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France : un policier arrêté pour le viol d’une adolescente passe aux aveux

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Le policier, âgé de 45 ans, a été interpellé mardi matin à Nersac, où il vit. Il est soupçonné d’avoir enlevé et violé une adolescente de 17 ans alors qu’elle se rendait à l’arrêt de bus situé à 300 mètres de chez elle, il y a presque un an.

Les faits sont particulièrement graves. Un policier accusé d’enlèvement et de viol sur une mineure de 17 ans le 31 janvier 2025 a été présenté jeudi 15 décembre à un juge d’instruction, rapporte le parquet d’Angoulême. Le procureur précise que la détention provisoire est requise par le parquet « à titre de mesure de sûreté ».

Agé de 45 ans, le policier a été interpellé mardi matin dans la commune de Nersac (Charente), à une dizaine de kilomètres d’Angoulême. L’homme est soupçonné d’avoir enlevé et violé une adolescente de 17 ans alors qu’elle se rendait à l’arrêt de bus situé à 300 m de chez elle il y a presque un an. Vêtu d’une cagoule et armé d’un couteau, il l’avait forcée à monter dans sa voiture pour l’emmener dans un bois et la violer, avant qu’elle ne parvienne à s’enfuir.

Le parquet d’Angoulême précise que le policier est également suspecté d’avoir commis cinq autres faits d’agression récents : le 19 novembre 2025 à Nersac, le 26 décembre 2025 à Saint-Michel, le 1er janvier 2026 à Angoulême, le 5 janvier 2026 à Gond-Pontouvre et le 6 janvier 2026 à Nersac. Les victimes ont entre 18 et 61 ans.

A quatre reprises, le suspect a agi selon le même mode opératoire : il baissait sa vitre, son visage était partiellement dissimulé, il tendait une arme de poing vers sa victime pour la forcer à monter dans la voiture. Il prononçait alors les mots : « Monte, ou je te bute ». A chaque fois, les femmes sont parvenues à prendre la fuite. Le mis en cause est formateur technique au commissariat d’Angoulême mais « n’est pas en charge d’enquêtes », souligne le parquet.

Après avoir nié, il a fini par avoir reconnu les faits 

Dans le cas de l’agression survenue le 6 janvier dernier, la femme a raconté avoir été violemment agressée par un homme qui avait surgi dans son dos, l’avait fait tomber et lui avait ordonné de monter dans sa voiture. La victime était finalement parvenue à sortir un canif, mettant ainsi en fuite son agresseur « dont elle donnait un signalement vestimentaire et physique précis ». Les enquêteurs sont parvenus jusqu’à lui grâce aux « investigations de téléphonie et de vidéosurveillance ». Ils ont ainsi pu identifier le véhicule utilisé, les déplacements de son propriétaire et sa présence géolocalisée sur chacune des cinq agressions.

En garde à vue, « après avoir contesté les faits lors d’une première audition », le suspect a fini « par reconnaître l’ensemble des six faits ». Le parquet précise que les cinq faits les plus récents sont qualifiés « en tentatives d’enlèvement » alors que les faits criminels du 31 janvier 2025 sont qualifiés en « enlèvement, séquestration pour faciliter un crime, agression sexuelle avec arme et viol avec arme ».

Francetvinfo

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Le gouvernement annule les débats sur le budget 2026 à l’Assemblée, avant de dégainer un 49.3 ou une ordonnance

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Lecornu et Macron
Lecornu et Macron

Acculé et sans marges de manœuvres, Matignon accuse les deux partis, LFI et le RN de « sabotage continu » et jugé « impossible l’adoption d’un budget par un vote ».

La France va-t-elle pouvoir se doter d’un budget ? La question reste posée depuis plusieurs mois. Et la réponse se fait décidément attendre. Jugeant « impossible » le vote d’un texte à l’Assemblée nationale, le gouvernement a annulé, dans la nuit du vendredi 16 janvier, les débats prévus dans les prochaines heures et lundi, renvoyant les discussions à mardi 20 janvier. Le Premier ministre espère d’ici-là dégager les conditions d’une non-censure avant d’emprunter la voie du 49.3 ou de l’ordonnance, pour faire passer le texte sans vote.

« Nous nous éloignons définitivement d’un texte de compromis acceptable par une majorité de députés », a invoqué le ministre des Relations avec le Parlement, Laurent Panifous, dans un hémicycle peu rempli pour un débat budgétaire, et à l’issue de séances décousues et au pas de course. Le gouvernement est « seul responsable pour avoir voulu imposer un texte minoritaire, il n’en fait pas moins porter la responsabilité à l’Assemblée », a vertement répliqué Eric Coquerel, président LFI de la commission des finances. Dans le viseur du gouvernement notamment, une réduction à l’initiative du RN de la dotation globale de fonctionnement de 4,9 milliards d’euros, dans l’enveloppe de l’Etat aux collectivités territoriales.

Un « sabotage continu » du RN et de LFI

Jeudi, l’amendement gouvernemental sur la surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises, censé rapporter 6,3 milliards d’euros et aider à la négociation avec le PS, a été retoqué, y compris par des députés macronistes. Sébastien Lecornu a aussi déploré une réécriture, jugée inconstitutionnelle, d’un statut du bailleur privé censé apporter une solution à la crise du logement, à l’initiative d’un amendement MoDem. Et Matignon de regretter que le déficit public « à ce stade » de la discussion se monte à « 5,3% » du PIB, plus haut que le maximum de 5% souhaité par l’exécutif, « ce qui est inacceptable ».

L’équipe du Premier ministre a accusé LFI et le RN de « sabotage continu » et jugé « impossible l’adoption d’un budget par un vote », Laurent Panifous a déroulé le scénario des prochains jours. Vendredi, Sébastien Lecornu doit annoncer des mesures pour faire évoluer le texte initial proposé par le gouvernement, afin de tenter de dessiner un « compromis » de non-censure avec le Parti socialiste et les indépendants de Liot.

Si les débats sont théoriquement censés reprendre mardi après-midi, le Premier ministre devrait avoir d’ici là choisi de recourir soit à l’article 49.3 de la Constitution, soit à une ordonnance budgétaire. Ce sont les « deux options devant nous », a officialisé la ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin. « Les partis qui composent le socle commun ont donc menti, avec comme seul objectif, empêcher que de nouvelles élections législatives puissent se tenir », a réagi sur X la cheffe de file du RN Marine Le Pen, qui avait accusé en octobre le gouvernement de préparer un passage du budget par ordonnance.

Un budget pas avant février

Nouvelle échéance annoncée. Un recours à l’article 49 alinéa 3 de la Constitution, auquel Sébastien Lecornu avait renoncé à la demande du PS pour éviter une censure, permettrait au gouvernement de faire passer un budget sans vote en retenant les amendements de son choix. Mais il devrait l’utiliser potentiellement trois fois, s’exposant à chaque fois à une motion de censure.

L’ordonnance budgétaire, c’est-à-dire la traduction du budget dans un texte qui n’a pas besoin de passer devant le Parlement, serait inédite, et constituerait un précédent potentiellement lourd de conséquences pour les débats budgétaires des années suivantes. Mais contrairement au 49.3, l’ordonnance permettrait de doter le pays d’un budget, même si le gouvernement devait être censuré ensuite par l’Assemblée, ce qui est plausible au vu des réactions virulentes contre cette piste, y compris au Parti socialiste.

Quelle que soit la voie empruntée, l’entourage du Premier ministre assure qu’il n’y aura quoi qu’il arrive pas de budget définitivement adopté « avant la mi-février ». Emmanuel Macron escomptait un budget pour « fin janvier », et a appelé jeudi dans ses voeux aux armées à des « efforts » « pour accélérer notre réarmement », qui passent notamment par l’adoption d’un projet de finances pour 2026.

Avec Francetvinfo/AFP

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L’Odyssée du monde

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Masque : menace chimique
Image par Pete Linforth de Pixabay

Notre génération avait découvert un chiffre qui nous semblait monstrueux, hors de l’échèle de nos imaginaires, la population mondiale totalisait 3 milliards d’êtres humains.  Mais le pire était qu’on nous annonçait une forte progression dans les décennies à venir.

Qu’allait devenir la planète ? Pourrait-elle nourrir les populations qui l’habitent ? Supportera-elle les défrichements et les déforestations pour l’agriculture ? Les guerres et les migrations auront-elles raison d’elle ? 

Personne n’aurait imaginé alors qu’à la suite de ces décennies le monde se poserait une question inverse. La baisse généralisée du taux de fécondité allait-elle priver l’humanité de la sève de ce qui la fait survivre continuellement depuis des millénaires ?

Mais encore plus, aurions-nous cru que la Chine et l’Inde seraient confrontées à ce même dilemme ? Assurément non. Si c’est pourtant une vérité connue par tous les experts et beaucoup d’organismes internationaux, la conscience des populations à ce sujet commence à peine à naître.

Lorsque je suis arrivé à Paris, étudiant, il était impossible de rater le discours de Michel Debré, ancien Premier ministre et député, nous alerter, midi et soir, sur la nécessité d’atteindre un taux de fécondité de 2,1 pour le renouvellement de la population. Il nous fatiguait par son discours et nous nous demandions s’il n’était pas bloqué dans cette idée fixe.

Puis, progressivement, une dizaine d’années plus tard, nous nous étions réveillés sur la pertinence de la prédiction du malheur par Michel Debré. C’était étonnant que cette hausse de la population mondiale de nos jours, plus de 8 milliards d’habitants, allait pourtant connaître un pic en 2080 pour commencer sa chute que l’ONU prévoit être dans une pente aussi rapide que ne l’a été l’augmentation pour les deux siècles précédents.

Cette perception de la baisse drastique du taux de fécondité, nous ne l’avions pas plus imaginé pour notre pays. Les Algériens pensaient que l’accroissement des richesses et l’amélioration des conditions de la santé, pour ne prendre que ces deux raisons, allaient nous mener vers une expansion infinie de la population.

Ce taux était effectivement estimé par les chiffres de l’ONU à 2,8 enfants par femme en 2022 (alors que l’Algérie avait connu un rebond entre 2000 à 2010), le reflux commence à cette date et l’évolution prévue est à la forte baisse. On estime qu’elle atteindra un taux de 2,5 entre 2025 et 2030. (Si certains contestent ces chiffres, qu’ils écrivent à l’ONU, boite postale New-York).

Entre 2045 et 2048, il est prévu que l’Algérie atteindra le seuil de renouvellement de 2,1 pour plonger dans les abysses de 1,8 à 1,9 en 2100. Soit des taux approchant la moyenne des pays aux économies les plus fortes dans le monde.

Si nous n’imaginions pas cela dans les années postindépendance, le public connait dorénavant les raisons pour lesquelles il n’est pas la peine d’être un expert. Exposons les principales qui nous viennent spontanément à l’esprit sans les classer par ordre d’importance dans leur participation à la baisse du taux de fécondité. Changement profond du modèle familial, développement massif du travail des femmes, exigences plus fortes en confort de vie et en responsabilité de ne pas mettre au monde des enfants qui seraient confrontés aux difficultés plus grandes, problème d’urbanisation et quelques autres. 

Certaines explications sont en rapport avec des situations locales comme la politique désastreuse de la Chine de l’enfant unique. Quant à l’explication par les épidémies et les confrontations guerrières, elle est très loin d’être aussi massive que du temps des fléaux comme la peste.

Tout cela a entrainé un âge de mariage plus tardif justifié par la prolongation des études et le désir d’indépendance. Mais contrairement à l’erreur la plus répandue, la contraception est, elle aussi, très loin d’être une cause principale de la chute du taux de fécondité. Elle est seulement un outil pour mettre en œuvre toutes les raisons citées précédemment.

Cette évolution globale à la baisse connait une exception, celle de l’Afrique dans laquelle le taux est en augmentation. Mais à plus long terme, il est prévu que la tendance s’inversera pour connaitre les mêmes problématiques générales que celles dans le monde.

C’est par cette considération que Donald Trump et Marine Le Pen et tous les adeptes du fascisme et du radicalisme devraient se rendre compte de leur erreur pour une réalité qui saute pourtant aux yeux. Le taux de fécondité dans ces pays connait la même tendance de chute que celle du monde, nous l’avions déjà précisé. 

Ce qui a fait la force des Etats-Unis est le gigantesque flux d’immigration qui a toujours été historiquement la base fondatrice du pays et de sa puissance. Quant à Marine Le Pen la cécité est aussi flagrante dans sa doctrine et pensée politique. 

Ils n’ont pas intégré dans leur esprit une vérité simple à comprendre, l’économie et toute force de souveraineté, c’est avant tout la population. 

Tous les dictatures ou en apprentissage, connaissent cette même cécité. Il est urgent qu’ils ouvrent les yeux, l’immigration est la planche de salut. Qu’ils mettent tout en œuvre pour la favoriser avant que la source principale soit tarie, celle des pays du sud. Nous avons vu que pour le moment le taux de fécondité de ces pays est encore excédentaire pour pouvoir avoir des politiques de flux plus acceptées et régulées dans un désir réciproque.

Pourquoi je me réveille aujourd’hui avec l’idée de cette chronique du matin ? Parce que la France vient d’enregistrer un événement des plus dangereux, le taux de mortalité n’est pas compensé par celui des naissances, situation inédite depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

Je terminerai par une autre erreur qui nous place sur une corde raide. Il ne faut pas penser qu’une politique de natalité encouragée par des aides financières soit la solution. C’est mettre un enfant au même rang qu’un avantage financier. Les bébés sont une richesse du monde, pas un mécanisme de régulation. Et cela n’a d’ailleurs jamais fonctionné dans tous les pays qui se sont engagés dans cette voie. Entre les deux écueils, le monde devra mettre en œuvre un équilibre très difficile à trouver. 

Terminons par une note d’humour car pour les 2,1, je suis co-responsable du  désastre puisque je n’ai que deux enfants et qu’il est trop tard pour moi de rattraper l’erreur. De plus, Coluche  avait dit dans un sketch célèbre qu’il n’avait pas trouvé la virgule.

PS : une  erreur générale de sémantique est la confusion entre le taux de natalité (expression quasiment toujours évoquée) et le taux de fécondité dont je viens de faire référence. Le taux de natalité est le rapport rapporté en1000 entre le chiffre des naissances et le nombre global de la population, hommes et femmes confondus. Il est utile pour juger de la progression des naissances par rapport au territoire.

Les démographes préfèrent prendre en compte le taux de fécondité, exclusif aux femmes, et n’intègrent dans le calcul que les hommes en âge de procréer. C’est évidemment plus juste pour le sujet dont nous parlons.

Boumediene Sid Lakhdar

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Pour les états généraux de la science universitaire algérienne

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Université algérienne
L'université algérienne est à l'image de la société en crise.

« La science comme profession et comme vocation, pour parler comme Max Weber (Weber, 2002 [1919]), n’est pas seulement connectée aux intérêts, mais elle l’est également aux inquiétudes et aux espoirs de son époque. » (1)

L’université algérienne soulève des questionnements aux plans tout aussi conceptuel que socio-pédagogique. Détenant une place de choix, l’université, malgré sa fragilité, reste l’endroit où le peu de savoir qu’il y a est destiné aux masses. Il serait une lapalissade que de dire que les problèmes socio-pédagogiques restent les plus marquants et les plus manifestes dans l’espace médiatique. Il y a également une crise éthique liée aux fondements moraux de la science universitaire. « L’enseignement et la formation ont occupé une place centrale dans les stratégies politiques algériennes durant les premières décennies de l’indépendance, de 1962 à 1980. Outre leur contribution à la construction de la société et de l’économie, ils ont pour fonction de doter l’État d’une légitimité scientifique dont l’absence est vécue par les dirigeants, arrivés au pouvoir par les armes, comme un handicap lancinant. » (2) Cela a été soulevé à maintes reprises par les enseignants, les syndicats et tout le personnel institutionnel. Mais évoquons le rapport de l’université à l’épistémè. Et, je le pense, c’est de là que démarrera notre mutation politique.

D’abord, les sciences permettraient l’éradication des idéologies identitaires (conservatrices et ethnicistes). Les recours à la dépolitisation de l’université par divers moyens ont, malgré certaines « dérives », échoué. L’université est restée prête à l’engagement social et politique. « La politisation de la contestation estudiantine et la revendication de changement du régime s’est exprimée de manière inédite depuis la dissolution de l’UNEA en 1971…et les événements d’Octobre 1988. » (3)

Les sciences mettront l’accent sur la nécessité de se munir du référent scientifique pour n’exiger au sujet national qu’un soubassement psychologique par lequel il pourra y avoir une base pour imaginer un régime socio-politique à notre groupe, qui peine à être considéré comme société. Les sensations que laisse la quête du savoir sont un ensemble de dispositions psychologiques légitimées par les divers centres de réflexion. Que faut-il faire, quelles réflexions il faut consulter ? Examiner une notion mathématique : cela nous rend-il capables de trouver une indication scientifique guérie de la névrose de soi à soi (notamment ce qui est lié à l’ethnie) ? A ce jour aucun travail de synthèse des travaux de philosophes algériens n’est réalisé, faute de dogmatismes qui touchent le versant ontologique de l’Être. 

« Le secteur de l’enseignement supérieur souffre depuis le début des années 1980 de l’absence d’une politique nationale de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique. Cette politique doit fixer les objectifs stratégiques en fonction des besoins économiques, sociaux et culturels de la société algérienne. L’unique « politique » des pouvoirs publics demeure la gestion des flux d’étudiants. » (4) Sortie d’une guerre et d’un colonialisme ravageurs, le personnel politique (encadré par des militaires) s’est engouffré dans la construction d’un Etat autoritaire et s’est laissé emporter par les logiques sécuritaires. Le peu de savoir qu’il y avait fut contraint à se créer sa propre doctrine et ses propres dogmes. Mais nous comprenons de là que les constructions d’édifices philosophiques d’Etat sont dépourvues de tous les composants essentiels au sujet collectif.

Comme la problématique Algérie est multiple, nous ne pourrons dire de l’Algérie qu’elle est incapable d’être identifiée sous une quelconque vision, vu les diverses tendances idéologiques qui l’ont faite et qui la font. Bien avant la révolution, les courants politiques essayaient de se positionner selon ce que les contextes (inscrits dans des temporalités faisant fusion entre elles pour donner à la matière la possibilité de se manifester) exigeaient en vue de maintenir les tensions vives et porteuses de la lecture manichéennes des faits. L’épistémè devient une donnée qui donne corps aux diverses positions critiques qui agissent dans l’espace commun, surtout scientifique. Entre doxa et épistémè, la tension est à son extrême. 

Perçue comme espace relevant de la pureté intellectuelle, l’épistémè s’offre à des comportements tout à fait ordinaires, voire banales. « …la communauté épistémique n’est pas au sens strict une communauté savante coupée des réalités de la politique et du pouvoir, mais un réseau d’experts dans un secteur donné, possédant une communauté de pensée et d’action. » (5)  Les sciences, fragmentées, et contraintes à être exercées dans les « territoires » qui lui sont accordées, deviennent une sorte de cap anhistorique concernant la pédagogie. Nous savons bien que la pédagogie est une source inépuisable de culture et de civisme, mais l’épistémè prime et elle a autorité sur le savoir que l’enseignant dispense. Il y a des savoirs transversaux et des savoirs fondamentaux. La création d’académie d’épistémologie pourrait résoudre multiples problèmes, mais aucun sens n’est soustrait aux espaces dévolus aux idéologues. Les contextes socio-historiques ont été le réceptacle de matières irréductibles à de simples moyens d’opposition à la spiritualité. 

Pour donner des savoirs liés à notre existence effective, les sciences devraient être discutées par deux modalités : soit organiser des assemblées générales des chercheurs ; soit faire les Etats Généraux des sciences universitaires. Ce sera la victoire de la réflexion contre les ghettoïsations, la pensée contre les chauvinismes et la liberté contre les appareils. 

Les universitaires sont appelés à donner de la légitimité aux savoirs qu’ils emploient dans leurs tâches tant pédagogiques que conceptuelles. 

Abane Madi   

  1. Cornu P., 2023. Un historien en interdisciplinarité. Essai d’épistémologie située. Nat. Sci. Soc. 31, 1, 103-109. 
  2. Khelfaoui, H. (2003). Le champ universitaire algérien entre pouvoirs politiques et champ économique. Actes de la recherche en sciences sociales, 148(3), 34-46. https://doi.org/10.3917/arss.148.0034.
  3. Siham Beddoubia, « Engagements étudiants en Algérie post-22 février. Sociohistoire d’un mouvement « désenchanté » », L’Année du Maghreb [En ligne], 30 | 2023, mis en ligne le 05 décembre 2023, consulté le 07 janvier 2026. URL : http://journals.openedition.org/anneemaghreb/12769 ; DOI : https://doi.org/10.4000/anneemaghreb.12769 
  4. Contribution à l’analyse de la crise de l’université algérienne, Farid Cherbal Enseignant chercheur l’USTHB Publié dans El Watan le 19 – 05 – 2011. Le texte est consultable au lien suivant : https://www.djazairess.com/fr/elwatan/1357245 
  5. Viltard, Y. (2006). L’étrange carrière du concept foucaldien d’épistémè en science politique. Raisons politiques, no 23(3), 193-202. https://doi.org/10.3917/rai.023.0193
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Air Algérie reçoit son Airbus A330-900 NEO baptisé « Yennayer »

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Air Algérie

La compagnie aérienne nationale, Air Algérie, a annoncé jeudi avoir réceptionné son troisième avion de type Airbus A330-900 NEO, dans le cadre de son programme de renouvellement et d’extension de sa flotte.

L’appareil, baptisé Yennayer, est arrivé à l’aéroport international Houari Boumédiène d’Alger. Il succède à deux autres avions du même type reçus récemment : « Novembre 54 » en novembre 2025 et « Gara Djebilet » début janvier 2026.

Destinés aux vols long-courriers, ces avions permettent à Air Algérie d’intensifier ses lignes internationales, notamment vers le Canada, la Chine et l’Afrique du Sud.

L’A330-900 NEO peut accueillir plus de 300 passagers, répartis sur différentes classes, et offre une réduction de 25 % de la consommation de carburant et des émissions de CO2 par rapport aux modèles précédents. Les appareils sont également équipés de systèmes de divertissement modernes et d’une connexion Internet via Wi-Fi.

Avec cette livraison, la flotte d’Air Algérie compte désormais 57 avions, auxquels s’ajoutent 15 appareils appartenant à sa filiale Domestic Airlines.

Le programme de renouvellement lancé en 2023 prévoyait l’acquisition de huit Boeing 737 MAX-9 et de dix Airbus A330-900 NEO avant que la commande soit portée ultérieurement à dix (10) avions de ce type.

Il prévoit également l’acquisition de seize (16) avions de type ATR 72-600 pour renforcer le réseau domestique.

Ces acquisitions s’inscrivent dans le plan stratégique d’Air Algérie à l’horizon 2035, visant à répondre à la demande croissante du transport aérien national et international.

APS

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CAN 2025: «Exceptionnel», le Maroc sur un nuage après sa qualification en finale

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Les joueurs marocains sur un nuage.
Les joueurs marocains sur un nuage.

Au bout de la nuit, les Marocains sont venus à bout des Nigérians, mercredi 14 janvier 2026, dans une demi-finale de CAN 2025 stressante. Patients et solidaires, les Lions de l’Atlas ont vaincu les Nigérians aux tirs au but.

Portés par Yassine Bounou, les Lions de l’Atlas ont triomphé aux tirs au but (0-0, 4 TAB à 2) dans une ambiance folle. L’euphorie a gagné le Maroc, mais le retour au travail et à la concentration est aussi rapide. Car dimanche, il faudra défier le Sénégal en finale.

Une main solide, un pied sûr, et un stade de plus de 65 000 personnes qui explose tel un volcan : il était environ 23h50, mercredi, quand le royaume chérifien a chaviré de bonheur au moment où ses Lions de l’Atlas ont validé leur ticket pour la finale de la CAN 2025. Une parade à une main de Yassine Bounou (son deuxième sauvetage en quelques minutes), puis un tir au but réussi par Youssef En-Nesyri ont permis au Maroc de venir à bout du Nigeria.

Premier homme à avoir tiré – et transformé – son tir au but dans cette séance, Neil El Aynaoui n’a pas cherché à cacher son bonheur en se présentant face à la presse. « C’est incroyable. Vous avez vu l’ambiance ce soir ? Le scénario était dingue aussi. C’est exceptionnel », a lâché le joueur de l’AS Rome.

Lui et ses coéquipiers ont pu compter sur le soutien du stade du Prince Moulay-Abdellah, qui n’a jamais cessé de chanter et de vibrer pour son équipe. Même après l’échec de Hamza Igamane dans la séance des tirs au but, les supporters n’ont rien lâché. « C’est un truc de fou, de jouer dans ce stade. On a l’impression d’être un, deux, trois de plus. C’est incroyable, ils nous poussent, c’est exceptionnel », a confié El Aynaoui.

« C’est l’avantage d’avoir un gardien comme Yassine »

« On savait que ça allait être un match compliqué. Il faut saluer le parcours du Nigeria qui a fait une CAN remarquable. Mais je pense qu’on a fait le match qu’on voulait faire. On a été costaud défensivement, ils n’ont pas eu beaucoup d’occasions », a poursuivi le milieu de terrain marocain. Éric Chelle, le sélectionneur des Super Eagles, a reconnu la supériorité des hommes menés par son homologue Walid Regragui : « Il nous a manqué beaucoup de choses. L’intensité, dans la technique, dans le mouvement… Le Maroc mérite sa victoire. »

Si le Nigeria a montré bien peu de choses dans le secteur offensif, sa défense s’est elle montrée bien hermétique, ne laissant que peu d’ouvertures au Maroc. Dans ce genre de match, les tirs au but font souvent office de juges de paix. Un exercice dans lequel les Marocains ont un atout nommé Bounou. « Ce n’est pas être arrogants, mais on sait que quand arrivent les penalties, on est assez serein. On se dit qu’il faut qu’on mette les nôtres au fond et que lui (Yassine Bounou) va en sortir un, deux ou trois. Il a encore fait le boulot ce soir. C’est l’avantage d’avoir un gardien de qualité comme Yassine », a observé Romain Saïss. « Mais si on peut éviter d’aller aux penalties, c’est un peu mieux », a ajouté le défenseur en souriant.

« On savait que si on allait aux penalties, Yassine avait déjà montré qu’il était difficile à battre sur l’exercice », a aussi souligné Neil El Aynaoui. Pour le Nigeria, c’est un bis repetita cruel : il y a presque deux mois, en finale des éliminatoires Afrique (parmi les meilleurs deuxièmes) pour l’obtention d’une place en barrage intercontinental, les Nigérians avaient déjà échoué dans cet exercice face à la RDC. « C’est fou car nous avons beaucoup travaillé ça à l’entraînement. Mais c’est le football, il faut l’accepter et continuer de travailler », a indiqué Chelle.

« On est là où on voulait être »

Maintenant, place à la récupération et à la concentration pour l’ultime défi du Maroc : vaincre le Sénégal. Les Lions de la Teranga, grâce à un but de Sadio Mané, ont battu l’Égypte dans l’autre demi-finale, quelques heures plus tôt mercredi. « Encore une grosse nation du foot, avec beaucoup de talent. On s’attend forcément à un gros match », a prévenu Neil El Aynaoui.

« Ce sera un match compliqué. À ce stade de la compétition, c’est le genre de match qui se gagne sur des détails. Il va être important de bien récupérer, car on a quand même 30 minutes de jeu en plus dans les jambes », a déclaré Romain Saïss, décrivant au passage « une très belle équipe sénégalaise, qui joue très bien et qui est très costaud ».

Le défenseur n’ignore rien de l’attente de ses compatriotes : « Cela fait 22 ans depuis la dernière finale (face à la Tunisie à la CAN 2004, NDLR), et 50 ans depuis la dernière victoire. Les Marocains sont impatients, comme nous. On est là où on voulait être et j’espère que dimanche, ce sera une belle fête pour tout le pays. » Neil El Aynaoui, lui aussi, n’a qu’un objectif : « On s’était donné rendez-vous au 18 janvier au début de la CAN. Je ne dirais pas qu’on a fait le plus dur, mais une bonne partie du chemin. Il reste la plus importante. »

Avec RFI

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Retour de Noureddine Taboubi à l’UGTT : une crise de direction qui annule la grève

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Noureddine Taboubi
Noureddine Taboubi. Crédit photo : DR

Le secrétaire général de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), Noureddine Taboubi, a repris ses fonctions le 14 janvier 2026, mettant fin à trois semaines d’incertitude après l’annonce de sa démission, le 23 décembre 2025. Ce revirement intervient dans un contexte de forte tension sociale et syndicale, marqué par l’annulation de la grève générale initialement prévue pour le 21 janvier.

À l’origine de la crise, un désaccord profond au sein de la direction de l’UGTT sur la tenue du congrès électif : une partie des dirigeants souhaite son organisation en mars 2026, tandis qu’un autre courant plaide pour son report à 2027. Ce conflit interne a fragilisé la conduite de l’organisation au moment même où elle s’engageait dans un bras de fer avec le gouvernement.

La grève générale avait été décidée par la commission administrative nationale les 5 et 6 décembre 2025 pour protester contre la dégradation du dialogue social, le blocage des négociations salariales et les atteintes aux droits syndicaux. Mais cette décision s’est heurtée à un obstacle juridique : selon les statuts de l’UGTT, la notification officielle de la grève ne peut être signée que par le secrétaire général. Or, la démission de Noureddine Taboubi, intervenue avant l’expiration du délai légal de notification, a empêché la validation formelle de l’appel à la grève.

Le 13 janvier, le porte-parole de l’UGTT, Sami Tahri, a confirmé l’impossibilité de maintenir l’échéance du 21 janvier en l’absence de cette signature. Le lendemain, Taboubi a officiellement repris ses fonctions, après un appel des instances de l’organisation.

Le bureau exécutif a depuis appelé à la tenue prochaine d’une commission administrative nationale afin de fixer une nouvelle date pour la grève et de traiter les questions internes. Il a réaffirmé son attachement aux revendications sociales ayant motivé l’appel initial.

Cependant, dans un contexte marqué par la fatigue sociale, la pression politique et la fragmentation du champ syndical, l’annulation de la grève du 21 janvier est perçue par de nombreux observateurs comme un affaiblissement du rapport de force entre l’UGTT et les autorités.

Le retour de Noureddine Taboubi rétablit une continuité institutionnelle au sommet de la centrale syndicale. Il ne dissipe toutefois ni les divisions internes, ni les interrogations sur la capacité de l’UGTT à conduire une mobilisation d’ampleur dans la Tunisie de 2026.

Mourad Benyahia 

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Yennayer 2976 à Marseille : la mémoire amazighe en partage à l’Espace Arena

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Trois chanteurs kabyles à Marseille.
Soirée Yennayer à Marseille le 16 janvier.

Alors que l’année grégorienne vient à peine de s’ouvrir, la communauté amazighe célèbre l’entrée dans l’an 2976 de son calendrier ancestral. Ce vendredi 16 janvier, l’Association Culturelle Amazigh Marseille (ACAM Amazigh) organise à l’Espace Arena (14ᵉ arrondissement) une grande soirée dédiée à Yennayer, le Nouvel An berbère.

Yennayer marque, dans la tradition amazighe, le début du cycle agricole et le renouveau de la terre. Le calendrier amazigh prend pour repère symbolique l’année –950, date associée à l’accession au trône d’Égypte du roi amazigh Sheshonq Ier (Chachnaq). Depuis, ce calendrier traverse les siècles comme une manière de dire la continuité d’un peuple, de sa mémoire et de son rapport à la terre.

À Marseille, ville façonnée par les migrations nord-africaines, Yennayer est devenu un moment de rassemblement collectif, bien au-delà du seul cercle familial. Kabyles, Chaouis et plus largement Amazighs de la diaspora y retrouvent un espace commun où la langue, la musique et les gestes anciens reprennent place dans le présent.

Trois artistes, une même filiation

La soirée réunira trois figures de la scène amazighe contemporaine :

Farid Houamed, voix majeure de la chanson chaouie, connu pour son répertoire festif et populaire ;

Alilou, artiste kabyle de la nouvelle génération, dont les titres fédérateurs font vibrer les scènes communautaires ;

Nesrine, chanteuse à la voix ample, qui navigue entre héritage traditionnel et écriture actuelle.

À travers eux, c’est une même filiation qui se donne à entendre : celle d’une culture transmise par le chant, la fête et la langue.

Une fête ouverte, ancrée dans la ville

La soirée débutera à 20 heures à l’Espace Arena, 32 boulevard Frédéric-Sauvage, Marseille 14ᵉ.

Tarifs : 21 € en prévente, 17 € pour les adhérents, 25 € sur place.

Café, thé, boissons et gâteaux seront proposés, dans l’esprit d’hospitalité qui accompagne traditionnellement Yennayer.

Réservations :

06 63 22 58 64 – 06 67 34 35 52 – 06 52 00 94 78.

Soutenue par plusieurs partenaires culturels et économiques locaux, la soirée s’inscrit dans une dynamique de transmission, mais aussi de visibilité. À Marseille, Yennayer n’est ni une survivance folklorique ni un rituel figé : c’est une mémoire vivante qui continue de s’inventer.

Aseggas amaynou — bonne année 2976.

Djamal Guettala 

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Taghit Sidi Belkheir : un village oublié au cœur des Aurès

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Taghit Sidi Belkheir
Taghit Sidi Belkheir, un village hors du temps. Crédit photo : DR

Perché entre les crêtes escarpées des Aurès, Taghit Sidi Belkheir semble suspendu hors du temps. La poussière des sentiers longeant les maisons de pierre sèche s’élève sous le vent, et le silence, interrompu seulement par le bêlement des chèvres et le cri lointain d’un muezzin, pèse sur ce village où la modernité arrive à pas comptés.

Arriver ici n’est pas une mince affaire. Les routes, quand elles existent, sont étroites et chaotiques, bordées de ravins abrupts qui témoignent de la rudesse du terrain. Les habitants parlent de longues heures pour atteindre Chir, le chef-lieu de la commune, et encore plus pour accéder à Batna, la ville la plus proche dotée d’infrastructures fiables. Chaque déplacement devient une épreuve, surtout pour les enfants et les personnes âgées.

Le village vit dans une sorte d’isolement choisi par la géographie mais imposé par le retard des services publics. Écoles, dispensaires, commerces : tout se compte sur les doigts d’une main. Pourtant, les habitants ne se laissent pas abattre. Les femmes préparent le pain dans des fours traditionnels, les hommes cultivent des parcelles d’orge et de blé, et les enfants courent entre les ruelles en pierre comme si le monde extérieur n’existait pas. Mais le poids de l’isolement se fait sentir. Beaucoup de jeunes rêvent d’un ailleurs plus clément, de déménager à Batna ou même à Alger, pour poursuivre leurs études et trouver un emploi, laissant derrière eux un village dont la population diminue lentement, année après année.

Lors d’une récente visite, plusieurs anciens m’ont raconté la même histoire : celle de leurs ancêtres, des familles qui ont bâti ce village pierre par pierre, et celle de la lente disparition de cette vie communautaire. « Si rien ne change, nos enfants ne verront jamais le Taghit que nous avons connu », confie un vieil homme assis sous l’ombre d’un figuier centenaire.

Les autorités locales, selon les habitants, ont promis des projets de développement, des routes améliorées, et des services publics. Mais les promesses s’égrènent au fil des années, laissant les habitants suspendus à l’espoir, entre résilience et résignation. Le village, malgré tout, garde son âme. Les paysages qui l’entourent — montagnes, vallons et rivières éphémères — témoignent d’une beauté brute et intacte, celle qui fascine tout visiteur qui ose franchir ces chemins oubliés.

Taghit Sidi Belkheir, avec ses maisons de pierre et ses ruelles étroites, n’est pas seulement un village en difficulté. Il est le miroir d’une Algérie rurale oubliée, où la mémoire, la tradition et le quotidien se confrontent aux défis de la modernité. Chaque pierre, chaque pas sur ces chemins de terre raconte l’histoire d’une communauté qui refuse de disparaître, même face à l’oubli.

Et quand le soleil décline derrière les crêtes, illuminant les sommets d’une lumière rougeoyante, le village semble se tenir encore debout, défiant le temps et l’isolement, comme un témoin silencieux des Aurès.

Djamal Guettala

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Baptiste Mollard : « La situation des Algériens en France n’a rien d’un privilège»

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Manifestation contre le racisme en France.
Manifestation contre le racisme en France.

L’extrême droite est parvenue, jeudi 30 octobre 2025, à faire adopter une résolution dénonçant l’accord franco-algérien de 1968. Un événement inédit dans l’histoire de la Ve République, qui actera sans doute – malgré sa valeur symbolique – l’officialisation de l’alliance des droites dites «républicaines» avec un parti dont les fondateurs comptaient notamment un ancien membre de la Waffen-SS et un cadre de l’OAS.

Officiellement, le Parlement consacre les fantasmes des droites extrêmes sur l’immigration algérienne « pour protéger concrètement les Français ».

Ici, la crise du langage apparaît avec une clarté frappante. La simple évocation du signifiant « Algérie » suffit à désinhiber et libérer une parole raciste, désormais exprimée dans une large partie du champ politique français. Du centre à l’extrême droite, en passant par une droite autrefois dite « gaulliste » et une frange de la gauche se réclamant de la « social-démocratie », s’exprime aujourd’hui un profond ressentiment colonial envers le principe d’autodétermination des peuples et envers l’héritage des luttes victorieuses de décolonisation.

Dans les discours ayant pour obsession ce signifiant d’ « Algérie », un accord migratoire largement défavorable aux ressortissants algériens vivant en France est fallacieusement présenté comme un « privilège » accordé à une « caste » d’immigrés qui, affirme-t-on, ne feraient pas suffisamment preuve d’ « amour » ou de « gratitude » envers leur pays d’accueil. La présence d’une Algérienne ou d’un Algérien en France y est dépeinte comme illégitime par principe, presque « criminelle » par nature, et ce en dépit de leur participation active à l’enrichissement de la vie de la cité. Au-delà des Algériens durablement installés en France, ce vote au racisme décomplexé s’accompagne également d’une rhétorique quasi maurassienne qui désigne des millions de binationaux comme de potentiels « ennemis de l’intérieur ».

Pour répondre à ce déluge de « vérités alternatives », le journaliste indépendant Faris Lounis s’est entretenu, pourle Matin d’Algérie, avec Baptiste Mollard, docteur en science politique, chercheur associé au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (Université Versailles–Saint-Quentin, CNRS) et membre de l’Institut Convergence Migrations. Il a rédigé sa thèse à l’émigration algérienne de travail au tournant de l’indépendance.

Le Matin d’Algérie : Pour commencer, pouvez-vous nous présenter brièvement l’accord franco-algérien de 1968 et nous rappeler les circonstances particulières de sa signature ?

Baptiste Mollard : L’accord de main-d’œuvre de 1968 ne peut pas se comprendre en dehors du contexte des décolonisations. Une clause des accords d’Évian (19 mars 1962) garantit une liberté totale de circulation vers la France des Algériens en possession d’une simple carte d’identité. Ce qu’on oublie souvent, c’est que cette clause s’applique aussi aux Français se rendant en Algérie. Peu discutée par les négociateurs, elle prolonge des logiques observées dans d’autres sorties d’empire, comme au Sénégal, au Mali et en Mauritanie (ex-empire français), ou en Inde, au Pakistan, au Nigeria ou au Ghana (Commonwealth britannique). L’Algérie s’en distingue toutefois par ce que plus de 250 000 Algériens vivent déjà en France avant l’indépendance, malgré un accès limité aux seuls détenteurs de cartes d’identité et un contrôle policier et militaire renforcé des mobilités pendant la guerre.  

Cette liberté de circulation issue d’Évian est très vite remise en cause. Dès avril 1963, l’État français impose unilatéralement des contrôles sanitaires censés écarter les hommes inaptes au travail, mais en réalité pilotés par le ministère de l’intérieur, qui s’estime seul habilité à réguler une immigration qui devient sa bête noire. Un « bureau des étrangers à statuts spéciaux » est mis sur pied pour limiter l’immigration d’anciens sujets coloniaux, en parfaite continuité avec des pratiques de l’entre-deux-guerres, quand leur présence était principalement régulée par le « rapatriement », comme l’ont montré les travaux de Vincent Bollenot, Aliénor Cadiot et Hugo Mulonnières. Ce service prolonge aussi la priorité donnée à « l’ordre public » pendant la guerre d’Algérie.

Après un an de mesures unilatérales dérogatoires, un premier accord de main-d’œuvre franco-algérien est signé en avril 1964, rapidement critiqué par Paris en 1965 et dénoncé dès 1966 par Alger. L’État français fixe seul les contingents de travailleurs autorisés à entrer en France, systématiquement en-deçà des besoins économiques réels, algériens ou français. Fatalement, de nombreux Algériens viennent se présenter comme touristes. En réaction, le ministère de l’Intérieur prend de nombreuses mesures unilatérales discriminatoire.

En mars 1965, il distribue une « notice individuelle pour touriste étranger » (Algériens, Maliens, Mauritaniens et Sénégalais). Alors qu’aucun étranger ou presque ne séjourne en France avec un visa, ce document fonctionne comme tel, quinze ans avant la lettre. Il permet de constituer un fichier des « oisifs », expulsables après trois mois passés en France.

Des files d’attente sont également réservées aux Algériens dans les ports et aéroports français, où l’arrivée de touristes est plafonnée à 250 puis 200 par semaine à partir de 1966.

Ce n’est qu’en 1968 qu’un véritable cadre bilatéral est établi, mettant fin au règne des circulaires du ministère de l’intérieur, alors seul maître de la régulation de l’immigration algérienne, par voie d’expulsions et de refoulements à la frontière. De ce point de vue, l’accord de 1968 est venu mettre un terme à un pouvoir arbitraire des forces de police qui nous paraîtrait aujourd’hui totalement exorbitant.

Le Matin d’Algérie : Vous avez soutenu récemment votre thèse de doctorat sur l’encadrement de l’émigration algérienne vers la France entre 1950 et 1970. De quelle manière avez-vous traité cet accord dans le cadre de votre travail de recherche ?

Baptiste Mollard : J’ai documenté les mécanismes de sélection instaurés par l’État algérien pour organiser, sur son propre sol, les départs vers la France. Contrairement à l’idée d’une pleine liberté de circulation après 1962, des responsables algériens réclament une limitation de l’émigration dès l’automne. Les premières mesures datent de mai 1963, avant même l’accord bilatéral de 1964 : délivrance de cartes de travailleurs par un office dédié (l’Office national algérien de la main-d’œuvre, ONAMO), restrictions des départs sous statut touristique (qui doivent présenter une attestation d’emploi en Algérie et déposer un pécule de 100 francs), encadrement accru des proches de travailleurs émigrés… Les contrôles policiers sont également renforcés.

Vis-à-vis de l’ensemble des trois statuts reconnus d’émigrant (travailleurs, touristes, membre de la famille de travailleurs), l’État algérien joue donc un rôle très actif, souvent sous-estimé par les autorités françaises, qui suspectent constamment ses services d’incompétence ou d’opportunisme. Les diplomates algériens doivent alors lier la question migratoire à d’autres dossiers et ne plus participer à certaines rencontres afin de peser dans la négociation. L’accord de 1968 consacre ce travail en autorisant une émigration importante d’Algériens sous un statut de travailleurs, jusque-là minoritaires.

Ce texte entérine un compromis entre le ministère du travail algérien – favorable à une émigration de travail importante et qui pourrait être planifiée – et le ministère de l’intérieur français – qui dès 1962, veut encadrer le séjour des Algériens par un « certificat de résidence ». Ces dispositions sur le séjour restent en vigueur, tandis que celles relatives à l’émigration de travail cessent en 1973.

Depuis, les Algériens sont restés durablement exclus de l’immigration pour motifs professionnels. En 2023, seuls 9% des titres qui leurs ont été délivrés concernaient le travail, contre 30% et 35% pour les Marocains et Tunisiens.

Le Matin d’Algérie : Comment situer l’accord de 1968 par rapport aux politiques françaises encadrant les immigrations européennes à la même époque ?

Baptiste Mollard : Depuis 1945, l’immigration algérienne est considérée comme la moins désirable, loin derrière les immigrations italienne, espagnole et portugaise. Dans les années 1960, les politiques migratoires divergent. Les travailleurs espagnols, qui représentent alors la première communauté étrangère, doivent présenter un contrat signé par un employeur.

Malgré ces conditions restrictives, leurs entrées dépassent régulièrement le chiffre de 70 000 par an, dont deux tiers de travailleurs agricoles saisonniers, c’est-à-dire le double du contingent prévu pour les travailleurs algériens par l’accord de 1968.

Pour les travailleurs portugais, un accord bilatéral qui instaure une immigration de travail sous contrat similaire, signé en 1963, n’a pas été appliqué. Les pouvoirs publics français tolèrent une immigration clandestine très importante, atteignant 900 000 personnes entre 1957 et 1974, dont 140 000 en 1969, comme l’ont montré les travaux de Victor Pereira. Ces chiffres sont, là encore, très nettement supérieurs aux 35 000 travailleurs annuels prévus par de l’accord de 1968.

Le recensement INSEE de 1982 révèle pourtant que les Algériens occupent la première place des communautés étrangères en France, avec plus de 800 000 ressortissants malgré l’arrêt de l’immigration de travail en 1973. Loin de se résumer au seul regroupement familial, cette croissance révèle la dépendance durable du patronat français à cette main-d’œuvre, notamment dans plusieurs secteurs clés (bâtiment, industrie, agriculture).

Typique d’un discours mythique des trente glorieuses, l’idée d’un ajustement harmonieux entre « besoins » français et « excédents » algériens de main-d’œuvre est trompeuse. L’immigration algérienne est régulée sur un plan strictement étatique, par des négociations d’Etat à Etat. Contrairement aux immigrations marocaines et tunisiennes, directement organisées par des entreprises françaises de l’autre côté de la Méditerranée, l’immigration algérienne peut s’autonomiser du marché de l’emploi. Cette situation, voulue par l’Etat français, permet d’utiliser l’immigration comme levier politique dans sa relation avec Alger.

Le Matin d’Algérie : Aujourd’hui, le discours des centristes et des droites dures et extrêmes présente les Algériennes et Algériens comme une caste migratoire au-dessus de tout. Factuellement, existe-t-il un « privilège » migratoire algérien ?

Baptiste Mollard : Des députés comme Éric Ciotti (LR) font comme si l’accord de 1968 s’était appliqué jusqu’à aujourd’hui, or, il est vidé de sa substance dès 1973, lorsque le président Houari Boumediène renonce à l’émigration de travail. Trois avenants sont ensuite signés en 1985, 1994 et 2001, alignant le séjour des Algériens sur le droit commun, souvent plus avantageux. Quelques dispositions dérogatoires subsistent aujourd’hui, plus favorables à une partie des Algériens, mais c’est surtout en raison du durcissement du droit des étrangers ces 25 dernières années.

En dehors des questions liées au séjour, les Algériens subissent de plein fouet les politiques migratoires restrictives : obligation de visa pour les ressortissants hors Schengen (1986), procédures Dublin limitant à une seule demande d’asile dans l’espace Schengen (1990, 2003 et 2013)… Ils sont également les premiers concernés par la baisse des visas délivrés par les consulats français (dès les années 1990), par l’allongement de l’enfermement dans les centres de rétention administratifs (dès 1998), ou encore l’introduction des Obligations de Quitter le Territoire Français (OQTF, 2006).

Le débat actuel a pris des dimensions trop abstraites. L’existence d’un droit au séjour dérogatoire ne suppose rien de son application ! 

L’étude des politiques migratoires montre que les préfectures conservent une marge de manœuvre considérable : plus que toute autre instance en France, elles « font » le droit au séjour. L’idée d’un accès automatique des Algériens à des titres de séjour est illusoire. Beaucoup en obtiennent un à l’issue de recours. Certes, ils sont les seuls étrangers à bénéficier d’un titre – en théorie de plein droit – après dix ans de présence en France. Mais prouver cette présence devant un tribunal, alors même qu’ils sont, de fait, exclus du marché du travail, n’a rien d’un privilège.

Le Matin d’Algérie : L’accord de 1968 relève du droit international et prime sur le droit français. Qu’il s’agisse de Bruno Retailleau, lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, ou encore des forces politiques désormais menées par le Rassemblement national à l’Assemblée nationale, quels effets y aura-t-il à s’emparer unilatéralement d’un tel sujet ?

Baptiste Mollard : Cet accord n’est pas une entrave à notre souveraineté. Il n’est qu’un outil bilatéral de gestion des migrations parmi les 140 recensés en France en 2025, par un rapport d’information déposé le 5 février par les sénateurs Muriel Jourda et Olivier Britz. Il est reconnu par la jurisprudence du Conseil d’Etat. Sa dénonciation unilatérale peut faire l’objet d’un recours devant un tribunal international.

Cette tentation autoritaire dit beaucoup de nos institutions.

Depuis les années 1970, le ministère de l’Intérieur pèse de manière décisive sur les politiques migratoires, au détriment de ministères tels que ceux du travail et des affaires étrangères. Cette dynamique, plus précoce pour l’Algérie, s’est poursuivie jusqu’à ce que Bruno Retailleau s’autorise à lancer un ultimatum à une diplomatie étrangère !

Cette stratégie de la terre brûlée n’est pas à la hauteur des liens commerciaux et humains entre nos deux pays.

Les 18 consulats algériens en France (sur 42 dans le monde) administrent près de 900 0000 Algériens et interviennent dans l’exécution des OQTF. Les conditions institutionnelles sont donc déjà réunies pour la collaboration plus active que souhaite le ministère de l’Intérieur français. Même si l’on accepte de se placer du point de vue de ses services (ce qui n’est pas une mince affaire !), le plus urgent est donc la reprise de la relation diplomatique et la réinstallation des ambassadeurs français et algérien dont les absences, depuis juillet 2024, impactent durablement la coopération, et donc l’exécution des OQTF.

La crise tient aussi à des facteurs plus structurels, liés au poids de l’extrême droite sur le débat public français. 

En Algérie, de nombreuses personnes souhaitant rendre visite à leurs proches en France se voient refuser des visas, malgré de bonnes garanties financières. Pendant ce temps, en France, les responsables qui cèdent à une xénophobie populiste parlent d’un « privilège » ou d’un « droit presque automatique à l’immigration ». L’impasse ne sera pas surmontée sans que l’on adopte un langage commun.

Le Matin d’Algérie : L’extrême droite est parvenue, le jeudi 30 octobre 2025, à faire voter une résolution dénonçant l’accord franco-algérien de 1968. Cet événement inédit de la 5e République a-t-il officialisé l’alliance des droites dites « républicaines » avec le parti cofondé par un ancien Waffen-SS et un cadre d’une organisation criminelle, l’OAS ?


Baptiste Mollard : Cette résolution est très inquiétante. Selon l’exposé des motifs qui la présente, 650 000 Algériens auraient reçu un titre de séjour en 2023… un chiffre aberrant, vingt fois inférieur à la réalité. Il ne faut pas non plus croire les différents responsables du parti Les Républicains sur la nécessité d’une alliance de circonstance et sans conséquence avec l’extrême-droite. Les 63 députés de droite extérieurs au RN qui ont voté ce texte ont aussi adoubé le projet politique du RN. Ils approuvent la notion d’« immigration illégale », plusieurs fois mentionnée et également au cœur de la proposition de loi instaurant un délit de séjour, présentée ce même 30 octobre. Le texte cite aussi le Danemark en exemple, un pays connu pour ses politiques d’accueil restrictives et liberticides (durcissement grave de l’accès à la nationalité, confiscation des biens des immigrés, tentative d’externalisation des demandes d’asile au Rwanda). Ce soutien pousse à l’escalade quelqu’un comme Guillaume Bigot, rapporteur de la résolution, qui envisage, dans une question écrite du 11 février 2025, de bloquer l’aide au développement ou les transferts d’épargne privés pour mettre Alger sous pression.

Cette percée parlementaire reçoit aussi le soutien du centre de l’hémicycle. Le député Charles Rodwell (REN) a en effet publié un rapport, largement repris par le RN, chiffrant le « coût » de l’immigration algérienne à deux milliards d’euros de prestations sociales. Le document ne précise nulle part les calculs qui permettraient d’arriver à une telle estimation. Il ne mentionne pas non plus la contribution des Algériens à la sécurité sociale ou au budget de l’Etat, par les cotisations, les impôts ou les frais de visa. Ses analyses sur l’immigration algérienne ne prennent pas non plus en compte l’exclusion durable du marché du travail qu’a amené l’application de l’accord de 1968 ces dernières décennies. Le plus grave réside sans doute dans l’adhésion implicite de ce texte à une idéologie qui interprète la présence étrangère comme « parasite » : une xénophobie d’Etat qui menace autant l’Etat de droit et l’Etat social que le droit des étrangers dans son ensemble. Il paraît urgent d’accorder un droit de vote aux étrangers résidant en France. Même limité aux élections locales, c’est une manière d’enrayer cette surenchère identitaire, populiste et électoraliste, menée par la droite et l’extrême droite et à laquelle le centre se rallie de fait.

Propos recueillis par Faris Lounis, journaliste indépendant

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