11.9 C
Alger
Accueil Blog Page 6

Etats-Unis : le fardeau de l’ordre international devient une semence du déclin

3

En 1945, le Plan Marshall pose les bases d’un ordre international où l’Amérique échange sécurité et prospérité contre une centralité durable ; aujourd’hui, avec une dette proche de 39 000 milliards de dollars, cet investissement fondateur s’est mué en contrainte structurelle, révélant le dilemme d’une puissance dont le rôle de garant du système devient lui-même un facteur de vulnérabilité voire de déclin.

Derrière ce chiffre de la dette se cache une histoire humaine, celle de régions désindustrialisées, de classes moyennes fragilisées et de sociétés sommées de financer, génération après génération, le coût d’un rôle mondial dont les bénéfices se diffusent au-delà de leurs propres frontières.

Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, l’ordre international s’est présenté comme une promesse de stabilité, de prospérité et de règles partagées, mais il s’est en réalité construit comme une architecture portée par un pays, les États-Unis fournissant au monde des biens publics qu’aucune autre puissance ne pouvait assumer seule — monnaie de référence le dollar, sécurité des routes maritimes, liquidité des marchés, crédibilité des institutions multilatérales. Ce système a permis l’essor des échanges, l’intégration des économies émergentes et l’expansion sans précédent des chaînes de valeur, mais il a aussi concentré sur les Etats-Unis les coûts de la stabilité globale, transformant le leadership en charge budgétaire, sociale et politique. À mesure que la dette s’accumule – aujourd’hui près de 39 000 milliards de dollars – que les fractures intérieures se creusent et que la concurrence stratégique s’intensifie, la question n’est plus de savoir si l’ordre international est juste ou injuste, mais s’il demeure soutenable pour ceux qui en ont été les principaux garants — et ce que signifie, pour le reste du monde, une Amérique qui ne cherche plus à préserver l’architecture entière, mais à en sauver la part qu’elle peut encore porter.

La charge de la stabilité

Dans la mondialisation actuelle, les États-Unis constituent un pilier structurel du système avec leur monnaie, leurs marchés et leur capacité de projection stratégique formant une infrastructure invisible sur laquelle repose une part décisive de la circulation mondiale des biens, des capitaux et de la confiance. Le dollar est devenu l’ossature monétaire d’un ordre international où la liquidité, le refuge et la prévisibilité sont fournis comme des biens publics informels à l’ensemble des économies, des centres financiers aux périphéries émergentes. Cette centralité confère à Washington une influence qui dépasse la logique classique de la puissance, mais elle l’enchaîne aussi à une responsabilité systémique d’absorber les excédents du monde, recycler ses déséquilibres en dette souveraine et garantir, souvent au-delà de ses intérêts immédiats, la continuité d’un espace économique global dont la stabilité conditionne l’accès au financement, la trajectoire de développement et la sécurité monétaire de la majorité des nations. 

Concrètement, ce rôle de garant s’est traduit dans une chaîne continue de coûts visibles et différés — budgets de défense pour entretenir un maillage mondial de bases militaires et d’alliances, guerres lointaines de la péninsule coréenne aux déserts du Moyen-Orient, soins et pensions versés à des générations de vétérans, intérêts d’une dette contractée pour financer la stabilité globale. À cela s’ajoute une diplomatie de l’aide et des institutions, destinée à contenir les crises avant qu’elles ne deviennent systémiques. Additionnée et corrigée de l’inflation, cette facture à plus de 60 000 milliards de dollars, oscillant, selon les époques, entre 3% et 10% (guerre froide) de la richesse produite chaque année par les États-Unis.

L’ordre international peut se lire comme un contrat d’assurance implicite dont les États-Unis sont devenus l’assureur de dernier ressort. En temps de crise, le monde se tourne vers leur liquidité, leur sécurité et leurs marchés, tandis que les primes se transforment en dettes, déficits et engagements supportés par ce même pays au bénéfice de l’ensemble du système.

Ainsi, ce qui apparaît comme un privilège hégémonique se révèle être une charge structurelle, où la capacité de tenir le centre devient la condition même de la survie de l’ordre international qu’il soutient. Giovanni Arrighi, théoricien des cycles hégémoniques, nous avertit que les puissances déclinantes s’effondrent non par des menaces extérieures, mais par une résistance interne à l’adaptation – un avertissement qui s’applique à l’Amérique, enchaînée à son rôle systémique.

La facture du leadership mondial

La centralité américaine a inscrit la stabilité du monde dans le bilan de sa propre société, où la liquidité, la sécurité et l’ouverture se sont progressivement traduites en dettes, en déficits et en lignes de fracture. Le privilège du dollar a longtemps différé les choix entre puissance extérieure et investissement intérieur, faisant de l’endettement le régulateur silencieux d’un ordre international aux bénéfices mondialisés mais aux coûts largement supportés par les Etats-Unis. À cette pression financière s’est ajoutée une géographie des gagnants et des perdants, où certaines régions se sont intégrées aux flux globaux tandis que d’autres – comme l’Amérique – se sont désindustrialisées. Dès lors, la soutenabilité n’est plus un débat comptable, mais une épreuve politique, jusqu’où une démocratie peut-elle porter la stabilité du monde sans entamer la cohésion qui fonde sa propre légitimité ?

La mondialisation asymétrique 

L’ordre économique mondial s’est construit comme un mécanisme d’expansion collective reposant sur une dissymétrie structurelle, où les gains de la croissance ont été largement diffusés tandis que les coûts de la stabilité se sont progressivement concentrés sur le pays capable d’absorber les déséquilibres du reste du système. Les excédents industriels et commerciaux de l’Asie, les stratégies d’accumulation de réserves des économies émergentes et la recherche globale d’actifs sûrs ont trouvé dans la dette américaine un réceptacle naturel, transformant les déficits des Etats-Unis en contrepartie financière de la prospérité mondiale. Ce schéma a offert aux pays du Sud un accès inédit aux marchés, au capital et aux chaînes de valeur, mais il les a aussi arrimés aux cycles monétaires et budgétaires des Etats-Unis, faisant de chaque inflexion de la politique américaine une onde de choc transmise aux monnaies, aux investissements et aux équilibres sociaux des pays du Sud. Ainsi, la mondialisation apparaît comme une architecture hiérarchisée de dépendances – et non un espace neutre d’échanges – où la promesse d’intégration s’accompagne d’une vulnérabilité systémique, et où la soutenabilité de la croissance de tous demeure étroitement liée à la capacité des Etats-Unis à continuer de porter le poids financier et politique de l’ensemble.

L’histoire offre un miroir troublant. Athènes finançait la sécurité de la mer Égée au prix de son trésor, Venise garantissait les routes du Levant en échange de sa prospérité, l’Empire britannique garantissait les mers au prix d’un endettement croissant. 

Toutes ont découvert que le centre du monde devient aussi son principal point de fatigue. L’Amérique s’inscrit aujourd’hui dans cette lignée, où la stabilité globale fut à la fois la source de la grandeur et la semence du déclin.

Droit international et survie stratégique 

À mesure que l’ordre international se complexifie et empile les règles, les traités et les institutions, une tension s’exacerbe entre l’universalité proclamée du droit international et la réalité des intérêts vitaux des grandes puissances, pour lesquelles la sécurité nationale, la continuité économique et la stabilité intérieure demeurent des lignes de survie non négociables. En Ukraine, à Gaza ou au Venezuela, le droit international se heurte aux impératifs de sécurité, de dissuasion et d’accès aux ressources stratégiques, révélant les limites d’un ordre international fondé sur des règles, oubliées lorsque celles-ci entrent en conflit avec les intérêts des grandes puissances. Cette fracture interroge sur la soutenabilité de l’ordre international lorsque ses garants – Etats Unis – considèrent que le respect strict du droit international affaiblit leur capacité à maintenir l’équilibre global.

La géopolitique des nœuds vitaux 

Le Moyen-Orient – avec 30 % du pétrole mondial et 17 % du gaz naturel – demeure le cœur énergétique du monde, dont la stabilité conditionne l’inflation mondiale et les équilibres budgétaires des États importateurs. La mer de Chine méridionale – où transite plus de 20% du commerce mondial dont 45 % de pétrole brut – concentre les chaînes technologiques et industrielles dont dépendent les industries numériques et de défense.

Enfin, l’Arctique avec une superficie de 14 millions de kilomètres carrés, s’ouvre comme une frontière d’un avenir proche en raison de la fonte accélérée de la calotte glaciaire, où l’émergence de routes transpolaires, l’accès à des ressources critiques et le déploiement de capacités de dissuasion modifient la cartographie des corridors de navigation maritimes et aériens. Dans cette configuration des espaces stratégiques, le Groenland s’impose comme un point de jonction entre la sécurité nord-américaine, la gouvernance des nouvelles routes et la définition des règles des espaces émergents. L’intérêt américain pour le Groenland s’inscrit dans une logique ancienne de prévention stratégique, dès 1940, après l’invasion du Danemark par l’Allemagne, les Etats-Unis s’y sont positionnés pour empêcher que cette dernière ne fasse de l’Atlantique Nord et de l’Arctique une zone de projection contre le continent nord-américain.

Pour l’Administration de Trump, sécuriser ces différents points d’appui revient à protéger l’infrastructure physique de l’ordre international ; pour les pays du Sud, dont près de quatre cinquièmes du commerce transitent par ces corridors maritimes et numériques, chaque tension dans ces espaces se traduit par des coûts immédiats sur les prix, les devises et l’accès aux marchés.

L’ «affaire» du Groenland 

Le Groenland dépasse la seule question des territoires et des ressources, il révèle une mutation de la puissance au XXIᵉ siècle, où l’influence se mesure autant à la capacité de définir les règles des espaces émergents qu’à la maîtrise des zones déjà intégrées à l’économie mondiale. Tandis que le réchauffement climatique ouvre des routes transarctiques, rapproche l’Asie, l’Europe et l’Amérique du Nord et rend accessibles des minerais critiques pour la transition énergétique et les technologies avancées, l’enjeu central devient la maîtrise stratégique de ces nouveaux espaces.

Les corridors transarctiques offrent des trajets jusqu’à trois fois plus rapides entre l’Asie, l’Europe et l’Amérique du Nord, tout en réduisant l’exposition aux goulets d’étranglement et aux vulnérabilités sécuritaires qui caractérisent aujourd’hui des passages comme le canal de Suez ou Bab El Mendeb (mer rouge).

Pour les États-Unis, investir le Groenland, c’est projeter la sécurité nord-américaine dans le futur, sécuriser les corridors de demain et éviter que des puissances concurrentes ne définissent seules les standards d’accès, d’exploitation et de navigation. 

Pour les pays émergents, cette reconfiguration annonce un monde où les centres de gravité du commerce et de l’influence peuvent se déplacer brutalement, reconfigurant les avantages comparatifs et les dépendances. 

À mesure que ces recompositions se dessinent, une question s’impose, un ordre international peut-il durer lorsque la charge de sa stabilité devient plus lourde que les bénéfices qu’en retirent ses garants, et lorsque ceux qui en dépendent le plus n’en participent que marginalement à sa gouvernance ? La soutenabilité devient une épreuve morale et institutionnelle, où se confrontent la promesse d’un monde régi par des règles communes et la réalité d’un système structuré par des rapports de force. Préserver l’ordre international implique d’en redistribuer les coûts, d’en élargir la légitimité et d’en pluraliser les centres de décision ; assumer la rupture, c’est accepter une fragmentation où la stabilité cède la place à des équilibres régionaux concurrents, plus flexibles mais aussi plus instables. Entre ces deux voies se joue le destin des décennies à venir. L’histoire ne jugera pas l’Amérique sur la puissance qu’elle a exercée, mais sur la capacité du monde à rester stable le jour où elle cessera d’en porter seule le poids.

Ould Amar Yahya

Economiste, banquier et financier

Ce matin, un Canadien dans mon miroir !

Que fait le miroir sinon renvoyer l’image de vous-même ? Ce matin il m’a de nouveau parlé comme une sorte de miroir de l’âme, une connaissance de soi-même. Oh là, quittons vite ce chemin philosophique et reprenons une autre évocation de « l’effet miroir », beaucoup plus prosaïque, c’est-à-dire en conformité avec la banalité de la vie.

La veille au soir je suis tombé par hasard sur un document repris dans la  presse concernant les préconisations du ministère des affaires étrangères canadien pour avertir des risques avant de se rendre dans un pays étranger. 

Ce matin le miroir m’a projeté l’image d’un canadien voulant se rendre en Algérie puisque c’était de cela qu’il s’agissait dans le document que j’avais lu. Alors ce canadien, puisque c’est le reflet de moi-même, me raconte sa lecture aux fins de se rendre dans ce pays qui lui était étranger.

La longueur de ma chronique ne peut passer en revue toutes les recommandations, j’ai sélectionné certaines des plus effrayantes.

Tout d’abord, 

« Évitez tout voyage dans les régions frontalières suivantes en raison de la menace élevée de terrorisme, de banditisme et d’enlèvement: à moins de 200 km de la frontière avec le Mali, la Mauritanie et le Niger; à moins de 50 km de la frontière avec la Libye;  à moins de 50 km de la frontière avec la Tunisie, sauf pour les déplacements terrestres vers/depuis la Tunisie par l’autoroute N44 et le poste frontalier d’Oum Tboul, où vous devriez faire preuve d’une grande prudence ».

Le Canadien avait continué sa lecture : 

« Si vous envisagez de vous rendre dans des zones reculées malgré les risques : restez vigilant en tout temps; emportez toujours un téléphone portable et un chargeur avec vous; empruntez uniquement les routes et autoroutes principales; variez vos itinéraires et vos horaires ; envisagez d’engager un guide réputé qui connaît bien la région; séjournez dans des hôtels disposant de mesures de sécurité robustes ».

De façon téméraire mais aussi suicidaire, il s’était accroché au texte,

 « Au cours de la dernière année, le gouvernement algérien a multiplié les arrestations de militants, y compris certains associés au mouvement de protestation populaire du Hirak, qui a émergé en Algérie en février 2019. Les autorités algériennes ont également retenu des citoyens canado-algériens en Algérie, après les avoir identifiés comme étant politiquement engagés au Canada. On pourrait vous empêcher de quitter le pays si les autorités locales jugent que vous avez pris part à des manifestations ou à des activités politiques, y compris sur les médias sociaux. Faites preuve d’une grande prudence lorsque vous interagissez en ligne, même lorsque vous êtes à l’extérieur de l’Algérie ». 

Enfin un point rassurant puisqu’on lui dit que « Le taux de criminalité est modéré en Algérie ». Mais faudra prendre toutes les précautions en raison des crimes mineurs, particulièrement dans les grandes villes à la tombée de la nuit » (sont-elles éclairées à ce moment ? le document officiel manque de précision).

Plus loin :

« Soyez conscient de votre environnement; Soyez discret; Ne marchez jamais seul et évitez de vous déplacer après la tombée de la nuit; évitez de faire étalage de richesse; ne transportez que de petites quantités d’argent comptant ; évitez d’utiliser votre téléphone ou votre appareil photo en public; ne résistez pas si des voleurs vous menacent ».

Et ce n’est pas terminé

« Si vous voyagez en voiture : gardez les fenêtres fermées et les portes verrouillées en tout temps; voyagez en convoi si possible; garez votre véhicule dans un stationnement sûr; ne laissez jamais vos effets personnels dans un véhicule sans surveillance, même dans le coffre arrière ».

Ce Canadien n’est pas un accro aux sites de rencontres mais il découvre que : 

« Si vous vous rendez en Algérie pour rencontrer une personne dont vous avez fait la connaissance en ligne : gardez à l’esprit que vous pourriez être victime d’une arnaque;  méfiez-vous des personnes qui manifestent une amitié ou un intérêt amoureux sur Internet ».

Là également, cela ne le concerne pas mais seulement les Canadiennes : 

« Les femmes qui voyagent seules peuvent faire l’objet de certaines formes de harcèlement et de violence verbale. Du harcèlement sexuel et des agressions ont eu lieu. Pour éviter d’être la cible de harcèlement, les femmes devraient s’habiller de manière conservatrice; éviter de marcher seule ; se déplacer en groupe; se déplacer uniquement le jour; s’asseoir sur la banquette arrière des taxis ».

Pour la précaution suivante, il avait béni le ciel que cela ne le concernait pas également puisqu’il s’agissait de ceux qui avaient des orientations sexuelles harams (non qu’il en exprime un jugement défavorable mais de pouvoir échapper au risque) : 

« La loi algérienne criminalise les actes sexuels et les relations entre personnes du même sexe. Les personnes 2ELGBTQI+ peuvent également être accusées de grossière indécence ou de délits similaires ». 

Ils pourraient également faire l’objet de discrimination ou être détenus en raison de leur « orientation sexuelle, de leur identité de genre, de leur expression de genre ou de leurs caractéristiques sexuelles…/… Les personnes 2ELGBTQI+ doivent bien peser les risques que comporte un voyage en Algérie ».

Les coutumes, lois et règlements algériens sont rigoureusement conformes aux pratiques et croyances de l’islam. Les démonstrations d’affection en public, y compris le fait de se tenir par la main ou de s’embrasser, ne sont pas acceptables socialement. En général, on ne s’attend pas à ce que les voyageuses étrangères se couvrent la tête avec un voile. Toutefois, les vêtements suggestifs sont considérés comme inappropriés.

Pour éviter de froisser les populations locales : habillez-vous sobrement; comportez-vous avec discrétion; respectez les traditions sociales et religieuses; demandez la permission aux gens du pays avant de les prendre en photo ».

Il me raconte que le ministère canadien prévient dans le document qu’en 2026, le mois lunaire du ramadan devrait commencer autour du 17 février. « En public, entre le lever et le coucher du soleil, soyez discret au moment de boire; manger; fumer ». 

Jusque-là ce pauvre Canadien n’avait pas fermé le site du ministère car il était tétanisé de terreur d’avoir voulu prendre un risque si fou. Il avait pris seulement le temps encore de lire les titres des autres paragraphes, vaccinations, drogue, prosélytisme, peine de mort, double nationalité, droit de la famille, précaution contre les animaux, l’enlèvement international d’enfants (je vous jure qu’il y est), exportation d’antiquités (lesquelles ? les islamistes ont tout détruit), les catastrophes naturelles et les tremblements de terre.

Le Canadien s’était juré de ne plus avoir un désir de voyage si macabre. Après avoir éteint  la lumière de ma salle de bain, redevenant moi-même, je m’étais aperçu que je n’avais pas eu l’esprit de lui dire que ce pays était merveilleux et que la seule précaution à prendre était de ne jamais parler inconsciemment dans la rue à un képi ou à un turban.

Il faut prendre des distances sur l’image que peut véhiculer un pays occidental à l’égard de pays comme le nôtre, qu’elle soit vraie, comme je l’affirme par sa réalité objective, ou exagérée, comme me suggère mon amour pour ce pays. 

L’amour est aveugle pour certains, il est vigilent pour d’autres tout en étant passionné. J’ai choisi le second.

Boumediene Sid Lakhdar

PS : j’ai dû m’informer sur la signification de l’expression 2ELGBTQI+ que je ne connaissais pas. Cela ressemble étrangement au nom d’une molécule virale (cela se dit ?). La police des frontières aurait peur d’une contagion ? Pourtant, elle devrait le savoir, beaucoup dans notre beau pays sont déjà vaccinés par ce même virus. 

Iran : un témoin direct de la répression meurtrière raconte

1

Des messages nous sont envoyés depuis l’intérieur de l’Iran. Ils offrent un témoignage direct sur la violence exercée par les forces de sécurité contre les manifestants. Nos contacts décrivent un contexte de répression intense, ciblant notamment les jeunes et les femmes, et révèlent une dimension humaine souvent absente des chiffres officiels.

Le témoin commence par des mots simples, prudents, mais porteurs de signification : « Bonjour. Je vais bien. » Dans un environnement où les sirènes hurlent, où les tirs éclatent, et où chaque communication peut être surveillée, même ces quelques mots sont un acte de résistance. Peu après, le message suivant souligne la tension : « Je ne sais pas si je peux rester en ligne ou pas… »

Les messages suivants détaillent l’ampleur de la violence : « Ici, c’était un bain de sang. Les corps étaient entassés les uns sur les autres. Ils ont tué toutes les familles qui étaient venues avec leurs enfants. Le sang coulait dans la rue. » Des victimes encore en vie auraient été achevées, et la majorité des tirs visaient les personnes en fuite.

On fait payer les balles meurtrières

Selon notre témoin, les familles ont dû attendre plusieurs jours pour récupérer les dépouilles de leurs proches. « Quand elles les retrouvaient, on leur réclamait l'équivalent de cinq et dix mille euros et on les obligeait à déclarer que ce sont des terroristes étrangers qui avaient tué leur enfant. » 

Les corps étaient enterrés sans rites religieux, avec leurs vêtements, et sans autorisation de cérémonies. Malgré ces intimidations, la population continue de se rassembler pour honorer les victimes.

Le témoignage que nous avons recueilli précise également que la majorité des victimes sont des jeunes et des enfants, mais de nombreuses femmes figurent parmi les personnes tuées. « Moi-même, j’ai vu le sang mousser sur le sol et s’écouler. Le fils de l’un de mes amis avait 16 ans lorsqu’il a été tué. Ils ont exigé 6 000 euros de sa famille, en expliquant que c’était le prix des balles utilisées pour l’exécuter. »

Au-delà de la description des massacres, le témoin interpelle directement la conscience politique internationale. Après la lecture de son propre récit, il a adressé un message clair aux partisans de gauche :

« Dis-leur que ce témoin a consacré vingt ans de sa vie à soutenir et promouvoir les idées de gauche, et que maintenant sa question est la suivante : “Israël a tué le peuple de Gaza en deux ans, et vous avez crié ‘Gaza !’. Le gouvernement iranien a tué, selon des statistiques non officielles, plus de vingt mille personnes en deux jours, pourquoi ne criez-vous pas ‘Iran !’ ? Quelle est la différence entre un enfant iranien et un enfant palestinien ? Où se trouve l’éthique politique dans votre pensée politique ?” »

Ces mots interpellent par leur intensité et leur urgence. Ils posent une question simple mais cruciale : pourquoi certaines violences attirent-elles l’attention internationale tandis que d’autres restent silencieuses ? Le témoignage rappelle que la solidarité et la défense des droits humains ne doivent pas être sélectives.

Les messages reçus depuis Téhéran offrent une perspective rare : celle de ceux qui vivent la répression au quotidien et qui, malgré la peur, refusent de se taire.

Le contexte décrit par le témoin confirme des informations partielles relayées par des organisations internationales sur l’usage disproportionné de la force par les autorités iraniennes. Mais il apporte également une dimension humaine cruciale : la peur, la douleur, et le courage d’une population qui continue de résister malgré la menace permanente.

Ce témoignage met en lumière l’urgence humanitaire, les violations systématiques des droits de l’homme et le sort fait au peuple iranien. Derrière chaque chiffre, il y a des vies humaines, des familles endeuillées, et des jeunes dont l’avenir a été brisé. Alors que le monde observe souvent à distance, ces messages rappellent que le silence est complice et que la voix des témoins est essentielle.

Mourad Benyahia 

Les Mollahs iraniens labellisés terroristes ?

0

On ne sait plus discerner l’information des fake-news ! Les unes défilant à la suite des autres pour brouiller les derniers neurones encore lucides. À première vue, l’on se précipiterait à postuler que qualifier les Mollahs iraniens de terroristes serait une avancée sublime pour l’humanité ! Car cela signifierait que tous les dictateurs du monde, présent ou passés, basculeraient dans tel qualificatif, car quel dictateur n’a pas terrorisé son peuple et tué des contestataires, se chiffrant souvent par milliers ?

Nul besoin de disséquer la chose à l’échelle mondiale ! Contentons-nous de faire un petit rappel des présidents qui se sont succédés au pouvoir en Algérie. De Boumediene à Tebboune, tous rentrent dans la définition du qualificatif tant leurs services se sont donnés à cœur joie pour tuer de l’Algérien. 

Quand Boumediene avait envahi l’Algérie avec ses chars et ses mitraillettes, ses soldats se sont adonnés à une véritable boucherie en tuant quelques centaines de maquisards qui avaient osé se mettre en travers de son chemin. Les assassinats attribués au patibulaire moustachu sont impossibles à comptabiliser !

Une année, à peine, après l’arrivée au pouvoir de Chadli Bendjedid, la jeunesse kabyle se soulève pour réclamer un peu de liberté et la reconnaissance de son identité d’origine. Le 20 avril 1980, c’est le printemps berbère. Des manifestations grandioses pour exiger la reconnaissance de revendications légitimes ! Le pouvoir de Chadli ne tarde pas à réagir. Ordre est donné aux forces de l’ordre de tirer à balle réelles. Résultat : des dizaines de jeunes tués ou handicapés à vie.

Cette dictature érigée en mode de gouvernance a enfanté des terroristes encore plus féroces. Avec leurs géniteurs ces derniers se sont livrés à des massacres à grande échelle qui se sont soldés par plus de 200.000 morts. Victimes du terrorisme d’état et d’un islam aveugle semé au pays par des gouvernants incultes. 

Deux ans après l’arrivée de Bouteflika, quasiment jour pour jour, c’est le printemps noir, toujours en Kabylie, en avril 2001. Comme en 1980, les forces de l’ordre avaient reçu la consigne de tirer sur les manifestants. On décompte des dizaines de morts et des dizaines de blessés. Il faut dire que dans son discours à Tizi-Ouzou, Bouteflika avait averti avec une terminologie menaçante « si vous êtes venus faire du grabuge, je peux en faire plus que vous !» avait-il éructé face à des dizaines de kabyles venus l’écouter et qui avaient osé scander des slogans hostiles.

Que dire de Tebboune ? Il n’y a pas eu massacre de masses mais des masses de prisonniers d’opinions et une fermeture hermétique du champ politique. Si des manifs à l’image des printemps kabyles venaient à avoir lieu, aâmhoum Tebboune hésiterait-il à tuer de l’Algérien ? Je vous laisse avec vos réponses.

L’Histoire du monde regorge d’exemples de génocides. Les répertorier tous nécessiteraient un bottin.

Il ne faut pas se leurrer, le monde a toujours été dominé et malmené par des dictateurs assoiffés de sang. 

D’ailleurs, inutile de remonter l’histoire pour démontrer le caractère inhumain des dirigeant du monde. Contentons-nous des dirigeants vivants les plus puissants. En haut du podium, à eux deux, Trump et Putin sont responsables de tant de morts qu’il est impossible d’en faire le décompte exact. Et c’est loin d’être terminé. C’est à se demander si c’est un cœur d’humain qui bat dans leur poitrine. Le plus drôle c’est que le président américain n’est pas considéré comme responsable des génocides qu’il a lui-même provoqué. 

On voit donc que si le qualificatif terroriste est attribué aux dirigeants responsables de tueries à grande ou petite échelle, il n’y aurait grand monde qui échapperait à telle label.

L’on ne voit pas comment le fait de désigner de terroristes les Mollahs iraniens l’on continuerait à ignorer que Trump et Putin sont responsables de génocides à grande échelle dont le nombre de victimes est bien supérieur aux victimes Iraniennes, dont il faut reconnaître le courage d’avoir défié leurs dictateurs.

Mais qui osera décréter que tout responsable de mort à grande ou à petite échelle doit être désigné terroriste ? Cela entraînerait fatalement un chamboulement rapide du monde.  Au vu de l’imprédictibilité du comportement des hommes, il n’est pas sûr, il est même fortement improbable, que la paix et la sérénité s’installent partout suite à la chute des dictateurs ! C’est une race coriace qui se régénère d’une génération à la suivante. 

Mon dieu, dans quel monde vivons-nous !

Kacem Madani

Fouzi Lakjaa, un boulet !

4

Un boulet, ce n’est pas une erreur passagère. Ce n’est pas une polémique de plus. C’est une masse que l’on traîne, qui ralentit tout, qui use les structures, qui finit par faire couler ce qui devait avancer. Fouzi Lakjaa est devenu cela pour le football.

Un poids mort accroché à une discipline qui a besoin d’air, de règles et de confiance. Un boulet pour le Maroc, un boulet pour l’Afrique, un boulet pour un football mondial déjà en crise de crédibilité.

Boulet pour le football marocain d’abord.

Parce qu’à force de confondre autorité et intimidation, influence et contrainte, Lakjaa a transformé un capital sportif réel en passif durable. Le Maroc disposait d’une équipe compétitive, de joueurs respectés, d’une crédibilité acquise sur le terrain. Tout cela a été recouvert par une méthode brutale, nerveuse, autoritaire. Résultat immédiat. Soupçon généralisé, hostilité latente, image contaminée. Les clubs marocains entrent désormais sur les terrains africains avec une cible dans le dos. Les joueurs portent un maillot devenu politique malgré eux. Les supporters héritent d’une tension qu’ils n’ont pas choisie.

Boulet financier aussi.

Car cette aventure n’est pas gratuite. Organisation hypertrophiée, dépenses sécuritaires, gestion sous tension permanente, bénéfices symboliques annulés par une image dégradée jusque dans la bassesse des détails, comme ces ramasseurs de balles transformés en gardiens de serviettes, révélant une obsession du contrôle qui coûte plus qu’elle ne rapporte.

Dans un contexte économique contraint, transformer le football en démonstration autoritaire n’est pas une audace stratégique. C’est une charge future.

Boulet pour l’Afrique ensuite.

Parce que la méthode Lakjaa déborde largement le cadre marocain. Elle installe un précédent toxique. Elle diffuse l’idée que le football africain se gouverne par pressions, par réseaux, par rapports de force. Elle transforme les compétitions en arènes politiques. Chaque décision arbitrale devient suspecte. Chaque match devient inflammable. Chaque tournoi devient ingouvernable. Or l’Afrique n’a pas besoin d’hommes qui écrasent. Elle a besoin d’institutions qui tiennent. Quand un dirigeant concentre autant de tensions et de ressentiments, il ne renforce pas le football africain. Il l’empoisonne.

Boulet pour les instances continentales.

Lakjaa a cru pouvoir s’abriter derrière une CAF affaiblie et une FIFA obsédée par la stabilité du produit. Mauvais calcul. La CAF de Patrice Motsepe est contestée de toutes parts. La FIFA de Gianni Infantino a perdu sa boussole morale. En s’adossant à ces structures déjà fragiles, Lakjaa n’a pas protégé le système. Il l’a alourdi. Il a accéléré son discrédit. Et quand les institutions prennent l’eau, elles cherchent toujours la même chose. Un corps à larguer pour rester à flot.

Boulet pour le football mondial enfin.

Car rien de ce qui se joue en Afrique ne reste confiné. Chaque dérive locale devient un argument global. Chaque soupçon nourrit la défiance planétaire. Le football africain est déjà traité comme un réservoir de talents et d’audience. La méthode Lakjaa renforce cette réduction. Elle affaiblit la capacité du continent à exiger l’équité qu’on lui refuse depuis trop longtemps.

Le plus grave est là.

Par son obsession du contrôle et sa confusion permanente entre football et rapport de force, Lakjaa a transformé le football marocain en champ de revanche. Les prochaines compétitions ne seront plus seulement des matchs. Elles risquent de devenir des règlements de comptes. Les clubs en paieront le prix. Les joueurs aussi. Les supporters surtout. Ce n’est pas seulement injuste. C’est absurde. En voulant imposer une domination, il a fabriqué un ennemi commun. Et quand un football national devient une vengeance collective, le jeu meurt avant le coup d’envoi.

Les faits ont fini par parler plus fort que les discours. Fouzi Lakjaa est devenu un poids. Un poids pour le royaume et pour le football marocain, exposés malgré leurs qualités sportives réelles. Un poids pour le football africain, pris en otage par des méthodes de domination et de soupçon. Un poids commode, enfin, pour des instances internationales qui préfèrent canaliser la colère vers un visage plutôt que d’assumer leurs propres dérives.

Le sortir du jeu ne serait pas un règlement de comptes. Ce serait un acte d’hygiène. Une respiration nécessaire. Non pas pour tout réparer, mais pour desserrer l’étau. Pour redonner au football marocain une chance d’être jugé sur le terrain. Pour permettre au football africain de retrouver un minimum de confiance. Dans un système asphyxié par la défiance, se débarrasser d’un poids inutile n’est pas une humiliation. C’est une bouffée d’oxygène.

Zaim Gharnati

Marseille : affrontements lors d’un rassemblement pro‑kurde

2

Jeudi 22 janvier 2026, Marseille a connu un après-midi électrique. Dans le centre-ville, un rassemblement en soutien au peuple kurde, initialement annoncé comme pacifique, a rapidement dégénéré. Environ 2 500 manifestants avaient répondu à l’appel. Mais ce qui devait être un acte de solidarité s’est transformé en scènes de chaos et de confrontation avec les forces de l’ordre.

Tout a commencé calmement. Des banderoles déployées, quelques drapeaux kurdes flottant dans le vent, des slogans scandés avec conviction. Puis, le ton a changé. Certains manifestants ont commencé à lancer des pierres, tandis que des mortiers d’artifice explosaient au-dessus de la foule, frappant parfois la police. Qui avait intérêt à voir dégénérer une manifestation pacifique ?

Le bruit des sirènes et les éclats lumineux des projectiles ont plongé les rues de Marseille dans une atmosphère tendue, presque irréelle. Les passants se sont réfugiés, certains films amateurs circulant déjà sur les réseaux sociaux, montrant des conteneurs à déchets en feu et des deux-roues incendiés sur les trottoirs. Le mobilier urbain n’a pas été épargné.

Face à cette escalade, les forces de l’ordre ont réagi. Les grenades lacrymogènes ont été utilisées pour disperser les manifestants et reprendre le contrôle de la situation. Le nuage blanc et épais s’est rapidement répandu dans les ruelles, obligeant la foule à reculer. La préfecture a confirmé que dix policiers avaient été légèrement blessés et que deux interpellations avaient eu lieu. La réaction des autorités fut rapide mais mesurée : protéger ceux qui souhaitent manifester pacifiquement, tout en réprimant toute atteinte à l’ordre public.

La scène observée ce jour-là rappelle combien ces rassemblements sont à la fois nécessaires et fragiles. La cause kurde, qui suscite une forte empathie, attire une mobilisation diverse et parfois radicalisée. Et Marseille, ville portuaire et cosmopolite, se retrouve souvent au cœur de cette tension entre engagement citoyen et violences urbaines. Ce mélange d’enthousiasme militant et de défiance envers l’autorité a créé un cocktail explosif, où le moindre incident peut dégénérer.

Alors que le soleil tombait sur le Vieux-Port, les forces de l’ordre ont progressivement repris le contrôle. La majorité des manifestants s’est dispersée, laissant derrière elle des traces visibles de la confrontation : poubelles calcinées, rues encombrées de débris, odeur de gaz lacrymogène persistante. Les images, déjà relayées par les médias et les réseaux sociaux, ont montré un visage de la ville que peu souhaitent voir, mais qui reflète une réalité de plus en plus fréquente dans les grandes villes françaises.

Ce rassemblement rappelle que la solidarité ne se limite pas aux intentions, mais se heurte souvent à la réalité du terrain. À Marseille, le soutien au peuple kurde continue d’être exprimé, mais chaque manifestation pose la question : comment conjuguer engagement et sécurité, empathie et ordre public ? Les réponses restent complexes, entre émotion, mémoire collective et nécessité d’éviter l’escalade.

Mourad Benyahia 

El Watan sommé de se taire : quand la vérité doit demander une autorisation

9

El Watan est averti : se taire définitivement, devenir une courroie de propagande ou subir les foudres du ministre de la Communication, bras répressif du pouvoir.

Il existe une figure littéraire que le régime algérien manie avec une dextérité remarquable : l’oxymore. On la retrouve, éclatante, dans ce communiqué du ministère de la Communication qui, tout en brandissant l’arsenal répressif de la loi, jure la main sur le cœur son « ferme engagement » envers la liberté de la presse. Pathétique position auquelle personne ne croit en Algérie.

Pourquoi s’en cacher ? Une liberté si louée et revendiquée ne peut raisonnablement s’adjoindre d’avertissements, menaces à peine voilées et rappels disciplinaires à la moindre velléité d’indépendance. Mais on n’est plus dans un Etat qui respecte la presse. Pour lui il n’y a de presse que laudatrice, cireuse de pompes. Ce qui veut clairement dire que l’Algérie est dirigée par un système totalitaire qui ne souffre aucune critique.

Répétons-le aux oublieux. C’est nécessaire pour ceux qui sont enclins à prêter quelque vertu à Tebboune, Chanegriha et leurs télégraphistes. Le quotidien El Watan est donc sommé de rentrer dans le rang pour avoir osé publier une information jugée « trompeuse ». Pourtant une information vraie et vérifiable par tout un chacun. Mais à Alger, les dirigeants ne supportent aucune nuance.

Car qui juge, instruit, condamne ? Les mêmes. Le ministère se fait procureur, le Parlement témoin à charge, la loi instrument, et le journal… accusé avant même d’avoir pu débattre. La procédure est limpide : l’État parle, la presse se tait.

Obéir

Ce qui frappe, ce n’est pas tant l’accusation que la mise en scène. Les références juridiques pleuvent — articles 3, 20, 35, 68, 71 — comme autant de projectiles destinés à rappeler aux journalistes que chaque ligne publiée peut devenir un délit. Le message est clair : l’information n’est tolérée que lorsqu’elle épouse fidèlement la version officielle. La presse doit être la voix de son maitre. On ne lui demande pas de rapporter les faits mais d’obéir. Toute dissonance est une infraction. Toute divergence, une atteinte à « l’intérêt général » — cet intérêt mystérieux que seul le pouvoir semble capable d’interpréter.

Le plus savoureux, ou le plus glaçant, reste ce passage où le ministère condamne un « manquement manifeste à la déontologie ». Voilà donc un régime qui muselle, suspend, ferme et intimide, donnant des leçons d’éthique professionnelle. Un régime qui confond critique et trahison, information et subversion, se pose soudain en gardien de la morale journalistique. Il détient le magistère de la vérité. L’ironie serait délicieuse si elle n’était pas tragique.

Car derrière le vernis administratif se cache une réalité bien connue : la criminalisation progressive du travail de presse. Depuis la loi organique de 2023, le journalisme en Algérie n’est plus un contre-pouvoir, mais une activité sous condition, sous surveillance, sous menace permanente. On ne corrige plus une information par le débat ou le droit de réponse, on la corrige par l’avertissement et la peur.

Et toujours cette rhétorique paternaliste suintant l’hypocrisie et le mensonge : « nous vous faisons confiance », « nous respectons la liberté », « nous n’hésiterons pas à sanctionner ». Traduction : obéissez, ou assumez les conséquences. C’est le langage classique des régimes autoritaires, qui n’interdisent jamais frontalement, mais encadrent si étroitement qu’il ne reste plus d’espace pour respirer.

Le communiqué se conclut par un appel vibrant à « l’intérêt national ». Là encore, une vieille ficelle. L’intérêt national n’est plus ce qui sert les citoyens, mais ce qui protège le récit officiel. Informer devient dangereux dès lors que l’information dérange. Questionner devient suspect. Décrire devient subversif.

En réalité, ce n’est pas seulement El Watan qui est jugé ici. C’est l’idée même qu’un journal puisse encore raconter le pays autrement que par les communiqués ministériels et la propagande éhonté d’un pouvoir qui passe son temps à mentir. Combien de médias disparus sous Tebboune ? Combien de journalistes embastillés ? Combien de citoyens embarqués et condamnés pour leurs opinions ? Assez pour nous rendre à la triste évidence, l’Etat de droit a vécu.

Instrument de propagande

Quand un pouvoir commence à parler de liberté de la presse pour mieux la mâter, c’est qu’il ne la considère déjà plus comme un droit, mais comme une concession révocable. Et quand l’État exige de la presse qu’elle « fasse honneur à ses propriétaires », il avoue sans le vouloir sa vision réelle du journalisme : non pas un service rendu au public, mais une propriété à discipliner. Un médiocre instrument de propagande au seul service des dirigeants.

Enfin, au-delà, disons-le aussi, un clan arabiste diablement autoritaire cultive l’espoir de tuer la presse francophone.

Ce communiqué n’est pas un simple avertissement, c’est une énième condamnation du journalisme à se taire. C’est un aveu. Celui d’un régime qui a peur des mots, des journaux, comme les voleurs de la justice.

Sofiane Ayache

Persistance des intempéries vendredi sur plusieurs wilayas du pays

0

Des pluies orageuses, accompagnées de chutes de neige et de vents continueront d’affecter, vendredi, plusieurs wilayas du pays, indique un bulletin météorologique spécial (BMS), émis par l’Office national de météorologie. 

Selon le BMS de niveau de vigilance «jaune», les pluies orageuses concernent les wilayas d’Aïn Temouchent, Sidi Bel-Abbès, Béjaïa, Jijel, Skikda, Annaba, El Tarf, Souk Ahras, Guelma, Constantine, Mila, Sétif, Bordj Bou Arreridj, Batna, Biskra, M’Sila, Djelfa et Laghouat, tandis que les chutes de neige affecteront la wilaya de Batna.

Des vents de sable sont, par ailleurs, prévus sur El Meghaier, El Oued, Touggourt, Ouargla, Ghardaïa, El-Meniâa et In Salah.   

Pour la journée de vendredi, le BMS prévoit des pluies orageuses à Tlemcen, Aïn Temouchent, Sidi Bel-Abbès, Oran, Mascara, Saïda, Mostaganem, Relizane, Tiaret, Chlef, Tissemsilt, Aïn Defla, Médéa, Laghouat, Djelfa, M’Sila, Ouled Djellal, Bouira, Bordj Bou Arreridj, Sétif, Biskra et Batna.

Par ailleurs, des vents souffleront sur Oran, Mostaganem Chlef et Tipasa, note la même source.

Plusieurs interventions de la protection civile

Plusieurs interventions ont été menées dans les wilayas de Relizane, El-Bayadh, Tissemsilt et Tindouf pour porter secours à des personnes, faciliter la circulation routière et procéder au pompage des eaux, suite aux perturbations météorologiques enregistrées, a-t-on appris, mercredi, auprès des services concernés.

A Relizane, un communiqué de la direction de wilaya de la Protection civile a indiqué que les équipes de l’unité principale sont intervenues vers 11h00, mercredi, pour secourir cinq personnes qui étaient encerclées par les eaux à l’intérieur de leur domicile au village d’El-Merainia, relevant de la commune de Belassel- Bouzegza, en raison de la montée du niveau de l’oued Mina.

Les secouristes ont également pris en charge une femme âgée de 75 ans parmi les personnes secourues et l’ont évacuée vers le centre de santé de la même commune.

Les mêmes unités sont intervenues dans la commune de Relizane pour extraire sept personnes bloquées à l’intérieur d’un immeuble au quartier «Résidence Djaâfar»,  suite à l’élévation du niveau des eaux pluviales.

Les services de la Protection civile de la wilaya ont également découvert, au cours des dernières heures, le corps sans vie d’un homme âgé de 60 ans à proximité de l’oued Sfa, dans la commune de Relizane. Ils ont aussi procédé à l’extraction d’un véhicule immobilisé au quartier El Ziraîa- El Kantara El-Hamra, à bord duquel se trouvaient deux personnes.

La montée du niveau de l’oued Sfa a provoqué l’infiltration des eaux dans 50 habitations au quartier Setal, ainsi que dans deux logements au centre-ville, en plus de l’accumulation des eaux et de boue dans plusieurs quartiers, précise le communiqué.

A la commune de Belassel-Bouzegza, un camion avec une personne à bord a également été dégagé après avoir été coincé par les eaux.

Une montée du niveau d’oued Benfahd, dans la commune d’Oued-Djemâa, a engendré l’infiltration des eaux dans une habitation au village agricole.

De même, la montée des eaux de l’oued Mina dans la commune d’El-Matmar a causé des infiltrations dans une maison au village Ouled Zekri, dans la commune de Beni-Zentis, ajoute la même source.

La cellule de crise installée au niveau de la wilaya a mobilisé les moyens de l’ensemble des secteurs, y compris ceux provenant des wilayas limitrophes, afin d’absorber les eaux, évacuer la boue, rouvrir les routes et assister les citoyens, est-il indiqué.

Le wali de Relizane, Kamel Berkane, a effectué, mardi, une sortie de terrain pour s’enquérir de la situation des quartiers ayant connu une élévation du niveau des eaux à la suite des dernières précipitations, selon les services de la wilaya.

A El-Bayadh, les services des travaux publics ont poursuivi leurs interventions sur la route nationale RN 47, au niveau des zones de « Thenia» et du «col de Lagrimi», à la sortie est du chef-lieu de la wilaya, suite aux chutes de neige enregistrées au cours des dernières heures, a indiqué le directeur de wilaya du secteur, Kamel Medahi.

Les moyens humain et matériels nécessaires ont été mobilisés, notamment des chasse-neige, des camions d’épandage de sel et des engins de nivellement, ce qui a permis le rétablissement de la circulation routière dans les deux zones concernées, en plus de l’assistance apportée à de nombreux automobilistes bloqués.

Les services concernés demeurent toutefois en état de vigilance et de disponibilité permanente en cas de nouvelles perturbations météorologiques.

Par ailleurs, les services de la Protection civile, en coordination avec la Gendarmerie nationale, poursuivent leur présence et leur vigilance entre les zones de Thenia et de Lagrimi afin de sécuriser la circulation routière et de garantir la sécurité des citoyens.

A Tissemsilt, les agents de la Protection civile ont effectué, au cours des 48 dernières heures, 18 opérations de pompage des eaux dans plusieurs communes, notamment Lardjem, Sidi-Slimane, Theniet El-Had, Bordj-Bounâama et au chef-lieu de la wilaya, suite aux fortes pluies qui ont touché la région, a indiqué le chargé de communication de la direction de wilaya de ce corps d’intervention, le lieutenant Sid-Ali Benomar.

Il a ajouté que les mêmes services ont procédé à l’ouverture des avaloirs dans plusieurs quartiers et zones d’habitation de la commune de Tissemsilt et à l’évacuation des arbres déracinés par les vents, soulignant que la Protection civile a mobilisé l’ensemble de ses effectifs et de ses moyens matériels pour intervenir et assister les citoyens en cas de besoin.

De son côté, le chef de la cellule de l’information et de la communication de la direction de la Protection civile de la wilaya de Tindouf, le capitaine Abdenacer Moussaoui, a indiqué que ses services ont enregistré, depuis le début du mois de janvier en cours, plusieurs interventions de terrain suite aux précipitations, notamment des opérations de pompage des eaux dans un bureau de poste et deux écoles primaires de la commune d’Oum El-Assel, ainsi que la chute de poteaux et de câbles électriques à la suite de vents violents.

Avec APS

Dr Abdel Farid Abdesselam raconte l’Aurès de Masqueray

2

Le Dr Abdel Farid Abdesselam, médecin et passionné d’histoire, consacre son travail à l’étude de l’Aurès à travers les écrits d’Émile Masqueray, l’un des premiers chercheurs à avoir documenté cette région.

Dans son ouvrage, il rassemble et commente les articles de Masqueray, publiés à la fin du XIXᵉ siècle, offrant au lecteur une lecture éclairée des sociétés aurésiennes, de leurs structures sociales, de leurs légendes et de leur mémoire culturelle. En combinant critique historique et ethnographie, le Dr Abdesselam restitue la complexité d’une région souvent réduite à des clichés coloniaux, tout en préservant l’intégrité scientifique des textes originaux. Cet entretien permet de comprendre les enjeux de cette démarche éditoriale et l’importance de ces archives pour la mémoire aurésienne et la connaissance contemporaine de l’histoire locale.

Le Matin d’Algérie : Qu’est-ce qui vous a poussé à vous intéresser spécifiquement à Émile Masqueray et à rassembler ses articles sur l’Aurès ?

Dr Abdel Farid Abdesselam : Je suis avant tout médecin de formation, et l’histoire constitue pour moi une passion personnelle, plus particulièrement celle de l’Aurès. À travers la consultation des références documentaires consacrées à cette région, il apparaît clairement que l’apport de Masqueray fut à la fois considérable et original. On peut affirmer que les premiers écrits scientifiques sur l’Aurès lui sont dus. Son premier article date de 1876, et il en publia une vingtaine couvrant des domaines variés tels que l’archéologie, l’anthropologie et même la linguistique. À cela s’ajoute son ouvrage La formation des cités chez les populations sédentaires de l’Algérie, dont une partie est consacrée au monde aurésien.

Le Matin d’Algérie : Pouvez-vous nous expliquer comment Masqueray a contribué à la connaissance de l’Aurès et de ses sociétés à l’époque coloniale ?

Dr Abdel Farid Abdesselam : La contribution de Masqueray s’inscrit à plusieurs niveaux complémentaires. Sur le plan archéologique, ses fouilles menées sur divers sites se révèlent particulièrement remarquables, notamment à Timgad, Khémissa et Baghai. À Merouana, il mit au jour une épigraphie majeure relative au système d’irrigation à l’époque romaine, connue sous le nom d’épigraphie de Lamasba. Il a également décrit une dizaine d’inscriptions aujourd’hui disparues, déjà menacées à son époque par les effets conjugués de la colonisation et de l’urbanisation, ce qui confère à ses travaux une valeur documentaire irremplaçable.

Toutefois, l’apport le plus significatif de Masqueray réside sans doute dans le recueil et la mise par écrit des légendes fondatrices des tribus de l’Aurès. Ces traditions orales, dont les origines remontent loin dans le temps — au moins jusqu’au Moyen Âge — constituent une source essentielle pour la compréhension de la mémoire historique, des dynamiques tribales et des structures sociales ancestrales de l’Aurès.

Le Matin d’Algérie : Dans votre ouvrage, vous mentionnez que le discours scientifique colonial « déformait » parfois la réalité. Pouvez-vous donner des exemples précis ?

Dr Abdel Farid Abdesselam : Masqueray est généralement présenté comme proche des courants indigénophiles et des milieux intellectuels favorables au projet d’un « royaume arabe », idée largement débattue sous le Second Empire.

Lors de la révolte de 1879, il manifesta une réelle sympathie à l’égard des populations locales, en particulier envers le cheikh de Lahlaha, chez qui il fut accueilli en septembre 1876. Dans son rapport d’enquête, il met en cause les caïds et leurs pratiques, qu’il juge archaïques, tout en exonérant de toute responsabilité les militaires des « bureaux arabes».

Dans ce contexte, qualifier Masqueray de raciste relève d’une lecture réductrice et contestable de ses écrits. Certains auteurs vont même jusqu’à considérer que son projet anthropologique s’inscrivait en marge, voire en rupture, avec l’idéologie coloniale officielle. En effet, l’anthropologie coloniale de l’époque se déployait le plus souvent sur des terrains perçus comme ceux de sociétés « anciennes » ou «inadaptées », en s’appuyant sur une méthodologie se revendiquant scientifique, mais dont la finalité implicite demeurait la connaissance en vue de la domination. L’œuvre de Masqueray, sans être exempte des présupposés de son temps, s’en distingue par une attention plus marquée aux structures sociales et aux dynamiques internes des sociétés étudiées.

Le Matin d’Algérie : Pourquoi avoir choisi de structurer le livre en trois grandes parties plutôt que selon l’ordre chronologique des publications de Masqueray ?

Dr Abdel Farid Abdesselam : Je l’ai clairement indiqué dans la présentation du recueil : le choix a été fait de structurer l’ouvrage autour de trois thématiques, plutôt que de suivre l’ordre chronologique de publication des articles, dans le but d’en faciliter la lecture et d’en dégager les lignes d’analyse essentielles. En effet, dans l’article consacré à Chechar, Emile Masqueray mobilise des champs d’investigation multiples : il y aborde à la fois l’histoire antique et médiévale, la genèse des tribus et leurs mouvements migratoires, mais aussi des questions relevant de la linguistique et des pratiques médicales. Cette approche transversale justifie pleinement une organisation thématique, plus à même de rendre compte de la richesse et de l’hétérogénéité de ses travaux.

Le Matin d’Algérie : Comment Masqueray interprêtait-il les vestiges romains de Timgad, Tobna ou Lamasba, et quel rôle cela jouait-il dans sa vision coloniale de la région ?

Dr Abdel Farid Abdesselam : La première activité scientifique de Masqueray dans l’Aurès consista en des fouilles menées sur le site romain de Timgad, dans des conditions particulièrement éprouvantes, marquées par le froid et la neige. Il poursuivit ensuite ses recherches sur plusieurs sites du massif du Belezma, notamment avec la mise au jour de l’épigraphie de Lamasba à Merouana. À ces travaux s’ajoutent ses investigations sur le grand site de Khemissa, ainsi que ses explorations à l’intérieur même du massif de l’Aurès, région alors — et encore aujourd’hui — perçue comme enclavée et difficile d’accès.

Les vestiges mis au jour, datant de la période de l’occupation romaine, dépassèrent rapidement le cadre strict de la recherche scientifique. Ils furent instrumentalisés par les milieux politiques colonialistes français afin de légitimer la présence coloniale en Algérie, en construisant un discours de continuité historique prétendant inscrire la colonisation moderne dans l’héritage de la « civilisation romaine ». Cette appropriation idéologique du passé antique illustre la manière dont l’archéologie pouvait être mobilisée comme un outil de justification politique.

Le Matin d’Algérie : Dans les vallées de l’oued Abdi et de l’oued Labiod, Masqueray analyse le droit coutumier et l’organisation sociale. Quels enseignements contemporains peut-on tirer de ces observations ?

Dr Abdel Farid Abdesselam : À travers l’enregistrement du droit coutumier (kanoun) des principales fractions de l’oued Abdi et l’étude de l’organisation interne des tribus des deux vallées, Masqueray ne se contente pas d’une description ethnographique. Il met en évidence l’existence d’une société certes tribale, mais dotée de mécanismes institutionnels stables et cohérents. Le fonctionnement de cette société reposait sur la djemaa, assemblée représentative exerçant un véritable pouvoir collectif, que Masqueray lui-même qualifiait de « petite république démocratique ». Cette caractérisation révèle une forme d’organisation politique locale fondée sur la délibération et la régulation interne, en rupture avec l’image d’un ordre social primitif ou désorganisé souvent véhiculée par le discours colonial.

Le Matin d’Algérie : Vous mélangez critique historique et ethnographie dans vos annotations. Comment avez-vous concilié ces deux approches dans votre travail d’édition ?

Dr Abdel Farid Abdesselam : Il importe de souligner que les textes originaux des articles de Masqueray n’ont fait l’objet d’aucune modification. Mon apport se limite à l’introduction de quelques annotations explicatives, destinées à éclairer certains passages et à en faciliter la compréhension.

Le Matin d’Algérie : Le livre montre comment le savoir scientifique pouvait servir la colonisation. Pensez-vous que cette instrumentalisation du savoir a encore des répercussions aujourd’hui ?

Dr Abdel Farid Abdesselam : Instrumentalisation du savoir scientifique au service de la colonisation continue d’avoir des répercussions aujourd’hui, à plusieurs niveaux. D’abord, sur le plan épistémologique, une partie des cadres d’analyse hérités de la période coloniale demeure présente. Ensuite, sur le plan historiographique, la production coloniale a longtemps façonné les récits dominants. Même lorsque ces savoirs sont critiqués, ils restent souvent des références incontournables, faute de sources alternatives équivalentes. Cela crée une dépendance aux archives et aux discours produits dans un contexte de domination, avec toutes les limites que cela implique. Enfin, cette instrumentalisation a laissé des traces dans la représentation des sociétés anciennement colonisées, souvent perçues à travers le prisme de l’archaïsme culturel. Déconstruire ces héritages suppose un travail critique constant : relecture des sources, pluralisation des voix, valorisation des savoirs locaux et reconnaissance de leur légitimité scientifique.

Le Matin d’Algérie : Quelles leçons tirez-vous de l’Aurès ancien et contemporain pour la compréhension de la mémoire culturelle et sociale de la région ?

Dr Abdel Farid Abdesselam : L’étude de l’Aurès, tant dans sa profondeur historique que dans ses réalités contemporaines, permet de dégager plusieurs enseignements majeurs pour la compréhension de sa mémoire culturelle et sociale. À première vue, l’histoire de la région semble marquée par des ruptures successives — périodes numide, romaine puis musulmane. Toutefois, à travers les écrits de Masqueray, se révèle une continuité historique profonde, perceptible dans les structures sociales, les pratiques coutumières et les formes d’organisation collective.

La colonisation française, en détruisant le tissu social et les économies tribales, a profondément désorganisé cette société, entraînant un recul vers des modes de vie proches de ceux des sociétés dites primitives. Après l’indépendance, dans un effort d’effacement de la misère et au nom du modernisme et du progrès, les vestiges de l’ancien Aurès ont progressivement disparu, emportant avec eux une part importante de la mémoire historique et culturelle de la région. Un autre enseignement essentiel réside dans le rôle central de la mémoire orale. Face à la rareté ou au caractère biaisé des sources écrites, notamment celles produites en contexte colonial, les traditions orales de l’Aurès constituent un véritable réservoir de savoirs historiques et sociaux. Leur valeur ne réside pas seulement dans l’exactitude factuelle, mais dans ce qu’elles révèlent des représentations, des hiérarchies sociales et des mécanismes de légitimation au sein des communautés.

Enfin, l’Aurès contemporain montre que cette mémoire n’est ni figée ni purement patrimoniale. Elle demeure vivante, réinterprétée et parfois conflictuelle, notamment dans les usages politiques, culturels ou identitaires du passé. Comprendre la mémoire aurésienne suppose donc d’adopter une approche critique et plurielle, attentive à la fois aux héritages anciens, aux transformations modernes et aux enjeux actuels de reconnaissance et de transmission.

Ainsi, l’Aurès offre un terrain privilégié pour penser la mémoire comme un processus dynamique, à la croisée de l’histoire, de l’anthropologie et du présent social.

Le Matin d’Algérie : Quel public visez-vous avec cet ouvrage : chercheurs, étudiants, grand public ou tous à la fois ?

Dr Abdel Farid Abdesselam :Par ce recueil d’articles de Masqueray, je m’adresse principalement au grand public, en raison de l’approche multidisciplinaire — archéologie, géographie, ethnologie, linguistique — et de la clarté avec laquelle il présente la société aurésienne. Néanmoins, l’ouvrage constitue également un outil utile pour les étudiants et les chercheurs, en rassemblant en un seul corpus un fonds documentaire jusqu’ici dispersé.

Le Matin d’Algérie : Pour conclure, que souhaitez-vous que les lecteurs retiennent de L’Aurès de Masqueray et de votre démarche éditoriale ?

Dr Abdel Farid Abdesselam : Je souhaite que les lecteurs retiennent avant tout la richesse et la complexité de l’Aurès telle que l’a restituée Masqueray : une région marquée par une histoire profonde, des sociétés structurées et des traditions vivantes, souvent mal comprises ou réduites à des stéréotypes dans les discours coloniaux. Mon objectif éditorial a été de rendre cette richesse accessible en organisant les articles autour de thématiques claires et en ajoutant des annotations éclairantes, permettant de saisir les multiples dimensions — historiques, sociales, linguistiques et culturelles — de son œuvre. Au-delà de la simple présentation des textes, il s’agit de montrer comment la mémoire, la tradition et le savoir scientifique se croisent dans la région, et d’inviter le lecteur à réfléchir sur les usages passés et contemporains du savoir, ainsi que sur l’importance de préserver et de comprendre le patrimoine immatériel des sociétés aurésiennes.

Entretien réalisé par Djamal Guettala 

Rojava sous le feu : l’appel du PCF 13 et le retour d’une urgence internationaliste

0

Le 21 janvier 2026, à Marseille, la fédération des Bouches-du-Rhône du Parti communiste français (PCF 13) a rendu public un communiqué appelant à une mobilisation urgente en solidarité avec les Kurdes de Syrie.

En cause : l’offensive militaire menée depuis la mi-janvier dans le nord-est syrien contre les Forces démocratiques syriennes (FDS), colonne vertébrale de l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES), plus connue sous le nom de Rojava.

Cette nouvelle phase de la guerre syrienne intervient dans un contexte explosif. Le gouvernement transitoire dirigé par Ahmed al-Sharaa — ancien chef de Hayat Tahrir al-Sham, ex-branche syrienne d’Al-Qaïda — a engagé une opération militaire visant à reprendre le contrôle des territoires tenus depuis des années par les FDS : Hassaké, Raqqa, Deir ez-Zor et les environs de Kobané.

Officiellement, Damas invoque l’unité nationale et la nécessité de réintégrer ces zones dans le giron de l’État syrien. Côté kurde, l’opération est perçue comme une tentative de démantèlement pur et simple d’une expérience politique autonome, démocratique, féministe et multi-ethnique sans équivalent dans la région.

Les combats ont été particulièrement violents autour de Kobané, ville symbole de la résistance kurde face à l’État islamique en 2014-2015. Bombardements de zones civiles, sièges de prisons abritant des milliers de combattants de Daech — notamment à Al-Aqtan — et risques avérés d’évasions massives de djihadistes ont ravivé les inquiétudes sécuritaires bien au-delà de la Syrie. Un cessez-le-feu fragile, annoncé autour des 18-19 janvier, reste précaire, ponctué de violations et de négociations tendues entre Mazloum Abdi, commandant des FDS, et Ahmed al-Sharaa.

Dans son communiqué, le PCF 13 parle sans détour d’« agression djihadiste », dénonçant une résurgence de Daech facilitée par des forces affiliées au pouvoir syrien, avec le soutien implicite de la Turquie, farouchement opposée à toute autonomie kurde. Les communistes marseillais accusent également la communauté internationale — France et Union européenne comprises — de passivité, voire de complaisance, rappelant les sacrifices immenses consentis par les combattants et combattantes kurdes dans la lutte contre l’organisation terroriste.

Le PCF appelle la France à agir auprès de la Coalition internationale anti-Daech pour garantir la sécurité des populations civiles, stopper les attaques et imposer une solution politique respectueuse des droits du peuple kurde au sein d’une Syrie unifiée.

Cet appel se concrétise par un rassemblement prévu le jeudi 22 janvier à 14 h à Marseille, sous le slogan : « Non à l’agression djihadiste. Solidarité avec le peuple kurde ».

Cette mobilisation s’inscrit dans un mouvement plus large en Europe. À Paris, des rassemblements ont réuni élus de la gauche radicale et écologiste, tandis que la diaspora kurde dénonce un nouvel « abandon » occidental. Paris affirme pourtant maintenir le contact, Emmanuel Macron ayant évoqué des échanges directs avec al-Sharaa en faveur d’un cessez-le-feu durable.

Le Rojava incarne une alternative politique qui inspire nombre de progressistes du monde arabe : démocratie locale, égalité femmes-hommes, coexistence des identités. Son combat contre Daech a aussi contribué à contenir une menace terroriste globale. Face à la possible restauration d’un pouvoir central autoritaire aux accents islamistes, l’appel du PCF 13 rappelle une évidence trop souvent oubliée : l’internationalisme n’est pas un slogan, mais une nécessité politique.

Dans un Moyen-Orient en recomposition, où les équilibres régionaux influencent directement les flux migratoires et la sécurité européenne, la situation au Rojava reste un test majeur. Le cessez-le-feu est fragile, les prisons de Daech demeurent une bombe à retardement, et le silence international pourrait coûter cher. La solidarité avec les peuples opprimés et la vigilance face aux menaces djihadistes ne relèvent pas du passé : elles sont plus que jamais d’actualité.

Mourad Benyahia