Mourad Guerbas, l’une des voix les plus emblématiques de la chanson kabyle, se produit pour la première fois au Zénith de Paris – La Villette le 10 janvier 2026.
Après une carrière entamée au début des années 2000 et plusieurs albums qui ont su mêler traditions berbères et sons modernes, l’artiste Mourad Guerbas célèbre le Nouvel An berbère, Yennayer 2976, devant un public attendu de plusieurs milliers de fans dans l’une des plus belles salles parisiennes.
Le spectacle, produit par Los Production, promet une soirée riche en émotions, avec les titres qui ont fait le succès de Gurbas et des surprises inédites, dont un hommage à Matoub Lounès. Le chanteur, qui a déjà foulé les scènes du Canada, des États‑Unis et de l’Algérie, compte bien faire vibrer le Zénith avec son énergie habituelle et son engagement pour la culture kabyle.
Les billets, mis en vente dès maintenant, sont disponibles à partir de 37,50 €, avec des options assises ou debout selon les disponibilités. Le Zénith ouvrira ses portes à 18 h30, le concert débutant à 20 h.
Un premier Zénith qui s’annonce déjà mémorable pour Mourad Guerbas et ses admirateurs, preuve que la musique kabyle continue de rayonner bien au‑delà des frontières de l’Algérie.
Marie-Noelle Melchionne. Crédit photo : Le Matin d'Algérie
Nous avons rencontré Marie-Noelle Melchionne pour la première fois au Centre médico-psychologique de Marseille, à l’occasion de son vernissage. Professeure de grec et de latin, elle a trouvé dans la peinture un langage capable de traduire son monde intérieur, ses émotions et ses passions. Son parcours artistique a basculé après une exposition immersive consacrée à Van Gogh à la Joliette, un moment décisif qui a déclenché chez elle le besoin irrépressible de poser des couleurs sur le papier.
De l’entrée du port d’Ajaccio à ses autoportraits multicolores, en passant par des tableaux où la figure féminine occupe une place centrale, Marie-Noelle Melchionne explore la sensibilité, la liberté et la joie de créer, offrant à chacun de ses spectateurs un voyage intime et lumineux. Elle a accepté de répondre à nos questions pour Le Matin d’Algérie, partageant ses émotions, ses techniques et sa vision de l’art.
Le Matin d’Algérie : Qu’est-ce qui vous a donné envie de prendre le pinceau pour la première fois ?
Marie-Noelle Melchionne : « À la sortie de l’exposition immersive sur Van Gogh, j’avais acheté le seul souvenir qui était dans mes moyens, peut-être le plus essentiel : quelques crayons pastels. J’avais aussi emporté, à disposition sur une table dans la boutique, quelques croquis en noir et blanc des tableaux de Van Gogh. Une fois rentrée chez moi, j’ai commencé spontanément à colorier les croquis avec des couleurs imaginaires, qui ne correspondaient en rien à la réalité. Il y a eu des émotions et une sensation d’un besoin de poser les couleurs. Une couleur en appelait une autre et je complétais mon dessin comme on complète un puzzle. »
Le Matin d’Algérie : Pouvez-vous nous raconter votre expérience de l’exposition immersive Van Gogh à la Joliette ?
Marie-Noelle Melchionne : « Le jour où j’ai visité l’exposition immersive, j’ai d’abord pris connaissance du parcours de sa vie atypique. Puis, dans un recueillement particulier, je prenais contact avec la simplicité des toiles de Van Gogh et en même temps avec la puissance bouleversante de ses œuvres. Il y avait les tournesols, la chambre à coucher du peintre, quelques portraits et une très grande toile sur sa période asiatique. Ensuite, on entrait dans un immense hangar et on pouvait se détendre dans des chaises longues et s’abandonner entièrement à la peinture de Van Gogh projetée sur les quatre murs, le plafond et le sol, le tout en mouvement. Surgissaient alors une profusion de motifs et de couleurs magiques, surprenantes, qui nous envahissaient positivement. »
Le Matin d’Algérie : Comment se déroule pour vous le processus de création d’un tableau ?
Marie-Noelle Melchionne : « Lorsque je commence un tableau, il y a un léger croquis qui prend pour moi la forme d’une poésie et esquisse déjà la préparation des couleurs. Ensuite, dès que je saisis mes pinceaux, un calme et un apaisement intérieur s’installent ineffablement. Puis, dans l’enchevêtrement des couleurs, des émotions jaillissent et s’emportent. Il y a des tableaux calmes où la libération a une place importante, souvent à l’aquarelle, mais cette liberté se retrouve aussi dans l’expression de la peinture acrylique, comme si j’étais prise par une musique romantique très lyrique — peut-être du Schumann ou Chopin — et où commence ma danse intérieure. Là, des formes imaginaires, personnages ou petits animaux, fruits de mon inconscient, apparaissent dans le tableau. »
Le Matin d’Algérie : Vos deux premiers tableaux sont très différents : que représentent-ils pour vous ?
Marie-Noelle Melchionne : « Mon premier tableau, à l’aquarelle, représentait l’entrée du port d’Ajaccio. C’était ma première prise de contact avec cette technique. Mon intuition a été de travailler par aplats de couleurs brutes et spontanées, comme une musique néo-romantique plus épurée, glissant vers la modernité. Cette peinture se situe à la limite de l’art figuratif et de l’abstrait. Le deuxième tableau est réalisé à la peinture acrylique, une technique différente, où l’on joue avec une matière plus profonde et plus dense. Il s’agit d’un autoportrait multicolore, aux couleurs vives et imaginaires. J’ai choisi de commencer par un autoportrait parce que ma volonté, à travers la peinture, est de parler de mon moi intérieur et de me raconter. C’est peut-être plus facile pour moi de le faire par le dessin et par les couleurs que par la parole, car je suis habituellement d’un tempérament plus inhibé. Le caractère imaginaire des couleurs respecte chez moi une part ludique et renforce ce sentiment de liberté que m’apporte la peinture. »
Le Matin d’Algérie : Vous parlez de la peinture comme d’une thérapie. En quoi vous aide-t-elle ?
Marie-Noelle Melchionne : « La peinture me permet de traverser des épreuves personnelles que je préfère garder pour moi. C’est un espace de respiration, de reconstruction et de libération. Lorsque je peins, je peux déposer mes émotions et leur donner forme, couleur et rythme. Cela me permet de continuer à avancer malgré ce que la vie met sur mon chemin. »
Le Matin d’Algérie : Comment votre tempérament et votre parcours influencent-ils votre manière de peindre ?
Marie-Noelle Melchionne : « Ma rigueur intellectuelle, acquise en tant que professeure de grec et de latin, dialogue avec la liberté de la peinture. L’une structure, l’autre libère. Cette tension entre méthode et spontanéité crée mon équilibre et nourrit la singularité de mon travail. »
Le Matin d’Algérie : Quelle place occupe la musique dans votre vie et dans votre relation à la peinture ?
Marie-Noelle Melchionne : « La musique a toujours été pour moi le seul art, sans besoin de support, qui parle directement à l’âme. Mais dans la seconde partie de ma vie, je me découvre une véritable passion pour la peinture. Ce qu’il y a de particulier dans l’art pictural, c’est le travail avec les mains : on passe à l’action, on devient un artisan de l’image. Même si le toucher est aussi une dimension essentielle dans l’apprentissage d’un instrument de musique, la peinture engage le corps différemment.
Quant à savoir si, parfois, la musique classique romantique prend le pas sur la peinture, je ne saurais le dire moi-même. Je crois simplement être un personnage intrinsèquement romantique dans ma manière de vivre, et cela traverse naturellement tous les arts que j’aime. »
Le Matin d’Algérie : Quelle place occupe la figure féminine dans vos tableaux ?
Marie-Noelle Melchionne : « La femme est pour moi un refuge, car elle est à l’origine de l’homme et du monde. Elle est à la fois protectrice et fragile, parfois révélée dans sa nudité. Elle n’est jamais une femme objet. C’est la figure de la sensibilité et le fil conducteur de l’humanité. Elle interroge son rapport aux êtres masculins et pose la question de la vie, souvent fragile, et de la mort. »
Le Matin d’Algérie : Quelle place accordez-vous au choix des titres de vos tableaux ?
Marie-Noelle Melchionne : « Le titre qui s’attache aux tableaux est une manière de mieux comprendre les sentiments ou les sensations que je veux faire passer. C’est une sorte de commentaire explicatif. À d’autres moments, c’est une façon de m’inscrire dans le présent et dans la vie quotidienne, et parfois encore d’ouvrir une fenêtre sur l’avenir, de donner un fil conducteur aux prochains projets. »
Le Matin d’Algérie : Que souhaitez-vous que le spectateur ressente en regardant vos œuvres ?
Marie-Noelle Melchionne : « Ce que j’aimerais faire partager au spectateur, c’est le bonheur et la joie que j’ai mis à réaliser ces peintures. J’espère que mon plaisir à dessiner et peindre se manifeste à travers elles. Parfois, on peut aimer une peinture ou la détester, en avoir peur : l’essentiel est d’éprouver un sentiment fort vis-à-vis d’une œuvre artistique. Mais bien sûr, ce que j’aimerais également transmettre par mes peintures, ce sont des devises latines ou grecques : Carpe diem, « profite du moment présent » ; « Connais-toi toi-même » de Socrate ; ou encore « Deviens ce que tu es et sois ce que tu deviens ». Ces phrases accompagnent ma démarche et le sens que je veux donner à mon travail. »
Trump se conduit en roi du monde. Crédit photo : DR
Pour autant que Maduro serait un « dictateur », il appartenait à son peuple de le déloger du pouvoir et de le soumettre à la justice du Venezuela, Etat souverain. Aujourd’hui comme hier, nul n’a été mandaté (encore moins par le Conseil de sécurité de l‘ONU) pour accomplir ce forfait. Il est vrai que « l’Amérique » a habitué le monde avec ses frasques : Viêt-Nam, Irak…
William Blum, ayant gravité dans l’Administration américaine en qualité de haut fonctionnaire, expose dans son ouvrage « l’Etat voyou » les intérêts de cette administration, voire de certaines couches et individualités localisées et liées aux grandes sociétés pétrolières et au complexe militaro-industriel américain (1). Force est d’observer que cette même administration monopolise (pour combien de temps encore ?) la violence à l’échelle planétaire sous le couvert de «mondialisation» et agit de façon fort belliqueuse depuis 1945 afin de mettre toutes les économies considérées comme périphériques sinon à genoux, à tout le moins tournant autour de sa galaxie…
Ainsi pour atteindre ses objectifs, l’auteur rappelle que l’Administration américaine a été l’auteur de bombardements du Japon (bombe A sur Hiroshima et Nagasaki) et du Vietnam (un million de morts et vingt ans de destruction de ce pays). Elle a utilisé de l’uranium appauvri (qui est radioactif) lors de la guerre du Golfe qui contribue encore à ce jour à la naissance d’enfants handicapés et qui meurent de cancers en Irak, ainsi que des bombes à fragmentation. Il est vrai hélas que l’Amérique s’est bâtie dès l’origine sur la violence : massacre des Amérindiens dont les survivants ont été parqués dans des réserves et traite des Noirs devenus depuis Afro-américains qui n’ont eu de cesse de se battre pour leurs droits civiques. Ils attendent toujours des excuses publiques de l’Etat et une juste réparation pour tous les préjudices subis.
Faut-il ainsi s’étonner de l’attitude de l’Etat fédéral étasunien de commettre, sous les yeux abasourdis et inaptes à réagir du monde (dont la Chine, la Russie…), le « rapt » de Maduro (président dont il appartenait au peuple vénézuélien, selon son bon droit, de le déchoir de son mandat et de le qualifier de « dictateur »). La force américaine, instrumentalisée par le pouvoir politique, repose sur son armée dont le budget annuel dépasse les 800 milliards de dollars (la Chine, en seconde position, y consacre quelques 200 milliards de dollars). L’impérialisme américain, nouvelle Rome, impose par d’apprentis César, sa paix « la pax americana » aux peuples dans l’intérêt de son complexe militaro-industriel et, en l’occurrence, particulièrement les compagnies pétrolières américaines sachant que le Venezuela est présenté comme le premier pays par ses gigantesques ressources en pétrole.
Pour autant que l’Amérique et ses dirigeants se sentiraient obligés d’intervenir par la force dans le monde, encore faudrait-il exciper d’un quelconque mandant de l’Assemblée générale des Etats de l’ONU (et, à tout le moins, avec l’accord express du conseil de sécurité) et, selon le droit interne, encore faudrait-il l’aval du Congrès américain non consulté en l’espèce d’autant que cette hasardeuse opération est de nature à devenir un dangereux précédent pour l’équilibre du Monde. Il est vrai qu’à la suite de l’envahissement de l’Irak par l’Amérique, la Libye subit le même sort de la part de la France (indépendamment de ce que pensent les citoyens de ces deux pays de leurs dirigeants qui n’étaient pas forcément adulés, pas plus d’ailleurs que les dirigeants américains par leurs concitoyens au nom de valeurs démocratiques). Ce qui d’évidence ne pourrait qu’être en parfaite contradiction avec les principes du droit international devenu au fil du temps une passoire et faisant l’objet de moult transgressions par cette même Amérique.
Ainsi, le fait le plus emblématique, le cas de l’Irak. Quel que soit le sentiment éprouvé par les Irakiens eux-mêmes à l’endroit de Saddam Hussein, l’Irak a subi un assaut furieux sur la base d’un mensonge éhonté d’Etat, sans aucune inquiétude d’une quelconque Cour pénale internationale.
Les Etats-Unis sont pour quelque chose dans le chaos du monde alors même que la chute du nazisme préfigurait enfin l’émergence d’un monde libre et multipolaire où pouvait régner l’espoir d’une vie meilleure, expurgée de la violence et facilitée par l’accès pour tous à l’école, le travail, le logement, la santé… à un moment où la Terre (petit point dans le vaste Univers) est gravement menacée comme ne cessent d’en aviser les experts en écologie.
D’autres exemples de ce que l’Administration américaine considère sans doute comme son arrière-cour faisant fi de leur souveraineté : les pays d’Amérique latine. Selon le New York Times cité par « La Presse » du 04/12/2026 voici quelques exemples de changements de régime par la force en Amérique latine. En 1898, à Cuba, la guerre hispano-américaine de 1898 a donné lieu à plusieurs interventions américaines en Amérique latine, en particulier à Cuba. En 1912, au Nicaragua qui était en révolte contre son président de droite et pro-américain lorsque les Marines débarquèrent dans le pays dans le but déclaré de protéger les actifs américains. En 1914, au Mexique qui était en proie à des convulsions politiques fomentées par son voisin du Nord. L’année précédente, les États-Unis avaient orchestré un coup d’État pour renverser un président mexicain au profit d’un remplaçant plus pro-américain…
En 1915, à Haïti, après l’assassinat du président haïtien Vilbrun Guillaume Sam (qui venait de faire exécuter 167 prisonniers politiques), le président Wilson fit débarquer les Marines dans le pays (..). Or, l’instabilité avait été empirée par les actions des États-Unis, comme la saisie des réserves d’or haïtiennes pour rembourser ses dettes. En 1915, au Mexique, les États-Unis s’étaient retournés contre Pancho Villa… et fournissaient le transport ferroviaire aux forces anti-Villa. En 1983, à Grenade, les États-Unis ont accusé le gouvernement de la Grenade – petit pays insulaire au large du Venezuela – de construire un aéroport qui permettrait à l’URSS de projeter sa puissance dans la région. En 1989, au Panamá, le général Manuel Noriega, chef militaire du Panamá, entretenait des liens de longue date avec George H. W. Bush, qui allait être élu président. Des années 1960 aux années 1980, les États-Unis ont payé Noriega pour qu’il nuise aux sandinistes au Nicaragua et aux révolutionnaires du Front Farabundo Martí de libération nationale au Salvador. En 1994, à Haïti, soixante ans après leur première intervention en Haïti, les Marines sont revenus après que le président Bill Clinton eut ordonné à l’armée américaine de rétablir le président Jean-Bertrand Aristide qui avait été démocratiquement élu puis rapidement renversé (4).
Et, pour autant, que cette Amérique (en réalité son Administration gouvernante) se sentirait l’âme de gendarme du monde, pourrait-elle se permettre une incursion en Chine et en Russie par exemple ? Pourrait-elle empêcher ces pays, qui se sentiraient légitimés par l’exemple américain, de perpétrer à leur tour « rapt » et autres incursions dans les pays limitrophes ? Dans ces conditions, que ne se chargerait-elle de régler la question palestinienne ? En effet, plus que jamais, la cruelle actualité interpelle la conscience humaine quant à la récurrence de cette question. L’Amérique n’y voit-elle pas un peuple privé de sa terre natale ? On y observe plutôt l’appui militaire, diplomatique et économique des pays les plus en vue de l’Occident dont les Etats-Unis d’Amérique à l’adversité installée depuis 1948, le martyr palestinien ayant commencé le 2 novembre 1917. Un certain Arthur Balfour, ministre britannique des Affaires étrangères s’il en fut qui, dans une lettre ouverte, a pu écrire : «Le gouvernement de Sa Majesté voit favorablement l´établissement d´un foyer national juif en Palestine». La « Perfide Albion » ! Ce, à un moment où l’ONU adopta la résolution 181 partageant la Palestine en un État juif (56% des territoires pour seulement un tiers des habitants Juifs et le reste -48% des terres- pour les deux tiers d’habitants arabes), avec un statut international pour Jérusalem. Pour les Palestiniens, ce fut la Naqba, la catastrophe. C‘est la destruction de leur société et de leurs villages suivie de l´exil de la grande majorité de la population.
Et pourtant en Palestine, et ailleurs dans les pays arabes du Machrèk comme du Maghreb, la communauté juive vivait paisiblement avec les Arabes de façon générale et les Palestiniens de façon particulière (les Juifs ont été accueillis en terre d’Islam après leur expulsion par Isabelle la Catholique. La guerre de 1948 a entraîné 800.000 expulsés (plus de la moitié de la population arabe de Palestine) et des villages entiers ont été effacés de la carte de la Palestine (plus de 500). Ceux qui ont pu échapper à l’expulsion vivent aujourd´hui avec leurs descendants une colonisation condamnée par les instances internationales comme par les Etats.
Tout comme les peuples d’Amérique latine et du Proche-Orient (Irak notamment), le peuple palestinien continue de souffrir le martyr du fait du sentiment de culpabilité des pays occidentaux sur lesquels un magistère moral est exercé en permanence par des groupes de pression à un moment où l’Amérique prodigue une énorme aide de toutes natures à son protégé sacré gendarme du Proche-Orient (chaque année quelque cinq milliards de dollars) et autres livraisons d´armes avec appui diplomatique garanti inconditionnellement, ainsi qu’une impunité absolue dénoncée pourtant à partir des territoires occupés. Ainsi, Ilan Pappé, dont l’un des ouvrages est paru sous le titre : «Le Nettoyage ethnique de la Palestine» ne manque pas de le souligner : «Quand la propagande israélienne répète inlassablement que «les Arabes sont partis d´eux-mêmes» à l´appel de leurs dirigeants, il s´agit d´un mensonge fondateur destiné à masquer le crime qui s´est déroulé, il y a 60 ans» (2).
Certains journalistes ne sont pas en reste ; l’un d’eux écrit: «Deïr Yassin, c´est ce paisible village que les groupes juifs terroristes Etzel et Lehi avaient attaqué, le 9 avril 1948, en massacrant toute la population : hommes, femmes et enfants. Je ne rappellerai pas ici l´histoire sanglante des oreilles tranchées, des entrailles répandues, des femmes violées, des hommes brûlés vifs, des corps jetés dans une carrière, ni la parade triomphale des meurtriers» (3). Et que dire alors de Sabra et Chatila ? De l’invasion du Liban et des massacres actuels de la population palestinienne de Ghaza (enfants, femmes et vieillards…) ? Alors comment faire la paix dans le monde ? En devenant le gendarme du monde depuis la fin de la seconde guerre mondiale ? En ignorant, avec arrogance, les principes de ce qui reste du droit international ? En imposant une pax americana ? Sous le coup de boutoir des « opérations » irakienne, libyenne, vénézuélienne…, l’ordre international qui se dessine ne prête guère à l’optimisme. Faut-il s’attendre à d’autres « rapts » qui auraient pour théatre la Chine, la Russie, l’Iran… hors Amérique latine ? Prélude à une troisième guerre mondiale ?
Ammar Koroghli
_____ Notes
1/ William Blum : L’Etat voyou, éditions Parangon, cité dans ma contribution : «L’Irak : les leçons d’une agression» in El Watan du 6 avril 2008
2/ Ilan Pappé : Le Nettoyage ethnique de la Palestine (Ed. Fayard, Paris).
3/ Israël Shamir: Les chasseurs de vampires Jaffa, le 14 mars 2001 (cité par L’Expression du 12 Mai 2008).
Dès le début des années 80, avec l’explosion des bourses d’État et des entreprises nationales, j’avais connu une arrivée massive d’étudiants algériens. Je me souviens que la très grande majorité d’entre eux choisissent des thématiques caricaturales pour des Algériens biberonnés aux discours de l’époque des grands projets industriels.
Pour leur mémoire de Master (un nom différent à l’époque, DEA ou DESS) et de leur doctorat, les sujets stars étaient tous des dérivations de la question de « l’industrie industrialisante », le fantasme hérité de la période de notre brave colonel Boumédienne, ou de celle de « l’économie informelle ».
Le premier (et ses dérivations) était choisi par le fait qu’il était le fruit d’une immersion dans une propagande à la coréenne. Et que peut produire un esprit plongé dans une propagande sinon celui de la glorification de l’économie algérienne qu’on savait être aussi corrompue que le diable. Et d’ailleurs, avaient-ils d’autres points d’appuis dans leur réflexion ? (Ce n’est pas insultant, c’est le rappel d’un fait).
Le second, « l’économie informelle », était également le produit d’un matraquage de l’esprit par un régime qui voulait montrer sa détermination à lutter contre les détournements et la corruption. Les étudiants ne prenaient aucun risque à s’aventurer dans une accusation par son étude économique puisque c’était une démarche de l’État algérien.
Ce que les corrompus maîtrisent le mieux, ce sont les mécanismes de détournement. Et lorsqu’on sait qui atteint les sommets du pouvoir de la décision réglementaire ou législative à propos de l’économie informelle, on peut se douter combien les dispositifs de lutte contre les dérives ont été pléthoriques.
Le menteur et le dissimulateur sont toujours ceux qui parlent le plus et le mieux d’un sujet pour noyer la réalité de leur participation au mensonge et au vol par un bruit fracassant.
Et quoi de plus significatif de l’identification de l’économie informelle que les transactions en espèces (l’expression « en liquide » employée en usage est inappropriée) ?
Près d’un demi-siècle après, les paiements en espèces pour les transactions commerciales et également pour l’alimentation des comptes bancaires professionnels n’ont jamais cessé. Et cela malgré la tonne de dispositifs réglementaires et législatifs que je viens de rappeler.
L’État Algérien vient de prendre une disposition légale pour autoriser les dépôts dans les comptes professionnels…. en espèces ! C’est cocasse, non ?
Voici une des formulations de relais du communiqué que j’ai repris dans la presse algérienne, elle résume bien l’information :
L’alimentation des comptes commerciaux a fait l’objet d’une nouvelle note de la Banque d’Algérie (BA), la troisième en moins de deux semaines. Après avoir accordé un délai d’un mois pour la fin du cash (jusqu’à fin janvier 2026), la BA a rendu publique, lundi, une nouvelle note aux banques autorisant l’alimentation des comptes commerciaux par les moyens de paiement scripturaux, ou par versement d’espèces à hauteur du chiffre d’affaires quotidien et/ou hebdomadaire. «Conformément aux prescriptions législatives et réglementaires en vigueur, les mesures de vigilance à l’égard de la clientèle doivent être observées comme par le passé (avant la note N 02/DGIG/2025, du 22 décembre 2025)», indique la note en question. «L’alimentation des comptes commerciaux peut s’opérer par les moyens de paiement scripturaux ou par versement d’espèces à concours du chiffre d’affaires quotidien et/ou hebdomadaire», précise la même source.
Aussi, «les opérations de la clientèle doivent être en adéquation avec le profil du client et en cohérence avec les informations que la banque détient à son sujet», indique cette note, qui «annule et remplace la note N 02/DGIG/2025, du 22 décembre 2025».
Avez-vous remarqué le nombre de références légales dans ce communiqué ? C’est impressionnant combien un régime autoritaire et corrompu veut se parer d’un habillage juridique. Il n’en n’a pourtant pas besoin tant il a la force de dissuasion, par la terreur et le niveau déplorable de l’enseignement qu’il a voulu être à son service.
Vous avez aussi remarqué une disposition qui représente plus une supercherie qu’un garde-fou solide contre la corruption. La limite du dépôt ne doit pas être supérieure au chiffre d’affaires. Chacun a compris que le dépôt en espèces ne doit pas être supérieur aux revenus par les ventes (ou les prestations), ce qui serait l’aveu flagrant d’une dissimulation.
C’est risible lorsqu’on sait que le chiffre d’affaires est normalement décompté à partir d’une facturation conforme aux règles d’une comptabilité légale dans sa forme. Risible car l’économie informelle est justement la manipulation du chiffrage comptable par une absence de facturation ou de sa fausseté.
En fait on revient aux années 1980, l’Algérie lutte contre un fléau en instaurant les conditions d’un fléau. Mais comme les systèmes corrompus ont cette habitude de nous noyer avec des explications très « savantes », voici ce qui semble être la cause de ce revirement vers une corruption devenue légale.
La première précaution que prennent les autorités est de mettre en avant les difficultés que rencontrent les dispositifs de paiements électroniques qui ont de plus en plus de mal à suivre l’évolution économique.
L’économie a du mal à être irriguée par des flux d’argent nécessaires à son cycle, source de sa croissance. Le numérique ne permettrait pas encore son efficacité espérée. C’est donc un esprit charitable et de bonne gestion économique que vouloir aider les petits car ils sont faibles mais indispensables.
La belle affaire, la dimension contre la fraude fiscale et la corruption est toute autre que la chasse aux petits. Certes, les grands fleuves sont alimentés par les petits ruisseaux mais les grands barrages de rétention d’eau ne sont pas au niveau des petits cours d’eau.
La fraude fiscale et les détournements sont massifs dans les gros contrats avec le système public, parfois faramineux, et surtout avec les entreprises et organismes étrangers. Et qui est au cœur de cette vaste escroquerie ? Ceux qui commandent des règlements et des lois aux juristes et administrations aux ordres.
Elle est terminée depuis très longtemps, cette époque des valises bourrées de grosses coupures et un bakchich aux douaniers. Les systèmes de fraude fiscale et de corruption sont, dans leurs montants générés, d’une dimension stratosphérique en comparaison avec ceux des comptes professionnels alimentés par le chiffre d’affaires des petites et moyennes entreprises.
La modification des billets par l’apparition d’un montant facial plus important a été déjà opérée par le régime algérien dans une lointaine époque où il voulait rendre inopérants les stocks d’espèces détenus par les commerçants et les particuliers.
Nous avions assisté à un raz-de-marée dans les files des agences bancaires pour un change immédiat, la sanction était considérée comme minime par rapport à un risque de perte total. D’ailleurs, mon souvenir est lointain pour ce détail, les autorités avaient-elles accordé une impunité à ceux qui le faisait ? (à vérifier).
Nous disions même, avec humour, que la production algérienne de couffins, de valises et de sacs ne suivra pas.
La différence, messieurs les experts de la production en nombre astronomiques de règlements, de lois et de paroles savantes, est qu’il y avait encore à cette époque l’existence d’une très grande masse d’illettrés ou de peu d’instruction.
Ah, j’allais oublier de faire un coucou à nos anciens camarades étudiants, spécialistes de l’économie informelle. Il est temps de terminer vos travaux de recherche depuis les années 80’. Ou alors, si c’est le cas, je suis ravi pour vous que vous les mettiez au service de ceux qui vous emploient.
Que c’est beau les études !
Boumediene Sid Lakhdar
PS : J’espère que le lecteur a compris que cette plaisanterie sournoise ne fait pas allusion aux nombreux autres qui nous ont rendus fiers par la haute compétence qu’ils ont acquise dans ces années-là.
Le Haut Conseil de sécurité réuni autour du bilan 2025
Le chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune, a présidé, jeudi, une réunion du Haut Conseil de sécurité, a indiqué un communiqué de la Présidence de la République.
Selon la même source, la réunion a porté sur le bilan de l’année 2025 et l’examen des perspectives pour l’année 2026 en matière de défense nationale, de situation aux frontières avec les pays voisins et de sécurité générale à l’intérieur du pays.
Ont pris part à cette réunion les chefs des différents corps de sécurité, ainsi que plusieurs hauts responsables de l’État, dont le Premier ministre, Sifi Ghrieb, le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales, de l’Aménagement du territoire et des Transports, Saïd Sayoud, le chef de Cabinet du président de la République, Boualem Boualem, ainsi que le chef d’état-major de l’Armée nationale populaire et ministre délégué auprès du ministre de la Défense nationale, le général d’armée Saïd Chengriha.
La présence de ce dernier est à relever, dans la mesure où il n’avait pas assisté à la dernière réunion du Conseil des ministres ni au discours à la Nation prononcé par le président de la République devant les deux chambres du Parlement.
Le communiqué ne précise pas les conclusions ou décisions issues de cette réunion.
La diplomatie mondiale a désormais des airs de meeting électoral. Donald Trump, fidèle à sa méthode du coup d’éclat permanent, a publiquement pris pour cibles le chef de l’Etat algérien Abdelmadjid Tebboune et le président français Emmanuel Macron, les inscrivant dans ce qu’il a lui-même appelé son « tableau de chasse ». Une formule brutale qui résume à elle seule la dérive spectaculaire du langage politique international et la transformation du débat diplomatique en démonstration de force.
Selon un article publié ce 9 janvier par le site tunisien Kapitalis, Trump, s’exprimant devant des élus de son camp, a mêlé railleries, menaces économiques et moqueries personnelles pour tourner en dérision les deux chefs d’État. L’Algérie et la France, pourtant liées à Washington par des partenariats stratégiques, se retrouvent ainsi publiquement exposées dans une mise en scène où l’humiliation tient lieu d’argument politique et la brutalité remplace la négociation.
Dans ce discours, Trump aurait notamment pris pour prétexte la polémique autour des athlètes transgenres pour s’en prendre indirectement à l’Algérie, en citant la boxeuse algérienne Imane Khelif, championne olympique. Selon Kapitalis, il aurait caricaturé un combat en insinuant que la victoire sportive ne relevait pas de la performance mais d’un supposé avantage physique lié au genre — un procédé qui mêle désinformation, stigmatisation et instrumentalisation politique. En visant une sportive, Trump ne cherche pas le débat : il cherche l’effet de foule et la polarisation.
Mais c’est surtout Emmanuel Macron qui a servi de figurant dans la démonstration de force trumpienne. Le président américain aurait raconté, toujours selon la même source, une scène où il menace la France d’une taxe de 25 % sur ses exportations si Paris refuse de s’aligner sur les exigences américaines, avant d’imiter Macron de façon moqueuse pour souligner ce qu’il présente comme une capitulation française. La caricature devient ici une arme diplomatique.
Au-delà du ton, c’est la logique qui inquiète. Trump ne parle pas comme un chef d’État mais comme un patron de cartel politique, pour qui la relation internationale se résume à la contrainte économique, au chantage commercial et à l’humiliation publique. En plaçant Tebboune et Macron dans le même registre, il envoie un message clair : aucune souveraineté, qu’elle soit européenne ou maghrébine, n’est respectée dès lors qu’elle ne se soumet pas aux priorités de Washington.
Pour l’Algérie, l’attaque n’est pas anodine. Elle intervient à un moment où Alger cherche à affirmer une diplomatie du compromis, notamment sur les dossiers énergétiques, africains et moyen-orientaux. L’Algérie a multiplié ces dernières années les partenariats hors du cadre occidental classique, en renforçant ses liens avec la Chine, la Russie, mais aussi plusieurs pays africains et arabes. Être ainsi pris pour cible par Trump revient à sanctionner une posture de non-alignement réel, qui échappe aux logiques de blocs. Ce qui ne plaît pas à Donald Trump. Ce qui pourrait pousser la diplomatie algérienne à vite infléchir ses choix pour éviter de s’attirer les foudres du locataire de la Maison Blanche.
Quant à la France, déjà fragilisée sur plusieurs fronts — guerre en Ukraine, crise européenne, recul de son influence en Afrique —, elle se voit ramenée à une position subalterne dans le récit américain. La relation transatlantique, que Paris prétendait rééquilibrer au nom de l’autonomie stratégique européenne, apparaît ici réduite à un rapport de dépendance que Trump revendique sans détour.
Cette séquence confirme une tendance lourde : la dégradation accélérée du langage diplomatique mondial. La politique étrangère devient spectacle, et la puissance se mesure à la capacité d’humilier l’autre en public. Les grandes puissances ne cherchent plus à convaincre, mais à dominer symboliquement. Et avec Donald Trump, oncest dans la diplomatie bulledozer.
Dans ce contexte, la question n’est plus seulement de savoir comment Paris et Alger répondront à Trump, mais comment ils défendront, chacun à leur manière, l’idée même qu’un ordre international fondé sur des règles, la souveraineté des États et le respect mutuel peut encore exister face à la brutalité assumée du nouveau trumpisme.
En plus de la rue, des médias, la surveillance de la toile est de rigueur en Algérie.
L’Autorité nationale pour la prévention et la lutte contre les infractions liées aux technologies de l’information et de la communication a mis en garde, dans un communiqué publié mercredi, contre des messages subversifs diffusés sur les réseaux sociaux par des individus étrangers connus pour leur hostilité envers l’Algérie, visant à inciter les commerçants à faire grève jeudi afin de déstabiliser le pays.
Le communiqué explique qu’« à la suite d’enquêtes techniques menées par ses services compétents, l’Autorité informe le public de la publication sur Internet de publications à caractère subversif, via des pages et des comptes sur les réseaux sociaux, appartenant à des personnes résidant à l’étranger, notamment au Maroc, en France, en Grande-Bretagne et au Canada, connues pour leur hostilité envers l’Algérie et ses institutions, afin d’inciter les commerçants algériens à faire grève le jeudi 8 janvier 2026, dans le but de déstabiliser le pays.
Il fut un temps où une agence de presse servait à informer. Un temps ancien, presque folklorique, où l’on distinguait encore la dépêche du pamphlet, le fait du sermon, la mission publique de la ferveur partisane. Ce temps semble révolu.
Car voilà qu’une agence supposée neutre s’est récemment découverte une vocation nouvelle: celle de procureur politique, distribuant les brevets de patriotisme, les certificats de loyauté et les promesses de poubelle historique comme on distribue des communiqués.
Le texte est présenté comme une chronique. L’étiquette est commode. Elle permet toutes les audaces tout en évitant une responsabilité essentielle: nommer clairement. On attaque donc un parti sans le citer, on le décrit lourdement, on l’accuse abondamment, mais on se garde bien de l’identifier noir sur blanc. Le courage éditorial s’arrête toujours juste avant la signature.
Qu’on se comprenne bien. Je n’ai aucune affinité politique, idéologique ou affective avec ce parti. Aucune. Mais précisément pour cette raison, je me permets une remarque simple: quand une agence de presse attaque, la critique n’est pas légitime. Elle ne peut pas l’être. Non par principe moral, mais par principe fonctionnel.
Une agence de presse n’est ni un parti, ni un tribunal, ni un chroniqueur de café du commerce. Elle n’a pas à choisir ses ennemis. Elle a à produire des faits. Le reste relève du journalisme d’opinion, parfaitement respectable… ailleurs.
Ce qui est fascinant, presque comique, c’est l’effet inverse de celui recherché. À force de marteler, de désigner, de dramatiser, on finit par offrir une publicité gratuite à un parti dont une large partie des Algériens s’est déjà détachée, parfois sans bruit, parfois sans nostalgie. Là où l’usure faisait son œuvre, la mise en scène la ressuscite. Là où l’indifférence gagnait, la surenchère réveille.
Et c’est ici que la question devient sérieuse. Car cette stratégie de boulonnage discursif, cette obsession à recréer un ennemi intérieur bien identifié, bien caricaturé, bien chargé émotionnellement, n’est pas sans précédent dans notre histoire récente. On sait comment ces récits commencent. On sait surtout comment ils finissent.
À quoi joue-t-on exactement ? À éclairer le débat public ? Permettez d’en douter. Ou à réactiver des lignes de fracture que le pays a payées au prix fort ?
Le plus troublant reste le silence sélectif. Là où certains sujets internationaux brûlants exigeraient clarté et courage, l’agence se fait soudain discrète, prudente, muette. Mais quand il s’agit de frapper à l’intérieur, la plume devient hardie, morale, prophétique. Le courage éditorial, décidément, a ses géographies.
À ce stade, il faut bien appeler les choses par leur nom. Algérie Presse Service ne renseigne plus toujours. Elle oriente. Elle n’explique pas. Elle prescrit. Elle ne rapporte pas. Elle plaide.
D’où cette nouvelle lecture de l’acronyme, non officielle mais terriblement exacte:
A pour Aplaventrisme
P pour Paillasson
S pour Soumission
Ce n’est pas une insulte. C’est un diagnostic.
Une agence publique qui milite cesse d’être un outil d’information. Elle devient un instrument narratif. Et l’histoire, elle, n’a jamais été tendre avec ceux qui ont confondu la plume avec le bâton.
La question finale n’est donc pas celle d’un parti. Elle est celle de la responsabilité institutionnelle. Veut-on informer une société adulte, ou la guider par la peur et la désignation ? Veut-on apaiser un pays fatigué, ou jouer à nouveau avec les braises ?
L’Algérie mérite mieux qu’une agence qui applaudit quand on attend qu’elle éclaire.
À partir du 21 janvier 2026, les citoyens algériens qui souhaitent se rendre aux États-Unis pour le tourisme ou les affaires devront faire face à une mesure exceptionnelle : le paiement d’une caution financière pouvant atteindre 15 000 dollars. Cette décision, annoncée par le Département d’État américain, s’inscrit dans le cadre d’une politique globale visant à limiter les dépassements de séjour et à renforcer le contrôle migratoire.
Selon le communiqué officiel, l’Algérie fait désormais partie des 38 pays concernés par ce dispositif, majoritairement africains, asiatiques et latino-américains. La caution sera fixée au cas par cas, lors de la prise de rendez-vous consulaire, et pourra s’élever à 5 000, 10 000 ou 15 000 dollars.
Le mécanisme est strict. Les demandeurs doivent remplir l’ESTA I-352 et verser la caution uniquement via la plateforme officielle Pay.gov, après instruction directe d’un employé consulaire. Les autorités américaines précisent que le paiement ne garantit pas l’obtention du visa, et qu’aucun remboursement ne sera accordé si la somme est versée sans instruction préalable.
Outre cette mesure financière, des contraintes supplémentaires concernent l’itinéraire du voyage. L’entrée et la sortie des États-Unis seront limitées à trois aéroports : Boston, New York (JFK) et Washington Dulles. Tout manquement pourrait entraîner un refus immédiat d’accès.
Le remboursement de la caution est prévu uniquement dans trois situations : départ des États-Unis dans le respect de la durée légale du séjour, non-utilisation du visa avant son expiration, refus d’entrée à l’arrivée.
En cas de dépassement de séjour, la caution sera conservée intégralement par les autorités américaines.
Cette décision soulève déjà des inquiétudes sur le plan social et économique. Pour de nombreux Algériens, une caution de 10 000 à 15 000 dollars correspond à plusieurs années de revenus moyens, rendant l’accès aux États-Unis pratiquement impossible pour une large partie de la population. Les professionnels du tourisme et du commerce redoutent également un impact négatif sur les déplacements d’affaires et les échanges culturels.
Officiellement, le gouvernement américain invoque des raisons de sécurité et d’administration, en s’appuyant sur un rapport du Département de la Sécurité intérieure sur les dépassements de durée de visas. Mais pour plusieurs analystes, cette mesure est aussi un signal d’avertissement aux voyageurs issus de certains pays, traduisant une défiance accrue envers les citoyens de régions jugées à risque.
Pour l’Algérie, pays dont les liens touristiques et commerciaux avec les États-Unis sont limités mais croissants, cette mesure représente un obstacle supplémentaire. Les futurs voyageurs devront désormais prévoir un budget conséquent avant même de poser le pied sur le sol américain.
Le 21 janvier 2026 marquera l’entrée en vigueur de cette politique stricte, qui pourrait transformer radicalement l’accès des Algériens aux États-Unis. Entre formalités renforcées et caution élevée, seuls les mieux préparés pourront encore franchir l’Atlantique.
Donald Trump, qui avait déjà en 2019 parlé d’acheter » le Groenland, a, le 4 janvier 2026, déclaré : « nous avons besoin du Groenland du point de vue de la sécurité nationale, et le Danemark ne sera pas en mesure de s’en occuper » devant des journalistes à bord d’Air Force One. Ce qui fait peser une grave menace sur ce territoire, au mépris du droit de ses habitants. Il a ajouté prévoir de s’en occuper dans « vingt jours » à « deux mois ».
Mais pourquoi un tel appétit du président américain pour le Groenland ?
Ce « pays vert », vaste territoire de près de 2,2 millions de kilomètres carrés, donc plus de 4 fois la France, est rattaché au Danemark de longue date, rattachement souvent mal vécu par les habitants. En effet, c’était même une colonie danoise jusqu’en 1953. En 1979, l’île a accédé au statut de « territoire autonome » et son économie dépend toujours fortement des subsides versés par Copenhague. Si certains Groenlandais réclament une autonomie plus grande, voire l’indépendance, et dénoncent une « colonisation » danoise (effectuée dès le XVIIIe siècle, par des missionnaires danois comme Hans Egede, surnommé « l’Apôtre du Groenland », fondateur de la ville de Nuuk, aujourd’hui la capitale du territoire), la population locale, 57 000 habitants, est dans une situation difficile, touchée par la dépression et le manque de perspectives d’avenir.
Une île qui recèle des matières premières convoitées
Trump vise le Groenland pour plusieurs raisons majeures : ce territoire, à l’heure du réchauffement climatique, et de la fonte des glaces (sa calotte glaciaire a perdu 4,7 millions de milliards de litres d’eau depuis 2002), est devenu un espace de plus en plus convoité, pour ses réserves d’eau notamment, une eau très pure et qui pourrait rapporter beaucoup en la commercialisant. Certains entrepreneurs ont décidé de commercialiser cette eau, au même prix que des grands vins de Bordeaux ! Notamment la marque Inland Ice vend ses bouteilles d’eau du Groenland jusqu’à 12 euros l’unité, promettant une eau qui a « la pureté de la préhistoire » et « le goût d’il y a 100 000 ans » !M. Vildersboll, un industriel qui exploite cette eau et qui travaillait auparavant dans l’industrie pétrolière, y voit là un « nouveau pétrole ».
Outre cet « or bleu », le Groenland regorge de richesses minières dans son sous-sol, comme le fer, le nickel, l’or, et les métaux rares, comme le cobalt, très convoités aujourd’hui car nécessaires à la fabrication des téléphones portables. Jeff Bezos et Bill Gates sont intéressés depuis plusieurs années, ayant lancé des forages près de la baie de Disko, dans le sud-ouest du pays.
Le Groenland est aussi le centre d’enjeux géopolitiques majeurs : en effet, comme l’analyse Julien Bouissou, « dans une région qui fait officiellement partie de la sphère d’influence américaine depuis la doctrine Monroe de 1823, et la signature d’un traité entre Copenhague et Washington en 1951, l’industrie minière peut servir de cheval de Troie à l’influence chinoise ». L’île est convoitée à la fois par les États-Unis, la Russie et la Chine. Comme l’affirme Julien Bouissou (Le Monde, 28 juillet) « En 2018, le Groenland a (…) refusé un prêt chinois pour financer la construction de deux aéroports. Dans le même temps, Washington a avancé ses pions. En 2020, les États-Unis, qui disposent déjà sur place, à Thulé, d’une base militaire avec des systèmes d’alerte avancés contre les missiles balistiques et d’une station de surveillance des satellites, ont ouvert leur premier consulat à Nuuk. » Le Groenland occupe une position stratégique dans l’Arctique, clé pour la défense antimissile et la surveillance aérospatiale (des bases comme Pituffik sont déjà utilisées par les États-Unis). Une présence accrue des forces militaires américaines sur l’île renforcerait le contrôle américain face à la Russie et surtout à la Chine, qui s’intéressent également à l’Arctique.
De plus, l’île se situe proche de la nouvelle « Route du Nord » qui permettrait, grâce à la fonte des glaces de l’Arctique, aux navires cargos porte-conteneurs venus de Chine de faire le trajet vers l’Europe plus rapidement que par les routes maritimes jusque-là existantes.
Vers une « exception environnementale » ?
Toutefois, en juillet 2021, le gouvernement autonome du Groenland, dirigé par une majorité écologiste, a décidé d’interdire l’exploration et l’exploitation pétrolières sur l’île, pour éviter de porter atteinte à l’environnement naturel. C’est une décision historique, un renversement copernicien, qui consiste à faire passer les impératifs écologiques avant ceux du profit économique. Mais ce raisonnement pourra-t-il tenir, face aux appétits mercantiles et géopolitiques, et notamment ceux de Trump ? En tout cas, la Première ministre danoise Mette Frederiksen s’est élevée avec fermeté contre les propos du président états-unien : « Je demande instamment aux États-Unis de mettre fin à leurs menaces contre un allié historique et contre un territoire et un peuple qui ont clairement fait savoir qu’ils n’étaient pas à vendre ». Elle a martelé : « Il est tout à fait absurde de dire que les États-Unis devraient prendre le contrôle du Groenland » et ajouté « Si les États-Unis choisissent d’attaquer militairement un autre pays de l’OTAN, alors tout s’arrête. »
Violation de la Charte de l’ONU
Ces menaces de Trump sur l’intégrité territoriale du Groenland sont en violation flagrante de la Charte de l’ONU. En effet, cette dernière énonce au cœur de son dispositif la prohibition du recours à la force : « Tous les Membres doivent s’abstenir, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’usage de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État » (Article 2.4). Ce principe constitue la pierre angulaire du système onusien et conditionne la légalité de toute opération militaire transfrontalière, sauf exceptions strictes : autorisation du Conseil de sécurité en vertu du Chapitre VII ou exercice du droit de légitime défense collectif/individuel reconnu par l’article 51.
Le droit international et les déclarations de l’Assemblée générale ont systématisé l’exigence selon laquelle les États doivent respecter l’indépendance politique et la territorialité d’autrui, et s’abstenir d’intervenir, directement ou indirectement, dans les affaires intérieures d’un autre État. La « Déclaration sur les principes des relations amicales », par la résolution 2625 (XXV) de 1970, formule de façon consolidée ces obligations, notamment l’interdiction d’organiser ou d’encourager des incursions armées, d’appuyer des forces irrégulières et l’interdiction d’acquérir du territoire par la force.
Un impératif : défendre l’intégrité territoriale du Groenland et les droits de ses habitants
Le multilatéralisme, sur lequel s’est bâti le monde depuis 1945 avec l’ONU, prévoit que les conflits entre États et les mesures graves affectant la paix et la sécurité internationales doivent être traités par les organes compétents de l’ONU : le Conseil de sécurité (autorisation de recours à la force, maintien/restauration de la paix) et l’Assemblée générale (prise de positions politiques, appel aux États membres). L’action unilatérale menée par les États-Unis aujourd’hui, qui contourne les mécanismes onusiens, fragilise la légitimité du système et viole tous les principes du multilatéralisme et de l’ONU. Il est donc impératif que les États démocratiques s’opposent à ces velléités expansionnistes des États-Unis et réaffirment la primauté des principes du multilatéralisme onusien !
Chloé Maurel, historienne, spécialiste de l’ONU
Cette chronique est réalisée en partenariat rédactionnel avec la revue Recherches internationales à laquelle collaborent de nombreux universitaires ou chercheurs et qui a pour champ d’analyse les grandes questions qui bouleversent le monde aujourd’hui, les enjeux de la mondialisation, les luttes de solidarité qui se nouent et apparaissent de plus en plus indissociables de ce qui se passe dans chaque pays.
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