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Nicaragua : après la chute de Maduro, Ortega procède à des dizaines d’arrestations puis se ravise

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Maduro et Ortega
Nicolas Maduro et Daniel Ortega.

Après l’enlèvement du couple présidentiel vénézuélien par les États-Unis, Rosario Murillo et Daniel Ortega, qui dirigent le Nicaragua d’une main de fer, sont en « état d’alerte ». Au moins 60 personnes ont été arrêtées dans le pays pour s’être réjouies de la capture de Cilia Flores et Nicolas Maduro. Le gouvernement a annoncé ce samedi 10 janvier des libérations.

En Amérique centrale, le couple d’autocrates Ortega-Murillo s’est montré discret après la chute de ses amis à Caracas. Mais il semblerait que les co-présidents du Nicaragua aient peu goûté la satisfaction affichée chez eux par certains. Selon l’organisation de défense des droits humains Monitoreo Azul y Blanco, « au moins 60 arrestations arbitraires » de personnes coupables d’avoir célébré l’enlèvement de M. Maduro sur Internet ou en privé se sont produites après le 3 janvier dans le pays.

Peur-panique à Managua

Avant ce samedi, 49 personnes restaient détenues « sans information sur leur statut légal », neuf personnes avaient été libérées après leur arrestation, et trois personnes se trouvaient encore en détention provisoire, de même source. « Cette nouvelle vague répressive s’exécute sans mandat judiciaire et se base uniquement sur l’expression d’opinions : commentaires sur les réseaux, célébrations privées », ou ne pas avoir fait sienne la propagande, toujours selon l’ONG.

Dès vendredi, la mission diplomatique américaine à Managua a fait le constat qu’au moment où le gouvernement intérimaire du Venezuela faisait « un pas important vers la paix en libérant un grand nombre de prisonniers politiques », face à la pression très forte exercée par Washington, au Nicaragua, « plus de 60 personnes [étaient] toujours injustement détenues ou portées disparues, parmi lesquelles des pasteurs, des travailleurs religieux, des malades et des personnes âgées ».

Le gouvernement du Nicaragua a finalement annoncé, samedi 10 janvier, la libération de « dizaines de personnes » « rentrées chez elles », sans pour autant préciser leur identité ou les motifs de leur détention. Via le site internet officiel 19 Digital, le pouvoir a simplement présenté ces libérations comme « le symbole » de son « engagement indéfectible en faveur du dialogue, de la paix et du droit de chacun à une coexistence familiale et communautaire respectueuse et sereine ».

Deux régimes de gauche aux dérives concomitantes dans le temps

Pour le média en ligne Confidencial animé depuis l’étranger, ces arrestations effectuées par « le bras répressif du régime » ont eu lieu dans le cadre d’un « état d’alerte » ordonné par la compagne de l’ancien guérillero, Mme Murillo, devenue co-présidente l’an passé. L’état d’alerte nicaraguayen concernerait « toutes les structures territoriales du Front sandiniste, à la suite d’un huis clos qui a eu lieu dans l’après-midi du 3 janvier 2026 à El Carmen, en l’absence de Daniel Ortega ».

Les menaces récentes de Donald Trump à l’encontre du régime castriste de Cuba ne sont pas de nature à apaiser la paranoïa des deux dirigeants sandinistes, idéologiquement construits sur le souvenir de l’interventionnisme américain à l’époque d’Augusto Calderon Sandino, inspirateur de leur révolution de 1979, lui-même assassiné en 1934. Battu dans les urnes à la fin de la guerre civile, en 1990, M. Ortega avait remporté la présidentielle en 2007, avant la dérive du régime.

Le Nicaragua est 172e sur 180 au classement de la liberté de la presse de l’ONG Reporters sans frontières, derrière la Russie, Cuba ou l’Égypte. Depuis la violente répression des manifestations étudiantes de 2018 par le président Ortega, une chape de plomb s’est abattue sur les journalistes dans ce pays. Victimes de la brutalité du pouvoir, ils sont empêchés de travailler, emprisonnés, voire déchus de leur nationalité. La plupart n’ont eu d’autre choix que de s’exiler.

Comme le rappelle l’Agence France-Presse, le Nicaragua occupe une place de choix dans la fresque de l’impérialisme en Amérique latine. En 1979, quand les sandinistes renversent Anastasio Somoza, le président des États-Unis Ronald Reagan, inquiet de l’alignement de Managua sur La Havane et l’URSS, autorise secrètement la CIA à apporter une aide de 20 millions de dollars aux Contras, les contre-révolutionnaires du pays, financée partiellement par la vente illégale d’armes à l’Iran.

Le régime fait partie des cibles principales de M. Trump. En décembre, son administration a annoncé de nouveaux droits de douane sur certains produits du Nicaragua à partir de 2027 en raison, selon Washington, de violations des droits du travail et des droits humains créant une « concurrence déloyale ». Les taxes devaient être introduites progressivement sur deux ans, à hauteur de 10% à partir de janvier 2027, puis de 15% au début de 2028, en plus des 18% déjà décrétés il y a des mois.

Des couples présidentiels aux trajectoires semblables

En août, alors que le dispositif de Washington pour attraper Nicolas Maduro commençait à se mettre en place au large du Venezuela, un avion Airbus A340 de la compagnie nationale Conviasa a fait plusieurs allers-retours à Managua. Or, c’est cet appareil qui avait acheminé le président vénézuélien en Russie, en mai. Des observateurs se sont ainsi demandé, à l’époque, si ce dernier ne préparait pas tout simplement son départ dans ce pays, ou la mise à l’abri de ses biens.

En 2018, lors d’une parade militaire, le président vénézuélien avait dû interrompre un discours après une détonation. Le lendemain à Managua, le Front sandiniste de libération nationale (FSLN) avait organisé un évènement public pour exprimer sa solidarité envers le dirigeant du Venezuela, qui a beaucoup aidé financièrement son homologue après son retour au pouvoir, en soutenant par exemple la rénovation du centre-ville, ou par l’intermédiaire du généreux programme Petrocaribe.

Au-delà de leur proximité idéologique et financière, ou de leur rapport à Cuba, les deux régimes de gauche hostiles à Washington ont un autre point commun, à savoir la place prédominante occupée par la première dame. Mme Murillo, auparavant vice-présidente de son mari, est un peu plus âgée que Cilia Flores, elle-même fervente chaviste, notamment présidente de l’Assemblée nationale entre 2006 et 2011, lorsque son mari était ministre des Affaires étrangères. 

Le 10 décembre dernier, lorsque les États-Unis avaient saisi dans les Caraïbes un navire transportant du pétrole vénézuélien à destination de La Havane, le gouvernement de l’île avait dénoncé l’« impact direct » que cela aurait sur son système énergétique. Les pays membres de l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (Alba), orientés à gauche, avaient alors approuvé la création d’un plan d’aide énergétique. La proposition émanait de M. Maduro, soutenu par le Nicaragua.

Avec RFI

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Cuba sommée de plier, Caracas sous tutelle : Washington redessine la carte

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Trump et son cercle proche
Trump et son cercle proche redessinent le monde à leur avantage.

Donald Trump a lancé un avertissement direct à La Havane, appelant Cuba à conclure un accord avec les États-Unis « avant qu’il ne soit trop tard ». Le message a été diffusé dans une publication sur sa plateforme Truth Social, dans un contexte marqué par l’opération militaire américaine menée récemment au Venezuela.

Cette intervention s’est soldée par l’arrestation du président Nicolás Maduro et de son épouse, transférés à New York, ainsi que par la mort de plusieurs ressortissants cubains présents sur le sol vénézuélien. Washington affirme désormais assurer la « protection » du Venezuela, ce qui revient à couper La Havane de son principal allié régional et de sa principale source d’approvisionnement énergétique.

Selon la Maison-Blanche, Cuba a longtemps bénéficié du pétrole et des ressources financières de Caracas en échange d’un soutien sécuritaire et militaire apporté au pouvoir vénézuélien. Donald Trump estime que ce système appartient désormais au passé et que plus aucun flux de pétrole ou d’argent ne transitera du Venezuela vers l’île.

La réaction de La Havane ne s’est pas fait attendre. Les autorités cubaines ont confirmé la mort de 32 de leurs ressortissants lors de l’attaque américaine. Tous, selon un communiqué officiel, appartenaient aux forces armées ou au ministère de l’Intérieur et se trouvaient au Venezuela dans le cadre de missions effectuées à la demande du gouvernement vénézuélien. Ils auraient été tués soit dans des combats directs, soit sous les bombardements.

Les relations entre Cuba et le Venezuela sont historiquement étroites depuis la fin des années 1990. Après la tentative de coup d’État de 2002 contre Hugo Chávez, La Havane avait renforcé sa présence sécuritaire pour stabiliser le régime, tandis que Caracas fournissait à Cuba un pétrole vital pour son économie, en plus d’une coopération politique et sociale étroite.

L’intervention américaine bouleverse aujourd’hui cet équilibre. En plaçant le Venezuela sous sa tutelle directe, Washington entend reprendre le contrôle d’un pays clé du continent sud-américain, riche en hydrocarbures et longtemps en rupture avec sa sphère d’influence. Cette reconfiguration fragilise directement Cuba, désormais privée de son principal soutien.

Dans ce contexte, l’appel de Trump, lancé via Truth Social, apparaît moins comme une ouverture diplomatique que comme un ultimatum. L’île, déjà sous pression économique, se retrouve confrontée à une équation stratégique de plus en plus étroite. Il y va désormais de sa survie.

Au-delà de Cuba, ce sont les équilibres politiques de toute l’Amérique latine qui se trouvent ébranlés. La chute brutale de l’axe Caracas–La Havane marque la fin d’un cycle ouvert il y a plus de vingt ans et ouvre une phase d’incertitude où la puissance américaine semble déterminée à imposer un nouvel ordre régional.

Djamal Guettala 

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Belaïd At Ali : Lwali n udrar (tazmamt n° 7- asebter 300 tukkist 2/8) – Bu Leɣṭuṭ deg uzaɣar

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Belaid At Ali

Mačči dɣa d Bu Leɣṭuṭ i d isem-is n tidet. Netta  n … At Flan, ttuɣ amek akken. Asmi d-ilul, baba-s d yemma-s gan-as Ḥmed. Lakin, ula d Ḥmed-nni yuɣal yettwakkes-as, iqqim-as-d kan yisem-nni i yas-gan warrac ass amezwaru. Niqal, ussan imezwura sawalen-as « Bu ileɣṭuṭen », di seg-s ɣer da uɣalen gezmen deg wawal, qqaren-as kan « Bu Leɣṭuṭ ».

Walakin, yuklal isem-is. Argaz, asmi akk yewweḍ, ur iẓri bnadem ma tlatin neɣ rebaâin n sna di laâmer-is, neɣ wissen akter neɣ aqel ; argaz iwweḍ anect n ujgu di leqdd, armi ad as-tiniḍ suzrent-t tuyat-is, iberru-yasent kan ɣer lqaâ, mazal-it kan iberru i yileɣṭuṭen-is, izzuɣur icuḍaḍ-is di lqaâ, am asmi yella d aqcic amecṭuḥ ; mazal-it kan d lebda yessurug ileddayen d uxlul, alamma yedhec bnadem ansi yas-d-itekk wanect-nni n imetman. Sakin, anect-nni yak yettuɣal d abruɛ n uqendur-is, isi iseffeḍ imi-s d wanzaren-is. Daɣ netta aqendur-nni ines, ad taâqleḍ acḥal ideg t-ilsa, ma temneyyam, neɣ d xemseṭṭac, neɣ d aggur, ala s leḥsab n wakken iɣurres. Ma yella win i yas-innan :

– A Bu Leɣṭuṭ, aqendur-ik yumes !

Netta ad as-yini :

– Ih, ih, d tidet waqila. Ayḥem wald-ik a dda flan ! Iḥem wald-ik ! Tameddit-agi ad t-sirdeɣ. Iḥem wald-ik !…

Medden akk iqqar-asen « Dda », ama d win t-iɣelben, ama d win iɣleb netta, a lukan d tizya n mmi-s. Ayen ixuss di tiḥḥerci, neɣ d takayin ɣef yiman-is, ittarra-t di leḥdaqa d yiles aẓidan. « sbaḥ lxir a Dadda flan !… », « Mselxir a Dda flan !… », « Laâslama a Dda flan !… ». Ma yufa ula d aqcic iqqim, yaâddi fell-as meyya iberdan, i meyya iberdan ad as-yini : « Amwaâlikum !… ». Imi-s mačči ad yaâyu. Lakin, ahat, dɣa imi kan tameslayt it-id-ittaḥayen gar yemdanen ass kamel. Mačči d tamussni ara d-ilfu ur issin ara akken ara yehder am netta am medden, walakin ur iǧaâl ara bnadem yiwen am netta ad yissin i tmeẓyant i tmeqqrant, neɣ ad yenteq s laâqel d lmaâqul, la di ddra n ssifa-s d lqedd-nni n ‘’umeɣlal’’, akken i yas-qqaren, d ildayen, d ileɣṭuṭen-nni yakk ur ẓriɣ amek akken, isi lḥasun, mara t-twaliḍ, ad as-tiniḍ : « wagi ur ttkal ara fell-as ula d tayaziṭ ad ak-tt-yeks ». Di dra n ssifa-s kan. Netta, ladɣa, ɣer teɣzi-nni ines, isi  kra n wayen ara yels ittiwzil fell-as. Irna-yas sidi Rebbi aqemmuc anect n tjemmaât. Segmi wezzil ucenfir-is ufella, neɣ d uglan-is i meqqren bezzaf, refden-d, ṭṭaharen-d iɣenfaren-is d lebda, am wid n waâudiw mara yeldi imi-s, d lebda ad as-tiniḍ yettaḍsa. Irna, tabaɛ dɣa ula d netta ulac taswiɛt ideg ur ittaḍsa ara. Ama d iṭij ama d ageffur, ama d azal, ama d asemmiḍ, Bu Leɣṭuṭ dima yefreḥ, baqi yettaḍsa…

Ad ternuḍ, d laâǧayeb a lexliqa n sidi Rebbi : win ara yilin ur issin ara, iwali-t akken anect ilat, s uqemmuc anect n win n ulɣem, ad iǧaâl lemmer ad d-inṭeq ad rgagin leḥyuḍ di taɣect-is, a netta, yuɣ lḥal lxelq-is, d arqeq, d uzaâiq am win n teqcict-nni tamectuḥt. Mara izad, mara yeḥres iman-is, ittaâggiḍ, a Rebbi ma yecba tiwuɣa-nni n uyaziḍ ara yeṭṭef bnadem i tmezla. Daɣ netta, ma yettuɣu di lqern n taddart, keč a bnadem di lqern nniḍen, ad taâqleḍ Bu Leɣṭuṭ ayen yuɣ kra.

Netta ladɣa, izga ittaɣ-it kra. Ɣas ur itebbi ur iɣeẓ, ɣas lemmer d lebɣi-s netta tamurt akk ur tḥebbes ara si teḍsa. Walakin dɣa, seg akken, kra n wanda yella lhem, kra n wanda yella wemcum, ad t-id-issegri deg uqerruy-is. Winna d ayen iḍehren, d netta i meshulen. Ittwaḥqar, ittwargam, ittwet, ɣer win akken yeẓran iman-is ala win iwumi yezmer. Taddart n Tgemmunt s lekmal, di lqern armi d lqern, s urgaz, s tmeṭṭut, s uqcic s teqcict, akken llan ssnen-t, ẓran-t akken anect ujebbad, ula d tayaziṭ ur as-izmir ara, neɣ lḥasun, ur yesaâ ara n wul swayes ara yexdem kra. Daɣ netta, armi ula d arrac, win ikkren deg-sen, yini-yas : « susem, neɣ ad k-wteɣ ! ». Netta sakin ad isneḥniḥ, ad ittḥellil : « Ala a Dda flan ! Ala txil-k ! neɣ mulac ad as-cetkiɣ i baba-k ». Tameddit, mi yemlal d baba-s n uqcic, ad as-yini : « Ahya a Dda flan ! Di laânaya-k ḥkem mm-ik, ibɣa ad iyi-iwwet. Iḥem wald-ik a Dda flan !… ».

D tiḥḥerci ideg ixuss ? Wissen dacu i d tiḥḥerci ? Ma d win ikkaten, icebbib i medden, ittaweḍ , neɣ d win ittakren, iskiddib, ixeddaâ. Bu Leɣṭuṭ ur iḥric ara d lmaḍi. Neɣ ma ulac d win kan itebɛen aɣrum-is, ixeddem, iɛac am netta am medden, ma d akka kan, ihi, Bu Leɣṭut ur illi wayen t-ixussen. Ur islib, ur iɛuggen, ur tesɛiḍ i ixesren ama di laâqel-is, ama di lefhama-s. Ayen ssnen, ayen ttwalin laâibad issen-it., ittwali-t. Iggra-d di lecɣal, di snayeɛ, d temsalt-nni yakk d-ittnulfuyen di laâwam ineggura, iwumi d-wwin lexbar imeẓyanen ittinigen ɣer mkul tamurt, netta ur ten-issin ara, ur asen-ifehhem ara, mi kan laâmer iffiɣ di taddart-nsen, kan ula ɣer berra. Seg wasmi d-ikker armi d asmi yewweḍ d argaz d ameqqran, ma tenniḍ-as : « anwa i d lqern n ddunit, », ad ak-yini d adrar-nni ideg d-icerreq yiṭij akked win iɣer iɣelli. Dayen isi, daɣ netta, mara heddren yemdanen ɣef lecɣal n ddunit, netta tettaḥ-it-id kan tsusmi. Wamma lukan d tid akk ixulleḍ netta di ddunit-is, lukan d lemtel d uccen amek ittaker lmal, neɣ d amaâiz amek t-ikkat buferda, neɣ lḥasun anwa asigna isi ara d-iɣli ugeffur, lukan d tigi yakk, i d wi iɛucer si temẓi-s, tili ur illi win ara yaggad, ama di tmussni, ama di lhedra. Walakin segmi timeqlellac-agi yakk ur saâint ara lmaâna, ijemmeɛ-itent kan i yiman-is. Sakin, itelli kan arquqen-is, ismeḥsis, neɣ yettneḥniḥ mara isel i walbaâḍ imeslayen iwumi ur ifhim ara ma d laâǧeb neɣ dacu. Neɣ ma yella win i yas-d-islan yettaḍsa, yaâgged-d fell-as, ad izemmeḍ icenfiren-nni ines s bessif, ad iteffer uglan-is s ufus-is, ad ittqerriɛ kan i yileddayen, ad d-isseɣli ayen iwumi yezmer n leḥzen ɣef yiman-is, am win ara s-yinin : « Atan a sidi ula d udem-iw, ula d allen-iw ad asen-kkseɣ taḍsa ». Irna s tidet, lmeǧhudd-is ixeddem-it akken ara yettban uqadum-is n bnadem itaâqlen. Ladɣa netta deg ul-is, lemmer ittaf d akken kan, d ’’laâqel’’, d argaz am yergazen ara t-ttwalin dayem medden. Walakin, akken ibɣu yexdem, akken ibɣu yestaâqel aqemmuc-nni ines n waâudiw, Bu Leɣṭuṭ d Bu Leɣṭuṭ, alamma d asmi ara yemmet.

Yiwen wass kan i yaâreḍ akken ara d-inṭeq ula d netta s lmaâqul, akken qqaren, walakin seg wass-nni yecaâf. Ass-nni qqimen diɣen, akka, di tejmaât deg waṭas yid-sen di tekwant-is. Taswiɛt isla-yasen jebden-d awal ɣef kra n temsalt akken n tfellaḥt ideg iẓra netta iman-is iɛubbej, irna yessen. Isla-yasen la ttemjaddalen, ttemnamaren, netta ittaɣ-it lḥal, s yiwen umeslay kan ara sen-d-yini, ad ten-ifru akken ilaq. Di syin akkin, ittaɣ lḥal iwwi-d s lexbar, kra n win ara yebɣun ad d-ihḍer, ilaq alamma yezwar-d  di : « llah mselli aâlik a Rasul Lleh », sakin, widak la heddren, ttemɣalaben, ttemxaṭaren, netta ul-is ičča-t, imi-s iɣeẓẓa-t, dayen mačči dayen iwumi ara yesber. Daɣ netta, s urgigi, udem-is d awraɣ am lmegget, ildi-d imi-s s bessif, ur bnin ɣef yiman-nsen, armi d-inṭeq :

– Lasel-ik a Rasul Lleh.

Sakin… sakin, lemmer d igenni i d-iɣlin ɣef lqaâ, tili wissen ma d-celɛen wid-nni yellan akk din. Niqal dehcen kan, la skaden deg-s, taggara iṭṭerḍeq yiwen s taḍsa, wiyaḍ ɛunden ɣer-s, akken llan la ttaḍsan, ttaḍsan ; tajmaât akk tettaḍsa, armi, lḥasun, bɣan ad fellqen. Yuɣal yiwen akken yettaḍsa, yekker,  irjem-it s tbeɛɛayt, bdun wiyiḍ ad d-jemɛen tibeɛɛayin ula d nutni. Bu Leɣṭuṭ, iwala akken, iẓra alamma menɛen-t iḍarren-is, irfed ajerbub-nni yettuqam ɣef tuyat-is am ubernus, iṭṭef-itt d tazzla, la sen d-iqqar kan : « Ala ! Ala ! A Dda flan !… ala di laânaya-nwen !…Iḥem wald-ik !… ».

lḥasun, ulli yexdem bnadem, ɣas d laâbd am laâibad, ɣas isɛa ul am netta am medden, ittaɣ lḥal  ifut wayen ifuten, Bu leɣṭuṭ isem-is Bu Leɣṭuṭ, alamma d asmi ara yemmet.  

Belaïd At Ali

09/1946

Timerna / Notes :

1. iɣurres : yumes aṭas, irka (armi yeqqel zun d aɣerrus/dépouille puante)

2. Icebbib i medden : ittaweḍ, ittnaɣ akked medden i t-yugaren.

3. Buferda : aṭan ikkaten aɣelmi, amaâiz deg iḍarren, di tfenza (= fedra)

4. Iɛubbej (iɛuppej) : issen nnig wiyaḍ (fr. adroit, manuel)

5. Amjaddel : amxasem s wawal, s yal afakul/argument, « asqerdec » (fr. débat contradictoire)

6. Ulli = ur illi (illa wawal n zik : « ulli nini, ulli nehḍer »)

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Marseille : le député insoumis Sébastien Delogu convoqué devant la justice en pleine campagne municipale

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Le député insoumis Sébastien Delogu
Le député insoumis Sébastien Delogu convoqué devant la justice. Crédit photo : DR

Le député La France Insoumise (LFI) des Bouches-du-Rhône et candidat déclaré aux élections municipales à Marseille, Sébastien Delogu, devra comparaître le 9 juin prochain devant le tribunal correctionnel de Marseille. La justice lui reproche plusieurs infractions, dont le recel de documents volés, la divulgation d’informations relevant de la vie privée et l’atteinte au secret des correspondances.

L’affaire remonte à septembre 2024, dans un contexte de conflit social au sein de la société Laser Propreté, entreprise de nettoyage implantée à Marseille. Le 19 septembre, des salariés affiliés à la CGT occupent les locaux de la direction durant plusieurs heures et retiennent le nouveau président du conseil d’administration, Isidores Aragones, dirigeant de l’entreprise et ancien responsable local du Crif.

À l’issue de cette occupation, ce dernier constate la disparition d’une pochette contenant des documents confidentiels.

Quelques jours plus tard, le député Sébastien Delogu publie sur les réseaux sociaux le contenu de ces documents, affirmant les avoir reçus de sources anonymes. Les pièces diffusées comprennent notamment un courriel adressé à un haut responsable militaire israélien, évoquant l’organisation d’un déplacement d’une délégation française vers Israël, dans un contexte international déjà marqué par la guerre à Gaza.

Estimant que la diffusion de ces documents porte atteinte à sa vie privée et à la confidentialité de ses échanges, Isidores Aragones dépose plainte le 2 octobre 2024. Le parquet ouvre alors une enquête pour vol, recel, mise en danger par divulgation d’informations privées et violation du secret des correspondances.

Dans le cadre de cette procédure, la permanence parlementaire du député est perquisitionnée en mai 2025, et Sébastien Delogu est entendu par les enquêteurs. Celui-ci soutient avoir agi dans l’intérêt public. Il affirme que la publication de ces documents visait à contraindre la justice à examiner des soupçons de fraude à la Sécurité sociale et de détournements de fonds publics concernant la société Laser Propreté. Une enquête distincte sur ces accusations a d’ailleurs été ouverte par le parquet à l’automne 2025.

Reste que la procédure visant le député insoumis se poursuit. Sa convocation devant le tribunal correctionnel intervient à un moment politiquement sensible, alors qu’il mène campagne pour la mairie de Marseille, à quelques mois du scrutin.

L’audience de juin devra déterminer si la diffusion de ces documents relevait de la dénonciation d’un possible scandale financier ou si elle constitue une infraction pénale liée à l’origine et à la nature des pièces rendues publiques.

Djamal Guettala 

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Yennayer : temporalité agraire, mémoire collective et construction identitaire amazighe

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Yennayer

Chaque 12 janvier, le temps amazigh se remet à zéro. Yennayer n’est pas qu’un simple changement de calendrier : il est une plongée dans une mémoire plurimillénaire, un acte de fidélité à une civilisation enracinée dans la terre, le cycle des saisons et la sagesse des anciens.

En Algérie comme dans l’ensemble de l’Afrique du Nord, cette fête ancestrale ressurgit chaque année avec la même force symbolique, rappelant que l’histoire des peuples ne se mesure pas seulement à l’aune des empires, mais aussi à la persistance des cultures. Historiquement, Yennayer marque l’entrée dans une nouvelle année agricole. Il correspond à un moment de transition, où la communauté paysanne se projette dans l’avenir à travers des rites propitiatoires. Les pratiques culinaires associées à cette fête — abondance des plats, diversité des ingrédients — traduisent une symbolique de fertilité et de prospérité.

Dans ce cadre, le temps n’est pas linéaire mais cyclique. Il est rythmé par les saisons, les travaux agricoles et les événements communautaires. Yennayer constitue ainsi un repère structurant du calendrier social amazigh.

Mémoire collective et transmission culturelle

La transmission de Yennayer s’est longtemps opérée en dehors des institutions formelles, par le biais de l’oralité, des pratiques familiales et des rites domestiques. Cette transmission informelle a permis à la célébration de survivre aux périodes de marginalisation culturelle. Yennayer fonctionne comme un support de la mémoire collective, réactivant chaque année un récit partagé sur l’origine, la continuité et la légitimité historique des Amazighs. 

Yennayer marque le début de l’année 2976 du calendrier amazigh, dont le point de départ est traditionnellement fixé à l’accession au trône d’Égypte du roi berbère Chachnaq Ier, en 950 avant J.-C. Ce repère historique, bien que débattu par les historiens, sert avant tout de symbole : celui de l’inscription des Amazighs dans le temps long de l’histoire universelle. À l’origine, Yennayer est intimement lié au monde agraire. Il célèbre la terre nourricière, les récoltes espérées et la promesse d’abondance. Dans les villages de Kabylie, des Aurès, du Mzab ou de l’Atlas saharien, la table devient un espace de communion : couscous aux légumes secs, poulet, fruits secs et mets traditionnels traduisent une même aspiration à la prospérité. L’abondance du repas est un présage ; le partage, une règle sacrée.

Mais Yennayer n’est pas figé dans le folklore. Longtemps marginalisée, parfois confinée à la sphère domestique, cette fête a survécu grâce à la transmission orale, au geste quotidien et à la résistance culturelle silencieuse. Sa reconnaissance officielle en Algérie, où le 12 janvier est désormais jour férié et chômé, marque un tournant symbolique majeur : celui de la réconciliation de l’État avec une composante fondamentale de l’identité nationale.

Yennayer, le Nouvel An amazigh, constitue un fait culturel total au sens maussien, articulant temporalité, pratiques agraires, mémoire collective et dynamiques identitaires. Ce faisant, cette célébration se doit de dépasser le cadre festif pour devenir un marqueur identitaire, un dispositif de cohésion sociale et un enjeu de patrimonialisation dans le contexte contemporain algérien. Les calendriers ne constituent jamais de simples instruments de mesure du temps. Ils sont des constructions sociales, chargées de symboles et de représentations, traduisant une certaine manière d’habiter le monde. Yennayer, s’inscrit pleinement dans cette logique. Longtemps relégué à la sphère domestique et rurale, il connaît aujourd’hui une visibilité institutionnelle accrue, notamment en Algérie où il est reconnu comme jour férié.

Par ailleurs, il est primordial de voir cette fête ancestrale sous l’angle anthropologique, en interrogeant ses fondements agraires, ses fonctions sociales et sa portée identitaire. La problématique centrale est la suivante : comment Yennayer, en tant que rite calendaire, participe-t-il à la construction et à la transmission de l’identité amazighe dans un contexte de modernité et de reconnaissance étatique ?

L’analyse de Yennayer mobilise plusieurs apports théoriques issus de l’anthropologie et de la sociologie. Le concept de « fait social total » développé par Marcel Mauss permet de saisir la multiplicité des dimensions — économique, symbolique, religieuse et sociale — que recouvre cette célébration. De même, la notion de mémoire collective, telle que formulée par Maurice Halbwachs, éclaire les mécanismes de transmission intergénérationnelle à l’œuvre dans les pratiques liées à Yennayer. La problématique s’articule autour de l’hypothèse selon laquelle Yennayer fonctionne comme un dispositif de régulation symbolique du temps social, tout en constituant un support de revendication identitaire et de reconnaissance culturelle.

Cette problématique s’arc-boute sur trois axes : 

1. Yennayer est avant tout un rite agraire, dont la fonction première est de sécuriser symboliquement le cycle agricole et la reproduction sociale.

2. La persistance de Yennayer repose sur sa capacité à s’adapter aux transformations sociales tout en conservant un noyau symbolique stable.

3. La reconnaissance institutionnelle de Yennayer participe à un processus de patrimonialisation qui transforme le sens et les usages du rite.

Institutionnalisation et patrimonialisation

La reconnaissance officielle de Yennayer en Algérie marque une rupture significative. Elle inscrit la fête dans l’espace public et dans le calendrier national, lui conférant une légitimité étatique. Toutefois, cette institutionnalisation soulève des enjeux anthropologiques majeurs. Le passage d’un rite vécu à un patrimoine célébré comporte le risque de folklorisation, c’est-à-dire de réduction du sens profond de la pratique au profit de sa mise en scène. L’enjeu réside donc dans la capacité à préserver la dimension vécue et communautaire de Yennayer. L’analyse de Yennayer met en évidence la complexité des dynamiques identitaires contemporaines. Loin d’être une revendication exclusive, Yennayer peut être appréhendé comme un espace de médiation entre pluralité culturelle et unité nationale. Il illustre la possibilité d’une reconnaissance des différences sans fragmentation du corps social.

Yennayer apparaît comme un observatoire privilégié du rapport des sociétés amazighes au temps, à la mémoire et à l’identité. En tant que rite calendaire, il articule tradition et modernité, local et national, mémoire et institution. Son étude confirme que les pratiques culturelles ne sont pas des survivances du passé, mais des ressources actives dans la construction du présent.

Yennayer, la mémoire du temps 

Au-delà de la célébration, Yennayer interroge notre rapport à l’histoire et à la pluralité. Il rappelle que l’identité algérienne est une stratification, un palimpseste où se superposent langues, mémoires et héritages. En ce sens, Yennayer n’oppose pas ; il relie. Il n’exclut pas ; il agrège. Dans un monde soumis à une uniformisation culturelle accélérée, Yennayer agit comme un acte de résistance douce. Il affirme le droit des peuples à nommer le temps selon leurs propres repères, à célébrer leurs racines sans se replier sur elles. Fêter Yennayer aujourd’hui, c’est à la fois honorer les anciens et transmettre aux générations futures le sens de la continuité.

Yennayer n’est donc pas seulement le Nouvel An amazigh. Il est une leçon de durée, un rappel que la modernité ne se construit pas dans l’amnésie, mais dans le dialogue fécond entre passé et avenir. Quand la terre s’apprête à renaître, la mémoire, elle aussi, refleurit.

Bachir Djaïder, journaliste et écrivain 

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Smaïl Metmati : réinventer tifinagh entre calligraphie et peinture contemporaine

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Smaïl Metmati
Smaïl Metmati. Photo : DR

Artiste peintre et calligraphe algérien, Smaïl Metmati transforme le tifinagh, alphabet ancestral amazigh, en un langage visuel moderne. À travers ses œuvres, il allie peinture, calligraphie et mémoire culturelle pour célébrer l’identité amazighe et explorer de nouvelles perspectives dans l’art contemporain, en montrant que la tradition peut s’inscrire dans la modernité tout en conservant son essence symbolique et poétique.

Né à Tazmalt dans la wilaya de Béjaïa, Smaïl Metmati se forme à l’École nationale des Beaux-Arts d’Alger, où il approfondit ses connaissances en dessin, peinture, sculpture, miniature et calligraphie. Diplômé en 1987, il poursuit un parcours académique et professionnel riche en expériences, il développe une pratique artistique personnelle intense, qui le conduit à participer, depuis les années 1980, à de nombreuses expositions, individuelles et collectives, en Algérie et à l’étranger, notamment en France, en Bulgarie et au Yémen, contribuant à faire connaître la singularité de son travail sur la scène internationale.

Ce qui distingue Metmati dans l’art algérien contemporain, c’est sa capacité à transformer le tifinagh en un langage plastique moderne, tout en restant profondément enraciné dans l’histoire culturelle de l’Algérie. Là où la calligraphie est souvent associée aux traditions arabe, chinoise ou occidentale, il choisit de placer le tifinagh au centre de son travail, non comme simple motif décoratif, mais comme vecteur de sens, de mémoire et de transmission culturelle. Chaque signe devient un symbole vivant, porteur d’histoire, d’identité et d’émotion, révélant la richesse et la diversité d’un patrimoine longtemps marginalisé ou ignoré dans les récits dominants de l’art.

Son inspiration puise dans la littérature populaire, les proverbes, les contes et la poésie kabyles, ainsi que dans l’ensemble des traditions amazighes. Il traduit ces éléments en compositions graphiques rigoureusement construites, où chaque lettre ou signe participe à une narration visuelle complexe. L’usage du qalam, cette plume traditionnelle taillée dans le roseau, lui permet de travailler la ligne avec finesse, fluidité et profondeur, conférant aux lettres une expressivité qui dépasse la simple écriture. Mais Metmati ne se limite pas à la calligraphie traditionnelle : il enrichit ses créations par l’utilisation de matériaux tels que l’argile, les pigments naturels, les ocres et les terres, qui donnent aux œuvres densité tactile et intensité chromatique exceptionnelles. Les couleurs, souvent inspirées des paysages du Sahara, des montagnes et des hauts plateaux kabyles, évoquent la mémoire des lieux, des textures et des lumières, transformant chaque tableau en un territoire visuel, symbolique et poétique. Ses jeux de transparence, de superposition et de contraste des pigments créent des effets de profondeur qui immergent le spectateur et instaurent un dialogue entre le temps, l’espace et la mémoire.

Chaque composition de Metmati est un dialogue entre tradition et modernité, entre écriture et peinture, entre mémoire culturelle et esthétique contemporaine. Le tifinagh cesse d’être un simple alphabet pour devenir un langage plastique capable de raconter l’histoire d’un peuple, de transmettre des valeurs, d’éveiller la sensibilité du spectateur et de créer un pont entre cultures et générations. Sa démarche artistique s’impose comme une forme d’archéologie de la mémoire : les lettres se métamorphosent en formes vivantes et colorées, en résonance avec le présent, tout en conservant l’empreinte du passé et en dialoguant avec des enjeux esthétiques contemporains.

L’approche artistique de Smaïl Metmati dépasse la simple recherche esthétique : chacune de ses œuvres est conçue comme un acte de transmission culturelle. En intégrant les lettres et signes anciens dans des compositions qui dialoguent avec la poésie, la musique et les valeurs sociales de la société amazighe, il leur donne vie et voix dans le monde contemporain. Chaque forme calligraphique devient un élément narratif capable de transmettre des émotions, des histoires et des concepts universels, tout en restant profondément ancrée dans la spécificité culturelle de l’Algérie et du Maghreb.

Ses œuvres abordent des thèmes essentiels : identité et fierté culturelle, liberté et résistance, bravoure face à l’adversité, amour du pays et des paysages natals, ainsi que relations humaines et valeurs sociales. Mais au-delà des thèmes visibles, son travail met en lumière la permanence d’un héritage souvent marginalisé, donnant au tifinagh une visibilité et une dignité inédites. Chaque tableau devient un espace de réflexion où tradition et modernité se rencontrent, où la mémoire collective s’exprime à travers la couleur, la forme, la gestuelle calligraphique et la composition globale.

Cette démarche ne se limite pas aux ateliers ou aux musées : elle s’inscrit dans des contextes variés, des festivals culturels locaux aux grandes expositions internationales. Dans ces espaces, Metmati anime également des ateliers et des sessions pédagogiques, transmet son savoir et initie des publics de tous âges à la calligraphie tifinagh, créant ainsi un pont entre l’art, la culture et l’éducation. Ces ateliers valorisent la collaboration intergénérationnelle et encouragent les jeunes artistes à explorer leurs racines tout en expérimentant des langages plastiques contemporains.

L’impact de Smaïl Metmati dépasse largement le cadre des expositions et de la reconnaissance institutionnelle : il s’inscrit dans une dynamique profonde de revitalisation et de réappropriation des langues et traditions amazighes. En mettant en lumière le tifinagh comme écriture vivante, il le transforme en vecteur capable de communiquer mots, concepts universels, émotions et expériences humaines partagées. Chaque composition agit comme un pont entre passé et présent, mémoire culturelle millénaire et enjeux esthétiques contemporains, invitant le spectateur à contempler la richesse d’un héritage qui dialogue avec le monde entier.

Son travail redéfinit les limites traditionnelles de la calligraphie : en intégrant le tifinagh à des compositions plastiques modernes, en expérimentant couleurs, textures, matériaux naturels et formes abstraites, Metmati élargit le champ des écritures acceptées dans l’art contemporain. Loin de se limiter à une pratique décorative, ses œuvres deviennent des vecteurs de réflexion sur identité, mémoire et place de la culture amazighe dans un contexte globalisé.

De manière intime et sociale, son influence se traduit par un renforcement de l’estime de soi et de la fierté culturelle des communautés amazighophones. Voir le tifinagh célébré et exposé sur des scènes internationales, traduit dans un langage artistique moderne et reconnu, réaffirme l’importance de la langue et des traditions dans la construction identitaire. Metmati ne produit pas simplement de l’art : il participe à la réhabilitation culturelle et à la valorisation de l’histoire amazighe, créant des espaces de dialogue où tradition et modernité se rencontrent, illustrant le rôle social et symbolique de l’art.

Smaïl Metmati est une figure unique de l’art algérien contemporain, dont le travail ne se limite pas à la peinture ou à la calligraphie, mais se déploie dans une véritable fusion créative où poésie, écriture et formes plastiques dialoguent en permanence. Chaque œuvre est le fruit d’un équilibre subtil entre geste pictural, précision calligraphique et sensibilité poétique, transformant le tifinagh en matière vivante capable d’évoquer histoire, identité et émotions. Cette synthèse transcende les frontières traditionnelles de l’art, offrant une expérience visuelle et intellectuelle qui interpelle autant par sa beauté que par sa profondeur symbolique.

Son engagement en faveur du tifinagh dépasse la simple démarche esthétique : il inscrit cet alphabet millénaire dans une trajectoire contemporaine, lui donnant visibilité et légitimité sur la scène artistique internationale. Par ses œuvres, il enrichit le langage visuel de la calligraphie, montrant que les écritures ancestrales peuvent être des instruments d’innovation, de réflexion et de dialogue interculturel. Cette démarche place la mémoire culturelle amazighe au cœur de la production artistique moderne, tout en affirmant sa vitalité et sa pertinence dans un monde globalisé.

L’apport de Metmati est double : il transforme la perception de l’art visuel en Algérie et à l’international, et participe activement à la reconnaissance et à la valorisation de l’héritage culturel amazigh. Ses œuvres deviennent des témoins et vecteurs de mémoire, rappelant que l’art peut être à la fois célébration esthétique et outil de transmission culturelle. En affirmant la place du tifinagh dans la modernité artistique, Metmati offre une contribution durable qui dépasse les frontières nationales et s’inscrit dans le patrimoine artistique mondial, ouvrant la voie à une redécouverte et réappropriation des racines amazighes dans l’art contemporain.

Smaïl Metmati se distingue comme une figure singulière et incontournable de l’art algérien contemporain, non seulement par la qualité esthétique de son travail, mais par la profondeur de son engagement culturel. Son œuvre construit un langage visuel où peinture, écriture et poésie se répondent, dépassant la simple forme pour devenir vecteur de sens et de mémoire. En consacrant sa pratique au tifinagh, alphabet ancestral amazigh, il transforme un signe millénaire en expression contemporaine capable de transmettre des idées universelles tout en restant profondément enraciné dans l’histoire et les traditions de son peuple. Chaque composition révèle une tension harmonieuse entre modernité et tradition, abstraction et narration, sensibilité poétique et rigueur calligraphique, faisant de son œuvre un pont vivant entre passé et présent.

Brahim Saci

https://calligraphieberber.com

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CAN 2025 : après la défaite des Verts, tensions sur le terrain à Marrakech

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Lucas Zidane
Lucas Zidane a perdu son sang-froid à la fin du match. Crédit photo : DR

L’Algérie a quitté la Coupe d’Afrique des nations 2025 dans un quart de finale marqué par la défaite logique et la tension. Battus 2‑0 par le Nigeria au Grand Stade de Marrakech, les Fennecs ont vu la frustration s’installer immédiatement après le coup de sifflet final, transformant la fin de match en une scène de chaos sur la pelouse et autour du corps arbitral.

La rencontre avait basculé en seconde période. Victor Osimhen a ouvert le score peu après l’heure de jeu, suivi par Akor Adams, qui a scellé la victoire nigériane. L’Algérie, qui avait résisté et tenté de créer le danger sur contre-attaques, n’a jamais trouvé la solution pour inverser la tendance. Mais au-delà du score, ce sont les réactions après le match qui ont retenu l’attention.

À peine le match terminé, Lucas Zidane, gardien de l’Algérie, s’est retrouvé au centre des tensions. Frustré par l’issue du match et certaines décisions arbitrales, il a été impliqué dans un échange musclé avec des joueurs nigérians sur le rond central. Ses coéquipiers et les membres du staff ont dû intervenir rapidement pour séparer les protagonistes et éviter que la situation ne dégénère davantage. La main non sifflée dans la surface nigériane en première mi-temps, qui aurait pu valoir un penalty, a été au cœur des protestations, et Luca Zidane s’est montré particulièrement actif pour exprimer son désaccord.

Le corps arbitral, dirigé par le Sénégalais Issa Sy, a été escorté hors du terrain par les forces de sécurité. La pression était intense, les officiels recevant des protestations directes de plusieurs joueurs algériens, tandis que d’autres restaient autour pour suivre les débats avec insistance. Dans les tribunes, l’atmosphère était également électrique : des supporters ont exprimé leur mécontentement par des cris et des gestes, certains tentant de se rapprocher du terrain avant d’être contenus par le personnel de sécurité.

Malgré ces tensions, aucun incident grave ni blessure n’a été signalé. Le calme est progressivement revenu après l’intervention des équipes et du service d’ordre, tandis que les joueurs regagnaient les vestiaires sous haute vigilance. Pour les Nigérians, la qualification ouvre la voie vers les demi-finales, tandis que pour l’Algérie, ce quart de finale se termine dans l’amertume, à la fois par le résultat sportif et par la fin de match tendue, avec Lucas Zidane au cœur d’une scène symbolique de frustration et de colère. Une chose est sûre : la victoire du Nigeria n’est pas volée. Cette équipe a montré des qualités techniques bien supérieures à celles des joueurs algériens, qui ont beaucoup subi durant les 90 minutes.

Djamal Guettala 

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Défaite des Verts face au Nigeria : les réactions de joueurs

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Algérie Nigeria
Les joueurs de l'EN surclassés par les Nigérians.

La sélection nationale de football a quitté samedi la Coupe d’Afrique des nations (CAN 2025) suite à sa défaite en quart de finale concédée face au Nigeria. Voici les déclarations des joueurs recueillis à l’issue de la rencontre.

Riyad Mahrez : «C’est ma dernière CAN. C’est triste que l’aventure s’arrête en quarts de finale. J’aurais aimé aller plus loin et tenter d’en gagner une deuxième. On sait combien il est difficile de remporter une Coupe d’Afrique. Cette nouvelle génération dispute sa première CAN, elle est obligée de passer par ce genre de moments. L’arbitre de la rencontre n’est pas exempt de reproches. Ce n’est pas une excuse, mais tout le monde l’a vu. La barre était haute ce soir. Nous avons traversé des moments difficiles avant de la remporter. Le football est ainsi fait. Nous sortons la tête haute. Nous sommes tristes pour nos supporters et nos familles. J’espère que cette nouvelle génération réalisera une bonne CAN 2027. Nous sommes fiers d’être Algériens».

Aïssa Mandi : «Nous sommes déçus, abattus. Nous avons affronté une grande équipe du Nigeria, arrivée à maturité, une formation complète. Nous n’avons pas livré le match que nous aurions dû faire. Nous n’avons pas réussi à mettre le Nigeria en danger ni à le contenir. Sa qualification est méritée. Il y a eu un penalty non sifflé en notre faveur alors que le score était de 0-0, cela aurait pu changer la physionomie de la rencontre. Malgré cela, il fallait garder la tête froide, rester calme, quoi qu’il arrive. Le Nigeria n’avait pas besoin d’aide de l’arbitre, c’est une équipe coriace. Il y a plus de points positifs que négatifs : le groupe est soudé et solidaire. Les échecs font grandir. Une nouvelle génération arrive, les nouveaux vont apprendre».

Baghdad Bounedjah : «Je tiens à présenter mes excuses à nos supporters qui nous ont soutenus tout au long de ce tournoi. Nous sommes tombés sur une équipe coriace, meilleure que nous, notamment sur le plan physique, et qui a remporté les duels et les balles aériennes. En deuxième période, nous avons abordé le match avec l’intention de corriger nos lacunes, mais cela n’a pas été suffisant. Ils méritent pleinement leur qualification. J’aurais aimé entrer un peu plus tôt, d’autant que nous n’avons pas évolué en première période avec un attaquant de pointe, mais je respecte le choix du sélectionneur. L’arbitrage a été catastrophique et nous a privés d’un penalty évident».

APS

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Ghita El Khyari : « Pour moi la littérature et la réalité politique ne sont pas deux mondes séparés »

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Ghita El Khyari
Ghita El Khyari. Crédit photo : Ghita El Khyari

Ghita El Khyari est diplomate et ancienne fonctionnaire de l’ONU pendant près de vingt ans. Elle a choisi de raconter le monde à travers la littérature. Ses romans, ancrés dans des contextes internationaux et des environnements fermés, explorent les dilemmes humains au cœur des grandes décisions politiques. De la négociation de paix en Syrie au Forum économique mondial de Davos, elle mêle expérience personnelle et imagination pour offrir au lecteur une plongée dans des univers souvent perçus comme abstraits. Dans cet entretien, elle revient sur son parcours, ses inspirations et la manière dont sa carrière a façonné sa fiction.

Le Matin d’Algérie : Votre parcours de diplomate et de fonctionnaire à l’ONU a duré près de vingt ans. Comment cette expérience influence-t-elle votre écriture ?

Ghita El Khyari : Je puise mes récits directement de cette expérience et de mon vécu. De mon ressenti, évidemment, mais aussi des gens que j’ai croisés, au gré de mes rencontres et de mes voyages. J’ai vécu dans plusieurs pays, en ai visité beaucoup d’autres, au fil des années, et je me suis souvent interrogée sur le moteur des gens que j’ai pu y rencontrer – ce qui les poussait à rejoindre ces carrières un peu atypiques. Je me suis aussi, souvent, interrogée sur mes propres ressorts et motivations. J’ai toujours été fascinée par l’intersection entre l’intime et le géopolitique, car je suis convaincue qu’on sous-estime souvent le rôle des individus dans les décisions qui façonnent le monde.

La tradition des écrivains diplomates est bien connue et établie, mais leur nombre reste finalement assez limité. J’ai eu envie d’apporter ma pierre (aussi petite soit-elle) à la compréhension que le public peut avoir de ces environnements fermés.

Le Matin d’Algérie : Votre premier roman suit une négociatrice en chef lors de pourparlers de paix en Syrie. Qu’est-ce qui vous a inspirée pour créer ce personnage ?

Ghita El Khyari : Le personnage d’Alya Nasser est purement fictionnel, mais il s’inspire de nombreuses personnes que j’ai pu rencontrer au cours de ma carrière. J’ai voulu la mettre à la tête d’un processus de paix complexe, qui révèle en lui-même de nombreuses contradictions d’un ordre international en plein bouleversements. Il était aussi important pour moi de faire surgir la guerre en Ukraine dans mon roman, comme un tournant significatif à la fois pour ma protagoniste et pour le monde.

Le Matin d’Algérie : Les dilemmes personnels et professionnels sont au cœur de vos récits. Comment parvenez-vous à équilibrer ces deux dimensions ?

Ghita El Khyari : C’est exactement ce que j’ai voulu mettre à nu. L’imbrication étroite entre le personnel et le professionnel. Le fait que les individus sont faits de chair et de sang, de désirs, de contradictions, d’addictions, parfois, de mesquineries. Que la petite histoire et la grande sont plus étroitement mêlés qu’on a tendance à le croire. Je pense que le jeu des égos auquel on assiste depuis quelques années, et qui semble prendre une place croissante dans le concert des Nations, confirme encore plus ce phénomène. Mais ce que j’ai voulu montrer, c’est que cela ne se limite pas aux Chefs d’État. Chacun et chacune, à son niveau, est mû par des considérations et des pulsions qui leur sont propres et ne sont pas directement liées à leurs fonctions.

Le Matin d’Algérie : Votre second roman, en cours, plonge dans le monde des fondations humanitaires et du Forum de Davos. Pourquoi ce choix de contexte ?

Ghita El Khyari : Mon deuxième roman se déroule en effet encore en Suisse, mais cette fois à Davos, lors du Forum économique mondial. Je me suis moi-même rendue à Davos il y a peu de temps pour ce forum, et je dois dire que j’ai été sidérée par ce que j’y ai vu – et pourtant j’ai quelques années d’expérience derrière moi ! J’ai voulu décrire un milieu fermé, presque oppressant, dans une atmosphère hostile en raison du froid et de la neige, mais aussi très feutrée, dans un entre-soi étouffant. J’ai eu envie d’y planter un huis clos, qui se rapproche presque du thriller, tout en dépeignant un microcosme très particulier.

Le Matin d’Algérie : Vous avez vécu dans de nombreux pays : Maroc, France, Autriche, Suisse, Royaume-Uni, États-Unis. Ces expériences nourrissent-elles vos personnages ou simplement le décor ?

Ghita El Khyari : C’est une excellente question. Je pense que mon expérience nourrit aussi mes personnages, mais de manière plus nuancée que l’on pourrait le penser de prime abord. Ce qui frappe, lorsqu’on évolue dans les milieux des organisations internationales, c’est à quel point les gens se ressemblent malgré leurs différences. C’est un univers très confortable en ce qu’on est peu confronté à l’altérité. C’est contre-intuitif mais c’est la réalité – la très grande diversité ethnique ou de nationalités masque une très grande homogénéité sociale et idéologique. Par exemple, dans mon roman La Négociatrice, Alexeï Stroganov, le négociateur en chef russe, a fait les mêmes études et fréquenté les mêmes milieux que la protagoniste principale, Alya Nasser, qui elle-même a fréquenté la même université américaine que sa collègue sud-africaine. Je ne sais pas si cette réalité durera et si les bouleversements du monde finiront par avoir raison de cette homogénéité. C’est une possibilité.

Le Matin d’Algérie : La diplomatie et les organisations internationales sont souvent perçues comme lointaines ou abstraites. Comment vos romans rendent-ils ces univers accessibles aux lecteurs ?

Ghita El Khyari : À travers ceux et celles qui les incarnent, justement. Je ne suis pas là pour donner un cours de droit international sur les différents organes de l’ONU et la paix et la sécurité mondiales. Je tente d’embarquer le lecteur à travers des histoires individuelles, des trajectoires de vie, des rencontres. Je crois que chacun peut s’identifier, malgré tout, aux personnages de mon roman.

Le Matin d’Algérie : Quelle place accordez-vous à la dimension géopolitique dans vos romans ? Est-ce un fond ou un moteur de l’intrigue ?

Ghita El Khyari : C’est un moteur central de l’intrigue. Le monde est en plein bouleversements, et les événements récents ne font que confirmer le caractère exponentiel de la vitesse des changements que nous sommes en train de vivre. Mes romans documentent, aussi, ces évolutions géopolitiques, le renversement des alliances entre les pays, l’affaiblissement du droit international et aussi l’effondrement des systèmes de valeurs.

Le Matin d’Algérie : Comment décririez-vous votre style d’écriture : réaliste, introspectif, journalistique, ou un mélange de tout cela ?

Ghita El Khyari : Mon style est un mélange de tout ça. J’écris des romans courts, qui se veulent réalistes, même si je tente de laisser de la place aux personnages, à leurs attentes, leurs aspirations et bien sûr leurs émotions. Je crois que j’ai peur d’ennuyer le lecteur avec des éléments trop techniques, alors j’essaie de rendre mes récits fluides !

Le Matin d’Algérie : La question du rôle des femmes dans des environnements dominés par des hommes apparaît dans vos récits. Était-ce un enjeu pour vous de l’aborder ?

Ghita El Khyari : C’est une thématique centrale pour moi. D’abord du fait de mon histoire personnelle – je viens d’une famille de militants des droits des femmes, au Maroc.

Ma mère, en particulier, pour qui c’est le combat d’une vie, mais mon père également, qui était un militant politique de gauche au Maroc. Cet engagement s’est retrouvé dans ma trajectoire professionnelle – j’ai beaucoup travaillé sur les questions d’égalité femmes-hommes à l’ONU – et reflète évidemment des convictions profondes.

Ce que j’ai voulu décrire dans La Négociatrice – et on retrouvera des thématiques similaires dans mon deuxième roman – ce sont les injonctions contradictoires qui sont imposées aux femmes en situation de leadership, et comment elles parviennent, ou non d’ailleurs, à concilier ces rôles avec d’autres identités. La maternité, les relations amoureuses, la solitude, les relations familiales, la santé mentale, les violences sexuelles et sexistes : tous ces sujets sont aussi abordés dans mon roman.

Le Matin d’Algérie : En tant qu’autrice et ancienne diplomate, quelle est votre vision de l’intersection entre littérature et réalité politique ?

Ghita El Khyari : Pour moi la littérature et la réalité politique ne sont pas deux mondes séparés. J’écris de la fiction parce qu’elle offre un espace de vérité différent. Elle ne cherche pas à convaincre, à justifier, ou à mettre dans des cases. Elle permet de montrer d’autres choses, que les communiqués taisent – la fatigue morale, la solitude du pouvoir, la violence des institutions.

Le Matin d’Algérie : Quels sont les défis majeurs que vous rencontrez lorsque vous transposez des expériences réelles en fiction ?

Ghita El Khyari : Je crois que le défi majeur est de conserver le réalisme tout en tentant de rendre l’histoire captivante pour le lecteur. Pour ce premier roman, inspiré de faits géopolitiques réels, j’ai vraiment voulu ancrer une histoire de fiction au sein du processus de paix sur la Syrie tel qu’il a réellement eu lieu, mais j’ai pris des libertés pour ce qui est du dénouement de l’histoire. Je pense que pour les prochains romans, je me détacherai un peu plus des faits réels, même si les événements politiques de ces derniers mois sont de nature à nourrir de la fiction pour des générations !

Le Matin d’Algérie : Enfin, quels projets littéraires ou thèmes aimeriez-vous explorer à l’avenir ?

Ghita El Khyari : Pour l’instant, je suis concentrée sur le lancement de mon deuxième roman en février. J’envisage également une suite à La Négociatrice – affaire à suivre !

Entretien Réalisé par Djamal Guettala 

https://www.ghitaelkhyari.com

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Iran : le chat retombe toujours sur ses pattes !

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Drapeau iran
Des manifestants réclament le retour au drapeau d'avant la révolution islamique de Khomeiny.

Cela faisait deux semaines que le grand mouvement protestataire dans les rues avait  commencé à Téhéran et dans les autres villes d’Iran. Ce jour-là, j’ai prêté l’oreille plus attentivement aux slogans oraux. Stupéfaction, je n’arrivais pas à le croire, j’ai reconnu un mot absolument insolite dans un moment pareil.

Entre la fin de l’année 1978 et janvier 1979, période qui allait se terminer par la fuite du Shah d’Iran (la révolution avait commencé en janvier 1978), tous les samedis de grands rassemblements étaient organisés devant la porte de la Cité Universitaire Internationale à Paris.

Et tous les samedis, nous entendions une phrase en slogan qui commençait par «Marg bar…». Nous saurons très rapidement qu’il s’agissait de « à mort… ». Á mort le Shah, à mort la dictature, et ainsi de suite. Et même, vive Khomeiny disaient certains autres ! 

Il faut se souvenir qu’à cette époque l’Ayatollah était un opposant farouche au Shah d’Iran et représentait un espoir pour beaucoup (malgré tout minoritaires), une alternative pour chasser le régime despotique. L’histoire est toujours cruelle dans ses erreurs. Fallait-il chasser un despote pour en consacrer un autre ?

Au bout de quelques instants ? Après ma certitude d’avoir reconnu le mot, arrive la suite de ma de stupéfaction quelques minutes après. Mais oui, c’est bien ça, ils scandaient “à bas la dictature” suivi de « vive le retour de Pahlavi ».

Quoi, ils demandent le retour du nom de famille du Shah !!! C’est en fait de son fils dont il s’agissait, résident aux États-Unis depuis la fuite de la famille Pahlavi. Je suppose que ce vœu n’est pas majoritaire mais tout de même, le seul fait qu’il sorte de la bouche de milliers de jeunes iraniens, c’est stupéfiant.

Avec la réserve qu’elle ne dura qu’un instant d’illusion, la révolution iranienne avait été un moment de libération d’un régime autoritaire et même sanguinaire. Les plus jeunes ne peuvent s’imaginer la terreur  dont il en était la cause. Des milliers d’opposants incarcérés, des centaines de condamnés à mort et pendus et une population surveillée et brimée à chaque instant par la sinistre Savak, le service intérieur de sécurité.

Le Shah d’Iran était la véritable marionnette des Etats-Unis auxquels il offrait une façade cultivée de son pays tout à fait artificielle, européanisée, polyglotte et qui représentait à l’époque un bouclier aux menaces du communisme qui était la plupart du temps revendiqué par beaucoup d’opposants.

Je m’étais dit que la maxime était juste, le chat retombe toujours sur ses pattes. Le reverrons-nous de retour au pouvoir ? Va-t-il nous regarder avec l’arrogance du chat qui reprend sa place car pour lui c’est vous qui êtes chez le chat et non pas l’inverse dit une autre citation.

L’adolescent avait 18 ans lorsqu’il accompagna ses parents dans une fuite de déshonneur, c’est lui qui reviendrait reprendre le siège de la dynastie des Pahlavi ? Il a toujours répéter qu’il ne reviendrait plus pour assumer le pouvoir. C’est déjà une immense prétention de penser qu’il puisse y avoir une demande de retour disions-nous. Mais il ne faut jamais insulter l’avenir, c’est cela qui se passe, la demande est réelle par de nombreux iraniens. S’ils sont très minoritaires, c’est déjà incroyable que cet appel puisse exister.

Sa maman était reconnue par sa beauté légendaire, la très célèbre Farah Diba. Une diva célébrée dans le monde entier qui nourrissait envers elle une admiration folle. Pourtant, sa rivière de diamants qu’elle portait au coup était un torrent de sang et de souffrance que l’impératrice avait assumé en se mariant par l’attrait du pouvoir et de la fortune.

Il est vrai que dans l’histoire il y a toujours des revirements avec le temps. Les plus jeunes n’ont pas connu les temps douloureux des despotes de leur pays dont ils ne connaissent que la légende à travers les mouvements nationalistes de l’extrême droite. Quant aux plus anciens, ils sont dans une nostalgie de leur jeunesse perdue. La nostalgie de l’ordre et la croyance d’un retour aux valeurs morales (celles qui sont fantasmées) dans des temps de crise qui suscitent toujours le désir du retour du pouvoir par la force.

Les mouvements fascistes s’étaient éteints aux lendemains des soulèvements et des guerres qui les ont chassés. Ils réapparaissent dans des groupuscules militants avant de finir par représenter des mouvements politiques aux portes du pouvoir.

L’extrême droite espagnole réclame le retour du franquisme, celle d’Italie, celui du fascisme de Mussolini et celle d’Allemagne, celui du nazisme d’Hitler. Si le Rassemblement National en France n’ose plus afficher son désir du retour de la mémoire de Pétain pour se donner une image de respectabilité que nécessite l’accès au pouvoir, il suffit de prêter l’oreille car Pétain et Laval  sont cachés derrière chaque mot et chaque militant.

Á la fin de la rédaction de ma chronique je me suis rappelé que j’aurais également pu prendre la citation selon laquelle les chats ont 7 vies. Une croyance de l’Egypte ancienne qui attribue aux chats le pouvoir de ressusciter et qui reviennent pour créer des dieux de la mythologie égyptienne.

Le Shah veut redevenir Pharaon une nouvelle fois. Le souci est que nous n’avons qu’une vie et qu’ elle est courte.

Boumediene Sid Lakhdar

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