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Le gouvernement insiste sur la sécurité juridique comme levier du développement économique 

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Le Premier ministre, Sifi Ghrieb
Le Premier ministre, Sifi Ghrieb. Crédit photo : DR

Le Premier ministre, Sifi Ghrieb a présidé,  samedi 27 décembre, au Palais des conférences Abdelatif-Rahal à Alger l’ouverture des travaux de la conférence nationale sur « la sécurité juridique et son impact sur le développement économique ». La rencontre, à laquelle ont pris part de hauts responsables de l’État, dont le président du Conseil de la nation, Azouz Nasri, la présidente de la Cour constitutionnelle, Leïla Aslaoui, le ministre de la Justice, Lotfi Boudjemaa, ainsi que des membres du gouvernement et des représentants d’institutions consultatives et économiques, vise à examiner les mécanismes de consolidation de la sécurité juridique et leur effet sur l’amélioration du climat des affaires.

Dans son allocution d’ouverture, le Premier ministre a souligné que la sécurité juridique constitue un fondement essentiel du développement économique durable, en assurant la prévisibilité des règles, la protection de l’investissement et la confiance des acteurs économiques.

Il a rappelé les réformes engagées, notamment la révision du cadre juridique de l’investissement, la modernisation du système bancaire et financier, ainsi que les amendements introduits dans le Code pénal en 2024 et le Code de procédure pénale en 2025, visant à mieux encadrer les actes de gestion et à renforcer la protection des gestionnaires publics.

Le Premier ministre a également mis en avant le rôle central de la justice dans la sécurisation de l’activité économique, à travers le renforcement de son indépendance, la spécialisation des juridictions et l’amélioration de l’efficacité des procédures.

La conférence devrait déboucher sur des recommandations pratiques destinées à consolider la sécurité juridique, encourager l’investissement et accompagner la dynamique de développement économique engagée par les pouvoirs publics.

Samia Naït Iqbal

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L’Algérie condamne la reconnaissance par Israël de l’indépendance du Somaliland 

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MAE

L’Algérie a fermement dénoncé la décision d’Israël de reconnaître l’indépendance du Somaliland, une région sécessionniste de la Somalie. Alger y voit une violation manifeste du droit international et un facteur de déstabilisation majeur pour la Corne de l’Afrique.

Dans un communiqué publié par le ministère des Affaires étrangères, l’Algérie qualifie cette reconnaissance d’« illégitime » et contraire aux principes fondamentaux du droit international. Elle estime que cette décision porte directement atteinte à la souveraineté de la République fédérale de Somalie, à l’unité de son territoire ainsi qu’à son intégrité territoriale.

Alger considère que cet acte dépasse le cadre d’une simple prise de position diplomatique et constitue une menace sérieuse pour la paix, la sécurité et la stabilité dans la région de la Corne de l’Afrique, déjà fragilisée par des équilibres politiques et sécuritaires précaires.

Le communiqué rappelle que la reconnaissance de l’indépendance du Somaliland  va à l’encontre des principes consacrés par la Charte des Nations unies, notamment le respect de la souveraineté des États et de leurs frontières internationalement reconnues. Il souligne également la contradiction avec les fondements du système continental africain, en particulier le principe de l’intangibilité des frontières héritées de la période coloniale, consacré par l’Organisation de l’unité africaine puis réaffirmé par l’Union africaine.

Dans ce contexte, l’Algérie réaffirme son attachement aux positions constantes de l’Union africaine, qui considère le respect de l’intégrité territoriale des États comme une condition essentielle à la préservation de la stabilité et de la sécurité sur le continent.

En réitérant son soutien total et constant à la Somalie, l’Algérie met en garde contre les répercussions régionales d’une telle reconnaissance, qu’elle juge contraire aux principes fondateurs de l’ordre international et porteuse de risques accrus pour l’équilibre géopolitique de la Corne de l’Afrique.

Samia Naït Iqbal

Quand le Somaliland proclame son indépendance

Le Somaliland a proclamé unilatéralement son indépendance le 18 mai 1991, après l’effondrement de l’État somalien. Correspondant à l’ancien protectorat britannique, la région dispose depuis de ses propres institutions et d’une stabilité relative, sans toutefois bénéficier d’une reconnaissance internationale, l’ONU et l’Union africaine continuant de la considérer comme partie intégrante de la République fédérale de Somalie. Israël est le premier et seul pays membre de l’ONU a reconnaître officiellement la République du Somaliland.

Outre la Somalie, plusieurs pays arabes (Égypte, Arabie saoudite, Qatar, Koweït, Jordanie, Irak), la Turquie, Djibouti, le Pakistan, ainsi que des organisations régionales comme l’OCI et le GCC ont publiquement critiqué ou rejeté la décision d’Israël de reconnaître l’indépendance du Somaliland, dénonçant une violation du droit international et un risque pour la stabilité régionale. 

L’Union Africaine (UA) a officiellement rejeté toute reconnaissance du Somaliland, rappelant que cela contrevient à l’Acte constitutif de l’organisation sur l’intangibilité des frontières de 1964.

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Psychanalyse d’une comédie maîtrisée : réponse au malaise des enseignants-stagiaires

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Livres
Image par Gerd Altmann de Pixabay

Lors d’un échange particulièrement dense avec mes étudiants à l’ENS, ils ont parlé de leur malaise durant le stage pratique dans les établissements scolaires. Ils ont décrit des relations tendues avec les professeurs d’application, des interactions éprouvantes avec les élèves, et surtout cette impression de ne plus parvenir à rester patients, comme si le réservoir de calme et de bienveillance attendu d’eux s’était soudain vidé. Leur parole, à la fois lucide et désabusée, a fait résonner la question du métier dans sa dimension la plus intime : comment tenir, comment se tenir, lorsque l’on se découvre soi‑même en défaut de patience ? 

C’est à partir de ce trouble partagé qu’a pris forme l’idée de relire leur expérience à la lumière de la figure de l’enseignant‑comédien, pour penser autrement ce que signifie « jouer » la patience en classe de langue.

En effet, pour Hannoun (1989) l’enseignement se révèle être cette comédie où le maître endosse inévitablement le rôle du comédien, non par caprice mais par nécessité structurelle, devant voiler ses contradictions internes, institutionnelles et inconscientes pour assurer la transmission des savoirs et la formation des esprits. Cette théâtralisation, loin d’être une ruse, constitue l’essence même de l’acte pédagogique, car l’enseignant, pris dans un réseau d’exigences antagonistes, doit composer un personnage qui tempère ses impulsions naturelles au service d’une mission publique, à l’image du paradoxe diderotien sur le comédien appelé à maîtriser ses émotions pour mieux servir son rôle (Diderot, 1967). Le maître n’est plus seulement un détenteur de connaissances, mais un acteur sur la scène scolaire, contraint de masquer l’inavouable en lui – conflits avec l’institution, faiblesses personnelles, désirs ambigus – pour projeter une autorité à la fois rationnelle et affectivement captivante.

L’enseignant est maître‑comédien (Hannoun, 1989) car il incarne simultanément l’agent de l’institution et le promoteur de l’épanouissement de l’élève, deux pôles souvent inconciliables qui l’obligent à jouer un rôle partiel, occultant l’un pour privilégier l’autre. Face à des normes scolaires qu’il pourrait contester, il feint l’adhésion ou, inversement, simule une proximité avec les élèves au mépris des impératifs institutionnels, transformant ainsi sa classe en théâtre de duplicité nécessaire, assumée et maîtrisée. Cette comédie s’intensifie lorsqu’il s’agit de taire ses vulnérabilités : exposé au jugement impitoyable des élèves et, par ricochet, des familles, le maître érige un masque de compétence et de maîtrise, bouclier contre l’anxiété et les agressions potentielles du groupe‑classe, préservant ainsi un cadre où l’autorité peut s’exercer sans exposer son intégrité psychique.

La relation pédagogique, quant à elle, exige une performance affective stratégique, conciliant l’autorité froide de la transmission rationnelle et la chaleur motivante d’une proximité simulée. Ainsi, le maître oscille entre domination et séduction, jouant tour à tour le censeur distant ou le confident bienveillant, mais chaque excès révèle sa nature théâtrale : l’affectivité n’est souvent qu’un outil pour capter le désir d’apprendre, masquant la contrainte institutionnelle sous un voile de sympathie. Ce malentendu fondamental – l’élève percevant le maître en termes affectifs (« gentil » ou « méchant ») tandis que ce dernier juge sur des critères cognitifs – accentue la comédie, où l’enseignant instrumentalise l’émotionnel à des fins rationnelles, frôlant parfois l’honnête tricherie.

Plus profondément, l’enseignement est une comédie suicidaire : en accompagnant l’élève vers l’autonomie, le maître sape symboliquement son propre pouvoir, justifié par l’ignorance de ceux qu’il instruit. Cette dialectique nourrit une ambiguïté du désir pédagogique : l’enseignant annonce vouloir instruire pleinement, mais dose inconsciemment ses transmissions pour ne pas être dépassé, jouant la comédie d’une éducation totale qui préserverait sa position narcissique (Filloux, 1987). 

On doit reconnaître que le désir d’enseigner repose sur des motivations conscientes fragiles – vocation illusoire, sécurité matérielle, prestige social – souvent choisies par défaut après des échecs ailleurs, ce qui oblige le maître à feindre un engagement total face à des attentes sociétales idéalistes. Cette comédie sérieuse aussi, loin d’être une trahison, apparaît comme une condition transcendantale, au sens kantien du terme, de l’enseignement : assumée lucidement, elle oriente la théâtralisation vers l’autonomie des élèves plutôt que vers une protection égoïste, et invite à concevoir la formation des maîtres comme un travail sur soi, une appropriation critique de son propre jeu pédagogique. 

À mes étudiants qui m’ont confié leur impatience croissante en stage face aux profs d’application et aux élèves, je conseille ceci : pratiquez quotidiennement un exercice de « pause masquée » – avant chaque interaction tendue, respirez profondément trois fois en visualisant votre masque de comédien bienveillant, et récitez intérieurement « je joue la patience pour servir l’apprentissage ». Cette technique simple renforce votre théâtralisation consciente et restaure la distance nécessaire. Ainsi, loin d’être un aveu d’échec, la maîtrise lucide de cette comédie en fait un instrument à potentiel et responsable au service de l’éducation véritable. 

Dr Belkacem Hamaïzi, ENS de Sétif

Références bibliographiques

  • Hannoun, H. (1989). Paradoxe sur l’enseignant. Paris : ESF.​
  • Diderot, D. (1967). Paradoxe sur le comédien. Paris : Garnier-Flammarion.​
  • Filloux, J. C. (1987). Psychanalyse et pédagogie: ou d’une prise en compte de l’inconscient dans le champ pédagogique. Revue française de pédagogie, 69-102.

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Tamanrasset, capitale industrielle… sur le papier

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Rezig
L'impayable Rezig brassant du vent à Tam.

Le ministre du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, Kamel Rezig, brasse beaucoup de vent. Mais à trop remuer sur Tamanrasset, il risque plutôt de déclencher une tempête de sable.

Les Algériens sous Tebboune ont l’habitude d’entendre beaucoup de choses. Des promesses, mais surtout des balivernes. Vendredi encore, la lointaine Tamanrasset a servi de décor à une nouvelle proclamation solennelle : la wilaya serait appelée à devenir un « pôle industriel par excellence », selon l’impayable Rezig. Rien que ça. On se demande d’ailleurs si le sable n’a pas souri, habitué à voir fleurir ce genre d’annonces aussi vite qu’elles s’évaporent.

Avec l’URSS on a connu Potemkine, sous Bouteflika on a vu des ministres présenter un cheval à un tableau de fakhamatouhou et sous Tebboune, ce sont des projets pharaoniques qui sont décrits comme des réalités !

À écouter le ministre du Commerce extérieur, Tamanrasset est déjà la « porte d’exportation vers l’Afrique centrale », un hub stratégique, un futur moteur industriel. Dans les discours, les trains arrivent, les marchandises circulent, les marchés africains s’ouvrent à perte de vue. Dans la réalité, la route reste longue, cabossée, et parfois inexistante.

Le Salon des produits algériens destinés à l’exportation, avec ses cent exposants, est présenté comme la preuve éclatante d’un succès national. Mais une foire, aussi bien éclairée soit-elle, ne fait pas une économie structurée. Exposer des produits ne résout ni les problèmes de logistique, ni ceux de stockage, ni les lenteurs administratives, encore moins les coûts exorbitants du transport vers le sud. Les opérateurs économiques, que l’on appelle à « attirer », connaissent ces réalités mieux que quiconque. Leur prudence n’est pas un manque de patriotisme, mais un réflexe de survie.

On nous ressasse aussi, à longueur de colonnes de journaux et de JT imbuvables, la production de produits nationaux « désormais réputés pour leur excellente qualité » et déjà conquérants des marchés internationaux. A peine incroyable. Une affirmation qui mériterait, au minimum, quelques chiffres détaillés, des destinations précises, et des volumes crédibles. Car à force de brandir l’exportation hors hydrocarbures comme un slogan, on finit par oublier que celle-ci reste encore marginale face aux ambitions affichées.

Comme souvent, la réussite est attribuée à une « politique mise en œuvre depuis 2020 », sous la conduite éclairée de l’incontournable Tebboune. A croire tous ces ministres et ces médias qui ne jurent que par lui, « la nouvelle Algérie » devrait faire pâlir l’Europe de jalousie. Une formule rituelle, devenue passage obligé, qui remplace l’évaluation concrète par l’autosatisfaction institutionnelle. Pendant ce temps, sur le terrain, les jeunes attendent toujours des formations effectives, les artisans des débouchés durables, et les opérateurs des infrastructures promises.

Le plus ironique, finalement, est cette projection enthousiaste vers un avenir ferroviaire qui « arrivera » jusqu’à Tamanrasset. Un futur conditionnel érigé en certitude. En attendant, on inaugure des salons, on coupe des rubans, et on recycle les mêmes discours, d’un événement à l’autre. En attendant, on veille toujours les robinets pour avoir un filet d’eau presque potable ! Mais qu’importe, pourvu qu’il y ait les discours rassurants !

Tamanrasset mérite pourtant mieux qu’un rôle de vitrine occasionnelle. Elle mérite une stratégie claire, chiffrée, suivie d’effets mesurables. À défaut, elle restera ce qu’elle est trop souvent dans les communiqués officiels : un symbole pratique, une promesse commode, et un horizon sans cesse repoussé.

Le désert, lui, a appris à être patient. L’économie, beaucoup moins.

Rabah Aït Abache

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Bénin : le pouvoir de Patrice Talon face à la tentation de l’État sécuritaire

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Bénin : le pouvoir de Patrice Talon face à la tentation de l’État sécuritaire

Au Bénin, la tentative de coup d’État avortée du 7 décembre sert désormais de révélateur — et peut-être de prétexte — à une dérive sécuritaire inquiétante. Ce qui devait relever d’une enquête judiciaire ciblée tend à se transformer en vaste séquence d’intimidation politique, dans un climat de suspicion généralisée où l’opposition apparaît comme la principale cible.

Après l’arrestation d’une trentaine de personnes, majoritairement des militaires, le pouvoir du président Patrice Talon a rapidement étendu le champ de l’enquête à des figures civiles et politiques. La Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), juridiction déjà très contestée pour son manque d’indépendance, se retrouve une nouvelle fois au cœur du dispositif répressif.

L’interpellation puis la libération sous convocation de Chabi Yayi, fils de l’ancien président Boni Yayi et cadre du parti Les Démocrates, marque un tournant symbolique. Aucun chef d’accusation n’a été rendu public, mais le message politique est limpide : nul, pas même l’entourage d’un ancien chef de l’État, n’est à l’abri.

Plus grave encore, des informations persistantes font état du retrait de la garde rapprochée de Boni Yayi, leader historique de l’opposition et ancien président de la République. Même en l’absence de confirmation officielle, le simple fait que cette hypothèse soit crédible en dit long sur le climat actuel. Toucher à la sécurité d’un ancien chef de l’État, dans un contexte de tensions politiques extrêmes, relève d’un acte lourd de conséquences, tant sur le plan institutionnel que symbolique.

La question que beaucoup se posent, au Bénin comme au-delà de ses frontières, est simple : le pouvoir dispose-t-il réellement d’éléments probants impliquant Boni Yayi dans le putsch manqué, ou assiste-t-on à une instrumentalisation politique de la justice ? À ce jour, aucune preuve, aucun acte judiciaire, aucune communication officielle ne vient étayer une quelconque implication directe de l’ancien président.

Ce silence nourrit l’hypothèse d’une stratégie bien rodée : maintenir une ambiguïté permanente, laisser prospérer les soupçons, affaiblir l’opposition par la peur et l’isolement, tout en se retranchant derrière l’argument sacralisé de la « sécurité nationale ».

Depuis plusieurs années déjà, le régime de Patrice Talon est accusé de verrouiller l’espace politique, de marginaliser l’opposition et de réduire les libertés publiques. Le putsch manqué du 7 décembre pourrait alors apparaître moins comme une rupture que comme une opportunité : celle d’accélérer un processus de concentration autoritaire du pouvoir.

À l’approche d’échéances électorales cruciales, le risque est immense. En criminalisant l’adversaire politique, en plaçant l’opposition sous surveillance permanente et en fragilisant les figures historiques du pluralisme béninois, le pouvoir joue avec le feu. L’histoire récente du continent africain montre que l’étouffement politique au nom de la stabilité débouche rarement sur la paix durable.

Le Bénin, longtemps présenté comme un modèle démocratique en Afrique de l’Ouest, se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Soit la justice éclaire les faits avec transparence et indépendance, soit le pays s’enfonce dans une logique de peur et de répression, où toute contestation devient suspecte, et toute opposition potentiellement criminelle. Comme au demeurant la plupart des pays du Sahel, accaparés par des pouvoirs militaires autoritaires.

Mourad Benyahia 

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L’Aurès de Masqueray : revisiter l’histoire sous le prisme colonial

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Emile Masqueray sur les Aurès

L’Aurès, région emblématique du pays chaoui, se révèle aujourd’hui à travers un regard critique sur l’un de ses observateurs les plus célèbres du XIXᵉ siècle : Émile Masqueray. Avec L’Aurès de Masqueray, rassemblé et annoté par le Dr Abdel Farid Abdesselam, l’histoire de cette montagne, de ses sociétés et de ses cultures est revisitée à la lumière du discours scientifique colonial qui l’a longtemps façonnée.

Émile Masqueray, normalien et agrégé d’histoire et de géographie, débarque en Algérie en 1872. Polyglotte, il apprend l’arabe puis le berbère, avant d’être missionné par le ministère de l’Instruction publique pour une expédition scientifique dans l’Aurès. Pendant deux ans, il parcourt un vaste territoire allant de Sétif à Tébessa, de Souk-Ahras à Biskra, visitant Timgad, Tobna, Merouana, Khamissa et le pays des Nemencha. Archéologue, ethnographe et linguiste, Emile Masqueray ne se limite pas à l’observation : il analyse, classe, hiérarchise, et inscrit ses travaux dans un cadre colonial où le savoir sert à administrer et contrôler.

Le Dr Abdesselam a structuré l’ouvrage en trois ensembles thématiques : les fouilles archéologiques romaines, l’étude des vallées de l’oued Abdi et de l’oued Labiod, et les enquêtes sur Chechar, Khenchela et les Nemencha. Dans les villes antiques comme Timgad, Masqueray voit « Rome en Afrique » et met en avant l’héritage romain comme justification symbolique de la présence française. Dans les vallées, il décrypte le droit coutumier, les structures sociales et la gestion collective de l’eau et des pâturages — essentiels à la stabilité des communautés et à l’efficacité de l’administration coloniale. Enfin, dans le massif des Nemencha, il mêle histoire et ethnographie, décrivant les migrations, la langue, les pratiques sociales et la mémoire des anciennes cités.

Au-delà des données ethnographiques et archéologiques, l’apport majeur de l’ouvrage réside dans la mise en évidence de la dimension politique du savoir. Masqueray préconise une colonisation « modérée » mais organisée, où la science devient instrument de contrôle et de légitimation. Le regard scientifique, loin d’être neutre, accompagne la domination, structure la compréhension des sociétés locales et fixe des représentations encore influentes aujourd’hui.

En restituant ces textes annotés et contextualisés, Abdel Farid Abdesselam offre aux lecteurs modernes les clés pour interroger l’histoire de l’Aurès, sa mémoire et la manière dont elle a été racontée. L’Aurès de Masqueray devient ainsi un outil critique indispensable, pour lire le passé avec discernement et réfléchir aux usages politiques du savoir.

Djamal Guettala 

 L’Aurès de Masqueray, Émile Masqueray, articles rassemblés et annotés par le Dr Abdel Farid Abdesselam, IBDAA BOOK, bientôt disponible en librairie.

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« L’Ami du bien » de Paul Ardenne : le paradoxe exploré

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Paul Ardenne
Paul Ardenne. Crédit photo : DR

Entre pathologie de la vertu et dérive humanitaire, L’Ami du bien de Paul Ardenne livre une autopsie glaçante de la « monstruosité de l’innocence ». À travers le témoignage de Georges O., figure de proue d’une « Bande des Quatre » dévouée au culte du Bien absolu, le récit explore ce point de bascule où l’altruisme, devenu un sacerdoce narcissique, s’affranchit de toute limite légale pour sombrer dans la folie meurtrière. En débusquant le Mal au cœur même du désir de sauver, l’auteur interroge la fragilité de notre morale et révèle comment l’obsession de la pureté peut engendrer, sous couvert de charité, les plus sombres barbaries.

Paul Ardenne s’est imposé comme une figure majeure de la pensée contemporaine, alliant une expertise rigoureuse d’historien de l’art à une observation acérée des mouvements sociétaux. Son parcours, jalonné d’ouvrages de référence sur l’art contextuel et l’esthétique urbaine, nourrit une réflexion constante sur la place de l’individu dans la cité et les structures de pouvoir. Dans cet ouvrage publié aux éditions Le Bord de l’Eau, il opère un virage stylistique significatif : délaissant la structure formelle de l’essai théorique, il investit le champ du récit narratif pour donner une chair et une voix à ses concepts. Ce passage à la fiction ne dilue en rien son acuité critique ; au contraire, elle lui permet d’incarner les tensions éthiques de la condition humaine à travers des personnages dont la psyché est passée au scalpel.

Paul Ardenne s’intéresse ici à la psychologie de la vertu, qu’il traite non comme un idéal figé, mais comme un moteur pulsionnel capable de déviances profondes. En s’attaquant aux dérives de l’altruisme, il met en lumière le danger d’un Bien qui, une fois érigé en système absolu ou en identité personnelle, s’affranchit de toute limite morale et de toute empathie réelle. Il explore avec une précision chirurgicale la frontière poreuse entre le dévouement désintéressé et une forme de monstruosité qui s’ignore, née du narcissisme de celui qui se croit investi d’une mission de sauvetage universelle. Cette analyse est portée par une écriture viscérale et rythmée, dont la cadence haletante épouse les battements d’une conscience en proie à ses propres paradoxes, transformant la réflexion sociologique en une expérience littéraire brute et troublante.

La dialectique du bien et de la folie

L’ouvrage se présente comme les « minutes de l’entretien » entre un enquêteur du Service de Santé des Armées et Georges O., dit Georgeo. Cet homme incarcéré clame son innocence absolue par une affirmation qui cristallise sa pathologie : « Je suis l’innocence même ». Le récit constitue une plongée dans la psyché de la « Bande des Quatre », un groupe d’amis d’enfance du Gué-d’Allereau composé de Georgeo, Touches, Rudine Sarajeva et Frite. Tous sont voués au culte du « Bien avec majuscule », une obsession décrite comme une « démangeaison » ou un « sacerdoce » qui les conduit à intervenir dans les zones de « déglingue » telles que les hôpitaux de fortune, les zones de famine ou les théâtres de guerre. Cette dialectique repose sur un renversement paradoxal où la folie ne naît pas d’une absence de repères, mais d’un excès de certitude morale, créant une tension permanente entre l’idéal de soin et la réalité du crime.

Pour Georgeo, le Bien n’est pas une simple intention, mais une identité immuable le plaçant au-dessus des lois humaines. En se définissant par cette pureté intrinsèque, il évacue toute possibilité de culpabilité, transformant ses actes les plus sombres en gestes salvateurs. La folie réside précisément dans ce déni de réalité où le sang versé est systématiquement requalifié en baume salvateur par le narrateur. Sous couvert de sauver, ces « Amis du Bien » sont ainsi soupçonnés d’empoisonnements de masse et d’euthanasies douteuses, notamment à l’annexe de Clavette. Le groupe transforme l’humanitaire en un culte radical, une mission mystique et fanatique qui ne supporte aucune limite. Ils traquent la détresse, la guerre, la famine, l’épidémie, non pas pour l’éteindre, mais pour s’y mesurer de manière narcissique, faisant de leurs interventions le théâtre d’une folie organisée où l’ordre moral qu’ils prétendent apporter s’avère plus terrifiant que le désordre qu’ils combattent.

L’analyse révèle alors une ambiguïté fondamentale : la confusion totale entre soigner et tuer. Le Bien devient une puissance de mort où le crime n’est plus perçu comme une transgression, mais comme l’ultime étape d’une charité « efficace ». Le texte explore ainsi le narcissisme de la bienfaisance, où le soignant devient dépendant de la souffrance d’autrui pour valider sa propre existence. Pour que Georgeo et ses acolytes puissent briller dans leur rôle de sauveurs, ils ont structurellement besoin d’une victime. La folie s’installe dans ce lien toxique où le « Bienfaiteur » finit par entretenir, voire provoquer la détresse pour pouvoir l’administrer. L’altruisme n’est plus un don de soi, mais un instrument de domination où l’autre n’existe que comme le support nécessaire à l’exercice de la vertu. En somme, Paul Ardenne démontre que le Bien, lorsqu’il devient une obsession déconnectée de l’empathie réelle et de la limite légale, bascule inévitablement dans une pathologie du salut qui n’est qu’une autre forme de barbarie.

Une déconstruction de la morale

L’apport majeur de Paul Ardenne réside dans sa remise en question radicale des figures de l’héroïsme humanitaire, opérant une déconstruction systématique de l’altruisme institutionnalisé. En citant des icônes de la charité telles qu’Henri Dunant ou l’Abbé Pierre, le narrateur Georgeo ne cherche pas seulement à s’en inspirer, mais à s’approprier leur aura pour légitimer ses propres dérives. Cette mise sur un pied d’égalité entre l’action humanitaire reconnue et ses interventions suspectes crée un brouillage éthique profond : elle suggère que la frontière entre le saint et le criminel ne tient qu’à la perception sociale de leur efficacité. Le lecteur se retrouve ainsi privé de ses repères moraux habituels, confronté à l’idée dérangeante que l’héroïsme pourrait n’être qu’une forme de narcissisme ayant réussi.

L’œuvre approfondit cette réflexion à travers le concept de « fixing » de la bonté, une métaphore empruntée au monde de la toxicomanie qui présente la recherche du Bien comme une addiction. Cette quête de « l’effet » moral immédiat suggère que la volonté de faire le bien à tout prix peut basculer dans une forme de totalitarisme moral. Dès lors que l’objectif est le « Bien avec majuscule », l’individu disparaît derrière l’idéologie, et le soignant s’octroie un pouvoir absolu sur celui qu’il prétend aider, transformant la compassion en une tyrannie où la fin justifie les moyens les plus extrêmes, y compris l’élimination de ceux que l’on ne peut plus « réparer ».

L’originalité du texte tient enfin à la dissonance délibérée de son style. Paul Ardenne utilise une langue familière, parfois crue et viscérale, qui jure avec l’abstraction métaphysique du concept de Bien. Ce décalage stylistique est essentiel : il illustre la trivialité et la violence inhérentes à la pratique de la vertu sur le terrain. En décrivant les réalités les plus sordides de la « déglingue » avec un vocabulaire presque trivial, l’auteur dépouille l’idéalisme de son vernis romantique. Il rappelle que l’exercice des idéaux les plus élevés se fracasse toujours sur la matérialité des corps souffrants, là où la frontière entre le geste qui sauve et le geste qui achève devient, dans le feu de l’action, tragiquement poreuse.

Le miroir de nos certitudes

L’impact de L’Ami du bien est de confronter le lecteur à une vérité inconfortable : la monstruosité peut naître de la conviction absolue d’être juste. Paul Ardenne déconstruit l’idée reçue selon laquelle le mal ne serait que l’apanage de la haine ou de la cruauté gratuite. Ici, l’horreur émerge d’un idéalisme dévoyé, où la certitude d’agir pour le Bien occulte toute empathie concrète. En plaçant Georgeo dans une position de défenseur d’une « civilisation » plutôt que de l’humain, l’auteur souligne les dérives potentielles de toute idéologie universaliste. Pour la « Bande des Quatre », l’individu souffrant n’est plus un sujet à respecter, mais un matériau que l’on traite au nom d’un projet supérieur. Cette posture substitue une morale de gestionnaire à une éthique de l’altérité, transformant le secours en une opération de maintenance civilisationnelle où la survie du concept de « Bien » prime sur la vie des êtres de chair.

Cette approche met en lumière le danger des grands desseins moraux qui, par leur abstraction même, en viennent à nier la singularité et la fragilité des individus. Lorsque Georgeo et ses acolytes interviennent dans les zones de « déglingue », ils ne voient pas des personnes, mais des symptômes d’un désordre qu’ils se sentent investis de corriger. L’universalité de leur mission devient un piège totalitaire : elle justifie l’effacement des volontés particulières et des droits fondamentaux au profit d’une efficacité rédemptrice. L’œuvre suggère ainsi que la négation de la faiblesse humaine, au nom d’une norme de santé ou de vertu idéale, constitue le premier pas vers une barbarie rationalisée. L’impact profond du texte réside dans cet avertissement : le plus grand péril pour l’humanité pourrait ne pas venir de ceux qui veulent la détruire, mais de ceux qui prétendent la sauver sans l’aimer dans sa finitude.

Épilogue d’une humanité déglinguée

L’œuvre fonctionne comme un miroir déformant de notre propre désir de vertu, nous forçant à scruter la part d’ombre qui loge au cœur de nos élans les plus nobles. Paul Ardenne pose la question cruciale de savoir si le Bien, lorsqu’il s’érige en une fin en soi déconnectée de l’empathie réelle et de la reconnaissance de l’autre, ne devient pas paradoxalement le plus court chemin vers le malheur collectif. Ce basculement s’opère quand l’idéal abstrait supplante l’humain concret : le « Bien » cesse d’être un service pour devenir un système, une mécanique froide qui broie les individus sous prétexte de les sauver. Le désir de perfection morale se transforme alors en une pulsion de contrôle total, capable de justifier l’inacceptable pour maintenir l’illusion d’une mission accomplie.

Le livre s’achève ainsi sur le constat d’une humanité « déglinguée », terme récurrent qui dit la casse des corps et des âmes, où la confusion des rôles est totale. Dans cet univers en ruine, les frontières morales sont si brouillées que même les sauveurs sont suspectés d’être les pires des bourreaux. Cette fin sans rédemption souligne l’échec d’une certaine vision du progrès humanitaire qui, à force de vouloir éradiquer le mal par la puissance et l’idéologie, finit par adopter les méthodes de son adversaire. 

Le lecteur reste face à une image terminale d’insécurité éthique : si ceux qui portent les « gants du Bien » sont ceux qui empoisonnent, alors l’humanité est condamnée à une solitude absolue, privée de tout recours et de toute confiance envers ses propres idéaux.

Brahim Saci

Paul Ardenne, L’Ami du bien, Éditions Le Bord de l’Eau

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Le mythe d’une colonisation phénicienne

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Phénicie


Pendant longtemps, on a présenté les Phéniciens comme des colonisateurs installés dans tout le bassin méditerranéen, avec Carthage comme leur grande réalisation occidentale. Cette vision reposait essentiellement sur :

• des sources gréco-romaines tardives,
• des traces matérielles (poteries, bijoux, inscriptions, styles architecturaux),
• et des interprétations modernes influencées par le modèle colonial européen.
Mais ce modèle classique est aujourd’hui remis en cause par les découvertes génétiques récentes.
Les études comme celle de Moots et al. (2023) montrent que :
• Aucune trace génétique massive du Levant n’a été retrouvée dans les populations de Kerkouane ou d’autres sites dits puniques.
• Les populations de ces villes montrent un héritage génétique local très fort, et une diversité méditerranéenne (Italie, Grèce, Afrique du Nord), mais pas levantine.
• Les Phéniciens ont opéré via des réseaux commerciaux, et non par un peuplement structuré ou militaire.

La déconstruction de ce mythe est confortée par l’analyse de l’organisation politique de la Phénicie, son histoire et la nature de ses échanges commerciaux.

I- La Phénicie : 

Les Phéniciens étaient un peuple de l’Antiquité qui occupa la bande côtière orientale de la Méditerranée, soit principalement le littoral du Liban actuel et une petite partie de la Syrie et d’Israël, de 1200 avant J.-C. à 332 avant J.-C., date de la conquête de la région par Alexandre le Grand. La Phénicie est plutôt définie par les cité-Etats représentatives .Tant l’Ancien Testament que les sources assyriennes ne mentionnent que les villes phéniciennes de la côte méditerranéenne, et non un État qui les représente. En effet, il n’existait pas de Phénicie ou de nation phénicienne, mais des cités indépendantes et parfois même rivales, dont les principales étaient Byblos (Jbeil aujourd’hui), Tyr, Sidon (aujourd’hui Saïda), Arwad et Bérytos (Beyrouth). Serrées entre la mer à l’ouest et les montagnes couvertes d’épaisses forêts du Liban à l’est, séparées par des torrents et des éperons rocheux, ces cités ne pouvaient former aisément d’unité politique. Les Phéniciens n’ont laissé que peu de témoignages écrits permettant de reconstituer leur histoire. La répartition géographique des inscriptions en phénicien est d’ailleurs largement à l’avantage de l’aire carthaginoise. (Tunisie et reste de l’Afrique du nord, SicileSardaigneMalte, etc.), tandis que celles provenant de Phénicie constituent un corpus très limité, et que celles provenant du reste de la Méditerranée orientale (ChypreSyrie, monde égéen) ne sont guère plus abondantes.

Ils se nommaient eux-mêmes en fonction de leur cité d’origine : Tyriens , Sidoniens, etc. Ils évoluaient donc dans un système de cités-États indépendantes qui fonctionnaient comme des entités autonomes, parfois rivales. N’ayant jamais eu d’ ‘’État ni d’empire phénicien », ils ne pouvaient pas écrire une histoire commune et encore moins coloniser des territoires n’ayant ni l’envergure ni les moyens. Eux-mêmes ont été colonisés par les empires suivants :

Avant le XIIe siècle, les pharaons du Nouvel Empire avaient établi une domination sur la Phénicie, une domination qui se manifestait par le paiement de tributs par les cités phéniciennes. Les Égyptiens maintenaient une présence militaire et exerçaient un contrôle politique qui permettait aux Phéniciens de prospérer sous la protection de l’Égypte. 

Les Assyriens asservirent les cités phéniciennes à partir du VIIIe siècle av. J.-C., imposant leur domination brutale.

Les Babyloniens : Après la chute de l’Empire assyrien, les Phéniciens tombèrent sous la dépendance des Babyloniens, marquant une période de déclin jusqu’à la fin du VIe siècle av. J.-C..

Perses : En 539 av. J.-C., les cités phéniciennes furent intégrées à l’Empire perse.

Alexandre le Grand : Les armées d’Alexandre le Grand conquirent la région en 332 av. J.-C., et l’annexa à son royaume. Ce fut l’extinction de la Phénicie. 

Leur puissance reposait donc uniquement sur les réseaux marchands .On peut parler d’une diffusion mercantile phénicienne, basée sur les courants et vents marins qui imposaient les itinéraires et ne touchaient donc que certains ports accessibles.

II- Commerce maritime des Phéniciens.

 En tant qu’exceptionnels navigateurs de l’antiquité, ils maîtrisaient parfaitement les courants maritimes et les vents pour optimiser leurs trajets commerciaux en Méditerranée et au-delà. Leur connaissance empirique des routes maritimes leur a permis d’établir un vaste réseau d’échanges. Voici les principaux courants et vents qu’ils utilisaient :

II-1 Courants maritimes clés en Méditerranée

a) Courant levantin (Est de la Méditerranée)

Trajet : Il longe les côtes du Levant (Liban, Syrie) vers l’Égypte et Chypre.

Utilisation : Les Phéniciens l’utilisaient pour relier Tyr et Sidon à l’Égypte et à la Crète. Aide à la navigation vers Chypre, cruciale pour le commerce du cuivre.

b) Courant d’Afrique du Nord (côte libyque)

Trajet : Il longe la côte nord-africaine d’est en ouest (de la Cyrénaïque vers Carthage).

Utilisation : Facilitait les voyages vers Carthage, la Sicile et la Sardaigne.

Évité en été à cause des calmes plats (période dangereuse pour la navigation).

c) Courant des Bouches de Bonifacio

Trajet : Entre Corse et Sardaigne, il pouvait être dangereux mais était utilisé pour atteindre l’Espagne.

Utilisation : Important pour les liaisons entre la Sardaigne (riche en métaux) et la péninsule ibérique.

II-2. Les vents dominants exploités

Les Phéniciens naviguaient principalement à la voile et dépendaient des vents saisonniers :

a) Les vents étésiens (meltem en grec)

Période : Été (juin à septembre).

Direction : Nord-ouest en Méditerranée orientale.

Usage : Aller : De Tyr/Sidon vers l’Égypte, la Crète ou la mer Égée. Retour : Difficile en été. Certains trajets se faisaient à la rame ou en attendant l’hiver.

b) Le sirocco (vent du sud)

Période : Printemps/automne.

Direction : D’Afrique du Nord vers l’Italie/Sicile.

Usage : Aide pour remonter vers la Sicile ou Malte depuis Carthage.

c) Le vent d’ouest (pour la Méditerranée occidentale)

Période : Automne/hiver.

Ces paramètres aléatoires rendaient les ‘’ expéditions ‘’ commerciales extrêmement difficiles. Ce qui explique que les Phéniciens étaient des navigateurs côtiers : ils naviguaient presque toujours à vue de côte, en petites étapes, en suivant les vents dominants (vent d’ouest en Méditerranée centrale) .Le trajet n’était donc pas direct, mais segmenté en étapes sûres. Ils suivaient strictement le même chemin, et n’effectuaient jamais de traversée directe de tout le bassin méditerranéen. En Méditerranée centrale, les vents d’ouest compliquaient le retour. On attendait souvent des vents favorables dans des ports sûrs (surtout en Cyrénaïque). La distance totale Tyr Carthage était d’environ3 000 à 3 500 km selon les variantes. Avec une vitesse moyenne de 4 à 6 nœuds (7–11 km/h), la durée totale aller simple était souvent de deux à trois mois avec les escales et l’attente des vents. Contrairement aux grands voiliers romains ou médiévaux, les navires phéniciens étaient mi-voiles, mi-rames, avec 20 à 40 rameurs, parfois plus capables d’avancer même contre le vent, mais de manière lente, le long des côtes. Aussi, les Phéniciens se devaient de rentabiliser ces voyages en chargeant le maximum de marchandises Dans toute la Méditerranée, les Phéniciens pratiquaient presque exclusivement le troc. Que ce soit à Chypre, Malte, Sicile, Sardaigne, Ibiza, Espagne (Andalousie, Gadir), Afrique du Nord.

Le troc reste la base de leur économie car la monnaie n’étant pas encore généralisée dans le monde, les régions ayant des systèmes économiques différents, le troc évite de transporter de grandes quantités de métal précieux et leur donne une flexibilité totale. Cette dernière qualité est sans doute la clé de leur commerce. C’est pour cela que les Phéniciens étaient des marchands mobiles, pas des conquérants.

Les échanges phéniciens se faisaient dans les escales, sur les côtes, avec les populations non-urbaines et dans les ports qui existaient parmi lesquels celui de Carthage. Ils n’avaient aucun intérêt, ni les moyens, à ouvrir des comptoirs dont la gestion logistique aurait été couteuse. Ils s’arrêtaient à une escale, procédaient au troc et repartaient vers les étapes suivantes. Le “miracle phénicien” repose précisément sur la nature de ces échanges qui leur permettaient de commercer partout, ne rien imposer, s’adapter aux systèmes locaux, faire circuler des valeurs sans danger et fonctionner avec des normes minimales communes. Ainsi, les Phéniciens étaient d’habiles navigateurs et de grands commerçants qui n’avaient ni les moyens ni intérêt à coloniser quiconque. Tout comme les caravaniers de l’Arabie, ils écoulaient leurs denrées tant désirées le long du pourtour méditerranéen.

III- origines et raisons de la création de ce mythe :

Ce mensonge est une construction historique artificielle, répétée, amplifiée, puis acceptée comme vérité. L’idée d’une colonisation phénicienne massive relève en grande partie d’une invention historiographique, et voici les principales origines de ce récit :
1. Les sources gréco-romaines : un regard extérieur et orientalisant
Les premiers à parler d’un « empire » ou de colonies phéniciennes sont souvent les auteurs grecs (Hérodote, Strabon, etc.) et plus tard romains. Ils avaient :
• une vision biaisée et souvent méprisante des Phéniciens, vus comme rusés, commerçants manipulateurs ou efféminés (le cliché oriental),
• un besoin de justifier leurs propres conquêtes (comme Rome contre Carthage),
• une tendance à projeter leur propre modèle colonial sur les autres peuples.
Résultat : ils parlent de « colonies » comme ils parleraient des leurs, en exagérant les liens avec Tyr ou Sidon.
2. L’héritage colonial européen (XIXe siècle)
Avec l’expansion européenne, notamment française, britannique et italienne, on a vu apparaître une lecture coloniale de l’Antiquité :
• Les archéologues et historiens coloniaux ont voulu légitimer leur présence en Afrique du Nord en traçant une lignée de civilisations « venues de l’extérieur ».
• Les Phéniciens ont été instrumentalisés comme « précédents historiques » d’un développement venu d’Orient — donc étranger à l’Afrique du Nord autochtone.
Jusqu’à l’arrivée des sciences modernes (génétique, datation carbone, etc.), les récits anciens n’étaient pas vraiment remis en question :
• Les objets « phéniciens » étaient interprétés comme preuve d’une population, alors qu’ils pouvaient être achetés, copiés, échangés.
• On confondait culture et population : voir un style phénicien dans une nécropole ne veut pas dire que les gens enterrés étaient des Phéniciens.
• la projection coloniale européenne. La France coloniale et l’instrumentalisation du récit phénicien
Au XIXe et au début du XXe siècle, dans le contexte de la conquête et de l’administration coloniale de l’Afrique du Nord, la France a utilisé l’histoire ancienne comme outil idéologique pour justifier sa présence et cette région de sa sève, son identité et son histoire. Cela s’est fait à plusieurs niveaux :
1. La mise en avant des « civilisations venues d’ailleurs »
La colonisation française s’est appuyée sur une idée centrale :
« L’Afrique du Nord a toujours été civilisée par l’extérieur ».
Ainsi :
• les Phéniciens (puis les Romains, Byzantins, Arabes, Ottomans…) sont présentés comme porteurs de civilisation,

2. La réécriture des manuels scolaires et de l’archéologie officielle
Dans les écoles coloniales et dans les musées :
• on enseignait que les Phéniciens avaient « colonisé » pacifiquement l’Afrique du Nord,
• la culture punique était présentée comme importée de Tyr ou de Sidon, jamais comme le fruit d’un métissage ou d’une construction locale,
• les fouilles archéologiques menées par la France étaient souvent interprétées à travers cette grille « orientaliste » (cf. les travaux de Stéphane Gsell, archéologue colonial majeur).

Dr Abdelmadjid Aït Yala

Références 

1-In Search of the Phoenicians / by Joséphine C. Quinn.

2-nature  articles 

Published: 23 April 2025

Punic people were genetically diverse with almost no Levantine ancestors

Harald Ringbauer ; Ayelet Salman-MinkovDalit RegevIñigo Olalde, ….

https://doi.org/10.1101/2022.03.13.483276 ; this version posted March 15, 2022

3- Genetic History of Continuity and Mobility in the Iron Age Central

Mediterranean

Hannah M. Moots1,2, Margaret Antonio3^, Susanna Sawyer4^, Jeffrey P. Spence5^, Victoria Oberreiter4^,

Clemens L. Weiß5^, Michaela Lucci6^, Yahia Mehdi Seddik Cherifi4,7,8, Francesco La Pastina6, Francesco etc..

Annexes :

1-In Search of the Phoenicians / by Joséphine C. Quinn.

In Search of the Phoenicians, is a compelling examination of a phantom presence of the ancient Mediterranean. The Phoenicians sit alongside the Greeks and Romans in the canon of classical civilizations, with the conventional story highlighting Phoenician ships pioneering trade routes and setting down colonies in the western Mediterranean to rival those of the Greeks. The greatest Phoenician colony, Carthage, pushed Rome hard for Mediterranean supremacy. Yet part of the reason they remain mysterious today is that they were ultimately overshadowed by their Greek and Roman contemporaries, with the result that much of the surviving written evidence relating to them records the perspective of those rivals.

What Quinn reveals is that there is a surprising lack of detailed evidence for any widespread sense of an overarching Phoenician ethnic or cultural identity that united scattered communities from the Levantine coast, to North Africa, Southern Spain and various Mediterranean islands. In questioning the coherence and significance of Phoenician identity she challenges mainstream academic orthodoxy. Recent scholarship has been raising some of the questions she identifies, but this is by far the most eloquent and forceful challenge to the common view of the Phoenicians. Quinn’s pyrotechnical ghostbusting approach makes for entertaining and accessible reading. It is also a superb proof of how we need to rethink approaches to ancient identities, stripping away layers of more recent nationalist thinking and identity appropriation. One of the problems we are left with is how to refer collectively to the Phoenician speaking peoples who played such an important role in the evolution of the first-millennium BC Mediterranean world. Phoenicians will no doubt persist as useful shorthand, but from now on we need to read it in invisible scare quotes.

2-nature  articles 

Published: 23 April 2025

Punic people were genetically diverse with almost no Levantine ancestors

Harald Ringbauer ; Ayelet Salman-MinkovDalit RegevIñigo Olalde, ….

https://doi.org/10.1101/2022.03.13.483276 ; this version posted March 15, 2022

Abstract

The Iron Age was a dynamic period in central Mediterranean history, with the expansion of Greek and Phoenician colonies and the growth of Carthage into the dominant maritime power of the Mediterranean. These events were facilitated by the ease of long-distance travel following major advances in seafaring. We know from the archaeological record that trade goods and materials were moving across great distances in unprecedented quantities, but it is unclear how these patterns correlate with human mobility. Here, to investigate population mobility and interactions directly, we sequenced the genomes of 30 ancient individuals from coastal cities around the central Mediterranean, in Tunisia, Sardinia and central Italy. We observe a meaningful contribution of autochthonous populations, as well as highly heterogeneous ancestry including many individuals with non-local ancestries from other parts of the Mediterranean region. These results highlight both the role of local populations and the extreme interconnectedness of populations in the Iron Age Mediterranean. By studying these trans-Mediterranean neighbours together, we explore the complex interplay between local continuity and mobility that shaped the Iron Age societies of the central Mediterranean.

3- Genetic History of Continuity and Mobility in the Iron Age Central

Mediterranean

Hannah M. Moots1,2, Margaret Antonio3^, Susanna Sawyer4^, Jeffrey P. Spence5^, Victoria Oberreiter4^,

Clemens L. Weiß5^, Michaela Lucci6^, Yahia Mehdi Seddik Cherifi4,7,8, Francesco La Pastina6, Francesco

Genchi6, Elisa Praxmeier4, Brina Zagorc4, Olivia Cheronot4, Kadir T. Özdoğan9, Lea Demetz4, Selma

Amrani10, Francesca Candilio11, Daniela De Angelis12, Gabriella Gasperetti13, Daniel Fernandes4,14, Ziyue

Gao15⇞, Mounir Fantar16⇞, Alfredo Coppa17,18⇞, Jonathan K. Pritchard5,19*⇞, Ron Pinhasi4,20*⇞

Fig. 6. Overview of results. Map showing the memberships of central Mediterranean Iron Age individuals in different

qpWave clusters, organized by site. Regional labels and arrows show likely sources of ancestries (the arrows are not intended to indicate specific routes). Colors indicate ancestry clusters as identified by qpWave

These results indicate that autochthonous North African populations contributed substantially to the

genetic makeup of Kerkouane. The contribution of autochthonous North African populations in

Carthaginian history is obscured by the use of terms like “Western Phoenicians”, and even to an extent, “Punic”, in the literature to refer to Carthaginians, as it implies a primarily colonial population and diminishes indigenous involvement in the Carthaginian Empire. As a result, the role of autochthonous populations has been largely overlooked in studies of Carthage and its empire. Genetic approaches are well suited to examine such assumptions, and here we show that North African populations contributed substantially to the genetic makeup of Carthaginian cities. The high number of individuals with Italian and Greek-like ancestry may be due to the proximity of Kerkouane to Magna Graecia, as well as key trans-Mediterranean sailing routes passing by Cap Bon (1, 28). Yet, surprisingly, we did not detect individuals with large amounts of Levantine ancestry at Kerkouane. Given the roots of Carthage and its territories as Phoenician colonies, we had anticipated we would see individuals with ancestry similar to Phoenician individuals, such as those published in (12). One possible explanation is that the colonial expansion of Phoenician city-states at the start of the Iron Age did not involve large amounts of population mobility, and may have been based on trade relationships rather than occupation. Alternatively, this could potentially be due to differential burial practices (although Phoenician burial practices were thought to have shifted from cremations to interments in the central and western Mediterranean around 650 BCE (29), predating the individuals in the study), or to a disruption in connections between Carthaginian territories and the Eastern Mediterranean, after the fall of the Phoenician city-states to Babylon

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CAN 2025 : le Maroc tenu en échec par le Mali, la qualification se jouera lors du dernier match

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Maroc -Mali : match nul
Maroc -Mali : match nul

Le Maroc n’a pas réussi à confirmer son bon départ dans cette CAN 2025 à domicile. Les Lions de l’Atlas ont été accrochés par le Mali à Rabat (1-1), vendredi 26 décembre, dans une rencontre marquée par deux penalties et une atmosphère électrique au Stade Prince-Moulay-Abdellah.

Le premier acte a été dominé par le Maroc, mais l’efficacité offensive a cruellement manqué. Brahim Diaz a ouvert le score sur penalty dans le temps additionnel de la première mi-temps (45e+5), offrant aux Lions de l’Atlas un avantage fragile. Malgré 62 % de possession et 466 passes réalisées, le Maroc peinait à se montrer dangereux dans la surface malienne, où le gardien Diarra multipliait les interventions.

La seconde période a vu le Mali se projeter davantage vers l’avant, déterminé à revenir au score. Lassine Sinayoko a transformé un penalty à la 64e minute, rétablissant l’égalité et soulignant la solidité défensive des Maliens. Les Lions de l’Atlas ont alors tenté de pousser, mais le manque de précision et la discipline tactique malienne ont limité les occasions nettes.

L’ambiance dans le stade était à la hauteur de l’enjeu. Le public marocain, passionné et bruyant, a soutenu ses joueurs dans chaque action, créant une véritable pression sur le Mali. Des chants, des tambours et des drapeaux ont accompagné chaque mouvement offensif marocain, tandis que les supporters adverses ne se sont pas laissés intimider et ont célébré chaque contre-attaque réussie.

Un des moments les plus remarquables a été l’apparition de Kylian Mbappé dans les tribunes. L’attaquant du Real Madrid, ami d’Achraf Hakimi, était présent pour encourager les Lions de l’Atlas. Vêtu d’un maillot marocain floqué du nom d’Hakimi, il a été chaleureusement applaudi par le public, renforçant l’ambiance festive et internationale autour de ce choc du groupe A. Sa présence a été largement relayée par les médias et a ajouté une touche spectaculaire à la rencontre.

Avec ce résultat, le Maroc reste leader du groupe A avec 4 points, deux de plus que le Mali et la Zambie, tous deux à 2 points. La qualification pour les huitièmes de finale reste donc en suspens et se jouera lors de la dernière journée, lundi 29 décembre, contre la Zambie. Pour le Mali, ce point constitue une réussite, mettant en lumière sa capacité à résister face à l’équipe hôte.

Ce match souligne la nécessité pour le Maroc de transformer sa domination en efficacité concrète. Malgré un nul, les Lions de l’Atlas restent favoris pour la qualification, mais devront montrer un visage plus tranchant offensivement. Le Mali, quant à lui, peut nourrir l’espoir d’un exploit et compte sur sa discipline collective pour faire la différence lors de la dernière journée.

Ainsi, la phase de groupes continue de livrer son suspense, avec un Maroc invaincu mais encore à convaincre, et un Mali résilient qui garde toutes ses chances de qualification pour les huitièmes de finale de la CAN 2025.

Djamal Guettala 

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Milouda Rahali : « Mes créations sont pensées comme un lien entre passé et présent »

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Milouda Rahali
Milouda Rahali

Autodidacte, enracinée dans la culture chaouie, Milouda Rahali a fait de la melehfa chaouia ⵜⵉⵎⴻⵍⵃⴻⴼⵜ (timelḥeft) un terrain de création et de résistance culturelle. Sans la figer ni la folkloriser, elle la travaille comme une matière vivante, attentive aux lignes, aux symboles et à la mémoire des gestes transmis de femme à femme. Son approche conjugue exigence artisanale, respect des codes ancestraux et liberté artistique maîtrisée.

À travers ses créations, elle défend une vision de la couture traditionnelle algérienne qui refuse la rupture comme la répétition mécanique. Chaque pièce dialogue avec l’histoire, tout en assumant une présence contemporaine. La melehfa chaouie ⵜⵉⵎⴻⵍⵃⴻⴼⵜ (timelḥeft) devient ainsi un espace d’expression, de transmission et d’affirmation identitaire.

Le Matin d’Algérie : Pouvez-vous revenir sur votre parcours professionnel ? Qu’est-ce qui vous a conduite à vous spécialiser dans la couture traditionnelle chaouie ?

Milouda Rahali : Après un bac professionnel en commerce, j’ai travaillé dans différents commerces, principalement en tant que vendeuse, avec une expérience marquante en boulangerie. Suite à mon mariage et la naissance de mon premier enfant, j’ai dû adapter mon activité professionnelle afin de travailler depuis la maison, conciliant ainsi mes rôles de maman et d’épouse avec ma vie professionnelle – un équilibre difficile à trouver et nécessitant de nombreuses concessions. J’ai choisi la couture car elle représente pour moi une passion ancienne pour l’artisanat et la confection manuelle, mais aussi un lien profond avec ma culture chaouie. Coudre moi-même ma robe chaouia de mariage et constater l’enthousiasme qu’elle a suscité sur les réseaux sociaux a été un véritable déclic. J’ai alors décidé de partager mon savoir-faire pour permettre à d’autres femmes de porter notre culture avec beauté, fierté et authenticité, tout en transmettant un héritage ancestral.

Le Matin d’Algérie : Comment définissez-vous l’identité d’une tenue chaouie ? Quels sont les éléments essentiels qui la distinguent dans votre travail ?

Milouda Rahali : Pour moi, le premier critère qui définit l’identité d’une melehfa chaouia est son amplitude : elle se porte ample, sans épouser les formes du corps, avec un rabat du tissu couvrant la poitrine et le dos.

Les bijoux complètent cette identité et constituent également des éléments emblématiques : du Jbin (bijou de front), au Chentouf (bijou de buste), jusqu’au Skheb (sautoir traditionnel parfumé). Chaque pièce contribue à la richesse et à la singularité de la tenue chaouie, incarnant à la fois tradition, esthétique et symbolique culturelle.

Le Matin d’Algérie : Quelles sont les étapes clés de la création d’une pièce, de la conception à la finition ? Travaillez-vous seule ou en collaboration avec d’autres artisans ?

Milouda Rahali : Les étapes clés sont pour moi le choix des matières premières (tissus, galons, perlage…) ainsi que le choix de la coupe de la robe. Aujourd’hui, je travaille exclusivement seule, mais j’envisage de déléguer certaines étapes simples de la création à un atelier de couture en Algérie, afin d’alléger mon travail et ainsi faire vivre l’artisanat local à travers une collaboration porteuse de sens.

Le Matin d’Algérie : D’un point de vue technique, quels sont les défis spécifiques que pose la confection d’une melehfa ou d’une robe chaouie ?

Milouda Rahali : Respecter les « codes » de la melehfa chaouia afin de conserver l’aspect traditionnel tout en la modernisant et en la mettant aux goûts du jour.

Le Matin d’Algérie : Où vous procurez-vous vos matières premières ? Faites-vous appel à des fournisseurs locaux, et comment garantissez-vous la qualité ?

Milouda Rahali : Concernant les matières premières, je travaille avec plusieurs fournisseurs. Mes approvisionnements proviennent aussi bien de sites spécialisés en ligne que de marchés locaux, et ponctuellement d’Algérie. Ces choix varient en fonction des arrivages, de la disponibilité des matériaux et des exigences spécifiques de chaque création. La qualité est garantie par mon expertise et par une sélection rigoureuse de chaque matière, choisie avec soin tant pour sa qualité que pour son rendu, en cohérence avec les tendances actuelles, mais surtout avec mon univers stylistique et mes exigences esthétiques.

Le Matin d’Algérie : Comment gérez-vous la demande entre création sur mesure et location ? Quelles sont les attentes spécifiques de votre clientèle ?

Milouda Rahali : Je ne propose volontairement pas de créations sur mesure, malgré une demande très importante. Ce choix est avant tout artistique, car il me permet de préserver ma liberté créative en restant fidèle à mon univers. Mon activité se concentre donc sur la création de pièces originales proposées à la location. Ma clientèle recherche des tenues uniques, fortes de caractère et conservatrices de l’authenticité de la melehfa chaouia. Ce fonctionnement me permet également de garantir un haut niveau de qualité et de cohérence dans mes collections, tout en respectant les contraintes de temps liées à un travail artisanal mené seule.

Le Matin d’Algérie : Proposez-vous des adaptations contemporaines des tenues chaouies ? Et si oui, jusqu’où allez-vous sans altérer l’authenticité ?

Milouda Rahali : Oui, notamment à travers des melehfa chaouia revisitées et simplifiées, afin de les rendre plus accessibles et faciles à porter lors d’occasions telles que l’Aïd, les baptêmes ou des événements familiaux.

Ces adaptations restent toujours mesurées et réfléchies : je veille à préserver l’essence, les codes et l’identité de la tenue traditionnelle. Les évolutions concernent principalement la coupe, l’ergonomie et le confort, sans jamais altérer l’authenticité ni la symbolique culturelle qui font la richesse du patrimoine chaoui.

Le Matin d’Algérie : Quels types d’événements ou de cérémonies privilégient aujourd’hui le port de tenues chaouies ? Voyez-vous un retour d’intérêt ?

Milouda Rahali : Les mariages, clairement ! Mais aussi les baptêmes, les shootings et les événements culturels.

Le Matin d’Algérie : Travaillez-vous à faire reconnaître officiellement votre activité (label artisanal, exposition, inscription au patrimoine culturel immatériel) ?

Milouda Rahali : Je n’y ai pas encore songé. Jusqu’à présent, mes priorités ont été centrées sur la création, la gestion quotidienne de mon activité et l’équilibre avec ma vie familiale. Ces démarches pourront toutefois être envisagées ultérieurement, lorsque le cadre et le temps le permettront, incha Allah.

Le Matin d’Algérie : Comment envisagez-vous la transmission de ce savoir-faire ? Avez-vous formé ou envisagez-vous de former une relève ?

Milouda Rahali : J’espère que mes enfants, qui baignent dedans, prendront la relève, ou ma famille. Autrement, non, je n’ai formé personne.

Le Matin d’Algérie : En tant que créatrice et ambassadrice d’un patrimoine vestimentaire ancestral, quel message souhaitez-vous transmettre à travers chacune de vos créations ?

Milouda Rahali : À savoir, je ne suis pas couturière de métier, mais autodidacte, formée par ma mère chaouia, qui m’a transmis bien plus qu’un savoir-faire technique : une histoire, une mémoire et un héritage culturel. Issue de parents immigrés profondément attachés à leurs terres, à leurs traditions et à leur identité, j’ai grandi avec cette volonté de transmission, d’amour et d’attachement à notre patrimoine. À travers chacune de mes créations, je souhaite rendre hommage à mes racines, faire vivre et perdurer un patrimoine vestimentaire ancestral, et offrir aux générations actuelles et futures des pièces porteuses de sens. Mes créations sont pensées comme un lien entre passé et présent, entre héritage, modernité et style, afin que notre culture continue d’exister, de se transmettre et de rayonner dans le temps.

Entretien réalisé par Djamal Guettala 

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