorale, ces pays continuent eux aussi à frapper à la porte de Canossa. Une première visite d’Emmanuel Macron à la Maison Blanche qui n’a servi à rien sinon de redonner le spectacle de l’immense table de Vladimir Poutine où il n’a rien obtenu, c’est un euphémisme de le dire.

Puis il y a la visite du premier ministre britannique qui a immédiatement suivi. La même porte verrouillée de Canossa s’est présentée à lui. L’Europe a compris, dans une grande stupéfaction, ce qu’elle savait déjà et que beaucoup de pays européens ont refusé de voir. Les Etats-Unis n’étaient plus les alliées fiables  et deviennent même des opposants à la vielle Europe qui s’était tellement bercée de l’illusion du parapluie militaire américain.

Même le nouveau chancelier allemand, à la tête d’un pays qui avait toujours refusé la militarisation du fait de son passé particulier et de ses liens économiques vitaux avec la Russie, se promet de ne plus compter sur la protection américaine.

Reste les rares amis de Vladimir Poutine comme Viktor Orbán, président de la Hongrie et la présidente du conseil italien, Giorgia Meloni, pour les exemples les plus notoires qui sont en pointe dans le lien avec les thèses de Poutine. Pour le premier, c’est un bureau de représentation de Vladimir Poutine qu’il occupe, pour la seconde, ce sont ses anciennes attaches mussoliniennes qui la retiennent encore dans ses hésitations.

L’Europe continue à organiser des réunions qui n’aboutissent à rien et semble se diriger vers une lâcheté (ou du moins une léthargie) qu’elle avait déjà vécu avec les accords de Munich en 1938.

Rien n’y fait, elle essaye pourtant toujours d’obtenir une place à la table de négociation en se fracassant sur cette imprenable forteresse de Canossa. Elle est accompagnée dans cet acharnement par le président ukrainien.

Se renforcer militairement et s’opposer frontalement à Vladimir Poutine sans l’aide des Etats-Unis, c’est pourtant la dernière chance de l’Europe de ne pas risquer la guerre et la perte de protection de son territoire. L’histoire leur avait donnés une leçon avec Canossa et Munich, elle nous ressert les plats.

Donald Trump dit accepter tous les représentants qui souhaiteraient venir négocier à la Maison Blanche. Pourtant tout ce monde devrait connaître la célèbre citation « Il tend la main avec un gros bâton caché derrière le dos ».

Nous vivons un moment historique avec la fin du multiralisme et du droit international qui garantissaient, même avec de grosses lacunes, une stabilité des frontières reconnues.

Volodymyr Zelensky et Donald Trump viennent de se rencontrer, il y a eu échec, comme dans d’autres tentatives, le moment est venu pour les européens de prendre leur destin en main et d’opposer une force commune.

Volodymyr Zelensky et Donald Trump ne connaissent et ne respectent que le rapport de force, c’est leur seul langage.

Boumediene Sid Lakhdar

Maroc : le roi Mohammed VI appelle à renoncer au sacrifice du mouton pour l’Aïd

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Moutons

Mohammed VI, le roi du Maroc, appelle ses sujets à ne pas effectuer le sacrifice de l’Aïd al-Adha aura des répercussions directes sur le marché de la viande au Maroc.

Dans son message au peuple, diffusé par le ministre marocain des dotations et des affaires islamiques Ahmed Tawfiq, le roi a affirmé qu’il est soucieux de fournir au peuple tout ce dont il a besoin pour accomplir ses devoirs religieux, mais « notre souci de vous permettre d’accomplir ce rituel religieux dans les meilleures conditions s’accompagne du devoir de prendre en compte les défis climatiques et économiques auxquels notre pays est confronté et qui ont conduit à une baisse significative du nombre de têtes de bétail ».

Dans son appel, le souverain marocain a ajouté : « Compte tenu du fait que l’Aïd al-Adha est une Sunna confirmée lorsque c’est possible, le fait de l’accomplir dans ces circonstances difficiles causera un réel préjudice à de larges segments de notre peuple, en particulier ceux dont les revenus sont limités. »

Il a conclu en disant : « Nous appelons nos concitoyens à ne pas accomplir le rituel du sacrifice de l’Aïd al-Adha cette année. »

Cette mesure a, selon plusieurs observateurs de la société marocaine, ses raisons économiques. La paupérisation y est pour quelque chose. L’appel du roi s’inscrit dans un contexte de crise du cheptel pendant lequel les non seulement maquignons tirent leur épingle du jeu, mais aussi et surtout les gros propriétaires de troupeau qui font monter aussi les enchères.

En filigrane en même temps, le roi, assis sur une richesse insolente tout de même, vise soulager financièrement les familles marocaines les plus modestes qui seraient amenées autrement à se saigner les veines pour respecter cette fête de l’Aïd. Habituellement, près de six millions de têtes de bétail, sont sacrifiées à l’occasion de cette fête. C’est dire son importance.

Yacine K.

Ligue 1 Mobilis : le MCA l’emporte face au CSC et conforte son leadership

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MCA

Le MC Alger, auteur d’un succès renversant à la maison face au CS Constantine (2-1), a conforté sa position du leader du championnat de Ligue 1 Mobilis de football, en clôture de la 18e journée, vendredi.

Pas de grand changement à la tête du tableau. Le MCA s’accroche vaillamment. Au stade du 5-Juillet, devant plus de 40.000 supporters, le MCA a été cueilli à froid en concédant l’ouverture du score signée Temine (4e), profitant des largesses de la défense mouloudéenne.

La réaction du « Doyen » ne s’est pas faite attendre, puisque l’ailier ivoirien a égalisé quelques minutes, d’un puissant tir dans la surface (11e).

En seconde période, le MCA a dominé les débats, ce qui lui a permis d’inscrire le but de la victoire, grâce à sa nouvelle recrue hivernale, l’attaquant Mohamed Saliou Bangoura, qui a crucifié le portier adverse Bouhalfaya, d’un tir foudroyant de l’extérieur de la surface (73e).

Une victoire qui permet au MCA d’atteindre la barre de 37 points, et surtout conserver cinq points d’avance, sur son dauphin, le CR Belouizdad.

Le CSC, stagne quant à lui, à la 6e position avec 25 points.

Tibhirine, le monastère du silence et de la mémoire

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Tibhirine
Le monastère de Tibhirine.

REPORTAGE. Il est des lieux que l’on porte en soi longtemps avant de les fouler du pied. Tibhirine était de ceux-là. Depuis que j’ai vu Des hommes et des dieux, ce film bouleversant retraçant la vie et le destin tragique des moines trappistes, l’envie d’aller sur leurs traces ne m’a jamais quitté. Ce souhait, trop longtemps différé, s’est enfin réalisé le 11 février 2025, lorsque j’ai entrepris cette visite.

Dès mon arrivée, un silence profond m’enveloppe. Non pas un silence vide, mais un silence habité, chargé d’histoire, de prières murmurées, de vies brisées et de souvenirs encore vivants.

Un monastère marqué par la lumière et l’ombre

Perché dans les montagnes de Médéa, à 100 km d’Alger, le monastère Notre-Dame de l’Atlas fut fondé en 1938. Pendant des décennies, il fut un havre de paix où les moines trappistes vivaient en harmonie avec la nature et les habitants du village voisin. Dom Christian de Chergé et ses frères avaient fait le choix de rester malgré la tourmente des années 1990, animés par leur foi et leur engagement envers cette terre qu’ils considéraient comme la leur.

Mais en 1996, l’Histoire les rattrape. Dans la nuit du 26 au 27 mars, un groupe armé pénètre dans le monastère et enlève sept moines. Pendant deux mois, l’attente est insoutenable, puis vient la nouvelle brutale : seules leurs têtes seront retrouvées, abandonnées en bord de route. Leurs corps, eux, n’ont jamais été retrouvés 

Une tragédie issue d’un malentendu

Ce que l’on sait moins, c’est que la communauté ne comptait pas sept mais neuf moines. Les ravisseurs, croyant qu’ils étaient sept, n’ont enlevé que ce nombre, ignorant l’existence de deux autres frères qui se trouvaient dans leurs cellules. Frère Jean-Pierre et frère Amédée, par un concours de circonstances tragique et absurde, échappèrent ainsi à la mort.

Cette erreur rend la tragédie encore plus troublante. Les bourreaux eux-mêmes ne savaient pas exactement qui ils venaient chercher. Comme si cette nuit funeste avait été marquée par une série d’aveuglements et de malentendus, qui aboutirent à l’un des drames les plus marquants de l’histoire contemporaine de l’Algérie.

Les sept moines assassinés sont :

Christian de Chergé, 59 ans, prieur du monastère.

Luc Dochier, 82 ans, médecin au service des habitants.

Christophe Lebreton, 45 ans.

Michel Fleury, 52 ans.

Bruno Lemarchand, 66 ans.

Célestin Ringeard, 62 ans.

Paul Favre-Miville, 57 ans.

Les survivants, frère Jean-Pierre et frère Amédée, furent ainsi les derniers témoins vivants de cette communauté brisée. Leur survie, bien qu’inattendue, n’effaça pas la douleur de la perte.

Frère Luc, le médecin du monastère

Parmi ces hommes de foi, Frère Luc Dochier est celui qui m’a le plus marqué. À 82 ans, il était le doyen du monastère, mais surtout un médecin dévoué corps et âme aux habitants du village voisin.

Arrivé en Algérie en 1947, après plusieurs années en Indochine, il soignait gratuitement les villageois, avec des moyens souvent précaires. Son dispensaire était toujours ouvert, et on raconte qu’il n’a jamais refusé personne.

Même lorsque la menace terroriste se faisait plus pressante, il refusa de partir. Il disait qu’il était trop vieux pour fuir, mais ceux qui le connaissaient savaient que son véritable attachement était aux gens qu’il soignait, à cette terre algérienne qu’il aimait profondément.

Quand je me suis arrêté devant sa tombe, une émotion particulière m’a saisi. Plus que celle d’un martyr, c’était celle d’un homme qui avait donné sa vie aux autres, sans bruit, sans éclat, avec une humilité rare.

Frère Luc n’était pas seulement un moine. Il était une main tendue, un sourire rassurant, une lumière discrète qui réchauffait Tibhirine.

Un parcours entre recueillement et Mémoire

L’église et le cloître ou le silence qui Parle. L’église, sobre et dépouillée, est un écrin de recueillement. C’est ici que résonnaient les chants grégoriens, que les moines priaient ensemble, dans cette vie simple qu’ils avaient choisie.

Le jardin : une vie qui persiste

Derrière les murs, un jardin d’herbes médicinales et de plantes aromatiques, entretenu par les moines, puis par ceux qui ont pris le relais. Parmi les allées ombragées, des arbres fruitiers étendent leurs branches généreuses : figuiers noueux aux fruits sucrés, grenadiers éclatants aux grains rubis, amandiers délicats annonçant le printemps de leurs fleurs blanches. La nature poursuit son œuvre, perpétuant ce lien si fort entre la terre et l’esprit, offrant à ceux qui s’y aventurent la douceur des fruits mûrs et le parfum des saisons.

Le cimetière : une absence présente

Je m’arrête devant les pierres blanches portant les noms des moines et la date du 21 mai 1996. Il n’y a pas de croix, seulement cette sobriété qui invite au recueillement. Ce n’est pas la présence des tombes qui frappe, mais l’absence des corps, l’injustice de ce destin brisé.

Et puis, il y a cette rencontre que je n’avais jamais imaginée. Je les avais vus seulement à travers les images, dans un film, dans des souvenirs gravés sur des photos, mais jamais en face-à-face. Les sept moines, ici, dans ce cimetière. Pourtant, il n’y a pas de corps. Seules leurs têtes reposent, figées dans la pierre, semblables à des statues inertes, comme des âmes perdues, sans les corps qui les animaient. Ce fut un choc de les voir ainsi, morts, réduits à des têtes sans vies. Une tristesse profonde m’envahit, un vide immense, comme si la mémoire elle-même avait été brisée. Ces visages que j’avais vus en couleurs, en mouvements, étaient maintenant figés, éteints à jamais.

Le vent effleure les pierres, chuchotant des prières oubliées, et dans l’air flotte un parfum mêlé de romarin et de terre humide. Ici, au cœur du silence, la mémoire demeure vivante, gravée dans la roche, comme un écho indélébile du passé.

Une rencontre marquante

Notre guide, frère Yves, nous accompagne avec un respect profond et une humilité discrète. Dès les premiers mots, il se définit clairement :

« Je suis un religieux, pas un moine. »

Cette distinction, loin d’être anecdotique, nous invite à une réflexion subtile. Un moine, dans la tradition chrétienne, se retire du monde pour se consacrer totalement à la prière et à la contemplation, souvent dans un monastère ou une abbaye, loin des préoccupations terrestres. Un religieux, en revanche, fait vœu de servir Dieu tout en restant engagé dans le monde, souvent dans des missions concrètes et en lien avec la communauté. Frère Yves ne se voit pas comme un moine retiré, mais comme un homme de service, attaché à une vie active de dévouement et d’engagement envers les autres.

Son récit est sobre, épuré, sans l’ombre de l’emphase. Il nous parle de la vie des moines, de leur quotidien fait de silence et de prière, de leur attachement sincère à ce lieu, à ses murs, à ses habitants. Il évoque également la tragédie qui a marqué cet endroit, mais toujours avec une retenue remarquable, comme si le poids du passé ne devait pas alourdir la mémoire. Pas de colère, juste un rappel nécessaire, une transmission de l’histoire sans sombrer dans le ressentiment.

À la fin de la visite, lorsqu’il prend congé de nous, il s’incline légèrement, un geste presque imperceptible, et d’une voix douce, il conclut simplement :

« Je n’étais que votre serviteur. »

Des mots simples, mais d’une puissance inattendue. En prononçant cette phrase, il n’exprimait pas seulement son rôle de guide, mais aussi une forme de dévouement et de respect profond pour ceux qu’il accompagnait, une humilité qui laisse une trace bien plus profonde que de simples paroles.

Un héritage qui perdure

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Tibhirine n’est pas un lieu figé dans le passé. Aujourd’hui encore, il continue de vivre, habité par un esprit de fraternité qui perdure malgré la tragédie.

À ce jour, une petite communauté y réside : deux frères, Eugène et Yves, et trois sœurs, Félicité, Brigitte et Clémence. Avec humilité et dévouement, ils accueillent les visiteurs, tout en maintenant le travail du verger et du potager, perpétuant ainsi la relation intime des moines avec la terre.

Ainsi, le monastère Notre-Dame de l’Atlas n’est pas un lieu de deuil, mais un espace où la lumière de la fraternité continue de briller, entre mémoire et présence.

Tibhirine, une lumière qui persiste

En quittant le monastère, un poids lourd se pose sur mon cœur, mêlant tristesse et une paix profonde. Tibhirine n’est pas un simple lieu de mort. C’est un espace où, malgré le silence, la vie murmure encore, discrète et persistante. En m’éloignant, une étrange sensation m’envahit, comme une promesse silencieuse, envoûtante, qui me lie à ce lieu. Ce havre de paix, où chaque pierre, chaque souffle semble suspendu dans le temps, m’appelle à revenir. Tibhirine, dans sa simplicité, est un sanctuaire de sérénité où l’âme trouve refuge. Et même dans cette quiétude presque irréelle, la vie, tout de même, murmure encore.

Djamal Guettala

Ligue 1 Mobilis : la JSK bat le PAC et renoue avec la victoire

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JSK

La JS Kabylie a pris le meilleur sur le Paradou AC (2-1), ce vendredi au stade Hocine Aït Ahmed (Tizi-Ouzou), en match comptant pour la suite de la 18e journée du championnat national de Ligue 1 Mobilis.

Fin de passage à vide de la JSK. En effet, la série de quatre matchs sans succès (2 nuls, 2 défaites) a pris fin ce vendredi face au Paradou AC lors d’une rencontre à rebondissement, malheureusement, sans la présence du public, huis clos oblige.

Bien déterminés à renouer avec la victoire, les Canaris ont pris leur envole très tôt en marquant dès la 2e minute par l’entremise de Berkane. La formation kabyle avait la possibilité de faire le break, à de  nombreuses reprises, mais la réussite devant la cage des Pacistes a fait défaut.

En seconde période, les Académiciens se sont montrés plus dangereux que leur hôte, et ce qui devait arriver arriva. À la 71e minute, les Académiciens ont réussi à niveler le score, de la tête également, par l’intermédiaire de Bouzahzah.

Dix minutes plus tard, la JSK s’est vu accorder un penalty après consultation de la VAR par l’arbitre du match, Mustapha Gherbal. Le capitaine d’équipe, Madani, a pris ses responsabilités et s’est chargé d’exécuter la sentence avec succès, permettant ainsi aux siens de reprendre le match en main.

Grâce à cette victoire, la première sous l’ère Zinnbauer, les Jaune et Vert retrouvent des couleurs et remontent sur la 3e marche du podium (29 pts) en compagnie de l’USM Alger.

Quant au PAC (10e – 23 pts), la crise de résultat s’installe véritablement. Les capés de Dziri ne gagnent plus depuis cinq sorties et continuent de manger leur pain noir.

Classement de la Ligue 1
#EquipesPtsJ
1MC Alger     3417
2CR Belouizdad  3218
3USM Alger 2918
4JS Kabylie  2918
5ASO Chlef  2718
6CS Constantine2517
7ES Sétif2518
8JS Saoura2518
9MC El Bayadh  2418
10Paradou AC2318
11MC Oran  2118
12Olympique Akbou2018
13USM Khenchela2018
14NC Magra1718
15ES Mostaganem1718
16US Biskra1418

Radio Algérie Multimédia  

Projet céréalier de Timimoun : Bonifiche Ferraresi décroche la concession

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Blé

Le ministère de l’Agriculture et du Développement rural a officiellement attribué, ce jeudi, un contrat de concession à la société italienne Bonifiche Ferraresi (BF) pour la réalisation d’un vaste projet agro-industriel à Timimoun, dans le sud de l’Algérie. Ce projet ambitieux, axé sur la production de céréales, de légumineuses et de pâtes alimentaires, représente un investissement de 420 millions de dollars.

La convention a été signée par le ministre de l’Agriculture, Youcef Cherfa, et le président du conseil d’administration de BF El Djazair, Mustapha Houari, concrétisant un accord-cadre conclu en juillet 2024 entre le groupe italien BF et le Fonds national d’investissement (FNI) algérien.

S’étendant sur une superficie de 36 000 hectares, le projet vise à développer une production diversifiée portant sur la production de céréales (blé dur et tendre), légumineuses (lentilles, haricots secs, pois chiches) et oléagineux (soja).

Le projet se décline sous forme d’une chaîne de valeurs prévoyant la construction d’infrastructures destinées à la transformation des céréales pour la production de pâtes alimentaires, de silos de stockage et des installations d’irrigation modernes.

Ce projet devrait générer 6 700 emplois, contribuant ainsi au développement économique de la région de Timimoun. Il vise également, si l’on en croit les informations rendues publiques, à renforcer la sécurité alimentaire de l’Algérie en augmentant la production locale de denrées de base.

Acteur majeur de l’agro-industrie en Italie, Bonifiche Ferraresi est coté à la Bourse de Milan.

La rédaction

Le Premier ministre britannique insiste pour «la libération» d’Alaa Abdel Fattah, emprisonné en Égypte

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Alaa Abdel Fattah, emprisonné en Égypte
Alaa Abdel Fattah, emprisonné en Égypte

Le Premier ministre britannique Keir Starmer s’est entretenu, vendredi 28 février dans l’après-midi, avec le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi et a « insisté » auprès de lui « pour la libération » de l’opposant égypto-britannique Alaa Abdel Fattah, emprisonné au Caire depuis plus de cinq ans, a indiqué Downing Street.

« Le Premier ministre a discuté du cas du ressortissant britannique Alaa Abdel Fattah avec le maréchal al Sissi. Il a insisté pour la libération d’Alaa », selon le compte-rendu de l’entretien publié par Downing Street. La mère de l’opposant égypto-britannique, Laila Soueif, a entamé une grève de la faim depuis plus de 150 jours au Royaume-Uni pour obtenir la libération de son fils.

Les autorités ont libéré 834 personnes détenues pour des raisons politiques, mais elles ont arrêté plus de trois fois plus de monde en 2023, indique Amnesty International dans son rapport 2023.

L’impunité est partout dans ce pays, indique l’ONG. « Dix ans après l’homicide illégal d’au moins 900 personnes le 14 août 2013, lors de la dispersion violente de sit-in organisés par des sympathisant·e·s du président destitué Mohamed Morsi, aucun agent de l’État n’avait été amené à rendre des comptes », rapporte-t-elle.

En 2021, près de 60 000 hommes et femmes se trouvent derrière les barreaux en raison de leur opinion. Des opposants détenus parfois sans aucun jugement.

La rédaction

Algérie/France : Macron veut «réengager un travail de fond» avec Tebboune

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Macron Tebboune

Le président français, Emmanuel Macron, qui termine vendredi 28 février une visite d’État au Portugal, s’est exprimé sur la crise diplomatique entre la France et l’Algérie. C’est sa première prise de parole depuis l’attentat de Mulhouse, perpétré par un ressortissant algérien sous OQTF (obligation de quitter le territoire français).

Est-ce le début de la décantation entre la France et l’Algérie ? Le président Emmanuel Macron cadre le débat en revenant notamment sur la question de la dénonciation de l’accord de 1968.

C’est une menace que le Premier ministre François Bayrou fait planer : si les dirigeants algériens continuent à refuser de délivrer des laissez-passer consulaires et de reprendre leurs ressortissants expulsés de France, l’accord de 1968 pourrait être dénoncé. Emmanuel Macron, lui, ne s’avance pas autant, rapporte l’envoyée spéciale de RFI.

« Les accords de 1968, on ne va pas les dénoncer de manière unilatérale (sic). Ça n’a aucun sens. Le problème dont on parle, à mon avis, c’est beaucoup plus les accords de 1994. Nous avions lancé, avec le président Tebboune, un mouvement pour les moderniser. Et on le fera en bon ordre », a déclaré le président depuis Porto.

Et le chef de l’État fixe une méthode : « On ne va pas se parler par voix de presse. C’est ridicule, ça ne marche jamais comme ça. J’ai bien entendu les mots du président Tebboune et je souhaite qu’il y ait maintenant un travail de fond qui soit réengager. » Cette déclaration s’adresse par ricochet à certains ministres, notamment Bruno Retailleau dont l’inflation de déclarations comminatoires a atteint des niveaux stratosphériques.

Autrement dit, le président souhaite moins de communication et plus de concertation, car pour lui, cette crise ne doit « pas faire l’objet de jeu politique ». Emmanuel Macron recadre ceux qui seraient tentés d’instrumentaliser la crise mais apporte son soutien au gouvernement : « Rien ne peut prévaloir sur la sécurité de nos compatriotes. Quand elle est menacée par des procédures ou des engagements qui ne sont pas respectés, le gouvernement a raison de s’en saisir. »

«Des millions de Français sont nés de parents algériens, sont parfois binationaux, a-t-il poursuivi. Ils n’ont rien à voir avec ces débats et vivent en paix, adhérant aux valeurs de la République. (…) Ils ont le droit à la vie tranquille aussi.» Emmanuel Macron a d’ailleurs recentré les débats sur les accords de 1994, une révision de ceux de 1968. «Nous avons engagé un travail avec le président Tebboune pour les moderniser et on le fera en bon ordre», a affirmé le chef de l’État français.

Depuis le Portugal, où sa visite d’État de deux jours s’achève, Emmanuel Macron envoie un autre message aux dirigeants algériens à propos de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, incarcéré depuis la mi-novembre : « Je considère que c’est aussi un des éléments qu’il faut régler pour que la confiance soit pleinement rétablie. » Le cas Boualem Sansal est un préalable à toute amélioration dans la relation entre Paris et Alger.

Maintenant, il reste à savoir ce que décidera le chef de l’Etat algérien après cette perche tendue en direction d’Alger.

La rédaction/RFI

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